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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 00:01

Alfred Plé est né 9 janvier 1888 à Paris (11e arr.). Il est le fils de Marie Michaud, couturière, et de son mari, Alfred Plé, commis d’agent de change.

Devenu tourneur repousseur sur métaux, Alfred Plé, est également sportif. Il est adhérent au Club nautique de Paris, club basé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), 97, quai de la Marne. Plé pratique le canoé puis l’aviron et s’aligne dans des compétitions à partir de 1904 et, à seize ans, gagne une course en canoë à La Varenne. En juin 1908, il remporte le Tour de Marne, compétition qui allie trois épreuves : cyclisme, aviron et course à pied. L’épreuve, organisée depuis 1905 par le Cercle des sports de la Marne (Saint-Maur-des-Fossés), part du pont de Chennevières pour revenir à la Varenne-Saint-Hilaire par le pont de Créteil et le barrage da Saint-Maur. Les cinq premiers kilomètres se font à bicyclette, suivis par trois kilomètres 500 à pied, puis par quatre kilomètres en canoë ; il y a 14 concurrents en 1908. Plé arrive second en 1909 puis gagne de nouveau la même course en juillet 1910, devant trois autres athlètes.

Mobilisé en octobre 1909 pour le service militaire, Plé est affecté au 3e escadron du train des équipages ; il finit sa période militaire en septembre 1911. Il s’affilie alors à un autre club de Joinville, la Société nautique de la Marne, basée sur l’île Fanac. Il rame en individuel, mais également dans des bateaux à deux, à quatre ou à huit. La SN Marne l’engage notamment dans le grand classique des rivières de la région parisienne, le match annuel à huit avec le Rowing club de Paris. Il le remporte, en tant que chef de nage, en 1913. Il réside à Paris (11e arr.), rue Amelot.

De nouveau appelé pendant la première guerre mondiale, il débute le conflit dans le même régiment puis, à partir d’août 1915, est détaché dans un entreprise métallurgique. Il est démobilisé en août 1919. Il devient alors directeur technique d'une entreprise de confections et vit à Paris (11e arr.), boulevard Voltaire. Il avait épousé en avril 1919, à Paris (11e arr.), Pauline Hortense Catherine Léchevin, originaire de Valenciennes (Nord), fille d’un cafetier et veuve d’un officier tué lors de la bataille de la Somme en août 1914.

Après six ans d’interruption, Plé reprend l’aviron en 1920. Il remporte, en septembre, la Coupe de Paris, disputée dans le bassin de Neuilly-sur-Marne-Bry puis le championnat d’Europe double scull sans barreur. Avec son partenaire habituel, Gaston Giran, Plé participe aux Jeux olympiques de 1920 qui se déroulent à Anvers (Belgique). Il arrivent troisième dans l’épreuve du Deux de couples, derrière des équipes des États-Unis et d’Italie, et remportent la médaille de bronze.

L’hebdomadaire Miroir des sports fait de Plé sa vedette sportive du jour quand il devient, en août 1921 champion de France en skiff. C’est « un sympathique et un vrai sportsman (…) taillé en souplesse plus qu'en force, long et mince (1 m 80-71 kilos). (…) Alfred Plé est un bel exemple du pur amateurisme français, non assimilable aux étudiants perpétuels que présentent les Anglais sous étiquettes des diverses universités, ni à certains soi-disant purs d'outre-Atlantique que leur club entretient à grands frais. (…) [Son emploi] ne lui laisse que de rares moments de loisir et, de par cela, ses heures d'entraînement en skiff varient entre 8 et 10 heures du soir ». En septembre, il remporte de nouveau la Coupe de Paris.

Alfred Plé devient en 1922 l’animateur technique des « bleu et blanc », les couleurs de la SN Marne. il continue également de ramer et remporte, en tant que chef de nage, la 34e édition du match Rowing – SN Marne.

En 1925, Plé se rend acquéreur d’un garage de bateaux à Joinville et vient s’y installer, quai de la Marne. Cette nouvelle fonction l’écarte des compétitions car les règlements de l’amateurisme excluent, comme professionnels tout constructeur; maître ou ouvrier, gardien, salarié par un club ou un entrepreneur, garagiste, loueur, entraîneur rétribué… Il est également, en même temps, représentant en parfumerie et entraîne les rameurs de son club ainsi que ceux de l’équipe sélectionnée pour les Jeux olympiques d’Amsterdam (Pays-Bas) en 1928.

Lors des élections municipales de mai 1929, Alfred Plé est candidat sur la liste d’Union républicaine et démocratique du maire sortant, Stephen Durande (droite). Elle s’oppose à la Concentration des gauches (radicaux-socialistes, socialistes SFIO et socialistes indépendants) de Georges Briolay et au Bloc ouvrier et paysan (communiste) de Roger Bénenson. Les candidats de droite arrivent en deuxième position au premier tour avec 38,8% contre 42,8% pour les gauches, tandis que les communistes obtiennent 18,4%. Plé recueille 896 voix pour 2 126 votants (42,1%) et 2 969 inscrits. Au second tour, la liste Durande est devancée et obtient cinq sièges, contre 22 pour la liste Briolay, qui est élu maire. Plé n’est pas membre du conseil municipal.

Le chantier Plé a une bonne réputation et compte jusqu'à douze ouvriers. Il ne permet cependant probablement pas des revenus très élevés, car Plé est condamné, en février 1935, à cent francs d’amende par le tribunal civil de la Seine pour « émission de chèques sans provisions ». Frédy Plé, son fils, est associé à l’entreprise en 1944 et la reprend en 1957. Le chantier a fermé en 1980.

Alfred Plé meurt le 4 mars 1980 à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Il était âgé de 92 ans et père d’un enfant.

Alfred Plé en 1912 (Miroir des sports)

 

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 00:01

Suite de la biographie d’Honoré Jullien

L’année 1908 voit trois listes concourir aux élections municipales du mai à Joinville-le-Pont, plus un candidat indépendant. À la liste du comité radical-socialiste, menée par Eugène Voisin, s’ajoutent celle du parti socialiste SFIO et une autre d’un comité socialiste évolutionniste, qui regroupe d’anciens radicaux ou socialistes et des personnalités de tendance libérale. Les radicaux entendent mener « une gestion sage et une administration prudente des finances de la commune ». Ils veulent réaliser des économies, encourager les œuvres laïques d’instruction, d’éducation, d’assistance et de solidarité. Ils marquent également leur opposition à de nouveaux impôts, et enfin confirment leur souhait de faire un compte-rendu de mandat annuel. Tandis que la SFIO n’a pas d’élu, l’indépendant rentre au conseil en même temps qu’un des candidats évolutionnistes. Les radicaux se retrouvent à 21 sur 23 sièges. Cependant, Jullien n’est pas élu, recevant du second tour 488 voix sur 1 188 suffrages exprimés (41,1%).

Les évolutionnistes avaient mis en cause directement les candidats de la liste radicale « Si vous êtes satisfaits du gaspillage des finances municipales ; si vous approuvez les scandaleuses concessions accordées ; si vous voulez supprimer l’abus des subventions qui paient les complaisances électorales ; chassez de la mairie les mauvais administrateurs et votez pour nous ! Voter pour Vel-Durand, c’est voter pour l’incohérence ; voter pour Briolay, c’est vouloir continuer l’anarchie qui règne au conseil municipal ; voter pour Jullien et Villain, c’est voter pour la dictature. »

Selon le chroniqueur du journal radical Voix des communes, Louis Rey, Jullien « avait été battu par une coalition de rancunes et d’appétits ». En juin, le comité radical-socialiste lui offre un banquet où se retrouvent « tous les conseillers municipaux républicains de Joinville ». Il y a 50 couverts, en alternant un membre du conseil municipal et un membre du comité ; il se tient dans son restaurant, et un bronze lui est offert au nom du comité ainsi qu’une plaquette en argent au nom du conseil municipal. Le journal des évolutionnistes, L’Indépendant qualifia l’évènement de repas des « Mille-et-un-regrets. »

Ayant siégé pendant trente ans au conseil municipal, dont dix comme conseiller et vingt comme adjoint au maire, de 1878 à 1908, Honoré Jullien ne quitte pas la vie publique après sa défaite de 1908. En décembre, bien que n’étant plus élu, il est désigné comme délégué sénatorial.

Le restaurant Jullien reste un lieu important de la vie politique dans la circonscription. Il accueille ainsi en janvier 1909 un congrès pour désigner le candidat radical-socialiste à l’élection législative partielle liée à l’élection au poste de sénateur d’Adolphe Maujan. Il y a plus de 600 participants dans une ambiance commentée par la presse radicale : « agitation, vivacité, effervescence, émotion ». C’est Amédée Chenal qui est désigné, après plusieurs désistements. Il est élu, au second tour, face au socialiste SFIO Albert Thomas.

Lorsque que le préfet entend, en juin 1909, remettre en vigueur une ordonnance de Colbert, datant de 1669 et fixant une taille minimale aux bateaux, au côté de Rey et de Perre, conseillers municipaux et pour ce dernier constructeur de barques, Jullien est mobilisé avec deux autres constructeurs pour se rendre en audience auprès du sous-secrétaire d’État à l’intérieur, qui se trouve être le nouveau sénateur Maujan. Sur son instruction, le préfet réexamine sa circulaire.

Sur l’île Fanac, la guinguette Jullien est toujours sollicitée pour les manifestations politico-sociales. L’Union fraternelle, groupement de francs-maçons, y banquète en octobre 1909 pour défendre de l’école laïque et exprimer sa sympathie envers le pédagogue libertaire espagnol Francisco Ferrer, fusillé après avoir été accusé par le clergé catholique d'être l'un des instigateurs de l’insurrection de Barcelone.

Au premier trimestre 1910, comme toutes les constructions situées dans les zones basses sur les bords de Marne, Chez Jullien est inondé lors de la crue exceptionnelle de la rivière. Jullien fait partie avec Paul Purrey, franc-maçon et futur maire de Wissous (Seine-et-Oise, act. Essonne) de la commission nommée par le préfet et chargée de déterminer la nature et l’importance des dégâts causés par les crues de la Marne. L’activité reprend pendant l’été, et le restaurant sert même de lieu de substitution à la mairie, en cours de reconstruction à l’automne de cette année, pour la remise de prix de l’Association philotechnique, principale structure locale d’éducation populaire.

En mars 1912, Jullien est à l’origine de la création d’une société de secours mutuels intitulée Mutualité scolaire de Joinville-le-Pont. Elle est officiellement approuvée par arrêté en avril la même année. Jullien en est le président, tandis que deux instituteurs de chacune des école sont vice-présidents. L’objectif de la mutuelle est d’assurer des secours aux parents en cas de maladie ou blessures et de constituer des pensions de retraites à ses adhérents.

Cependant, la défaite des radicaux-socialistes lors des élections municipales de mai 1912 conduit Jullien à présenter sa démission, pour tenter d’éviter une rupture entre la nouvelle association et la municipalité. Il est remplacé par le docteur Pierre Vallat, lui aussi radical-socialiste et ancien conseiller municipal, mais dont le statut de médecin réputé est supposé faciliter la relation. Cependant, il n’obtient pas lui non plus, le versement de la subvention attribuée par le conseil municipal précédent.

Pendant la guerre, le restaurant continue de fonctionner, mais il semble avoir du mal à recruter son personnel.

Le retour, en novembre 1919, d’une municipalité dans laquelle figurent des radicaux fait que Jullien est de nouveau désigné, en décembre, délégué sénatorial.

En octobre 1920, Jullien met en vente son hôtel restaurant. Il reste sur l’île Fanac, mais déménage avec son épouse dans une maison voisine.

Honoré Jullien meurt à Joinville, le 9 août 1935, à l’âge de 73 ans. Il était décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en avril 1899 et officier de l’instruction publique en décembre 1904. Une salle de réunion de la mairie porte le nom de salle Jullien. L’ancienne guinguette Chez Jullien abrite l’école municipale de musique.

Fin

Guinguette Chez Jullien sur l'île Fanac

 

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14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 00:01

Suite de la biographie d’Honoré Jullien

Lors des élections municipales de mai 1892 à Joinville-le-Pont, la liste Eugène Voisin, maire sortant, se retrouve confrontée à une liste de droite, dirigée par l’industriel Albert Bocquentin et le docteur Jean Barborin. Ces derniers recueillent 27% des 639 suffrages exprimés pour 644 votants au premier tour et ont un élu ; la liste Voisin, soutenue par le comité radical-socialiste, gagne les 22 autres sièges. Honoré Jullien est réélu avec 423 voix (66,2%) et reconduit en tant que premier adjoint au maire.

Pendant le mandat, Jullien siège à la commission de la caisse des écoles et préside celles de la bibliothèque et de l’octroi. Il participe également au travail de délimitation de la commune avec sa voisine de Nogent-sur-Marne mais en profite pour critiquer les lourdeurs de la procédure : il y a quatre habitants concernés par la modification des frontières, mais il faut sept membres dans le bureau chargé de les auditionner. Il propose en septembre 1894 au conseil municipal de faire « une grrrrande exposition des stupidités administratives » qu’il voudrait installer pendant l’Exposition universelle de 1900, selon l’hebdomadaire Voix des communes. Comme adjoint au maire et ancien combattant, il inaugure en décembre 1895 une plaque à la mémoire du 42e régiment d’infanterie de ligne, qui participa à la défense de Paris lors de la bataille de Champigny en décembre 1870.

Le scrutin municipal de mai 1896 constitue un moment particulier dans la vie du radicalisme à Joinville. Le maire, Eugène Voisin, qui a le soutien du comité radical-socialiste local est au faîte de sa popularité et sa liste est, exceptionnellement, élue sans concurrent avec une moyenne de 800 voix sur 918 électeurs inscrits. Le député est un radical joinvillais, Jules Ferdinand Baulard. Mais Alphonse Demeestère, pilier du radicalisme dans la circonscription est décédé deux mois avant et Henry Vaudémont, qui est la plume du mouvement dans l’hebdomadaire Voix des communes, quitte le conseil municipal de Joinville pour mourir quelques mois plus tard. Voisin est réélu maire, Jullien et Couppé le sont comme adjoints.

L’inauguration du groupe scolaire de Polangis-Palissy à Joinville, en avril 1899, est l’aboutissement d’une longue action des partisans de l’école laïque. Le préfet prend l’occasion pour décorer Jullien des Palmes académiques.

Retour à la normale lors des élections municipales de mai 1900. Le comité électoral socialiste-révolutionnaire présente une liste à Joinville. Elle n’empêche pas la liste Eugène Voisin, investie par le comité radical-socialiste, d’emporter tous les sièges dès le premier tour. Jullien arrive en seconde position des candidats, assez loin de Voisin toutefois, avec 661 voix pour 1 096 électeurs inscrits (60%). De nouveau, Voisin est maire, Jullien et Couppé adjoints.

En avril 1902, Jullien représente les joinvillais au sein du Comité d’union et d’action républicaines de la 2e circonscription de Sceaux, structure locale du parti radical-socialiste nouvellement constitué, avec le député Baulard, le maire Voisin, huit conseillers municipaux et deux autres personnalités. Ce même mois, c’est lui qui préside une réunion de campagne pour l’élection législative de 2002, à laquelle Adolphe Maujan se présente pour succéder à Jules Ferdinand Baulard, qui termine son troisième mandat et fait ses adieux politiques. La réunion accueille deux contradicteurs, les candidats socialiste-révolutionnaire Renier et conservateur Fatoux.

En juin 1902, le Comité républicain radical-socialiste de Joinville devient une instance permanente. Jusqu’ici, les comités étaient formés à l’occasion de chaque élection et ne lui survivaient pas. Jullien fait partie des huit membres de son bureau. Alors que l’État et l’église catholique ne sont pas encore séparés, le conseil municipal doit se prononcer, en juin 1902, sur la demande d’installation des Sœurs enseignantes de la Providence. Il s’y oppose par 13 voix (dont celles de Voisin, Jullien et Couppé) contre 5.

Les partisans de l’installation des religieuses vont constituer le socle de la liste conservatrice qui va contester, en mai 1904, l’élection municipale. Le maire se présente cette fois-ci sur une liste qui affiche très clairement le programme radical-socialiste, assurant s’opposer au nationalisme et au cléricalisme de la « coalition réactionnaire », menée par Provin et Dalbavie. Les partisans du maire obtiennent en moyenne 50,2% des votes, contre 31,9% pour la droite et 14,9% pour les socialistes-révolutionnaires. Jullien est réélu dès le premier tour avec 632 voix (56,5%) sur 1 119 votants pour 1 363 inscrits. Il arrive en quatrième position. La majorité sortante se retrouve avec 22 sièges sur 23, la droite ayant un élu.

L’ancien député radical, Jules Ferdinand Baulard, électeur à Joinville, commente le résultat : « Je souhaite que nous puissions décrasser notre commune dont nous avons été considérés pendant longtemps comme des anarchistes qui voulaient tout bouleverser ; c’est une satisfaction que nos efforts et nos idées ont gain de cause ». Voisin et Jullien reprennent leurs fonctions de maire et d’adjoint, Paul Villain remplaçant Couppé pour le deuxième poste.

Ce remplacement va être un des éléments qui vont progressivement faire monter la tension dans le conseil municipal au cours du mandat. Henri Vel-Durand, qui était arrivé en second par le nombre de voix, a du mal à admettre qu’on ne lui ait pas proposé le poste d’adjoint.

À suivre

Chez Jullien sur l'île Fanac

 

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 00:01

Suite de la biographie d’Honoré Jullien

Un mois après avoir été réélu maire en juin 1888, le républicain Gabriel Pinson meurt. Honoré Jullien fait partie des successeurs possibles selon les supputations de la presse, avec Nicolas Chéret et Jules Rousseau. Ce sera cependant le premier adjoint sortant, Eugène Voisin, qui prend la fonction en août 1888, tandis que Jullien devient premier adjoint.

Scellant le rapprochement avec les radicaux, le conseil municipal adopte une proposition de Demeestère pour participer à une manifestation à l’occasion du trente-septième anniversaire de la mort d’Alphonse Baudin, tué sur une barricade le 3 décembre 1851 à Paris alors qu'il s'opposait au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Jullien fait partie de la délégation municipale qui va saluer ce « martyr du droit. »

Si sa clientèle principale est familiale, Chez Jullien accueille également des manifestations sociales. En janvier 1882, le fabricant de pianos Antoine Bord organise un banquet de 400 couverts pour remercier ses ouvriers qui, à l’occasion de la sortie du cinquante-millième instrument, lui avaient offert son buste en bronze, œuvre du sculpteur M. Mathurin Moreau. Bord assurait une participation de ses employés aux bénéfices de la société, innovation peu répandue. La fanfare municipale et la société de Tir organisent sur l’île Fanac leur bal annuel en 1890 et les pompiers font de même très souvent. Le comité s’action pour l’accès aux trains des ouvriers et employés y fait une fête familiale en 1898 et une réunion en avril 1905.

La vocation touristique de Joinville évolue, et l’établissement Jullien tente de s’y adapter. Dans les années 1880, la danse la principale raison de venir sur les bords de Marne, et Jullien est soumis à la concurrence d’autres bals à l’entrée gratuite. La pratique du canotage décline également. Un reportage du New-York herald en juin 1896 sur l’île Fanac montre le développement de l’usage de la bicyclette. Seulement, selon Honoré Jullien, les cyclistes arrivent trop fatigués pour ensuite pratiquer les sports nautiques. Son voisin, le constructeur de bateaux Turban, assure que « Le bicyclisme a tué tout par ici. »

La guinguette est le lieu également de réunions politiques, notamment celles d’organisations de gauche ; ainsi, le conseil municipal y tient, en mars 1894, son déjeuner annuel ; en juin 1898 l'Union des républicains radicaux-socialistes y offre, un banquet à l'occasion de la réélection de Jules Ferdinand Baulard à la députation. En janvier 1902, la Fédération socialiste révolutionnaire internationaliste de la 2e circonscription de Sceaux, accueille Charles Longuet, gendre de Karl Marx, pour présenter son programme axé sur la socialisation des moyens de production.

Le député nouvellement élu Adolphe Maujan reçoit, en avril 1903 dans le restaurant les instituteurs des cantons de Charenton, Nogent et Saint-Maur.

En décembre 1905, les comités républicains de la deuxième circonscription de Sceaux se réunissent dans l’île Fanac pour sélectionner leur candidat pour l’élection législative de mai 1906 ; ce sera le sortant Adolphe Maujan, choisi à la majorité des quelques 900 membres des vingt-quatre groupes radicaux et radicaux-socialistes présents Chez Jullien. En juin 1906, c’est au même endroit que le député réélu fête sa victoire, avec au menu la matelote d'anguilles Joinville, qualifiée de « triomphe culinaire de Jullien » par le quotidien Le Radical.

Le restaurant est vendu en juin 1900 au distillateur et commerçant René Martin, qui achète également l’hôtel-restaurant Bégat, toujours à Joinville. Cependant, Jullien reste l’exploitant du restaurant et continue de vivre sur place.

L’activité municipale de Jullien devient intense depuis qu’il est adjoint au maire. En janvier 1889, avec la plupart des républicains et tous les radicaux-socialistes de la commune, il appelle à voter contre le candidat populiste, le général Boulanger, lors d’une élection législative partielle du département de la Seine ; c’est cependant ce dernier qui l’emporte. Il est fréquemment désigné comme délégué sénatorial, à partir de décembre 1890. Le journaliste Henry Vaudémont assure qu’il « joue seul le rôle d’intelligence constante ».

Malgré l’estime que ce dernier lui porte, ils s’affrontent lors d’une élection municipale partielle, où Jullien soutient une liste tandis que Vaudémont en présente une autre. Ce dernier emporte trois des cinq sièges à pourvoir, tandis que ceux soutenus par Jullien ont les deux autres. Vaudémont et Jullien seront ensuite proches, le publiciste assurant qu’il a pour le restaurateur « une estime d’un calibre que je prodigue peu ». C’est chez Jullien que se discute, en avril, la désignation du deuxième adjoint, François Couppé.

En novembre 1890, Jullien assiste à la réunion où trois élus radicaux-socialistes (Demeestère, Diot et Vaudémont) rendent compte de leur mandat. Il demande au conseil municipal de souscrire au monument projeté pour le républicain socialiste Jules Joffrin, mais la majorité ne le suit pas, et une souscription particulière est lancée par Demeestère et Vaudémont. La même année en décembre, toujours avec Vaudémont, Jullien proteste contre l’inégalité de traitement entre Paris et la banlieue en matière d’approvisionnement en gaz et saisit de ce sujet les candidats au poste de sénateur.

Pour dynamiser la vie locale, et renforcer son attrait auprès de la clientèle parisienne, Jullien prend l’initiative de créer une commission des fêtes, avec la participation des commerçants de Joinville.

Fin octobre 1891, reprenant une idée chère aux radicaux-socialistes locaux, le conseil municipal organise un compte-rendu de mandat devant la population de Joinville. Seuls les deux élus les plus à droite de l’assemblée refusent d’y prendre part.

À suivre

Chez Jullien, île Fanac en 1891

 

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 00:01

Début de la biographie d’Honoré Jullien

Honoré Jullien naît le 16 mai 1852 dans l’ancienne commune de Bercy, annexée ensuite en majeure partie dans le 12e arrondissement de Paris. Il est le fils d’Adèle Constance Chevalier et Jean Baptiste Honoré Jullien, restaurateur, originaire d’Allauch (Bouches-du-Rhône).

Son père, qui tenait un établissement quai de Bercy, constate l’engouement des parisiens pour les bords de Marne, devenus plus accessibles avec l’inauguration, en septembre 1859, du chemin de fer qui les relie depuis la gare de La Bastille. Il décide, vers 1863, de s’installer sur l’île Fanac, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il ouvre un établissement intitulé Chez Jullien. Selon la cuisinière et journaliste Catherine Vialard, Jean Baptiste Jullien est le créateur du potage Julienne. Le restaurant devient, selon le publiciste Émile de La Bédollière, le rendez-vous des canotiers et canotières et contribue à la prospérité touristique dominicale de Joinville.

Dans un ouvrage intitulé Les joyeuses dames de Paris (1867), J. Neuville, assure que « Si l'on dressait de nos jours une carte de Tendre, on ne pourrait se dispenser d'y tracer dans un coin les contours de l’île de Joinville-le-Pont. Un homme intelligent et qui s'entend à donner aux moindres détails de la vie de plaisirs une direction particulière, M. Jullien s'est établi dans ce nid de verdure et y a créé l'établissement le plus charmant, le plus complet, le mieux disposé que l'imagination d'un poète idyllique puisse rêver. »

La maison, d'aspect rustique, est à l'intérieur avec un décor d'Opéra. Neuville estime le lieu si différent de ce qu'on voit ordinairement dans les environs de Paris, qu'il en trace un tableau physiologique. Pour lui, Jullien, Marseillais d’origine, est un commerçant parisien ce qui implique qu’il soit « un artiste doublé d'un philosophe et d'un observateur ». La clientèle éclectique qui se recrute parmi les artistes, les gens de finances et les étudiants.

Pendant le siège de Paris, entre septembre 1870 et mars 1871, la commune de Joinville est la cible de plusieurs bombardements, le pont qui relie les deux rives, et dessert par un escalier l’île Fanac, est détruit. La presque totalité de la population se réfugie dans la capitale, où Jean Baptiste Jullien meurt en novembre 1870.

Alors âgé de 18 ans, Honoré Jullien a rejoint le 99e régiment de volontaires. Il participe aux combats de la bataille de Champigny, qui se déroulent en partie sur le territoire de Polangis, à Joinville, et blessé est à la partie supérieure de la cuisse droite. La Société nationale des secours aux blessés, qui vient de se constituer et a installé une ambulance dans le château du Parangon, à Joinville, lui octroie un secours de 200 francs.

Après la fin du conflit, Joinville est occupé par des troupes allemandes, notamment bavaroises, jusqu’en septembre 1871. Honoré Jullien reprend l’exploitation de la guinguette familiale et la développe de manière importante. Émile Zola, dans Au bonheur des Dames, (1883) décrit les employés venant y manger quelques œufs, de la friture et du poulet sauté.

En juillet 1877 à Levallois-Perret, Jullien épouse Eugénie Pauline Bellot ; ils auront en 1878 un fils, Henri, qui sera tapissier.

Le publiciste Louis Rey témoigne en 1912 : « Je connaissais Jullien, comme tous les parisiens ayant fréquenté Joinville, je le savais bon restaurateur, homme aimable ».

Les élections municipales de 1878 voient s’affronter le maire sortant, Louis Ferdinand Rousseau, bonapartiste, à la tête d’une liste conservatrice, et des républicains rassemblés derrière Gabriel Pinson, descendants de deux maires et d’un adjoint qui a tenu son poste près d’un demi-siècle. Dès le premier tour, 16 républicains sont élus, et 4 autres sur les 21 sièges à pourvoir au second. Pinson devient maire. Honoré Jullien est élu avec lui conseiller municipal.

Au cours du mandat, un incident éclate parmi les élus sur l’attitude à adopter vis-à-vis des anciens insurgés de la Commune de Paris, amnistiés en 1879 par le gouvernement républicain. Un des nouveaux élus, futur dirigeant du comité radical-socialiste de la circonscription, Alphonse Demeestère, lance une souscription pour venir en aide à l’un d’entre eux, malade et sans ressource, Adolphe Morandy. Mais Pinson s’y oppose et fait voter par une majorité du conseil, dont Jullien, une motion au sein du conseil dans laquelle les élus « blâment sévèrement le citoyen Demeestère ». La presse s’étonne d’un tel comportement, n’y votant rien de blâmable, mais Pinson considère que Demeestère voulait se mettre en avant.

Comme la plupart des fidèles de Pinson, Jullien est réélu au cours des élections municipales de mai 1881. Les personnalités les plus radicales, comme Demeestère, ont été écartées.

Le scrutin suivant, en mai 1884, voit Pinson revenir mais les radicaux retrouvent leur place, avec notamment Demeestère et Jules Ferdinand Baulard, futur conseiller général et député. Jullien retrouve son poste dès le premier tour, comme 17 des 21 conseillers. Il est désigné comme secrétaire de l’assemblée. Il prend ses distances avec Pinson, auquel il reproche, en 1884, en plein conseil municipal d’avoir donné à chacun de ses « conseillers lèches-bottes » « son morceau de sucre ». L’assemblée lui vote alors un blâme ; Jullien abandonne sa fonction de secrétaire du conseil.

À la fin du mandat, Jullien s’est notablement rapproché de Demeestère, s’opposant par exemple avec lui au montant de l’octroi imposé sur les marchandises entrant dans la commune, contre la majorité du conseil.

Cependant, lors des élections municipales de mai 1888, Jullien reste fidèle à Pinson, qui se retrouve avec la concurrence d’une liste radicale-socialiste dirigée par Demeestère. Il est réélu dès le premier tour avec 337 voix sur environ 550 suffrages exprimés (61%). Les radicaux font élire trois des leurs, dont Demeestère. Pinson est réélu maire, Eugène Voisin est premier adjoint et Honoré Jullien devient le second adjoint.

À suivre

Chez Jullien, île Fanac, 1886

 

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 00:01

Suite de la biographie de Louis Ravet

En juin 1909, avec d’autres artistes, de la Comédie-Française (comme de Féraudy), de l'Opéra; de l’Opéra-Comique ainsi que des théâtres privés comme les Bouffes-Parisiens, l'Ambigu, le Grand-Guignol, le Vaudeville, le théâtre Sarah-Bernhardt ou le Palais-Royal, Louis Ravet est à l’initiative de la création de l'Œuvre de Rapatriement des Artistes, qui est présidée par Hubert Génin, directeur de la scène du théâtre du Châtelet et journaliste au quotidien Comœdia. Il participe à une course pour lever des fonds en faveur de l’association, dont l’objet est d’aider des artistes qui se retrouvent, parfois loin de chez eux, abandonnés lors de tournées qui s’arrêtent brusquement. Il est toujours administrateur en 1920 et est toujours une des vedettes des manifestations sportives, comme en juin 1913 au Vélodrome du Parc des Princes à Paris.

La réputation sportive de Ravet est forte, et le poète et humoriste Hugues Delorme lui consacre un poème en mars 1910. S’il fait également du vélo, de l’aviron, de la course et des sports de combat, l’activité principale de Louis Ravet est la navigation. Il est affilié au Cercle de la Voile de Nogent-Joinville et possède successivement plusieurs yachts, comme Santos en 1909, Grand-Bob en 1911, puis Dash. Il est toujours engagé dans des compétitions en 1920. En 1915, Ravet est président du Cercle.

Parallèlement à son métier d’acteur, à ses engagements sociaux et à son activité sportive, Louis Ravet manifeste également un intérêt pour les questions techniques. Ainsi, en avril 1911, il propose un système de sauvetage pour sous-marins.

La France avait vécu avec émotion le naufrage du sous-marin Pluviôse, percuté par le paquebot le Pas-de-Calais, au large du port de Calais, faisant vingt-sept victimes le 26 mai 1910. Un second accident vient renforcer la sensibilité populaire à ce sujet. Lors d’un exercice militaire au large de Cherbourg (Manche) le 7 juin 1912, le sous-marin Vendémiaire est heurté par le cuirassé Saint-Louis. Il coule avec ses 24 hommes d’équipage. En 1911, la marine avait ouvert un concours à ce sujet, auxquels 300 inventeurs avaient répondu. Ravet proposa un système utilisant un ponton flottant ; il est repris par un ingénieur de la marine et jugé intéressant en juin 1912 par le ministère. Cependant, il fut écarté en juillet.

Pendant la première guerre mondiale, Louis Ravet est mobilisé comme garde des voies de communication, affecté à la gare d’Asnières (Seine, act. Hauts-de-Seine), commune où réside son ancien professeur, Eugène Silvain.

Un accident implique Louis Ravet en février 1915. Il conduisait la voiture d’Henri Flachon, journaliste au quotidien Le Radical, dans une rue de Saint-Cloud et, en reculant, il blesse un enfant de cinq ans. Il est jugé en juillet pour ces faits par le deuxième Conseil de guerre de Paris. Le journal Le Figaro s’étonne qu’on mobilise à ce titre la justice militaire, remarquant que la justice civile punissait le délit de blessure par imprudence par des amendes de seize à cinquante francs. Le jugement ne semble pas avoir eu d’incidence sur Louis Ravet, qui était devenu caporal en mai 1915. Fin juillet, il était une des vedettes de la fête pour les blessés, donnée dans le parc de la villa du Bois des Moines de La Varenne, à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne). Il est promu sergent en novembre de la même année. À partir d’avril 1917, il est placé en sursis d’appel au titre d’artiste de la Comédie française.

Après le conflit, Louis Ravet tente à nouveau de devenir sociétaire de la Comédie-Française, mais après de nouvelles tergiversations, il quitte la Maison de Molière en septembre 1919, après vingt ans comme pensionnaire et malgré une presse toujours bien disposée à son égard. Il entame des tournées en province et à l’étranger, par exemple en Égypte, en Belgique ou au Canada.

Il revint jouer à Paris en 1929 mais, malade du foie, cessa ses représentations deux ans plus tard.

Louis Ravet meurt le 7 avril 1933 à Joinville. Il était âgé de 62 ans. Ses obsèques sont organisées à l'église Saint-Charles-Borromée de Joinville-le-Pont. À sa demande, aucun discours ne fut prononcé. Il fut enterré avec un exemplaire du Misanthrope dans sa main et dans le costume d'Alceste, le personnage principal de la comédie de Molière.

Titulaire des Palmes académiques en tant qu’officier de l’instruction publique depuis janvier 1910, Louis Ravet a eu un fils.

Fin.

Louis Ravet

 

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23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 00:01

Début de la biographie de Louis Ravet

Henri Louis Ravet naît le 14 juin 1870 à Paris (1er arr.). Il est le fils de Marguerite Ernestine Trebujay et de son mari, Henri Joseph Ravet, bouchers. Il a vu le jour deux semaines après la fin de l’insurrection populaire de la Commune de Paris.

Lorsqu’il est appelé au service militaire, en avril 1891, il obtient un sursis en tant qu’élève du Conservatoire national de musique à Paris, où il suit les cours de comédie et de tragédie d’Edmond Got puis d’Eugène Silvain, qui furent tous deux doyens de la Comédie-Française et enfin ceux de Maurice de Féraudy, sociétaire de la même troupe. Mobilisé en novembre 1891, il n’effectue que dix-huit mois de période militaire au 79e régiment d’infanterie. Cependant, n’ayant paraît-il pas produit les certificats prévus à cet effet au sortir de son cursus, il est rappelé de nouveau pour poursuivre sa conscription en février 1896 ; il ne fera qu’un mois lors de ce deuxième appel, étant alors dispensé en tant que « fils aîné de veuve », son père étant mort début mars cette même année.

Entre ses deux périodes en tant que conscrit, Louis Ravet avait terminé ses études de théâtre, ayant obtenu en 1895 un second prix de comédie et un second accessit de tragédie. Il commença sa carrière d’acteur dans trois théâtres parisiens, l'Odéon, le Châtelet et l'Ambigu puis intégra, en tant que pensionnaire, la Comédie-Française en juin 1899 quand il tint le rôle de don Matias dans la pièce de Victor Hugo, Hernani. Il resta vingt ans dans cette même institution, jusqu’en septembre 1919.

Après avoir vécu sur l’île Saint-Louis à Paris (4e arr.), puis rue de Turbigo (1er arr.), Louis Ravet acquiert une propriété sur l’île Fanac, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). il y réside en 1901 et y sera domicilié ensuite, même s’il dispose probablement d’un pied-à-terre parisien.

Dans sa commune d’adoption, Ravet participe régulièrement à des manifestations privées, notamment avec certains de ses proches voisins, comme le constructeur de bateaux Henri Pélissier, Charles Banos, président d’une association de pêcheurs, ou Honoré Jullien, propriétaire du principal restaurant de l’île. Il est également sollicité dans des évènements publics, comme lors de la remise de la Légion d’honneur au maire radical de la commune, Eugène Voisin, en août 1903, où il chante au cours d’un concert. Maurice de Féraudy est originaire de Joinville.

Lorsqu’il est chez lui, Ravet porte des tenues remarquées de ses visiteurs, comme par exemple un fez rouge en guise de chapeau ou une casquette marine. En novembre 1909, il épouse à Joinville Jeanne Suzanne Frappier, également comédienne.

Au premier trimestre 1910, une très importante inondation de la Marne, dans le lit de laquelle ils habitent, oblige les nouveaux mariés à évacuer leur maison et à se faire héberger par les parents de Suzanne. Pour venir en aide aux très nombreux sinistrés, Louis Ravet organise en février une soirée à leur profit avec plusieurs artistes de la Comédie-Française. Il participe également à l’évacuation en barque des habitants de l’île. Tout le rez-de-chaussée de sa villa est inondé ; il accède à l’étage en grimpant par un cerisier.

S’il obtient rarement des premiers rôles, Louis Ravet joue très souvent au théâtre et, à partir de 1908, au cinéma. Il est réputé capable de remplacer sur le champ des artistes empêchés et d’avoir une remarquable aptitude à l’apprentissage d’un rôle. Le public l’apprécie manifestement, et une partie des touristes dominicaux visitent Joinville et l’île Fanac pour l’apercevoir. La presse le désigne régulièrement comme un « excellent artiste. »

Cependant, au grand dam de plusieurs chroniqueurs de la presse culturelle, les responsables de la Comédie-Française semblent par contre tergiverser à son sujet. Ainsi, alors que selon la tradition il aurait dû accéder au statut de sociétaire de l’institution créée par Molière en dix ans au maximum, il restait encore pensionnaire après vingt ans.

À suivre

Louis Ravet dans Nicomède

 

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 00:01

Désiré Briday naît le 15 juillet 1884 à Maisons-Alfort (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Anne Clémentine Bouthley, originaire de Lorraine occupée, et de Benoit Briday, meunier, né à Lyon et sachant difficilement signer.

Recruté en mars 1910 comme inspecteur, Brday est nommé à la direction générale des recherches de la préfecture de police de Paris. Il reste à son poste pendant la première guerre mondiale, étant secrétaire de M. Pachot, commissaire aux délégations judiciaires. Il est identifié comme brigadier en 1927 et brigadier-chef en 1928. Briday est élu en février 1930 comme représentant du personnel de la 6e catégorie au conseil de discipline. Il apporte une contribution volontaire « Pour l'amortissement de la Dette publique et le relèvement du franc » en juillet 1926 en répondant à un appel lancé dans la Préfecture de police.

En juin 1918, Désiré Briday épouse à Paris (3e arr.) Maria Louise Bourgeois, modiste. Il va, après-guerre, retourner vivre à Maisons-Alfort.

L’activité sportive de Briday a été importante. Licencié à la Société nautique de la Marne (SN Marne) de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), il pratique l’aviron en yole de mer, à 4 ou 8 rameurs. En 1913 et 914, il remporte plusieurs courses, dont la traversée de Paris en mai 1914, dans la catégorie « débutants. »

Continuant la pratique de l’aviron après le conflit mondial, il va devenir entraîneur, pour des rameurs scolaires au garage école de la SN Marne sur l’île Fanac en 1936. Il entraîne également, notamment entre 1931 et 1933, l’équipe d’aviron de l’ASPP, l’association sportive de la police parisienne, dont l’activité aviron est basée également à Joinville, dans le quartier de Polangis.

À Joinville, Briday fréquente de nombreux sportifs de haut niveau, comme Émile Lecuirot ou Gabriel Poix.

La maison de sa mère à Maisons-Alfort, avenue Victor-Hugo étant expropriée en 1932, pour l’élargissement de la voie, Désiré Briday va venir s’installer à Joinville-le-Pont.

Il y réside quand il est nommé, en février 1942, conseiller municipal par décret ; il est alors retraité. Léon Lesestre, élu en 1935, reste maire tandis que ses colistiers Charles Chaussée, Jean Béal, René Kirbühler et Frédéric Bautsch sont adjoints au maire. Les deux élus communistes, Deloche et Rouhaud, ont été révoqués.

La municipalité sera renversée à la Libération en août 1944.

Désiré Briday meurt le 19 mai 1952 à Maisons-Alfort. Il était âgé de 67 ans.

Il avait obtenu plusieurs décorations du fait de son activité professionnelle : médaille de bronze pour actes de courage et de dévouement en mai 1927, médaille d‘honneur de la police en avril 1928. Il avait également été récompensé pour son activité sportive, avec une médaille de bronze de l’éducation physique en mars 1935 et une médaille d'argent en septembre 1936.

Le 8 de l'ASPP en 1932

 

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 00:01

Henri Hubert Banos naît le 7 novembre 1913 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Henriette Marie Pélissier et de Charles Antoine Banos. Son grand-père maternel, Henri Pélissier, est chevalier de la Légion d’honneur, conseiller municipal de Joinville et président de la Chambre syndicale des constructeurs et loueurs de bateaux. Ses grands-parents vont l’élever, car sa mère meurt en 1926 et son père en 1929.

Vivant sur l’île Fanac à Joinville, haut lieu des sports de rivière, Henri Banos va rapidement s’affirmer comme un athlète. Âgé de 18 ans, il remporte le 64e championnat d’aviron de la Seine, disputé à Asnières en septembre 1932 dans la catégorie skiff pour les débutants n'ayant jamais couru. Il est inscrit à l’Association Sportive de la Bourse, club dont la section aviron est sous la responsabilité de Georges Piot, médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Paris en 1924, qui vit également sur l’île Fanac.

En 1933, Henri Banos remporte plusieurs courses de débutants à Enghien, Suresnes, Lagny et Joinville puis devient champion de France junior en skiff en août à Aix-les-Bains (Savoie).

S’il devient champion de Paris puis de France en canoë en 1934, Banos connaît cette année-là des résultats plus mitigés, abandonnant à deux reprises des courses, épuisé.

L’année 1936 va être pour Henri Banos celle de la consécration. Considéré comme invincible, Vincent Saurin, détenteur du titre national en skiff, est pourtant battu par Banos, encore junior, lors des championnats de Paris à l'aviron dans le bassin de Saint-Cloud-Suresnes en juin. Il récidive 15 jours plus tard et de devient champion de France, à la surprise de la presse sportive, s’attirant la sympathie d’un large public de rameurs.

Effectuant son service militaire à l'Ecole de gymnastique de Joinville, basée dans le Bois de Vincennes, à proximité de son domicile, Banos remporte plusieurs victoires, comme celle des régates de de Joinville à l'occasion du soixantième anniversaire de la fondation de la Société Nautique de la Marne.

Bien que peu expérimenté, l’excellente forme et les réussites de Banos font qu’il est sélectionné pour les Jeux olympiques de Berlin. Avec l’équipe de France, il traverse en train l’Allemagne, pavoisée de manière extravagante à l’occasion de ces olympiades. Il ne se qualifie pas pour la finale.

Si Banos continue de briller dans les courses françaises, sa deuxième expérience internationale en lors des championnats d'Europe en août 1937 à Amsterdam se conclut encore par une élimination lors des séries. L’hebdomadaire Miroir des sports lui reproche de ne participer qu'à quelques courses chaque année, ce qui ne lui permettrait pas de prétendre porter les couleurs de la France. Cependant, à la fin du même mois, il s’impose comme champion de France en canoë à Menton.

Gagnant plusieurs courses françaises facilement en 1938, Banos est de nouveau surclassé lors des championnats d'Europe à Milan début septembre. Absent sans explication de la Coupe de Paris, épreuve internationale en skiff au cours du même mois, il se voit traiter de fantaisiste par la presse, Paris-soir critiquant son manque de sérieux. Il est cependant classé par un autre quotidien, Le Petit Parisien, vedette française de 1938 en aviron.

Affecté par la mort de son grand-père en mai 1939, Henri Banos se tient absent des bassins pendant plus d’un mois, avant de faire une rentrée victorieuse chez lui, à Joinville, en juillet. Il remporte le titre de champion de Paris en double-sculls à Juvisy et, toujours le même mois, gagne dans la même discipline à Genève. Il participe dans cette catégorie aux championnats d'Europe d'Amsterdam en septembre.

Les années suivantes voient l’étoile de Banos pâlir. Le classement des As du sport par Le Matin, en septembre 1940, le laisse loin derrière Saurin et Delaplane. Il remporte cependant, jusqu’en septembre 1942, plusieurs courses en double-sculls.

Après-guerre, Banos se retire de la compétition.

En septembre 1941, Henri Banos s’était marié à Joinville avec Paulette Brunet, autre résidente de la commune. Il avait été décoré en février 1939 de la médaille de bronze de l’Éducation physique. Il poursuit sans doute l’activité de charpentier qu’il exerçait déjà dans le garage à bateaux de son grand-père.

 

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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 00:01

Charles Antoine Banos naît le 9 septembre 1876 à Mézos (Landes). Il est le fils de Marguerite Mélanie Salis, couturière, et de son mari Bertrand Hubert Banos, horloger.

Il s’engage dans l’armée en décembre 1894 ; peut-être avait-il auparavant fréquenté une école d’enfants de troupes, car lorsqu’il quitte l’armée en février 1911, il obtient une pension de retraite de 880 francs pour avoir effectué 21 ans et 9 mois de service. Il aurait ainsi été dans un établissement de préparation militaire en mai 1889, à 12 ans. Banos est adjudant au 103e régiment d'infanterie à la fin de sa période.

Il bénéficie d’un emploi réservé à la préfecture de la Seine en tant que commis expéditionnaire. Affecté en février 1911 au musée Galliéra, il est muté le mois suivant à la mairie du 1er arrondissement de Paris puis un mois plus tard à la Caisse municipale, affecté à la Direction des Finances. Il y devient commis principal et y reste jusqu’en 1929.

Résidant avec sa mère rue des Tournelles à Paris (4e arr.), Charles Banos épouse en octobre 1911 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) Henriette Marie Pélissier, fille d’Henri Pélissier, chevalier de la Légion d’honneur, conseiller municipal de Joinville et président de la Chambre syndicale des constructeurs et loueurs de bateaux.

Les nouveaux époux s’installent également, avant 1913 sur l’île Fanac à Joinville, où réside la famille Pélissier.

Charles Banos participe à la reconstitution, en mai 1923, de la : société amicale de pêcheurs à la ligne Le Gardon, désormais basée sur l’île Fanac. Il en est le président jusqu’à son décès. Il va notamment être, en même temps que son beau-père Henri Pélissier, un actif défenseur des sociétés de pêche, en contestant la taxe sur les batelets, fixée à 120 francs par an en 1927 et déclarée illégale par le Conseil d’État en 1928.

Charles Antoine Banos meurt le 30 avril 1929 à Joinville, à l’âge de 52 ans, trois ans après le décès de son épouse. Banos avait été décoré en 1910 de la médaille militaire.

Son fils Henri Banos, alors âgé de 12 ans, sera élevé dans la famille Pélissier. Il devient champion de France d'aviron.

 

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