Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 août 2021 7 22 /08 /août /2021 00:01

Marius Honoré Bonnefoi naît le 12 septembre 1884 à Rochefort (Charente). Il est le fils d’Augustine Mélanie Eulalie Daranda et d’André Victorin Bonnefoi, sous-officier garde d’artillerie.

Après le retour de son père, devenu officier, de plusieurs expéditions coloniales au Sénégal et à Madagascar, la famille Bonnefoi s’est installée à La Seyne-sur-Mer (Var). Marius Bonnefoi s’engage dans l’armée à 19 ans, en octobre 1903, à l’image de son père, et est affecté au 61e régiment d’infanterie. Il signe un contrat de quatre ans, mais le renouvelle ensuite systématiquement. Devenu caporal en avril 1904, sergent en septembre 1905 puis sergent-fourrier en mai 1907, il fréquente les cours de l’école d’application pour le tir de de Valbonne (Alpes-Maritimes) à l’été de cette année. Il est affecté comme moniteur en 1911 à l’École de gymnastique et d’escrime de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il réside avec ses père et mère dans le centre-ville, rue Chapsal.

Comme plusieurs officiers de l’École de Joinville et comme son père, Marius Bonnefoi est franc-maçon. Il fréquente la toute récente loge Germinal, de Joinville-le-Pont et une autre loge affiliée également au Grand-Orient de France, Les Vrais Experts, qui avait accueilli notamment le pédagogue et anarchiste espagnol Francisco Ferrer.

Fin 1911, Marius Bonnefoi donne des cours de culture physique et de boxe pour les membres de la Jeunesse républicaine du 4e arrondissement de Paris, mouvement laïque lié au parti radical-socialiste. Il est nommé sergent-major en juin 1914.

Pendant la première guerre mondiale, Marius Bonnefoi va particulièrement s’illustrer, récoltant sept blessures, dix citations (dont trois à l’ordre de l’armée), neuf palmes et insignes sur sa Croix de guerre, la croix de l’Aigle de Serbie ainsi que la Légion d’honneur. C’est d’ailleurs son père qui la lui remet, en janvier 1915 à Billom (Puy-de-Dôme) où ce dernier est en charge de l’École militaire des Enfants de troupe tandis que lui-même est en traitement à l’hôpital militaire. La presse trouve la cérémonie touchante, soulignant « qu’il est extrêmement rare de voir un légionnaire décoré par son père. »

Tout au long du conflit, Marius Bonnefoi, qui reste attaché au 4e régiment de zouaves, va progresser en grade : adjudant en septembre 1914, il devient officier comme sous-lieutenant en octobre la même année, lieutenant en août 1916 puis capitaine en novembre de la même année.

Les différentes citations mettent l’accent sur ses « brillantes qualités militaires », son « autorité inlassable », son « sang-froid », son « grand esprit de devoir et de sacrifice », son « audace remarquable », ses « courage et mépris du danger exceptionnels », son « entrain », son « énergie », son « grand dévouement »…

À deux reprises, en 1917 et avril 1918, il doit remplacer son chef de bataillon, mis hors de combat avec son adjoint. En octobre 1918, il fait « 100 prisonniers » et capture « 20 mitrailleuses. »

Ses différentes blessures lui vaudront, en avril 1932, une pension de 20%. Il avait reçu une balle dans la tête, coup de baïonnette dans la joue près Ypres (Belgique) en novembre 1914, avait été atteint à la face et au genou gauches par éclat d’obus en avril 1916, puis, pour la même raison, à la main gauche et au dos en mars 1918 au fort de Malmaison (Aisne), enfin toujours du même motif, à une phalange et à l’index droit en 1918.

En juin 1916 à Paris (12e arr.), Marius Bonnefoi, avait épousé Madeleine Marguerite David, originaire d’Alger.

Resté militaire après-guerre, Marius Bonnefoi est transféré en juillet 1919 au 158e régiment d’infanterie, puis en mai 1920 au 29e et en octobre 1923 au 26e. Il quitte les troupes peu après et sera, dans la réserve, nommé chef de bataillon en juin 1926 puis lieutenant-colonel.

Rendu à la vie civile, Marius Bonnefoi exerce en septembre 1925 la fonction de directeur de la raffinerie de l’Omnium des pétroles du Nord, à Dunkerque. Il continue son activité industrielle pour la même société en région parisienne, s’installant au Vésinet (Seine-et-Oise, act. Yvelines), où il réside boulevard Carnot en 1931.

En septembre 1934, Marius Bonnefoi est l’objet d’une dénonciation de la part de Pierre Lherminier, un employé de la société dirigée par Bonnefoi. Il lui reproche d’avoir abusé de sa fille mineure, Lucienne, 17 ans et demi, « par guet-apens et violence ». En août 1934, devant le personnel de l’entreprise, il lui avait arraché son insigne de la Légion d’honneur. Le parquet du tribunal de Paris ordonne une enquête qui, selon le procureur, n’amène aucun résultat. Il en informe Lherminier, luis signifiant qu’il pouvait se pourvoir directement devant les tribunaux. Comme il ne l’a pas fait, la plainte est classée sans suite en décembre.

Deux ans plus tard, en novembre 1936, Lherminier s’adresse au Grand-chancelier de la Légion d’honneur assurant que, si sa plainte n’a pas abouti, c’est « grâce à de l’argent et à des protections ». Il décrit la situation : « Ce criminel a causé dans ma famille de profonds ravages. Depuis plus de deux ans, ma fille est enfermée dans une maison de rééducation ». Le Grand-chancelier conclut, en février 1937, que les faits relèvent des tribunaux de droit commun et non de sa propre responsabilité.

Un autre fait divers concerne Marius Bonnefoi en avril 1939. Sa voiture, garée devant un cinéma de sa commune du Vésinet, est volée et sert ensuite à une agression.

Marius Bonnefoi meurt le 16 septembre 1963 à Boulogne-Billancourt. Il était âgé de 79 ans. Il avait reçu une lettre de félicitations pour son rôle d’instructeur de boxe à Paris et avait été promu officier de la Légion d’honneur en juin 1920 puis commandeur en novembre 1951. Il était père de deux enfants.

Marius Bonnefoi (L'Illustration)

 

Partager cet article
Repost0
6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 00:01

Mise à jour de la notice publiée le 8 novembre 2018. Début de la biographie d’Antoine Berné

Antoine Berné naît le 13 décembre 1828 à Moissac (Tarn-et-Garonne). Il est le fils de Jeanne Chaubet et de son mari Jean Berné, tailleur d’habits.

Il épouse, en août 1859 à Paris (2e arr.) Marie Ernestine Sainton, originaire de Loudun (Vienne).

Exerçant, comme son père, le métier de tailleur d’habits coupeur, fait partie d’un groupe de seize ouvriers tailleurs qui constituent, le 15 octobre 1863 l'Association générale des ouvriers tailleurs de la ville de Paris. Selon le journaliste Jean Barberet, qui fait l’historique de l’association dans le quotidien Le Rappel en août 1874, ils « se dirent qu'il était temps d’essayer la mise en pratique des principes que, depuis longtemps déjà, ils étudiaient en théorie ». Ils souscrivent au capital pour une somme importante de 3 000 francs, partiellement libérés.

Quatre d’entre eux travaillent au sein de la coopérative, qui a la forme d’une société en commandite, sous la responsabilité de Jean Mathieu Sauva, gérant. Elle est installée rue de Grenelle-Saint-Honoré à Paris (4e arr., act. rue Jean-Jacques-Rousseau) mais, après six mois, le propriétaire exige qu’ils retirent de leur enseignes la mention « association d’ouvriers ». Quoique payant d'avance, ils ont du mal à trouver un propriétaire qui accepte de les héberger, et s’installent rue Fontaine-Molière (1er arr., act. rue Molière).

Après deux exercices légèrement bénéficiaires, les fondateurs lancèrent un appel à leurs collègues de la corporation, pour les engager à se joindre à eux en décembre 1865. Ils transformèrent la structure en société à responsabilité limitée où chaque nouvel entrant devait acquérir une action de cent francs, en payant à l’entrée le quart de son prix. Selon Mathieu Brudon, qui s’exprimait en mars 1871 dans L’Ouvrier de l’avenir, « Un petit nombre de nos collègues répondit à notre appel, malgré la facilité des versements, qui étaient de un franc par semaine; la confiance est si difficile à établir entre semblables ! On est habitué à ne l’accorder qu’au monde officiel ou financier ». Malgré la déception de ce faible recrutement, la société nouvelle est formée en octobre 1866 à Paris avec 53 associés et un capital de 17 000 fr. Berné fait partie des sept membres du conseil d’administration. Il est probable qu’il ait exercé une fonction de direction dès cette période ; il est en tout cas désigné comme un des deux directeurs dans des communications publiées dans la presse à partir de mai 1870. Il partage alors cette fonction avec Brudon. En 1873, il est associé avec Pascal Bance. Il poursuit son rôle directorial entre 1874 et 1878 avec Toussaint puis en 1879 avec Serre. Il quitte la fonction en 1880.

Parallèlement au fonctionnement de la coopérative, Berné joue un rôle dans l’organisation sociale des tailleurs parisiens. La France a reconnu le droit de grève et d’action syndicale en 1864, mais par contre le droit d’association reste très limité par une loi de 1834.

Au cours du premier trimestre de l’année 1867, les ouvriers tailleurs parisiens revendiquent une hausse de leur rémunération et, face aux tergiversations des patrons, entament une grève. Berné devient un des animateurs du mouvement. Il profite de cette occasion pour faire de la propagande en faveur de la coopération de production. Le quotidien de droite La Presse, qui veut la fin du conflit, utilise la fonction de Berné dans sa société pour soutenir qu’elle le disqualifie en tant que représentant des tailleurs.

Pour soutenir les grévistes, et notamment pour financer leur subsistance, plusieurs personnes, dont Berné, constituent une Association fraternelle de solidarité et de crédit mutuel des ouvriers tailleurs, basée rue Rochechouart à Paris (9e arr.). Le préambule des statuts assure que « Les ouvriers tailleurs, résolus à résister, par tous les moyens que leur donne la loi, contre l’avilissement toujours croissant des salaires, et décidés à maintenir la limite de dix heures de travail au plus, afin de donner plus de temps à leur famille et à la culture de l’intelligence, ont décidé de fonder une Société dans le but de soutenir ces conditions ». Les animateurs de la grève font appel à la solidarité internationale, notamment celle des tailleurs britanniques, dont les syndicats versent une contribution à la caisse de grève et s’engagent à ne pas prendre de travail de la part de patrons français.

Le parquet du tribunal de Paris engage des poursuites pour association illicite de plus de vingt personnes et atteinte à la liberté du travail. Six personnes, dont Berné et Bance, président de la société, sont jugées le 2 août 1867 devant la sixième chambre correctionnelle ; seul le premier chef d’inculpation est alors retenu.

Berné est le premier des inculpés interrogés : « Nous n’avons pas cru du tout mal faire; nous avons imité ce que nous voyions faire ouvertement devant nous. [Question du président] Vous étiez plus de vingt personnes ?— [Réponse de Berné]. Oh ! Nous étions plus de deux mille. Q. Quel était le but de l’association? — R. De protéger nos intérêts, de faire respecter la dignité de l’homme. Q. La dignité de l’homme en tant qu’ouvrier tailleur. A quelles époques avaient lieu les réunions? — R. Elles n’avaient pas lieu à époques fixes. D. Dans quel but la Société s’est-elle réunie ? — R. C’était plutôt pour la grève que comme Société ; le comité proprement dit n’a pas eu le temps de fonctionner. D. Avez-vous quelque chose à ajouter? — R. Non, nous avons cru faire ce qui existait dans toutes les corporations, notre but était d’avoir quelques fonds pour subvenir à une grève quelconque. »

Le réquisitoire du procureur Pelletier reconnaît le droit de coalition, mais conteste le droit d’association. Pour lui « L’enjeu du procès, c’est la liberté du travail ! » Il souligne que Berné est membre du comité dirigeant. La défense est assurée par des avocats réputés, connus pour leur engagement politique et social : Ernest Picard, Emmanuel Arago, Emile Durier et Charles Floquet. Ce dernier, principal intervenant des plaidoiries, considère que « l’association découle du droit de coalition » et se félicite qu’il y ait eu 2 832 adhérents.

Le jugement rendu est sévère. Dans ses attendus, le tribunal relève que « si l’association est utile au développement des grèves, elle ne doit pas moins, dans l’intérêt de la sûreté publique, rester soumise à l’autorisation du gouvernement ». En application des articles 291 et 292 du Code pénal, issus de la loi du 10 avril 1834; la sentence « déclare dissoute la Société fraternelle de solidarité et de crédit mutuel des ouvriers tailleurs »; Bien que retenant « des circonstances atténuantes »; il condamne Berné, Bance, Coulon, Jeanroy, Jalinier et Deguergue chacun à cinq cents francs d’amende, somme importante. En appel, en absence des accusés, le jugement est confirmé le 23 août 1867. La Cour de cassation rejette leur recours le 7 février 1868, confirmant que les lois restrictives du droit de réunion et du droit d'association subsistaient.

Le procès a eu un grand écho dans la presse parisienne mais aussi en province. Le quotidien conservateur L’Univers commente ainsi : « On sait que la grève des ouvriers tailleurs s'était imposée avec un caractère de persistance telle, que la justice crut devoir faire des poursuites. Ces poursuites ont abouti à un jugement qui condamne six de ces ouvriers à 500 fr. d'amende et solidairement aux dépens. Mais le point important, c'est la dissolution de la société fraternelle de solidarité et de crédit mutuel des ouvriers tailleurs. Cette suppression a une grande portée, si l'on considère que presque foules les professions parisiennes ont constitué des sociétés de ce genre. Cette suppression frappe donc le principe de la grève dans sa base même. »

Une année plus tard, en juin 1868, le journal des milieux d’affaires, Le Temps revient sur ledit procès. « Nos lecteurs se souviennent encore de ce qui est arrivé l’an passé à la Société fraternelle de solidarité et de crédit mutuel des ouvriers tailleurs. Le jugement et l’arrêt qui ont prononcé la dissolution de cette société, et qui en ont frappé les membres d’une amende assez forte, ne sont pas encore oubliés. En voici la doctrine ou à peu près « Les ouvriers ont le droit de se coaliser ; ils ont la faculté de fonder des sociétés de crédit ; mais il leur est interdit de créer des caisses pour soutenir leurs coalitions; la combinaison de ces deux choses permises, la coalition et le crédit, devient un délit punissable sous le nom d’association non autorisée ». Pareille mésaventure vient d’échoir à l’Association internationale des travailleurs, frappée deux fois en trois mois par la justice, et qui a été avant-hier l’objet d’un sévère arrêt confirmatif ». Cette organisation est la première Internationale, qui regroupe des militants socialistes, communistes et anarchistes.

À suivre

 

Partager cet article
Repost0
25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Les élections municipales de mai 1925 actent la fin de la période de réconciliation d’Henri Vel-Durand avec la gauche, regroupée dans un cartel national et, au plan local, dans une section de la Ligue de la République. Voix des communes accuse Vel-Durand d’être « un pilier d’église », qui « défend les intérêts des gros capitalistes ». Le journal radical critique l’atteinte à l’urbanisme que serait, selon lui, l’extension de l’usine Pathé qui « masqua une partie des bords de notre belle rivière, empoisonna l’air » ainsi que les Studios de cinéma : établissement « informe, hideux, moitié caserne, moitié cage à gorilles. »

Pour ce scrutin, Vel-Durand constitue une liste d’Union républicaine pour la défense des intérêts communaux, dans laquelle il attire un socialiste indépendant et un radical dissident, tout en s’alliant avec les représentants de la droite locale. Il présente un programme revendiquant que les lois de laïcité soient « appliquées sans rigueur et sans sectarisme », souhaite le maintien de l’octroi, et propose des économies dans les dépenses budgétaires. Sa liste arrive largement en tête, avec 47,5% des voix au premier tour, loi devant le cartel des gauches à 28,4% et les communistes à 21,1%. Malgré le retrait de ces derniers, le maire sortant remporte les 27 sièges à pourvoir au second tour. Il prend comme adjoint Stephen Durande et François Provin.

La Jeunesse républicaine, qu’il avait animée dans sa jeunesse, trouve toujours sa place à Joinville, avec un gala en son honneur en février 1926. Se plaignant des embouteillages dans sa ville les jours de courses hippiques dans les terrains de Vincennes et du Tremblay, Vel-Durand réclame en mai 1927 l’élargissement du pont de Joinville et la construction d’un nouvel ouvrage pour relier Polangis à Nogent-sur-Marne.

Une réunion de propagande des Jeunesses patriotes, mouvement de droite Pierre Taittinger, tient à Joinville une réunion en juillet 1927, en présence de Vel-Durand et Provin, pour dénoncer « la carence du gouvernement contre le communisme. »

Une des dernières manifestations publiques de Vel-Durand est la participation, en avril 1928, à l’assemblée générale de la Mutualité maternelle de Paris, importante association caritative locale.

Henri Vel-Durand meurt le 1er septembre 1928 à Joinville. Il siégeait au conseil municipal de la commune depuis 32 ans, dont 16 ans comme conseiller municipal, sept ans comme adjoint au maire et neuf ans comme maire. Âgé de 61 ans, il était père de deux enfants. Son fils Louis, repreneur de la charge de greffier, sera également un historien des environs de Vincennes.

Lors des élections municipales complémentaires qui font suite à son décès, une liste du cartel des gauches emporte les trois sièges à pourvoir, malgré le maintien des communistes au second tour, contre les candidats du successeur de Vel-Durand, son ancien adjoint Stephen Durande.

Décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en décembre 1897 et officier de l’instruction publique en janvier 1904, Vel-Durand avait obtenu en juillet 1887 la médaille d'or de la mutualité et en avril 1925 une médaille de bronze pour acte de courage et de dévouement. En avril 1917, il a été fait chevalier de la Légion d’honneur, décoration qui lui a été remise par le général Robert Nivelle, commandant en chef des armées.

Pierre Champion, historien et maire de Nogent-sur-Marne, a fait un éloge d’Henri Vel-Durand au nom de l’Amicale des maires de la Seine. Il le qualifie de « collègue aimable, administrateur plein d’activité, d’expérience et de scrupule ». Il assure qu’en sa qualité de greffier de la justice de paix de son canton, depuis sa fondation en 1905, il était un conseiller juridique très écouté qui « savait trouver les solutions du bon sens, l’arbitrage équitable qui pacifie ». Champion le qualifie de « basochien », selon l’appellation en usage pour les professionnels de la justice. Il estime que c’est à sa croix de la Légion d’honneur, obtenue à titre militaire, qu’il était le plus sensible.

En hommage à son ancien maire, la commune de Joinville prend en charge son inhumation et baptise une de ses voies du quartier du Centre « rue Henri Vel-Durand. »

Fin

La tombe de Vel-Durand à Joinville

 

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2021 5 23 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Premier adjoint au maire de Joinville-le-Pont en poste, âgé de 47 ans, Henri Vel-Durand est mobilisé au début de la première guerre mondiale en sa qualité d’officier d’artillerie en août 1914 alors qu’il était en vacances à Arcachon (Gironde) ; il se met, de ce fait, en retrait de son mandat municipal et Watrinet est chargé de le suppléer. Il rejoint La Fère (Aisne) où il contribue à l’organisation des parcs d’artillerie. Il est blessé en novembre 1915 et évacué. Il reprend son poste en février 1916 puis est de nouveau blessé et hospitalisé à Fleury-sur-Aire (Meuse) en octobre 1917.

Bien qu’absent de Joinville, Henri Vel-Durand se solidarise, en février 1916, avec le maire Achille Mermet, mis en cause par le journal Voix des communes pour sa gestion des subsides versés par la société Bi-Métal pour aider les nécessiteux. Il participe à la vie locale pendant ses retours à Joinville, par exemple une conférence sur la marmite norvégienne en août 1917 ou le Noël des enfants préparé par la société de l’Allaitement maternel en décembre 1918.

Après sa démobilisation, Henri Vel-Durand, reprend son poste d’adjoint au maire de Joinville. Les élections municipales, qui avaient été repoussées pendant le conflit, sont programmées pour novembre 1919. Le maire sortant, Achille Mermet, ne se représente pas. C’est Henri Vel-Durand qui conduit la liste d’Union républicaine et sociale. Le contexte de guerre a favorisé un état d’esprit d’union nationale, qui fait que Vel-Durand prend sur sa liste, outre des radicaux dissidents, quelques radicaux-socialistes officiels, dont l’ancien adjoint au maire Georges Briolay ou Léon Roux. Il récupère également plusieurs socialistes, devenus indépendants après avoir rompu avec la SFIO, comme Julien Périn.

Par contre, le parti socialiste SFIO présente une liste autonome, conduite par Georges Laruelle, tout comme la droite conservatrice et libérale, sous le nom de Bloc indépendant, derrière Jules Beauvais. Les candidats de Vel-Durand arrivent en tête, avec une moyenne de 44% des suffrages exprimés contre 30% aux socialistes et 26% à la droite. Vel-Durand recueille 834 voix sur 1 694 votes exprimés pour 1 715 votants et 2 491 inscrits. La droite s’étant retirée, l’Union républicaine et sociale remporte le scrutin avec plus de 63% des voix et tous les sièges. Vel-Durand recueille 949 suffrages.

Le soir du deuxième tour, le maire sortant, Achille Mermet, décède ; même s’il ne s’était pas représenté, il était toujours en fonction. Henri Vel-Durand est élu maire, avec comme adjoints Julien Périn et Stephen Durande.

Le mandat de Vel-Durand est marqué par deux importantes cures de la Marne, en janvier 1920 et surtout en 1924. La reconstitution des organismes économiques et sociaux de la ville débute par l’abandon de la monnaie de guerre, qui faisait partiellement office de substitution à l’absence de liquidités. Le Groupement amical des industriels, commerçants et des habitants de Palissy-Polangis naît en janvier 1920 sous l’égide de l’adjoint, Stephen Durande, suivie par l’Association des commerçants de la rive droite en novembre.

L’inauguration du monument aux morts de Joinville, en novembre 1922, sous la présidence de M. Paul Strauss, ministre de la Prévoyance sociale, tourne à la polémique. Vel-Durand avait accepté que l’avocat Oscar Bloch prenne la parole au nom de la Ligue des droits de l’Homme. Ferdinand Buisson, le président de la Ligue, lui avait assuré que son discours n’aurait pas de contenu politique. Mais Bloch évoque la France « dont les hommes ne veulent pas mourir pour la patrie, mais vivre pour elle », et fait référence à la Russie bolchevik. Vel-Durand lui arrache des mains les feuillets de son discours. À l'issue de cette cérémonie, trois cents communistes, porteurs d'insignes, pénétrèrent dans le cimetière puis se rendirent avenue Galliéni où ils chantèrent l'Internationale et manifestèrent aux cris de « Amnistie ! Amnistie ! ». La police les dispersa sans incident. Bloch fut réprimandé par le comité exécutif de la Ligue. Suite à son attitude, l’hebdomadaire satirique, le Canard Enchainé, lui attribue sa « noix dorée d'honneur. »

Le mois suivant, au contraire, le conseil municipal critique l’attitude du gouvernement trop laxiste envers les patrons boulangers, soulignant qu’il est bien plus sévère lors des manifestations de la classe ouvrière. Pour empêcher le patronat d’affamer la population, il met à l’étude l’installation d’une coopérative de boulangerie sous le contrôle du conseil municipal.

Alors que la gauche commence à s’organiser, autour des radicaux-socialistes et des socialistes SFIO maintenus, après le départ des communistes, Vel-Durand décide d’organiser son propre groupe politique. Un Comité d’union et d’action républicaines est lancé en avril 1923, rassemblant des républicains de gauche (groupement de droite), des radicaux et des socialistes indépendants. En septembre, Vel-Durand fait démettre son premier adjoint, Julien Périn, qu’il accuse de ne pas être présent. Ce dernier se défend avec véhémence dans la presse locale. Il est remplacé par Léon Roux.

Une réception en l’honneur des champions sportifs joinvillais est organisée en janvier 1924 à la mairie. On y célèbre notamment le marcheur François Decrombecque, l’international de football Philippe Bonnardel, le médaillé olympique d’aviron Georges Piot et le nageur Bébé Lavogade.

En octobre 1924, la presse nationale s’intéresse à un conflit entre les deux communes voisines de Joinville et Champigny. Le Matin déclare qu’elles « se déclarent la guerre » quand L’Œuvre assure que « Les gosses de Champigny sont indésirables à Joinville ». Le quartier de Polangis, réparti sur les deux communes, est isolé du reste de la ville de Champigny, qui n’y a pas d’équipement, quand Joinville a construit un groupe scolaire. Les habitants du quartier préféraient envoyer les enfants dans cette école, et il y en avait 87. La ville de Joinville demanda à la commune de Champigny de lui rembourser le montant des frais scolaires qu'elle avait déboursés, mais cette dernière refusa, prenant prétexte du fait que lesdits habitants contribuaient au commerce joinvillais en fréquentant son marché. En conséquence, Joinville revendiqua le rattachement du quartier à son territoire, ce à quoi Champigny s’opposa. Le maire Vel-Durand fit afficher que, désormais, il refuserait les enfants de Champigny, mais la mesure fut partiellement rapportée après une « grève de l'école ». Un siècle plus tard, le conflit persiste encore.

En février 1925, la mairie engage la construction d’un second bureau de poste.

À suivre

La rue Vel-Durand à Joinville

 

Partager cet article
Repost0
21 juillet 2021 3 21 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Au sein du conseil municipal de Joinville-le-Pont, début 1911, la maladie du maire, Eugène Voisin, qui est en poste depuis 23 ans déjà, accélère les tensions entre ceux qui ont jusqu’ici fait partie de son équipe. En février, quatre élus radicaux de 1908 (Watrinet, Mermet, Vel-Durand et Arnaud) acceptent de déférer à une convocation du parti socialiste SFIO, transmise par son secrétaire, Émile Lebègue, pour rendre compte de leur mandat. Maurice Watrinet, entrepreneur de pompes funèbres et ancien secrétaire général de la mairie, indique qu’il a quitté le parti radical, et laisse entendre qu’il se présenterait aux élections municipales de 1912, sollicitant le soutien des socialistes pour espérer devenir maire. Achille Mermet, professeur de physique-chimie, déclare qu’il n’a pas quitté le parti radical, mais estime le maire trop âgé et lui demande de donner sa démission. Vel-Durand blâme la lenteur de l’administration municipale. Quand à Chéri Arnaud, sellier, personnalité du quartier de Polangis, il soutient ses collègues. Sont également présent dans cette réunion Théophile Leteuil, le représentant du comité socialiste évolutionniste de 1908 et l’avocat Louis Gallas, porte-parole de la droite. L’hebdomadaire Voix des communes assure qu’on aura, s’ils partent ensemble aux élections, « une épatante liste des maires, avec une demi-douzaine de prétendants à l’écharpe ». Un membre du comité radical-socialiste de Joinville écrit une lettre ouverte à Vel-Durand, s’inquiétant de son intervention : « vous m’avez produit une bien mauvaise impression. »

Toujours en février, le conseil municipal convoque lui aussi sa réunion de compte-rendu de mandat. Elle se déroule en l’absence du maire, malade, sous la houlette des adjoints, Villain et Briolay, du chimiste Rey, chroniqueur de Voix des communes, et d’Albert Gallas, pilier du comité radical-socialiste. Watrinet, Vel-Durand, Mermet et Arnaud font une entrée conjointe applaudis par les socialistes SFIO et les amis de Leteuil.

Parmi les sujets qui portent à polémique figure l’entretien d’une voie du quartier de Palissy, le chemin de Brétigny, dégradé par un entrepreneur avec lequel la municipalité est en conflit pour savoir qui doit payer les réparations. Les socialistes dénoncent « l’incurie et la mauvaise gestion municipale » et la « construction d’une trop belle mairie » alors que l’école maternelle est, selon eux, « dans un triste état ». Vel-Durand déclare qu’il est toujours radical, mais fait partie des conseillers qui combattent la municipalité. Il critique le dernier budget, mal rédigé d’après lui, qu’il a cependant voté. Après Watrinet, Arnaud assure qu’il donne sa démission du comité radical-socialiste et trouve le maire trop âgé, appelant à le remplacer.

Louis Gallas dans le Courrier libéral, se réjouit : « rien ne va plus au conseil. MM. Vel-Durand, Mermet, Watrinet et Arnaud sont dissidents et osent avoir des idées et des opinions sans demander l’autorisation du comité radical de Joinville. Ils ne veulent plus obéir servilement aux injonctions de la franc-maçonnerie ! Ils pactisent avec les [socialistes] unifiés ». Il assure que « la municipalité, par un défaut de cohésion, est incapable de gérer plus longtemps les affaires de la commune ; c’est que notre maire Voisin n’a malheureusement plus les forces nécessaires pour guider la trirème municipale. La démission collective du conseil municipal s’imposerait. »

Après la voirie, c’est un incident dans une école qui provoquer une vive crise au sein du conseil municipal. Rey reprend la dénonciation, par une mère d’élève, du comportement douteux de certains élèves de l’école de Polangis. Les quatre dissidents, rejoints par deux autres, l’artiste peintre Henri Poitevin et Jules Beauvais, critiquent la divulgation des faits et provoquent la suspension de la séance du conseil. Ils convoquent une réunion en soutien au directeur de l’école, accusé de complaisance. Au sortir de la réunion, ils manifestent devant le domicile de Rey, que la police vient protéger.

Les six dissidents démissionnent, ce qui a pour effet, du fait d’un autre poste vacant, de provoquer des élections municipales partielles. Pendant la campagne, les radicaux-socialistes soulignent la fragilité des convictions radicales des sortants, les qualifient de « Saxons » et assurent défendre l’école laïque contre « les abus et les scandales de tout genre ». Les six sont réélus, en compagnie d’un de leurs alliés, Richard-Cugnet, face à une liste conduite par René Martin, président de l’Union des commerçants, mais non explicitement estampillée du soutien des radicaux-socialistes. Les socialistes et les libéraux avaient renoncé à se présenter, pour soutenir les protestataires. Cependant, l’origine ethnique de Vel-Durand est toujours mise en cause, par exemple par le nationaliste Jean Contoux qui s’offusque que le radical « Rey a le toupet d’écrire que les libéraux et les nationalistes sont les amis de Weil-Durand [sic]. »

Un autre rédacteur de Voix des communes, A Deyres, commente la campagne d’Henri Vel-Durand, qu’il qualifie de « chef de bande ». Il serait « un de ces politiciens à la mode, comme on en rencontre beaucoup dans le firmament républicain : ‘Je travaille pour moi, les autres, je m’en f…’. Élu conseiller municipal puis conseiller d’arrondissement grâce à l’appui de Voisin. N’oubliait pas ses intérêts privés : devint greffier du tribunal de Nogent grâce à l’appui de Maujan. Vilaine campagne électorale en 1909 pour le poste de conseiller général, qui lui aliène l’estime de ses meilleurs amis ; mis en minorité dans sa commune même. Les élections sont un épisode d’un plan longuement préparé pour renverser l’honorable maire de Joinville et prendre sa place. Les électeurs ont à se prononcer entre 2 hommes, Voisin et Vel-Durand. Le corps électoral saura choisir entre l’homme qui l’a toujours servi et l’homme qui s’est toujours servi de lui ». Quand à Rey, qui assure « J’ai défendu Vel-Durand quand il était attaqué et qualifié de juif par le journal de Jean Contoux (…) Vel-Durand renierait son meilleur ami, s’il en avait, pour servir ses intérêts. »

La victoire, à une forte majorité, des dissidents est commentée par un dirigeant du parti radical, Paul Guelpa : « Leur réélection effacera-t-elle leur trahison ? Ils ne sont les élus que d’une fiction. Les dissidents sont les élus de la réaction avouée ». Rey, qui avait été pris pour cible personnellement, raconte : « On m’a fait un crime d’être franc-maçon ; je m’en honore. On avait sur le marché exposé un mannequin couvert d’emblèmes maçonniques qu’on devait ensuite brûler. C’est de l’intolérance. La peur du commissaire a empêché l’autodafé du bonhomme de paille. Je ne me suis pas occupé de la liste Martin, mais Mermet la qualifiait de liste Rey. Toute cette élection s’est faite sur une équivoque des mensonges et des appétits ; la coalition des unifiés, des réactionnaires et des nationalistes a été établie ». Constatant que l’affaire de l’école de Polangis avait été au centre des polémiques électorales, Rey considère le résultat comme « le triomphe de l’onanisme », espérant que « la morale reprendra bientôt ses droits. »

Avec un indépendant élu en 1908, les opposants sont désormais huit contre treize soutiens d’Eugène Voisin. Le comité radical-socialiste est, selon le journal du parti, en « désarroi » suite à la démission des conseillers municipaux qui en étaient membres. Le bureau démissionne et les convoque devant l’assemblée du comité. Accusé d’avoir fait une campagne équivoque haineuse, de mensonge, avec des attaques contre Briolay et Rey, Vel-Durand, critiqué par tous, assure « qu’en attaquant Rey il attaque celui qui voulait être le maître du conseil municipal et qui attaquait tout le monde ». Un radical anonyme oppose aussi les deux hommes en s’adressant à Vel-Durand « Nous estimons Rey comme un bon citoyen, désintéressé, esclave de ses convictions nettement républicaines. Vous n’êtes qu’un vaniteux et un envieux détestable. »

L’inauguration de la nouvelle mairie, en décembre 1911, est l’occasion de nouveaux affrontements. Les huit protestataires s’opposent aux crédits pour le bal et critiquent la cérémonie dans la Revue de Saint-Maur, dont Vel-Durand est un collaborateur. Rey rétorque que « Vel-Durand n’a jamais pardonné à Voisin de n’avoir pas été élu adjoint et conseiller général » et qualifie Beauvais et lui de « politiciens sans consistance, qui ne sont que des profiteurs et des marchands d’influence qu’ils ne possèdent pas ». Vel-Durand conteste l’exécution du budget 1911, estimant que Voisin en aurait été bénéficiaire, au travers de la location des mâts et tribunes du jour de la fête d’inauguration. Vel-Durand y participe cependant, en tant que président du Conseil d'arrondissement de Sceaux.

Les élections municipales de mai 1912 se déroulent dans un climat de forte tension, alors que le maire sortant ne se représente pas. Elles sont marquées par une manœuvre tactique originale. Les trois listes d’opposants, les libéraux de Dalbavie, ancien conseiller municipal, les socialistes de Lebègue et les radicaux dissidents concluent un accord de fusion pour le second tour, au prorata de leurs scores du premier, avec comme objectif de battre les radicaux-socialistes, conduits par l’adjoint au maire Georges Briolay. Le comité radical-socialiste de Joinville tente, en vain, de ramener l’union de ses membres. Le scrutin voit le succès de la coalition, composée de dix radicaux dissidents, sept socialistes et six libéraux. Contrairement aux libéraux, les socialistes ne participent cependant pas systématiquement à la majorité municipale et n’ont pas d’adjoint. Achille Mermet est élu maire, Henri Vel-Durand devient premier adjoint et le libéral Pierre Dalbavie, tailleur d’habits, est le second adjoint.

Une des premières décisions proposée par Vel-Durand au conseil municipal est de doubler le loyer de la maison louée par Rey à la ville, puis de lui donner congé. Leur adversaire au cours du scrutin de 1912, Briolay, témoigne : « Si vous m’accusiez de m’être employé à faire ramasser une veste à Vel-Durand à l’élection au conseil général, ne cherchez pas. Oui, c’est moi le coupable. Je le reconnais. J’avoue : c’est la récompense de sa trahison à la cause radicale-socialiste. »

Suite à son comportement lors des élections municipales, Henri Vel-Durand est exclu du Parti radical-socialiste par la fédération de la Seine. La presse locale commente l’évènement : L’Écho républicain estime qu’il a été « excommunié ». La Revue de Saint-Maur, journal où collabore Vel-Durand, considère que c’est à l’instigation des dirigeants locaux du parti radical, qui sont selon elle Briolay, Roux et Rey. Voix des communes se félicite que « la maison est maintenant propre, l’on ne risque plus d’y coudoyer les traîtres et les renégats ». L’Union radicale-socialiste de Saint-Maur écrit que « la situation politique [de Vel-Durand], anormale tout d’abord, était devenue scandaleuse et insupportable ». Le journal considère « qu’il était entré en lutte avec lui en s’alliant aux ennemis de notre parti aux élections municipales. C’était déjà une faute grave. (…) Ce que l’opinion ne lui pardonnera pas, c’est d’être resté au parti radical sans radicalisme. »

À suivre

Les glaces dans la Marne pendant l'hiver 1917

 

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

En prévision des élections municipales de mai 1908, le rôle d’Henri Vel-Durand augmente significativement. Le journal de droite, publié par Louis Nectoux, Le Travailleur français, lui prêt l’intention de présenter, avec de député Maujan, une liste de candidats à Joinville. le président du comité radical-socialiste réplique vertement à Nectoux que « C’est le comité radical-socialiste qui présentera sa liste, Vel-Durand en est membre ». L’hebdomadaire local de la SFIO, Tribune socialiste, parle d’un accord d’un accord entre la « liste Vel-Durand » et le comité d’action sociale, dirigée par Vernière, un cadre de la société cinématographique Pathé, plus gros employeur de la commune.

Au cours de l’assemblée plénière de l'Union des républicains radicaux-socialistes de la deuxième circonscription de Sceaux, qui se tient à Joinville en mars 1908, Vel-Durand interpelle la direction du Parti radical-socialiste au sujet de l'impôt sur le revenu, qui doit être introduit et dont la base « constitue un réel danger politique pour le département de la Seine » selon lui.

Le comité radical-socialiste, dont le maire sortant Eugène Voisin est le candidat, fait face à une opposition venant en partie de son propre camp, un comité socialiste évolutionniste, dirigé par Théophile Leteuil devant lequel la droite s’écarte ; une liste socialiste est également présente. Si Voisin et quatre de ses colistiers est élu dès le premier tour, ses autres soutiens doivent attendre le second tour ; l’adjoint au maire, Honoré Jullien, est battu. Henri Vel-Durand, loin de renouveler son score de 1904 l’emporte de manière modeste, avec 526 voix pour 1 188 votants (44%) sur 1 613 inscrits. Lors de l’élection de la municipalité, il obtient une voix pour le poste de deuxième adjoint, mais c’est Georges Briolay qui est élu. L’hebdomadaire radical Voix des communes indique que Vernière avait transmis le « mot d’ordre de l’usine Pathé » qui était « de voter contre Vel-Durand. »

En juin 1908, avec l’investiture des radicaux-socialistes, Vel-Durand est candidat au renouvellement de son poste de conseiller d’arrondissement du canton de Saint-Maur. Face à un socialiste indépendant et un candidat SFIO, il est très largement en tête au 1er tour avec 2 949 voix sur 3 933 votants (75%) pour 10 310 inscrits. Le second tour est une formalité, qu’il remporte avec 2 022 sur 2 216 votants (91%).

Dans le même canton, Vel-Durand est de nouveau candidat, en mai 1909, pour le poste de conseiller général, dont le rôle est bien plus important. Outre un socialiste, il a deux concurrents radicaux, les maires de Saint-Maur, Marin, et de Créteil, Geffroy. C’est Vel-Durand qui avait été choisi par le congrès radical-socialiste cantonal, mais les amis de Marin en avaient été exclus et Geffroy se présentait comme indépendant. Voix des communes remarque que, « à Joinville, Vel-Durand ne compte pas que des amis » et marque une préférence pour Marin, qui a pris l’engagement de se désister pour Vel-Durand s’il n’arrive pas en tête.

Le premier tour donne une légère avance, de 80 voix, à Vel-Durand. Marin refuse finalement de se retirer, malgré ses déclarations antérieures, se justifiant par le fait que Vel-Durand n’aurait pas pris un tel engagement. La Fédération de la Seine laisse entendre par son président, Bonnet, que « la décision de Marin lui paraissait motivée par des raisons sérieuses ». Après avoir objecté que, si « les fonctions de greffier de justice de paix et de conseiller général sont compatibles avec la loi », cependant « le cumul est contraire aux intérêts du canton » l’organe radical apporte un appui très formel : « Nous sommes respectueux de la discipline républicaine et demandons aux électeurs de faire leur devoir républicain. »

Lors du second tour, Vel-Durand est largement battu par Marin, recueillant  2 245 voix sur 6 044 votants (37%) contre 2 668 à Marin et 1 008 au socialiste Restiaux.

Contestant l’attitude de Marin, Vel-Durand demande son exclusion par le Comité central d’union et d’actions républicaines de la 2e circonscription de Sceaux, attaquant aussi l’attitude du journal Voix des communes. Le chroniqueur de cet organe radical, A. Deyres, critique son attitude, assurant que « Vel-Durand fait partie des arrivistes pour lesquels tous les moyens sont bons ». Marin est exclu par la fédération de la Seine mais la commission de discipline, approuvée par le comité exécutif du parti radical-socialiste, se contente d’envoyer un blâme et annule l’exclusion de Marin et de son comité.

Lors des grandes inondations de la Marne au premier trimestre 1910, le quartier du Canal, où vit Vel-Durand, est envahi par les eaux. Un peu plus haute, la maison Vel-Durand sert de refuge et accueille 17 habitants forcés de fuir leurs demeures. Lui-même fait partie d’une des commissions de désinfection mises en place pour visiter les locaux inondés, et accorder la permission de réintégration, après l’évacuation des boues et des immondices. Il participe a l’organisation d’une loterie, pour recueillir des fonds en faveur des inondés.

Au sein du conseil municipal de Joinville, des tensions apparaissent après la fin de la mobilisation en faveur des inondés. En décembre, la rédaction du compte-rendu de mandat, qui doit être envoyé par le conseil municipal aux électeurs par la poste, est confié aux adjoints après que le chimiste Louis Rey et Vel-Durand aient refusé de le rédiger, suite aux critiques faites sur le précédent compte-rendu, jugé trop long. Rey souhaite qu’il soit soumis au comité radical-socialiste, dont 22 des 23 élus sont membres.

Début 1911, un nouveau journal de droite sur le canton de Saint-Maur, le Courrier libéral, soutient que le conseil est divisé en deux clans : celui qui suit le premier adjoint faisant fonction de maire (Paul Villain, le maire Eugène Voisin étant malade), l’autre qui a confiance en l’étoile de Vel-Durand. Le rédacteur, l’avocat Louis Gallas qualifie Vel-Durand de « juif. »

À suivre

Henri Vel-Durand

 

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Vel-Durand

Les élections municipales de mai 1900 voient le retour d’une compétition, avec des candidats présentés par le comité électoral socialiste-révolutionnaire. Cependant, toute la liste d’Eugène Voisin est réélue dès le premier tour, Henri Vel-Durand y compris. Il est nommé rapporteur du budget et secrétaire de toutes les commissions importantes (travaux, octroi, électricité). Il fait partie, en avril 1902, des cinq délégués de la commune au sein du Comité d’union et d’action républicaines de la deuxième circonscription de l’arrondissement de Sceaux, qui rassemble les comités radicaux-socialistes.

Deux mois plus tard, le Comité républicain radical-socialiste de Joinville se transforme en structure permanente, alors qu’il renaissait à chaque élection jusqu’ici. Vel-Durand est un des huit délégués du comité. Toujours en juin 1902, Vel-Durand est en compétition, pour l’investiture radicale-socialiste au conseil d’arrondissement, avec Émile Palade, ancien maire de Créteil, ancien conseiller d’arrondissement. Le directeur du journal radical Voix des communes, Gaston Meynet, commente : « Palade, très apprécié, très sincèrement républicain et libre-penseur, intelligent et rompu aux affaires. Vel-Durand, conseiller municipal de Joinville, caractère bienveillant, esprit élevé, intelligence ferme, convictions républicaines ». Il donne ensuite son sentiment : « M. Vel-Durand ferait certainement un très bon conseiller d’arrondissement. Toutefois, en la circonstance, je lui préfèrerais M. Palade, qui a fait ses preuves et vraiment avec quelqu’éclat ». C’est pourtant Vel-Durand qui est désigné et l’organe radical le présente alors comme « un enfant du pays (…) Républicain ardent, radical-socialiste ». Il recueille au premier tour 1 653 voix soit 57% des 2 894 votants pour 8 788 inscrits contre 1 121 à un candidat de droite, Camille Raoult, également conseiller municipal de Joinville. Il l’emporte au second tour par 1 631 voix contre 967. Commentant le fait que le scrutin avait été peu suivi, le journal écrivait : « Le Conseil d’arrondissement tient une place très modeste ».

Tentant une œuvre pédagogique, Vel-Durand publie en décembre 1902 une brochure, Le conseil général de la Seine et le conseil municipal de Paris. Il propose un rééquilibrage entre Paris et la banlieue au conseil général en augmentant le nombre d’élus de cette dernière.

Au sein du conseil municipal, Vel-Durand vote en juin 1902 avec la majorité des élus contre l’autorisation d’installation demandée par les Sœurs enseignantes de la Providence, à une époque où l’église n’est pas encore séparée de l’État.

Le scrutin municipal de 1904 confirme la montée d’une opposition de droite, dans un climat marqué par l’exacerbation de la question religieuse. Eugène Voisin s’affiche avec le programme radical-socialiste, sa liste assurant avoir « une réprobation énergique du nationalisme et du cléricalisme » au cours des réunions de compte-rendu de mandat tenues en avril. Elle assure combattre « la réaction » et les « adversaires de la République », dans lesquels le comité radical-socialiste range les quatre conseillers municipaux dissidents de la majorité sortante (Dalbavie, Raoult, Boivin et Moulinet). Avec quatorze autres de ses colistiers, Vel-Durand est réélu dès le premier tour, où il arrive en seconde position derrière le maire, recueillant 650 voix soit 58% des 1 119 votants pour 1 363 inscrits. La liste de droite a un seul élu, sur vingt-deux, tandis qu’une nouvelle fois, les socialistes-révolutionnaires n’emportent pas de siège. L’ancien député radical-socialiste Jules Ferdinand Baulard commente le résultat « Je souhaite que nous puissions décrasser notre commune dont nous avons été considérés pendant longtemps comme des anarchistes qui voulaient tout bouleverser ; c’est une satisfaction que nos efforts et nos idées ont gain de cause. »

Une grande conférence du Parti républicain radical et radical-socialiste de la circonscription se tient à Nogent-sur-Marne en avril 1905 avec 600 participants. Comme conseiller d'arrondissement, Vel-Durand figure au bureau. On le retrouve à la fête républicaine de juin de la même année, qui se tient à Charenton. Il participe également à la conférence publique de novembre à Joinville du député radical-socialiste Adolphe Maujan, soutenant son appel « à l'union de toutes les forces républicaines contre la coalition réactionnaire et cléricale ». Toujours en décembre 1905 à Charenton, Vel-Durand fait partie des 800 militants des 24 comités radicaux et radicaux-socialistes qui approuvent la candidature de Maujan pour sa réélection.

Au sein de l’Union des radicaux-socialistes de la 2e circonscription de Sceaux, réunie à Joinville en juillet 1907, Vel-Durand présente un rapport sur les rapports entre les comités et les élus. Dans la même ville, il participe en novembre au punch d'honneur pour Maujan, devenu sous-secrétaire d'État à l'Intérieur dans le gouvernement de Georges Clemenceau. Il siège, toujours à Joinville, au bureau de la même union qui réclame la création de fédérations départementales uniques au sein du parti radical.

À suivre

La maison d'Henri Vel-Durand à Joinville

 

Partager cet article
Repost0
15 juillet 2021 4 15 /07 /juillet /2021 00:01

Début de la biographie d’Henri Vel-Durand

Henri Victor Louis Vel naît le 8 mai 1867 à Paris (6e arr.). Il est le fils de Marie Christine Émilie Claudel et de son époux Maurice Samson Louis Vel, avocat qui vivent rue Saint-André des Arts. Il porte les trois prénoms qui étaient ceux d’un frère né en 1865 et mort âgé de trois semaines ; la famille reproduira cette homonymie avec ses deux sœurs cadettes, la première ne survivant également que quelques jours. La famille s’installe à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne), où Henri fréquente l’école communale. Ils vivent ensuite dans la ville voisine de Saint-Maur-des-Fossés, dans le quartier du Parc, avant d’acquérir, en 1882, une villa qui restera sa résidence à Joinville-le-Pont, dans le quartier du Canal, à proximité de Saint-Maur. Elle porte d’ailleurs l’adresse d’une voie de cette dernière commune, la rue Saint-Honoré, qui prendra ensuite le nom de Maurice-Berteaux.

À l’instar de son père et de son oncle paternel Henry, préfet du Morbihan et du Nord puis conseiller d’État, il adoptera le nom de « Vel-Durand » qui était déjà celui de son grand-père Gaspard, fabricant de chocolat.

Le quotidien d’extrême-droite La Libre parole attaqua son père et son oncle du fait de leur origine juive. Ainsi, le journaliste antisémite Raphaël Viau menaça Louis Maurice Vel-Durand en mars 1896 parce qu’il avait osé critiquer Édouard Drumont, directeur du journal : « Nous engageons vivement ce vilain Youtre à être plus réservé à l'avenir dans son charabia judische. »

Devançant l’appel au service militaire, Henri Vel-Durand s’engage pour un an en novembre 1886 et est affecté au 15e régiment d’artillerie. Dans la réserve, il devient ensuite sous-lieutenant en février 1889, lieutenant en février 1898 puis capitaine en juin 1911.

Comme son père, Henri Vel-Durand fut d’abord clerc d’avoué puis devint avocat en 1889 et exerça à la Cour d’appel de Paris, où sa présence est attestée en 1896. Il devint, en janvier 1899, suppléant du juge de paix de Pantin (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Conservant toujours son titre d’avocat à la cour d'appel de Paris, il prit en décembre 1901 la fonction de suppléant du juge de paix de Charenton (Seine, act. Val-de-Marne).

L’engagement dans la vie publique d’Henri Vel-Durand se manifeste dans différents domaines. Il préside en juillet 1887 la Société amicale et de prévoyance de la préfecture de police de Paris et en est toujours l’avocat conseil en février 1898.

Il est également membre de l’Union de la jeunesse républicaine, association d’éducation populaire créée, en 1882, sous le patronage de Victor Hugo. Il en est secrétaire en octobre 1896 ; le président est le député du Gard, Gaston Doumergue, futur président de la République. Dans le cadre de cette organisation, Vel-Durand donne des conférences, par exemple une en juin 1897 à Joinville sur la suppression des octrois, qui existaient à l’entrée de la plupart des villes, dont Joinville. En juin 1904, Henri Vel-Durand préside l’Union de la jeunesse républicaine et lance une souscription pour élever à Paris (15e arr.) une statue à Garibaldi. en 1926, il était toujours fidèle à l’association.

Même s’il n’a pas combattu encore, très sensible aux questions militaires, Vel-Durand est, en 1900, un des fondateurs de la 740e section de société des Vétérans, qui rassemble les anciens combattants de la guerre de 1870. Il en est le président, fonction qu’il exerce toujours en 1912. Il en reste membre en 1926, quand elle s’est élargie aux combattants de la première guerre mondiale.

Le mariage d’Henri Vel-Durand avec Antoinette Henriette Soudée est célébré à Paris (6e arr.) en avril 1899. Elle est la fille d’un architecte, inspecteur des travaux de la ville de Paris. Son oncle homonyme, alors conseiller d’État et commandeur de la Légion d’honneur, est témoin du mariage.

Quittant ses fonctions d’avocat et de suppléant du juge de paix, Henri Vel-Durand est nommé en octobre 1905, par décret du président de la République, greffier de la justice de paix de Nogent-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne), nouvellement créée. Il verse une indemnité de cinquante-quatre mille francs au greffier de Saint-Maur qui couvrait précédemment l’ensemble du territoire. Son office est installé rue des Jardins. Il fut transféré dans la Grande-Rue après-guerre.

L’avocat Henri Vel-Durand s’implique très rapidement dans la vie politique de sa petite commune.

En mai 1896, alors qu’il est encore un inconnu pour beaucoup de ses concitoyens, et même les chroniqueurs de la presse locale, il figure sur la liste du maire sortant, Eugène Voisin, soutenu par le comité radical-socialiste. Sans concurrents, la liste du maire est élue intégralement dès le premier tour et Vel-Durand devient conseiller municipal. Il joue rapidement un rôle significatif, étant élu en juin 1897 délégué sénatorial, puis en janvier, avril et décembre 1899. En décembre 1893, il avait été désigné comme représentant de la commune dans une des commissions d'études de la Ligue Paris banlieue, celle chargée de l’éclairage.

À suivre

L'entrée de la maison de Vel-Durand à Joinville

 

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 00:01

Mise à jour de la biographie d’Étienne François Yvon, publiée le 20/09/2016

Étienne François Yvon naît en 1722 à Dourdan (act. Essonne). Il est le fils d’Anne Marguerite Brebier et de son époux Étienne Yvon, un hôtelier devenu un bourgeois de la ville.

En se rendant à Paris en 1742, Yvon entame une longue carrière judiciaire. Clerc de procureur au Châtelet, le tribunal de Paris, il est nommé procureur par le roi Louis XV et prête serment le 21 janvier 1752. Jouissant d’une évidente fortune, Yvon réside à Paris dans le quartier de paroisse Saint-André-des-Arts (act. 6e arr.), 4, rue Saint-Antoine. Dans la même église, il épouse en février 1752 Marie Jeanne Henriette Leferron., fille d’un écuyer.

La veuve d’un commissionnaire de bois lui cède, en avril 1761, une ferme, une maison et terres dans le village de Pont de Saint-Maur (act. Joinville-le-Pont, Val-de-Marne), qui dépend alors de la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur au plan spirituel, mais dispose de son autonomie en matière fiscale.

Au Châtelet, il se spécialise dans les questions civiles, notamment celles touchant les successions ou les questions artistiques.

Un arrêt du 18 juin 1767 nomme Étienne François Yvon membre du conseil de la Comédie-Française. Il avait antérieurement défendu les intérêts des pensionnaires dans des procédures.

Bien qu’il ait alors atteint un âge assez avancé, Yvon poursuit son rôle de magistrat pendant la Révolution. Il est juge-suppléant au Tribunal civil de la Seine, rue des Tournelles puis juge titulaire en frimaire an 4 (décembre 1795).

Dans sa résidence parisienne, comme dans le village du Pont-de-Saint-Maur, Yvon va jouer un rôle significatif au début de la Révolution française.

Il est élu le 16 juin 1791 lors de l’assemblée primaire de la section de la place Royale, pour siéger au sein de l'assemblée électorale du département de Paris, qui regroupe les délégués des 48 sections urbaines et des 16 cantons ruraux. Chaque centaine de citoyens actifs avait le droit de désigner un électeur.

Lors de la première séance, le vendredi 26 août 1791, Yvon, qui a 69 ans, doit à son âge de siéger au sein du bureau provisoire, au côté du doyen, M. Cozette. Yvon obtiendra quelques voix, mais ne sera pas élu, lors de la désignation du bureau définitif de l’assemblée pas plus que, les 8 et 9 septembre, quand il s’agira d’envoyer un député à l’Assemblée nationale.

S’il n’est pas mentionné sur la liste des électeurs du club de la Sainte-Chapelle publiée en 1791, il apparaît sur celle de 1792. Le seul fait d'avoir appartenu à ce club, réputé modéré, devint un motif d'exclusion de l'assemblée électorale de 1792.

Le village du Pont-de-Saint-Maur devient, en février 1790, une municipalité à part entière, sous le nom de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, malgré les contestations de la municipalité de Saint-Maur. Le village se rebaptisera Joinville-le-Pont (act. Val-de-Marne) en 1831. Yvon devient commandant d’une garde nationale de 120 hommes, regroupant la quasi-totalité des hommes majeurs du village, qui compte 409 habitants en l’an 3 (1794). Selon l’historien de Saint-Maur Émile Galtier, « cette garde est en activité, presque armée, habillée et instruite ; elle monte exactement toutes les nuits, elle a son corps de garde et sa chambre d'arrêt ou prison. »

C’est au nom de la garde nationale mais également de la municipalité du Pont-de-Saint-Maur, qu’Yvon présente en octobre 1790 devant le directoire du département de Paris un « mémoire pour établir l'importance de cette municipalité et l'utilité de son maintien pour la sûreté de la navigation » sur la Marne. Cette intervention jouera un rôle sans doute décisif pour maintenir l’existence d’une commune séparée.

L’année suivante, Yvon intervient pour l’équipement de sa garde et obtient 500 cartouches du bureau municipal (faisant office de direction du département), qui prend en compte « les services fréquents que Paris reçoit » du bataillon du Pont de Saint-Maur.

Le 21 septembre 1791, la garde nationale, dont l’abbé Bauche est l’aumônier, joue un rôle important dans la cérémonie organisée pour la publication de l’acte constitutionnel que proclame le prêtre. Le soir, un feu est allumé au milieu du pont, et on y danse jusqu’au milieu de la nuit. Bauche et Yvon auront été, bien qu’ils n’y vivent pas, parmi les plus fervents partisans de l’autonomie communale de la future Joinville-le-Pont. En 1793, Yvon mentionne sur sa carte de sûreté qu’il est ancien commandant de la garde nationale du Pont de St Maur. Il réside 4, rue des Tournelles après avoir habité précédemment rue Mazarine.

Étienne François Yvon, meurt à Paris le 16 germinal an 4 (5 avril 1796), n’ayant semble-t-il pas cessé son activité judiciaire. Il était dans sa soixante-quatorzième année.

Le vieux pont de la Branche

 

Partager cet article
Repost0
4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 00:01

Jean Ferdinand Lucot naît le 9 novembre 1831 dans la commune qui venait de prendre le nom de Joinville-le-Pont. Il est le fils de Marie Félicité Neveu de son époux, Jean Louis Nicolas Lucot, alors marchand de vins et plus tard entrepreneur de maçonnerie. Il est également l’arrière-petit-fils d’un officier municipal (adjoint au maire) de la période révolutionnaire, Jean Toussaint Lucot.

Probablement vers 1850, Jean Ferdinand Lucot se voit attribuer une concession en Algérie dans le village de Hennaya (act. wilaya de Tlemcen). Il s’agit d’y développer des cultures maraîchères et des vignes. S’il y réside réellement, il semble toutefois être rapidement rentré en France.

En février 1858, Jean Ferdinand Lucot, qui est alors maçon chez son père à Joinville, épouse Louise Testel. Elle est la fille, née d’un premier lit, d’Anne Simonin, épouse, en secondes noces, de son père, Jean Louis Nicolas Lucot. Il reprend ensuite l’activité de maçonnerie de son père à Joinville. En 1864, il obtient le marché de la construction de la gendarmerie de la commune.

En septembre 1870, Jean Ferdinand Lucot est élu membre du conseil municipal que venait de quitter son père, décédé avril 1870. Le maire est Auguste Courtin et son adjoint est Louis Ferdinand Rousseau, tous deux conservateurs. La commune est violemment touchée par les combats entre les forces allemandes et françaises au cours de la bataille de Champigny, qui fait près de trois mille morts, dont une partie sur le territoire de Polangis. La population évacue Joinville, en majorité, et la municipalité s’installe à Paris pendant le siège de la capitale. L’école du Parangon a été transformée en hôpital provisoire.

Après l’arrêt des combats et le retour des joinvillais dans leurs habitations, la commune est occupée par des troupes wurtembourgeoises puis bavaroises. Le pont sur la Marne, qui relie les deux parties du territoire, a été détruit. Jean Ferdinand Lucot est réélu lors du scrutin de juillet 1871, qui reconduit également Courtin et Rousseau. Son mandat prend fin en 1874.

Le maire, Auguste Courtin, ayant démissionné, une élection partielle est organisée en septembre 1876. Lucot est élu conseiller municipal, Louis Ferdinand Rousseau devient maire avec comme adjoint.

Lors des élections municipales de janvier 1878, la liste conservatrice de Louis Ferdinand Rousseau, bonapartiste, est battue par des républicains menés par Gabriel Pinson qui est élu maire. Lucot ne siège plus au conseil.

Un singulier procès sous l’accusation de tentative d’escroquerie est intenté à Lucot en mars 1881 devant le tribunal de la Seine. Le quotidien Le Temps relève que c’est « une de ces causes qui relèvent de la science beaucoup plus que de la loi et où se révèlent les faiblesses et les misères de l'entendement humain ». Chargé, en 1879, de la construction d'un égout à Joinville-le-Pont, Lucot se voit adresser, en avril 1880, l’avis de paiement d’une somme conséquente de 27 800 francs, qu’il se fait alors payer. En novembre 1880, affirmant avoir retrouvé ledit avis et croyant ne pas l’avoir encaissé, il se présente de nouveau pour obtenir le versement de cette somme. C’est ce qui lui vaut de comparaître en justice. La défense cite comme témoins de moralité Gabriel Pinson, maire de Joinville, qui le considère comme « au-dessus de tout soupçon » et Auguste Courtin, l’ancien maire, qui cite de lui des traits d'exquise probité. C’est la déposition de son médecin qui emporte la décision des juges : jeune, Lucot chuta d'un échafaudage, et il est resté sujet à des absences de mémoire. Pour le docteur Laurent, « Il est manifeste que son esprit n’est pas parfaitement net ». Lucot est acquitté. À cette période, l’entreprise Lucot employait régulièrement 200 à 250 ouvriers.

Après que Pinson ait rompu avec les membres les plus radicaux de son conseil, Lucot revient siéger en janvier 1881 au sein de l’assemblée communale. Il est réélu en janvier 1884, toujours avec Pinson comme maire et Eugène Voisin en tant qu’adjoint.

Jean Ferdinand Lucot, qui résidait rue de Créteil (act. boulevard du Maréchal-Leclerc) meurt le 4 février 1885 à Joinville. Il était âgé de 53 ans et père de trois enfants.

L’hebdomadaire Voix des communes, de tendance radicale, commente ainsi sa disparition : « Si M. Lucot était un simple conseiller, ayant consacré ses loisirs aux affaires de la ville, il est probable que Joinville resterait plus calme. Mais M. Lucot n’avait pas de loisirs, tant il s’occupa activement, jusque la dernière heure, de ses propres affaires. Du reste intelligent, actif, dénué des préjugés d’un autre âge, dans lesquels s’encroûtent trop de ses contemporains, il réussit à devenir plus que millionnaire. »

L’enterrement de Lucot est également évoqué longuement par Henry Vaudémont, le rédacteur du journal radical : «  Avec une touchante unanimité, j’ai entendu éreinter M. Lucot sans que jamais une seule voix s’élevât pour prendre sa défense. Le plus modérés le représentaient comme un ours, une façon de sauvage, ne se plaisant qu’à se promener, un mètre sous le bras et à engueuler (c’est le mot) ses ouvriers. Les autres insistaient sur sa ladrerie. (…) [D’aucuns] citaient des histoires de tombereaux qu’il se faisait payer pour déblayer et vendait ensuite pour remblayer. Ils contaient aussi de lamentables aventures survenues à des imprudents qui, calculant mal leur devis, empruntant pour finir leur maison, se trouvaient, en fin de compte, obligés de tout laisser à l’entrepreneur. En présence de toutes ces récriminations, je m’attendais à voir la population protester par une abstention générale. Ah bien oui ! La foule se porta aux obsèques. Le curé pardonna évangéliquement ses votes anticléricaux. (…) L’illustre Hugedé portait sur un coussin les décorations du philanthrope ad patres [sapeur-pompier volontaire et membre de la fanfare]. (…) Si M. Lucot s’est moqué du monde autant qu’on veut le dire, il a joliment bien fait. Lorsqu’un public est vil et plat à ce point, il faudrait véritablement être un saint pour résister à la tentation de le bafouer et de l’exploiter. »

Son fils, Émile Lucot, poursuivra l’entreprise familiale et tentera, sans succès, de continuer la même activité politique.

La gendarmerie de Joinville, construite par Lucot

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Polmorésie, blog d’histoire
  • : Histoire politique, économique, culturelle et sociale au travers des acteurs qui ont se sont engagés dans la vie publique.
  • Contact

Recherche

Liens