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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 01:01

Eugène Tilly nait le 4 décembre 1851 à Saint-Mihiel (Meuse). Il est le fils de Marie Vincent et de son époux François Eugène Tilly, entrepreneur de travaux publics.

Installé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), il exerce en 1879 la profession de cuisinier, probablement dans l’hôtel du quai Beaubourg exploité par Alphonse Demeestère, conseiller municipal de la commune et futur fondateur du groupe radical-socialiste local. Il épouse en octobre de cette année Émilie Guiard, employée de commerce, dont la famille réside dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés.

Se mettant à son compte, il acquiert le Café du Gaz, un hôtel meublé donnant sur la place du Marché, à l’angle des rues de Créteil et de Paris à Joinville. Le café est un lieu de retrouvailles pour les libres-penseurs de la commune et les radicaux-socialistes. Ainsi, il organise en 1888, 1891 et 1892, des « banquets gras » le Vendredi-Saint.

Pour l’élection municipale complémentaire organisée suite au décès du maire républicain, Gabriel Pinson, Tilly fait partie du « groupe d’électeurs de la commune attachés aux institutions républicaines », lancé par Ludovic Alexandre Cambier, qui soutient la candidature d’Amédée Gosset, mécanicien. Gosset est élu, étant seul candidat, avec 75% des suffrages exprimés ; cependant, un autre radical-socialiste, Bleunard, qualifié de « rouge » dans la presse locale, bien que non candidat, obtient 25% des voix.

En janvier 1889, Tilly soutient la candidature d’Édouard Jacques, président du conseil général de la Seine lors de la législative partielle face au général Boulanger, populiste, qui remporte l’élection.

Il accueille un banquet cantonal radical-socialiste en juin 1890 et souscrit avec 260 autres personnes à Joinville « Pour les affamés de Carmaux » en septembre 1895.

En novembre 1897, Eugène Tilly vend son commerce et s’installe à Saint-Maur-des-Fossés où, après la mort en janvier 1898 de son épouse, il se remarie avec la sœur de cette dernière en juin 1899 à Saint-Maur. Antoinette Louise Guiard, qui fut plumassière, travaillait ensuite au café du Gaz de Tilly à Joinville. Pour ce remariage, les nouveaux époux obtiennent une dispense de parenté, signée du président de la République, sans doute Émile Loubet, Félix Faure étant mort en février.

Eugène Tilly meurt le 21 avril 1921 à Saint-Maur-des-Fossés. Il était âgé de 69 ans.

Le Café du Gaz à Joinville

 

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

L’influence d’Alphonse Demeestère est attestée par plusieurs témoignages.

Gaston Meynet, qui fut maire radical-socialiste d’Alfortville (Seine, act. Val-de-Marne) considère que Demeestère était « l’honneur et l’orgueil » de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux. Selon Meynet, « nul n’apporta jamais, dans la vie privée et dans la vie publique, plus de simplicité, de dignité, de bonté et de désintéressement que ce militant intègre, dévoué de la République et des réformes sociales (…) passionné de justice et de solidarité. Il était l’âme de l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton, dont il avait été un des fondateurs, et dont il fut, pas sa puissance d’attraction, le président perpétuel ». Meynet décrit ses convictions : il était républicain, socialiste, libre-penseur. Il estime qu’il « fut le chef vénéré et incontesté de notre grande famille démocratique de la deuxième circonscription. »

Henry Vaudémont, journaliste et militant radical, critique à son égard au début des années 1880 devint ensuite un de ses plus proches compagnons. « Demeestère ne fut point un médiocre, loin de là. Il fut un modeste, ce qui est fort différent. Jamais, en effet, Demeestère n’eut d’autre ambition que de défendre ses idées et son parti. Ses idées on les connaît : ce sont les grandes idées démocratiques d’incessant et rapide progrès, l’expérience scientifique opposée à la révélation divine, le droit humain proclamé et opposé triomphalement à cette immense et infâme fumisterie qui a nom droit divin. Son parti, c’est le parti radical-socialiste ; il en était dès 1848 : il en resta jusqu’à sa mort, toujours à l’avant-garde, toujours sur la brèche. (…) Demeestère, en ces temps-là [trois ans de lutte contre le césarisme] marchait non seulement avec nous, mais en tête de nous tous, président de l’Union des radicaux-socialistes de la circonscription de Charenton, il multipliait les convocations, faisant lui-même fonction de secrétaire et de trésorier pour avancer l’argent des affiches et de la location des salles. Et pour rien au monde, il n’aurait manqué une de ces réunions où sa haute stature, sa barbe et ses cheveux blancs lui donnaient une autorité dont les plus stupidement buttés subissaient l’influence malgré eux. »

Vaudémont continuait : « Pendant que ce vieillard multipliait ses efforts grâce auxquels la banlieue dut de garder un coin de terre non souillé par les pitres à la Laguerre et à la Mermeix [responsables boulangistes], combien se pelotonnaient tranquillement sous leurs couvertures se disant : faut-il être bête pour s’occuper de politique par le temps qui court. De quelque côté que ça tourne, je saurai bien toujours me retourner ! »

« Demeestère était un de ces hommes tout d’une pièce, qui ne changent point, ne reculent jamais d’une semelle et ne se déplacent que pour marcher de l’avant. Tel il était à 20 ans, tel il était à 60, libre-penseur, athée, partisan de tous les progrès et toujours sur la brèche, pour aider à la conquête d’une liberté ou lutter contre un danger menaçant cette République, qui lui était aussi chère que la vie. Ce n’était pas que ses moyens fussent puissants : Demeestère n’avait point une instruction transcendante ; mais il avait beaucoup lu et du d’Helvétius, du Diderot, du Voltaire, du Jean-Jacques Rousseau, du Voney, du P-L. Courier, du Michelet, du Louis Blanc de préférence au Paul de Kock. »

« Il n’était pas riche non plus. (…) Cependant, s’il fallait de l’argent pour publier une circulaire, pour des affiches et convoquer une réunion publique, Demeestère se trouvait toujours là, à point nommé. Il rédigeait et envoyait les convocations personnelles, arrêtait la salle, disposait tout et ouvrait la séance. Il était là le premier et partait le dernier. Je l’ai vu, car j’étais à ses côtés, revenir de Charenton à Joinville à 1h du matin, avec Thime, le bottier, et moi, par un pied de neige. Demeestère avait alors 70 ans (…) Il fut (…) un de ces divisionnaires auxquels on doit une bonne part de la victoire. »

Fin.

Le pont de Joinville en 1885

 

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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

Au cours des élections municipales de mai 1892, Demeestère est de nouveau candidat, sur la liste du maire Eugène Voisin qui a le soutien des radicaux-socialistes. Face à une liste de droite, conduite par Barborin et Bocquentin, Demeestère n’arrive au premier tour qu’au 25e rang des candidats alors qu’il y a 23 sièges à pourvoir, avec 249 voix pour 639 suffrages exprimés (39%) et 644 votants. Il est cependant élu au second tour, du fait du retrait de la liste conservatrice.

Henry Vaudémont explique la contre-performance de Demeestère par « les petits papiers anonymes », alors qu’il considère qu’il est « l’un des plus travailleurs du conseil. »

En juillet 1893, toujours en compagnie de Vaudémont, Demeestère adhère au Congrès des conseillers municipaux socialistes qui se tient à Saint-Denis (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Pourtant, la division entre les socialistes et les radicaux commence à devenir nette, et la présence de radicaux à ce congrès étonne. En août, il prend la présidence du comité qui soutient la réélection de Baulard au poste de député.

Alphonse Demeestère meurt le 5 février 1894 à Joinville-le-Pont, à l’âge de 77 ans. Il siégeait depuis 14 ans au conseil municipal. Il est incinéré lors de funérailles civiles au cimetière du Père-Lachaise à Paris, en présence d’un grand nombre d’amis, de citoyens du canton, de libres-penseurs et de radicaux. Ces cendres furent ramenées au cimetière de Joinville.

Pour lui rendre hommage, Théodore Brisson-Joly, qui fut conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine et conseiller d’arrondissement, propose en novembre 1894 de baptiser une rue de Joinville et de Champigny, la rue des Ormes-Grande-Allée, du nom de Demeestère. L’idée est reprise par Vaudémont, qui fait signer une pétition auprès de 79 personnes, mais le conseil municipal ne donne pas suite.

L’enterrement de la veuve de Demeestère, Philiberte Jojot, décédée le 21 août 1902, sera l’occasion d’un dernier hommage public au couple, qui avait été marié plus d’une cinquantaine d’année. Un de ses petits-fils, Henri Doret, fut secrétaire général de la mairie de Joinville-le-Pont, puis, après sa retraite, conseiller municipal radical-socialiste de Joinville-le-Pont (1929-1930).

À suivre.

Eugène Voisin

 

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

En janvier 1891, Alphonse Demeestère annonce sa démission du poste de président de l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton, qu’il exerçait depuis cinq ans. Il invoque son âge, 74 ans, en précisant que si ce travail n’est pas au-dessus de ses forces à cette date, il craint qu’elles ne le trahissent. Il soutient également que « dans l’intérêt du groupe et aussi au point de vue démocratique que la présidence ne s’éternise pas dans les mêmes mains. »

À sa demande, la lettre de démission est publiée dans le journal Voix des communes. J. Menu, de Saint-Maurice, est élu président : il rend hommage, en mars, à son prédécesseur : le « sympathique citoyen Demeestère, qui jouit, vous le savez, de l’estime et de la considération de tout le monde sans exception, parce que le citoyen Demeestère, par son esprit conciliant, son aménité parfaite, a su inspirer à nos adversaires le respect de ses convictions franchement républicaines ». Dans ses remerciements, Demeestère, souligne « la progression rapide de l’influence politique de notre groupe » qu’il attribue à l’union et à la discipline.

S’il a quitté sa fonction exécutive, Demeestère reste très présent, aussi bien au conseil municipal que dans le comité radical de Joinville ou l’union cantonale. Il anime ainsi, avec Vaudémont, une campagne pour la création d’un omnibus desservant les quartiers de Polangis et Palissy depuis la gare. En septembre 1891, il préside la réunion de compte-rendu de mandat du député, Baulard.

Surtout, il est fier d’organiser le 17 octobre une réunion où le conseil municipal rend compte de son mandat en séance publique. Il explique que « jamais pareille chose en s’était produite depuis que la vieille branche de Saint-Maur » et y voit une rupture avec la tradition « monarchiso-orléaniste » de la commune. Demeestère fait un exposé de la situation financière de la commune : « Quoiqu’il arrive, le conseil aura la satisfaction, à l’expiration de son mandat, de laisser la commune dans une situation nette et dégagée des vieilles dettes qui l’obéraient et la contraignaient à ne rien entreprendre. »

Au sein de l’union radicale-socialiste, Demeestère plaide pour une réforme de l’impôt, qui devrait, selon lui, devenir progressif.

Conformément à ses convictions de libre-penseur, Demeestère prend position en faveur de la crémation et soutient une souscription lancée en avril 1892 par Vaudémont et le Dr Bitterlin pour construire un four crématoire intercommunal à Saint-Maur.

En 1891, 1892 et 1893, Demeestère participe aux « banquets gras », anticléricaux, organisés le vendredi-saint au restaurant chez Tilly, 40, rue de Paris à Joinville. Il participe au Congrès national de la libre-pensée en novembre 1892.

À suivre.

Le quai Beaubourg

 

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10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

Le trio joinvillais Demeestère, Baulard et Vaudémont, s’appuyant notamment aussi sur Gaston Meynet, ancien maire d’Alfortville et directeur de Voix des communes, va faire de cette partie du département de la Seine, pendant quelques années, un bastion du mouvement radical, sensiblement plus à gauche que ne penche globalement le futur parti, et un îlot de résistance à l’antidreyfusisme ou au boulangisme.

Demeestère fut l’organisateur du groupe politique ; Baulard constitua l’élu le plus en vue, d’abord conseiller municipal, puis conseiller général et député ; Vaudémont enfin s’affirmait comme l’idéologue et le propagandiste.

En octobre 1888, Demeestère constitue un groupe des Droits de l’homme qui planifie des conférences anti-boulangistes à Charenton. Il convainc le conseil municipal de Joinville de s’associer à une manifestation en mémoire d’Alphonse Baudin, médecin et député à l'Assemblée de 1849, tué sur une barricade alors qu'il s'opposait au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Il plaide également pour l’établissement d’une boulangerie municipale intercommunale avec les deux communes voisines de Saint-Maur et Saint-Mandé.

Le Congrès universel des libres penseurs, qui se tient à Paris en septembre 1889, accueille notamment Demeestère et Vaudémont comme délégués du canton de Charenton. Il affirme « La libre-pensée a été, est et sera la véritable émancipation de l’humanité ». Lorsqu’elle aura accompli son œuvre, « nous pourrons voir notre idéal se réaliser, c’est-à-dire voir : la paix internationale, la paix intérieure, l’outil à l’ouvrier, la terre au laboureur, enfin la fortune publique à tous, la Liberté, l’Egalite, la Fraternité ne plus être de vains mots, et la République être triomphante ».

Le même mois, Demeestère soutient la candidature de Jules Ferdinand Baulard à l’élection législative dans la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux, qui comprend la totalité du canton de Charenton. Baulard arrive en seconde position, derrière l’avocat partisan du général Boulanger, Guillaume Silvy. Il devance un autre radical, Brialou, député sortant du Rhône et plusieurs maires, radicaux également, de Charenton (Marvillet) ou du Perreux (Navarre). Au second tour, Demeestère organise le retrait des candidats radicaux et obtient également soutien des deux candidats socialistes en faveur de Baulard, qui est élu avec 53,1% des suffrages exprimés.

En 1890, Demeestère continue son travail d’organisation de l’Union des radicaux, rassemblant plus de 700 personnes pour fêter l’élection de Baulard, instaurant une cotisation, faisant adopter des statuts et une déclaration de principes.

Il s’implique également fortement sur les questions sociales, demandant par exemple que les employés aient le même droit que les ouvriers à un abonnement annuel sur les trains pour Paris. Il défend l’école laïque privée qui dessert les quartiers de Polangis et Palissy ainsi que celui de la Fourchette à Champigny, en attendant la création d’une école communale.

Avec Diot et Vaudémont (élu lors d’un scrutin partiel en avril 1890), Demeestère organise novembre 1890 un compte-rendu de son mandat de conseiller municipal, à forte tonalité sociale et anticléricale.

En août de cette même année 1890, c’est chez Demeestère qu’un groupe affilié à la Fédération française de la libre pensée est constitué. Il s’agira d’une subdivision de La Raison, société de libre-pensée du canton de Charenton que préside Henry Vaudémont.

À suivre.

Henry Vaudémont

 

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8 mai 2019 3 08 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

En prévision des élections municipales de mai 1888, Demeestère et le comité radical-socialiste décident de se désolidariser de la municipalité sortante et s’associent avec les quelques militants socialistes-révolutionnaires de la commune au cours d’une réunion préparatoire, rassemblant 250 électeurs le 11 avril. Le comité issu de cette réunion décide d’interpeller les élus sortants et de les convoquer pour répondre à cinq questions : « 1) vous représentez-vous ? 2) avez-vous voté les poursuites contre le curé ? 3) êtes-vous partisan d’un sénat ? 4) [si changement législatif] maintien des appointements du curé ? 5) réunions du conseil municipal le soir ou l’après-midi ? »

Lors de la réunion du 18 avril, seuls Demeestère et Diot viennent. Ils assurent qu’ils se représentent, ont voté les poursuites, sont contre le sénat, pour affecter le budget des cultes à des travaux d’utilité publique et préfèrent des réunions le soir.

Tandis que le maire, Gabriel Pinson, se représente avec l’ensemble des conseillers sortants, sauf quatre, Demeestère constitue une liste clairement située à gauche. On y retrouve Diot, conseiller sortant, Vaudey, ancien conseiller municipal, deux socialistes-révolutionnaires, Charton, rentier et Boguet, mécanicien, ainsi que la plupart des militants radicaux, sauf le journaliste Henry Vaudémont qui reste encore spectateur du débat électoral. Une réunion de près de 300 électeurs le 2 mai, selon le journal de Vaudémont, Voix des communes, soutient le programme et sa liste.

Cependant, le scrutin de premier tour est décevant pour les radicaux. La liste républicaine modérée de Pinson emporte 17 sièges sur 21 à pourvoir. Elle recueille une moyenne de 302 voix. Chez les radicaux Diot en a 259, Demeestère 220, Vaudey 207 et Camus 190. Au second tour, Diot, Demeestère et Vaudey sont élus, tandis que Pinson retrouve son mandat de maire dans une séance que préside Demeestère, doyen d’âge.

L’échec partiel des radicaux a des conséquences dans la vie de leur groupe. Le chroniqueur pour Joinville, et futur rédacteur en chef de l’hebdomadaire Voix des communes, Henry Vaudémont qui signe alors du pseudonyme de Gringoire, publie une série d’articles intitulés Mes rêves et un autre dans lequel il annonce Ma grève. Il explique « Mon dégoût était si intense et ma ferme volonté de tout envoyer à tous les diables si sincère (…) Baulard et Demeestère s’unissent et, à la suite d’une conversation de près d’une heure me firent promettre de continuer à mener le bon combat. J’ai promis, je tiendrai. »

Mais le décès de Gabriel Pinson, le maire réélu, va remettre dans le radicalisme au premier plan dans la commune, tandis qu’il continue de se renforcer à l’échelle de la circonscription législative et du canton (qui sont identiques).

En août 1888, Eugène Voisin et Honoré Jullien deviennent respectivement maire et adjoint. Ce sont certes deux élus de la liste Pinson, mais Jullien, qui tient un restaurant sur l’île Fanac, deviendra un pilier du mouvement radical local tandis qu’Eugène Voisin, proche de Demeestère, sera dorénavant constamment allié au radicalisme. Il a écarté pour ce faire plusieurs prétendants plus modérés, notamment Jules Rousseau, directeur de l’école privée laïque du Parangon.

À suivre.

Mairie de Joinville

 

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

Le comité radical-socialiste de Joinville décide, en mai 1886 de proposer la candidature de Jules Ferdinand Baulard, ancien entrepreneur et militant républicain dès 1848, pour l’élection au conseiller général du canton de Charenton, rendu vacant par la mort de son titulaire, le docteur Decorse. Deux délégués de Joinville sont désignés pour faire partie du comité cantonal, Demeestère et Thime.

Jules Ferdinand Baulard, ancien ouvrier devenu entrepreneur, militant républicain en 1848 et sous l’empire, recueille au premier tour 39% des suffrages exprimés, face à un candidat de droite et à deux autres radicaux-socialistes. Il l’emporte au second tour avec 46%, un des deux radicaux s’étant maintenu.

Lors d’une réunion à Joinville en juin, le journaliste Henry Vaudémont plaide pour « l’alliance du parti ouvrier avec le parti radical-socialiste » afin d’assurer le succès de Baulard. En juillet, l’Union des républicains radicaux-socialistes du canton de Charenton décide d’admettre les citoyens qui déclarent adhérer à l’un des trois programmes sur lesquels se sont faites les élections de 1885 : programme de la presse radicale-socialiste, du comité central des groupes radicaux-socialistes de la Seine ou du parti ouvrier. Demeestère, devient président du comité cantonal. L’hebdomadaire Voix des communes le décrit comme « un des vieux lutteurs de la démocratie socialiste, homme modeste s’il en fut. »

En décembre 1886, toujours sous la présidence de Demeestère, l’Union cantonale lance un manifeste exposant son programme pour l’élection cantonale. Le thème central est la demande du retour à un statut de droit commun pour le département de la Seine, en séparant le conseil général départemental du conseil municipal de Paris. Mais le texte postule également « que le cumul des fonctions électives est en contradiction formelle avec les principes de la démocratie. »

En mars 1887, les commerçants pétitionnent en faveur des courses de chevaux, qui se tiennent sur les deux rives de la Marne à proximité immédiate de Joinville, dans le Bois de Vincennes et le parc du Tremblay. Le maire, Gabriel Pinson, et son premier adjoint, Eugène Voisin, démissionnent pour les soutenir (mais ils n’iront pas au bout de cette démarche). Demeestère et Diot se démarquent, soutenant que, au point de vue moral, tous les radicaux sont les adversaires jurés de ce jeu.

En décembre de la même année, l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton adhère à la Fédération des groupes radicaux-socialistes de la Seine et demande à Jules Ferdinand Baulard d’être à nouveau candidat au conseil général.

Très engagé dans le mouvement de la libre-pensée et l’action anticléricale, Demeestère fait voter en mars 1888 un vœu au conseil municipal pour « que les communes puissent disposer, à leur gré, des sommes qui leur sont imposées par l’État pour le budget des cultes, soit en affectant ces sommes au service du culte ou à tout autre service de la commune qu’elles jugeront convenable ». La séparation de l’Église et de l’État interviendra 17 ans plus tard.

À suivre.

Jules Ferdinand Baulard

 

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

Demeestère est de nouveau élu en mai 1884 conseiller municipal de Joinville, mais seulement au second tour et avec le plus petit nombre de voix, soit 169, quand Chéret, Voisin, et Pinson en avaient recueilli respectivement 399, 393 et 387 lors du premier tour. Cependant, Demeestère devance de beaucoup la liste conservatrice, qui obtient en moyenne 56 voix soit 15%, contre 310 pour les candidats républicains,

Au sein du conseil municipal, Demeestère défend, avec notamment le futur député radical Jules Ferdinand Baulard ou avec Henri Diot, et sous l’approbation du maire, une position anticléricale, contribuant ainsi en août 1884 à la suppression de l’indemnité de logement accordée au prêtre desservant l’église communale, l’abbé Ernest Jouin, un polémiste qui attaque violemment la franc-maçonnerie.

En tant que commerçant, Demeestère soutient la suppression de l’octroi à l’entrée de la commune et s’oppose, comme un autre restaurateur, Honoré Jullien, à l’engagement d’investissements coûteux, soutenus pourtant par la presse radicale. Avec cette dernière, et contre le maire, Demeestère plaide, en novembre 1884, pour que l’on organise les séances du conseil municipal en soirée, afin d’assurer la publicité des débats, plutôt que l’après-midi.

En mars 1885, la mort d’Alphonsine Charton, libre-penseuse, est suivi d’un enterrement civil, encore rare. Parmi les assistants, son époux Gustave Charton, Baulard, Demeestère et le journaliste Henry Vaudémont plaident pour la constitution d’une société de libre-pensée. Cependant, eu égard au faible nombre de personnes recrutés, le groupe préfère rejoindre la société de la commune voisine de Saint-Maur. Ils sont rejoints par Maxe, autre restaurateur et Thime, ouvrier bottier.

Le comité électoral de Joinville que préside Demeestère élit, en juillet 1885, quatre délégués pour le représenter au sein du comité départemental radical-socialiste de la Seine, qui siège rue Cadet à Paris (9e arr.). C’est une des premières formes d’organisation pérenne d’une structure politique non révolutionnaire en France. Demeestère et Baulard en font partie, aux côtés du lieutenant-colonel Fénelon Delobel, également conseiller municipal, et Eugène Videpied, ancien ouvrier lunetier et coopérateur, devenu propriétaire de la villa Palissy, établissement de loisirs sur la rive gauche de la Marne.

En novembre 1885, Demeestère travaille à l’organisation de son mouvement politique au niveau communal. Une réunion, de dix-neuf citoyens, tenue chez lui, créent un comité de la Ligue républicaine (qui prendra en fait le nom de comité radical-socialiste de Joinville), avec Videpied en tant que président, Baulard, vice-président, Demeestère, secrétaire, Jullien, Thime et Vaudey.

Une des premières manifestations est la tenue, en décembre 1885 à Joinville, d’une réunion électorale tenue dans le préau des écoles et présidée par Demeestère, qui accueille notamment Alexandre Millerand, futur président de la République. Elle traite de la séparation de l'Église et de l'État, la réforme des impôts et la question du Tonkin, les radicaux soutenant sa colonisation, contre les conservateurs. Plus de 300 personnes sont mentionnées par la presse nationale.

À suivre.

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2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 01:01

Suite de la biographie d’Alphonse Demeestère.

Après la guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris de 1871, Alphonse Demeestère va s’engager de nouveau dans l’action politique. En novembre 1874, une liste républicaine est constituée pour les élections municipales de Joinville ; elle comprend sept candidats, dont trois sont élus, Benoit, Cambier et Pilté tandis que Demeestère, Moignard, Pouzet et Valéry ne le sont pas.

Le conseil municipal reste en majorité conservateur, avec à sa tête Auguste Courtin. Il démissionne en cours de mandat et est remplacé par Louis Ferdinand Rousseau, bonapartiste. Lors des élections municipales suivantes, en janvier 1878, la liste du maire sortant est battue, tandis que les républicains remportent la majorité dès le premier tour, avec 16 sièges pour un seul aux royalistes orléanistes. Gabriel Pinson est élu maire et Demeestère entre au conseil municipal, accompagné de deux de ses colistiers de 1874, Pilté et Benoit, ainsi que de plusieurs radicaux.

Ce sont les suites du mouvement communard qui vont amener Demeestère à devenir la figure marquante de la gauche locale. Alphonse Demeestère lance en septembre 1879 une cagnotte pour un amnistié de la Commune de Paris résidant dans la ville, Adolphe Morandy, qui sort d’une hospitalisation. Mais le maire, Gabriel Pinson, lui conteste le droit d’organiser ladite souscription. Le quotidien populaire Le Petit Parisien rend compte de la polémique, et prend clairement position en faveur de Demeestère, annonçant même qu’il souscrit à sa pétition, qui est également relayée par d’autres journaux progressistes, comme Le Rappel. Demeestère participe à la constitution d’un sous-comité d'aide aux amnistiés à Joinville, dont la présidence est confiée au député d’extrême gauche, Alfred Talandier, élu de la Seine. Un autre conseiller municipal y participe, Louis Vaudey.

Le 27 septembre 1879, une motion est présentée au conseil municipal de Joinville par le maire, dans laquelle les élus « blâment sévèrement le citoyen Demeestère ». Elle est signée de 12 élus municipaux, mais l’un d’entre eux (Mouriez) contestera publiquement avoir donné son accord. Le Petit Parisien s’inquiète d’une telle initiative : « Nous demandons jusqu'à quel point le maire d'une commune peut se permettre d’afficher l'extrait d'une délibération du conseil municipal infligeant un blâme à l'un des membres de ce conseil. Où allons-nous? »

En 1881, Demeestère quitte le conseil municipal.

À suivre.

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 01:01

Premier article de la biographie d’Alphonse Demeestère.

Joseph Alphonse Demeestère naît le 5 août 1816 à Paris (8e arr.). Il est le fils de Marie Thérèse Vandeplancke et de Joseph François Xavier Demeestère, tous deux d’origine flamande. Son père est natif de Courtrai, ville incluse depuis 1815 dans le Royaume uni des Pays-Bas (act. Belgique). Il ne dispose pas, ainsi, à la naissance de la nationalité française.

Il est le septième des neuf enfants du couple. Ses trois frères aînés furent serruriers à Paris, tandis que le cadet était tailleur.

Avant 1840, Alphonse Demeestère épouse Philiberte Jojot, fille de vignerons de Blannay (Yonne).

Selon la nécrologie publiée par l’hebdomadaire radical Voix des Communes, Demeestère était un républicain et libre-penseur depuis ses vingt ans, militant pendant la révolution française de 1848. C’est en avril de cette même année que, comme deux de ses frères au moins, il demande et obtient la nationalité française.

Peut-être est-ce à cause de son militantisme républicain qu’il va travailler en Angleterre après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851 qui réinstaure un régime impérial en France. Après son retour, sous le second empire, Il se rapproche de sa famille et fabrique des bronzes trempés à l’huile dans le quartier du Marais, à Paris. Il vit rue des Petites-Écuries (10e arr.).

Le couple et leurs deux filles s’installent en 1863 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ils exploitent un hôtel-restaurant avec chambres et appartements meublés, situé quai Beaubourg (act. quai du Barrage), sur la rive droite de la Marne. Site touristique pour les parisiens, Joinville dispose d’au moins huit hôtels en 1868.

À suivre.

 

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