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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 00:01

Suite de la biographie de Louis Rey

Tout en continuant à résider à Paris, Louis Rey prend en location une maison à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Palissy, d’abord avenue Naast  puis dans une propriété municipale inoccupée, rue des Platanes. Il y réside, avec son épouse, principalement aux beaux jours.

À partir de 1908, Rey, s’il conserve des activités dans le 4e arrondissement de Paris, en particulier comme membre de la commission scolaire où il siège depuis 1887 et est encore réélu en 1908, va cependant inscrire son activité politique dans sa nouvelle résidence.

Lors des élections municipales de mai 1908, il est présent sur la liste du comité radical-socialiste de Joinville, qui est présidé par Albert Gallas. La liste comprend, derrière le maire Eugène Voisin. Elle s’oppose à deux listes incomplètes, celle du comité socialiste évolutionniste qui comprend d’anciens socialistes comme Eugène Hainsselin et des personnalités plus à droite comme Provin ou Leteuil, et une autre qui a le soutien du parti socialiste SFIO, nouvellement constituée, conduite par Henri Lacroix.

Les 23 candidats radicaux obtiennent 604 voix en moyenne soit 45% des votants. Les 17 évolutionnistes recueillent 500 suffrages (37%) et les 5 socialistes SFIO 252 (18%). Il y a 6 élus au premier tour. Au total, la liste radicale gagne 21 sièges, les opposants évolutionnistes en ont un et il y a un indépendant. Louis Rey est élu au second tour avec 574 voix soit 48,2% des 1 189 votants.

Au sein du conseil municipal, il devient le porte-parole des radicaux, dont l’influence est contestée tandis que le maire, Eugène Voisin, au pouvoir depuis 1888 et dont la santé se dégrade, voit son autorité baisser. Rey polémique, au conseil et par journaux interposés, avec les élus et groupes d’opposition. François Provin, l’élu de la liste évolutionniste, prendra d’ailleurs prétexte du comportement de Rey pour démissionner en novembre 1908 : « je ne saurai siéger au conseil avec le sectaire qui nous traite de ratapoils et de ratichons ». L’autre élu indépendant, le docteur Gripon, qui a au premier semestre 1909 des ennuis familiaux et judiciaires, s’indigne que Rey soit « un intriguant prétentieux et borné. »

Conseiller actif, Rey tient le compte des réalisations, comparant par exemple en septembre 1908 ce qui a été fait par rapport à ce que demandaient les programmes des trois listes. Il s’intéresse en particulier à ce qui touche aux enfants, écoles et patronage, ainsi qu’à l’organisation de séjours pour les enfants de Joinville à la montagne, en l’occurrence dans son Ardèche natale. Rey s’intéresse aussi à l’hygiène publique et à la vie associative. Dans ce domaine aussi, il n’échappe pas à la controverse : ainsi, il encense la société de l’Allaitement familial, laïque, mais est accusé de calomnie pour avoir considéré que l’Union des mères de famille, catholique, faisait un tri parmi les personnes secourues.

Gardien de la ligne politique, Rey est élu électeur sénatorial en décembre 1908. En mars 1909, le conseil municipal et le comité radical et radical-socialiste organise un banquet en l’honneur de la médaille de chevalier de la Légion d’honneur que reçoit Rey et des Palmes académiques qu’obtient un autre radical, Georges Briolay, adjoint au maire.

Une élection partielle étant rendue nécessaire par l’élection au sénat d’Adolphe Maujan Rey soutient le candidat radical Amédée Chenal contre le socialiste SFIO Albert Thomas, appelant les républicains à voter « contre le représentant de la lutte de classes, pour celui qui représente la solidarité de tous les français dans la République sociale ». Il est élu.

À partir de mai 1909, un problème de voirie va dégénérer en crise politique locale. Un entrepreneur, Castella, utilise une rue de Joinville, le chemin de Brétigny (act. avenue du Président-Wilson), pour faire circuler des tombereaux de boues depuis le port sur la Marne provoquant une dégradation de la chaussée. La ville veut qu’il paie les réparations, ce qu’il conteste longtemps. Tous les opposants se retrouvent pour attaquer la majorité municipale, et notamment Rey : les socialistes, les royalistes, les libéraux… Ils utilisent des arguments parfois contradictoires, accusant parfois la ville de ne rien faire, s’inquiétant d’autres fois qu’elle menace une activité qui procure des emplois.

La majorité municipale éclate en juillet 1909 sur un prétexte. Rey voulait organiser un compte-rendu de mandat uniquement auprès de ceux qui avaient voté pour la liste radicale, mais sept de ses colistiers protestent, estimant avoir à rendre des comptes à tous les électeurs. Lors de cette réunion, finalement ouverte à tous, un socialiste traita Rey de « petit Clémenceau », il répliqua « vous êtes une caricature de Jaurès. »

Après avoir visité l’exposition nationale 1909 à Saint-Cloud (Seine, act. Hauts-de-Seine) en septembre, Rey propose d’en organiser une en 1910 à Joinville. Il met en place un comité ad-hoc, mais le projet n’aboutira pas.

La polémique avec l’opposition ne cesse pas ; en novembre 1909, Rey s’en prend au socialiste SFIO Émile Lebègue, lui reprochant d’avoir un arriéré d’impôt, assurant qu’être un « mauvais contribuable amoindrit son autorité de censeur ». Lebègue lui reproche d’être logé dans une propriété communale. Rey répond : « il m’accuse d’être petit et gros, comme si ça l’excusait d’être long et maigre. J’acquitte depuis 6 ans mon loyer à la commune, il n’a pas payé ses taxes. »

Toujours violemment anticlérical, Rey fait adopter une protestation contre l’exécution du pédagogue et anarchiste espagnol Francisco Ferrer, après l’insurrection de Barcelone. Il propose en janvier 1910 de créer un square ou un jeu de boules sur le terrain autour de l’église, ce qui est contesté par le curé, qui fait remarquer que le terrain accueille déjà la morgue.

L’affaire du chemin de Brétigny, que Rey croyait résolue fin 1909, continue cependant en janvier 1910. Une réunion publique, à laquelle participent les sept conseillers municipaux qui se sont détachés de la majorité radicale, exige que, à défaut d’exécution des travaux le 31 janvier, la municipalité démissionne. Cependant, une violente inondation de la Marne touche Joinville ce même mois, laissant tous les quartiers riverains sous les eaux pendant plusieurs semaines.

Malgré le contexte de submersion, la campagne électorale pour les élections législatives générales de mai 1910 est lancée. Face au socialiste Albert Thomas et à un libéral, Daboncourt, le parti radical-socialiste a investi Louis Bonnet, ancien adversaire à l’épée de Rey, mais qui sont réconciliés. Bonnet n’arrive qu’en deuxième position, loin de Thomas. Bonnet s’efface mais un radical indépendant, Adolphe Chéron, se présente au second tour. Rey avait annoncé que, si Bonnet devait se retire, il voterait pour Thomas « parce qu’il est trop intelligent pour ne pas évoluer une fois élu ». S’il dit regretter le vote il assure : « nous ne désespérons pas de la République radicale-socialiste ». Il change cependant d’avis : « J’abandonne Thomas pour venir à Chéron, préférant la grive républicaine au merle des unifiés ». La situation n’est pourtant pas très claire, car si Chéron est soutenu par les radicaux de la circonscription, du fait d’un accord fédéral, Thomas a le soutien du parti radical-socialiste. Thomas est élu. Il sera ministre pendant la première guerre mondiale puis maire de Champigny et directeur du Bureau international du travail après-guerre. Rey n’est pourtant pas peiné du résultat : « Thomas est élu, vive Thomas ! C’est un homme d’une haute culture intellectuelle. Thomas jaunira. C’est le lot des unifiés qui ont quelque chose dans le cerveau que de ne pas rester esclave du syllabus guesdiste ». Les revirements de Rey ont cependant des conséquences locales dont il témoigne dans la rubrique qu’il tient au sein de l’hebdomadaire Voix des communes : « Des évolutionnistes et des ratapoils sont venus dimanche dernier entre 11h et minuit crier sous ma fenêtre avenue des Platanes Vive Thomas !, m’invectivant et me criant de donner ma démission du conseil municipal et conspuant Voix des communes. »

L’échec législatif, dans une circonscription acquise aux radicaux depuis le retour au scrutin majoritaire en 1889, provoque des incidents. Plusieurs commerçants joinvillais assurent, selon Rey « Nous voilà débarrassés des radicaux ! » ou « les démissions pleuvent chez le président Gallas, c’est la débandade ». Reconnaissant la crise, Rey tente de la relativiser. Sur 80 adhérents au comité radical, il compte quatre démissions dont celles de trois élus.

La fin de l’inondation et celle de la période électorale relance de nouveau l’affaire du chemin de Brétigny. Rey est toujours l’objet d’attaques de ses adversaires : le conservateur Louis Gallas parle de lui comme d’un « petit gnome (vous le reconnaîtrez facilement au ruban rouge qui orne, on ne sait trop pourquoi d’ailleurs, sa boutonnière) ». Quant au socialiste Lebègue, il le traite « d’échappé de séminaire, zouave en rupture de courage, chimiste raté, empereur de carton, comédien de la salle des trois escobardes, habile jésuite, petit garçon… ». Rey assure n’avoir jamais mis les pieds au séminaire et compter quelques amis dans le parti SFIO.

La gestion de l’inondation devient aussi une source de polémique. Théophile Leteuil, candidat aux élections de 1908 sur la liste évolutionniste, se proclame président d’un Groupement des sinistrés de Joinville et met aussi en cause la gestion de la caisse des écoles. Rey récapitule attitude « girouettesque » : boulangiste en 1889, radical en 1900, évolutionniste en 1908, socialiste en 1909, proche des libéraux en 1910. Il regrette ces changements, car Leteuil fut son parrain lorsqu’il arriva à Joinville – qu’il lui fournissait du vin « excellent. »

En 1911, la crise s’accentue chez les radicaux avec la démission de leur président local Albert Gallas. L’un d’entre eux s’inquiète : « Y aura-t-il en 1912 une liste radicale et radicale-socialiste ? Y aura-t-il seulement un comité radical ? J’ai peur que non. Dès à présent, ce comité n’existe plus. Ce n’est même plus l’ombre d’un comité ». La réunion de compte-rendu de mandat du conseil municipal le 16 février met en scène la fracture, quatre dissidents (Watrinet, Vel-Durand, Mermet et Arnaud) se faisant applaudir à la fois par les socialistes et les évolutionnistes. Lebègue (SFIO) dénonce « l’incurie et la mauvaise gestion municipale » et appelle la municipalité à démissionner. À 23h, les conseillers municipaux qui, l’hiver, habitent Paris, demandent la permission de se retirer pour prendre leur train : c’est le départ de Guelpa, Roux, Boileau, Nivelet et Rey, tous fidèles du maire Eugène Voisin, souffrant. Des cris de « démission ! démission ! » fusent de la part des unifiés, évolutionnistes et libéraux.

Le libéral Louis Gallas considère que les quatre dissidents « ne veulent plus obéir servilement aux injonctions de la franc-maçonnerie » et reprend dans Le Courrier libéral des assertions de Lebègue qui considère Rey « comme un dégoûtant et répugnant personnage, ayant été chercher la Légion d’honneur qui orne sa boutonnière dans une officine louche de placement gratuit ». Rey assure que « Si la loi de 1904 sur l’abolition des bureaux de placement payant, trafic honteux du travail des prolétaires, a été votée, j’en suis le premier artisan. (…) Sept ans avant la loi de 1884 sur les syndicats, je créais des associations ouvrières et j’y instituai des offices de placement mutuel qui ont été honorées de récompenses aux expositions universelles de 1889 et 1900, économie sociale. Le ministre du travail voulut bien reconnaître la part prise par moi à cette émancipation des travailleurs. »

Un dernier évènement va renforcer la confusion au sein du conseil municipal. Rey dénonce un scandale avec des faits répréhensibles se passant depuis deux ans dans une classe de l’école de Polangis, dénoncés par une mère d’élève. Avec le directeur de l’école, les élus dissidents – qui sont devenus six – reprochent à Rey d’avoir mis l’affaire sur la place publique alors qu’il ne s’agissait que d’enfantillages ; il répond « Que la divulgation ne soit pas correcte, soit ; elle était nécessaire, les scandales ont cessé ». Il assure qu’il défend « la moralité des enfants des pauvres. »

Sept conseillers municipaux ayant démissionné en avril 1911, il devient nécessaire d’organiser des élections municipales complémentaires en mai. Rey qualifie les démissionnaires de « saxons ». Six d’entre eux se représentent. Anciens radicaux, ils ont désormais le soutien des socialistes unifiés et des libéraux. Rey s’étonne de l’attitude d’Henri Vel-Durand, l’un des plus en vue et futur maire de Joinville : « J’ai défendu Vel-Durand quand il était attaqué et qualifié de juif (…) Vel-Durand renierait son meilleur ami, s’il en avait, pour servir ses intérêts ». Les démissionnaires sont réélus face à une liste constituée par des commerçants. Rey assure que la réorganisation du parti radical-socialiste s’impose et annonce vouloir démissionner. Un de ses amis, Paul Guelpa, conseiller municipal, lui envoie une lettre ouverte formulée ainsi : « à SM Rey, empereur de Joinville. Malgré les objurgations de vos amis, vous persistez à rester démissionnaire ? Vous, le fougueux polémiste, vous resteriez étourdi au premier choc ? Descendez de votre trône, soyez le citoyen Rey. Vous prétendez être la cause directe de l’élection des dissidents ; leur succès est une victoire d’intrigues unifiés-réactionnaires. La majorité républicaine du conseil a besoin d’union. »

Répondant à Paul Guelpa, Louis Rey assure « J’ai ri de bon cœur. Pendant 3 ans, nous avons fait notre devoir, rempli notre mandat. J’ai dépensé sans compter mon activité et mon temps, j’ai pris à cœur mon rôle de conseiller municipal. J’ai défendu la municipalité et le conseil municipal attaqués par Lebègue et Leteuil. Je reste empereur, c’est autrement gai que de siéger à côté d’un croquemort comme vous allez être obligé de le faire. Vive Joinville, à bas les Saxons et leurs alliés les calotins ! » S’il ne démissionne pas, il ne siègera plus au conseil municipal.

Le comité radical-socialiste est en désarroi et son bureau démissionne tandis que certains membres demandent l’exclusion des élus dissidents. Vel-Durand répond qu’en attaquant Rey il attaque celui qui voulait être le maître du conseil municipal et qui attaquait tout le monde. Georges Briolay devient le nouveau président du comité. Diot, conseiller municipal, rejoint les sept opposants.

Pour les élections municipales générales de mai 1912, Rey assure qu’il n’est pas candidat. Il soutient par contre le comité radical-socialiste qui compte, selon lui, près de 100 adhérents et appelle « à l’union des radicaux ». Rey approuve « Soldat discipliné du parti, j’obéis, je veux oublier les attaques qui m’ont meurtri parce que j’avais fait mon devoir, j’espère que les citoyens Vel-Durand, Mermet et Poitevin, qui se recommandent du parti, feront de même et nous aideront à combattre la liste que Dalbavie est en train de recruter pour mettre hors de la mairie les républicains radicaux-socialistes dont ils font partie. »

Présentant son propre rôle, Rey indique « L’on m’a présenté aux électeurs de Joinville comme le maire occulte, une espèce d’éminence grise. (…) c’est me faire beaucoup d’honneur, me prêter beaucoup de pouvoirs, il n’en est rien. »

Les élections municipales de mai 1912 voient, au second tour, la victoire d’une alliance inédite entre trois listes présentes au premier tour : les dissidents radicaux, les libéraux et conservateurs et les socialistes SFIO contre la liste radicale conduite par Georges Briolay. Un des dissidents, Ernest Mermet, devient maire.

À suivre

Une caricature du naufrage du radicalisme en 1910

 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 00:01

Suite de la biographie de Louis Rey

Les premières attestations de l’engagement politique de Louis Rey remontent à 1880. Il est alors âgé de 33 ans. Il fait partie du comité de soutien à Désiré Barodet, ancien maire de Lyon, devenue député de la Seine, libre-penseur, franc-maçon et promoteur de l’instruction publique laïque et gratuite.

En octobre 1885, les élections législatives ont lieu au scrutin de liste majoritaire à deux tours dans le cadre départemental, contrairement aux échéances précédentes et futures, où le vote a lieu dans le cadre de circonscription. Le département de la Seine doit pourvoir 38 sièges. Les journaux et regroupements politiques présentent leurs listes de candidats.

Pour préparer ce vote, en septembre, le comité Jean, représentant le commerce, l'industrie et le travail fusionne avec le comité Lacoste-Révillon intitulé Comité central industriel et commercial. Le premier comité est soutenu par la chambre syndicale des débitants de vin de la Seine et par Rey. La nouvelle entité, baptisée comité central républicain, économique, industriel et commercial, s’appuie sur le Gaudissart, journal des voyageurs de commerce. Elle publie une liste des candidats qu’elle soutient, avec à sa tête Guichard, conseiller municipal de la Villette; Buisson, ancien chef de bataillon d'infanterie de marine, candidat de la défense nationale. Rey y figure en 30e position. Les candidats de tendance radicale arrivent en tête dans le devis-programme, mais sont devancés par les républicains opportunistes et modérés au plan national.

Une polémique oppose, en janvier 1889, Louis Bonnet, fondateur de La Ligue auvergnate et du Massif central et éditeur de L'Auvergnat de Paris, à Louis Rey, alors qu’une élection législative partielle est prévue à la fin du mois. Une grande partie des marchands de vins est originaire du Cantal et du Puy-de-Dôme. Louis Bonnet attaque ainsi : « Un M. Rey, qui était entré comme garçon de bureau au syndicat du quai des Célestins, et qui, profitant d’une période de désarroi, s’était improvisé chimiste, se mit dans la tête qu'il n’était nul besoin de grammaire ni d’orthographe pour faire du journalisme, et il prit en mains la direction du Bulletin commercial. M. Rey ne se contenta pas de faire un journal sans orthographe et sans grammaire ; il voulut se créer une tribune du haut de laquelle il prêcherait ses doctrines et lancerait ses anathèmes et d’où il ne descendrait que pour la quête. M. Rey écorche toujours la langue française, mais il se croit devenu puissance. Aujourd’hui, il ne consulte plus ni commission de rédaction, ni conseil du syndicat; il va de l’avant, fait de la politique dans un journal où l’on n’en devrait faire qu’après mûre réflexion et lance tout une corporation dans une aventure électorale d'où elle ne retirerait, si elle écoutait M. Rey, que des déboires et de la déconsidération. »

Bonnet reproche en particulier à Rey de soutenir Charles Floquet (organisateur de la défense de Paris pendant le siège de 1870-1871) contre le général Boulanger (leader populiste), alors que Bonnet reproche au premier sa désinvolture face aux syndicats de marchands de vins et qu’il voit avec bienveillance le second. Il concluait « Il n'y a que les chiens qui lèchent la main qui les frappe » et dénonçait l’attitude de Rey qui continuerait « à cirer les bottes de l’autocrate Floquet ». Il défendait également le responsable du laboratoire municipal d’analyse, ennemi de Rey. Et il critiquait le fait que ce dernier soit franc-maçon.

Louis Rey répondit qu’il « détend la République » avec, croit-il, les « applaudissements de la corporation tout entière » et « de la majorité des Auvergnats républicains », relevant que Bonnet traitait les membres de son syndicat de « chiens. »

Poursuivant ses attaques, Bonnet précise : « c’est Rey que je traitais de chien. Jadis socialiste à tout crin, M. Rey, à mesure que son rond-de-cuir se rembourrait, est devenu radical-socialiste puis radical tout court, enfin parlementaire et réactionnaire. (…) M. Rey manque d’orthographe, de syntaxe, de politesse et de véracité, mais il n’est pas inintelligent… »

Protestant, le 18 janvier, contre l’envoi d’une délégation de marchands de vin au candidat Boulanger, Rey affirme que la plupart des débitants de vin ont répudié la candidature du populiste, théoriquement républicain mais soutenu notamment par des bonapartistes et traite La Ligue, publication de l’association, d’organe boulangiste.

Le 21 janvier, Louis Rey et Louis Bonnet s’affrontent dans un duel à l'épée au Bois de Boulogne à Paris (16e arr.), provoqué par le premier qui s’estimait offensé. À la quatrième reprise, Rey a été atteint d'une blessure d'environ quatre centimètres de profondeur à la main droite et le combat a cessé. Il se réconforte le lendemain lors d’un lunch organisé au siège de la chambre syndicale des débitants de vin, qui est aussi son domicile, 22, quai des Célestins à Paris. Boulanger fut élu député de Paris par 244 070 voix, contre Jacques, soutenu par les radicaux et républicains, qui en recueille 162 520.

Lors des élections municipales de mai 1890, Louis Rey est candidat du comité républicain radical dans le quartier de l'Arsenal de Paris (4e arr.) contre le sortant, Eugène de la Goublaye de Ménorval, boulangiste. Dans une réunion publique, le 21 avril, Louis Rey s’adresse à son concurrent : « il ne vous reste plus que la corde de Judas, la fin des traîtres ». Dans sa profession de foi, Louis Rey se déclare « partisan d'une république démocratique éclairée et libre », soutenant « le progrès, la perfection des lois et par elles l'amélioration de l'état social et de la République » qu’il veut défendre contre « n'importe quel César de droit divin, d'aventure ou de contrebande ». De Ménorval arrive en tête au premier trou, avec 34,6% des suffrages exprimés, Rey en obtenant 11,7%. Il se désiste en faveur du candidat conservateur Hervieu qui avait obtenu 26,7% et est élu au second tour. Rey, qui assure avoir été « candidat pour la lutte » et « à l'avant-garde de la démocratie », avait demandé à de Ménorval « d’aller rejoindre dans la fosse commune du boulangisme, les cadavres putréfiés de la honte nationale. »

Le centenaire de l’insurrection parisienne du 10 août 1792 est l’objet d’un banquet, organisé par Rey, pour commémorer la déposition du roi Louis XVI.

De nouveau candidat au scrutin municipal d’avril 1893, Rey obtient cette fois le soutien du Comité républicain radical socialiste, formé des trois Comités républicains de 1890. Il a le soutien de la Fédération républicaine socialiste de la Seine. Il est cependant devancé par le sortant, Hervieu (29,7%) avec 11,5% des suffrages exprimés. Il refuse de se désister en faveur d’un républicain socialiste (centre-droit) arrivé second avec 23,1%. Hervieu est réélu.

Lors des élections législatives de mai 1896 Rey constitue avec les radicaux un comité d’union républicaine du 4e arrondissement, qui fit élire Gabriel Deville, candidat collectiviste et ancien membre du parti ouvrier français de Jules Guesde.

Participant en 1897 aux activités de l'Union progressiste, groupe parlementaire anticlérical de centre-gauche, Louis Rey contribue à la rédaction d’un projet de loi de réforme de l'impôt foncier.

Signataire en novembre 1898 d’une protestation contre « les persécutions qui frappent le colonel Picquart », dans le quotidien L’Aurore qui défend le capitaine Dreyfus, il signe ainsi « L. Rey, directeur du Bulletin Vinicole, (ancien soldat au 1er zouaves de 1868 à 73, médaille coloniale, campagne contre l'Allemagne du 01/08/1870 au 01/02/1871, deux fois prisonnier, deux fois évadé. »

Défendant en 1902 la candidature de Gabriel Deville aux élections municipales de 1902, Rey est alors président du Comité radical-socialiste du 4e arrondissement de Paris. Il le soutient de nouveau aux élections législatives de 1903, où il est élu. Il mène de nouveau campagne pour les municipales d’avril 1904 dans son quartier parisien, où il se retrouve sur la même position que son ancien adversaire Louis Bonnet, en faveur de deux candidats radicaux.

À suivre

Le 22, quai des Célestins à Paris (4e) en 2019

 

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 00:01

En novembre 1890, Louis Rey s’amusait beaucoup qu’un tribunal eût fixé une valeur marchande à l'eau de Lourdes. Il racontait l’histoire suivante au critique dramatique et journaliste Francisque Sarcey, chroniquer du quotidien XIXe siècle : « Un de mes amis, m'écrit M. Louis Rey, propriétaire de bagares qui chargent sur le port les marchandises qu'on transbordera, à Pauillac et à Royan, sur les grands navires qui vont au Brésil, avait commission d'un moine franciscain d'embarquer des fûts remplis de l'eau miraculée, pour les transporter et les transborder sur un navire dans le port de Pauillac. Il arriva que pendant la manœuvre un des précieux fûts subit un accident : il fut défoncé, et l'eau de Lourdes se répandit dans la Garonne. Le mal, après tout, était réparable. Le chef de manœuvre avait offert de puiser dans la Garonne, à la même place, de quoi remplir un autre fût ; sans doute, la vertu miraculeuse de l'eau eût été quelque peu diluée, mais il en serait toujours bien resté quelque chose. Et puis, vous savez, il n'y a que la foi qui sauve. Le moine qui assistait au chargement fut inflexible. C'était de l'eau de Lourdes qu'il voulait, de l'eau sans mélange; il refusa avec horreur l'idée de l'étendre avec de l'eau puisée dans la Garonne. Il exigea des dommages-intérêts. On plaida. Savez-vous à combien fut estimée la barrique défoncée, contenant et contenu ? A trois cents francs que mon ami paya, enchanté d'avoir acquis, fût-ce à ses dépens, la preuve que l'eau de Lourdes était une marchandise comme une autre, un peu plus chère même que beaucoup d'autres. Car à cent francs, on a du bordeaux très passable. »

Francisque Sarcey faisait remarquer que, quelques années plus tôt, sous la période de l'ordre moral (1873-1876), « il nous en coûtait à nous-mêmes, au XIXe Siècle, 6 000 francs pour avoir pris la liberté de nous moquer des bons pères de Lourdes et de leurs bouchons. »

Anticlérical affirmé, Louis Rey était également franc-maçon. Certains de ses adversaires réactionnaires tentaient de le mettre en cause pour cela, par exemple en publiant une liste des francs-maçons de Joinville dans un journal conservateur, l’Écho républicain. Dans son propre hebdomadaire, Voix des communes, Rey répondit qu’il s’agissait de « braves gens » et que « en ce qui concerne Joinville, il y manque une soixantaine de nos frères ». Le quotidien d’extrême-droite La Libre parole fait de même en mai 1912.

Dans la commune, Rey avait mis en place une Union fraternelle, qui regroupait les francs-maçons appartenant à différentes loges autour d’un banquet annuel et d’un bulletin hebdomadaire. En octobre 1909, l’Union fraternelle adhère au programme du Parti radical et radical-socialiste, adopté au congrès de Nantes. Elle exprime sa sympathie pour Francisco Ferrer (1859-1909), pédagogue et anarchiste espagnol, fusillé après sa participation à l’insurrection de Barcelone au cours de l’été 1909.

Dans un climat politique local très tendu, la franc-maçonnerie est une cible. En mai 1911, Rey témoigne dans Voix des communes : « On avait sur le marché exposé un mannequin couvert d’emblèmes maçonniques qu’on devait ensuite brûler. C’est de l’intolérance. La peur du commissaire a empêché l’autodafé du bonhomme de paille. »

L'anarchiste et fondateur de "l'école moderne", Francisco Ferrer (Wikipédia)

 

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 00:01

Suite de la biographie de Louis Rey

En 1910, Louis Rey situait en 1873 le début de son activité journalistique ; il vivait alors encore au Cheylard, en Ardèche, et était cuisinier. Il collabore d’abord avec le quotidien parisien Le Voltaire, « journal républicain politique et mondain », lancé en 1878 par Émile Ménier pour remplacer Le Bien public.

Il est mentionné, en 1893, en tant que directeur du Bulletin vinicole dont le siège est à Paris (4e arr.), 32, quai des Célestins, à son domicile. Il y écrit sous le pseudonyme de « Noé ».

Dans ses articles, Rey prend la défense des marchands parisiens, contre le Laboratoire municipal, sa cible principale, contre les élus conservateurs mais également parfois contre les viticulteurs du midi. En 1895, par exemple, il défend le fait de mouiller le vin, c’est-à-dire d’y ajouter de l’eau, ce qu’un projet de loi, défendant les intérêts des producteurs du Languedoc, voudrait interdire.

Dans la presse nationale, Rey prend, sous son nom cette fois, position en qualité de directeur du Bulletin sur différents thèmes, comme en juin 1897 où il affirme la solidarité des débitants de Paris avec les grévistes qui forment la Verrerie ouvrière d’Albi.

Pour sa propre publicité, Louis Rey n’hésite pas à innover même en termes de moyens juridiques. Ainsi, il obtient par jugement la condamnation de la Ville de Paris à lui rembourser une somme de 201 francs pour des taxes votées en octobre 1898, puis annulées pour illégalité. Faute d’avoir reçu le remboursement, il demande par huissier, en octobre 1900, la saisie du fauteuil que M. Grébauval, président du conseil municipal (qui fait fonction de maire de Paris) à la veille de la session de l‘assemblée. Au-delà de la somme, relativement peu importante, qui le concerne, Rey veut sensibiliser au fait qu’il faut redonner à tous les ayants-droit un montant qu’il estime à plus de quatre millions de francs. En cela, il s’estime « utile aux Parisiens ». Pus d’une quinzaine de journaux parisiens ou de province rendent compte de cette péripétie, qui aboutit d’ailleurs à un arrangement avant que la saisie soit opérée.

Outre son journal, Rey publie un Annuaire et historique de la corporation des vins à Paris, ainsi qu’un Traité d’analyse des vins.

À partir de 1911, il tiendra une rubrique régulière dans un hebdomadaire, Voix des communes, parallèlement à son activité politique.

A suivre

Armand de Grébauval, président du conseil municipal de Paris (Wikipédia)

 

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 00:01

Suite de la biographie de Louis Rey. (mise à jour)

Rentré en 1873 d’un service militaire marqué par la guerre contre l’Allemagne en 1870 et une expédition en Algérie l’année suivante, Louis Rey retourne en Ardèche, dans le village de ses parents, Le Cheylard. Il est cuisinier quand il épouse, en mai 1875 à Lyon (2e arr.) Marie Louise Eulalie Vénard, cafetière dans cette ville, originaire de Fay-le-Froid (act. Fay-sur-Lignon, Haute-Loire).

Rey vient à Paris cette même année 1875. En 1879, il est embauché comme secrétaire-archiviste à la Chambre syndicale des marchands de vin. Il s’inscrit la même année aux cours du soir des Arts-et-métiers. Il a pour professeur de chimie Charles Boutmy, membre de la Société des ingénieurs civils de France et M. Robinet, ce qui lui permet ensuite d’exercer le métier d’expert chimiste, toujours pour la Chambre syndicale.

Devenu un spécialiste des vins, Rey fait plus de 1 000 expertises par an selon un témoignage de 1908. À la tête de son laboratoire syndical, il oppose au laboratoire municipal parisien. En mars 1889, il demande le changement du directeur de cette institution, qu’il accuse d’incompétence, dans le quotidien La Lanterne. Deux mois plus tôt, ce même journal avait noté que de nombreux débitants de vin s’adressaient à lui après avoir voté pour le général Boulanger lors d’élections législatives partielles, en espérant qu’il allait les débarrasser du laboratoire municipal, et en ayant constaté que ce n’était pas le cas.

S’intéressant beaucoup à la législation viticole, Rey s’oppose notamment aux mesures visant à interdire le mouillage des vins avec de l’eau, une pratique courante, selon lui, mais critiquée par les viticulteurs du Midi de la France. Les marchands parisiens y voient au contraire un moyen de proposer un vin à meilleur marché avec un titrage d’alcool inférieur, pour des productions venant d’Espagne ou d’Algérie.

Sa réputation fait qu’il est nommé en 1905 par les ministres de l’agriculture et du commerce membre de la commission extra-parlementaire chargée d’examiner le règlement d’administration publique pour la répression des fraudes dans les denrées servant à l’alimentation des hommes et des animaux. Désigné également comme expert auprès du tribunal de la Seine, il refuse d’y siéger, faisant état d’un excès de travail.

Constructeur d'appareils scientifiques, Louis Rey est notamment l’inventeur d’un sulfatomètre de poche et à étagère en 1890 et, deux ans plus tard, d’un œnomètre. Il réunit instrument les deux modes les plus usités de dosage de l'alcool, alambic et ébullioscope.

Rey fut le fondateur en 1890 du Syndicat des chimistes et essayeurs de France. Il est en 1904 également le fondateur et administrateur d’une société d’assurance décès et d’achats en commun appelée Les Mille débitants et basée à son bureau du 32, quai des Célestins à Paris.

Les activités professionnelles de Louis Rey lui valent de nombreuses récompenses. Il participe à l’exposition universelle de Paris en 1889 et reçoit une médaille d'or en tant que collaborateur des syndicats. Également partie prenante de l’exposition universelle de Paris en 1900, il cumule une médaille d'argent d’économie sociale et une médaille de bronze pour publication. C’est également pour son travail dans le milieu vinicole que Rey est fait chevalier du mérite agricole en 1891 puis officier en 1904, décoré à chaque fois par les ministres en poste, Develle puis Mougeot.

À suivre.

L'œnomètre de Rey

 

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 00:01

Début de la biographie de Louis Rey (mise à jour)

Casimir Paul Joseph Rey naît le 2 août 1847 au Cheylard (Ardèche), fils d’un cafetier, Joseph Rey, 35 ans, et de son épouse Marie Royet, 25 ans, ménagère. Il utilisera ensuite le prénom de Louis. Il est de petite taille, mesurant 1m62 selon son livret militaire, ce dont certains de ses adversaires tireront argument.

Après avoir sans doute été apprenti, il est cuisinier au Cheylard, probablement dans le café de son père, au moins entre 1866 et 1868 puis de 1874 à 1875.

Rey effectue un long service militaire, comme soldat au 1er régiment de zouaves à partir de 1868. Il fait toute la campagne contre l'Allemagne de juillet 1870 à février 1871. Son régiment participe à la défaite de Sedan et se replie à Hirson. Il combat ensuite autour de Paris à Châtillon (Seine, act. Hauts-de-Seine) et est fait prisonnier une première fois par les allemands. Il s’évade, rejoint l’armée de la Loire puis celle de l’Est (Bourbaki). Il témoigne qu’ils étaient « partout battus, harcelés après quelques victoires sans lendemain comme à Coulommiers [Seine-et-Marne] le 9 novembre 1870 ou à Villersexel [Haute-Saône] le 9 janvier 1871. »

Arrêté une seconde fois vers Sombacourt (Doubs), il s’évade à nouveau et rejoint la Suisse par Pontarlier puis Les Verrières de Joux. Il est interné à Uzenach, dans le canton de Saint-Gall. Selon son témoignage, 84 422 soldats français sont internés en Suisse, dont 70 à Uzenach. Dans un courrier du 18 février 1871 à un oncle, il s’interroge : « Nous sommes vaincus, mais à quand la revanche ? » Il peut rejoindre la France à la fin de ce mois et réintègre son régiment.

En mars 1871, Rey fait la campagne de l’insurrection arabe en Algérie, selon la terminologie de l’armée, appelée également révolte des Mokrani, qui voit 250 tribus, soit près du tiers de la population algérienne, se soulever à l’appel du cheikh El Mokrani contre l’occupation française. Elle se déroule principalement en Grande-Kabylie. Rey obtient la médaille coloniale. Il est libéré du service militaire en 1873.

À suivre.

Le Cheylard

 

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 00:01

Étienne Gaubert naît le 21 août 1847 à Caraman (Haute-Garonne). Il est le fils de Jeanne Charles et de son mari Martial Gaubert, maçon.

En 1876, il est employé de la Compagnie des Mines de Courrières à Billy-Montigny (Pas-de-Calais). Il épouse octobre 1877 Maria Élise Douchy, repasseuse, native de la commune et fille d’une aubergiste. La commune sera, en 1906, l’une des plus touchée par la catastrophe de Courrières qui fit 1 099 morts le 10 mars 1906, dont 114 à Billy-Montigny.

Cependant, Étienne Gaubert réoriente rapidement son activité professionnelle. À partir de 1881, il est professeur à l'Ecole nationale de musique de Valenciennes (Nord). En 1895, il est le directeur de la fanfare d'Haspres, commune du département du Nord, à mi-chemin entre Cambrai et Valenciennes.

Selon l’Histoire résumée de la Fanfare d’Haspres (Haspresnews, 2014/06/23), « M. Gaubert prend la direction de la fanfare et ses grandes qualités de musiciens permettent aux musiciens d’obtenir des succès dans les concours de musique. Ils obtinrent même un premier prix au festival international d’Enghien-les-Bains en 1909 ». Enghien-les-Bains se situe en Seine-et-Oise (act. Val-d’Oise). La fanfare, fondée en 1876) comptait 30 exécutants en 1895 et 49 en 1909. Elle est toujours en activité au 21e siècle. La famille Gaubert s’est installée dans la commune minière, rue de Saulzoir.

Au début de la première guerre mondiale, une importante bataille a lieu à Haspres le 25 août 1914 après l’envahissement de la Belgique par les troupes impériales. Le village est occupé après la retraite de l’armée française. Étienne Gaubert et son épouse restent cependant dans le village, contrairement à leurs deux enfants qui vivent à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), Pauline épouse Moreau et Paul. En mai 1915, le quotidien Le Matin publie une petite annonce : « Moreau Gaubert Joinville. Supplie amis dire à Gaubert Haspres se faire évacuer » Trois autres insertions le même mois leur demandent de venir à Joinville.

Cependant, Étienne Gaubert reste à Haspres jusqu’en avril 1917 à la mort de son épouse. Il est ensuite évacué, avec une douzaine d’autres personnes de la commune vers Annemasse (Haute-Savoie), ville proche de Genève. Haspres est restée sous occupation allemande jusque 1918.

Après-guerre, il réside chez sa fille à Joinville. Il y meurt le 6 mars 1919, à l’âge de 71 ans. Pauline Germaine épouse Moreau étant elle-même décédée le 20 février, on peut voir un lien entre les deux décès. Peut-être est-il « mort de chagrin », ou tous les deux ont-ils succombé aux privations liées au conflit récent ; il est également envisageable qu’ils aient été victimes de l’épidémie de grippe espagnole, qui avait atteint l’Europe fin 1918 mais restait encore mortelle au premier semestre 1919.

Décoré des Palmes académiques, Étienne Gaubert avait été fait officier d’académie en janvier 1890 et officier de l’instruction publique en janvier 1908.

Son fils Paul Gaubert (1881-1949), chef de bataillon dans l’infanterie, a été instructeur d’éducation physique notamment à l’école de gymnastique de Joinville. Il a été également directeur de fanfare et responsable d’une mutuelle. Franc-maçon, il a été candidat radical-socialiste aux élections municipales de Joinville (1935). Il était officier de la Légion d’honneur, décoré de la Croix de guerre, des Palmes académiques et du Mérite agricole.

 

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 00:01

Joseph Alphonse Louis Bourguignon naît le 2 juillet 1857 à Gentilly (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Adèle Marié Zélie Sigot, couturière, et de Joseph Bourguignon, menuisier en bâtiment puis mégissier.

Marié en mai 1880 à Paris (13e arr.) avec Joséphine Louise Dupré, blanchisseuse, ils vivent dans cet arrondissement passage Prévost, puis dans le 20e arr., rue des Amandiers. Ils auront sept enfants.

Il exerce en 1880 le métier de layetier emballeur, qui consistait à emballer les affaires de riches clients qui partaient en voyage. Il sera ensuite emballeur pour la société Couesnon puis, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où il réside depuis 1900, pour la société Jougla (films et appareils photographiques et cinématographiques).

La rue dans laquelle ils s’installent, dans le nouveau quartier de Polangis, est désignée dès 1900 comme « rue Bourguignon ». Ils en sont alors les seuls habitants. Lors du classement de cette voie, avec les autres artères du quartier, dans le domaine public communal par arrêté préfectoral du 26 novembre 1926, la dénomination est conservée. Elle est cependant modifiée ultérieurement pour devenir « rue des Frères-Lumières. »

En janvier 1907, Bourguignon est un des membres fondateurs de la société de secours mutuels intitulée « les Trente-Cinq de Joinville-le-Pont ». Elle a pour but d'assurer à ses participants des secours en cas de maladie ou blessure et est présidée par Alfred Mallet, mécanicien, résidant dans le même quartier, avenue Pauline. Bourguignon, demeurant à Joinville-le-Pont en est le secrétaire-trésorier. Peut-être peut-on la rapprocher d’une autre mutuelle, l’Assurance fraternelle de Joinville et Nogent, qui est fondée en octobre 1909 par des résidents du quartier de Polangis ; elle a pour premier président Chéri Arnaud (1875-1931), sellier, négociant puis industriel, conseiller municipal de Joinville-le-Pont (1908-1929). Le gendre de Bourguignon, Paul Jouve, devient trésorier de l’Assurance fraternelle en 1924, puis président en 1928.

Joseph Bourguignon meurt le 2 septembre 1933 à Joinville. Il était âgé de 76 ans.

 

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 00:01

Marcel Robert Gastal naît le 14 mars 1910 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Charlotte Léontine Guillon et de Casimir Paulin Gastal, mécanicien dans l’aviation militaire, militant et élu socialiste, responsable coopératif. Ils vivent dans le quartier de Polangis, avenue Pauline puis déménagent en 1912 à Vincennes, rue du Midi, et s’établissent en 1919 à Nanterre, rue du Bois et enfin rue Saint-Germain.

En 1931, Marcel Gastal est employé à l’Union des coopérateurs de Paris (UDC), dont son père est adhérent, comme secrétaire de la direction commerciale. La même année, il épouse, en octobre à Clamart Denise Albertine Pagès. Militant syndicaliste, il est chef de service à l’UDC en 1939. À ce moment, il vit à Paris (20e arr.), rue Alphonse-Penaud.

Après la deuxième guerre mondiale, Marcel Gastal devient directeur commercial de l’UDC en 1953 puis directeur en 1955. Il quitte cette fonction en 1961, pour devenir président-directeur général de la société coopérative nationale d'assurances La Sauvegarde, dont il présidait déjà le conseil d’administration depuis 1960. Il assume cette fonction jusqu’en 1975, date de sa retraite.

Parallèlement, Marcel Gastal était membre du comité exécutif central de la Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC) jusqu'en 1975. Il fut également président de l’Institut de prévoyance et de retraite des cadres et assimilés de la FNCC (IPRCA) et administrateur l’Union coopérative de Crédit ménager, de la SACM, de la Société des Hôtels Coop, de la Société coopérative d'équipement, de la Caisse interprofessionnelle du logement, de la CPAV, et de l’Association pour l'emploi des sociétés coopératives de consommation de la FNCC. Il avait, en 1953, été nommé membre du comité départemental des prix pour la Seine en tant que représentant des coopératives de consommation.

Intervenant régulièrement dans les congrès coopératifs, Marcel Gastal présenta, lors du 37e congrès de la FNCC à Cannes, en juin 1954, un rapport sur « Comment accroître la productivité du mouvement coopératif ». Il publia plusieurs articles, notamment dans Coopération, organe de la FNCC, ou la Revue des études coopératives, où il signait en 1955 un Hommage à Charles Fourier, précurseur de la Coopération.

Selon un avis transmis par le consulat général de France au Mexique, Marcel Gastal est mort le 6 décembre 1987 à un endroit indéterminé entre l’île de Cozumel (Yucatán) et la ville de San-José-Chiltepec (Oaxaca). Il était âgé de 77 ans.

 

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 00:01

Suite de la biographie de Casimir Gastal

Pendant la première guerre mondiale, Casimir Gastal est exclu du service armé pour entérite chronique et reste sur son lieu de travail dans une compagnie d’ouvriers de l’établissement d’aviation militaire de Vincennes. Son état de santé médiocre lui vaudra une pension militaire en 1922.

Après le conflit, Gastal se fixe à Nanterre, d’abord rue du Bois en 1919 puis rue Saint-Germain en 1920, toujours pour suivre son affectation professionnelle. Il est, en 1930, chef d'équipe de l’entrepôt spécial d'aviation n° 2.

Dans sa nouvelle résidence, Gastal adhère à l’Union des coopérateurs de Paris (UDC), où il est en charge de la promotion des cercles de coopérateurs. Il est aussi correspondant de la Banque des Coopératives. À ces divers titres, il participe aux congrès régionaux et au congrès national coopératif de 1924.

Retraité en 1934, alors qu’il n’a que 55 ans mais sans doute du fait de ses problèmes de santé, Casimir Gastal s’installa à Breuil-Bois-Robert (Seine-et-Oise, act. Yvelines), petit village à proximité de Mantes qui compte à ce moment environ 200 habitants. La commune est le fief de Marcel Bucard (1895-1946), militant d’Action française‎‎ (1918-1933) puis fondateur Mouvement franciste (1933-1944), expressément fasciste. Les cadets francistes, portant des chemises bleues, disposent d’un camp d’entraînement dans la commune. À l’issue des élections municipales de mai 1935, la presse socialiste se félicite de l’élection de deux antifascistes dans la commune ; Gastal en faisait peut-être partie. Au premier tour, il avait recueilli 17 voix pour 71 votants (24%) et cinq sièges étaient encore à pourvoir.

Membre du parti socialiste SFIO, il est prend part aux activités de la Fédération de Seine-et-Oise et est candidat dans le canton de Mantes lors du scrutin départemental d’octobre 1937. Il recueille 644 voix (9,4% des suffrages exprimés), derrière un député de centre-gauche, Bergery (2 632), le candidat de droite (1 895) et un communiste (1 191). Au second tour, il se désiste, en faveur de Bergery, dont le parti est adhérent au Front populaire et qui est élu malgré le maintien de ses concurrents communiste et radical.

Il est de nouveau candidat en mars 1939, dans une élection cantonale partielle à Houdan (Seine-et-Oise, act. Yvelines), et reçoit 83 votes (2,7%), pour 179 à un communiste, 535 à un radical-socialiste et 1 284 à Mahieu, réactionnaire, élu.

À l’issue du premier scrutin municipal suivant la deuxième guerre mondiale, en mai 1945, Gastal est élu adjoint au maire de Breuil-Bois-Robert. Il cesse cette fonction au renouvellement du conseil municipal en octobre 1947. Il était devenu président du groupe coopératif de Mantes, La Solidarité, adhérente à l’Union des coopérateurs (UDC).

En 1953, Gastal s’installa à Vigneux-sur-Seine (Seine-et-Oise, act. Essonne). Il fonda un groupe d’action coopérative et devint membre du comité général de l’UDC, dont son fils était un des cadres.

Casimir Gastal meurt le 19 février 1962 à Maisons-Alfort (Seine, act. Val-de-Marne). Il était âgé de 82 ans.

Fin

Une plaque apposée en 1862 à Breuil-Bois-Robert

 

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  • : Histoire politique, économique, culturelle et sociale au travers des acteurs qui ont se sont engagés dans la vie publique.
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