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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 00:01

Amédée Léon Roux naît le 24 novembre 1848 à Paris (11e arr.). Il est le fils de Lucille Mutelle et de son époux, Jean François Gustave Roux.

Il vit à Paris (10e arr.), d’abord rue du Chemin-Vert puis, en 1874, passage des Trois-Couronnes. Il épouse, en juillet de cette année-là, Marie Joséphine Job, mécanicienne. Lui-même est monteur en bronze. Il devient ensuite fabricant d’appareils à gaz, avec un atelier dans le même arrondissement, rue de Bondy (act. rue René-Boulanger).

Il acquiert une résidence à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Palissy, avenue Hugedé, sans doute à la faveur de la commercialisation des terrains de ladite rue par le promoteur immobilier Louis Hugedé dans les années 1870. Ils en font leur domicile permanent après 1900.

Peut-être faut-il assimiler Amédée Léon Roux avec « A. Roux », directeur en 1885 de la société de la libre-pensée La Raison, basée à Champigny-sur-Marne et qui sera ensuite active à Joinville, avec le député radical-socialiste Jules Ferdinand Baulard, l’aubergiste Alphonse Demeestère ou le journaliste Henry Vaudémont. Roux est toujours membre de La Raison en 1889 mais n’en est plus le directeur. Léon Roux est membre de la franc-maçonnerie.

Il est également possible que Roux soit, en septembre 1891, un des assesseurs de la réunion de compte-rendu du mandat de parlementaire de Baulard à Joinville.

En mai 1904, Léon Roux, qui se présente comme industriel, est candidat aux élections municipales de Joinville sur la liste conduite par le maire sortant, Eugène Voisin. Soutenue par le comité radical-socialiste communal, elle fait face à une liste de droite et à une autre de tendance socialiste-révolutionnaire. Avec 562 pour 1 119 suffrages exprimés (50,2%) sur 1 363 inscrits, Roux est élu dès le premier tour. La liste Voisin remporte 22 des 23 sièges à pourvoir, et il est reconduit dans sa fonction. Signe de son rôle politique, Roux est désigné comme électeur sénatorial en janvier 1905.

Toujours avec Eugène Voisin et le soutien du comité radical-socialiste, Roux sollicite le renouvellement de son mandat en mai 1908. La liste met en avant sa « gestion sage » et son « administration prudente des finances de la commune ». Elle entend « encourager les œuvres laïques d’instruction, d’éducation, d’assistance et de solidarité », dit son opposition à de nouveaux impôts et entend faire un compte-rendu de mandat annuel. Face à une liste dite socialiste évolutionniste, qui regroupe des personnalités libérales avec des radicaux dissidents et certains socialiste, ainsi qu’une liste socialiste SFIO, les candidats de la municipalité sortante remportent 21 des 23 sièges, en laissant un à un indépendant, l’autre à un évolutionniste. Roux est réélu au second tour, avec 610 voix pour 1 188 votants (51,3%). Voisin est toujours maire. La campagne a été tendue, et Roux a notamment polémiqué avec le docteur Gripon, élu de manière isolée expliquant dans l’hebdomadaire radical Voix des communes : « Je vous ai défendu jadis, car je vous croyais digne d’estime. Votre conduite en période électorale et maintenant vous démasquent. Vous êtes de ceux que je ne salue plus ». Gripon avait été mis en cause pour son comportement et se plaignait qu’on l’ait écarté d’un poste de médecin dans les écoles.

De nouveau délégué sénatorial en décembre 1908, Roux se mobilise pendant les grandes inondations de la Marne au premier trimestre 1910, en participant à l’organisation de la loterie en faveur des inondés.

Lors de la séance de compte-rendu  mandat de février 1911, Roux fait partie des cinq élus qui, l’hiver, habitent Paris, et quittent la salle à 11 heures du soir pour aller prendre leur train. Dans un contexte très tendu entre la municipalité et une partie de la population, ce départ est accompagné des cris de « Démission ! Démission ! » lancés par les socialistes SFIO, les évolutionnistes et les libéraux.

Roux prend un part active à la vie municipale, toujours fidèle au maire et à la majorité des radicaux-socialistes, tandis que plusieurs d’entre eux s’en séparent, dans la perspective du départ d’Eugène Voisin, malade et vieillissant. Avec le chimiste Rey et l’adjoint Briolay, Roux est une des principales cibles des dissidents.

Lors des élections municipales de mai 1912, Roux est probablement candidat sur la liste conduite par Georges Briolay. Elle est battue par la fusion, au second tour, de ses trois concurrentes, les radicaux dissidents, les socialistes SFIO et les libéraux et conservateurs. Au cours de la campagne, la presse libérale reprochait à Roux de diriger, en compagnie de Briolay et Rey, le parti radical à Joinville. Un radical dissident, Achille Mermet, devient maire.

Battu, Roux poursuit cependant son activité sociale. Après avoir été administrateur de la caisse des écoles, il entre au conseil de l’Association philotechnique, importante société d’éducation populaire. Pendant la guerre, il s’associe à Briolay pour acheter du charbon, destiné à ravitailler la  population joinvillaise à meilleur marché. Roux redistribue en décembre 1916 aux familles de prisonniers les bénéfices tirés de la vente du stock.

Après-guerre, le scrutin municipal organisé en novembre 1919 voit la constitution d’une liste d’union républicaine et sociale, où se retrouve la municipalité radicale dissidente sortante, derrière l’adjoint Henri Vel-Durand, des socialistes indépendants et les radicaux-socialistes avec notamment Briolay et Roux. Face à liste de droite et à des socialistes SFIO, l’union centriste emporte au second tour les 23 sièges à pourvoir. Léon Roux est élu avec 949 voix pour 1 537 suffrages exprimés (61,2%) sur 2 491 inscrits.

Avec Vel-Durand maire, Julien Périn, socialiste indépendant et Chéri Arnaud sont élus adjoints. Ce dernier est remplacé en 1921 par Stephen Durande puis, lorsque le maire fait démettre Julien Périn, Léon Roux le remplace comme adjoint en septembre 1923.

En février 1923, Roux a pris part, en tant que vice-président, à la constitution de la section de Joinville de la Ligue de la République, qui groupe tous les partis de gauche « pour faire échec à la réaction ». Elle est présidée par un socialiste indépendant, René Caperon, ouvrier des PTT, mais ce dernier s’en séparera pour se rapprocher de Vel-Durand à la faveur des élections municipales de mai 1925.

Roux reste par contre fidèle au groupement des gauches qui s’esquisse derrière Briolay ; cependant, c’est Vel-Durand qui emporte le scrutin et Roux n’est pas réélu.

Amédée Léon Roux meurt le 13 mai 1932 à Joinville. Il était âgé de 83 ans et ne semble pas avoir eu d’enfant. Par contre, il avait adopté Maurice Charles Kiehl (1911-2000). Roux était décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en 1906 puis comme officier de l’instruction publique en 1912 pour son rôle à la caisse des écoles. Il avait également obtenu en janvier 1911 la médaille d’honneur de la Société pour l’encouragement au bien.

Caricature du Cartel des gauches de 1924

 

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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 00:01

Émile Louis Marescaux naît le 18 février 1869 à Marquette-lez-Lille (Nord). Il est le fils de Louise Victorine Flament et de Charles Louis Marescaux, ferblantier.

Alors employé de commerce et résidant à Amiens (Somme), il devance en novembre 1888 le service militaire en s’engageant pour trois ans dans l’armée. Il rejoint le 40e régiment d’infanterie où il devient caporal en octobre 1889 puis sergent en décembre 1890. Il est affecté, en juillet 1891, à la 15e section de secrétaires d’état-major et de recrutement.

Il réside à Marseille en 1892 puis revient à Lille l’année suivante. Il épouse en décembre 1893 à Mende (Lozère) Augustine Marie Dupeyron, giletière. Ils s’installent à Paris, d’abord rue Lappe puis dans une voie adjacente, rue de la Roquette (11e arr.).

En août 1901 est formée la société en nom collectif Delort et Marescaux, installée rue de la Roquette. Elle a une durée de neuf ans et un capital de huit mille francs. Elle est spécialisée dans la ferronnerie d’art et produit également des pièces pour les couvreurs, notamment des châssis pour toiture. Son associé est Abel Delort, également forgeron et ajusteur. Ultérieurement l’entreprise prendra exclusivement le nom de Marescaux, même si Delort continuera d’y travailler.

Le Comité républicain radical et radical-socialiste du quartier de la Roquette élit, en juin 1909, Marescaux en tant que vice-président de sa commission exécutive. Clémencet est président.

La famille Marescaux s’installe ensuite à Joinville, où vit également Delort. Elle réside en 1911 quai Moisson, dans le quartier de Palissy.

Outre son magasin de la rue de la Roquette, l’entreprise ouvre une usine quai de la Marne à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Elle compte plusieurs dizaines d’ouvriers, et dix-neuf d’entre eux trouveront la mort au cours de la première guerre mondiale. Pendant la durée du conflit, Marescaux produit pour les besoins de l’armée et des soldats mobilisés lui sont affectés, dont Delort, Marius Alphonse Levaltier ou Antoine Duranthon. Elle embauche aussi des femmes.

Pendant la guerre, Marescaux fait partie des souscripteurs de la collecte humanitaire organisée en décembre 1917 à Joinville. Il sera imposé après la fin du conflit pour les bénéfices qu’il a faits à la faveur des marchés militaires.

Après-guerre, l’activité se réduit en 1918 et l’usine de Joinville se sépare d’une partie de son personnel, en particulier des femmes. Cependant, en 1924, Marescaux investit dans de nouvelles machines de découpage, matriçage, forgeage, laminage et emboutissage de métaux à froid et à chaud. Son associé, Abel Delort, a été condamné en septembre 1923 à cinq ans de prison pour avoir tenté de tuer son père.

L’entreprise Émile Marescaux, basée rue de la Roquette, est mise en liquidation judiciaire en avril 1925. Cependant, l’usine de Joinville poursuit son activité. Elle est touchée par les inondations de la Marne en janvier 1926.

Cette année-là, Marescaux, qui a 57 ans, paraît avoir quitté Joinville. La date de son décès n’est pas connue. Il ne semble pas avoir eu d’enfants.

 

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22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 00:01

Gustave Émile Aubry naît le 4 novembre 1868 à Paris (19e arr.). Il est le fils d’Élisa Augustine Thiébault et de son mari François Aubry, journalier.

Il fait son service militaire à partir d’octobre 1889 au 30e régiment d’artillerie, mais est réformé en janvier 1892, étant atteint de syphilis.

Il est mécanicien et vit à Paris (11e arr.), où il épouse en mars 1894 Céline Adèle Bidault. Ils vont s’installer à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ils résident en 1911 avenue Bourguignon (act. rue des Frères-Lumière) dans le quartier de Polangis.

Pendant la première guerre mondiale, Gustave Aubry est maintenu dans sa position et continue à faire fonctionner son atelier. Il s’installe après le conflit dans une rue voisine, avenue du Parc.

En novembre 1919, Gustave Aubry est candidat aux élections municipales sur la liste d’Union républicaine et sociale, conduite par Henri Vel-Durand, adjoint au maire sortant, radical dissident, qui rassemble également les radicaux-socialistes et des socialistes indépendants. Elle fait face à une liste libérale et à une autre socialiste SFIO. Au premier tour, elle arrive en tête. Aubry obtient 764 voix pour 1 694 suffrages exprimés (45,1%), avec 1 715 votants sur 2 491 inscrits. Après le retrait des libéraux, la liste remporte les 23 sièges à pourvoir au second tour et Vel-Durand est élu maire.

Aubry est désigné électeur sénatorial en décembre 1919. L’union entre la majorité du conseiller municipal et les radicaux-socialistes se fragilise au cours du mandat. En mars 1923, Aubry se joint à plusieurs conseillers municipaux de gauche, Roux, Augros, Graillat et Georges Briolay, futur maire de la commune, pour créer une section de la Ligue de la République à Joinville. Cette organisation veut grouper tous les partis de gauche pour « faire échec à la réaction ». Outre les radicaux et des socialistes indépendants, elle regroupe des militants qui rejoignent la SFIO, en voie de reconstitution dans la commune, après le passage de l’ancienne section au parti communiste en 1920.

En mars 1925, Aubry marque son soutien au Cartel des gauches, étiquette sous laquelle se présente, en mai, la liste conduite par Georges Briolay lors des élections municipales. Aubry figure probablement comme candidat. La liste obtient au premier tour une moyenne de 648 voix pour 2 275 suffrages exprimés (28,4%) sur 2 310 votants pour 2 761 inscrits ; elle devance les communistes (21,1%) mais est distancée par l’Union républicaine du maire sortant (47,5%), qui est désormais soutenu par la droite. Au second tour, le cartel des gauches est battu, malgré le retrait des communistes, et n’a aucun élu.

Gustave Aubry meurt le 5 mars 1927 à Joinville. Il était âgé de 59 ans et n’a pas eu d’enfant, mais a élevé la fille d’un premier mariage de sa femme. Il avait été décoré en tant que chevalier du Mérite agricole en février 1923. Il n’a pas de lien avec Mathurin Aubry, aïeul de deux maires-adjoints (Raymond et Olivier Aubry) et d’un député-maire de Joinville (Pierre Aubry).

Joinville : Polangis en 1910

 

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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 00:01

Eugène Louis Albert Brégeot naît le 12 février 1869 à Pompey (Meurthe-et-Moselle). Il est le fils de Marie Lucie Thomassin et de son mari, Charles Joseph Brégeot, employé de la compagnie des Chemins de fer de l'Est.

Après avoir suivi les cours de l’école normale d’instituteurs, Eugène Brégeot commence dans l’enseignement à Longwy, Pont-à-Mousson et Verdun entre 1889 et 1892. Du fait de son statut, il effectue un service militaire de moins d’un an, entre novembre 1890 et septembre 1891. Il avait été nommé caporal en mai et servait dans des régiments d’infanterie (69e puis 154e). Il sera ensuite nommé sergent dans la réserve en août 1896.

À partir de 1896, il est affecté en région parisienne, d’abord à Ivry-sur-Seine (Seine, act. Val-de-Marne), l’année suivante à Malakoff (Seine, act. Hauts-de-Seine) et celle d’après à l’école de la rue de Valmy à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne).

C’est dans la commune de Charenton qu’Eugène Brégeot va s’engager dans la vie publique. Il est, à partir de janvier 1900 au moins, collaborateur de l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes dans lequel il écrit toujours en 1906. En mai 1902, il est secrétaire de l’Union des radicaux-socialistes de la 2e circonscription de Sceaux, circonscription qui est celle de diffusion du journal. C’est lui qui signe, en mars 1903, une adresse de l’Union à Émile Combes, président du conseil radical-socialiste, où ils lui expriment « l'expression respectueuse de leur confiance et de leur dévouement » en lui demandant de « poursuivre énergiquement la suppression de toutes les congrégations autorisées ou non » car ils sont « convaincus de l'action néfaste et antirépublicaine de toutes les congrégations, attendu qu'il est constant que le cléricalisme est l’adversaire irréductible de tout progrès et que la congrégation est la forme la plus redoutable du cléricalisme. »

Il n’est pas établi qu’Eugène Brégeot ait rencontré Marie Henry Brégeot (1855-1896), alias Gringoire et Henry Vaudémont. Ils ont cependant de nombreux points communs et Eugène Brégeot le connaissait manifestement bien. Les deux ont une origine lorraine dans des familles d’instituteurs ; ils ne semblent cependant pas avoir de liens familiaux. Henry Vaudémont fut chroniqueur et rédacteur en chef de l’hebdomadaire Voix des communes, et Eugène Brégeot utilisa dans ce journal le pseudonyme « Eugène Vaudémont ». Il était secrétaire de l’Union des radicaux-socialistes de la 2e circonscription de Sceaux, dont Henry Vaudémont fut aussi, dans les années 1890, un des responsables. Ils furent tous deux conseillers municipaux, élus avec l’étiquette radicale-socialiste. Enfin, ils étaient également franchement anticléricaux et francs-maçons, Eugène Brégeot faisant partie à l’origine de la loge Germinal de Joinville-le-Pont, commune où résidait Henry Vaudémont, lequel appartenait cependant à une loge parisienne (Jérusalem des Vallées égyptiennes).

Restant actif politiquement à Charenton, Eugène Brégeot est transféré à la rentrée de 1900, comme instituteur adjoint, à l’école de la rue Gobert à Clichy (act. rue Calmette à Clichy-la-Garenne). Il y restera jusqu’à l’été 1929. Il réside rue du Bois.

Le mariage d’Eugène Brégeot avec Marthe Marie Dubourgnoux, strictement civil, est célébré en mai 1904 à Paris (17e arr.).

Au cours de la première guerre mondiale, Eugène Brégeot est mobilisé, mais maintenu à son poste d’instituteur à Clichy. Après le conflit, il poursuit son engagement dans sa cité de résidence. Il rejoignit la loge maçonnique Les Précurseurs de Clichy.

En novembre 1919, Eugène Brégeot est candidat aux élections municipales sur la liste de Louis Gaudier, radical-socialiste. Il est élu et la liste remporte 31 des 32 sièges à pourvoir contre un à des socialistes indépendants.

Dans le cadre de son activité municipale, Brégeot est commissaire général du concours international de gymnastique organisé à Clichy en décembre 1922. Il est également secrétaire de l’association locale des anciens combattants à partir de novembre 1919.

Lors des élections municipales de mai 1925, le maire Louis Gaudier ne se représente pas. C’est son adjoint Desormeaux qui conduit la liste radicale. Au premier tour, ce sont les candidats communistes qui arrivent en tête (36,5%), devant les radicaux (34%), les socialistes (23,8%) et une liste indépendante (5,6%). Au second tour, les communistes emportent tous les sièges avec une moyenne de 46,7% des suffrages exprimés, les radicaux étant battus avec 43,4%, les socialistes reculant à 9%.

Ayant pris sa retraite de l’enseignement en octobre 1929, Eugène Brégeot, résidant toujours à Clichy, cesse un temps de travailler mais reprend une activité puisqu’en 1936, il est recensé comme employé, chez un notaire de Clichy. Il perd son épouse en octobre de cette année, puis son fils unique, âgé de 32 ans, en mars 1937.

Eugène Brégeot meurt le 30 janvier 1940 à Clichy. Il était âgé de 70 ans. En janvier 1904, il avait été décoré du Mérite agricole en tant que chevalier puis en février 1912 comme officier. C’est cependant son rôle de publiciste qui était récompensé, et non pas une activité en lien avec l’agriculture.

L’école de la rue Gobert à Clichy

 

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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 00:01

Victor Étienne Prétot naît le 18 avril 1852 à Paris (6e arr.). Il est le fils d’Adelaïde Thiébaut et de son mari Adolphe Prétot, originaires des Vosges. Ils vivent sans doute à Saint-Germain-en-Laye puis ensuite de nouveau à Paris, rue Fondary (15e arr.). Adolphe Prétot vend à son fils en novembre 1872 le fonds de marchand de vin qu’il exploitait rue de Vaugirard.

Cependant, alors que son père devient tourneur et sa mère brodeuse, Victor Prétot s’engage dans d’autres activités. Il est mécanicien en juin 1879 quand il épouse à Montreuil (Seine, act. Seine-Saint-Denis) Jeanne Eugénie Chambon. Le couple s’installe dans le 11e arrondissement, d’abord rue des Boulets, ensuite rue de Montreuil puis rue des Immeubles Industriels. C’est dans cette dernière rue que qu’est installé l’atelier Prétot dans les années 1880, avant de déménager la décennie suivante pour l’avenue Philippe-Auguste, dans le même arrondissement.

Bien qu’il n’en ait pas eu la formation, Victor Prétot est parfois qualifié d’ingénieur. Il va déposer un nombre important de demandes de protections de ses inventions. En France, au moins 26 brevets lui sont accordés entre 1882 et 1922. Il fait également enregistrer ses droits dans des pays étrangers : États-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande, Italie, Royaume-Uni, Suisse…

L’inventivité de Prétot s’exerce dans de nombreux domaines : le nettoyage des couteaux, l’accrochage des quarts pour l’alimentation des soldats, le compostage des billets pour les courses hippiques ou les chemins de fer, le laminage des fils métalliques, les réchauds…

Son innovation la plus importante, dans les années 1880, est la création d’une machine à fraiser dite universelle, qui lui vaut des médailles d'or lors de l’exposition universelle de Paris en 1900.

Machine à fraiser Prétot

Au cours des années 1890, Prétot s’oriente vers l’automobile, tout juste naissante. Il invente un avant-train supposé s’installer sur des véhicules prévus pour la traction animale. Il s’intéresse aux moteurs à gaz, aux systèmes de transmission et de changement de vitesse, aux pneumatiques… Prétot réalise des prototypes qui peuvent participer à certaines compétitions, comme Paris-Rouen, premier concours de « voitures sans chevaux » en juillet 1894 ou la Côte de Chanteloup, à Chanteloup-les-Vignes (Seine-et-Oise, act. Yvelines) en 1898. Il vend également quelques voitures particulières.

Automobile à système Prétot

En 1897, Prétot crée une entreprise à Londres, la Pretot Motor Syndicate Ltd, qu’il utilise pour lancer des activités en Amérique du Nord en particulier. Il cherche en particulier à commercialiser son avant-train pour l’équipement de charriots ou la transformation de véhicules. L’activité automobile à l’étranger a dû cesser vers le début du XXe siècle.

C’est également vers 1900 que la famille Prétot, qui compte six enfants vivants, s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où elle acquiert une vaste propriété, qualifiée de château dans les répertoires mondains, sise rue des Marronniers (act. rue Eugène-Voisin), dans le quartier du Centre. Plusieurs domestiques y travaillent.

Lors des élections municipales de mai 1904, Prétot est candidat sur la liste du maire sortant, Eugène Voisin, soutenue par le comité radical-socialiste. Elle recueille une moyenne de 50,2% des suffrages exprimés dès le premier tour et a 15 élus, face à une liste de droite qui se situe à 31,9%, et aux candidats socialistes-révolutionnaires, 14,9%. Au second tour, les radicaux obtiennent 7 sièges de plus et en laissent un à la droite. Prétot, bénéficiaire de 548 voix soit 49% au premier tour, est élu au second ; il y avait eu 1 119 votants pour 1 363 inscrits. Pour la première fois, le maire, réélu, avait mis en avant le programme radical-socialiste qu’il opposait au nationalisme et au cléricalisme de la « coalition réactionnaire ». L’ancien député de gauche, Jules Ferdinand Baulard, se félicitait : « Je souhaite que nous puissions décrasser notre commune dont nous avons été considérés pendant longtemps comme des anarchistes qui voulaient tout bouleverser ; c’est une satisfaction que nos efforts et nos idées ont gain de cause. »

Au cours du scrutin suivant, en mai 1908, Prétot sollicite le renouvellement de son mandat. Face à une liste socialiste SFIO et à une autre qualifiée de socialiste évolutionniste, les radicaux-socialistes du maire sortant obtiennent 21 sièges, un indépendant et évolutionniste étant élus. Prétot obtient, au second tour, 585 voix pour 1 188 votants et est élu. Tandis que des dissidences se font jour, à mesure du vieillissement et de la maladie d’Eugène Voisin, Prétot lui reste fidèle. En juillet 1911, il est, avec Roux, l’organisateur d’une réunion d’hommage au maire avant l’inauguration de la nouvelle mairie. Voisin ne se représentant pas, la liste radicale-socialiste de Georges Briolay, son ancien adjoint, est battue en mai 1912 par une coalition regroupant des radicaux dissidents, les socialistes SFIO et la droite libérale et conservatrice. Prétot quitte le conseil municipal.

Près de la pyramide de Brunoy (Seine-et-Oise, act. Essonne), la voiture automobile que conduisait M. Prétot entre en collision avec un charretier conduisant des bestiaux ; les comptes-rendus de presse divergent. Pour L’Univers, M. Prétot et un de ses fils, soldat au 1er régiment de dragons à Compiègne, sont assez grièvement blessés ; pour Le Petit Journal, c’est le charretier qui l’est.

Pendant la première guerre mondiale, l’activité de l’usine Prétot est orientée vers le matériel militaire. Il exporte en Italie une machine pour finir les obus en acier après la trempe. Pour le compte de l’armée française, il produit un engin automobile blindé, utilisant des scies circulaires pour couper les fils de fer barbelés.

Après le conflit, Prétot continue son activité mécanique et retourne vivre à Paris. Tout en continuant à produire des avant-trains automoteurs, il s’oriente également vers le cuir textile et le polissage des glaces.

Victor Etienne Prétot meurt le 14 mai 1920 à Paris (11e arr.) à son domicile avenue de la République. Il était âgé de 68 ans et père de sept enfants. Il avait été décoré des Palmes académiques comme officier d’académie en février 1907, puis comme officier de l’instruction publique en mars 1914. Il avait obtenu une médaille d'or lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900, et probablement également lors de celle de 1889.

Son épouse, Jeanne Eugénie Prétot devient titulaire de son dernier brevet, sur le polissage des glaces, accordé post-mortem en 1922. Elle était membre de la principale association humanitaire de Joinville-le-Pont à partir de 1902, l'œuvre de l'allaitement maternel. En 1911, elle avait été lauréate de la Société de l’encouragement au bien.

Plusieurs de ses enfants déposeront également des brevets : ses deux plus jeunes fils Robert Marcel et Jean Albert, ainsi probablement qu’une de ses filles, Lucie.

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 00:01

Suite de la biographie de René Girot

À partir de septembre 1931, la famille Girot vit à Argenteuil (Seine-et-Oise, act. Val-d’Oise) dans le quartier d’Orgemont. C’est une cité-jardin construite à partir de fin 1929 dans le cadre de la loi Loucheur. Il est électricien monteur de lignes pour la Compagnie parisienne de distribution d’électricité.

S’impliquant très vite dans la vie locale, René Girot est membre du parti républicain socialiste, qui rassemblait des socialistes indépendants qui avaient refusé d'intégrer le Parti socialiste SFIO et se revendiquaient d'Aristide Briand et de Paul Painlevé. Le 30 juin 1932, il devient secrétaire général de la Fédération des comités républicains socialistes de Seine-et-Oise qui se constitue sur son initiative. Il préside le congrès fondateur, le 27 août qui se tient au Comité républicain socialiste d'Argenteuil. René Girot plaide pour « l'union de toutes les forces de gauche. »

Toujours à Argenteuil, Girot met en place une section locale des Jeunesses laïques et républicaines (JLR), qu’il préside. Elle réclame « que se poursuive avec vigueur la politique de laïcité, de justice sociale et de paix réclamée énergiquement par les jeunes générations » et « proteste contre l'insuffisance des locaux scolaires dans la commune et en particulier à Orgemont », son quartier. Les JLR, fondées en 1924 ont compté comme membres Jean Zay, Jean Moulin, André Morice, Félix Gouin ou Edouard Daladier. Elles ont comme président d’honneur Anatole France et Lucien Victor-Meunier, un notable franc-maçon. Même si elles ont perdu de la vigueur, les JLR existent encore au 21e siècle. Une partie du mouvement de l’éducation populaire, comme la Ligue de l’enseignement ou la fédération des Auberges de jeunesse, se situent dans sa continuité. C’est la section des JLR d'Argenteuil qui convie, en mai 1933, Gaston Monnerville, député de la Guyane et futur président du Sénat.

Chez les républicains socialistes, Girot est réélu président de la Fédération de Seine-et-Oise lors du deuxième congrès qui se tient en novembre 1933 à Argenteuil en présence de Maurice Violette, sénateur et ancien ministre. René Girot mène campagne, en décembre cette année, en faveur de la constitution d'un bloc républicain en Seine-et-Oise et assure à Cernay que « le devoir des élus de gauche, qui est de se grouper autour du président [Camille] Chautemps pour entreprendre la réorganisation de l'État et la restauration de l’économie nationale », alors président du conseil (premier ministre) radical-socialiste.

La fusion des partis socialiste de France, socialiste français et républicain-socialiste est approuvée en février 1935 par la fédération de Seine-et-Oise, de laquelle René Girot est toujours le dirigeant, mais désormais avec le titre de secrétaire général, l’avocat Gabriel Freyssenge étant président.

Au cours des élections municipales de mai 1935, quatre listes de gauche et deux listes de droite sont présentes au premier tour à Argenteuil. On compte une liste regroupant les radicaux-socialistes et les socialistes français, « dont les éléments sont presque tous francs-maçons » selon le quotidien L’Ami du peuple. Elle recueille 3,3% des suffrages exprimés et se retire avant le second tour, qui voit la victoire des communistes face aux sortants de droite.

Un congrès national des trois partis, Socialiste de France, Socialiste français et Républicain socialiste donne naissance, en novembre 1935 à Pantin (Seine, act. Seine-Saint-Denis), à la nouvelle Union socialiste républicaine (USR). Girot devient membre de la commission de propagande au sein de la délégation permanente. La réunion constitutive de la Fédération de Seine-et-Oise de l’USR se tient en décembre en présence d’une quinzaine de groupes, principalement situés dans le Nord et l’Ouest du département (Aulnay-sous-Bois, Argenteuil, Montlignon, Eaubonne, Chatou). René Girot est désigné comme président.

Le congrès restreint se tient début janvier 1936 à Paris, au siège de l’USR, sous la présidence de René Girot, avec une intervention de Marcel Déat. Il acte l’adhésion des groupes issus des fédérations des partis républicain socialiste et socialiste de France (le parti socialiste français n’ayant pas de structure locale). L’assemblée décide d'adhérer au Front populaire de Seine-et-Oise, l’USR étant, après les radicaux-socialistes, les socialistes SFIO et les communistes, la quatrième composante de l’alliance.

En février 1936, René Girot préside également la fondation de la fédération de l’Oise de l’USR, dont il devient aussi le dirigeant. La commission exécutive approuve également l’adhésion au Front Populaire du département.

Au plan local, René Girot crée et préside en février 1936 l’union cantonale d'Argenteuil de l’USR, qui regroupe les comités d'Argenteuil, Orgemont, Houilles, Carrières et Franconville. Il accompagne, au ministère de l'air, une délégation d'ouvriers des grandes usines d'aviation de la région parisienne qui revendiquent un contrat collectif. Organisée par l'Union syndicale des métaux de la CGT réunifiée, la députation est reçue au cabinet de Marcel Déat, ministre et dirigeant de l’USR.

Le premier congrès de la Fédération de Seine-et-Oise de l’USR se tient à Aulnay-sous-Bois (act. Seine-Saint-Denis) le 15 mars 1936. Il condamne « la violation du pacte de Locarno par le gouvernement hitlérien d'Allemagne » et proteste « avec la dernière énergie contre ce nouvel attentat du fascisme à la paix mondiale ». Enfin, « le Congrès maintient qu'il ne peut y avoir de salut pour la démocratie que dans l'entente et la collaboration effective des partis de gauche, tant sur le plan électoral que sur le plan gouvernemental ». René Girot est reconduit à la tête de la structure fédérale avec le titre de secrétaire général et est parfois aussi désigné comme secrétaire fédéral. Toujours en mars 1936, René Girot préside le groupe Aristide Briand qui réunit des travailleurs de l’aviation et est basé à Goussainville (act. Val-d’Oise). Sa femme en sera la dirigeante en 1938.

Après le premier tour des élections législatives de 1936, la fédération de l’USR « décide à l'unanimité le désistement de ses candidats et invite ses militants à voter pour les candidats du Front Populaire, désignés au scrutin de dimanche dernier par le suffrage universel. »

Une scission d'un groupe autonome, conduit par Jeannot, a lieu en septembre 1936. René Girot lance un « Appel aux sympathisants » soulignant que l’USR est la formation « dont le programme s'identifie le mieux avec celui du Front populaire. »

René Girot participe en octobre 1936 au congrès de Nancy de l’USR et est reconduit à sa délégation permanente. Le deuxième congrès fédéral de l’USR se tient le 11 octobre à Goussainville, dont le maire est le Dr Rousseau, adhérent au mouvement. Une quarantaine de sections y participe. René Girot est reconduit dans ses fonctions. Il poursuit également sa responsabilité à la tête de la fédération de l’Oise, qui semble avoir une ampleur limitée.

Le second congrès de la Fédération de Seine-et-Oise de l’USR, organisé à Goussainville en novembre 1936, permet à Girot de préciser sa conception de l’organisation politique : « Dans tout rassemblement de partis, c'est toujours le parti le plus discipliné, le plus cohérent qui prend la tête et entraîne les autres dans son sillage. C'est ce qui est arrivé pour le Cartel des gauches où nous avons vu le parti socialiste être la locomotive entraînant le convoi. C'est ce qui est arrivé à l'Union nationale, où nous voyons l'Union républicaine démocratique prendre la tête. C'est ce qui arrive aujourd'hui avec le parti communiste. Pour éviter d'être ainsi entraînés d'un côté ou de l'autre, nous devons être nous-mêmes et constituer un parti cohérent, organisé et solide. »

Lors de la manifestation du rassemblement populaire à Paris en novembre 1936, Girot représente l’USR aux côtés du ministre de la santé Henri Sellier (SFIO), de Maurice Thorez (PCF), d’Archimbaud (parti radical) ou de Benoit Frachon (CGT).

Des élections municipales complémentaires, organisées en janvier 1937 dans le village de La Rue-Saint-Pierre (Oise) suite au décès du maire USR voient René Girot constituer une liste de Défense des intérêts communaux et de concorde républicaine. Il échoue à se faire élire.

Plusieurs manifestations du Front populaire mobilisent René Girot au cours du premier semestre 1937 à Chevreuse, Goussainville, Arnouville, Saint-Chéron, Vernouillet, Neuville-en-Hetz, Dourdan. Il se présente, une nouvelle fois, à des élections municipales partielles, à Goussainville en mai, dont le maire est un de ses compagnons de l’USR, le docteur Rousseau. Mais la liste USR est devancée par celle du PCF et talonnée par la SFIO. Respectant la discipline républicaine, elle se retire avant le deuxième tour. Girot est cependant reconduit, le même mois, à la présidence du groupe Aristide Briand de l’USR, basé à Goussainville. Mais il convoque la commission de discipline, accusant un membre local de la formation de « très vif espionnage. »

Planifié en juillet 1937 le 3e congrès fédéral de l'USR a lieu à Dourdan. René Girot, constate la difficulté de mise en place de structures communales, puisqu’il compte 40 comités locaux sur 692 communes. Il plaide pour la création d’unions cantonales. Il s’inquiète aussi de l’arrivée de ce qu’il appelle « les épaves que nous envoient les autres partis ». René Girot est redésigné en tant que secrétaire fédéral.

Au cours de l’été 1937, René Girot et sa fille, Jeanne ou Jeannine, portent secours sur la plage de Brighton à Cayeux-sur-Mer à une femme qui s'enlisait. Ils reçoivent une mention honorable pour acte de courage et de dévouement.

Lors d’une élection cantonale en octobre, Girot représente l’USR dans le canton de Marly-le-Roi ; il se contente d’un score très modeste avec 1,1% des suffrages exprimés. C’est la dernière trace dans la presse nationale de sa collaboration avec l’Union socialiste républicaine.

En 1938, le quotidien La Liberté, qui défend les intérêts du Parti populaire français (PPF), mentionne la présence d’un « camarade Girot » dans plusieurs réunions de propagande : à Champagne-sur-Oise en février, à Enghien-les-Bains en octobre, où il est désigné comme  délégué de district et Épinay en Aveyron, où il a le titre de délégué fédéral. Son prénom n’est pas mentionné ; cependant, le même journal évoque en décembre également le Cercle populaire radioélectrique français, basé à Saint-Denis – cité dont le dirigeant du PPF Jacques Doriot, avait été le maire – et invite les « militants et sympathisants » dudit parti à s’y inscrire. Fondé par des dissidents communistes, le PPF était devenu, en 1938, une formation de tendance fasciste, qui s’engagea dans la collaboration avec les occupants allemands.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, Girot est, de nouveau, inscrit maritime au Havre en mai 1940.

Un scellé, conservé aux archives nationales, constitué par la 1ère brigade spéciale de Paris mentionne « une fausse carte d'identité n°7371 établie au nom de Girot, René, portant la photographie de l'inculpé et le timbre apocryphe du commissariat d'Argenteuil trouvé sur l'inculpé ». Le document, qu’il n’a pas été possible de consulter, porte la date de 1940.

René Girot est signalé en mai 1958 au Bureau maritime militaire de Toulon (Var). Il demeure à Pelissanne (Bouches-du-Rhône) où il meurt le 19 novembre 1964, à l’âge de 65 ans. Son épouse y décède en mars 1997, dans sa 98e année. Ils avaient eu au moins deux filles.

Fin

René Girot, 1937

 

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Les élections municipales de mai 1925 actent la fin de la période de réconciliation d’Henri Vel-Durand avec la gauche, regroupée dans un cartel national et, au plan local, dans une section de la Ligue de la République. Voix des communes accuse Vel-Durand d’être « un pilier d’église », qui « défend les intérêts des gros capitalistes ». Le journal radical critique l’atteinte à l’urbanisme que serait, selon lui, l’extension de l’usine Pathé qui « masqua une partie des bords de notre belle rivière, empoisonna l’air » ainsi que les Studios de cinéma : établissement « informe, hideux, moitié caserne, moitié cage à gorilles. »

Pour ce scrutin, Vel-Durand constitue une liste d’Union républicaine pour la défense des intérêts communaux, dans laquelle il attire un socialiste indépendant et un radical dissident, tout en s’alliant avec les représentants de la droite locale. Il présente un programme revendiquant que les lois de laïcité soient « appliquées sans rigueur et sans sectarisme », souhaite le maintien de l’octroi, et propose des économies dans les dépenses budgétaires. Sa liste arrive largement en tête, avec 47,5% des voix au premier tour, loi devant le cartel des gauches à 28,4% et les communistes à 21,1%. Malgré le retrait de ces derniers, le maire sortant remporte les 27 sièges à pourvoir au second tour. Il prend comme adjoint Stephen Durande et François Provin.

La Jeunesse républicaine, qu’il avait animée dans sa jeunesse, trouve toujours sa place à Joinville, avec un gala en son honneur en février 1926. Se plaignant des embouteillages dans sa ville les jours de courses hippiques dans les terrains de Vincennes et du Tremblay, Vel-Durand réclame en mai 1927 l’élargissement du pont de Joinville et la construction d’un nouvel ouvrage pour relier Polangis à Nogent-sur-Marne.

Une réunion de propagande des Jeunesses patriotes, mouvement de droite Pierre Taittinger, tient à Joinville une réunion en juillet 1927, en présence de Vel-Durand et Provin, pour dénoncer « la carence du gouvernement contre le communisme. »

Une des dernières manifestations publiques de Vel-Durand est la participation, en avril 1928, à l’assemblée générale de la Mutualité maternelle de Paris, importante association caritative locale.

Henri Vel-Durand meurt le 1er septembre 1928 à Joinville. Il siégeait au conseil municipal de la commune depuis 32 ans, dont 16 ans comme conseiller municipal, sept ans comme adjoint au maire et neuf ans comme maire. Âgé de 61 ans, il était père de deux enfants. Son fils Louis, repreneur de la charge de greffier, sera également un historien des environs de Vincennes.

Lors des élections municipales complémentaires qui font suite à son décès, une liste du cartel des gauches emporte les trois sièges à pourvoir, malgré le maintien des communistes au second tour, contre les candidats du successeur de Vel-Durand, son ancien adjoint Stephen Durande.

Décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en décembre 1897 et officier de l’instruction publique en janvier 1904, Vel-Durand avait obtenu en juillet 1887 la médaille d'or de la mutualité et en avril 1925 une médaille de bronze pour acte de courage et de dévouement. En avril 1917, il a été fait chevalier de la Légion d’honneur, décoration qui lui a été remise par le général Robert Nivelle, commandant en chef des armées.

Pierre Champion, historien et maire de Nogent-sur-Marne, a fait un éloge d’Henri Vel-Durand au nom de l’Amicale des maires de la Seine. Il le qualifie de « collègue aimable, administrateur plein d’activité, d’expérience et de scrupule ». Il assure qu’en sa qualité de greffier de la justice de paix de son canton, depuis sa fondation en 1905, il était un conseiller juridique très écouté qui « savait trouver les solutions du bon sens, l’arbitrage équitable qui pacifie ». Champion le qualifie de « basochien », selon l’appellation en usage pour les professionnels de la justice. Il estime que c’est à sa croix de la Légion d’honneur, obtenue à titre militaire, qu’il était le plus sensible.

En hommage à son ancien maire, la commune de Joinville prend en charge son inhumation et baptise une de ses voies du quartier du Centre « rue Henri Vel-Durand. »

Fin

La tombe de Vel-Durand à Joinville

 

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23 juillet 2021 5 23 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Premier adjoint au maire de Joinville-le-Pont en poste, âgé de 47 ans, Henri Vel-Durand est mobilisé au début de la première guerre mondiale en sa qualité d’officier d’artillerie en août 1914 alors qu’il était en vacances à Arcachon (Gironde) ; il se met, de ce fait, en retrait de son mandat municipal et Watrinet est chargé de le suppléer. Il rejoint La Fère (Aisne) où il contribue à l’organisation des parcs d’artillerie. Il est blessé en novembre 1915 et évacué. Il reprend son poste en février 1916 puis est de nouveau blessé et hospitalisé à Fleury-sur-Aire (Meuse) en octobre 1917.

Bien qu’absent de Joinville, Henri Vel-Durand se solidarise, en février 1916, avec le maire Achille Mermet, mis en cause par le journal Voix des communes pour sa gestion des subsides versés par la société Bi-Métal pour aider les nécessiteux. Il participe à la vie locale pendant ses retours à Joinville, par exemple une conférence sur la marmite norvégienne en août 1917 ou le Noël des enfants préparé par la société de l’Allaitement maternel en décembre 1918.

Après sa démobilisation, Henri Vel-Durand, reprend son poste d’adjoint au maire de Joinville. Les élections municipales, qui avaient été repoussées pendant le conflit, sont programmées pour novembre 1919. Le maire sortant, Achille Mermet, ne se représente pas. C’est Henri Vel-Durand qui conduit la liste d’Union républicaine et sociale. Le contexte de guerre a favorisé un état d’esprit d’union nationale, qui fait que Vel-Durand prend sur sa liste, outre des radicaux dissidents, quelques radicaux-socialistes officiels, dont l’ancien adjoint au maire Georges Briolay ou Léon Roux. Il récupère également plusieurs socialistes, devenus indépendants après avoir rompu avec la SFIO, comme Julien Périn.

Par contre, le parti socialiste SFIO présente une liste autonome, conduite par Georges Laruelle, tout comme la droite conservatrice et libérale, sous le nom de Bloc indépendant, derrière Jules Beauvais. Les candidats de Vel-Durand arrivent en tête, avec une moyenne de 44% des suffrages exprimés contre 30% aux socialistes et 26% à la droite. Vel-Durand recueille 834 voix sur 1 694 votes exprimés pour 1 715 votants et 2 491 inscrits. La droite s’étant retirée, l’Union républicaine et sociale remporte le scrutin avec plus de 63% des voix et tous les sièges. Vel-Durand recueille 949 suffrages.

Le soir du deuxième tour, le maire sortant, Achille Mermet, décède ; même s’il ne s’était pas représenté, il était toujours en fonction. Henri Vel-Durand est élu maire, avec comme adjoints Julien Périn et Stephen Durande.

Le mandat de Vel-Durand est marqué par deux importantes cures de la Marne, en janvier 1920 et surtout en 1924. La reconstitution des organismes économiques et sociaux de la ville débute par l’abandon de la monnaie de guerre, qui faisait partiellement office de substitution à l’absence de liquidités. Le Groupement amical des industriels, commerçants et des habitants de Palissy-Polangis naît en janvier 1920 sous l’égide de l’adjoint, Stephen Durande, suivie par l’Association des commerçants de la rive droite en novembre.

L’inauguration du monument aux morts de Joinville, en novembre 1922, sous la présidence de M. Paul Strauss, ministre de la Prévoyance sociale, tourne à la polémique. Vel-Durand avait accepté que l’avocat Oscar Bloch prenne la parole au nom de la Ligue des droits de l’Homme. Ferdinand Buisson, le président de la Ligue, lui avait assuré que son discours n’aurait pas de contenu politique. Mais Bloch évoque la France « dont les hommes ne veulent pas mourir pour la patrie, mais vivre pour elle », et fait référence à la Russie bolchevik. Vel-Durand lui arrache des mains les feuillets de son discours. À l'issue de cette cérémonie, trois cents communistes, porteurs d'insignes, pénétrèrent dans le cimetière puis se rendirent avenue Galliéni où ils chantèrent l'Internationale et manifestèrent aux cris de « Amnistie ! Amnistie ! ». La police les dispersa sans incident. Bloch fut réprimandé par le comité exécutif de la Ligue. Suite à son attitude, l’hebdomadaire satirique, le Canard Enchainé, lui attribue sa « noix dorée d'honneur. »

Le mois suivant, au contraire, le conseil municipal critique l’attitude du gouvernement trop laxiste envers les patrons boulangers, soulignant qu’il est bien plus sévère lors des manifestations de la classe ouvrière. Pour empêcher le patronat d’affamer la population, il met à l’étude l’installation d’une coopérative de boulangerie sous le contrôle du conseil municipal.

Alors que la gauche commence à s’organiser, autour des radicaux-socialistes et des socialistes SFIO maintenus, après le départ des communistes, Vel-Durand décide d’organiser son propre groupe politique. Un Comité d’union et d’action républicaines est lancé en avril 1923, rassemblant des républicains de gauche (groupement de droite), des radicaux et des socialistes indépendants. En septembre, Vel-Durand fait démettre son premier adjoint, Julien Périn, qu’il accuse de ne pas être présent. Ce dernier se défend avec véhémence dans la presse locale. Il est remplacé par Léon Roux.

Une réception en l’honneur des champions sportifs joinvillais est organisée en janvier 1924 à la mairie. On y célèbre notamment le marcheur François Decrombecque, l’international de football Philippe Bonnardel, le médaillé olympique d’aviron Georges Piot et le nageur Bébé Lavogade.

En octobre 1924, la presse nationale s’intéresse à un conflit entre les deux communes voisines de Joinville et Champigny. Le Matin déclare qu’elles « se déclarent la guerre » quand L’Œuvre assure que « Les gosses de Champigny sont indésirables à Joinville ». Le quartier de Polangis, réparti sur les deux communes, est isolé du reste de la ville de Champigny, qui n’y a pas d’équipement, quand Joinville a construit un groupe scolaire. Les habitants du quartier préféraient envoyer les enfants dans cette école, et il y en avait 87. La ville de Joinville demanda à la commune de Champigny de lui rembourser le montant des frais scolaires qu'elle avait déboursés, mais cette dernière refusa, prenant prétexte du fait que lesdits habitants contribuaient au commerce joinvillais en fréquentant son marché. En conséquence, Joinville revendiqua le rattachement du quartier à son territoire, ce à quoi Champigny s’opposa. Le maire Vel-Durand fit afficher que, désormais, il refuserait les enfants de Champigny, mais la mesure fut partiellement rapportée après une « grève de l'école ». Un siècle plus tard, le conflit persiste encore.

En février 1925, la mairie engage la construction d’un second bureau de poste.

À suivre

La rue Vel-Durand à Joinville

 

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21 juillet 2021 3 21 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Au sein du conseil municipal de Joinville-le-Pont, début 1911, la maladie du maire, Eugène Voisin, qui est en poste depuis 23 ans déjà, accélère les tensions entre ceux qui ont jusqu’ici fait partie de son équipe. En février, quatre élus radicaux de 1908 (Watrinet, Mermet, Vel-Durand et Arnaud) acceptent de déférer à une convocation du parti socialiste SFIO, transmise par son secrétaire, Émile Lebègue, pour rendre compte de leur mandat. Maurice Watrinet, entrepreneur de pompes funèbres et ancien secrétaire général de la mairie, indique qu’il a quitté le parti radical, et laisse entendre qu’il se présenterait aux élections municipales de 1912, sollicitant le soutien des socialistes pour espérer devenir maire. Achille Mermet, professeur de physique-chimie, déclare qu’il n’a pas quitté le parti radical, mais estime le maire trop âgé et lui demande de donner sa démission. Vel-Durand blâme la lenteur de l’administration municipale. Quand à Chéri Arnaud, sellier, personnalité du quartier de Polangis, il soutient ses collègues. Sont également présent dans cette réunion Théophile Leteuil, le représentant du comité socialiste évolutionniste de 1908 et l’avocat Louis Gallas, porte-parole de la droite. L’hebdomadaire Voix des communes assure qu’on aura, s’ils partent ensemble aux élections, « une épatante liste des maires, avec une demi-douzaine de prétendants à l’écharpe ». Un membre du comité radical-socialiste de Joinville écrit une lettre ouverte à Vel-Durand, s’inquiétant de son intervention : « vous m’avez produit une bien mauvaise impression. »

Toujours en février, le conseil municipal convoque lui aussi sa réunion de compte-rendu de mandat. Elle se déroule en l’absence du maire, malade, sous la houlette des adjoints, Villain et Briolay, du chimiste Rey, chroniqueur de Voix des communes, et d’Albert Gallas, pilier du comité radical-socialiste. Watrinet, Vel-Durand, Mermet et Arnaud font une entrée conjointe applaudis par les socialistes SFIO et les amis de Leteuil.

Parmi les sujets qui portent à polémique figure l’entretien d’une voie du quartier de Palissy, le chemin de Brétigny, dégradé par un entrepreneur avec lequel la municipalité est en conflit pour savoir qui doit payer les réparations. Les socialistes dénoncent « l’incurie et la mauvaise gestion municipale » et la « construction d’une trop belle mairie » alors que l’école maternelle est, selon eux, « dans un triste état ». Vel-Durand déclare qu’il est toujours radical, mais fait partie des conseillers qui combattent la municipalité. Il critique le dernier budget, mal rédigé d’après lui, qu’il a cependant voté. Après Watrinet, Arnaud assure qu’il donne sa démission du comité radical-socialiste et trouve le maire trop âgé, appelant à le remplacer.

Louis Gallas dans le Courrier libéral, se réjouit : « rien ne va plus au conseil. MM. Vel-Durand, Mermet, Watrinet et Arnaud sont dissidents et osent avoir des idées et des opinions sans demander l’autorisation du comité radical de Joinville. Ils ne veulent plus obéir servilement aux injonctions de la franc-maçonnerie ! Ils pactisent avec les [socialistes] unifiés ». Il assure que « la municipalité, par un défaut de cohésion, est incapable de gérer plus longtemps les affaires de la commune ; c’est que notre maire Voisin n’a malheureusement plus les forces nécessaires pour guider la trirème municipale. La démission collective du conseil municipal s’imposerait. »

Après la voirie, c’est un incident dans une école qui provoquer une vive crise au sein du conseil municipal. Rey reprend la dénonciation, par une mère d’élève, du comportement douteux de certains élèves de l’école de Polangis. Les quatre dissidents, rejoints par deux autres, l’artiste peintre Henri Poitevin et Jules Beauvais, critiquent la divulgation des faits et provoquent la suspension de la séance du conseil. Ils convoquent une réunion en soutien au directeur de l’école, accusé de complaisance. Au sortir de la réunion, ils manifestent devant le domicile de Rey, que la police vient protéger.

Les six dissidents démissionnent, ce qui a pour effet, du fait d’un autre poste vacant, de provoquer des élections municipales partielles. Pendant la campagne, les radicaux-socialistes soulignent la fragilité des convictions radicales des sortants, les qualifient de « Saxons » et assurent défendre l’école laïque contre « les abus et les scandales de tout genre ». Les six sont réélus, en compagnie d’un de leurs alliés, Richard-Cugnet, face à une liste conduite par René Martin, président de l’Union des commerçants, mais non explicitement estampillée du soutien des radicaux-socialistes. Les socialistes et les libéraux avaient renoncé à se présenter, pour soutenir les protestataires. Cependant, l’origine ethnique de Vel-Durand est toujours mise en cause, par exemple par le nationaliste Jean Contoux qui s’offusque que le radical « Rey a le toupet d’écrire que les libéraux et les nationalistes sont les amis de Weil-Durand [sic]. »

Un autre rédacteur de Voix des communes, A Deyres, commente la campagne d’Henri Vel-Durand, qu’il qualifie de « chef de bande ». Il serait « un de ces politiciens à la mode, comme on en rencontre beaucoup dans le firmament républicain : ‘Je travaille pour moi, les autres, je m’en f…’. Élu conseiller municipal puis conseiller d’arrondissement grâce à l’appui de Voisin. N’oubliait pas ses intérêts privés : devint greffier du tribunal de Nogent grâce à l’appui de Maujan. Vilaine campagne électorale en 1909 pour le poste de conseiller général, qui lui aliène l’estime de ses meilleurs amis ; mis en minorité dans sa commune même. Les élections sont un épisode d’un plan longuement préparé pour renverser l’honorable maire de Joinville et prendre sa place. Les électeurs ont à se prononcer entre 2 hommes, Voisin et Vel-Durand. Le corps électoral saura choisir entre l’homme qui l’a toujours servi et l’homme qui s’est toujours servi de lui ». Quand à Rey, qui assure « J’ai défendu Vel-Durand quand il était attaqué et qualifié de juif par le journal de Jean Contoux (…) Vel-Durand renierait son meilleur ami, s’il en avait, pour servir ses intérêts. »

La victoire, à une forte majorité, des dissidents est commentée par un dirigeant du parti radical, Paul Guelpa : « Leur réélection effacera-t-elle leur trahison ? Ils ne sont les élus que d’une fiction. Les dissidents sont les élus de la réaction avouée ». Rey, qui avait été pris pour cible personnellement, raconte : « On m’a fait un crime d’être franc-maçon ; je m’en honore. On avait sur le marché exposé un mannequin couvert d’emblèmes maçonniques qu’on devait ensuite brûler. C’est de l’intolérance. La peur du commissaire a empêché l’autodafé du bonhomme de paille. Je ne me suis pas occupé de la liste Martin, mais Mermet la qualifiait de liste Rey. Toute cette élection s’est faite sur une équivoque des mensonges et des appétits ; la coalition des unifiés, des réactionnaires et des nationalistes a été établie ». Constatant que l’affaire de l’école de Polangis avait été au centre des polémiques électorales, Rey considère le résultat comme « le triomphe de l’onanisme », espérant que « la morale reprendra bientôt ses droits. »

Avec un indépendant élu en 1908, les opposants sont désormais huit contre treize soutiens d’Eugène Voisin. Le comité radical-socialiste est, selon le journal du parti, en « désarroi » suite à la démission des conseillers municipaux qui en étaient membres. Le bureau démissionne et les convoque devant l’assemblée du comité. Accusé d’avoir fait une campagne équivoque haineuse, de mensonge, avec des attaques contre Briolay et Rey, Vel-Durand, critiqué par tous, assure « qu’en attaquant Rey il attaque celui qui voulait être le maître du conseil municipal et qui attaquait tout le monde ». Un radical anonyme oppose aussi les deux hommes en s’adressant à Vel-Durand « Nous estimons Rey comme un bon citoyen, désintéressé, esclave de ses convictions nettement républicaines. Vous n’êtes qu’un vaniteux et un envieux détestable. »

L’inauguration de la nouvelle mairie, en décembre 1911, est l’occasion de nouveaux affrontements. Les huit protestataires s’opposent aux crédits pour le bal et critiquent la cérémonie dans la Revue de Saint-Maur, dont Vel-Durand est un collaborateur. Rey rétorque que « Vel-Durand n’a jamais pardonné à Voisin de n’avoir pas été élu adjoint et conseiller général » et qualifie Beauvais et lui de « politiciens sans consistance, qui ne sont que des profiteurs et des marchands d’influence qu’ils ne possèdent pas ». Vel-Durand conteste l’exécution du budget 1911, estimant que Voisin en aurait été bénéficiaire, au travers de la location des mâts et tribunes du jour de la fête d’inauguration. Vel-Durand y participe cependant, en tant que président du Conseil d'arrondissement de Sceaux.

Les élections municipales de mai 1912 se déroulent dans un climat de forte tension, alors que le maire sortant ne se représente pas. Elles sont marquées par une manœuvre tactique originale. Les trois listes d’opposants, les libéraux de Dalbavie, ancien conseiller municipal, les socialistes de Lebègue et les radicaux dissidents concluent un accord de fusion pour le second tour, au prorata de leurs scores du premier, avec comme objectif de battre les radicaux-socialistes, conduits par l’adjoint au maire Georges Briolay. Le comité radical-socialiste de Joinville tente, en vain, de ramener l’union de ses membres. Le scrutin voit le succès de la coalition, composée de dix radicaux dissidents, sept socialistes et six libéraux. Contrairement aux libéraux, les socialistes ne participent cependant pas systématiquement à la majorité municipale et n’ont pas d’adjoint. Achille Mermet est élu maire, Henri Vel-Durand devient premier adjoint et le libéral Pierre Dalbavie, tailleur d’habits, est le second adjoint.

Une des premières décisions proposée par Vel-Durand au conseil municipal est de doubler le loyer de la maison louée par Rey à la ville, puis de lui donner congé. Leur adversaire au cours du scrutin de 1912, Briolay, témoigne : « Si vous m’accusiez de m’être employé à faire ramasser une veste à Vel-Durand à l’élection au conseil général, ne cherchez pas. Oui, c’est moi le coupable. Je le reconnais. J’avoue : c’est la récompense de sa trahison à la cause radicale-socialiste. »

Suite à son comportement lors des élections municipales, Henri Vel-Durand est exclu du Parti radical-socialiste par la fédération de la Seine. La presse locale commente l’évènement : L’Écho républicain estime qu’il a été « excommunié ». La Revue de Saint-Maur, journal où collabore Vel-Durand, considère que c’est à l’instigation des dirigeants locaux du parti radical, qui sont selon elle Briolay, Roux et Rey. Voix des communes se félicite que « la maison est maintenant propre, l’on ne risque plus d’y coudoyer les traîtres et les renégats ». L’Union radicale-socialiste de Saint-Maur écrit que « la situation politique [de Vel-Durand], anormale tout d’abord, était devenue scandaleuse et insupportable ». Le journal considère « qu’il était entré en lutte avec lui en s’alliant aux ennemis de notre parti aux élections municipales. C’était déjà une faute grave. (…) Ce que l’opinion ne lui pardonnera pas, c’est d’être resté au parti radical sans radicalisme. »

À suivre

Les glaces dans la Marne pendant l'hiver 1917

 

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19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

En prévision des élections municipales de mai 1908, le rôle d’Henri Vel-Durand augmente significativement. Le journal de droite, publié par Louis Nectoux, Le Travailleur français, lui prêt l’intention de présenter, avec de député Maujan, une liste de candidats à Joinville. le président du comité radical-socialiste réplique vertement à Nectoux que « C’est le comité radical-socialiste qui présentera sa liste, Vel-Durand en est membre ». L’hebdomadaire local de la SFIO, Tribune socialiste, parle d’un accord d’un accord entre la « liste Vel-Durand » et le comité d’action sociale, dirigée par Vernière, un cadre de la société cinématographique Pathé, plus gros employeur de la commune.

Au cours de l’assemblée plénière de l'Union des républicains radicaux-socialistes de la deuxième circonscription de Sceaux, qui se tient à Joinville en mars 1908, Vel-Durand interpelle la direction du Parti radical-socialiste au sujet de l'impôt sur le revenu, qui doit être introduit et dont la base « constitue un réel danger politique pour le département de la Seine » selon lui.

Le comité radical-socialiste, dont le maire sortant Eugène Voisin est le candidat, fait face à une opposition venant en partie de son propre camp, un comité socialiste évolutionniste, dirigé par Théophile Leteuil devant lequel la droite s’écarte ; une liste socialiste est également présente. Si Voisin et quatre de ses colistiers est élu dès le premier tour, ses autres soutiens doivent attendre le second tour ; l’adjoint au maire, Honoré Jullien, est battu. Henri Vel-Durand, loin de renouveler son score de 1904 l’emporte de manière modeste, avec 526 voix pour 1 188 votants (44%) sur 1 613 inscrits. Lors de l’élection de la municipalité, il obtient une voix pour le poste de deuxième adjoint, mais c’est Georges Briolay qui est élu. L’hebdomadaire radical Voix des communes indique que Vernière avait transmis le « mot d’ordre de l’usine Pathé » qui était « de voter contre Vel-Durand. »

En juin 1908, avec l’investiture des radicaux-socialistes, Vel-Durand est candidat au renouvellement de son poste de conseiller d’arrondissement du canton de Saint-Maur. Face à un socialiste indépendant et un candidat SFIO, il est très largement en tête au 1er tour avec 2 949 voix sur 3 933 votants (75%) pour 10 310 inscrits. Le second tour est une formalité, qu’il remporte avec 2 022 sur 2 216 votants (91%).

Dans le même canton, Vel-Durand est de nouveau candidat, en mai 1909, pour le poste de conseiller général, dont le rôle est bien plus important. Outre un socialiste, il a deux concurrents radicaux, les maires de Saint-Maur, Marin, et de Créteil, Geffroy. C’est Vel-Durand qui avait été choisi par le congrès radical-socialiste cantonal, mais les amis de Marin en avaient été exclus et Geffroy se présentait comme indépendant. Voix des communes remarque que, « à Joinville, Vel-Durand ne compte pas que des amis » et marque une préférence pour Marin, qui a pris l’engagement de se désister pour Vel-Durand s’il n’arrive pas en tête.

Le premier tour donne une légère avance, de 80 voix, à Vel-Durand. Marin refuse finalement de se retirer, malgré ses déclarations antérieures, se justifiant par le fait que Vel-Durand n’aurait pas pris un tel engagement. La Fédération de la Seine laisse entendre par son président, Bonnet, que « la décision de Marin lui paraissait motivée par des raisons sérieuses ». Après avoir objecté que, si « les fonctions de greffier de justice de paix et de conseiller général sont compatibles avec la loi », cependant « le cumul est contraire aux intérêts du canton » l’organe radical apporte un appui très formel : « Nous sommes respectueux de la discipline républicaine et demandons aux électeurs de faire leur devoir républicain. »

Lors du second tour, Vel-Durand est largement battu par Marin, recueillant  2 245 voix sur 6 044 votants (37%) contre 2 668 à Marin et 1 008 au socialiste Restiaux.

Contestant l’attitude de Marin, Vel-Durand demande son exclusion par le Comité central d’union et d’actions républicaines de la 2e circonscription de Sceaux, attaquant aussi l’attitude du journal Voix des communes. Le chroniqueur de cet organe radical, A. Deyres, critique son attitude, assurant que « Vel-Durand fait partie des arrivistes pour lesquels tous les moyens sont bons ». Marin est exclu par la fédération de la Seine mais la commission de discipline, approuvée par le comité exécutif du parti radical-socialiste, se contente d’envoyer un blâme et annule l’exclusion de Marin et de son comité.

Lors des grandes inondations de la Marne au premier trimestre 1910, le quartier du Canal, où vit Vel-Durand, est envahi par les eaux. Un peu plus haute, la maison Vel-Durand sert de refuge et accueille 17 habitants forcés de fuir leurs demeures. Lui-même fait partie d’une des commissions de désinfection mises en place pour visiter les locaux inondés, et accorder la permission de réintégration, après l’évacuation des boues et des immondices. Il participe a l’organisation d’une loterie, pour recueillir des fonds en faveur des inondés.

Au sein du conseil municipal de Joinville, des tensions apparaissent après la fin de la mobilisation en faveur des inondés. En décembre, la rédaction du compte-rendu de mandat, qui doit être envoyé par le conseil municipal aux électeurs par la poste, est confié aux adjoints après que le chimiste Louis Rey et Vel-Durand aient refusé de le rédiger, suite aux critiques faites sur le précédent compte-rendu, jugé trop long. Rey souhaite qu’il soit soumis au comité radical-socialiste, dont 22 des 23 élus sont membres.

Début 1911, un nouveau journal de droite sur le canton de Saint-Maur, le Courrier libéral, soutient que le conseil est divisé en deux clans : celui qui suit le premier adjoint faisant fonction de maire (Paul Villain, le maire Eugène Voisin étant malade), l’autre qui a confiance en l’étoile de Vel-Durand. Le rédacteur, l’avocat Louis Gallas qualifie Vel-Durand de « juif. »

À suivre

Henri Vel-Durand

 

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