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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 00:01

Amédée Léon Roux naît le 24 novembre 1848 à Paris (11e arr.). Il est le fils de Lucille Mutelle et de son époux, Jean François Gustave Roux.

Il vit à Paris (10e arr.), d’abord rue du Chemin-Vert puis, en 1874, passage des Trois-Couronnes. Il épouse, en juillet de cette année-là, Marie Joséphine Job, mécanicienne. Lui-même est monteur en bronze. Il devient ensuite fabricant d’appareils à gaz, avec un atelier dans le même arrondissement, rue de Bondy (act. rue René-Boulanger).

Il acquiert une résidence à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Palissy, avenue Hugedé, sans doute à la faveur de la commercialisation des terrains de ladite rue par le promoteur immobilier Louis Hugedé dans les années 1870. Ils en font leur domicile permanent après 1900.

Peut-être faut-il assimiler Amédée Léon Roux avec « A. Roux », directeur en 1885 de la société de la libre-pensée La Raison, basée à Champigny-sur-Marne et qui sera ensuite active à Joinville, avec le député radical-socialiste Jules Ferdinand Baulard, l’aubergiste Alphonse Demeestère ou le journaliste Henry Vaudémont. Roux est toujours membre de La Raison en 1889 mais n’en est plus le directeur. Léon Roux est membre de la franc-maçonnerie.

Il est également possible que Roux soit, en septembre 1891, un des assesseurs de la réunion de compte-rendu du mandat de parlementaire de Baulard à Joinville.

En mai 1904, Léon Roux, qui se présente comme industriel, est candidat aux élections municipales de Joinville sur la liste conduite par le maire sortant, Eugène Voisin. Soutenue par le comité radical-socialiste communal, elle fait face à une liste de droite et à une autre de tendance socialiste-révolutionnaire. Avec 562 pour 1 119 suffrages exprimés (50,2%) sur 1 363 inscrits, Roux est élu dès le premier tour. La liste Voisin remporte 22 des 23 sièges à pourvoir, et il est reconduit dans sa fonction. Signe de son rôle politique, Roux est désigné comme électeur sénatorial en janvier 1905.

Toujours avec Eugène Voisin et le soutien du comité radical-socialiste, Roux sollicite le renouvellement de son mandat en mai 1908. La liste met en avant sa « gestion sage » et son « administration prudente des finances de la commune ». Elle entend « encourager les œuvres laïques d’instruction, d’éducation, d’assistance et de solidarité », dit son opposition à de nouveaux impôts et entend faire un compte-rendu de mandat annuel. Face à une liste dite socialiste évolutionniste, qui regroupe des personnalités libérales avec des radicaux dissidents et certains socialiste, ainsi qu’une liste socialiste SFIO, les candidats de la municipalité sortante remportent 21 des 23 sièges, en laissant un à un indépendant, l’autre à un évolutionniste. Roux est réélu au second tour, avec 610 voix pour 1 188 votants (51,3%). Voisin est toujours maire. La campagne a été tendue, et Roux a notamment polémiqué avec le docteur Gripon, élu de manière isolée expliquant dans l’hebdomadaire radical Voix des communes : « Je vous ai défendu jadis, car je vous croyais digne d’estime. Votre conduite en période électorale et maintenant vous démasquent. Vous êtes de ceux que je ne salue plus ». Gripon avait été mis en cause pour son comportement et se plaignait qu’on l’ait écarté d’un poste de médecin dans les écoles.

De nouveau délégué sénatorial en décembre 1908, Roux se mobilise pendant les grandes inondations de la Marne au premier trimestre 1910, en participant à l’organisation de la loterie en faveur des inondés.

Lors de la séance de compte-rendu  mandat de février 1911, Roux fait partie des cinq élus qui, l’hiver, habitent Paris, et quittent la salle à 11 heures du soir pour aller prendre leur train. Dans un contexte très tendu entre la municipalité et une partie de la population, ce départ est accompagné des cris de « Démission ! Démission ! » lancés par les socialistes SFIO, les évolutionnistes et les libéraux.

Roux prend un part active à la vie municipale, toujours fidèle au maire et à la majorité des radicaux-socialistes, tandis que plusieurs d’entre eux s’en séparent, dans la perspective du départ d’Eugène Voisin, malade et vieillissant. Avec le chimiste Rey et l’adjoint Briolay, Roux est une des principales cibles des dissidents.

Lors des élections municipales de mai 1912, Roux est probablement candidat sur la liste conduite par Georges Briolay. Elle est battue par la fusion, au second tour, de ses trois concurrentes, les radicaux dissidents, les socialistes SFIO et les libéraux et conservateurs. Au cours de la campagne, la presse libérale reprochait à Roux de diriger, en compagnie de Briolay et Rey, le parti radical à Joinville. Un radical dissident, Achille Mermet, devient maire.

Battu, Roux poursuit cependant son activité sociale. Après avoir été administrateur de la caisse des écoles, il entre au conseil de l’Association philotechnique, importante société d’éducation populaire. Pendant la guerre, il s’associe à Briolay pour acheter du charbon, destiné à ravitailler la  population joinvillaise à meilleur marché. Roux redistribue en décembre 1916 aux familles de prisonniers les bénéfices tirés de la vente du stock.

Après-guerre, le scrutin municipal organisé en novembre 1919 voit la constitution d’une liste d’union républicaine et sociale, où se retrouve la municipalité radicale dissidente sortante, derrière l’adjoint Henri Vel-Durand, des socialistes indépendants et les radicaux-socialistes avec notamment Briolay et Roux. Face à liste de droite et à des socialistes SFIO, l’union centriste emporte au second tour les 23 sièges à pourvoir. Léon Roux est élu avec 949 voix pour 1 537 suffrages exprimés (61,2%) sur 2 491 inscrits.

Avec Vel-Durand maire, Julien Périn, socialiste indépendant et Chéri Arnaud sont élus adjoints. Ce dernier est remplacé en 1921 par Stephen Durande puis, lorsque le maire fait démettre Julien Périn, Léon Roux le remplace comme adjoint en septembre 1923.

En février 1923, Roux a pris part, en tant que vice-président, à la constitution de la section de Joinville de la Ligue de la République, qui groupe tous les partis de gauche « pour faire échec à la réaction ». Elle est présidée par un socialiste indépendant, René Caperon, ouvrier des PTT, mais ce dernier s’en séparera pour se rapprocher de Vel-Durand à la faveur des élections municipales de mai 1925.

Roux reste par contre fidèle au groupement des gauches qui s’esquisse derrière Briolay ; cependant, c’est Vel-Durand qui emporte le scrutin et Roux n’est pas réélu.

Amédée Léon Roux meurt le 13 mai 1932 à Joinville. Il était âgé de 83 ans et ne semble pas avoir eu d’enfant. Par contre, il avait adopté Maurice Charles Kiehl (1911-2000). Roux était décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en 1906 puis comme officier de l’instruction publique en 1912 pour son rôle à la caisse des écoles. Il avait également obtenu en janvier 1911 la médaille d’honneur de la Société pour l’encouragement au bien.

Caricature du Cartel des gauches de 1924

 

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26 novembre 2021 5 26 /11 /novembre /2021 00:01

Joseph Brégeot naît le 17 juin 1828 à Dompaire (Vosges). Il est le fils de Marie Catherine Laumont et de son mari, Jean-Baptiste Brégeot. Son père est, comme son grand-père paternel, instituteur ; il deviendra ensuite vigneron.

Comme eux, Joseph Brégeot devient instituteur en 1847 à Saint-Vallier (Vosges). Il fait la promotion auprès de ses collègues enseignants du quotidien La Réforme, journal fondé par Alexandre Ledru-Rollin qui défend des idées républicaines et sociales. Parmi ses collaborateurs, on a compté Étienne Arago, dramaturge et parlementaire républicain, qui fut maire de Paris en 1870, l’antimonarchiste Godefroy Cavaignac, l’historien socialiste Louis Blanc, membre du gouvernement provisoire de 1848, le philosophe Pierre-Joseph Proudhon, le fondateur de l’Internationale communiste Karl Marx, le ministre républicain qui supprima l’esclavage, Victor Schœlcher et le théoricien anarchiste Michel Bakounine.

L’attitude de Brégeot au cours des élections municipales de Saint-Vallier, est dénoncée par le sous-préfet de Mirecourt en janvier 1850 : « Il a amené presque toute la commune à voter pour les candidats de la liste la plus avancée ». Le même fonctionnaire mentionne une plainte du curé de Bouxières, village voisin qui l’accuse d’être rouge et d’utiliser la couleur rousse de ses cheveux pour illustrer ses convictions. Il propose : « Une suspension [...] le fera réfléchir [...] il a été réprimandé par le conseil supérieur dans sa séance du 14 août dernier. »

Après cette sanction, Joseph Brégeot quitte son poste et devient instituteur dans le village de Madécourt en 1853. En 1855, il est en poste à Nonville, dans le sud du département. Dans cette commune, il épouse Marie Augustine Galice, originaire de ce village. Il est ensuite muté en 1859 à Monthureux-sur-Saône, commune voisine et chef-lieu de canton. Il continue d’affirmer de défendre des positions radicales, socialistes et athées. Il est de ce fait de nouveau sujet à des ennuis avec l’administration, qui l’amènent à quitter les Vosges et l’enseignement. Installé à Paris vers 1864, il est employé de commerce en 1882 puis comptable en 1893.

Joseph Brégeot meurt le 24 février 1893 à Paris (4e arr.). Il résidait passage Saint-Paul. Âgé de 64 ans, il était père de deux enfants.

Ses obsèques civiles ont lieu au cimetière du Père-Lachaise où il est incinéré. Elles rassemblent un grand nombre de personnes, du fait de la personnalité de son fils Marie Henri Brégeot, di Henry Vaudémont, qui joue un important rôle dans la presse française ainsi que dans la vie politique et sociale de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux (Seine), au sud-est parisien. Des allocutions sont prononcées par Jules Ferdinand Baulard, député radical-socialiste et par Brisson-Joly, ancien conseiller général et personnalité de la franc-maçonnerie. On note aussi la présence du maire de Joinville-le-Pont, Eugène Voisin, commune dont son fils est conseiller municipal, ainsi que celle du secrétaire de la Fédération Française de la Libre-Pensée, au bureau de laquelle siège également son fils. Les intervenants célèbrent « le vieux républicain, le libre-penseur convaincu. »

L’école de Saint-Vallier

 

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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 00:01

Joseph Aristide Camus naît le 25 octobre 1852 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Rosalie Désirée Majeur et de son mari Alexandre Jacques Camus, toiseur vérificateur (métreur).

Ayant débuté comme métreur vérificateur également, Aristide Camus s’installe à son compte en tant qu’architecte en 1888. Il est membre de la Société nationale des architectes de France.

À l’instar de ses parents, Aristide Camus est libre-penseur. Comme son père, il est également franc-maçon.

Sur le plan politique, il est candidat lors des élections municipales de mai 1888 à Joinville-le-Pont. il figure, en cinquième position, sur la liste du conseiller sortant, Alphonse Demeestère, soutenue par le comité électoral républicain radical-socialiste. Elle s’oppose à celle du maire, républicain modéré, Gabriel Pinson. C’est cependant ce dernier qui l’emporte nettement, avec dix-huit des vingt-et-un sièges à pourvoir. Au premier tour, Camus obtient 190 voix pour environ 550 suffrages exprimés (35%) ; il est un des quatre candidats radicaux à se représenter au second tour, obtenant 204 votes sur environ 425 exprimés (48%) ; il est le seul d’entre eux à ne pas être élu.

L’hebdomadaire radical Voix des communes commente ainsi son échec : « Camus l’architecte, comme candidat, possédait des qualités indéniables. Il était compétent pour apprécier les travaux commencés (…). Cette compétence, il eut été le seul à l’exercer dans le conseil actuel. Nul d’ailleurs ne le récusait. On lui reprochait seulement tout bas – bien bas – de n’avoir pas assez dissimulé qu’il n’a point gardé la fleur dont les jeunes filles de bonne famille achètent la perte parfois si cher. Entre nous, cela n’avait rien à voir avec les affaires et Camus était un candidat modèle ».

La mort du maire, Gabriel Pinson, un mois après sa réélection, amène un rapprochement des radicaux-socialistes avec le nouveau maire, Eugène Voisin. Ils soutiennent, en commun, la candidature d’Édouard Jacques pour une élection législative partielle en janvier 1889 contre le général Boulanger, populiste. C’est cependant ce dernier qui l’emporte. Pour lutter contre le mouvement boulangiste, un comité communal anti-plébiscitaire est fondé en mars 1889 à Joinville. Camus est un des trois fondateurs avec Demeestère, le futur député Jules Ferdinand Baulard, l’ancien conseiller municipal Vaudey, le lunetier Eugène Videpied et le journaliste Henry Vaudémont, avec lequel il restera très lié.

Toujours avec Demeestère, Vaudey et Vaudémont, Camus s’associe à l’appel de l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton en faveur de la candidature de Baulard pour les élections législatives en septembre 1889. Il est un des organisateurs du banquet, réuni en novembre cette même année, pour fêter la victoire de leur ami.

Le militant boulangiste Henry Buguet, bookmaker et ancien conseiller municipal de Joinville, s’estime insulté par Vaudémont et le provoque en duel ; ce dernier demande à Camus d’être un de ses témoins. Camus sollicite un arbitrage, qui est rendu par le capitaine Benini, chef de la section d’escrime à l’école de gymnastique de Joinville-le-Pont. Ce dernier estime que la demande de Buguet est incorrecte et Vaudémont renonce à poursuivre les injures de Buguet, qu’il considère comme un homme de peu de valeur.

En mars 1890, Demeestère et Vaudémont, qui en sont le président et le secrétaire, chargent Camus de percevoir les cotisations pour l’Union des radicaux-socialistes du canton à Joinville.

Espérant toujours rentrer au conseil municipal, Camus accepte de figurer sur une liste lancée à l’initiative du maire adjoint, Honoré Jullien lors d’une élection municipale partielle en mars 1890. Vaudémont se présente sur une liste concurrente et dit de Camus, qu’il voulait avoir avec lui, qu’il est son « aimable frère-lâcheur ». Vaudémont est élu, sa liste emportant trois des cinq sièges, tandis que Camus est une nouvelle fois battu.

Malgré ses échecs, Camus continue de suivre de près la vie municipale. Ainsi, c’est lui qui préside la réunion publique de compte-rendu de mandat de trois conseillers municipaux radicaux-socialistes, Demeestère, Diot et Vaudémont en novembre 1890. Après avoir demandé de « reboucher la porte du jardin du curé », les électeurs présents « les engagent à persévérer dans la voie des réformes démocratiques et sociales. »

En août 1893, Camus est le représentant de Joinville au sein de la commission exécutive de l’Union des radicaux-socialistes de la 2e circonscription de Sceaux. Elle soutient la candidature de Baulard à sa réélection.

Comme plusieurs centaines de joinvillais, Camus souscrit en septembre 1895 « Pour les affamés de Carmaux », les ouvriers verriers en grève.

Aristide Camus meurt le 17 janvier 1897 à Joinville. Il était âgé de 44 ans et résidait impasse Georges Rousseau (act. impasse Jules Rousseau) après avoir vécu rue de l’Église et rue de Paris, dans le centre de la commune. Il ne semble pas avoir été marié, mais avait une compagne, Maria Rousseau. L’hebdomadaire de son ami Vaudémont (mort six mois plus tôt) lui rend hommage en assurant qu’il « était très connu et aimé à Joinville (…) Camus était libre-penseur et il est mort fidèle à ses convictions. »

La Marne à Joinville, 1888

 

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 00:01

Suite de la biographie de Nicolas Chéret

Les préoccupations de Nicolas Chéret sont également sociales. Il reçoit en octobre 1885 une médaille d'argent « pour actes de courage et de dévouement signalés pendant le mois d'août » 1885. La Société nationale d'encouragement au bien lui accorde en 1885 une médaille. En la lui remettant, l’architecte Louis Hugédé, président de la section de la Croix-Rouge à Joinville, parle de « Nombreux sauvetages, nombreux services dans des incendies et autres circonstances périlleuses, dévouement continu aux malades et aux pauvres, soit en s'installant au chevet des malades, soit en leur fournissant les moyens d'adoucir leur position; a adopté l'aîné de onze enfants appartenant à une famille pauvre de la localité et dont la mère venait de mourir, l'a élevé, lui a fait faire ses devoirs religieux et, depuis cinq ans, lui prodigue des soins paternels. Dans un incendie, afin d'alimenter constamment les pompes, il est resté trois heures, les pieds dans l'eau glacée de la rivière. »

Sur le plan philosophique, Nicolas Chéret s’affirme comme un libre-penseur. Il est proche des autres militants de cette école de pensée dans la commune : le futur député Jules Ferdinand Baulard, le principal responsable radical-socialiste de la circonscription, Alphonse Demeestère ou le journaliste Henry Vaudémont. Comme ce dernier et bon nombre d’élus, Chéret est également franc-maçon.

Lors des élections municipales de mai 1884, Nicolas Chéret est candidat. Le maire sortant Gabriel Pinson, républicain modéré, est réélu tandis que des radicaux-socialistes, qui avaient quitté le conseil précédent, reviennent au sein de la municipalité. Chéret est le mieux élu des 21 conseillers, avec 399 voix sur environ 500 votants. À côté d’Eugène Voisin, il devient deuxième adjoint au maire.

En mars 1887, Chéret est le porteur d’une protestation, signée par trois cents personnes, contre la délibération du Conseil municipal de Paris qui supprime sur tous les champs de courses toute espèce de paris, ce qui concerne notamment l’hippodrome de Vincennes. Appartenant à la ville de Paris, cet hippodrome est situé dans le Bois de Vincennes, sur le territoire de la commune Joinville. Il apporte une importante clientèle aux commerces de la commune. Chéret souligne que, outre l’importance économique des courses, les sociétés gestionnaires accordent une subvention pour les pauvres secourus par le bureau de bienfaisance de Joinville.

Les élections municipales de juin 1888 voient un affrontement entre le maire, Gabriel Pinson, qui présente une liste de républicains modérés, et plusieurs de ses anciens colistiers de 1884, soutenus par le comité radical-socialiste, derrière Alphonse Demeestère. Les soutiens du maire obtiennent 18 sièges, contre trois radicaux. Nicolas Chéret, élu avec Pinson, est reconduit dans son poste de deuxième adjoint au maire. Il obtient dès le premier tour 360 voix, au troisième rang, pour environ 550 votants.

La mort de Pinson entraîne son remplacement en juillet 1888 par Eugène Voisin. Chéret devient premier adjoint ; le restaurateur Honoré Jullien devient deuxième adjoint. La municipalité se rapproche des radicaux, qui lui apportent un soutien.

À l’occasion d’une élection législative partielle dans tout le département de la Seine, début 1889, Chéret est, comme le maire Voisin et le conseiller général Baulard, membre d’un groupe de Joinvillais ayant souscrit pour soutenir la candidature d’Édouard Jacques, qui est soutenu par la plupart des formations républicaines, contre le général Boulanger, candidat populiste, qui l’emporte.

Nicolas Chéret meurt le 10 février 1890 à Joinville, en cours de mandat d’adjoint au maire. Il résidait rue des Cliquettes (act. rue Émile-Moutier) et était âgé de 63 ans. Il n’a pas eu d’enfant.

Son inhumation est l’objet d’une polémique dans la commune. Marie Henri Brégeot, alias Henry Vaudémont et qui signe alors du pseudonyme de Gringoire rend compte de la cérémonie dans l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes « Notre pauvre F.°. [frère] Chéret, après avoir résisté à dix-huit mois de maladie, est mort à la suite d’une administration des sacrements exécutée selon la sacrée formule. Cinq cents personnes environ lui ont fait cortège jeudi [13/02/1890]. Parmi celles-ci figuraient au moins deux cents libres-penseurs, dont la conduite, pleine de réserve et de dignité, peut être recommandée comme modèle aux adorateurs du Dieu de charité. M. [Eugène] Voisin, maire, prononça quelques paroles d’adieu sur le caveau provisoire de son premier adjoint. M. [Louis] Hugédé, hygiéniste, appela ensuite la miséricorde divine sur le pêcheur repenti que fut le défunt. Les libres-penseurs se turent. Ce n’est peut-être pas eux qui regrettent le moins sincèrement celui à qui Hugédé espère qu’il sera beaucoup pardonné. »

Fin

Joinville, Marne et île Fanac

 

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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 00:01

Début de la biographie de Nicolas Chéret

Nicolas Gustave Chéret naît le 4 avril 1836 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Louise Joséphine Gautier et de son mari Louis Auguste Alphonse Chéret, bouchers dans la commune.

Le début de l’activité professionnelle de Nicolas Chéret connaît quelques difficultés. Il a repris la boucherie familiale de Joinville, après le décès de son père en 1855. Il est condamné, en décembre 1857, à six jours de prison et 50 francs d'amende pour « mise en vente de viande corrompue. »

Une partie des propriétés familiales est expropriée, en décembre 1855, pour permettre la création de la ligne du chemin de fer de l’Est qui va relier Joinville à la gare de La bastille, à Paris.

En avril 1858, Nicolas Chéret se marie avec Sophie Euphémie Desvaux dans la commune de Batignolles (act. Paris, 17e arr.).

L’ascendance familiale de Nicolas Chéret est fortement impliquée dans la vie civique. Son grand-oncle paternel, Louis Amédée Rouette, boulanger, fut conseiller municipal de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur puis de Joinville-le-Pont – le nouveau nom de la commune – de 1818 à 1848. Son cousin Amédée Louis Rouette, boulanger puis meunier et menuisier, a été aussi conseiller municipal de Joinville-le-Pont (1869-1878).

Un de ses arrière-grands-pères maternels, Pierre Nicolas Gautier, a été officier municipal de la commune de Saint-Maur en 1791. Il devint maire en 1792 et soutint, au cours de son mandat, la protestation de son conseil contre la séparation de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, qui deviendra Joinville. En 1794, alors que Saint-Maur avait été brièvement renommé Vivant-sur-Marne, Pierre Nicolas Gautier, marchand de vin, était présenté comme un ardent républicain.

Le deuxième de ses arrière-grands-pères maternels, Nicolas Gadau, fut agent national à Saint-Maur en 1794, c’est-à-dire en charge de la surveillance politique de la vie locale au sein de l’assemblée cantonale qui remplace la municipalité communale.

Son grand-père maternel, Nicolas Pierre Gautier, voiturier puis marchand de vin, fut adjoint au maire de Saint-Maur sous le régime de la monarchie de Juillet, en 1832 ; il conserva la fonction sous la seconde République puis au début du second Empire, jusqu’en 1854.

Quant à son père, Alphonse Chéret, il avait été élu, en juin 1840, conseiller municipal de Joinville-le-Pont, au suffrage censitaire.

Dans la continuité de ses ancêtres, Nicolas Chéret va s’engager dans une activité politique. Alors que la commune est occupée par des troupes allemandes, wurtembergeoises et bavaroises, suite à la défaite après la guerre de 1870-1871, il est élu conseiller municipal en juillet 1871. Le maire est le conservateur Auguste Courtin. Le village, qui avait été évacué pendant le siège de Paris, est également marqué par les bombardements qu’il a subis et la destruction du pont de Joinville, principal axe de la commune.

Au cours du scrutin suivant, en novembre 1874, Chéret est réélu. Courtin cède, en cours de mandat, la place de maire à son premier adjoint, Louis Ferdinand Rousseau, chef d’institution (directeur d’école) et lui aussi conservateur, de tendance bonapartiste.

Les élections municipales de janvier 1878 voient la défaite des candidats bonapartistes, parmi lesquels figurait le maire sortant, face aux républicains qui élisent Gabriel Pinson, également issu d’une longue tradition politique familiale. Si le quotidien Le Siècle donne Chéret parmi les élus républicains, il semble que ce soit une erreur, les archives départementales ne le citant pas au sein des 21 membres du conseil qui sont identifiés.

À suivre

Combats des zouaves français à Joinville en 1870

 

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie d’Ernest Jouin

En reprenant, en 1920, la publication de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS), Mgr Ernest Jouin utilise le terme « judéo-maçonnerie ». Il participa, en 1928, au congrès de la Ligue anti-judéo-maçonnique.

Il publie notamment, en 1920, les Protocoles des sages de Sion, un faux qui sert de prétexte à la littérature antisémite pendant la période hitlérienne comme postérieurement. Ernest Jouin ne nie pas qu’il pourrait s’agir d’un faux, mais se contente d’affirmer que leur contenu est vrai : « La véracité des Protocoles nous dispense de tout autre argument touchant leur authenticité, elle en est l'irréfragable témoin. »

En avril 1924 le pape Pie XI lui confia le titre, honorifique, de protonotaire apostolique.

Une partie des écrits de Mgr Jouin furent réunis en quatre volumes entre 1920 et 1929 sous le titre Le Péril judéo-maçonnique. La RISS étant devenue après-guerre, une revue de référence des milieux catholiques intransigeants ou d’extrême droite, elle souleva l’intérêt des publications de gauche ou de la Ligue internationale contre l’antisémitisme.

Selon l’historien Stéphane François le savoir-faire issu de la RISS sera utilisé pendant la deuxième guerre mondiale, notamment par le Service des sociétés secrètes de Bernard Fäy, le Service de police de Jean Marquès-Rivière ou le Centre d’action et de documentation d’Henri Coston.

Sa postérité aliment également les théories complotistes. Ainsi, Ernest Jouin considérait l'assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche lors de l'attentat de Sarajevo le 28 juin 1914, un des évènements à l’origine de la première guerre mondiale, comme le fruit d’un complot préparé par des loges de francs-maçons. Il dénonça également une tentative d'infiltration maçonnique au Vatican dans l’entourage du pape Léon XIII.

Ernest Jouin meurt le 27 juin 1932 à Paris (8e arr.). Il était âgé de 87 ans, était entré dans les ordres depuis 70 ans et prêtre depuis 64 ans. Son hagiographe, le chanoine Sauvêtre, proposa en 1957 de le béatifier mais le processus n’alla pas plus loin.

Si l’ancien prêtre Joinvillais exerça une influence conséquente sur les extrémistes de l’époque, il reste encore aujourd’hui une référence pour certains complotistes ou pour des publications racistes, qui aiment à reproduire ses nombreux écrits.

Un Cercle Ernest Jouin fonctionna à partir de mars 1934. Il a pour président Jacques de Boistel, collaborateur de la RISS. En 1935, il s’entretient avec le président portugais Salazar de la dissolution de la franc-maçonnerie récemment promulguée par son gouvernement. Il publie, en janvier 1943, La Judéo-maçonnerie et les événements contemporains.

La RISS parut jusqu’en 1939. Une partie de ses contenus est rééditée à diverses reprises. Au début du 21e siècle, la diffusion des œuvres de l’abbé Jouin reste significative tandis que l’influence de la RISS est toujours notable sur les thèses complotistes contemporaines. Elle a été rééditée par les éditions Saint-Rémi.

Fin

 

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie d’Ernest Jouin

Si est Ernest Jouin est resté dans les mémoires, c’est pour avoir fondé en 1912 une revue antimaçonnique, la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS), qu’il a dirigée jusqu’à son décès en juin 1932.

Son engagement dans la lutte contre les francs-maçons serait, selon Joseph Sauvêtre, consécutif à une discussion, en 1909, avec Jean-Baptiste Bidegain, ancien dignitaire du Grand-Orient de France, qui était devenu un farouche opposant à la franc-maçonnerie et exhortait Jouin à la « détruire » en composant « un roman dans le genre populaire du Juif errant », faisant allusion au livre d’Eugène Sue qui attaquait vivement les jésuites.

Pour pouvoir faire la lumière sur le « péril maçonnique », l’abbé décida de se constituer une importante bibliothèque. Il estima plus intéressant, plutôt que de faire œuvre romanesque, de publier une revue scientifique, s’appuyant sur sa documentation.

La RISS, fut d’abord mensuelle puis bimensuelle. Fondée dans le but de continuer le combat antimaçonnique, elle accueille 1928 à 1933 un deuxième volume rose, s’intéressant à l’occultisme et aux sociétés secrètes. Chaque numéro était volumineux, avec 250 à 300 pages. Le tirage, très faible, n’empêcha pas une forte influence dans certains milieux catholiques et d’extrême-droite.

Le quotidien antisémite La Libre Parole d’Édouard Drumont et le journal royaliste L’Action française, de Charles Maurras, saluèrent cette parution. La Croix souhaita également « bon succès » à la revue. Le journal catholique soutint en octobre 1913 les positions de la RISS quant à la soi-disant véracité de crimes rituels imputés aux Juifs.

En 1913, Ernest Jouin fondait également la Ligue Franc-catholique, dont la RISS devenait l’organe de presse. Il entend regrouper « les défenseurs de la Foi contre la collusion des Juifs et des Maçons, cette formidable armée lancée par l'Enfer contre le Christ et les siens ». Il tenta de monter une fédération avec d’autres mouvements aux buts comparables, l’Association antimaçonnique de France, de l'abbé Tourmentin et Ligue française antimaçonnique du commandant de Fraville, mais échoua dans cette construction.

Pendant la première guerre mondiale, l’abbé Jouin installa, en partie à ses frais, un hôpital provisoire dans sa paroisse, dénommé ambulance 139. Près de 1 300 soldats blessés y furent accueillis.

Si la parution de la RISS est interrompue par la guerre, Jouin poursuivait son offensive idéologique, construisant en particulier une relation entre juifs, protestants et francs-maçons. Il publie en 1917 un opuscule, traitant en parallèle Le Quatrocentenaire de Luther et le bicentenaire de la franc-maçonnerie, et un autre, la même année sur Lourdes, la guerre et Bernadette, consacré à Bernadette Soubirous.

Le pape Benoît XV l'élève, à l’occasion du jubilé cinquantenaire de son entrée en religion en mars 1918, à la dignité de la prélat romain, ce qui l’autorise à se faire appeler Monseigneur, bien qu’il n’ait pas été nommé évêque. Pendant ces noces d'or, le RP Hébert des Frères Prêcheurs, se félicitait des œuvres sociales de l’abbé Jouin et notamment du « patronage Saint-Augustin, prospère après vingt-huit ans d'existence et auquel l'acquisition d'une maison de vacances à par Chaville, donnait, encore, un nouveau développement ». Il concluait : « Personne n'est moins mondain que ce curé d'une paroisse mondaine. »

A suivre

 

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie d’Ernest Jouin

L’abbé Ernest Jouin, exfiltré de la cure de Joinville-le-Pont, est nommé second vicaire de église Saint-Augustin à Paris (8e arr.) en août 1886.

Il entreprit la rédaction de ses Explications logiques du Catéchisme, premier de ses nombreux essais. Il réalise également, en compagnie de l’abbé Joseph Sauvêtre, un voyage, au pas de course, en Scandinavie.

Devenu premier vicaire, l’abbé Jouin se lance également dans l’écriture de pièces chantées, en commençant par La Nativité (1893), pour laquelle il emprunte des musiques à Grieg, Berlioz ou Gounod notamment.

En l’abbé Jouin 1894, est de nouveau nommé curé, à l’église Saint-Médard (5e arr.), retrouvant ainsi le quartier latin de Paris. Il appelle à ses côtés l'abbé Joseph Sauvêtre, qui l’avait déjà suivi précédemment comme vicaire de Saint-Augustin et est, selon Le Figaro (1895/06/26), « le plus intelligent et le plus zélé des auxiliaires. »

C’est au cours d’une représentation de la Nativité en février 1895 à la salle des fêtes de Saint-Pierre de Chaillot (Paris, 16e arr.) que Mgr François Désiré Mathieu, évêque d'Angers, le nomme au chapitre de sa cathédrale à titre honorifique. La presse remarque qu’il « est assez rare de voir un évêque créer un prêtre chanoine sur les planches d'un théâtre ». En septembre la même année, Mgr Michel André Latty, évêque de Châlons (act. Châlons-en-Champagne, Marne), lui attribue la même distinction pour son propre diocèse.

Dans sa paroisse, il fonde, avec l’abbé Bossard, un patronage, qu’il emmène dans des randonnées en forêt et en montagne, y compris sur le Mont-Blanc. Il obtient l’installation d’une nouvelle maison des Servantes des pauvres, toujours sous l’autorité de mère Agnès. Comme celle de Joinville, c’est l’abbé Jouin qui en assume la charge. Se montrant souvent fort généreux, il dispose manifestement de ressources importantes dont même l'abbé Sauvêtre ignore l’origine. Il subventionne, par exemple, des fouilles archéologiques à Éphèse et la publication des six premiers volumes du Recueil des écrivains chrétiens orientaux, devenu ensuite une vaste œuvre scientifique.

En décembre 1898, après avoir cru qu’il serait nommé évêque du Mans, l'abbé Jouin, retourne à Saint-Augustin où il est cette fois nommé curé. Il ne quittera plus ce poste, où il restera en fonction pendant 34 ans ce qui, ajouté aux huit années de vicariat, fait qu’il aura séjourné 42 ans dans ladite paroisse. Un de ses collègues, l'abbé Schuster, remarquera en 1917 que « Saint-Augustin est le fief des curés décapités. »

Poursuivant la rédaction de ses spectacles édifiants, Ernest Jouin produit Notre-Dame de Lourdes (oratorio, musique d’Alexandre Georges, 1900), La Passion (musique d’A. Georges, 1902, version augmentée en 1906), Clotilde (1907), Bernadette (1908) et Jeanne d'Arc (musique d’A. Vivet, 1909). Seules La Nativité et La Passion eurent une diffusion importante.

On lit dans Notre-Dame de Lourdes :

Quelle est l'âme

Dont la flamme

A le parfum de l'encensoir ;

Si limpide,

Si candide

Que la Vierge descend la voir ?

Parallèlement, le chanoine Jouin lance la publication d’une revue mensuelle, Le Catéchisme, qui paraît de 1900 à 1908. Il est fait une fois de plus chanoine honoraire, de la cathédrale de Paris cette fois, en 1905.

L'abbé Jouin voulut combattre le modernisme, porté notamment par Alfred Loisy, en s’appuyant sur l'autorité des Pères de l'Église. Il tenta de mobiliser un groupe de prêtres parisiens autour de ce projet, qui resta inabouti.

Au début du XIXe siècle, le curé de Saint-Augustin est un des plus farouches opposants à la séparation de l’église et de l’État, mise en œuvre par la loi du 9 décembre 1905. Lors de l’inventaire des biens de l’église Saint-Augustin, réalisé en application de cette loi le 31 janvier 1906, l’abbé Jouin convoqua une « messe de deuil » et à l’instigation de son clergé, l’inspecteur en charge de cette opération fut empêché d’entrer dans la sacristie. S’adressant à ses paroissiens il leur déclare « Vous êtes la paroisse sous les armes (…) notre protestation est pacifique, mais je sais maintenant que, s'il faut demain une protestation plus énergique, vous serez là. »

Il met en place une « garde de l’église », se réservant pour lui la nuit et s'étant installé pour ce faire dans une des tours de l'église. Elle fonctionne pendant quatre mois. L’inventaire fut cependant fait en novembre et l’attitude du curé de Saint-Augustin lui valut d’être un des trois curés parisiens inculpé par un juge d’instruction en décembre 1906. Il convoque, le 12 décembre, une nouvelle « messe de deuil » qu’il appelle par un texte qui se finit comme ceci : « il faut que notre deuil, si triste et si profond qu'il puisse être, soit un deuil armé. Garder la foi ne suffit plus, nous devons la défendre. »

Il comparut le 12 avril 1907 devant la 9e chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Il assura que par armes, il entendait « les armures de la vérité et de la foi ». Défendu par Me Danet, il fut condamné à 16 francs d'amende, mais le verdict qualifiait également la loi de 1905 comme étant « d'exception exorbitante », ce qu’il présenta comme une victoire.

Ernest Jouin publia en 1921 un essai intitulé La Judéo-maçonnerie et la loi de séparation.

Comme à Joinville et à Saint-Médard, l’abbé Jouin recrute les Servantes des pauvres, qui s’implantent une fois encore avec pour supérieur la mère Agnès.

À suivre

 

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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie d’Ernest Jouin

L’évêque d’Angers ayant accepté le départ d’Ernest Jouin pour Paris, il devient en 1875 vicaire de Saint-Étienne-du-Mont, église paroissiale de la montagne Sainte-Geneviève (5e arr.). C’est un quartier estudiantin, avec la Sorbonne, l’école Polytechnique, la faculté de droit ou le collège de France, ainsi que cinq collèges ou lycées. Deux années plus tard, il est chapelain de la basilique Sainte-Geneviève, toute voisine, où il se charge de prédication, tout en reprenant des études théologiques, qui lui permettront, en septembre 1879, d’obtenir le grade de maître en théologie et le diplôme de docteur, délivré à l’abbaye de Flavigny. La basilique devait être désacralisée et redevenir le Panthéon en 1880.

Atteint d’une pleurésie, l’abbé Jouin était en ce qui le concerne parti en convalescence à Arcachon (Gironde), où il assume quelques fonctions au sein de l’église Saint-Ferdinand pendant un séjour de 18 mois. De retour à Paris début 1882, L’abbé Jouin est nommé curé de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en juillet.

Il prend la succession de l’abbé Georges Moreau (1842-1897), prêtre et essayiste, qui allait ensuite, en tant qu’aumônier en prison acquérir une certaine réputation en affichant son opposition à la peine de mort et aux mauvais traitements dont étaient victimes les prisonniers. Le nouveau curé rejoint une paroisse récente, puisque créée en 1860. Il n’a probablement pas de vicaire, mais un de ses anciens élèves du patronage d’Angers, l’abbé Joseph Sauvêtre, vient le rejoindre, sans fonction officielle. Il restera son ami pendant toute sa vie et sera son biographe.

À Joinville-le-Pont, Ernest Jouin a affaire à plusieurs élus républicains et radicaux, comme le maire, Gabriel Pinson, le restaurateur Honoré Jullien ou Jules-Ferdinand Baulard, ancien ouvrier devenu industriel, un temps communard et ardent défenseur de la cause laïque. Conseiller municipal de Joinville depuis 1881, ce dernier devint conseiller général de Charenton en 1884, puis député en 1889. Les relations virent à la confrontation.

Le nouveau curé hérite d’un conflit, provoqué par un contrôle, en 1881, des comptes du conseil de fabrique qui gère les fonds de la paroisse par le secrétaire général de la mairie, Fontaine. Les élus municipaux trouvaient que les recettes des pompes funèbres, perçues par le prêtre, responsable de la morgue municipale, étaient maigres. L’audit établit qu’il manquait à l’appel 1 200 francs. Le curé répondit qu’il avait mis cette somme dans sa poche, « ainsi que ça se fait toujours ». Il refusa de reverser les fonds ; l’archevêque de Paris assura qu’il n’avait fait que « suivre un usage ancien commun aux paroisses suburbaines ». En conséquence de ce refus, la municipalité décida de supprimer l’indemnité de logement versée au prêtre, qui ne disposait pas d’un presbytère. Dans un souci d’apaisement, l’archevêque nomma, en juin 1882, l'abbé Moreau aumônier de l'hôpital militaire Beaujon à Paris.

Plutôt que de chercher la conciliation, l’abbé Jouin va se lancer dans un combat juridique épique, transformant son bureau en un cabinet de conseil. L’affaire des recettes des pompes funèbres sera clôturée par une lettre du ministère de l’intérieur et des cultes de mars 1884 : « il y a lieu de prendre acte de l’aveu de M. l’Archevêque qui reconnaît qu’une bonne comptabilité ne saurait admettre cet usage ». Cependant, l’administration conclut : « mais la restitution des sommes perçues soulèverait de nombreuses difficultés ». Par contre, plusieurs questions connexes occuperont les tribunaux parisiens.

À la demande du conseil municipal, le ministre décide de dissoudre en février 1885 le conseil de fabrique qui, outre le curé et le maire, membres de droit, comprend des deux délégués du préfet et trois personnes nommées par l’archevêque. Un nouveau conseil doit être composé et le préfet nomme sur proposition du maire, deux francs-maçons notoires, Jules Ferdinand Baulard et Honoré Jullien, tandis que l’archevêque tarde à nommer ses remplaçants. Ayant à faire approuver le budget, le curé convoque, en avril, le maire et les membres de l’ancien conseil révoqué. Mais le maire, Gabriel Pinson, vient avec les nouveaux désignés. La séance se termine par des cris et des échauffourées, qui l’amènent à porter plainte pour avoir été jeté à terre. Lors du premier procès en juillet 1885, Jules Ferdinand Baulard indiquera que les membres révoqués les ont traités de « canailles, libres-penseurs, francs-maçons, buveurs d'absinthe et de vermouth » tandis que l’abbé Jouin assure que le maire a qualifié ses supporteurs de misérables et de voleurs.

Un des fabriciens est condamné en première instance à six jours de prison, peine commuée en appel en novembre en 16 francs d’amende. Après cassation en janvier, ils écopent tous de 25 francs d’amende en février 1886. En dernière instance, le conseil d’État confirme les peines, la révocation des membres du conseil et la qualification de « rébellion contre la loi » de leur attitude.

Pendant les péripéties judiciaires, l’abbé Jouin avait diffusé une Lettre aux paroissiens, tandis que le conseil municipal répliquait en diffusant le courrier du préfet révoquant le conseil de fabrique, dont les anciens membres publiaient une Lettre à la population dénonçant des « cabales montées par M. le maire à tous les carrefours de la commune » et « un parti prix haineux. »

À côté de son combat contre les autorités municipales, l’abbé Jouin obtient l’installation, en novembre 1883, d’une communauté de Servantes des pauvres, venues d’Angers, sous la conduite de mère Agnès (Modeste Bondu). Les trois premières sœurs, en plus de leur fonction de garde-malades, auraient obtenu des conversions : « des agnostiques, une protestante, des juifs, un franc-maçon » selon le biographe d’Ernest Jouin.

Il est également proche des sœurs Céleste et Caroline Amiel, issues d’une famille qui a compté plusieurs conseillers municipaux et un célèbre peintre portraitiste. Elles font don à la paroisse d’une maison, devenue le presbytère.

Manifestement inquiet de la tournure prise par l’affrontement politique entre le curé et les élus, l’archevêque tente de convaincre l’abbé Jouin de demander son déplacement. Il finit par décider de le nommer vicaire de l’église Saint-Augustin à Paris en juillet 1886. Une pétition, diffusée en particulier par les sœurs Servantes des pauvres et les demoiselles Amiel et qui aurait eu 900 signatures, avait demandé son maintien.

Commentant, en 1917, son départ de Joinville, l’abbé Jouin l’interpréta ainsi : « Je fus chassé par une municipalité franc-maçonne pour avoir fondé les sœurs Servantes des pauvres. »

À suivre

Le cardinal Dubois et Ernest Jouin en 1928

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 00:01

Yves Marie Le Page naît le 25 janvier 1844 à Brest (Finistère). Il est le fils de Marie Félicité Le Page, lingère, et de Pierre Ovide Bonheur, fusilier au 1er régiment d’infanterie marine. Ses parents ne sont pas mariés, mais ils procèdent à sa reconnaissance en novembre 1844 à Brest. Ensuite, Yves Marie utilisera le patronyme de Bonheur. Il vit avec sa mère à Landerneau (Finistère).

Il sert pendant plusieurs années, au moins entre 1867 et 1870, dans la marine de guerre, comme matelot chef de pièce dans l’artillerie de marine en 1867. Il est sur le bateau Le Jura en 1868. Devenu quartier-maître, il embarque sur le Rochambeau, cuirassé à coque en fer, construit à New-York, qui, avec 115 mètres, est le plus long navire jamais construit en bois. Enfin, il est second maître sur la frégate Thémis en 1870. En 1902, au moins six sommes qui lui étaient dues par la marine au titre de son activité militaire étaient non réclamées.

Le premier mariage de Bonheur a lieu en novembre 1867 à Landerneau (Finistère) pendant son service militaire à Landerneau. Il épouse Anne Marie Perrine Piton. Elle meurt l’année suivante, juste après avoir donné naissance à un fils, qui décède lui-même à 11 ans, toujours à Landerneau où il vivait chez sa grand-mère maternelle.

Sans doute sur les conseils de son oncle Louis Benoit Bonheur, garde-cimetière au Père-Lachaise, Yves Marie Bonheur vient à Paris après la guerre franco-prussienne et se fait embaucher également dans l’administration parisienne des cimetières. Il continuera d’exercer cette fonction jusqu’en juillet 1890. Il vit dans le 20e arrondissement, rue du Repos, (adjacente au cimetière du Père-Lachaise) puis en 1875 à Choisy-le-Roi (Seine, act. Val-de-Marne), route de Choisy (qui dessert le cimetière parisien de cette ville). Il épouse en juillet  1875 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) Léonie Catherine Thime, fille d’un cordonnier, libre-penseur et militant radical-socialiste, Eugin Thime (1830-1904). Ils vivent de nouveau rue du Repos.

Après sa retraite, Yves Marie Bonheur devient employé d’octroi en 1892 à Joinville-le-Pont. Il vit route de Brie (act. avenue Galliéni) dans le quartier de Polangis. Il a eu sept enfants avec sa seconde épouse.

Yves Marie Bonheur meurt le 8 janvier 1893 à Joinville. Il était âgé de 48 ans. La très longue nécrologie que lui consacre l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes constitue, outre l’état-civil ou les données sur son activité militaire et professionnelle, la principale source d’information sur les engagements publics de Bonheur.

La notice est incluse dans la rubrique régulière intitulée Bulletin maçonnique et de libre-pensée, rédigée par Henry Vaudémont. Les obsèques de Bonheur, dont le lieu n’est pas précisé, eurent probablement lieu à Joinville. Elles furent organisées « suivant ses principes et en dehors de toute pompe mystique, d’une façon purement laïque ».

Henry Vaudémont, président du groupe La Raison du canton de Charenton, conseiller municipal de Joinville-le-Pont, a retracé la vie de cet « humble et digne », citant Proudhon : « Dieu, c’est le mal. »

Émile Pasquier, secrétaire-général de la Fédération française de la Libre-Pensée ainsi que de l'Union des républicains radicaux socialistes de Sceaux, a fait une allocution en tant que secrétaire du député Jules Ferdinand Baulard, radical-socialiste, « Bonheur, ce travailleur modeste, ce libre-penseur convaincu, avait su de bonne heure se débarrasser de tous ces vieux préjugés qui sont la négation de la dignité humaine. »

Brisson-Joly, ancien conseiller général de la Seine et animateur de la Fédération française de la libre-pensée a formulé des considérations qui « n’ont certes pas été du goût de tout le monde. Mais nul n’a eu la goujaterie de désapprouver bruyamment ». Vaudémont remarque que « C’est un grand, un immense progrès au point de vue moral. La tolérance s’acclimate décidément chez nous. Et les gens qui, au nom de leur liberté, réclament le droit de croire en dieu, commencent à nous reconnaître, à nous, le droit de ne pas y croire. »

Le cuirassé Rochambeau

 

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