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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 00:01

Désiré Urbain Bagnol naît le 14 février 1885 à Mazan (Vaucluse) Il est le fils d’Anne Joséphine Milhe-Poutingon et de son mari Julien Nicolas Bagnol, épicier.

Le père étant devenu garnisseur, employé du chemin de fer Paris-Lyon-Marseille, la famille vit dans le département du Rhône, probablement à Saint-Genis-Laval. Désiré Bagnol anticipe à 18 ans son service militaire en tant qu’engagé volontaire pour trois ans au 95e régiment d’infanterie entre 1903 et 1906. À la sortie de l’armée, il épouse en septembre 1906 à Oullins, Éléonore Sauvan, originaire d’Arles. Il est alors commis d’économat, probablement à l’hospice Saint-Pothin (act. hôpital de l'Antiquaille Lyon).

Pendant la première guerre mondiale, Bagnol est d’abord mobilisé en août 1914 au 159e régiment d’infanterie puis affecté, en septembre, à la 18e section d’infirmiers. Il est affecté, en 1916, à l’hôpital militaire d’Alix dans le Beaujolais (Rhône).

Après le conflit, son épouse décède alors qu’il est toujours mobilisé à l’hôpital d’Alix en février 1919, lui laissant une fille âgée d’un an. Il est démobilisé le mois suivant et s’installe à La Mulatière, dans la banlieue lyonnaise puis en Arles (Bouches-du-Rhône). Il s’y remarie en février 1921 avec Marie Magdeleine Bouisson.

On retrouve Désiré Bagnol en région parisienne quand il acquiert, en mai 1937 des parts de la Société d'exploitation du Joinville-Palace, un des cinémas de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), située rue du Pont (act. rue Jean-Mermoz). Il devient le directeur de l’établissement et s’installe rue de Créteil (act. avenue du Maréchal-Leclerc).

Pendant la deuxième guerre mondiale, Bagnol organise dans son établissement une soirée en faveur du Secours national entraide d’hiver du maréchal, organisme caritatif se revendiquant du chef de l’État, le maréchal Pétain. Elle est animée par Mme Dumas et groupe lyrique de Joinville.

Un arrêté du 20 février 1942 nomme Désiré Bagnol, toujours directeur de cinéma, en tant que conseiller municipal de Joinville-le-Pont. Le maire est resté Léon Lesestre, qui avait été élu en mai 1935 et a été maintenu à son poste par les autorités de collaboration avec les occupants allemands. En août 1944, le comité local de libération occupe la mairie et prend la place des membres nommés du conseil municipal ; le maire et les adjoints sont arrêtés.

Après la guerre, Désiré Bagnol quitte la ville pour la Côte d’Azur. Sa présence est mentionnée à Nice (Alpes-Maritimes) en octobre 1957. Il y meurt le 10 mai 1959, âgé de 74 ans. Il était père d’une fille.

La rue du Pont à Joinville

 

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 00:01

Suite de la biographie d’Honoré Jullien

L’année 1908 voit trois listes concourir aux élections municipales du mai à Joinville-le-Pont, plus un candidat indépendant. À la liste du comité radical-socialiste, menée par Eugène Voisin, s’ajoutent celle du parti socialiste SFIO et une autre d’un comité socialiste évolutionniste, qui regroupe d’anciens radicaux ou socialistes et des personnalités de tendance libérale. Les radicaux entendent mener « une gestion sage et une administration prudente des finances de la commune ». Ils veulent réaliser des économies, encourager les œuvres laïques d’instruction, d’éducation, d’assistance et de solidarité. Ils marquent également leur opposition à de nouveaux impôts, et enfin confirment leur souhait de faire un compte-rendu de mandat annuel. Tandis que la SFIO n’a pas d’élu, l’indépendant rentre au conseil en même temps qu’un des candidats évolutionnistes. Les radicaux se retrouvent à 21 sur 23 sièges. Cependant, Jullien n’est pas élu, recevant du second tour 488 voix sur 1 188 suffrages exprimés (41,1%).

Les évolutionnistes avaient mis en cause directement les candidats de la liste radicale « Si vous êtes satisfaits du gaspillage des finances municipales ; si vous approuvez les scandaleuses concessions accordées ; si vous voulez supprimer l’abus des subventions qui paient les complaisances électorales ; chassez de la mairie les mauvais administrateurs et votez pour nous ! Voter pour Vel-Durand, c’est voter pour l’incohérence ; voter pour Briolay, c’est vouloir continuer l’anarchie qui règne au conseil municipal ; voter pour Jullien et Villain, c’est voter pour la dictature. »

Selon le chroniqueur du journal radical Voix des communes, Louis Rey, Jullien « avait été battu par une coalition de rancunes et d’appétits ». En juin, le comité radical-socialiste lui offre un banquet où se retrouvent « tous les conseillers municipaux républicains de Joinville ». Il y a 50 couverts, en alternant un membre du conseil municipal et un membre du comité ; il se tient dans son restaurant, et un bronze lui est offert au nom du comité ainsi qu’une plaquette en argent au nom du conseil municipal. Le journal des évolutionnistes, L’Indépendant qualifia l’évènement de repas des « Mille-et-un-regrets. »

Ayant siégé pendant trente ans au conseil municipal, dont dix comme conseiller et vingt comme adjoint au maire, de 1878 à 1908, Honoré Jullien ne quitte pas la vie publique après sa défaite de 1908. En décembre, bien que n’étant plus élu, il est désigné comme délégué sénatorial.

Le restaurant Jullien reste un lieu important de la vie politique dans la circonscription. Il accueille ainsi en janvier 1909 un congrès pour désigner le candidat radical-socialiste à l’élection législative partielle liée à l’élection au poste de sénateur d’Adolphe Maujan. Il y a plus de 600 participants dans une ambiance commentée par la presse radicale : « agitation, vivacité, effervescence, émotion ». C’est Amédée Chenal qui est désigné, après plusieurs désistements. Il est élu, au second tour, face au socialiste SFIO Albert Thomas.

Lorsque que le préfet entend, en juin 1909, remettre en vigueur une ordonnance de Colbert, datant de 1669 et fixant une taille minimale aux bateaux, au côté de Rey et de Perre, conseillers municipaux et pour ce dernier constructeur de barques, Jullien est mobilisé avec deux autres constructeurs pour se rendre en audience auprès du sous-secrétaire d’État à l’intérieur, qui se trouve être le nouveau sénateur Maujan. Sur son instruction, le préfet réexamine sa circulaire.

Sur l’île Fanac, la guinguette Jullien est toujours sollicitée pour les manifestations politico-sociales. L’Union fraternelle, groupement de francs-maçons, y banquète en octobre 1909 pour défendre de l’école laïque et exprimer sa sympathie envers le pédagogue libertaire espagnol Francisco Ferrer, fusillé après avoir été accusé par le clergé catholique d'être l'un des instigateurs de l’insurrection de Barcelone.

Au premier trimestre 1910, comme toutes les constructions situées dans les zones basses sur les bords de Marne, Chez Jullien est inondé lors de la crue exceptionnelle de la rivière. Jullien fait partie avec Paul Purrey, franc-maçon et futur maire de Wissous (Seine-et-Oise, act. Essonne) de la commission nommée par le préfet et chargée de déterminer la nature et l’importance des dégâts causés par les crues de la Marne. L’activité reprend pendant l’été, et le restaurant sert même de lieu de substitution à la mairie, en cours de reconstruction à l’automne de cette année, pour la remise de prix de l’Association philotechnique, principale structure locale d’éducation populaire.

En mars 1912, Jullien est à l’origine de la création d’une société de secours mutuels intitulée Mutualité scolaire de Joinville-le-Pont. Elle est officiellement approuvée par arrêté en avril la même année. Jullien en est le président, tandis que deux instituteurs de chacune des école sont vice-présidents. L’objectif de la mutuelle est d’assurer des secours aux parents en cas de maladie ou blessures et de constituer des pensions de retraites à ses adhérents.

Cependant, la défaite des radicaux-socialistes lors des élections municipales de mai 1912 conduit Jullien à présenter sa démission, pour tenter d’éviter une rupture entre la nouvelle association et la municipalité. Il est remplacé par le docteur Pierre Vallat, lui aussi radical-socialiste et ancien conseiller municipal, mais dont le statut de médecin réputé est supposé faciliter la relation. Cependant, il n’obtient pas lui non plus, le versement de la subvention attribuée par le conseil municipal précédent.

Pendant la guerre, le restaurant continue de fonctionner, mais il semble avoir du mal à recruter son personnel.

Le retour, en novembre 1919, d’une municipalité dans laquelle figurent des radicaux fait que Jullien est de nouveau désigné, en décembre, délégué sénatorial.

En octobre 1920, Jullien met en vente son hôtel restaurant. Il reste sur l’île Fanac, mais déménage avec son épouse dans une maison voisine.

Honoré Jullien meurt à Joinville, le 9 août 1935, à l’âge de 73 ans. Il était décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en avril 1899 et officier de l’instruction publique en décembre 1904. Une salle de réunion de la mairie porte le nom de salle Jullien. L’ancienne guinguette Chez Jullien abrite l’école municipale de musique.

Fin

Guinguette Chez Jullien sur l'île Fanac

 

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14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 00:01

Suite de la biographie d’Honoré Jullien

Lors des élections municipales de mai 1892 à Joinville-le-Pont, la liste Eugène Voisin, maire sortant, se retrouve confrontée à une liste de droite, dirigée par l’industriel Albert Bocquentin et le docteur Jean Barborin. Ces derniers recueillent 27% des 639 suffrages exprimés pour 644 votants au premier tour et ont un élu ; la liste Voisin, soutenue par le comité radical-socialiste, gagne les 22 autres sièges. Honoré Jullien est réélu avec 423 voix (66,2%) et reconduit en tant que premier adjoint au maire.

Pendant le mandat, Jullien siège à la commission de la caisse des écoles et préside celles de la bibliothèque et de l’octroi. Il participe également au travail de délimitation de la commune avec sa voisine de Nogent-sur-Marne mais en profite pour critiquer les lourdeurs de la procédure : il y a quatre habitants concernés par la modification des frontières, mais il faut sept membres dans le bureau chargé de les auditionner. Il propose en septembre 1894 au conseil municipal de faire « une grrrrande exposition des stupidités administratives » qu’il voudrait installer pendant l’Exposition universelle de 1900, selon l’hebdomadaire Voix des communes. Comme adjoint au maire et ancien combattant, il inaugure en décembre 1895 une plaque à la mémoire du 42e régiment d’infanterie de ligne, qui participa à la défense de Paris lors de la bataille de Champigny en décembre 1870.

Le scrutin municipal de mai 1896 constitue un moment particulier dans la vie du radicalisme à Joinville. Le maire, Eugène Voisin, qui a le soutien du comité radical-socialiste local est au faîte de sa popularité et sa liste est, exceptionnellement, élue sans concurrent avec une moyenne de 800 voix sur 918 électeurs inscrits. Le député est un radical joinvillais, Jules Ferdinand Baulard. Mais Alphonse Demeestère, pilier du radicalisme dans la circonscription est décédé deux mois avant et Henry Vaudémont, qui est la plume du mouvement dans l’hebdomadaire Voix des communes, quitte le conseil municipal de Joinville pour mourir quelques mois plus tard. Voisin est réélu maire, Jullien et Couppé le sont comme adjoints.

L’inauguration du groupe scolaire de Polangis-Palissy à Joinville, en avril 1899, est l’aboutissement d’une longue action des partisans de l’école laïque. Le préfet prend l’occasion pour décorer Jullien des Palmes académiques.

Retour à la normale lors des élections municipales de mai 1900. Le comité électoral socialiste-révolutionnaire présente une liste à Joinville. Elle n’empêche pas la liste Eugène Voisin, investie par le comité radical-socialiste, d’emporter tous les sièges dès le premier tour. Jullien arrive en seconde position des candidats, assez loin de Voisin toutefois, avec 661 voix pour 1 096 électeurs inscrits (60%). De nouveau, Voisin est maire, Jullien et Couppé adjoints.

En avril 1902, Jullien représente les joinvillais au sein du Comité d’union et d’action républicaines de la 2e circonscription de Sceaux, structure locale du parti radical-socialiste nouvellement constitué, avec le député Baulard, le maire Voisin, huit conseillers municipaux et deux autres personnalités. Ce même mois, c’est lui qui préside une réunion de campagne pour l’élection législative de 2002, à laquelle Adolphe Maujan se présente pour succéder à Jules Ferdinand Baulard, qui termine son troisième mandat et fait ses adieux politiques. La réunion accueille deux contradicteurs, les candidats socialiste-révolutionnaire Renier et conservateur Fatoux.

En juin 1902, le Comité républicain radical-socialiste de Joinville devient une instance permanente. Jusqu’ici, les comités étaient formés à l’occasion de chaque élection et ne lui survivaient pas. Jullien fait partie des huit membres de son bureau. Alors que l’État et l’église catholique ne sont pas encore séparés, le conseil municipal doit se prononcer, en juin 1902, sur la demande d’installation des Sœurs enseignantes de la Providence. Il s’y oppose par 13 voix (dont celles de Voisin, Jullien et Couppé) contre 5.

Les partisans de l’installation des religieuses vont constituer le socle de la liste conservatrice qui va contester, en mai 1904, l’élection municipale. Le maire se présente cette fois-ci sur une liste qui affiche très clairement le programme radical-socialiste, assurant s’opposer au nationalisme et au cléricalisme de la « coalition réactionnaire », menée par Provin et Dalbavie. Les partisans du maire obtiennent en moyenne 50,2% des votes, contre 31,9% pour la droite et 14,9% pour les socialistes-révolutionnaires. Jullien est réélu dès le premier tour avec 632 voix (56,5%) sur 1 119 votants pour 1 363 inscrits. Il arrive en quatrième position. La majorité sortante se retrouve avec 22 sièges sur 23, la droite ayant un élu.

L’ancien député radical, Jules Ferdinand Baulard, électeur à Joinville, commente le résultat : « Je souhaite que nous puissions décrasser notre commune dont nous avons été considérés pendant longtemps comme des anarchistes qui voulaient tout bouleverser ; c’est une satisfaction que nos efforts et nos idées ont gain de cause ». Voisin et Jullien reprennent leurs fonctions de maire et d’adjoint, Paul Villain remplaçant Couppé pour le deuxième poste.

Ce remplacement va être un des éléments qui vont progressivement faire monter la tension dans le conseil municipal au cours du mandat. Henri Vel-Durand, qui était arrivé en second par le nombre de voix, a du mal à admettre qu’on ne lui ait pas proposé le poste d’adjoint.

À suivre

Chez Jullien sur l'île Fanac

 

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 00:01

Suite de la biographie d’Honoré Jullien

Un mois après avoir été réélu maire en juin 1888, le républicain Gabriel Pinson meurt. Honoré Jullien fait partie des successeurs possibles selon les supputations de la presse, avec Nicolas Chéret et Jules Rousseau. Ce sera cependant le premier adjoint sortant, Eugène Voisin, qui prend la fonction en août 1888, tandis que Jullien devient premier adjoint.

Scellant le rapprochement avec les radicaux, le conseil municipal adopte une proposition de Demeestère pour participer à une manifestation à l’occasion du trente-septième anniversaire de la mort d’Alphonse Baudin, tué sur une barricade le 3 décembre 1851 à Paris alors qu'il s'opposait au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Jullien fait partie de la délégation municipale qui va saluer ce « martyr du droit. »

Si sa clientèle principale est familiale, Chez Jullien accueille également des manifestations sociales. En janvier 1882, le fabricant de pianos Antoine Bord organise un banquet de 400 couverts pour remercier ses ouvriers qui, à l’occasion de la sortie du cinquante-millième instrument, lui avaient offert son buste en bronze, œuvre du sculpteur M. Mathurin Moreau. Bord assurait une participation de ses employés aux bénéfices de la société, innovation peu répandue. La fanfare municipale et la société de Tir organisent sur l’île Fanac leur bal annuel en 1890 et les pompiers font de même très souvent. Le comité s’action pour l’accès aux trains des ouvriers et employés y fait une fête familiale en 1898 et une réunion en avril 1905.

La vocation touristique de Joinville évolue, et l’établissement Jullien tente de s’y adapter. Dans les années 1880, la danse la principale raison de venir sur les bords de Marne, et Jullien est soumis à la concurrence d’autres bals à l’entrée gratuite. La pratique du canotage décline également. Un reportage du New-York herald en juin 1896 sur l’île Fanac montre le développement de l’usage de la bicyclette. Seulement, selon Honoré Jullien, les cyclistes arrivent trop fatigués pour ensuite pratiquer les sports nautiques. Son voisin, le constructeur de bateaux Turban, assure que « Le bicyclisme a tué tout par ici. »

La guinguette est le lieu également de réunions politiques, notamment celles d’organisations de gauche ; ainsi, le conseil municipal y tient, en mars 1894, son déjeuner annuel ; en juin 1898 l'Union des républicains radicaux-socialistes y offre, un banquet à l'occasion de la réélection de Jules Ferdinand Baulard à la députation. En janvier 1902, la Fédération socialiste révolutionnaire internationaliste de la 2e circonscription de Sceaux, accueille Charles Longuet, gendre de Karl Marx, pour présenter son programme axé sur la socialisation des moyens de production.

Le député nouvellement élu Adolphe Maujan reçoit, en avril 1903 dans le restaurant les instituteurs des cantons de Charenton, Nogent et Saint-Maur.

En décembre 1905, les comités républicains de la deuxième circonscription de Sceaux se réunissent dans l’île Fanac pour sélectionner leur candidat pour l’élection législative de mai 1906 ; ce sera le sortant Adolphe Maujan, choisi à la majorité des quelques 900 membres des vingt-quatre groupes radicaux et radicaux-socialistes présents Chez Jullien. En juin 1906, c’est au même endroit que le député réélu fête sa victoire, avec au menu la matelote d'anguilles Joinville, qualifiée de « triomphe culinaire de Jullien » par le quotidien Le Radical.

Le restaurant est vendu en juin 1900 au distillateur et commerçant René Martin, qui achète également l’hôtel-restaurant Bégat, toujours à Joinville. Cependant, Jullien reste l’exploitant du restaurant et continue de vivre sur place.

L’activité municipale de Jullien devient intense depuis qu’il est adjoint au maire. En janvier 1889, avec la plupart des républicains et tous les radicaux-socialistes de la commune, il appelle à voter contre le candidat populiste, le général Boulanger, lors d’une élection législative partielle du département de la Seine ; c’est cependant ce dernier qui l’emporte. Il est fréquemment désigné comme délégué sénatorial, à partir de décembre 1890. Le journaliste Henry Vaudémont assure qu’il « joue seul le rôle d’intelligence constante ».

Malgré l’estime que ce dernier lui porte, ils s’affrontent lors d’une élection municipale partielle, où Jullien soutient une liste tandis que Vaudémont en présente une autre. Ce dernier emporte trois des cinq sièges à pourvoir, tandis que ceux soutenus par Jullien ont les deux autres. Vaudémont et Jullien seront ensuite proches, le publiciste assurant qu’il a pour le restaurateur « une estime d’un calibre que je prodigue peu ». C’est chez Jullien que se discute, en avril, la désignation du deuxième adjoint, François Couppé.

En novembre 1890, Jullien assiste à la réunion où trois élus radicaux-socialistes (Demeestère, Diot et Vaudémont) rendent compte de leur mandat. Il demande au conseil municipal de souscrire au monument projeté pour le républicain socialiste Jules Joffrin, mais la majorité ne le suit pas, et une souscription particulière est lancée par Demeestère et Vaudémont. La même année en décembre, toujours avec Vaudémont, Jullien proteste contre l’inégalité de traitement entre Paris et la banlieue en matière d’approvisionnement en gaz et saisit de ce sujet les candidats au poste de sénateur.

Pour dynamiser la vie locale, et renforcer son attrait auprès de la clientèle parisienne, Jullien prend l’initiative de créer une commission des fêtes, avec la participation des commerçants de Joinville.

Fin octobre 1891, reprenant une idée chère aux radicaux-socialistes locaux, le conseil municipal organise un compte-rendu de mandat devant la population de Joinville. Seuls les deux élus les plus à droite de l’assemblée refusent d’y prendre part.

À suivre

Chez Jullien, île Fanac en 1891

 

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 00:01

Début de la biographie d’Honoré Jullien

Honoré Jullien naît le 16 mai 1852 dans l’ancienne commune de Bercy, annexée ensuite en majeure partie dans le 12e arrondissement de Paris. Il est le fils d’Adèle Constance Chevalier et Jean Baptiste Honoré Jullien, restaurateur, originaire d’Allauch (Bouches-du-Rhône).

Son père, qui tenait un établissement quai de Bercy, constate l’engouement des parisiens pour les bords de Marne, devenus plus accessibles avec l’inauguration, en septembre 1859, du chemin de fer qui les relie depuis la gare de La Bastille. Il décide, vers 1863, de s’installer sur l’île Fanac, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il ouvre un établissement intitulé Chez Jullien. Selon la cuisinière et journaliste Catherine Vialard, Jean Baptiste Jullien est le créateur du potage Julienne. Le restaurant devient, selon le publiciste Émile de La Bédollière, le rendez-vous des canotiers et canotières et contribue à la prospérité touristique dominicale de Joinville.

Dans un ouvrage intitulé Les joyeuses dames de Paris (1867), J. Neuville, assure que « Si l'on dressait de nos jours une carte de Tendre, on ne pourrait se dispenser d'y tracer dans un coin les contours de l’île de Joinville-le-Pont. Un homme intelligent et qui s'entend à donner aux moindres détails de la vie de plaisirs une direction particulière, M. Jullien s'est établi dans ce nid de verdure et y a créé l'établissement le plus charmant, le plus complet, le mieux disposé que l'imagination d'un poète idyllique puisse rêver. »

La maison, d'aspect rustique, est à l'intérieur avec un décor d'Opéra. Neuville estime le lieu si différent de ce qu'on voit ordinairement dans les environs de Paris, qu'il en trace un tableau physiologique. Pour lui, Jullien, Marseillais d’origine, est un commerçant parisien ce qui implique qu’il soit « un artiste doublé d'un philosophe et d'un observateur ». La clientèle éclectique qui se recrute parmi les artistes, les gens de finances et les étudiants.

Pendant le siège de Paris, entre septembre 1870 et mars 1871, la commune de Joinville est la cible de plusieurs bombardements, le pont qui relie les deux rives, et dessert par un escalier l’île Fanac, est détruit. La presque totalité de la population se réfugie dans la capitale, où Jean Baptiste Jullien meurt en novembre 1870.

Alors âgé de 18 ans, Honoré Jullien a rejoint le 99e régiment de volontaires. Il participe aux combats de la bataille de Champigny, qui se déroulent en partie sur le territoire de Polangis, à Joinville, et blessé est à la partie supérieure de la cuisse droite. La Société nationale des secours aux blessés, qui vient de se constituer et a installé une ambulance dans le château du Parangon, à Joinville, lui octroie un secours de 200 francs.

Après la fin du conflit, Joinville est occupé par des troupes allemandes, notamment bavaroises, jusqu’en septembre 1871. Honoré Jullien reprend l’exploitation de la guinguette familiale et la développe de manière importante. Émile Zola, dans Au bonheur des Dames, (1883) décrit les employés venant y manger quelques œufs, de la friture et du poulet sauté.

En juillet 1877 à Levallois-Perret, Jullien épouse Eugénie Pauline Bellot ; ils auront en 1878 un fils, Henri, qui sera tapissier.

Le publiciste Louis Rey témoigne en 1912 : « Je connaissais Jullien, comme tous les parisiens ayant fréquenté Joinville, je le savais bon restaurateur, homme aimable ».

Les élections municipales de 1878 voient s’affronter le maire sortant, Louis Ferdinand Rousseau, bonapartiste, à la tête d’une liste conservatrice, et des républicains rassemblés derrière Gabriel Pinson, descendants de deux maires et d’un adjoint qui a tenu son poste près d’un demi-siècle. Dès le premier tour, 16 républicains sont élus, et 4 autres sur les 21 sièges à pourvoir au second. Pinson devient maire. Honoré Jullien est élu avec lui conseiller municipal.

Au cours du mandat, un incident éclate parmi les élus sur l’attitude à adopter vis-à-vis des anciens insurgés de la Commune de Paris, amnistiés en 1879 par le gouvernement républicain. Un des nouveaux élus, futur dirigeant du comité radical-socialiste de la circonscription, Alphonse Demeestère, lance une souscription pour venir en aide à l’un d’entre eux, malade et sans ressource, Adolphe Morandy. Mais Pinson s’y oppose et fait voter par une majorité du conseil, dont Jullien, une motion au sein du conseil dans laquelle les élus « blâment sévèrement le citoyen Demeestère ». La presse s’étonne d’un tel comportement, n’y votant rien de blâmable, mais Pinson considère que Demeestère voulait se mettre en avant.

Comme la plupart des fidèles de Pinson, Jullien est réélu au cours des élections municipales de mai 1881. Les personnalités les plus radicales, comme Demeestère, ont été écartées.

Le scrutin suivant, en mai 1884, voit Pinson revenir mais les radicaux retrouvent leur place, avec notamment Demeestère et Jules Ferdinand Baulard, futur conseiller général et député. Jullien retrouve son poste dès le premier tour, comme 17 des 21 conseillers. Il est désigné comme secrétaire de l’assemblée. Il prend ses distances avec Pinson, auquel il reproche, en 1884, en plein conseil municipal d’avoir donné à chacun de ses « conseillers lèches-bottes » « son morceau de sucre ». L’assemblée lui vote alors un blâme ; Jullien abandonne sa fonction de secrétaire du conseil.

À la fin du mandat, Jullien s’est notablement rapproché de Demeestère, s’opposant par exemple avec lui au montant de l’octroi imposé sur les marchandises entrant dans la commune, contre la majorité du conseil.

Cependant, lors des élections municipales de mai 1888, Jullien reste fidèle à Pinson, qui se retrouve avec la concurrence d’une liste radicale-socialiste dirigée par Demeestère. Il est réélu dès le premier tour avec 337 voix sur environ 550 suffrages exprimés (61%). Les radicaux font élire trois des leurs, dont Demeestère. Pinson est réélu maire, Eugène Voisin est premier adjoint et Honoré Jullien devient le second adjoint.

À suivre

Chez Jullien, île Fanac, 1886

 

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

À la fin de l’année 1911, Eugène Voisin, qui reste très apprécié d’une partie de la population, est un maire diminué sur le plan physique, souffrant des jambes, et très affaibli politiquement parlant. Lorsqu’il faut, en novembre de cette année, inaugurer l’agrandissement de la mairie et deux ponts desservant les communes voisines, Voisin doit charger son adjoint, M Villain, de lire son discours. Il reçoit plusieurs témoignages de reconnaissance, comme des pompiers en octobre.

Par contre, les huit élus sur vingt-trois qui composent désormais la minorité du conseil municipal l’attaquent vivement, dans l’assemblée comme dans la Revue de Saint-Maur, qui devient leur organe. Ils insinuent que, comme entrepreneur, il avait intérêt à rester maire et contestent l’attribution des aides sociales par le bureau de bienfaisance, tout en estimant qu’il serait « au bout du rouleau ». La pratique de l’obstruction des contestataires fait qu’il faut quatre séances du conseil pour examiner le compte administratif.

Les élections municipales de mai 1912 sont l’occasion d’une opération inhabituelle sur le plan politique. Les trois tendances d’opposition à la municipalité radicale-socialiste décident de passer un pacte, prenant prétexte de leur soutien à la représentation proportionnelle. Les radicaux dissidents, les conservateurs et libéraux ainsi que les socialistes unifiés de la SFIO conviennent donc de fusionner leurs listes au second tour, au prorata du score obtenu. Par contre, les radicaux-socialistes officiels décident de se présenter seul.

Eugène Voisin, élu depuis 45 ans et maire depuis 24, décide de ne pas se représenter. Il laisse la place à son adjoint Émile Briolay. Le comité radical-socialiste de Joinville tente de retrouver l’unité de ses membres, mais échoue. La liste radicale sera battue et c’est un dissident, Ernest Mermet, qui devient maire tandis qu’un autre est adjoint, Henri Vel-Durand, et un conservateur, Pierre Dalbavie aussi.

Eugène Voisin meurt le 18 juillet 1914 à Joinville. Il était âgé de 80 ans et père d’une fille, Maria Pauline Louise Voisin, mariée à un entrepreneur du bâtiment, Alexandre Pâquet. Leur fils, Charles Pâquet, fut architecte et animateur d’une association historique à Vincennes.

Bien qu’il ait été radical-socialiste, Voisin ne partageait manifestement pas toutes les opinions anticléricales de la majeure partie des radicaux joinvillais. Il ne se montra jamais en première ligne dans les évènements organisés par les libres-penseurs. Il fut inhumé au cimetière de Joinville après une cérémonie à l’église Saint-Charles, le 22 juillet, quelques jours avant le début de la première guerre mondiale.

Eugène Voisin était titulaire de nombreuses décorations. À titre militaire, il portait la médaille 1870-1871. Il avait obtenu une mention honorable de la mutualité en janvier 1896, la médaille de bronze en janvier 1900, celle d'argent en mars 1907 et l’or en janvier 1908. Les Palmes académiques lui avaient été accordées comme officier d’académie puis officier de l’instruction publique en avril 1899. Il avait été fait chevalier du Mérite agricole en décembre 1904 puis officier. La médaille d'or de l’Encouragement au bien lui avait été accordée. Enfin, il avait été créé chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1903.

Une rue de Joinville a été baptisée Eugène-Voisin en janvier 1920 ; c’est l’ancienne rue des Marronniers, où il avait vécu. Un médaillon en bronze portant le portrait de Voisin avait été apposé en juin 1911 dans la mairie agrandie. Son nom figure également sur la plaque des bienfaiteurs de la commune, du fait d’un don fait en 1888.

Parmi les nécrologies publiées, on remarquera celle du quotidien sportif L’Auto, qui remarqua que le disparu « avait fait beaucoup pour la natation. Il avait réussi à faire partager ses idées sportives à la municipalité et avait encouragé toutes les épreuves nautiques qui se disputèrent dans sa ville. »

Fin

 

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

Les élections municipales de mai 1908 se déroulent dans un climat qui a évolué depuis le précédent scrutin. Il n’y a plus, a proprement parler, de liste conservatrice. Voisin est à la tête d’une liste estampillée par le comité radical-socialiste, sous l’égide de son président Albert Gallas ; elle intègre cependant des personnalités beaucoup plus libérales, comme Jules Beauvais. En face, une liste est présentée par le comité socialiste évolutionniste. Formée par des indépendants socialistes, elle comprend également d’anciens radicaux et des personnalités de centre-droit. Le parti socialiste SFIO, qui s’est formé en 1905, présente une liste très incomplète, toujours avec Lacroix et Lebègue. Il y a aussi des candidats indépendants, dont Jean Baptiste Gripon, médecin.

Les radicaux et Eugène Voisin mettent en avant « une gestion sage et une administration prudente des finances de la commune ». Ils projettent de réaliser des économies, d’encourager les œuvres laïques d’instruction, d’éducation, d’assistance et de solidarité. Ils affirment leur opposition à de nouveaux impôts et confirment leur volonté de réaliser un compte-rendu de mandat annuel.

Au premier tour, six de ses candidats sont élus, avec Voisin à leur tête. Au second tour, les radicaux laissent un siège aux socialistes évolutionnistes (François Provin) et au docteur Gripon. Ils remportent tous les autres, mais le premier adjoint sortant, Honoré Jullien, est battu. Ce sera Émile Briolay qui le remplacera, au côté de Villain et Voisin. Cependant, le comité radical-socialiste est déçu par la défaite de Jullien, qui en était un des piliers.

Même en l’absence d’une représentation forte des opposants, le conseil municipal va connaître une vie agitée. Le Dr Gripon, qui s’était fait élire pour se défendre d’accusations portées par un autre médecin, attaque le maire sur sa gestion du bureau de bienfaisance, accusation reprise par les socialistes évolutionnistes qui disposent alors d’un journal local, l’Indépendant. Une enquête préfectorale écartera les accusations de Gripon.

Préoccupés d’hygiène, les élus du conseil municipal décident, pour la première fois en mai 1909, l’envoi d’enfants de Joinville à la montagne, en l’occurrence en Ardèche. Voisin défend devant les maires voisins le rôle et l’importance de l’école de gymnastique du Bois de Vincennes. Il installe également un portique dans la caserne des pompiers.

Le climat politique local se tend fortement à partir de la fin de l’année 1909. Le premier prétexte est le mauvais état d’un chemin du quartier de Palissy, abîmé par le passage de charrettes transportant des boues déposées au port de la commune, sur la Marne, par des péniches et transportées ensuite vers des terrains d’épandage. Les riverains se plaignent de la détérioration de leur rue, tandis que l’entrepreneur et la mairie n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’entretien de la voie.

La considérable inondation de toutes les zones basses de la commune, en janvier 1910, du fait de la crue record de la Marne mobilise énormément Voisin, son équipe municipale et les employés. Pendant le désastre, selon le chroniqueur Louis Rey, également conseiller municipal, « La municipalité se décuplait. Les rivalités, les haines politiques disparaissaient ». Il relève que 100 ha sur 300 et 53 rues sur 89 ont été atteintes. Mais la répartition des secours amène de nouvelles tensions, certains des opposants de 1908 tentant de profiter de l’occasion pour mettre en cause les gestionnaires. Ainsi, Théophile Leteuil constitue un comité intercommunal des inondés, dont il se proclame président. Il en profite pour critiquer la gestion de la caisse des écoles communale, ce qui s’avèrera sans fondement. En mai 1911, une affaire de comportement dans l’école publique de Polangis attisera encore plus les animosités entre élus.

À la fin de l’année 1910, la santé de Voisin se dégrade ; il est de plus en plus régulièrement éloigné des activités publiques. Il ne peut pas participer à la réunion de compte-rendu de mandat du conseil municipal qui se tient en février 1911. Elle est l’occasion où se manifeste publiquement la scission de la majorité municipale. D’un côté, les fidèles du maire sont rassemblés autour des adjoints Villain et Briolay et de Louis Rey, chimiste et principal animateur des radicaux-socialistes de la commune. De l’autre, quatre dissidents (Vel-Durand, Mermet, Watrinet et Arnaud) qui prétendent cependant rester membres du parti radical.

Un journal de droite de Saint-Maur, le Courrier libéral, assure que l’affrontement a débuté lors d’une réunion du comité radical de Joinville. Le chroniqueur, Louis Gallas, avocat joinvillais, assure que les dissidents « ne veulent plus obéir servilement aux injonctions de la franc-maçonnerie ! » Il note qu’ils se rapprochent du parti socialiste unifié (SFIO) dont le responsable, Émile Lebègue, graveur sur acier, critique énergiquement la municipalité et en particulier Rey. Avec les dissidents, ils se plaignent de l’apathie supposée de la municipalité. Louis Gallas conclut que « la municipalité, par un défaut de cohésion, est incapable de gérer plus longtemps les affaires de la commune ; c’est que notre maire Voisin n’a malheureusement plus les forces nécessaires pour guider la trirème municipale. La démission collective du conseil municipal s’imposerait. »

À défaut d’un retrait des élus de la majorité, ce sont les dissidents, que deux autres élus ont rejoints, qui démissionnent et, à la faveur de plusieurs autres départs d’élus de 1908, provoquent des élections municipales partielles en octobre 1911. Dans les deux camps, les attaques personnelles se multiplient. Lors du scrutin, les dissidents se représentent, tandis que la mairie laisse René Martin, président de l’Union des commerçants de Joinville, tenter de leur barrer la route. Au soir du second tour, la liste de protestation emporte les sept sièges à pourvoir. Un correspondant de Voix des communes avait présenté de cette façon l’enjeu : « Les élections sont un épisode d’un plan longuement préparé pour renverser l’honorable maire de Joinville et prendre sa place. Les électeurs ont à se prononcer entre deux hommes, Voisin et Vel-Durand. Le corps électoral saura choisir entre l’homme qui l’a toujours servi et l’homme qui s’est toujours servi de lui. »

À suivre

 

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18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

Après la rupture du maire de Joinville-le-Pont, Eugène Voisin, avec la partie la plus conservatrice de son conseil municipal, les élections municipales de mai 1904 vont voir s’opposer trois listes : celle du sortant, avec l’appui du comité radical-socialiste, celle des conservateurs, menée par quatre conseillers précédemment élus avec Voisin (Dalbavie, Raoult, Provin et Moulinet) et de nouveau une liste socialiste-révolutionnaire (Lebègue, Lacroix). Le chroniqueur radical de Voix des communes commente : « Joinville n’est pas sans posséder une troupe réactionnaire qui, à maintes reprises, a essayé de s’imposer ; mais Voisin, le maire est un de ces hommes pondérés auxquels une ville se plaît à donner sa confiance parce qu’ils la méritent et par leur gestion communale et par leurs convictions. »

Si Voisin met traditionnellement peu en avant des motivations politiques, l’exercice cette année 1904 est un peu différent. Son affiche est ainsi libellée : « Pas de politique ! Citoyens, Le mot d’ordre de la coalition réactionnaire dans les élections municipales du 1er mai est ‘‘pas de politique !’’ Or, ‘‘pas de politique’’ cela veut dire pas de politique républicaine. Électeurs républicains, vous ne vous tromperez pas. Derrière cette phrase se cachent ‘‘le nationalisme, le cléricalisme et la réaction’’ qui n’osent pas, cette fois encore, arborer leur drapeau. Décidés à nous occuper avant tout d’assurer le bien-être et la prospérité de la commune, nous ne craignons pas d’affirmer hautement nos sentiments démocratiques et notre fidélité au vieux programme républicain sur lequel vous avez élus les précédents conseils, et nous laissons aux adversaires de la République le soin de recueillir les quatre conseillers qui l’ont abandonné. »

La liste Voisin a dès le premier tour quinze élus, et en aura sept de plus au deuxième tour sur vingt-trois, la droite n’ayant qu’un seul représentant (Moulinet). Eugène Voisin arrive en tâte, avec 704 voix soit 62,9% des 1 119 votants pour 1 363 inscrits ; sa liste recueille en moyenne 50,2% des votes, contre 31,9% à la droite et 14,9% aux socialistes. Saluant le score obtenu par la liste radicale, l’ancien député Jules Ferdinand Baulard  commente « les résultats sont des plus satisfaisants (…) Je souhaite que nous puissions décrasser notre commune dont nous avons été considérés pendant longtemps comme des anarchistes qui voulaient tout bouleverser ; c’est une satisfaction que nos efforts et nos idées ont gain de cause. »

Au sein de la municipalité, Voisin et Jullien sont toujours maire et adjoint, Paul Villain, passementier, devenant le second adjoint.

En matière sociale, Voisin est, en 1906, vice-président de l’Union fraternelle, une société caritative qui couvre les communes de la boucle de la Marne (Saint-Maur, Joinville, Saint-Maurice). Cette même année, il a l’occasion, rare en ce début du 20e siècle, de célébrer deux centenaires dans sa commune : une veuve, native du Loiret et un ancien officier polonais, Joseph Kownacki, réfugié en France après l’écrasement par les forces russes de l’insurrection de 1831, devenu ingénieur puis professeur de dessin. Son fils est l’animateur de la section de Joinville de l’Association philotechnique, dont Voisin est président.

Lors de la formation du Comité central d’union et d’actions républicaines de la 2e circonscription de Sceaux (radical-socialiste), en octobre 1907, Voisin en est membre comme deux autres maires, le député Maujan, un conseiller d’arrondissement et trois conseillers généraux. Faisant application de la loi de séparation de l’église et de l’État de 1905, Voisin et le conseil municipal décident, en février 1908, de supprimer tout emblème religieux de la porte du cimetière.

À suivre

 

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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

Lors des élections municipales de mai 1892, Eugène Voisin, maire sortant, fait alliance avec les radicaux-socialistes tandis que les membres plus conservateurs du conseil municipal présentent une liste concurrente, conduite par Albert Bocquentin, industriel, et le docteur Jean Barborin. La liste Voisin obtient une moyenne de 56,3% des 639 suffrages exprimés, la droite en ayant 22%. Il est réélu maire avec Jullien et Couppé comme adjoints.

En novembre 1892, un drame se déroule dans l’activité festive de Voisin. Un de ses employés est tué de coups de couteau dans la fête foraine de Conflans, à Charenton-le-Pont. Son meurtrier est âgé de quinze ans.

Sur le plan politique, Voisin se manifeste dorénavant presque systématiquement dans toutes les réunions radicaux-socialistes, même s’il n’y joue pas un rôle de premier plan. Il s’appuie notamment sur le député, Jules Ferdinand Baulard, le leader des radicaux dans la circonscription, Eugène Demeestère et le publiciste Henry Vaudémont.

L’inauguration de la première ligne téléphonique desservant le bureau de poste de Joinville, en novembre 1893 est une satisfaction pour Voisin et les élus, mais elle donne lieu à un incident, l’administration postale estimant que ce nouveau service ne relevait que d’elle.

C’est une industrie plus traditionnelle qui marque le début de l’année 1895. En février, une chaudière éclate au sein de l’usine Bi-Métal de Joinville. L’accident fait quatre morts et six blessés. L’émotion est considérable dans les communes voisines. La municipalité de Joinville organise les secours et les obsèques.

L’apogée de la vie politique d’Eugène Voisin va se situer en 1896. Malgré la disparition de deux des principales personnalités radicales, Demeestère et Vaudémont, la place de Voisin dans la vie municipale est assurée et ses relations avec les personnalités radicales du canton et du département sont au mieux. Lors des élections municipales de mai 1896, aucune liste ne s’oppose à la sienne. Ses candidats obtiennent une moyenne de 800 voix pour 918 inscrits. Voisin, Jullien et Couppé, sont réélus.

En reprenant son poste, il va mener une action spectaculaire : le conseil municipal de Paris avait exclu tous les entrepreneurs de la banlieue des adjudications de la Ville. Comme d’autres villes de banlieue, la municipalité de Joinville protesta. Mais elle fut la seule à refuser d'admettre les entrepreneurs de Paris à soumissionner pour la construction d'un groupe scolaire dans le quartier du Polangis. La préfecture annula l'adjudication pour vice de forme, ce qui retarda le projet d’un an. Mais, finalement, ce fut Paris qui dut renoncer à son exclusive contre les patrons banlieusards. En avril 1899, le préfet inaugura le groupe scolaire et décora Voisin à cette occasion. Le même jour, la Compagnie des tramways de Saint-Maur, inaugurait la section Joinville-Champigny de son réseau.

Ayant fait le constat que la mortalité infantile de la naissance à un an est « effrayante » à Joinville, sur la sollicitation du docteur Pierre Vallat, le bureau municipal appuya l’initiative prise par Jeanne Bitterlin et Emélie Delobel de fonder une section de la société de l’Allaitement maternel à Joinville. Hortense Voisin en sera la présidente en 1908.

Eugène Voisin s’intéresse de plus en plus à l’horticulture et fait partie de plusieurs organisations, comme la Société nationale d'horticulture en 1898. Il ne néglige pas pour autant son entreprise de bals et devient, en 1891, président de la chambre syndicale des entrepreneurs des fêles publiques, rattachée à la chambre de commerce de Paris. Il est sollicité, avant l’Exposition universelle de 1900, pour siéger dans une commission d’admission des exposants.

Malgré la présence, pour la première fois, d’une liste présentée par le Comité électoral socialiste-révolutionnaire, tous les candidats de la liste Eugène Voisin sont réélus, dès le premier tour des élections municipales de mai 1900. Lui-même obtient 704 voix sur 1 096 inscrits (64,2%), arrivant largement en tête. L’hebdomadaire radical Voix des communes estime que « M. Voisin est un fort digne homme, très aimé, très estimé. Voisin n’a jamais fait de politique militante ». Jullien et Couppé restent adjoints. Mais tous les radicaux n’apprécient pas de la même manière son comportement ; en août 1901, dans le même journal, on lit un commentaire critique de Louis Dehné (alias Ludovic), employé de préfecture : « Voisin, maire de Joinville, n’aime pas que ses administrés récriminent. Maître absolu dans son conseil, composé en grande majorité de républicains plus que modérés, qu’il fait voter au doigt et à l’œil, il n’admet pas la moindre contradiction, surtout si elle émane d’un radical ou d’un socialiste. »

Attaché au développement des sports, Voisin fait prendre par son conseil municipal une délibération demandant aux ministres de l'instruction publique et de la guerre de bien vouloir mettre à l'étude la création d'un Institut civil de gymnastique, qui serait une annexe de l'École normale de gymnastique militaire, située dans le Bois de Vincennes, alors sur le territoire de Joinville (act. Paris, 12e arr.).

S’il est attentif à conserver une forme de consensus républicain dans son conseil, Voisin prend position de manière régulière en faveur des radicaux lors des scrutins politiques. Ainsi, en mars 1902, il participe à une réunion en faveur de la candidature d’Adolphe Maujan, qui succédera au député Jules Ferdinand Baulard, qui prend sa retraite. Selon l’organe radical local « Une bande de nationalistes essaie de l’empêcher de parler. Le feu des questions subversives est ouvert par Raoult, conseiller municipal, homme à tout faire des nationalistes ». Camille Raoult, représentant de commerce, avait été élu sur la liste Voisin.

La rupture de Voisin avec le courant conservateur devient effective en juin 1902 quand Voisin, avec la majorité de son conseil, dont les élus radicaux, vote contre l’autorisation d’installation de la congrégation des Sœurs enseignantes de la Providence Il y a treize bulletins contre la venue des religieuses, cinq pour et une abstention. Dans un journal libéral du canton, Liberté de Saint-Maur, Raoult « conseiller félon, combat à outrance Voisin après avoir sollicité une place sur sa liste » selon les dires de Voix des communes. Réconcilié avec lui, l’hebdomadaire qualifie Voisin de « bon et sincère républicain » lorsqu’il est fait chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1903, assurant qu’il est « bon, affable, conciliateur ». Plus de 200 habitants de la commune participent au banquet de félicitation, en l’absence cependant des élus conservateurs.

Toujours en 1903, Voisin est président de la section de Joinville de l’Association philotechnique, importante société d’enseignement populaire, animée par Albert Kownacki, professeur de sciences et franc-maçon.

À suivre

 

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

Les élections municipales suivantes, en janvier 1878, vont voir une modification profonde du paysage politique. La liste conservatrice bonapartiste du maire sortant, Rousseau, est balayée. Seuls quatre élus sortants sur seize se retrouvent dans le nouveau conseil, qui comprend désormais vingt-et-un élus : deux des républicains minoritaires de 1874, Pilté et Benoit, ainsi que Gabriel Pinson et Eugène Voisin, qui les ont rejoints, avec plusieurs personnalités radicales, comme Demeestère ou Louis Vaudey, fondeur en cuivre. Pinson, restaurateur, devient maire et Voisin premier adjoint, un poste de deuxième adjoint étant alors créé, pourvu par Jules Marchais, épicier.

La nouvelle majorité va connaître une crise en septembre 1879. Demeestère, avec le soutien de Vaudey, veut venir au secours d’un ancien officier de la Commune de Paris, libéré très malade et sans ressources ; il lance une souscription puis propose au maire de former un comité de secours aux communards amnistiés. Le maire refuse vivement, puis fait voter un blâme contre Demeestère, qu’il fait afficher dans les rues de Joinville en l’accusant de « réclamer de la popularité au détriment de ses collègues ». Pinson est suivi par treize membres du conseil, dont Voisin, tandis que sept autres refusent de sanctionner Demeestère.

Aucun des minoritaires n’est réélu lors du scrutin suivant, en janvier 1881. Pinson et Voisin sont reconduits comme maire et premier adjoint, Prince Amédée Gosset, serrurier, prenant la fonction de deuxième adjoint. La grande affaire du mandat est la mise en œuvre de l’instruction publique, laïque et obligatoire, en application de la loi de 1881.

À l’occasion du vote suivant, en mai 1884, les républicains les plus radicaux font leur retour au sein du conseil, comme Demeestère ou Henri Diot, distillateur. Pinson comme Voisin conservent leurs postes, Nicolas Chéret, boucher, devenant deuxième adjoint.

Un nouvel affrontement politique va se jouer lors des élections municipales de mai 1888. Demeestère et Diot constituent une liste avec le soutien du comité électoral républicain radical-socialiste, contre celle de Pinson, sur laquelle Voisin se trouve. Diot, Demeestère et Vaudey seront les trois seuls élus radicaux, les républicains modérés arrivant en tête avec dix-huit sièges. Voisin obtient le second meilleur score, derrière Jules Rousseau, chef d’institution, directeur de l’école privée laïque du Parangon. Il réunit 363 voix, soit environ 65% des suffrages exprimés. Pinson, Voisin et Chéret sont reconduits. Mais le maire décède le mois suivant.

L’élection de son successeur se déroule alors que la presse locale donne Jules Rousseau en tant que favori, légitimé par son score personnel selon lui, citant également les deux adjoints, le restaurateur Honoré Jullien et le principal de collège Albert Bleunard, ces derniers ayant la faveur des radicaux. L’hebdomadaire radical Voix des communes commente « Que le maire soit M. Rousseau, ce qui est probable, M. Voisin, ce qui est possible, M. Chéret, ce qui est improbable ou M. Jullien, ce qui serait désirable, le conseil se mangera le nez dans un bref délai. Très probablement, il ne pourra poursuivre jusqu’au bout l’accomplissement de son mandat. Il n’avait d’homogénéité que grâce à Pinson, son père ». Au cours d’un vote tendu en août 1888, c’est Eugène Voisin, qui l’emporte. Rousseau quitta la salle absolument seul et paraissant très abattu, selon le témoignage de Charles Pâquet, petit-fils d’Eugène Voisin. Il démissionna, mais la plupart des conseillers municipaux restèrent en poste.

Devenu maire, Eugène Voisin est accompagné de Chéret et du restaurateur Honoré Jullien en tant qu’adjoints. Une certaine tension persiste avec les radicaux, qui font élire trois de leurs candidats lors d’un scrutin partiel de mars 1890, dont le publiciste Henry Vaudémont. La liste patronnée par Jullien obtient deux sièges. François Nicolas Couppé, doreur sur métaux, remplace Chéret comme adjoint.

Pendant son mandat, Voisin se rapproche des radicaux. En janvier 1889, il prend part au Congrès républicain antiboulangiste (le général Boulanger est candidat populiste à un poste de député de la Seine), dont les autres délégués de la commune sont les radicaux Jules Ferdinand Baulard, conseiller général ainsi que Demeestère et Vaudémont. Voisin participe également à une souscription en faveur d’Édouard Jacques, président du conseil général de la Seine, concurrent de Boulanger, mais ce sera ce dernier qui l’emportera.

Sociétaire de la Société des sapeurs-pompiers de Joinville-le-Pont depuis 1877, principale société de secours mutuels de la commune à ce moment, Eugène Voisin en devient le président en 1885 ou 1886. Il conservera cette fonction jusqu’à son décès.

Dans le domaine artistique, Eugène Voisin est nommé en 1890 président de la société musicale joinvillaise L’Espérance, qui organise des concerts en général deux fois par an.

Au sein de sa commune, il préside la commission des fêtes et développe celles de la rive gauche de la Marne. Il crée également un marché d’alimentation dans le quartier de Palissy, dans la même zone. Pour la première fois, en octobre 1891, contrairement à son prédécesseur, il accepte la demande du comité radical-socialiste de rendre compte de son mandat en séance publique.

À suivre

 

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