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26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 00:01

Pierre Auguste Victor Marie Brasseul naît le 27 juillet 1909 à Degré (Sarthe). Il est le fils de Céline Laloue et de son mari, Pierre Auguste Brasseul, instituteur. Dans la ligne paternelle, son grand-père et son arrière-grand-père se prénommaient également Pierre.

Admis en 1927 à l'école normale supérieure de Saint-Cloud (Seine, act. Hauts-de-Seine), il en sort classé deuxième comme professeur de langue et littérature françaises en juillet 1931. Il participe, avec 70 autres étudiants de l’ENS, à une pétition contre les menées des mouvements d’extrême-droite en France en mars 1931. Brasseul reçoit deux bourses, de l’ENS Saint-Cloud et du Conseil général de la Sarthe pour un séjour en Angleterre au cours de l'année scolaire 1931-1932 où il est inscrit à l'Université de Londres.

Il est d’abord affecté en 1932 dans un collège du Nord puis est détaché comme professeur à l'École supérieure de commerce de Rouen (Seine-Inférieure, act. Seine-Maritime) de 1933 à 1938.

Selon les historiens Alain Dalançon et Jacques Girault, Pierre Brasseul adhéré au Parti communiste français en 1935 et devient en 1937 membre du comité de la région communiste de Seine-Inférieure.

À Rouen, il est secrétaire de l’association des Amis de Commune ; il participe à la vie de la section de Ciné-liberté et est un des fondateurs d’une Maison de la Culture. En août 1937, Pierre Brasseul épouse à Paris (13e arr.) Jacqueline Alexandrine Augustine Letellier, également professeure.

Muté en 1938 à l'Institut Diderot de Lille (Nord), Brasseul assure dans cette ville le secrétariat de la Maison de la Culture. En 1943, Brasseul devient enseignant au collège de Lamballe (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d’Armor), puis, en 1944 à celui de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne). Il s’installe dans la commune voisine de Joinville-le-Pont et devient professeur au collège Lavoisier à Paris (5e arr.).

Militant dans le syndicat des professeurs des écoles primaires supérieures (SNEPS) en 1938, Pierre Brasseul rejoint à Paris le Syndicat national des collèges modernes qui a pris sa succession. Élu à la commission administrative, il s’oppose à la volonté d’autonomie de la majorité syndicale et plaide en faveur du maintien du lien avec la Confédération générale du travail (CGT). Il devient en 1949 secrétaire de la Fédération de l'éducation nationale (FEN-CGT), membre de la commission administrative du Syndicat national de l'enseignement secondaire (SNES) et milite également à la Fédération internationale des syndicats des enseignants. Il se charge notamment relations avec les enseignants des pays anglophones.

Il exerce également des mandats liés à son engagement syndical, comme celui de secrétaire de la Commission laïque permanente jusqu'en 1951 et contribue à l'organisation de comités pour la défense de la paix. Il intervient au cours de rencontres internationales d’enseignants à Varsovie (Pologne, juillet 1949) et Vienne (Autriche, juillet 1950) où il discourt sur « La coopération des enseignants et la classe ouvrière dans la lutte pour la paix et la démocratie ». Lors d'un voyage en URSS avec une délégation d'enseignants français, en octobre 1950, Brasseul rapporta qu’il avait constaté « les progrès de l'Union soviétique dans tous les domaines », mais Dalançon et Girault citent un rapport du service international du Soviet central des syndicats de travailleurs, selon lequel il s'intéressa beaucoup trop « à l'environnement », apparaissant comme « un intellectuel raffiné ».

Dans plusieurs articles en 1949 et 1950, Pierre Brasseul critique la situation faite aux syndicalistes enseignants aux États-Unis. Il présente un rapport sur « les enseignants et la lutte pour la paix » au congrès de la FEN-CGT à Montreuil en juillet 1950. Il insiste sur l’aspect nouveau que prend, selon lui, la lutte pour la paix à la suite de la campagne pour la signature de l’appel de Stockholm et de l’intervention américaine en Corée. Il insiste également sur « le rôle des agents titistes qui portent aujourd’hui leurs efforts sur le corps enseignant pour jeter le trouble et la défection dans ses rangs et sur la nécessité de démasquer le caractère de la soi-disant autonomie des dirigeants syndicaux sécessionnistes dans la lutte pour la paix qui se placent de plus en plus ouvertement sur les positions de l’impérialisme américain ». Il fait ainsi allusion aux partisans d’un communisme non stalinien, comprenant notamment les trotskistes et des dissidents. Les délégués au congrès, selon le compte-rendu qu’en donne le quotidien communiste L’Humanité, « ont stigmatisé l’attitude des agents titistes fauteurs de guerre qui essayent par la corruption et l’organisation de voyages en Yougoslavie de séparer les enseignants de la classe ouvrière et d’en faire les ennemis de celle-ci. »

Lors des élections municipales de mai 1953, Pierre Brasseul est candidat sur la liste d’Union républicaine et résistante, présentée par le parti communiste et comprenant des personnalités divers-gauche. La liste arrive en tête et obtient 10 sièges, devant deux listes de droite RGR (divers droite, 6 sièges) et RPF (gaulliste, 6 sièges également), la liste socialiste SFIO alliée aux radicaux-socialistes (3 sièges) et la liste MRP (démocrates-chrétiens, 2 sièges). Les suffrages du RGR, du RPF et du MRP permettent à Georges Defert (RGR) d’être élu maire. Brasseul n’est pas élu. Il est cependant proclamé conseiller municipal le 18 novembre 1958, suite au départ de sa fonction d’un conseiller communiste ; il démissionne rapidement, devant quitter la commune fin décembre et est remplacé au sein de l’assemblée communale par René Lehuic, tourneur sur métaux, proclamé conseiller municipal communiste le 9 janvier 1959. Son mandat prit fin avec les élections municipales générales de mars la même année.

À partir de 1951, Brasseul a cessé son activité syndicale. Il prend par contre des responsabilités dans la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN). Une fois à la retraite, il devient responsable du club des retraités de la MGEN. À ce titre, il publie dans le quotidien Le Monde en octobre 1984 une tribune en faveur du développement des universités du troisième âge, dont il devient un spécialiste. Il préface le livre de Philippe Carre, Retraite et formation (ERES, Toulouse, 1981).

Au moment de sa création en 1981, Brasseul est vice-président de l'Union française des universités du troisième âge (UFUTA), association présidée par le professeur René Frentz (Nancy). Elle a depuis été rebaptisée Union française des universités tous âges.

Pierre Brasseul meurt le 5 septembre 1988 à Paris (10e arr.). Il était âgé de 79 ans et avait été décoré des Palmes académiques comme officier d’académie en juillet 1947.

Joinville-le-Pont, années 1960

 

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 00:01

Raymond Auguste Dedonder naît le 30 août 1920 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Blanche Louvet et de son époux Marcel Dedonder, ouvrier joaillier puis bijoutier puis grainetier.

Il mène des études au lycée Lakanal à Sceaux (Seine, act. Hauts-de-Seine) puis au lycée Saint-Louis à Paris (6e arr.). Selon l’historien Michel Pinault, il adhère en 1938 aux étudiants communistes. Il en démissionne en 1939, à la suite du Pacte germano-soviétique, et adhère à la IVe Internationale par l’intermédiaire d’Yvan Craipeau. Il démissionne du mouvement trotskiste en 1941, par opposition à la consigne de fraternisation avec les soldats allemands.

Pendant la deuxième guerre mondiale, il est vacataire au Centre national de la recherche scientifique (CNRS, 1939-1940), puis instituteur suppléant (1941). Toujours d’après Michel Pinault, il est en 1942, réfractaire au service du travail obligatoire (STO). Il poursuit ses études et obtient une licence ès sciences en 1943 à la Faculté des sciences de Paris. Il s’engage sous l’égide du journaliste et militant catholique Marc Sangnier, dans la Ligue française des Auberges de jeunesse. Il se lie avec Andrée Fouilloux, qui fait fonction de secrétaire de Marc Sangnier. Selon le témoignage de Dedonder, recueilli par les chercheurs Jean-François Picard et Xavier Polanco, elle fut arrêtée. Raymond Dedonder contribue à l’organisation d’un réseau de soutien aux parents, aux gens emprisonnés et aux déportés et diffuse le journal clandestin Combat. Le 20 août 1944, pendant l’insurrection parisienne, occupe le siège du mouvement des Auberges de jeunesse, rue de Valois à Paris.

Après la fin du conflit, Raymond Dedonder fut le premier secrétaire du Mouvement uni des auberges de jeunesse (MUAJ). Il épouse, en novembre 1946 à Fontenay-aux-Roses (Seine, act. Hauts-de-Seine) Andrée Fouilloux, alors institutrice. En 1947-1948, le MUAJ devient le Mouvement laïque des auberges de jeunesse (MLAJ), et Dedonder le préside. Il termine son cursus universitaire par un doctorat ès sciences naturelles en 1951.

Sur le plan professionnel, embauché comme contractuel au CNRS en 1945, il participe au cabinet du directeur Frédéric Joliot et collabore à la Mission scientifique du CNRS dans les territoires occupés (Allemagne, Autriche). Attaché de recherches en 1947, chargé de recherches en 1952, maître de recherches en 1957 puis directeur de recherches en 1961 il devient ensuite directeur de recherches émérite. Tout en restant au CNRS, il rejoint des laboratoires à l’Institut national d’agronomie (1946) puis à l’Institut Pasteur (1948). De 1959 à 1965, il est chef de service à l’Institut Pasteur, directeur de l’institut de biologie moléculaire du CNRS (1970-1978), professeur à la faculté des sciences de Paris (1966-1976).

En matière politique, Dedonder rejoignit après la Libération, le parti socialiste SFIO, où il appartenait à la tendance Franc-Tireur. Il rompit du fait de ce qu’il appelait, selon Pinault, « la trahison de Guy Mollet », secrétaire général de la SFIO, assurant qu’il était en « quête d’un idéal à la fois progressiste, humaniste et libéral ». Il participa à la formation du Parti socialiste autonome, avec Édouard Depreux et Gilles Martinet, puis à sa transformation en Parti socialiste unifié. Il rejoignit le parti socialiste après le congrès d’Épinay (1971).

Son engagement principal se situait cependant dans le domaine syndical. Il était membre du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, alors adhérent à la fois à la Fédération de l’éducation nationale (FEN, autonome) et à la Confédération générale du travail (CGT, proche du parti communiste). Il participa à la scission qui donna naissance en mars 1956 au Syndicat national des chercheurs scientifiques. Membre du bureau élu en mars 1956, Dedonder en devint premier secrétaire en 1957 et continua d’y siéger jusqu’en 1960, représentant le syndicat à la commission administrative nationale de la FEN.

Opposé à la guerre en Algérie, Dedonder signe, en octobre 1960, un appel pour une « paix sans équivoque et sans ruse ». Au cours des évènements de mai 1968, Dedonder s’adresse au gouvernement pour réclamer la fin des menaces contre le mouvement étudiant.

Directeur scientifique du développement (1981-1982) de l’Institut Pasteur. Il en devient directeur en 1982 et jusqu’en 1988. Il contribue notamment à la défense des intérêts de l’Institut face aux scientifiques américains, à propos de la découverte du virus du SIDA.

Raymond Dedonder meurt le 5 septembre 2004 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Il était âgé de 84 ans et père de trois enfants. Il avait été décoré comme officier de la Légion d’honneur en janvier 1991, commandeur de l’Ordre national du Mérite et commandeur des Palmes académiques.

Son fils aîné, Jean-Pierre Dedonder (né en 1946), docteur ès-sciences, professeur de physique nucléaire, a été président de l'université Paris-VII (1992-1997) puis recteur de l'académie de Créteil (1998-2000). Il est chevalier de la Légion d’honneur.

Raymond Dedonder, 1988, Institut Pasteur

 

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6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 00:01

Suite de la biographie de Nguyên Thê Truyên

Après la défaite du Japon en août 1945, Hô Chi Minh s'installe à Hanoï le 25 août 1945 et, le 2 septembre, déclare sur la place Ba Dinh que le peuple du Viêt Nam s'affranchit « complètement de tout rapport colonial avec la France impérialiste ». Dans sa proclamation il reprend en grande partie les mots de la brochure Procès de la colonisation française, élaborée avec Nguyên Thê Truyên.

Selon l’historien Pierre Brocheux, il est sollicité par Hô Chi Minh pour devenir vice-président de la République démocratique du Vietnam en 1946, mais il refuse l’offre. En 1953, Le Monde, assure que c’est le portefeuille des affaires étrangères qui lui fut proposé.

Alors que le Vietminh contrôle une partie du territoire, mais que la capitale, Nguyên Thê Truyên a refusé de rejoindre le gouvernement révolutionnaire installé dans les montagnes. Il reste à Hanoï, toujours contrôlée par les autorités françaises et le gouvernement de la République du Vietnam. Des élections municipales y sont organisées en janvier 1953.

Nguyen Thé Truyen, présenté par Jean Lacouture dans Le Monde comme un ancien compagnon d'Ho Chi-Minh en France, figure sur une liste d’unification, qualifiée de nationaliste de gauche, qui comprend également le docteur Hoang Co Binh, directeur du journal, Giang Son, et Tran Hung-Dung, militant nationaliste. Leur programme comprend des élections rapides à l'Assemblée constituante afin que soit institué un régime constitutionnel, le vote des femmes et l'installation du gouvernement à Hanoï. Le scrutin permet aux nationalistes de gauche de remporter tous les sièges, sauf un. Selon Le Monde, « la personnalité de son leader Nguyên Thê Truyên a été l'une des raisons les plus fortes de ce succès. »

Reçu en mars 1953 à Saigon par Jean Letourneau, ministre français chargé des relations avec les États associés, Nguyên Thê Truyên, désigné par Le Monde comme grand vainqueur du scrutin de Hanoï, a suggéré des élections plus larges et une politique sociale plus hardie.

Lors de la division du Vietnam en deux États en 1954, Nguyên Thê Truyên rejoint le Sud-Vietnam et vit à Saïgon. Il participe à l’élection à la présidence de la République qui est organisée en février 1961. Le sortant, Ngo Dinh Diem, est réélu avec une très forte majorité, N. T. Truyên est candidat, en tant que vice-président, aux côtés de Hô Nhat Tan, praticien de médecine orientale traditionnelle. Bernard Fall voit dans Nguyên Thê Truyên « la seule figure respectable » du scrutin qu’il qualifie de « farce ». Sa liste obtient 4% des suffrages dans tout le pays, contre 7% pour l’autre opposant Ngo Dinh Diem. Le Monde commente les résultats dans la l'agglomération saïgonnaise, où la liste Hô Nhat Tan et Nguyên Thê Truyên a recueilli 150 000 voix, contre 300 000 au président. Il estime que ce résultat est significatif, car Nguyên Thê Truyên « porte un nom fameux : il fut, chacun le sait, le plus proche compagnon d'Hô Chi Minh pendant le long séjour que le fondateur du Vietminh fit à Paris entre 1917 et 1923. Ce qui donne un sens particulier à la plupart des voix qui se sont portées sur son nom. »

En mai 1961, les quatre candidats d’opposition aux élections présidentielles, Hô Nhat Tan, Nguyên Thê Truyên, Nguyen Dinh Quat et Nguyen Thanh Phuong, créent une alliance politique sous le nom de Khoi Dan Chu.

Nguyên Thê Truyên  en 1961

Après l'assassinat du président Ngo Dinh Diem, Nguyên Thê Truyên est reçu en février 1964 par le général Nguyen Khanh, président du conseil militaire révolutionnaire vietnamien, qui a pris le pouvoir au Sud-Vietnam. Il est de nouveau candidat à la vice-présidence en septembre 1967 au côté de Nguyen Hoa Hiep. Ils recueillent 160 790 voix, soit 3,5% des 4 868 266 suffrages exprimés pour 5 853 251 inscrits. Le général Nguyễn Văn Thiệu, qui avait pris le pouvoir en 1965, est élu.

Malade, Nguyên Thê Truyên meurt le 19 septembre 1969 à Saïgon. Âgé de 71 ans, il est inhumé au cimetière du Cong Phan (Go Vap). Il était père de quatre enfants, les trois premiers étant nés en France en 1923, 1925 et 1927, le dernier étant natif de Nam Dinh en 1931 : Christiane Nguyen Trung Trac, Niquette Nguyen Trung Nhi, Claude Nguyen Quoc Tuan et Jean Nguyen Le Hao.

Le poète Vu Hoang Chuong, lui rend hommage par un poème qu’il publie après sa mort en 1969.

Fin

 

 

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28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 00:01

Jean Mégrot naît le 8 mars 1907 Paris (9e arr.). Il est le fils d’Alice Honorine Bock et de son mari Cléophas Ernest Georges Mégrot, employé de bourse. Ils vivent rue de Trévise. Mais Jean, de santé très fragile, est confié bébé à ses grands-parents paternels, à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre), où son grand-père est maréchal-ferrant. Il y est toujours au début de la première guerre mondiale mais rejoint ensuite sa mère (qui s’est séparée de son père) et vit à Paris (18e arr.), rue des Abbesses, en avril 1918. Il travaille pour un patron dès qu’il a douze ans, tout en continuant à fréquenter le patronage de la paroisse Saint-Jean-l’Évangéliste de Montmartre. C’est là qu’il annonce qu’il veut devenir prêtre.

En 1920, il intègre la maîtrise de Notre-Dame de Paris et y reste jusqu’en 1923, année où il rejoint le petit séminaire de Conflans à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) avant d’intégrer, en 1926, le grand séminaire à Issy-les-Moulineaux. Du fait de sa santé, il est peut-être dispensé de service militaire et est ordonné prêtre catholique en l’église Saint-Sulpice de Paris (6e arr.), en juin 1932.

Pour son premier poste, il est nommé vicaire à Saint-Germain de Vitry (Seine, act. Val-de-Marne), banlieue ouvrière, auprès du curé Roger Derry, qui sera ensuite résistant pendant la deuxième guerre mondiale et décapité par les Allemands en 1943. En mars 1935, l’abbé Mégrot est nommé vicaire de la paroisse de La Varenne Saint-Hilaire à Saint-Maur-des-Fossés, toujours dans le Sud-est parisien.

Il veut changer de voie et rejoint, en novembre 1936, l'abbaye Notre Dame de Tamié, monastère cistercien-trappiste à Plancherine (Haute-Savoie), dans le massif des Bauges où il devient frère Marie Bernard. Mais, selon l’historien Jean Roblin, « son tempérament indépendant et impulsif lui rend impossible toute discipline ». Il quitte l’abbaye en juillet 1937 et, après un congé qu’il passe chez sa mère, redevient vicaire dans la paroisse Sainte-Anne de Polangis, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en mars 1938.

Au début de la deuxième guerre mondiale, en octobre 1939, le père Mégrot est transféré à l’église Sainte-Geneviève et Saint-Maurice de Nanterre (Seine, act. Hauts-de-Seine). Encore vicaire, il doit gérer seul la paroisse, le curé en titre étant mobilisé tandis que le premier vicaire a été tué dans une action militaire. Face au froid et aux difficultés d’approvisionnement, il fonde en hiver 1941 une soupe populaire, l’une des premières de la banlieue Ouest de Paris. Le 20 décembre, il réussit à servir 300 repas après une expédition clandestine dans l’Orne pour se procurer du ravitaillement.

Même si le Service historique de la défense n’identifie pas Jean Mégrot en tant que résistant, plusieurs historiens, comme Marianne Andreucci-Pastor ou Roblin attestent de son activité de soutien à la résistance à l’occupation allemande, notamment par l’aide aux personnes recherchées ou voulant échapper au travail obligatoire en Allemagne.

Après la mort en août 1945 de sa mère, avec laquelle il vivait toujours, Jean Mégrot fait un second séjour à la Trappe de Tamié. Il n’y reste que quelques mois et est nommé en octobre 1946 second vicaire de la paroisse de l’Immaculée-Conception de Billancourt (Boulogne-Billancourt, Seine, act. Hauts-de-Seine). Il intervient en particulier auprès des travailleurs immigrés nord-africains de la commune.

Il quitte la banlieue pour une paroisse parisienne, Notre-Dame du Rosaire (14e arr.) en octobre 1952 puis il retrouve l’Est du diocèse à Coeuilly, dans la commune de Champigny-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne). C’est de parmi les dépendances de l’évêché de Paris la plus éloignée de Notre-Dame. Il rénove une chapelle à l’abandon puis, en 1958, supervise la construction de l'église Notre-Dame du Sacré-Cœur. Le quartier, qui accueille désormais plusieurs cités populaires, était encore rural et l’abbé Mégrot se présentait comme un curé de campagne. La paroisse couvrait cependant une population défavorisée et l’abbé Mégrot contribue à l’installation de sans-logis. Il obtient de l’évêché d’expérimenter la gratuité des mariages et enterrements à partir de 1955.

Malade, il présente sa démission de curé en juillet 1960. Elle est acceptée en avril l’année suivante. Il est hospitalisé à Nanterre puis à Paris, avec quelques périodes de rémission. Jean Mégrot meurt le 6 septembre 1962 à l’hôpital Notre-Dame du Bon-Secours de Paris (14e arr.). Il est inhumé à Champigny-sur-Marne. Il était âgé de 55 ans.

L'abbé Jean Mégrot

 

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 00:01

Raymond Aubry naît le 18 décembre 1906 à Nogent-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Isabelle Pion et de son époux, Mathurin Joseph Aubry, boulangers, qui vivent rue de Montreuil. Sa mère est d’origine parisienne, tandis que son père est natif de Saint-Brieuc (Côtes du Nord, act. Côtes-d’Armor).

Pendant la première guerre mondiale, son père est mobilisé. Après le conflit, la famille est installée dans la commune voisine de Joinville-le-Pont, quartier de Polangis, avenue Henri et Mathurin Aubry travaille dans une boulangerie de Saint-Maur-des-Fossés. Raymond, alors âgé de 14 ans, est également employé de boulangerie en 1921 et l’est toujours en 1926.

Le mariage de Raymond Aubry avec Clémence Tachet, employée de banque, est célébré à Joinville en janvier 1927. Elle réside dans le même quartier, quai de Béthune, où ils vont s’installer. Il devient également employé de banque en 1928.

Vivant au bord du canal, dit rivière de Polangis, Raymond Aubry s’implique dans le Groupe de défense des riverains. Construit au moment du lotissement du quartier par l’ancien propriétaire, pour attirer des acheteurs voulant canoter, le canal souffre d’un défaut d’entretien et d’un statut incertain. En janvier 1931, le groupement rappelle au maire, Georges Briolay, un engagement électoral pris en 1928 de faire le curage. Il s’étonne que le maire n’ait pas engagé de poursuites contre l’ancien propriétaire, M. Chavignot, et ait obligé les riverains à constituer un syndicat. La lettre ouverte conclut : « Vous vous êtes fait le protecteur de M. Chavignot contre les 125 riverains ». Elle est signée du secrétaire François Galabert, conseiller municipal, élu en tant que socialiste SFIO sur la liste du cartel des gauches en 1925, comme Briolay (radical-socialiste), mais qui s’est depuis éloigné de la SFIO et s’oppose violemment au maire sur plusieurs dossiers, comme celui du chômage. Aubry est membre du bureau du groupement et c’est lui qui polémique dans la presse avec Claude Noizat, chroniqueur de l’hebdomadaire de droite Gazette de l’Est ; il soutient que « Les riverains s’aperçoivent un peu tard qu’ils sont encore roulés ». Noizat lui répond que « Le syndicat n’ayant pas été constitué, il n’y a plus de subvention possible du conseil général. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, les riverains vont en faire la triste expérience. »

Sans doute mobilisé pendant la deuxième guerre mondiale, Raymond Aubry reste à Joinville après le conflit. Au début de la cinquième République, il s’implique dans la vie politique en étant candidat sur la liste divers-droite du maire sortant, Georges Defert, pour les élections municipales de mars 1959 à Joinville. Le maire, étiqueté RGR (Rassemblement des gauche républicaines, droite) s’oppose pour ce scrutin à une alliance centriste (gaullistes de l’UNR, démocrates-chrétiens du MRP et socialistes SFIO) et à une liste communiste ainsi qu’à une candidature d’intérêt local. Sa liste est en tête au premier tour avec une moyenne de 3 084 voix sur 7 488 suffrages exprimés (41,2%) pour 7 780 votants sur 10 276 inscrits. Malgré le maintien de l’alliance centriste, les colistiers de Defert emportent au second tour les 27 sièges à pouvoir avec 52,4% des votes en moyenne.

Dans une configuration semblable, en mars 1965, la liste Defert remporte également le scrutin, mais sans concurrence à droite et au centre au second tour. Raymond Aubry devient adjoint au maire et Defert est reconduit.

Lors des élections municipales de mars 1971, les candidats de Georges Defert n’ont plus comme concurrents que les communistes. Ils l’emportent dès le premier tour, avec une moyenne de 64,2% des suffrages exprimés. Raymond Aubry est reconduit dans son poste d’adjoint au maire.

Après la mort, en octobre 1975, de Georges Defert, le premier adjoint, Jean-Pierre Garchery (divers-droite) devient maire, et Raymond Aubry conserve sa fonction. Lors des élections municipales suivantes, en mars 1977, alors que Jean-Pierre Garchery ne se présentait pas en tête de liste au premier tour, ses successeurs font face à plusieurs concurrents issus de la droite. Au deuxième tour, la gauche emporte tous les sièges à pourvoir.

Raymond Aubry meurt le 7 mai 1979 à Créteil. Il était âgé de 72 ans et résidait toujours à Joinville.

Son fils Pierre Aubry est élu conseiller général de Joinville en 1982 et devient maire de Joinville en 1983, le restant jusqu’en 2008. Il est également député du Val-de-Marne de 1997 à 2002. Quant à son petit-fils, Olivier Aubry, il est maire-adjoint auprès de son père de 2001 à 2008. Entre 2008 et 2020, il est conseiller municipal d’opposition (UMP puis divers-droite). La famille aura ainsi siégé au conseil municipal de Joinville sur une durée de 61 ans, avec une interruption de six ans seulement.

Raymond Aubry n’avait pas de lien avec Gustave Aubry, conseiller municipal radical-socialiste de Joinville de 1919 à 1925.

Le canal de Polangis

 

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 00:01

André Jean Pierre Calmon naît le premier août 1898 à Figeac (Lot), dans la maison du garde au Roc de la Clouque. Il est le fils d’Anaïs Pradier (ou Pradié), giletière, et de son mari Hubert Jean Alphonse Calmon, gardien de la paix. La famille réside à Paris.

Pendant la première guerre mondiale, Pierre Calmon, qui appartient à la classe 1918 pour son service militaire et aurait donc dû rejoindre l’armée en 1919, est mobilisé de manière anticipée. Il sert probablement dans l’artillerie. Dans la réserve, il est nommé maréchal des logis en août 1931.

Devenu employé à la Bourse, Pierre Calmon, qui réside à Paris (15e arr.), rue Blomet, épouse dans cet arrondissement en octobre 1923 Marguerite Chédin, employée de bureau, originaire de Bourges (Cher).

La famille s’installe vers 1925 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Polangis, avenue du Bac (act. avenue Guy-Môquet). Il continue de travailler à la bourse mais est, semble-t-il, sans emploi en 1936.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, Calmon est de nouveau mobilisé. Un « Pierre Calmon » sans aucune indication précise est identifié par le Service historique de la défense dans les Dossiers administratifs de résistants, mais il n’est pas possible de faire le lien avec lui.

Après le conflit, Pierre Calmon s’engage dans l’action politique au sein du mouvement du général de Gaulle, le Rassemblement du peuple français (RPF). Il figure en seconde position derrière Pierre Perly. Avec 3 066 voix en moyenne pour RPF sur 6 974 suffrages exprimés (44%) pour 7 073 votants et 8 376 inscrits, la liste arrive en tête, devant celle du maire sortant, communiste, Robert Deloche à 3 017 voix (43,3%), mais les deux listes sont à égalité avec 11 sièges. Les socialistes SFIO ont un seul élu avec 452 voix (6,5%) ; il vote en faveur de Deloche, qui est réélu.

En tant que président de la section RPF de Joinville, Calmon fait célébrer en novembre 1951 dans l’église Saint-Charles-Borromée de la ville, la grand-messe en mémoire du maréchal Leclerc.

Candidat sur les listes RPF pour les élections législatives de mai 1951, en sixième position derrière Louis Vallon dans le 4e secteur de la Seine, puis pour les élections sénatoriales en mai 1952 dans le même département, en quinzième place derrière Edmond Michelet, Pierre Calmon n’est pas élu.

Au sein du conseil municipal de Joinville-le-Pont, la démission du maire Deloche, exclu du parti communiste, va provoquer en avril l’élection, pour un mois, d’un nouveau maire. 25 des 27 élus participent au scrutin. La communiste Amélie Trayaud obtient 12 voix, Pierre Calmon en a 8 tandis qu’un groupe dissident, dont Georges Defert est le porte-parole, obtient 5 voix pour la candidature de Pierre Perly. Ces derniers, malgré leur score, refusent de soutenir Calmon, soutenant la légitimité de Perly, tête de liste en 1947. Trayaud est élue.

La droite se présente désunie aux élections municipales de mai 1953. Pierre Calmon conduit la liste RPF qui obtient six sièges avec 1 334 voix en moyenne pour RPF sur 6 748 suffrages exprimés (19,8%) pour 6 979 votants et 8 482 inscrits ; avec le même nombre d’élus, elle est devancée par la liste divers-droite (22,1%) et par les communistes (35,6%), qui ont dix postes. Les socialistes SFIO avec trois sièges (12,3%) et les démocrates-chrétiens du MRP, deux élus (9,2%) complètent le tableau. C’est le choix de ces derniers qui permet à Georges Defert (Rassemblement des gauches républicaines, RGR, divers-droite) d’être élu maire, même si sa liste avait eu Pierre Perly en tête. Calmon devient premier adjoint.

Toujours en mai 1953, Pierre Calmon, qui se présente alors comme journaliste, est candidat en quatrième position sur la liste RPF pour le conseil général. La liste a trois élus.

En juin et juillet 1953, le RPF et ses élus, dont Calmon, s’associent à une demande de révision du procès Rosenberg aux États-Unis, votée à l’unanimité au conseil municipal. Une manifestation est organisée dans la ville et une motion envoyée par le RPF.

Comme une grande part du RPF, Calmon s’éloigne de la position en faveur d’une union des droites. Ainsi, en mars 1954, à l’occasion d’une élection législative partielle en Seine-et-Oise, il publie avec plusieurs parlementaires de son mouvement, un manifeste en faveur de ta candidature d’un socialiste SFIO contre un RGR « moralement disqualifié. »

Le ministre de la justice, Edmond Michelet, appelle Pierre Calmon comme attaché à son cabinet. S’étant séparé du maire sortant, Calmon conduit une liste concurrente en alliance entre le parti gaulliste, rebaptisé UNR (Union nationale pour la République), le MRP et la SFIO. Elle obtient 23,5% des voix au premier tour et 13,1% au second et n’a pas d’élus. Defert est réélu maire.

Lors de l’élection cantonale de mars 1959, Calmon est de nouveau battu par Defert. Il obtient au premier tour 2 872 voix sur 14 827 suffrages exprimés (19,4%) pour 15 369 votants et 21 457 inscrits dans le canton qui comprend une partie de Saint-Maur-des-Fossés et Joinville. Il se retire avant le deuxième tour.

En septembre 1959, encore journaliste, Pierre Calmon est nommé maire du 4e arrondissement de Paris en remplacement de M. Mouly, récemment décédé. Le poste n’est pas électif à ce moment-là.

Il accueille dans sa mairie en janvier 1960 le banquet annuel de l'amitié figeacoise, sa ville d’origine. Calmon quitte son poste en février 1969 et est alors nommé maire honoraire.

Pierre Calmon meurt le 29 janvier 1987 à Créteil, il est inhumé à Joinville où il résidait toujours probablement. Il était âgé de 86 ans et a eu un fils. Il était décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire ; il était officier de la Légion d’honneur depuis juillet 1968.

Joinville, vers 1960

 

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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 00:01

Charlotte Annette Étiennette Fruton naît le 25 avril 1898 à Paris (6e arr.). Elle est la fille d’Annette Dupré et de son époux, Étienne Joseph Fruton, employé de commerce. Ils vivent rue Mayet.

En 1911, la famille est installée à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), avenue Ratel, dans le quartier de Polangis. Étienne Fruton est devenu ouvrier dans les usines cinématographiques Pathé, situées dans le même quartier, tandis qu’Annette Fruton travaille au grand magasin parisien Le Bon Marché.

Une bourse d’internat à l’école primaire supérieure et professionnelle de Melun (Seine-et-Marne) est accordée à Charlotte Fruton pour l’année scolaire 1913-1914. Ayant obtenu un diplôme d’institutrice, elle ouvre après-guerre une institution privée, installée en 1922, toujours dans le quartier de Polangis, quai de Béthune. Elle intègre la formation musicale dans son école qui fonctionne toujours en 1932. Proche des milieux chrétiens, elle est par exemple la correspondante du centre de vacances de la Maison Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, aux Sables-d’Olonne (Vendée).

Elle reprend ensuite des études, pour devenir médecin. Elle soutient sa thèse en 1938, présentant un ouvrage court mais remarqué sur Mérimée et la médecine, éditée ensuite chez un imprimeur de Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne). L’écrivain André Billy apprécie dans Le Figaro en juillet 1939 : le romancier Prosper Mérimée « avait une grande préoccupation de sa santé et faisait l'analyse de ses troubles physiques avec autant de lucidité que celle de ses sentiments et de son caractère. C'est ce qui a permis au docteur Charlotte Fruton de porter sur ses maladies des diagnostics si bien motivés ». Dans la Revue d'histoire littéraire de la France, le romancier Pierre Trahard, spécialiste de l’auteur de Colomba, remarque que la Faculté de Médecine a non seulement « conféré le grade de docteur à Mlle Fruton, mais elle lui a attribué un prix, soulignant ainsi la valeur scientifique de son travail ». Il considère que « la santé d'un écrivain peut avoir une influence sur son œuvre », citant notamment Edgar Poe, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Émile Verhaeren. Et il s’interroge : « Le goût de Mérimée pour l'étrangeté, le mystère, la violence, les mœurs primitives et sauvages, l'instinct brutal, l'amour physique, est surtout intellectuel et volontaire. N'y entrerait-il pas néanmoins des éléments d'ordre physiologique ? » Il rend ensuite hommage au travail de Charlotte Fruton, « à sa précision scientifique et à l'élégance de ses analyses, qui dépassent déjà l'étude médicale et abordent avec sûreté la psychologie de l'homme. »

Au cours de la deuxième guerre mondiale, le Dr Fruton a établi son cabinet dans son logement de Joinville. Elle a une spécialisation en stomatologie et exerce dans les hôpitaux de Brévannes (Limeil-Brévannes) et d’Ivry (tous deux act. Val-de-Marne). Elle est la seule femme parmi les dix praticiens de la commune.

En février 1944, Charlotte Fruton se marie à Paris (13e arr.) avec l’ingénieur Joseph Turco, originaire de Tunisie et naturalisé français en août 1933.

Après le conflit mondial, Charlotte Turco-Fruton est membre du Mouvement populaire des familles. C’est un mouvement d'action catholique qui s’est radicalisé sur le plan politique à la fin des années 1940 et auquel l'épiscopat catholique retirera son mandat à l'automne 1949 pour créer l'Action catholique ouvrière (ACO). Pendant la guerre, le curé de la paroisse Sainte-Anne de Polangis était l’abbé Jacques Hollande, supérieur à partir de 1944 de la Mission de Paris et fondateur des prêtres-ouvriers.

Une autre personnalité des milieux chrétiens engagés socialement, Henri Melchior, syndicaliste et plus tard délégué permanent du Secours catholique pour Paris et la banlieue, vit également à proximité. Comme Melchior, Charlotte Turco-Fruton adhère au Mouvement républicain populaire (MRP, démocrate-chrétien).

En août 1950, elle fait partie des organisateurs de l’anniversaire de la Libération célébré dans la commune, avec les responsables des partis de gauche, les anciens combattants de la Résistance et deux autres mouvements féminins, l’Union des Femmes françaises (proche des communistes) et les Jeunes filles de France. Avec Mme Fabre, Charlotte Turco-Fruton représente le Mouvement populaire des familles.

Lors des élections municipales de mai 1953, elle figure en cinquième position sur la liste du MRP à Joinville. Le MRP obtient deux sièges, derrière les communistes qui en ont dix, deux listes de droite (six chacune) et les socialistes SFIO avec trois élus. Le MRP avait recueilli, en moyenne, 620 voix pour 6 748 suffrages exprimés soit 9,2%, la liste communiste ayant 35,6%, les gaullistes du RPF 19,3%, les divers-droite 19,7% et les socialistes 12,3%. C’est Georges Defert, membre du Rassemblement des gauches républicaines, élu sur la liste divers droite, qui devient maire, avec l’appui du MRP.

Le scrutin de mars 1959 se déroule avec un nouveau scrutin majoritaire. Le MRP figure sur une liste commune avec la RPF gaulliste et les socialistes SFIO, mais Charlotte Turco-Fruton a rejoint le maire sortant, Georges Defert qui emporte, au second tour avec 52,4%, les 27 sièges à pourvoir devant les communistes (34,1%), l’alliance perdant un grande partie de ses voix du premier tour à 13,1%. Mme Turco entre au conseil municipal, qui ne compte que deux femmes, plus petit chiffre depuis qu’elles sont éligibles. Defert est réélu maire.

Charlotte Turco-Fruton meurt le 15 mai 1985 à Cannes (Alpes-Maritimes). Elle était âgée de 87 ans et est inhumée à Joinville. Elle n’avait pas eu d’enfant.

Une maison à Polangis

 

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 00:01

Frédy Camille Georges Plé naît le 12 mai 1919 à Paris (11e arr.). Il est le fils d’Alfred Plé, industriel et de Pauline Hortense Catherine Léchevin, confectionneuse, qui résident 125, bd Voltaire.

Son père est rameur en aviron, licencié à la Société Nautique de la Marne, club installé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), fut médaillé de bronze aux Jeux Olympiques d'Anvers en 1920. La famille s’installe à Joinville en 1924, où le père ouvre un atelier de construction de bateaux, situé au 81, quai de la Marne.

Dénommé « A. Plé » à l’origine, le chantier prend le nom « Établissements Plé et Fils » après que Frédy Plé se soit associé à son père en 1944. Il deviendra ensuite « F.C. Plé, constructions nautiques » lors de la retraite d’Alfred Plé en 1957. Selon le responsable de l’Association de sauvegarde de l’environnement de Polangis (ASEP), Michel Riousset, Frédy Plé est un « expert dans la construction bois, il n'a pas voulu prendre le virage du plastique ». Le chantier, qui avait employé jusqu’à douze ouvriers, ferme en 1980.

En janvier 1944, Frédy Plé épouse à Joinville Jacqueline Paule Coffin.

Il est candidat aux élections municipales de Joinville en mars 1959 sur la liste du maire sortant (divers droite), Georges Defert. La liste, dont le maire porte l’étiquette du Rassemblement des gauches républicaines, arrive en tête au premier tour avec 3 084 voix sur 7 488 suffrages exprimés (41,2%) pour 7 780 votants et 10 276 inscrits. Elle devance les communistes (32,2%) et l’alliance des gaullistes de l’UNR, des démocrates-chrétiens du MRP et des socialistes SFIO (23,5%) ainsi qu’une liste diverse (2,6%). Au second tour, la liste Defert obtient 3 975 voix sur 7 580 suffrages exprimés (52,4%) pour 7 747 votants. Elle emporte les 27 sièges à pourvoir. M. Plé n’est pas réélu en 1965.

Frédy Plé meurt le 30 avril 2002 à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Il était âgé de 82 ans.

Photo : coll. Michel Riousset

 

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 00:01

André Georges Roger Cyrille Dunet naît le 5 décembre 1927 à Paris (12e arr.). Il est le fils de deux domestiques, Damir Odette Georgina Alliaume, qui vit à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) et Georges Marcel Auguste Dunet, résidant à Évreux (Eure).

En 1931, la famille s’installe dans le nouvelle cité de 385 logements installée dans le quartier de Palissy à Joinville, rue de l’Égalité, par la société d’Habitations à bon marché (HBM) de Montreuil. Georges Dunet est devenu cantonnier de la ville de Paris, tandis que Damir Dunet est employée de la société cinématographique Pathé, implantée dans le même quartier.

Selon sa notice nécrologique, publiée dans le magazine municipal de Joinville, André Dunet « partira à Paris peu avant la guerre. Homme d’engagements, il luttera contre les Allemands et, à la Libération, il rejoindra la Croix-Rouge. »

Après la deuxième guerre mondiale, André Dunet devient un responsable syndical, d’abord dans sa branche professionnelle, les Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT). Il est responsable de la fédération des PTT de la Confédération générale du travail (CGT) en 1962. En avril 1952, en tant que membre du Conseil économique, il fait partie d’une délégation française qui se rend à la Conférence économique internationale de Moscou. Le Conseil économique, ancêtre du Comité économique, social et environnemental, avait été ré par l’article 25 de la constitution du 13 octobre 1946 qui fondait la 4e République ; c’est un lieu de débat autour de la reconstruction et de la modernisation économique de la France.

En 1975, André Dunet est un collaborateur permanent du bureau confédéral de la CGT, attaché au secteur international, où il a en charge les relations avec « l’Europe non-socialiste », certaines organisations internationales (Organisation internationale du travail, Organisation des Nations-Unies, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture – FAO) ainsi qu’avec la Fédération syndicale mondiale (FSM), d’obédience communiste. Il est chargé du Bulletin de presse international.

En 1981 et jusqu’en 1990, André Dunet est secrétaire de la commission OIT de la CGT et siège régulièrement à Genève, ville-hôte de l’institution. Il intervient ainsi en 1987 au cours d’un d’une conférence pour examiner les suites de la Déclaration de l’OIT sur l’apartheid en Afrique du Sud. Pour le polémiste Jean Montaldo (La Maffia des syndicats, Albin-Michel, Paris, 1981) André Dunet est, en tant que délégué de la FSM un « agent de formation » de l’influence communiste au sein des syndicats et des organisations internationales.

En mars 1981, André Dunet est nommé membre du Comité économique et social des Communautés européennes, siégeant à Bruxelles, où il remplace Georges Croese. Il met en cause à plusieurs reprises l’orientation politique de l’Europe, faisant par exemple en 1987 une déclaration sur « Chômage, austérité, flexibilité, remise en cause des acquis sociaux ».

Il reprend la même critique en 1988 : « la commission européenne n’entend nullement modifier ses choix et orientations en matière sociale. La rigueur et l’austérité demeureront... » Il démissionne de sa fonction en mai 1988 et est remplacé par Joël Decaillon.

André Dunet s’était réinstallé à Joinville en 1973, dans une nouvelle résidence gérée par l’Office municipal d’habitations à loyers modérés (HLM). Il s’agit cependant d’un groupe de standing plus élevé, des immeubles à loyer normal, situé rue Hippolyte-Pinson, dans le centre-ville. Il crée l’amicale des locataires de la résidence, dont il assumera la présidence pendant 36 ans.

L’amicale est, comme plusieurs autres à Joinville, affiliée à la Confédération nationale du logement (CNL), structure proche du parti communiste. André Dunet apparaît comme le principal responsable de la CNL sur Joinville. C’est lui qui conduit les listes de la CNL lors des élections au conseil d’administration de l’OPHLM municipal entre 1983 et 2010. Sa liste, qui est souvent seule en lice, remporte généralement les trois sièges à pourvoir, sauf en 1992 où elle n’en a que deux avec 79% des suffrages exprimés. Dunet est constamment réélu administrateur.

En 1987, avec son colistier Georges Sicre, André Dunet s’oppose à la vente de logements HLM, souhaitée le conseil d'administration de l'office à l’instigation du maire, Pierre Aubry (divers droite). Le préfet lui donne raison en mai 1992, mais avant cette date, 150 appartements avaient été vendus.

Apparaissant régulièrement aux côtés des élus communistes de la ville, André Dunet participait également aux souscriptions lancées par le quotidien du PCF L’Humanité, par exemple en 1997, 1999 et 2006

André Dunet est mort le 17 octobre 2019 à Créteil (Val-de-Marne). Il était âgé de 91 ans et résidait toujours à Joinville-le-Pont.

 

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 01:01

Paul Émile Louis Resche naît le 12 octobre 1918 à Châtellerault, Vienne.

Issu d’une famille parisienne modeste et aux profondes convictions républicaines, Paul Resche était un homme de caractère, truculent, jovial, animé d’un grand sens de l’humour. Son métier de ferrailleur en faisait un grand connaisseur de ces petites gens qu’il défendit toute sa vie, en grand humaniste.

Dès le début de la deuxième guerre mondiale, avec son père et son frère, il entra dans la Résistance, et se distingua par des actions de sabotage ainsi que par son comportement contre l’occupant nazi. Contraint de fuir suite à une dénonciation, il passa en Espagne au travers de la zone dite libre.

Arrêté et interné par les autorités espagnoles, il dut sa libération à l’intervention du consul général de Belgique, qui accepta de le considérer comme un citoyen du Royaume. Expulsé d’Espagne, il rejoignit les Forces Françaises Libres à Londres et participa, les armes à la main, à la libération du territoire national.

Après-guerre, il s’installe dans une petite maison du quai Gabriel Péri à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) où il poursuit son activité de ferraillage.

Il adhère au Parti radical en 1969 puis rejoignit en 1972 les Radicaux de gauche. Resche est le candidat du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), signataire du programme commun de gouvernement de la gauche avec le parti socialiste et le parti communiste, lors des élections législatives du 4 mars 1973 dans la 5e circonscription du Val-de-Marne (Créteil). Dans sa déclaration de candidature, Paul Resche, vice-président départemental du MRG, met l’accent sur sa « détermination à combattre pour la liberté et la démocratie, quelles que soient les circonstances ». Il fait le lien avec son choix rejoindre les Forces de la France Libre en 1940, qu’il présente comme une garantie de continuer, en 1973, cette même lutte pour la liberté. Il obtient, dans la seule commune de Joinville, 86 voix sur 8 449 suffrages exprimés (1%) pour 8 623 votants et 10 437 inscrits et appelle à voter, au second tour, en faveur du candidat communiste Michel Germa, qui sera battu par le gaulliste Pierre Billotte, maire de Créteil.

À la mort du maire, divers droite, de Joinville-le-Pont, Georges Defert, Resche est candidat lors des élections municipales partielles organisées en octobre 1975 sur une liste d’union de la gauche, emmenée par le communiste Guy Gibout et comprenant également un socialiste, Leroy, et un membre du PSU, Michel Jousset. La liste est battue et le conseiller général, Jean-Pierre Garchery, divers droite, est élu maire.

Lors du scrutin cantonal de mars 1976, Resche représente de nouveau le MRG dans le canton de Joinville-le-Pont. Il obtient 64 voix sur 6 522 suffrages exprimés (1%) pour 6 625 votants et 11 049 inscrits ; au second tour, il soutient le candidat communiste Guy Gibout, qui échoue face au sortant, Jean-Pierre Garchery.

L’année suivante, la liste d’union de la gauche conduite par Guy Gibout l’emporte au contraire face au sortant par 51,3% des voix en moyenne. Paul Resche devient adjoint au maire aux côtés de deux socialistes (Raymond Irigoyen et Alain Cavaillé) ainsi que deux communistes (Roger Belbéoch et Charles Merrain) dans la nouvelle municipalité dirigée par Guy Gibout. Le conseil municipal comprend 14 élus étiquetés Pcf, 9 Ps, 2 Psu et 2 MRG (Resche et Marc Verstaete).

L’élection municipale joinvillaise ayant été annulée, la liste d’union de la gauche l’emporte une nouvelle fois en 1978 avec 53,5% des suffrages exprimés. Paul Resche est reconduit comme maire adjoint en charge des commerçants et des petites entreprises dans un bureau municipal élargi avec quatre communistes (Roger Belbéoch, Charles Merrain, Jean Parpirolles et Michelle Gabillard), trois socialistes (Raymond Irigoyen, Édouard Gente et Jean-Louis Pariselle) ainsi qu’un Psu (Michel Jousset).

Après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, Paul Resche est une nouvelle fois candidat, en tant que suppléant de Jean Charpantier secrétaire national du MRG et maire adjoint de Créteil, lors des élections législatives du 14 juin 1981. Ils assurent représenter « le flanc libéral et novateur » de la nouvelle majorité. Charpantier obtient à Joinville, 89 voix sur 7 762 suffrages exprimés (1,1%) pour 7 855 votants et 11 135 inscrits ; il se désiste en faveur du candidat socialiste Laurent Cathala, maire de Créteil, qui l’emporte.

Critique sur la gestion municipale de Guy Gibout, Paul Resche constitue une liste alternative à celle du maire sortant avec un maire-adjoint socialiste (Raymond Irigoyen), une militante du Psu (Marie-José Lemoy) et un écologiste (Pierre Cuesta). Elle ne recueille qu’un score modeste de 342 voix sur 8 174 suffrages exprimés (4,5%) pour 8 339 votants et 10 881 inscrits et n’a pas d’élu. La liste de Guy Gibout avait le soutien officiel des formations de gauche.

En 1990, s’était retiré avec son épouse dans le Haut-Var. Il y meurt le 5 décembre 1997 et est enterré à Bargemon (Var).

L’épouse de Paul, Irma Resche, décède en novembre 2010 à l’âge de 83 ans ; elle est inhumée avec Paul Resche à Bargemon.

Paul Resche

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