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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Mottheau

Mobilisé dès le début de la première guerre mondiale, Eugène Mottheau est réintégré dans son grade de sous-lieutenant en août 1914 puis nommé lieutenant du 13e régiment d’artillerie en février 1915. Il est transféré en juin 1916 au 19e escadron du train des équipages. Devenu capitaine au 110e régiment d'artillerie lourde, il est cité à l’ordre de l’armée en janvier 1918 pour des actions conduites à l’automne précédent : « officier d’un moral élevé et d'une conscience au-dessus de tout éloge. Commandant de batterie de premier ordre. Le 27 septembre, sa batterie étant soumise à un bombardement violent et précis de pièces de gros calibre, a maintenu le plus grand calme dans son personnel, jusqu'au moment où il fût projeté violemment par l'explosion d'un obus, dans l'intérieur de son abri. Souffrant d'une très violente commotion, n’a consenti à se laisser évacuer que sur l'ordre de son commandant de groupe. »

En avril 1918, il travaille à la direction générale des fabrications des poudres et explosifs au sein du ministère de l'armement où il est en poste encore en janvier 1919. Après le conflit, il sera nommé officier honoraire en juillet 1935.

Après le conflit mondial, Eugène Mottheau relance l’activité de sa fabrique de bronze. Il ouvre en février 1920 un luxueux magasin avenue de l’Opéra à Paris (2e arr.) pour ses bronzes et meubles d’art. Il quitte Joinville-le-Pont pour s’installer en 1921 rue Michel-Ange, dans le quartier d’Auteuil à Paris (16e arr.).

Il est élu juge-commissaire au tribunal de commerce de Paris en 1921 et réélu régulièrement jusqu’en 1930. Il intervient fréquemment comme syndic. En 1929, il est président de chambre.

Mottheau présidant une séance du tribunal de commerce

Après la résiliation du bail de son atelier en 1927, Eugène Mottheau diversifie son activité. Il prend part à la création de la société Le Revêtement Métallique en 1935. Il s’est associé avec plusieurs anciens officiers d’artillerie : le général Gascouin et Arnold Sdilon, directeur honoraire de la Société générale. En 1940, il se lance dans une activité d’affacturage, proposant à des créanciers de racheter les dettes contractées par leurs débiteurs.

À compter de juin 1941, Eugène Mottheau est désigné en tant qu’administrateur provisoire de sociétés précédemment dirigées par des personnes classées comme juives selon la législation de l’époque. La loi du 10 septembre 1940 prévoit cette nomination pour les entreprises « privées de leurs dirigeants ». Mottheau est en charge ainsi de la société Edmond Etling, objets d'art, rue Paradis à Paris (10e arr.) en juin 1941. En février 1942, il a le même mandat pour les entreprises Lolice, rue de la Folie-Méricourt ; Colin, boulevard des Filles-du-Calvaire ; Bloch, cité Popincourt et Bernard Lyon, rue des Archives, toutes à Paris. En octobre 1942, il ajoute l'entreprise Cohen frères, rue des Francs-Bourgeois. Dans un rapport de mars 1944 concernant Marcel Tenenhaus, domicilié à Vincennes, il justifie son rôle en indiquant qu’il a « disparu le 15 juin 1942, sans laisser d'adresse, ainsi d'ailleurs qu'avait fait son père, demeurant même ville. Son mobilier a été saisi et son appartement a été mis à la disposition des autorités occupantes. »

Après la deuxième guerre mondiale, le couple Mottheau est installé à Clamart (Seine, act. Hauts-de-Seine).

Eugène Mottheau meurt le 29 septembre 1949 à Clamart. Il était âgé de 79 ans. Il avait été nommé dans Légion d’honneur, chevalier à titre militaire en janvier 1919, comme capitaine d'artillerie, puis, à titre civil, officier en juin 1929 en tant que président de chambre au tribunal de commerce de la Seine.

Fin

 

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 00:01

Début de la biographie d’Eugène Mottheau

Eugène Mottheau naît le 4 mai 1870 à Paris (3e arr.). Il est le fils d’Élise Claudine Carcanagues et de son mari Ernest Louis Mottheau, fabricant de bronzes. Ils habitent rue du Perche.

Devançant son service militaire, Eugène Mottheau s’engage dans l’armée à 18 ans, étant affecté au 33e régiment d’artillerie en septembre 1888. Quittant le service actif un an plus tard, il devient sous-lieutenant de réserve en 1892. Il est cofondateur de l’association Les territoriaux de Vincennes en mars 1895, qui rassemble des officiers de inscrits aux écoles d’instruction de Vincennes, ou domiciliés dans les cantons de Vincennes, Montreuil, Charenton, Saint-Maur, Nogent, Pantin et Noisy-le-Sec ainsi que dans les 12e, 13e, 19e et 20e arrondissements de Paris.

La famille Mottheau est installée en 1889 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier du Centre, rue de l’Église ; ils déménageront dix ans plus tard pour le quai Beaubourg (act. quai du Barrage), en bords de Marne. Ils retrouvent plusieurs membres de leur famille dans cette commune de banlieue. Sa tante Hortense a épousé en 1860 Eugène Voisin, entrepreneur de bals, qui était alors conseiller municipal puis devient en 1878 adjoint au maire avant d’être, pour 24 ans, élu maire en 1888. Son oncle Henry, exploite depuis au moins 1877 une boucherie-charcuterie à proximité, rue de Paris.

Peut-être est-ce Henry, mais éventuellement Eugène ou son père Ernest, qui est candidat sur la liste de droite d’opposition à la majorité locale, lors des élections municipales de mai 1892 à Joinville-le-Pont. Elle est conduite par le Dr Jean Barborin et l’industriel Albert Bocquentin et s’oppose à Eugène Voisin, candidat avec le soutien du comité radical-socialiste et oncle d’Eugène. Mottheau recueille 164 voix soit 25,7% des 639 suffrages exprimés. La liste Bocquentin-Barborin n’obtient qu’un seul des 23 sièges à pourvoir et Mottheau est battu.

Pratiquant le cyclisme, Eugène Mottheau participe régulièrement à des courses, par exemple celle de 100 kilomètres entre Villeneuve-Saint-Georges et Montgeron en juillet 1894. Il est membre du Vélo-Club de Joinville-le-Pont où il est capitaine de route.

En 1896 Eugène Mottheau entreprend un voyage en Allemagne, Russie, Autriche et Serbie. À son retour, il est devenu, en 1897, l’associé de son père au sein de la maison Mottheau et fils, qui connaît un important développement dans la production de luminaires en bronze, qu’ils adaptent à l’électricité. Leur atelier reçoit un grand-prix lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900. Vers mai 1897, il épouse Jeanne Dunand.

Continuant ses activités militaires, Eugène Mottheau fait plusieurs périodes d’instruction et d’exercices. En tant que membre de la Société de tir au canon de Paris, il supervise en mai 1899 plusieurs exercices d’artillerie dans le Bois de Vincennes. Il démissionne de ses fonctions militaires en janvier 1900, sans doute pour raisons professionnelles.

Comme avant lui son père, Eugène Mottheau prend des responsabilités au sein de la Chambre syndicale des bronzes d’art. Il en est vice-président en 1913. Il s’attache en particulier à la défense de l’apprentissage, décidant en juin 1913, avec les présidents des grandes associations industrielles, d'organiser une exposition.

À suivre

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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 00:01

Ernest Louis Mottheau naît le 22 mai 1841 à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le neuvième des dix enfants de Pauline Emélie Mabille et de son mari Philippe Joseph Mottheau, épiciers. Son père deviendra maître ouvrier.

Il fit, selon son biographe Théophile de Lamathière, à Créteil « des études primaires qui, bien que très courtes, firent distinguer sa vive intelligence et son amour du travail »

À 12 ans, Ernest Mottheau est apprenti ciseleur. Il devient ouvrier en 1857 puis fonde sa propre maison en 1864, installée d’abord rue Saint-Sébastien (Paris, 11e arr.) puis rue du Perche, dans le quartier du Marais à Paris (3e arr.).

En janvier 1867 à Paris (3e arr.), Ernest Mottheau épouse Élise Claudine Carcanagues, fille d’une bijoutière.

La fabrique de bronze Mottheau produit notamment des lustres et candélabres. Elle participe, dans le cadre de groupements d’artisans aux Expositions universelles de Paris en 1867 et 1878. Lors des expositions internationales de Paris en 1886, la maison Mottheau obtient une médaille d'argent puis en 1887 médaille d'or. Elle reçoit la même récompense lors de l’Exposition universelle de 1889.

La famille d’Ernest Mottheau est installée en 1889 dans le quartier du Centre, rue de l’Église, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), commune de banlieue où il retrouve plusieurs membres de sa famille ; ils déménageront dix ans plus tard pour le quai Beaubourg (act. quai du Barrage), en bords de Marne. Sa sœur Hortense a épousé en 1860 Eugène Voisin, entrepreneur de bals, qui est alors conseiller municipal puis devient en 1878 adjoint au maire avant d’être, pour 24 ans, élu maire en 1888. Son frère Henry, exploite depuis au moins 1877 une boucherie-charcuterie à proximité, rue de Paris.

C’est probablement Ernest Mottheau, présenté comme un riche propriétaire de Joinville, qui est en 1889 un bienfaiteur du théâtre de Saint-Maur-des-Fossés, présidé par le Dr Bitterlin.

Peut-être est-ce Henry, sinon Ernest ou éventuellement son fils Eugène, qui est candidat sur la liste de droite d’opposition à la majorité locale, lors des élections municipales de mai 1892 à Joinville-le-Pont. Elle est conduite par le Dr Jean Barborin et l’industriel Albert Bocquentin et s’oppose à Eugène Voisin, candidat avec le soutien du comité radical-socialiste et beau-frère d’Ernest et Henry, oncle d’Eugène. Mottheau recueille 164 voix soit 25,7% des 639 suffrages exprimés. La liste Bocquentin-Barborin n’obtient qu’un seul des 23 sièges à pourvoir et Mottheau est battu.

L’atelier Mottheau déménage vers 1899 rue des Tournelles à Paris (3e arr.) et prend le nom de « Mottheau et fils », Eugène s’étant associé avec son père en 1897.

L’Exposition universelle de 1900 à Paris va apporter la consécration à sa maison. Ernest Mottheau figure dans les d’admission et d’installation et reçoit un grand-prix pour la présentation d’une colonne lumineuse intitulée La Nature, due au sculpteur Eugène Piat.

Luminaire Mottheau

Lors de l’exposition d'Hanoï (Tonkin, act. Vietnam) en 1902, la presse professionnelle remarque le passage de la maison Mottheau au tout électrique. Ernest Mottheau vient de céder la direction de son entreprise à son fils Eugène.

Ernest Mottheau a été secrétaire de la Chambre syndicale du bronze et membre du Comité français des expositions à l'étranger. C’est lui qui a remis, en juillet 1903, la décoration de la Légion d’honneur à son beau-frère Eugène Voisin, toujours maire de Joinville.

Vers 1901, Ernest Mottheau décide de faire construire un immeuble, comprenant deux maisons accolées, à Mers-les-Bains (Somme).il fait appel aux architectes Joseph Graf et Frédéric Marin, qui ont un cabinet à Saint-Maur-des-Fossés et sont réputés pour leurs goûts artistiques. Décorées dans un style Art nouveau, les deux villas sont situées dans le quartier balnéaire de la station picarde et sont livrées en 1903 ou 1904. Elles sont nommées La Lune et Le Soleil et sont agrémentés de décors céramiques réalisés par Gilardoni, gros entrepreneurs de Choisy-le-Roi qui collabore fréquemment avec Hector Guimard. La revue L’Architecture commente favorablement la réalisation ; les bâtiments, situés rue Boucher de Perthes, sont inscrits à l’inventaire du patrimoine et toujours en usage au XXIe siècle. La principale caractéristique est la couleur bleue turquoise des charpentes et élément décoratifs en céramique.

Ernest Mottheau meurt le 20 octobre 1905 à Joinville. Il était âgé de 64 ans en père de trois enfants. En août 1900, il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur pour sa participation à l’Exposition universelle. Les deux villas de Mers-les-Bains sont mises en vente en juin 1906.

La Lune et le Soleil, Mers-les-Bains

 

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2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 00:01

Victor Charles Ambroise Lalan naît le 9 septembre 1895 à Hennebont (Morbihan). Il est le fils Marie Joseph Le Besco, couturière, et de son époux Joseph Marie Pierre Paul Lalan, dessinateur lithographe.

La famille est installée dans le Calvados, en 1906 à Saint-Manvieu-Norrey puis ensuite à Fontaine-le-Pin. Victor Lalan suit les cours de l’Institution Sainte-Marie, à Caen où il obtient plusieurs récompenses en mathématiques. Il intègre en 1913 le séminaire catholique de Bayeux, dans le même département.

Du fait du déclenchement de la première guerre mondiale, il est appelé de manière anticipée pour son service militaire et est mobilisé, en décembre 1914, au sein du 24e régiment d’infanterie ; en mai 1915, il est nommé caporal. Il est très grièvement blessé lors de la bataille de l'Artois, en septembre 1915 à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais). Une grenade lui laisse une lésion légère à la main droite mais entraîne une désarticulation tibio-tarsienne de la jambe gauche, qui amène à son amputation. Il est réformé et dispensé des obligations militaires en février 1916. Il sera ensuite reconnu comme ayant un taux d’invalidité de 95%. Le comportement de Victor Lalan est remarqué : « Très bon gradé, énergique et dévoué. »

Ordonné prêtre à Bayeux, il s’installe ensuite en région parisienne. Peut-être parce qu’il a besoin de soins, il réside en 1921 dans le domaine du Parangon, géré par des religieuses catholiques, les Petites sœurs de l’Assomption, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est possible qu’il soit l’aumônier de la communauté, qui compte alors 43 sœurs garde-malades, dont une partie dans le noviciat. La supérieure est alors Georgette Mottot.

Au moins au cours des années 1921 et 1922, l'abbé Lalan se signale en tant qu’abonné au quotidien royaliste Action française.

À partir de 1919, Victor Lalan a engagé des études scientifiques au sein de l’école des sciences de l’Institut catholique de Paris (Catho). Il obtient des certificats en mécanique rationnelle, calcul différentiel et intégral et en astronomie.

Ayant obtenu sa licence ès sciences, il est à compter de 1923 chargé du cours de mécanique rationnelle, où il succède au professeur Lacaze. L’école des sciences de la Catho comptait alors cent étudiants dont cinq étrangers. Il soutient, avec succès, une thèse à la Faculté des sciences de l’Université de Paris en juin 1924 sur « Les propriétés infinitésimales projectives des variétés à trois dimensions » et obtient ainsi son doctorat ès sciences.

Nommé professeur adjoint en 1925, il poursuit son enseignement en mécanique rationnelle. Il donne en décembre 1926 une série de conférences sur l'initiation mathématique à la théorie d'Einstein, mobilisant des notions de calcul tensoriel.

En raison du départ de l'abbé Fouet, doyen de l'école, l’abbé Lalan devient professeur titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral à l’automne 1928. En septembre, il représente la Catho au congrès international des mathématiciens qui se tient à Bologne (Italie). Rendant compte des travaux, il fait remarquer qu’il « a suffi que ce congrès de mathématiciens s'ouvrît pour qu'une pluie bienfaisante se déversât à flots sur Bologne et ses environs, qui n'avaient pas reçu une goutte d'eau du ciel depuis plus de trois mois ». Un de ses collègues relève que, « s'il y a vraiment relation de cause à effet entre la réunion d'un congrès de mathématiciens et l'arrivée de la pluie, la recette est à retenir… »

À partir des années 1930, Lalan publie un nombre important de notes dans les comptes rendus de l'Académie des Sciences, et différents mémoires, par exemple en 1948, Un aspect mathématique de la Quarta Via de saint Thomas. Il s’intéresse en particulier au formalisme logique et mène des travaux sur la notion de temps. Son travail en cinématique est considéré remarquable par les professeurs Jean Abelé et Pierre Malvaux.

Il réagit cependant à certains de ses collègues, regrettant qu’ils produisent « un déluge de calculs sur un désert d'idées ». Le recteur de l’Institut catholique, Mgr Blanchet, releva qu’il « ne croyait pas que l'obscurité fût le signe nécessaire de la profondeur ».

Victor Lalan meurt le 8 juin 1954 à Paris (15e arr.). Il était âgé de 58 ans et résidait toujours à Issy-les-Moulineaux. Pour son activité militaire, il avait été décoré de la Croix de guerre 1914-1918 et de la Médaille militaire. L’église lui avait accordé le titre de chanoine.

 

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16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 00:01

Georges Armand Garreau nait le 1er janvier 1845 à Milly (Seine-et-Oise, act. Milly-la-Forêt, Essonne) chez sa grand-mère Gabrielle Céline Mathieu de Dombasle née Bertier, alors veuve et directrice de la poste aux lettres de cette localité. Il est le fils de Gabrielle Adélaïde Mathieu de Dombasle et de son mari, Adrien Garreau. Il fera ensuite usage du nom Garreau-Dombasle. Sa mère est issue de familles de propriétaires terriens et aristocrates de Lorraine.

Il est probablement élevée par sa grand-mère maternelle, au moins pendant le voyage de sa mère au Chili et en Océanie (1847-1849) après qu’elle se soit séparée d’Adrien Garreau. Gabrielle Céline Mathieu de Dombasle avait alors quitté Milly pour devenir directrice de la poste de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne).

Devenu journaliste en 1867, Georges de Dombasle (son nom de plume) collabore au journal Le Soir (1880-1892) puis au quotidien Le Siècle (à partir de 1890). Il est aussi rédacteur de L’Informateur parlementaire. Se présentant comme homme de lettres, il est le secrétaire général du Dictionnaire du commerce, de l’industrie et de la banque, paru chez Guillaumin à partir de 1898.

Le mariage de Garreau-Dombasle avec Louise Rosine Duchon est célébré en septembre 1874 à Dammarie (Eure-et-Loir). Vers 1880, ils quittent Paris pour Puteaux puis Levallois-Perret et Neuilly-sur-Seine (Seine, act. Hauts-de-Seine), enfin Taverny (Seine-et-Oise, act. Val-d’Oise).

Pour l’exposition universelle de 1900 à Paris, il est membre d’un comité d’admission des exposants. Il est secrétaire de l’Union des industries nationales en 1908 et adhère à la Société de géographie commerciale de Paris en 1905.

Georges Garreau-Dombasle meurt le 26 octobre 1912 à Taverny. Il est inhumé à Joinville-le-Pont. Âgé de 67 ans, il était chevalier de la Légion d’honneur depuis novembre 1900 et père de deux enfants.

Il est l’oncle du diplomate et résistant Maurice Garreau-Dombasle (époux de la poète et résistante Man’ha Garreau-Dombasle), et l’arrière-grand-oncle de l’actrice Arielle Dombasle.

Tombe Dombasle à Joinville

 

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 00:01

Gabrielle Adélaïde dite Adèle Mathieu de Dombasle naît le 17 septembre 1819 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Elle est la fille de Céline Gabrielle Bertier et de son mari Joseph Antoine Mathieu de Dombasle.

Sa mère est l’héritière, du côté paternel, de la famille, riches négociants en denrées coloniales, ayant développé leur activité à Saint-Marc (Saint-Domingue, act. Haïti), avant de créer – après s’être rallié à la Révolution en 1789, le vaste domaine agronomique de Roville, dans la banlieue de Nancy. Du côté maternel, elle descend des comtes de Rennel et notamment de Marguerite Gabrielle, chanoinesse-comtesse de l’abbaye de Neuville-les-Dames (act. Ain).

Le père d’Adèle, Joseph Antoine Mathieu de Dombasle, officier d’état-major, était le frère de Christophe Joseph Alexandre Mathieu de Dombasle (1777-1843), agronome, gestionnaire de Roville dont il fit le précurseur des écoles supérieures d’agriculture en France. La famille fit d’abord faubourg Saint-Pierre puis dans le domaine de Brabois, principalement installé sur la commune de Villers-lès-Nancy.

En février 1842, Adèle de Dombasle épouse à Paris Adrien Garreau, violoncelliste et compositeur, plus tard professeur au conservatoire de musique de Toulouse. Ils avaient déjà eu une fille en novembre 1841 à Paris, Gabrielle Thelcide Berthe Garreau. Leur deuxième enfant, Ferdinand, naît en juillet 1843 à Paris (2e arr.) où ils résident, Neuve-Saint-Georges. Le troisième, Georges, naît à Milly-la-Forêt (Seine-et-Oise, act. Essonne) en janvier 1845. Gabrielle de Dombasle y est directrice de la poste aux lettres, ayant dû prendre une activité après le décès de son mari en janvier 1834. À ce moment, Adèle de Dombasle est peut-être déjà séparée d’Adrien Garreau.

Après avoir probablement laissé la garde de sa fille à son mari Adrien Garreau, et sans doute ses deux garçons à sa mère, Adèle de Dombasle obtient du préfet de police un visa pour se rendre à Valparaiso (Chili) et, de là, en Océanie. Elle quitta Bordeaux en septembre 1847 à bord du navire de commerce Le Gange. Sur le même bateau, un autre voyageur est enregistré, Edmond Ginoux de La Coche. Ils se connaissaient vraisemblablement déjà, et vont faire le trajet ensemble jusqu’en Polynésie.

Ginoux de La Coche est né en novembre 1811 à Annecy (duché de Savoie, act. Haute-Savoie). Sa famille, noble, légitimiste et catholique, l'envoie faire des études chez les pères Jésuites à Forcalquier (Basses-Alpes, act. Alpes-de-Haute-Provence). Ils vivent ensuite à Toulon (Var) puis à Vesoul (Haute-Saône). Orienté vers l'armée, il échoue au concours d’entrée à l’école de la Marine de Brest (Finistère), poursuit des études à Grenoble puis s’engage en octobre 1830, âgé de 19 ans, dans le 54e régiment d’infanterie basé à Briançon (Hautes-Alpes).

Envoyé en Algérie en décembre 1833, il combat les rébellions arabes puis est renvoyé à Marseille en janvier 1835. Il se lance dans le journalisme, écrivant dans des organes républicains : la Sentinelle des Pyrénées à Bayonne (Basses-Pyrénées, act. Pyrénées-Atlantiques), le Progrès d’Arras (Pas-de-Calais) puis Le National à Paris. Fréquentant des cercles intellectuels et progressistes à Paris, franc-maçon, il s’affiche opposé à la politique coloniale du régime du roi Louis-Philippe. La France venant d’annexer les îles Marquises et d’installer un protectorat sur Tahiti, Ginoux de La Coche décide de partir en mai 1843 pour « vivre auprès des Sauvages pour mieux les étudier ». Il séjourne d’abord aux Marquises, puis à Tahiti, où il est nommé procureur du roi et apprend le tahitien. Il crée ensuite L’Océanie Française, hebdomadaire, première publication en français dans le Pacifique Sud. Mais le journal doit cesser sa parution en juin 1845, sur ordre du ministre de la marine et des colonies, le baron Ange René Armand de Mackau, qui se méfie de Ginoux de La Coche.

Il rentre alors en France, où il présente à Guizot, ministre des Affaires étrangères, un rapport sur la situation aux Marquises et à Tahiti. Ce dernier lui confie alors une nouvelle mission dans le Pacifique, où il part donc en compagnie d’Adèle de Dombasle en juin 1847. Arrivés à Valparaiso en mars 1848, ils décident de se rendre aux Marquises à bord d’un trois-mâts chilien, le Lenievez Martinez, où séjournent deux semaines en août et septembre 1848 puis se rend à Tahiti. Mais le nouveau gouverneur des Établissements français de l’Océanie, Charles-François Lavaud, connaissait et détestait de Ginoux, qui l’avait attaqué dans des articles du National. Il l’expulsa au bout de neuf jours de séjour. Après un long périple en Amérique du Sud, aux Antilles et aux États-Unis, il retourna en France en 1850.

Pendant les péripéties politiques auxquelles est confronté son ami, Adèle de Dombasle dessine la population autochtone et ses habitations. Elle se heurte aussi à la prévention du gouverneur, qui vient vérifier dans son hôtel que de Ginoux et elle ne partagent pas la même chambre. Il laisse à Adèle de Dombasle le choix entre rester seule ou accompagner de Ginoux sur son chemin de retour. Elle décide de rentrer, mais suit son propre chemin, via le Brésil. Elle est en France en 1851 et publie plusieurs témoignages de ses observations aux Marquises, par exemple, dans Politique nouvelle, « Visite à la grande prêtresse. »

Pour l’ethnologue Émilie Dotte-Sarout, les dessins d’Adèle de Dombasle ont un niveau de détail exceptionnel, ce qui permet d’identifier les plantes ou les tatouages sur les polynésiens, ce qui en fait une source d’information archéologique unique. L’enseignante remarque que de Dombasle documente de manière précise les observations qu’elle fait. Sur place, elle avait adopté le nom local d’Atéra.

Lors de son premier séjour, Edmond de Ginoux avait rapporté environ cinq cents objets polynésiens, ou originaires des Fidji, des Tonga, des Samoa, etc. après son retour, il s’installa à Nice où, en 1857, il acquit une villa dans laquelle il entreposa sa collection. Il rédigea un catalogue raisonné de 337 objets, terminé en 1866 et édité en 2012. Adèle de Dombasle vint également résider à Nice.

Après l’hospitalisation en 1867 d’Edmond de Ginoux à Marseille, Adèle de Dombasle prit soin de sa collection puis, suite à sa mort en juillet 1870, elle acheta la villa. Les objets de la collection de Ginoux furent vendus, en 1874, à un hollandais, le baron Lycklama A Nijeholt. Installé à Cannes, ce dernier fit don de l’ensemble en 1877 à sa ville. Elle l’installa dans le musée municipal, dénommé musée de la Castre (act. musée des explorations du monde). Les pièces exposées comprennent également des objets rapportés par Adèle de Dombasle, comme le collier de la grande-prêtresse Hina.

En août 1875, Adèle de Dombasle se marie avec Gustave Dardel à Nice. Ils s’installent dans l’ancienne propriété d’Edmond de Ginoux.

Gabrielle Adélaïde dite Adèle Mathieu de Dombasle meurt le 8 novembre 1901 à Monaco (principauté de Monaco). Elle était âgée de 82 ans.

Son fils aîné Ferdinand Garreau-Dombasle (1843-1896), est professeur à l’école des mines d’Alais (act. Alès, Gard) et décoré des Palmes académiques. Il est le père du diplomate et résistant à l’occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale, Maurice Garreau-Dombasle, époux de la résistante et poète Man’ha Garreau-Dombasle. Il est l’arrière-grand-père d’Arielle Sonnery de Fromental, épouse Bernard Henri-Lévy, dite Arielle Dombasle. Adèle Mathieu de Dombasle est donc la trisaïeule de l’actrice et chanteuse.

Le second fils, Georges Garreau-Dombasle (1845-1912), est un homme de lettres et journaliste réputé, chevalier de la Légion d’honneur. il est inhumé à Joinville-le-Pont.

Dix-sept œuvres d’Adèle de Dombasle sont conservées dans des collections publiques, au musée Jacques-Chirac du quai Branly, à Paris.

 

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 00:01

Jeanne Gabrielle Élisabeth Fay naît le 4 octobre 1804 à Lyon. Elle est la fille de Marie Jeanne Lemesle et de son époux Étienne Fay. Sa mère comme son père sont des acteurs de théâtre et chanteurs, issus eux-mêmes de familles de comédiens qui jouent en France et dans les salles d’Europe (Belgique, Allemagne, Autriche, Pologne, etc.). Étienne Fay avait pris la direction du théâtre de Marseille de 1810 à 1813, mais y aurait englouti ses économies, selon l’historienne Anne Martin-Fugier. La famille repartit alors en tournée, en Belgique et en Normandie notamment.

Élisa Fay débute sur les planches, en compagnie de sa sœur cadette Léontine en 1820. Elle interprète Les Deux Petits Savoyards, opéra-comique de Nicolas Dalayrac, La Fée Urgèle ou Ce qui plaît aux dames, autre opéra-comique de Charles-Simon Favart et Le Devin du village, intermède chanté de Jean-Jacques Rousseau.

Elle joue en Belgique, à Bruxelles en 1823-1824 et à Gand 1825.

Élisa Fay est mariée à Paris (1er arr.) en l’église Saint-Roch avec un comédien, Pierre François Génot et porte désormais le nom d’Élisa Génot, bien qu’elle conserve parfois son patronyme ; Le Dictionnaire des comédiens français d’Henry Lyonnet présente ainsi son époux : « "Chanteur faible, acteur nul dit la biographie de [1826]. Un gaillard qui ne doute de rien écrit-on en 1829. Doué d'une mémoire prodigieuse, d'un aplomb imperturbable, Génot se fit pourtant une situation à l'Opéra-Comique, où tenant tous les emplois, remplaçant n'importe qui au pied levé, il était véritablement indispensable. Il tint aussi le rôle de l'Empereur à l'Opéra-Comique à une époque où chaque théâtre avait le sien. »

Élisa Génot participe à l’ouverture du Théâtre des Nouveautés à Paris en mai 1827 avec Monsieur Jovial ou l'Huissier-chansonnier, comédie-vaudeville d’Adolphe Choquart. Elle interprète ensuite sur la même scène Le Caleb de Walter Scott.

En compagnie de sa sœur Léontine, elle crée au Gymnase dramatique en 1830 La Protectrice, comédie vaudeville, puis en 1831 La Famille Riquebourg d’Eugène Scribe.

Des tournées mènent Élisa Génot à Rouen en 1836, Bruxelles en 1839, Nantes en 1843. À Paris, elle joue à la Porte-Saint-Martin en 1847, puis au Théâtre historique en 1848-1849 dans Catilina et Le Chevalier d’Harmental, d’Alexandre Dumas, Les Mystères de Londres de Paul Féval ainsi que Les Puritains d'Écosse de Walter Scott

Elle est ensuite au Théâtre des Variétés et au Vaudeville. Dans le premier, elle est à l’affiche du Pouvoir d'une femme de Joseph-Bernard Rosier en 1848. Elle a un rôle en 1853 dans Les Enfers de Paris de Roger de Beauvoir et Un notaire à marier de Marc-Michel.

Elle s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier du Centre, rue de Paris. Henry Lyonnet, dans le Dictionnaire des comédiens français, estime qu’elle joua « avec esprit ». Le peintre et historien de l’opéra Jean-Louis Tamvaco considère qu’elle fut « une cantatrice fort estimée. »

Élisa Génot meurt le 2 octobre 1858 à Joinville. Elle allait atteindre ses 54 ans.

Plusieurs œuvres représentent l’actrice. Le buste du sculpteur Jean Pierre Dantan, réalisé en 1835 à Rouen, est dans la collection du Musée Carnavalet, de Paris.

Son fils, qui utilise le nom d’Achille Fay-Génot, comédien et peintre, s’installe à Montréal (Québec, Canada) en 1874 avec la Société dramatique française puis y crée le Cercle Molière en 1885.

Élisa Génot, buste de Jean Pierre Dantan, musée Carnavalet, Paris

 

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 00:01

Alfred Prêtre naît le 4 décembre 1844 à Paris (8e arr.). Il est le fils de Mélanie Rosoy et de son mari Louis François Prêtre. Son père, ancien charretier devenu rentier, presqu’illettré, est particulièrement âgé puis qu’il a 76 ans à la naissance d’Alfred, le quatrième des fils qu’il a eu avec Mélanie, de 42 ans sa cadette, qu’il a épousée en 1837 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), alors qu’il avait déjà 69 ans. Il meurt en septembre 1852 à Belleville (act. Paris, 18e arr.).

Artiste dramatique jouant en banlieue parisienne, selon le Dictionnaire des comédiens français d’Henry Lyonnet, qui le trouve « vaillant » mais « un peu froid », Alfred Prêtre adopte le pseudonyme de Montbars ; la presse le désigne parfois comme A. Montbars, car un autre comédien du Palais-Royal, Jules Alexandre Kalitowitsch (1844-1882), se fait également appeler Montbars. Alfred Montbars joue en 1871 des rôles au théâtre de l’Ambigu comique (Paris), où il se fait remarquer même quand les pièces sont peu appréciées de la critique. Le Constitutionnel, par exemple, voit en lui « un jeune comique plein d'avenir ». Il épouse à Paris (11e arr.) Agathe Angélique Bordier, couturière, fille d’un carrier de Charenton-le-Pont.

Engagé principalement dans des rôles de comique, il joue également à Paris pour le théâtre Montmartre, Déjazet, les Menus-Plaisirs, Cluny et le Gymnase. Il débute en novembre 1875 à l'Odéon, dont il deviendra un des habitués. En 1879-1880, il fait une tournée en Russie, à Saint-Pétersbourg et est pensionnaire du théâtre Michel. De retour dans la troupe de l’Odéon en 1888, il obtient du succès dans Crime et Châtiment.

Divorcé en 1890, Montbars s’installe à Joinville-le-Pont, ville où vivaient ses parents avant sa naissance, dans le nouveau quartier de Polangis, sur la rive gauche de la Marne, avenue Gille. Il y donne des cours d’art dramatique. Cependant, il n’y est pas recensé et a donc probablement conservé une adresse parisienne, peut-être rue Saint-Maur (11e arr.) où il vivait lors de son mariage. Il est engagé en 1897 au théâtre du Gymnase puis revient l’année suivante à l’Odéon.

Les commentaires sur le jeu de Montbars sont habituellement très favorables. Ainsi, en mars 1892, un chroniqueur du quotidien culturel Gil-Blas, après avoir critiqué certains interprètes des Faux Bonshommes, pièce de de Théodore Barillet et Ernest Capendu, conclut : « Les autres sont excellents. En tête, je cite Montbars, un comédien qui n'est pas apprécié à sa juste valeur et vaut dix fois plus que sa réputation. Il est exquis de naturel dans Péponet et s'y montre pour le moins égal à son prédécesseur Daubray, je lui adresse tous mes compliments et le remercie du plaisir qu'il m'a causé ». Beaucoup d’articles lui associent le qualificatif « excellent. »

En septembre 1898, Montbars répète la pièce de l’historien et dramaturge G. Lenôtre et de Gabriel Martin. Lors de la répétition générale, le journaliste et romancier Félix Duquesnel explique qu’il l’avait trouvé « très naturel et de comique très franc dans un personnage de gentilhomme pauvre », nommé Puygiron. La première de la pièce est programmée le 1er octobre, jour de réouverture de la salle du théâtre de l’Odéon de Paris (6e arr.). Nicolet dans Le Gaulois rapporte que Montbars « de l'avis de tous, paraissait plein de santé et de bonne humeur. »

La représentation, le 1er octobre, débute par une pièce courte puis, pendant l’entracte, un comédien qui jouait dans le dernier acte, mais était arrivé plus tôt qu’il n’était tenu de le faire, Chelles, reçoit le message suivant : « De Joinville-le-Pont, Montbars mort, A. Montbars ». L’émoi est immédiat dans la troupe qui, cependant, décide de jouer malgré tout. Un autre acteur, Henry Burguet annonce au public : « Mesdames et Messieurs, une dépêche nous arrive à l'instant de Joinville qui nous apprend que notre excellent camarade Montbars est tombé subitement très, très gravement malade... Son rôle sera lu par M. Céalis qui réclame toute votre indulgence ». L’annonce se répandit pendant l’entracte, où « elle fut accueillie avec une vraie peine » par les « habitués des premières, dont Montbars était depuis, si longtemps connu et estimé » selon Le Figaro qui conclut par « cette simple phrase entendue vingt fois derrière la toile : Ce pauvre Montbars ! Ce pauvre Montbars ! »

Un très grand nombre de journaux, parisiens mais aussi de province, relatent le décès ; les sources en ligne permettent d’en identifier plus d’une soixantaine. Mais plusieurs ont également connu un raté qui provoquera les railleries de leurs confrères : ils ont publié un compte-rendu de la première de Colinette sans l’avoir vu, probablement après avoir assisté à la générale la veille, et ont cependant commenté le jeu des acteurs. Pour Jean Gascogne, dans La Libre Parole, « Il faut mentionner M. Montbars, excellent dans un rôle » tandis que L'Indépendant rémois trouve « M. Montbars, amusant ». Pour Le Petit Caporal, « M. Montbars est cocasse à souhait » tandis que dans La Petite République, Henri Pellier trouve qu’il « joue fort bien. »

Sans avoir raté l’information sur son décès, certains journaux racontent une histoire inexacte. C’est le cas de La Revue mondiale pour qui « L'excellent acteur Montbars (…) s'est subitement affaissé et est mort sans avoir repris connaissance, dans sa loge où on l'avait immédiatement transporté. »

L’hommage de la presse est très large. Le Gaulois voit en Montbars « un excellent artiste et un non moins excellent pensionnaire » de l'Odéon. La Patrie le trouve « exquis de verve comique ». La France militaire précise que son décès est dû à une congestion cérébrale, assurant que  « le vaillant artiste, que tout Paris connaissait, est tombé, pour ainsi dire, sur le champ de bataille; (…). Il s’était montré, comme toujours, artiste consciencieux (…). Il disparaît en pleine maturité de son talent (…). Pauvre Montbars ! »

Alfred Prêtre était mort le 1er octobre 1898 à Joinville, où il est inhumé le 3. Lors de ses obsèques l’écrivain Paul Ginisty, directeur du Théâtre de l'Odéon, et le sculpteur et acteur Albert Lambert père, sociétaire de la Comédie-Française, prononcent des allocutions en présence de la troupe de l’Odéon.

La situation matrimoniale de Montbars lors de son décès est incertaine. Le télégramme annonçant son décès est signé « A. Montbars » selon Le Figaro, qui l’identifie comme Mme Montbars. Le Dictionnaire des comédiens français précise : il « laissait une veuve ». Or, son ancienne épouse, Agathe Angélique Bordier, s’était remariée en avril 1892. Il est donc douteux qu’elle puisse être la signataire de la dépêche et la veuve mentionnée. Par ailleurs, l’acte de décès mentionne qu’il est célibataire. Il s’agit peut-être d’une relation non officielle.

Montbars dans Crime et châtiment

 

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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 00:01

Suite de la biographie de Géraud Venzac

Devenu docteur ès-lettres, Géraud Venzac va désormais publier près d’un livre par an, organiser de nouveaux voyages sur les pas d’écrivains, en Grèce notamment, participer à des conférences en province et à Paris et écrire plusieurs articles pour des revues.

Gardant un lieu étroit avec la Haute-Auvergne, le chanoine Venzac préside à plusieurs reprises des banquets de Cantaliens à Paris, qui rassemblent à chaque fois plus de trois cents personnes, par exemple avec les Aurillacois en décembre 1953, ou avec les originaires de Vic-sur-Cère et novembre 1954. Il entretient également une correspondance nourrie avec des intellectuels ou des prêtres du département, comme Abel Beaufrère, conservateur des antiquités du Cantal, l’historien Antoine Trin, Pierre Vermenouze, fils du poète occitan ou le docteur Henri Mondor. Mais il a également d’autres correspondants, comme l’écrivain Paul Claudel ou surtout Mgr Jean Calvet, son prédécesseur à la chaire de littérature de l’Institut catholique de Paris.

Le premier livre publié après-guerre est, en décembre 1955, sa thèse sur Les origines religieuses de Victor Hugo, qualifié de « passionnante enquête » par l’écrivain Raymond Cortat. Elle inaugure une collection, les Travaux de l'Institut catholique de Paris et reçoit un bon accueil dans la presse. La revue Études montre que le livre « renverse diamétralement la perspective » sur Victor Hugo qui était celle d’un chemin depuis une enfance « royaliste et catholique » en allant « vers toujours plus d'agnosticisme, voire d'athéisme. »

Dans la même collection, le deuxième ouvrage reprend en février 1956, sa thèse complémentaire, Les premiers maîtres de Victor Hugo. Géraud Venzac fait justice à l’opinion, fondée sur les vers du poème À propos d'Horace :

Marchands de grec ! marchands de latin ! cuistres ! dogues !

Philistins ! magisters ! je vous hais, pédagogues !

Le chanoine Venzac montre que Victor Hugo a déformé, plus ou moins sciemment, sa propre histoire, car son éducation première ne fut nullement cléricale.

Après deux gros livres reproduisant ses recherches universitaires, Géraud Venzac retourne à ses travaux sur les lieux de vie et la jeunesse des écrivains romantiques, avec des ouvrages de plus petite taille. Il fait rééditer en 1956 l’ouvrage écrit vingt ans auparavant, sous le nouveau titre Aux pays de leur enfance: Chateaubriand, Lamartine, Renan, Taine et Barrès.

Au pays de Madame Bovary, paru en juin 1957, est vu par la Revue de la Haute-Auvergne comme « un livre fort divertissant » où Géraud Venzac joue au « détective privé ». Le journaliste du Monde, Robert Coiplet, est plus circonspect et y voit un « travail confus ». Les Cahiers naturalistes concluent que « Ce livre pourrait bien être la démonstration humoristique de l'inanité de certaines querelles littéraires : M. Venzac invite sagement au calme. »

Toujours en 1957, au mois de novembre, Jeux d'ombres et de lumière sur la Jeunesse d'André Chénier paraît dans la collection Vocations, que dirige le professeur Henri Mondor. Raymond Cortat estime, dans L'Auvergnat de Paris, que Venzac « est devenu le spécialiste, dans la géographie littéraire, de ces espaces laissés en blanc sur les atlas, et qu’on appelle des terres inconnues ». La Revue de la Haute-Auvergne le loue de « restituer la jeunesse d'un poète dont on aurait pu penser jusqu'à ce jour qu'il n'en avait pas eue... »

Dans un autre petit ouvrage, également de 1957, En Grèce, le professeur Venzac commente les hauts lieux de légende et d'histoire de l'Hellade des héros et des dieux, en suivant les pèlerinages en Orient de Chateaubriand et de Lamartine.

Une remise à jour de l’Abrégé du Dictionnaire de la langue française d’Émile Littré, publié en 1875 par Amédée Beaujean, est publiée par Géraud Venzac en 1958. Il ajoute 108 auteurs aux 77 retenus par Littré et Beaujean. Si la parution est saluée, le linguiste Robert Le Bidois reproche l’emprunt d’une partie des citations à un autre dictionnaire, Le Robert. Il s’étonne aussi de certains oublis, comme celui du mot Dieu.

En tant que conférencier, Géraud Venzac intervient en avril 1952 à l'Institut catholique de Paris sur le thème « Hugo est-il chrétien ? » pour cent-cinquantenaire de l’écrivain. En novembre la même année, dans le même lieu, il disserte sur Leconte de Lisle et ses Poèmes antiques. Il contribue, en mars 1953 au salon littéraire Lutétia, à un débat sur le thème : Le prêtre dans le roman. En octobre 1953, la Chaîne Nationale de la radiodiffusion française retransmet sa conférence sur « Leconte de Lisle, témoin de l’échec religieux et politique du Romantisme ». Il évoque, en juin 1955 à la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France, l’enfance de Victor Hugo dans ses domiciles parisiens. La Société des Amis de Notre-Dame de Paris lui donne, en novembre 1957, l’occasion de commenter la Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo alors que vient de sortir le film de Jean Delannoy.

Il est présent à Aurillac en octobre 1954 et à Toulouse en janvier 1959. De nouveau à Aurillac, en novembre 1959, il réunit de nombreuses personnalités de la région pour parler de « Barrés à la découverte de l’Auvergne ».

Un projet important est préparé en 1960 : une enquête sur la religion des grands maîtres de la littérature au 19e siècle, pour laquelle il cherchait des collaborateurs. Cependant, en 1961, il renonce à tous ses projets et à son enseignement et décide de devenir moine trappiste. Il demande à rejoindre l’abbaye du Sainte-Marie-du-Mont-des-Cats, à Godewaersvelde (Nord). Son choix n’est pas admis par tous, y compris par les moines trappistes. Leur supérieur, Dom André Louf, témoignera : « Ici au Mont-des-Cats, en un premier moment nous ne comprenions pas et nous avions voulu barrer le chemin à une telle vocation — car le cas du Frère Géraud était exactement à l'opposé des critères de vocation qui étaient ceux du Père-maître de l'époque. Mais nous avons dû nous rendre à une évidence qui ne venait pas de lui, mais de Dieu en lui. Nous avons fini par être vaincus et séduits par la transparence d'une telle humilité et d'un tel amour. »

Désormais cloîtré, frère Géraud continue cependant quelques travaux intellectuels. Il collabore notamment à une traduction de La Philocalie des Pères neptiques, anthologie de textes traditionnels sur la prière, réalisée en grec par Nicodème l'Hagiorite et Macaire de Corinthe en 1782. Sous la direction d’un théologien orthodoxe, Jacques Touraille, contribue aux premiers volumes de cette publication, qui démarre en 1979. Il considère que ces vieux monastiques lui transmettaient la science évidente et concrète de Jésus qu'il était venu chercher au monastère, selon Dom André.

Même s’il n’y contribue sans doute plus, certains de ses travaux antérieurs continuent d’être publiés ; ainsi, il est un des co-auteurs du Guide littéraire de la France, paru dans la collection des Guides bleus Hachette en 1964.

En 1976, une cérémonie est organisée au sein du monastère pour célébrer ses cinquante ans de sacerdoce. Sa santé et sa vue se sont détériorées.

Géraud Venzac meurt le 30 avril 1981 à Godewaersvelde (Nord). Il était âgé de 79 ans. Il avait obtenu en juin 1956 le prix Gustave Le Métais-Larivière de l’Académie Académie pour son ouvrage sur Les Origines religieuses de Victor-Hugo. Il avait été décoré, en août 1936, de la Croix des services militaires volontaires. En juillet 1959, au titre des Arts et lettres, il était devenu chevalier de la Légion d’honneur.

Son oraison funèbre fut prononcée par Dom André Louf, supérieur de l’abbaye du Mont-des-Cats. Il assure que « Ses frères moines qui l'ont connu en ce dernier quart de sa vie répondraient qu'il était véritablement humble et pauvre selon l'esprit, avec la même assurance sans doute avec laquelle répondraient ses anciens collègues de l'Université qu'il était un chercheur et un savant consciencieux et compétent. »

Fin

 

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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 00:01

Début de la biographie de Géraud Venzac

Géraud Jean Marie Venzac naît le 9 juin 1901 à Raulhac (Cantal). Il est le quatrième des dix enfants de Marie Pichot et Antoine Venzac. Son père est vacher, cultivateur et garçon de ferme tandis que sa mère est modiste. En 1921, ses parents sont devenus boulangers, toujours à Raulhac.

Géraud Venzac entame des études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Flour, siège du diocèse historique de la Haute-Auvergne. À ce titre, il aurait pu obtenir un sursis pour le service militaire mais il y renonce. Il est donc incorporé en octobre 1921 au 92e régiment d’infanterie. Il est nommé caporal en mars 1922 puis caporal-fourrier en juin. En mai 1923, il devient sous-officier comme sergent-fourrier. Démobilisé en octobre, il suivra ultérieurement dans la réserve les cours de l’école de perfectionnement des sous-officiers de réserve, sera nommé sergent-chef en janvier 1933 et recevra des témoignages de satisfaction du général commandant de la région militaire et du ministre de la défense.

Ordonné prêtre du diocèse de Saint-Flour en mars 1926, il devient professeur à l'Institution Saint-Eugène d'Aurillac. Il y reste deux ans.

Il rejoint ensuite Paris où il étudie les lettres classiques, à l'Institut catholique de Paris. Il est diplômé au titre des études grecques en juin 1930 avec la mention Bien.

Le premier ouvrage important de Géraud Venzac paraît en février 1936. Intitulé De Chateaubriand à Barrés, au pays de leur enfance. La Revue des lectures considère qu’il peint les paysages et les âmes de la Bretagne, la Bourgogne, les Ardennes, la Lorraine où il recherche également les traces de Lamartine, Renan, Taine et Victor Hugo. Mgr Calvet, qui préface le livre, le félicite : « Ce qui fait la valeur et le charme prenant de vos études, c'est le don barrésien de déceler le spirituel dans la gaine de la matière ». Même si Maurice Barrès, lui aussi lié au Cantal, est alors passé de mode, le livre est réédité en 1952 et obtient un soutien critique très marqué.

Au début de la deuxième guerre mondiale, Géraud Venzac est mobilisé en septembre 1939 au sein du 404e régiment de pionniers. Après sa démobilisation, il devient pour l’année 1941-1942, maître de conférences de littérature française à la Faculté des Lettres de l'Institut catholique. Il supplée Mgr Jean Calvet, titulaire de la chaire, notamment dans l’apprentissage du latin. Il est nommé professeur en 1946. La même année, Mgr Henri Pinson, évêque de Saint-Flour, le nomme chanoine honoraire de la cathédrale Saint-Pierre.

L’abbé Venzac vit à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), rue de Paris, dans le domaine du château du Parangon, utilisé alors par les Petites Sœurs de l’Assomption, qui y ont installé un centre infantile. Géraud Venzac s’implique dans la vie intellectuelle locale, contribuant notamment à la revue historique Le Vieux Saint-Maur, quartier tout proche qui abrite l’ancienne abbaye de Rabelais.

En 1949, il adhère à la Société d’histoire ecclésiastique de la France. Venzac publie des articles sur des sites religieux, comme sur l’abbaye Sainte-Scholastique de Dourgne (Tarn) ou des comptes-rendus bibliographiques, tels celui sur L’Amour de Jésus chez sainte Thérèse de Lisieux publié par le théologien André Combes.

Au début des années 1950, le chanoine Venzac, devenu titulaire de la chaire de littérature de l’Institut Catholique, se consacre à l’écriture de sa thèse, commencée vers 1939, et dirigée par le poète et agrégé de lettres, Maurice Levaillant. Elle comporte deux parties : la principale, Les origines religieuses de Victor Hugo et la secondaire, Les premiers maîtres de Victor Hugo. Il la soutient en juin 1954 à l’université de la Sorbonne à Paris et devient docteur ès-lettres avec la mention très honorable et les félicitations du jury.

Dans Les origines religieuses de Victor Hugo, le professeur Venzac assure que « Victor Hugo n’a jamais été catholique au sens profond du terme, il n’a jamais communié, ne s’est jamais confessé, et, qui plus est, il n’a probablement jamais été baptisé ». L’auteur établit ainsi une jeunesse assez différente du tableau, classique à cette époque, d’un Hugo né dans un milieu traditionnaliste et catholique. Mgr Calvet, constatant que Géraud écarte l’idée d’une confession à Félicité Robert de Lamennais, prêtre, philosophe et député républicain, et commente : « Il faut renoncer à cette image romantique du poète des tonnerres absous par l'archange foudroyé. »

Avec Les premiers maîtres de Victor Hugo, il établit l’identité et l’histoire des enseignants qui influencèrent Hugo, à rebours de certaines lignes du poète, les qualifiant de vieux prêtres.

La prestation de Géraud au cours de sa thèse est remarquée par la presse. Le Monde relève que c’est Hugo lui-même qui avait écrit « J'ai commencé, comme tout le monde, par être catholique et royaliste » et avait parlé de l'éducation cléricale qu'il aurait reçue, ce qui avait amené ses biographes à croire en une phase catholique de la pensée de Victor Hugo, qui aurait marqué sa philosophie ultérieure ; le quotidien parisien remarque que, en établissant que l’enfance de Hugo a baigné dans une indifférence religieuse totale et un entourage voltairien, Venzac réduit en poussière une légende, en tant que « pourfendeur de haute classe et de grand mérite. »

Tout aussi favorable au professeur, Le Figaro Littéraire est dithyrambique et le philologue Maurice Rat écrit : « Jamais peut-être, je le dis tout de suite, exposé plus lumineux, plus sincère, plus neuf, n'emporta plus vite l'adhésion. L'amphithéâtre Quinet était plein ». Il remarque la durée de la soutenance, cinq heures, les applaudissements nourris, et relève la formule de Maurice Levaillant : « Il avait la religion de sa mère, laquelle n'en avait pas. »

À suivre

Géraud Venzac, à droite

 

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