Marcel Guyon forme, en août 1944, un centre d’instruction pour la division alpine. Il rejoint les Forces françaises libres et prend, en janvier 1945, le commandement de la 11e compagnie indochinoise. Il est démobilisé en novembre 1945 dans la caserne Grigan à Toulon.
Il s’installe dans cette ville après s’être séparé de son épouse pour « incompatibilité d’humeur » selon une enquête de moralité conduite par la gendarmerie. Il vit avec une nouvelle compagne place Noël-Verlaque et ils gèrent une épicerie. Après un constat d’adultère à la demande de sa femme, le tribunal civil de Toulon l’a condamné, en mai 1947, à une amende de 1 500 francs pour « entretien de concubine au domicile conjugal ». Guyon signale aux gendarmes qui l’interrogent en juin 1950 qu’il poursuit sa cohabitation avec sa maîtresse et qu’il « désire l’épouser dès qu’il sera libre ». Il semble bien que le divorce n’ait pas été prononcé.
Le dossier militaire du capitaine mentionne la condamnation mais considère que « La moralité de Marcel Jules Guyon n’est pas entamée par la condamnation légère qu’il a reçue ». Il est promu, dans la réserve au grade de chef de bataillon en juin 1949 et est admis à l’honorariat en août la même année, après sa retraite militaire.
L’activité de Marcel Guyon se poursuit en Guinée française où il est gérant de la Plantation du Sankaran, qui cultive notamment des fromagers et des agrumes. Il a constitué avec Claude Le Sourd une société du Sankaran. Les deux associés seront en conflit en 1952.
Au départ de Guyon, mobilisé dans l’armée en 1940, l’administration française avait nommé un garde pour surveiller son exploitation. Il ne put empêcher la survenue de deux incendies, en janvier 1946 puis mars 1947, qui ravagent largement la plantation. Un arrêt du Conseil d’État en avril 1957 confirme la responsabilité publique, mais limite fortement l’indemnité réclamée par les propriétaires, Guyon et Le Sourd.
Lors des élections municipales de juin 1950 à La Seyne-sur-Mer (Var), Marcel Guyon est en candidat, en dixième position, sur la liste du Rassemblement du peuple français (gaulliste) dirigée par Paul Pietrera. Le scrutin est remporté par les communistes de Toussaint Merle (54,1%, 15 sièges) devant les socialistes SFIO (Charles Arnaud, 27,6%, 7 sièges). Les gaullistes recueillent une moyenne de 1 709 voix, soit 17,8% des 9 589 suffrages exprimés pour 9 682 votants sur 13 062 inscrits. La liste de Paul Pietrera a cinq élus, dont Marcel Guyon en quatrième place. Le quotidien régional La République estime que « Le grand vaincu de la consultation est le RPF », qui perd un siège par rapport au scrutin de 1947.
Marcel Guyon meurt le 26 juin 1954 Toulon où il résidait avenue Nobel. Il était âgé de 61 ans, toujours marié et aurait eu une fille.
Décoré de la Croix de guerre avec palmes et étoile pour sa participation au conflit de 1914-1918, il était chevalier de la Légion d’honneur depuis octobre 1918 était devenu officier en mai 1951.
Revenu à Joinville, Marcel Guyon et son frère Fernand montent une entreprise de travaux de bâtiment à Voncq (Ardennes). Il y épouse en septembre 1920 Julienne Lucienne Suzanne Billeron, fille d’un vigneron de la commune.
Il quitte la métropole en 1928 pour rejoindre la Guinée, colonie française de l’Ouest africain, où il prend la direction d’une usine de la société des Grands travaux africains (GTA) à Baro, dans le cercle de Kankan (Haute-Guinée). L’entreprise, qui portait antérieurement le nom de Buffet et Herbelin, a son siège social à Porto-Novo (Dahomey, act. Bénin). Elle s’est implantée en Guinée française, où elle exploite une importante scierie à Kankan, terminus du chemin de fer de Guinée. Elle acquiert un terrain de 78 hectares à Baro, pour créer des cultures vivrières et des pépinières d'arbres exotiques et y installe une autre scierie. En juillet 1937, GTA cède le domaine de Baro à un autre établissement, les Plantations de la Guinée française.
Toujours en Haute-Guinée, Marcel Guyon est devenu en 1936 le gérant d’une importante concession forestière à Finamoussaya dans le cercle de Kouroussa, Son épouse y meurt en décembre 1937.
Dans la réserve de l’armée d’infanterie, Marcel Guyon est promu capitaine en juillet 1938. Il est remobilisé à la déclaration de la deuxième guerre mondiale, rejoignant en septembre 1939 le 4e bataillon de tirailleurs sénégalais. Il embarque, en avril 1940, sur le navire Singïa du port de Conakry (Guinée) pour Marseille et est affecté au centre transition des troupes coloniales de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Après la campagne de France, il retourne en janvier 1941 en Guinée, où il est démobilisé. Puis il revient en métropole en août la même année. Il s’installe dans le village de Les Vans (Ardèche) où il avait épousé, en juillet 1940, Marie Christine Marafico.
Selon ses propres déclarations et le témoignage de A. J. Fabre, président du comité local de Libération des Vans, Marcel Guyon a rejoint la résistance civile dès son arrivée dans le village, en novembre 1941. Dans la clandestinité, il adopte le pseudonyme de capitaine Sangard au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Il s’occupe notamment de permettre aux réfractaires au service du travail obligatoire (STO) de se cacher dans les montagnes avoisinantes et fournit un appui financier aux résistants.
Les clandestins se retrouvent autour de deux déserteurs du STO (Pierre Gilles alias Pierre et Max Lacroix, dit Max) sous la direction de Guyon. Selon l’historien Vincent Peyric-Ziélinski, le maquis de Pigère et Brahic s’installe sur le Gras de Naves en novembre 1943. Il est rattaché à l’Armée secrète, un mouvement plutôt d’obédience gaulliste, animé par d’anciens militaires. En mars 1944, il prend le commandement de la première unité armée des FFI dans la région, le maquis de Brahic, qui va servir de base à la constitution de plusieurs compagnies de l’Armée secrète dans le sud de l’Ardèche.
Après plusieurs accrochages avec des troupes allemandes au cours du mois de juillet, le principal fait militaire est la Bataille de Banne, le 29 juillet. Les forces de la Résistance identifient un très important convoi ennemi en provenance d’Alès, guidé par un avion de reconnaissance, fort de 400 hommes environ transportés par 19 camions, protégé à l’avant par une chenillette blindée, et disposant d’une auto mitrailleuse avec un canon de 75 mm. Après de violents combats, les Allemands doivent se retirer vers Alès le soir. Côté FFI, on déplore un mort, et plusieurs blessés dont deux graves. La bataille est depuis présentée comme « la première grande victoire remportée en Ardèche par la Résistance armée ». Cependant, l’armée allemande exerce des représailles le lendemain, bombardant le village qui est pillé et largement détruit. Au moins sept civils sont tués.
Marcel Jules Guyon naît le 5 octobre 1892 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Camille Eugénie Fourquet et de son ancien mari Théophile Eugène Guyon. Les époux sont en effet divorcés depuis le mois de juin. Le père, qui est cuisinier, retourne vivre dans son village natal, Bouray-sur-Juine (Seine-et-Oise, act. Essonne) où il devient agriculteur. Il n’est pas présent pour l’accouchement ni pour la déclaration de naissance. La mère est originaire de Nainville-les-Roches (Seine-et-Oise, act. Essonne) et travaille comme couturière. Elle reste vivre à Joinville, avec un nouveau compagnon, luis aussi venant de Bouray-sur-Juine, Jules Victor Maleine, qui déclare la naissance de Marcel.
En 1901, Camille Fourquet vit à Joinville en compagnie des deux plus jeunes des quatre enfants de son mariage (dont Marcel) et avec les trois suivants, nés de son compagnonnage. Ils résident dans le quartier de Palissy, avenue du Rond-Point ; les grands-parents maternels vivent à proximité.
Effectuant son service militaire à partir d’octobre 1913, Marcel Guyon est affecté au 29e régiment de dragons, une unité dont les soldats, normalement, se déplacent à cheval mais combattent à pied.
Après le déclenchement de la première guerre mondiale, en août 1914, Marcel Guyon reçoit sa première citation, à l’ordre de la division, dès le mois d’octobre pour sa participation à des combats à Aix-Noulette (Pas-de-Calais) : « a chargé avec son escadron contre l’infanterie ennemie, a traversé devant son officier la première ligne ; arrêté par la seconde, a montré le plus grand sang-froid, s’efforçant de rattraper les chevaux des cavaliers démontés, est rentré à cheval dans nos lignes. »
Il va se voir confier des responsabilités. Il est nommé brigadier en novembre 1914 puis maréchal des logis en octobre 1915. Devenu officier en octobre 1916, comme sous-lieutenant, il est d’abord rattaché au 220e régiment d'infanterie puis, en décembre, au 2e régiment de zouaves et de tirailleurs, unité d'infanterie légère où sont notamment présents des soldats venant d’Afrique.
Rien qu’au cours de l’année 1917, il se voit décerner cinq citations. En avril, la division met en exergue : « Gradé d’un courage remarquable. Au cours de la nuit du 3 au 4 avril, a séjourné pendant cinq heures dans la première ligne allemande et a rapporté des renseignements importants ». Puis son régiment parle d’un « Officier d’une bravoure exceptionnelle, en assurant son service de quart sous un bombardement très violent » en mai où il est blessé ; il le sera une deuxième le mois suivant, toujours lors de la bataille du Chemin des Dames. En novembre, c’est le corps d’armée qui remarque un « Officier d’un entrain et d’une bravoure remarquable ; a dirigé sur le Chemin des Dames une série de reconnaissances très hardies qui lui ont permis d’entrer jusqu’à la première ligne allemande et de ramener prisonnier un sous-officier. »
Affecté en juillet 1918 au 13e régiment de marche et de tirailleurs, il est de nouveau cité à l’ordre du corps d’armée : « Chef de section remarquable de courage et de sang-froid. A été pour ses hommes pendant deux jours pénibles, un modèle d’énergie et de bravoure ». Il est promu, en octobre, au grade de lieutenant et est désigné alors à la 10e armée :« Au cours de l’attaque du 23 août, a entraîné sa section à l’assaut de positions fortement tenues, s’est emparé de haute lutte d’une crête garnie de mitrailleuses, capturant la garnison et s’emparant de plusieurs mitrailleurs ».
Peu avant la fin du conflit, le Grand Quartier Général met en avant son comportement le 3 octobre : « Avec une poignée d’hommes à l’assaut d’un blockhaus ennemi garni de mitrailleuses et, après un combat acharné, a réduit la garnison capturant 20 prisonniers de la garde dont un officier. Poursuivant ensuite sa marche en avant, et arrêté par un réseau de fil de fer défendu âprement, n’a pas hésité à se frayer un passage à la cisaille et a atteint l’objectif qui lui était assigné et l’a conservé. »
Au cours de l’année, il est deux fois blessé par balle, en février au bras gauche, puis en août au poignet gauche également. Il est démobilisé en août 1919.
À suivre
1914, soldat devant le château d’Aix-Noulette (Wikipasdecalais)
Cécile Hélène Marc naît le 15 mars 1914 à Pau (Basses-Pyrénées, act. Pyrénées-Atlantiques). Elle est la fille de Louise Marie Schrader (1885-1980) et de son époux Lucien François Marc (1877-1914). Sa mère est médecin. Son père, natif de Rouen, docteur en géographie, s’engage dans l’armée, fait l’école spéciale de Saint-Cyr-Coëtquidan et sert dans les forces coloniales à Madagascar et en Afrique de l’Ouest. Affecté à l’état-major en 1911, avec le grade de capitaine, il est en 1913 stationné à Pau. Il est tué dans les premiers jours de la première guerre mondiale, le 15 septembre 1914, lors des combats du Chemin des Dames à La Ville-au-Bois. Il est titulaire de la médaille coloniale et chevalier de la Légion d’honneur.
Les trois filles de la famille, dont la dernière est née posthume, sont reconnues pupilles de la nation. Si leur mère est parisienne de naissance, elle est la fille d’une personnalité bordelaise, Franz Schrader (1844-1924), géographe, cartographe et peintre paysagiste français, qui fut aussi président Club alpin français et officier de la Légion d’honneur. En matière géographique, il est proche des idées d’Élisée Reclus, son beau-frère, et le père de Cécile, Lucien Marc sera son élève. Celui-ci prend le nom d’usage de « Marc-Schrader » après son mariage, par exemple pour signer en 1913 des articles dans la revue Le Tour du monde, décrivant son activité d’administrateur colonial, sous le titre Quand j'étais maire de Tombouctou. Comme ses deux sœurs, Cécile utilisera également le nom d’usage Marc-Schrader jusqu’à son mariage.
Faisant, dans la suite de sa mère, des études médicales à Paris, Cécile Marc-Schrader est externe des hôpitaux de Paris et obtient son diplôme de docteur en 1940. Elle s’est spécialisée dans la pédiatrie, la gynécologie, les accouchements et la gymnastique médicale. Elle ouvre un cabinet rue Denfert-Rochereau (5e arr.).
En 1941, Cécile Marc-Schrader entre à la Fondation française pour l'étude des problèmes humains, organisme soutenu par le gouvernement de Vichy qui a pour objet d’étudier « sous tous les aspects les mesures propres à sauvegarder, améliorer et développer la population française » et de « synthétiser des efforts poursuivis en dehors d’elle ou dans son sein et développer la science de l’homme. ». Elle a été fondée par le chirurgien et biologiste Alexis Carrel (1873-1944), qui en est le régent. Défendant des thèses racistes et eugénistes, membre en 1937 du Parti populaire français (PPF, extrême-droite) de Jacques Doriot, Alexis Carrel est suspendu de ses fonctions en août 1944 par le gouvernement provisoire, se défend de toute collaboration avec l’Allemagne et il n’est pas jugé.
Selon l’historien Alain Drouard, « Rien ne serait plus erroné que de considérer tous les membres de la Fondation comme des collaborateurs ou des fascistes à la solde de l’occupant, même si tel a dû être le cas pour certains d’entre eux ». Il indique que « les docteurs Jean Sutter, Pierre Royer et Cécile Goldet, à l’époque Marc-Schrader, [étaient] engagés dans la résistance ». Dans son livre Une Inconnue des sciences sociales, La Fondation Alexis Carrel (MSH, Paris, 1992), il précise concernant la situation de la Fondation, après la suspension d’Alexis Carrel : « Tout aurait été réglé de manière informelle par le Dr Bernard Lafay, alors au cabinet de Pasteur Vallery-Radot, assisté à l’intérieur de la Fondation par Mme Cécile Goldet, née Marc Schrader, membre de la Fondation et résistante. »
En mai 1945 Cécile Marc-Schrader épouse Antoine Gustave Goldet, ingénieur à Paris (5e arr.) et prend alors le nom de Cécile Goldet.
L’activité de Cécile Marc-Schrader pendant la deuxième guerre mondiale a fait l’objet d’une confusion avec celle de sa belle-sœur (y compris dans la notice que lui a consacrée le Sénat). Cécile Goldet (1901-1987), sœur d’Antoine, s’est engagée en tant qu’infirmière dans la résistance, et servit au sein du maquis du Vercors. Elle fut l'une des sept infirmières soignant des combattants dans la grotte de la Luire à Saint-Agnan-en-Vercors (Drôme), faite prisonnière par les Allemands le 27 juillet 1944 et déportée à Ravensbrück avec ses collègues. Elle décorée de la médaille de l’Ordre de la Libération.
Après-guerre, tout en poursuivant son activité médicale, Cécile Goldet (née Marc-Schrader) participe en 1960 à la création du Mouvement français pour le planning familial.
Elle s’engage en politique et adhère en 1962 au Mouvement Démocratique Féminin, introduite par Marie-Thérèse Eyquem puis en 1964 à la Convention des institutions républicaines (CIR), formation fondée par François Mitterrand. Elle devient en 1965 conseillère municipale du village de Fleury-en-Bière (Seine-et-Marne).
Dans le cadre de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (dont la CIR est membre avec notamment le Parti socialiste SFIO), Cécile Goldet est candidate aux élections législatives dans la quatrième circonscription de Paris en mars 1967, où elle obtient 3 310 voix pour 34 210 suffrages exprimés (9,7%). En 1970, elle est trésorière de l'Association pour l'étude de l'avortement.
En juin 1971, le congrès d'unification des socialistes à Épinay-sur-Seine voit la constitution du Parti socialiste (PS), regroupant diverses formations dont la SFIO et la CIR. Cécile Goldet intègre le secrétariat de la Fédération socialiste de Paris au titre du CERES, mouvement de Jean-Pierre Chevènement. Elle siège au comité directeur du PS en 1975 et défend, au sein de ce mouvement, des positions féministes.
Elle représente les socialistes dans la même circonscription parisienne en mars 1973, recueillant 8 433 des 28 039 suffrages exprimés au second tour (30,1%) ; elle n’est pas élue. Lors de ce même scrutin, Hélène Goldet, fille de Cécile, est candidate, avec le soutien de la Ligue communiste révolution (LCR) dans une autre circonscription de la capitale.
Lors des élections sénatoriales du 25 septembre 1977 pour le département de Paris, Cécile Goldet figure en troisième position sur la liste du PS et du Mouvement des radicaux de gauche, qui obtient deux sièges. Elle n’est pas élue, mais entre au Sénat le 29 mai 1979, au lendemain du décès de Georges Dayan. Membre du groupe socialiste, elle en devient vice-présidente en 1980.
Au sein de la haute assemblée, Cécile Goldet, qui a pris sa retraite de gynécologue en 1982, s’investit dans la lutte contre les discriminations au travail et pour l'égalité professionnelle. Elle vote en 1981 la loi portant abolition de la peine de mort. Elle est présidente du groupe d'études sénatorial des problèmes des déshérités et du quart-monde (1980-1986).
Cécile Goldet meurt le 27 octobre 2019 à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne). Elle était âgée de 105 ans et mère de trois enfants. Elle est inhumée à Fleury-en-Bière.
Jean Paul Manuel Rodriguez naît le 29 décembre 1922 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Pauline Chaline et de son époux Manuel Rodriguez.
La mère, native de Joinville, couturière, travaillait pour la maison Chanel à Séville, où elle a épousé son père vers 1910, selon les sources familiales. Le père, espagnol originaire de Séville, a fondé en 1919 un atelier de mécanique situé à Joinville, rue du Viaduc, les établissements Rodriguez & Fils. Ils faisaient des « constructions mécaniques, machines à bois, construction de toutes machines sur plan » selon leur cartes de visite.
Comme ses deux frères aînés, Emmanuel (1913-1993) et Paul Léon (1914-1994), Jean travaille avec son père dans l’entreprise familiale.
Le Service historique de la Défense atteste de l’engagement de Jean Rodriguez dans la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale. Les sources familiales décrivent ainsi son parcours. En mars 1943 il est requis pour le Service du travail obligatoire (STO) et envoyé en Allemagne. Il s’évade en février 1944 et rentre en France dans la clandestinité. En août 1944, il s’engage dans les Francs-tireurs et partisans (FTP) et participe aux combats pour la Libération de Joinville-le-Pont. Il est en particulier présent dans la bataille du pont de Joinville le 25 août, aux côtés de Robert Deloche, dit commandant Vila, futur maire communiste de Joinville. Il est sous les ordres d’Alexandre Legay (1905-1990), maçon, militant communiste et ensuite conseiller municipal de Joinville-le-Pont (1944-1945).
Toujours selon la généalogie familiale, Jean Rodriguez dispose d’une carte de membre des Milices patriotiques, structures montées par le parti communiste lorsque le décret du 24 septembre 1944 met fin à l’existence des FFI (Forces françaises de l’intérieur) pour regrouper les anciens FTP. Elles sont dissoutes en novembre 1944.
En août 1945, Jean Rodriguez épouse à Joinville Micheline Renée Lizot. La mère de son épouse et les deux frères de celle-ci ont été des militants communistes également impliqués dans la Résistance à Joinville.
Jean Rodriguez meurt le 28 juillet 1975 à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Selon son petit-fils Quentin Rodriguez, il aurait été atteint d’un cancer. Il était âgé de 52 ans et père de deux enfants.
La barricade du pont de chemin de fer de Joinville pendant la bataille de la Libération en août 1944
Marie Thérèse Martin naît le 3 mars 1895 à Bordeaux (Gironde). Elle est la fille de Marie Louise Puisay et de Jean Martin, employé de commerce. Sa naissance sera légitimée par le mariage de ses parents en février 1896 à Bordeaux. Ils vivent rue d’Aviau.
Sa mère (1866-1945), couturière et domestique est native de la Vienne. Son père (1870-1910), employé de commerce, est originaire de Bordeaux. Marie Thérèse est l’aînée des trois enfants.
Ils vont vivre en région parisienne, d’abord à Gentilly (Seine, act. Val-de-Marne) en 1897 puis à Châtillon (Seine, act. Hauts-de-Seine) en 1900. En 1901, Marie Thérèse séjourne dans le village maternel de sa mère à Gençay (Vienne), chez ses grands-parents avec ses deux frères. Puis la famille Martin s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Ils résident en 1910 dans le quartier de Palissy, rue du 42e de Ligne. Jean Martin y meurt en juin 1910, quand Marie Thérèse a 15 ans.
En 1911, la famille a déménagé dans le quartier voisin de Polangis, toujours à Joinville, avenue de l’Île (act. avenue d’Estienne-d’Orves) ; Marie Thérèse est ouvrière dans l’usine cinématographique Pathé, construite à proximité.
Le mariage de Marie Thérèse Martin avec Adrien Charles Boscheron (1883-1971) se fait en février 1920 à Joinville. Son mari, parisien de naissance, est ajusteur mécanicien ; ils vivent au domicile des Martin, désormais avenue Jamin, encore dans le quartier de Polangis à Joinville. Sept mois après la naissance du fils qu’il a avec Marie Thérèse, en février 1921, Adrien Boscheron indique en septembre 1921 résider à Champigny-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne) et déclare la naissance d’une fille ; la mère est sa première compagne, qui avait déjà accouché d’un garçon de lui en mars 1919. Marie Thérèse Martin obtient le divorce en mars 1922.
Continuant à vivre avec son fils chez sa mère, Marie Thérèse Martin se remarie en septembre 1925 à Joinville avec Édouard René Jean Baptiste Lizot (1899-1965). Son mari a été condamné à plusieurs reprises pour divers délits, notamment en avril 1918 par la cour d’assises de Riom (Puy-de-Dôme) à cinq ans de prison pour vol. Ils vont travailler tous deux comme miroitiers à Paris.
Édouard Lizot quitte son épouse peu après leur mariage, s’installant à Montreuil-sous-Bois (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Marie Thérèse accouche d’une fille à Joinville en février 1926, et Édouard Lizot lui verse alors un secours de 50 francs par semaine. En juin 1926, il refuse de payer sa contribution ; Marie Thérèse se rend alors dans l’atelier de miroiterie où il travaille, rue de Montreuil à Paris, et tire à trois reprises sur lui avec un revolver. Il est légèrement blessé à l'avant-bras gauche et été admis à l'hôpital Saint-Antoine. Marie Thérèse est arrêtée et conduite devant le commissaire de police du quartier Sainte-Marguerite. Elle est cependant laissée en liberté provisoire, du fait de ses deux enfants en bas-âge et n’est pas poursuivie, Lizot ayant refusé de porter plainte.
Les deux époux vivent ensuite de nouveau ensemble chez la mère de Marie Thérèse à Joinville et ayant un nouvel enfant en mai 1929. Ils divorcent en décembre 1934. Ils participent en octobre 1928, en compagnie des frères de Marie Thérèse, à une souscription lancée par le syndicat CGTU, proche du parti communiste, « À l’aide des combattants du textile ».
Selon la généalogie familiale, Marie Thérèse aurait travaillé comme pianiste de cinéma muet et été employée dans les studios Pathé de Joinville et l'usine de fabrication de films Kodak de Vincennes. Cependant, entre 1921 et 1931, elle est notée comme sans profession dans les recensements. En 1936, toujours chez sa mère avec ses trois enfants, elle se déclare couturière.
S’appuyant sur des sources de presse qui n’ont pas pu encore être consultées, l’arrière-petit-fils de Marie Thérèse, Quentin Rodriguez, mentionne qu’elle a été arrêtée, sans doute en octobre 1942. Elle fait parmi d’un groupe de 227 « internées communistes » en provenance du dépôt (Paris) et de la caserne des Tourelles qui sont conduites au camp de La Lande à Monts (Indre-et-Loire). Après avoir reçu des Juifs en 1940 et 1942, le camp de La Lande devient la destination des femmes communistes poursuivies par les autorités du régime de Vichy et les Allemands. On retient aussi au camp des femmes poursuivies pour des délits de droit commun et des prostituées. Les dernières incarcérées à La Lande sont transférées en janvier 1944 au camp de Poitiers (Vienne).
Le frère de Marie Thérèse, André Martin, tourneur-outilleur, militant communiste et engagé dans la Résistance à l’occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale, est tué le 21 août 1944, premier jour de l’insurrection parisienne dans le quartier des Halles.
D’après la généalogie de la famille Martin-Rodriguez, Marie Thérèse vit de nouveau à Joinville-le-Pont, avenue Jamin, après le conflit et est comptable à l'usine des Tréfileries et laminoirs du Havre, située à Saint-Maurice, en bordure de Joinville, jusqu’en 1960.
Elle prend alors sa retraite et va vivre à Quiers-sur-Bézonde (Loiret) jusqu’en décembre 1978. À cette date, elle est hébergée à quelques kilomètres de là, dans la maison de retraite L'Heure mauve, qui dépend du centre hospitalier Paul-Cabanis à Beaune-la-Rolande. Elle y fête son centenaire en mars 1995.
Marie Thérèse Martin meurt le 22 août 1997 à Beaune-la-Rolande (Loiret). Elle était âgée de 102 ans. Mère de trois enfants, l’aîné était né de son premier mariage, les deux autres du second.
Un bâtiment du camp de La Lande à Monts (Indre-et-Loire)
Georges Guy Gérard Legras naît le 3 juin 1927 à Tours (Indre-et-Loire). Il est le fils d’Adrienne Élisabeth Lelong et de son mari Jacques Georges Ernest Legras, voyageur de commerce. Ils vivent, avec les grands-parents paternels, rue Avisseau, dans le quartier de la cathédrale.
En 1931, la famille est installée à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), au centre-ville, rue Émile-Moutier. Le père est devenu projectionniste ; il sera ensuite ingénieur du son. La ville de Joinville comporte plusieurs sites importants consacrés au cinéma (studios de production et entreprises de traitement des films notamment).
Pendant la deuxième guerre mondiale, on trouve un « Georges Legras » enregistré, sans autre précision, dans les Dossiers administratifs de résistants conservés par les archives du Service historique de la Défense.
Après le conflit, Georges Legras est assistant monteur en cinéma. Le 10 novembre 1949, il se trouve dans l’immeuble du 19, rue Saint-Georges à Paris (9e arr.). Anciennement utilisé par la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) pendant l'occupation allemande de Paris, il a été affecté après la Libération à plusieurs organisations liées au parti communiste, notamment le Front national, qui y a son siège, comme des mouvements d’anciens combattants.
Georges Legras et une de ses collègues, Ina Brocki, travaillaient au 4e étage. Ils sont retrouvés recroquevillés, complètement carbonisés, par les sauveteurs sur le palier du 3e étage. L’accident a fait une autre victime, Germaine Fromentin, et huit blessés.
Plusieurs sociétés d’exploitation de films avaient une activité dans l’immeuble : Armor, Miramar et le studio Saint-Georges. L’enquête a estimé que le feu aurait pris dans les sous-sols, suite à un court-circuit, et aurait embrasé des pellicules de film stockées dans les caves, dans des conditions non conformes à la règlementation. Il s’est ensuite propagé très rapidement dans les étages.
Georges Legras a été déclaré mort le 10 novembre 1949 à Paris (9e arr.). Il était célibataire, âgé de 22 ans et toujours domicilié chez ses parents à Joinville-le-Pont et son corps a été inhumé dans le cimetière communal de cette ville.
Des obsèques solennelles ont été organisées pour deux des trois victimes, Germaine Fromentin et Georges Legras. Elles se sont déroulées le 19 novembre à la Maison des Métallurgistes, rue Jean-Pierre-Timbaud à Paris (11e arr.). Tous les deux ont été salués comme des camarades de lutte et des militants par des dirigeants du Front National, tels Laurent Casanova, Pierre Villon. Plusieurs hauts responsables communistes étaient présents, comme Léon Mauvais et Charles Tillon.
Jacques, le père de Georges Legras, a été candidat communiste lors des élections municipales de Joinville-le-Pont en mars 1965.
Lutte contre l’incendie dans l’immeuble, L’Humanité, 11/11/1949
Installé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier du Centre, rue Chapsal en 1939 après son départ d’Espagne, Mayer List est dans une situation dangereuse après l’occupation allemande en juin 1940. Juif apatride, il ne parle pas le français à son arrivée en France ; cependant, comme il maîtrisait déjà six langues, il a sans doute une capacité à apprendre cette langue et, en 1943, il sera capable de l’écrire correctement.
Selon l’historien David Diamant (pseudonyme de David Erlich), c’est à l’automne 1941 que Mayer List apprend la formation de groupes juifs au sein de la Résistance communiste. Bien qu’il soit toujours en mauvaise santé, il intègre le 2e détachement de l'Organisation spéciale-MOI (main-d’œuvre immigrée), qui devient en 1942 les Francs-tireurs et partisans (FTP-MOI) ; il est membre du triangle de direction avec Samuel Weissberg et Léon Pakin. Il en devient le responsable politique et prend la direction opérationnelle en juin 1942, suite à l'arrestation de Léon Pakin. Dans la clandestinité, il utilise notamment le pseudonyme de Markus.
D’après Fabrice Bourrée, « Mayer List est à l’origine d’une ruse de guerre très efficace : des partisans organisent une diversion dans une rue voisine du lieu qui devait être attaqué. Les gardiens de police accourent, quittant leur poste. Pendant ce temps, un autre groupe s’approche rapidement de l’objectif et dépose les bombes à retardement. »
Selon un bilan établit par Boris Holban (pseudonyme de Baruch Bruhman, fondateur et chef militaire des FTP-MOI), entre le 8 juillet 1942 et le 31 mai 1943, le détachement de List a mené cinquante-huit actions contre les troupes d’occupation : incendies de camions, dépôts de bombes à retardement devant des hôtels occupés par des Allemands, grenadage de restaurants fréquentés par l'occupant, de détachements militaires...
Le site Paris révolutionnaire situe cinq opérations dans la capitale. En 1942, il répertorie quatre attaques à la grenade : le 2 décembre 1942, un bureau d’embauche allemand avenue de Breteuil (7e arr.) ; le 12 du même mois, un groupe de militaires allemands place de la Nation (11e arr.) ; encore le même mois, le jour de Noël, un camion allemand rue Desaix (8e arr.) ; le lendemain, 26 décembre, un restaurant fréquenté par des officiers allemands faubourg du Roule (8e arr.). Le détachement de Markus établit rue de Meaux (19e arr.), à la mi-mai 1943, une cache de matériel pour les FTPF, destinée à préparer des déraillements de trains.
Depuis fin avril 1943, des inspecteurs de la 2e brigade spéciale (BS2) de la police parisienne l’ont identifié, lui ont attribué le surnom « Lunettes », et procèdent à sa filature.
Mayer List est arrêté le 2 juillet 1943. Son arrestation a lieu, si l’on en croit le site Paris révolutionnaire, dans un bistrot de la rue aux Ours où il mangeait régulièrement. Mais Jean-Pierre Besse et Daniel Grason, qui signent sa biographie dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, l’interpellation a eu lieu vers 10h30 « alors qu’il se présentait au domicile de Régine Castellane (Ruchla Widerker), avenue Pauline à Joinville-le-Pont ». Des perquisitions infructueuses des furent faites dans les deux adresses de Joinville, rue Chapsal et avenue Pauline.
L’opération menée par la BS2 provoque 77 arrestations au sein des FTP-MOI. List est trouvé en possession d’une fausse carte d’identité française au nom d’Oscar Maguin, né à Teruel (Espagne), d’un certificat de travail et d’une feuille de démobilisation au même nom. Lors de son interrogatoire, le même jour, il donne son vrai nom et se déclare « de nationalité polonaise et de race juive », de profession tailleur d’habits, mais sans activité, domicilié rue Chapsal à Joinville-le-Pont. Il nie appartenir au parti communiste clandestin et à une organisation dite terroriste.
Mayer List est livré aux nazis et jugé par le tribunal militaire allemand du Gross-Paris rue Boissy-d'Anglas (6e arr.), avec quatre co-inculpés, le 20 septembre 1943, qualifiés comme lui d’israélites. Selon Fabrice Bourrée, « Les faits qui leur sont reprochés montrent qu’ils n’ont rien avoué si ce n’est des éléments déjà connus de la police. Mayer List ne cache rien de ses activités au sein des Brigades internationales mais reste muet quant à ses actions résistantes. »
Mayer List André Engros, Boruch Lerner et Nonnique Tuchklaper sont condamnés à mort et exécutés le 1er octobre 1943 au Mont-Valérien à Suresnes (Seine, act. Hauts-de-Seine). Le cinquième FTP, Hirsch Loberbaum, est condamné à une peine de déportation d’où il ne reviendra pas. Ruchla Widerker, déportée à Auschwitz, aurait survécu et émigré après-guerre en Argentine.
Avant d’être fusillé, Mayer List adresse une lettre à sa famille en Argentine. Elle est également destinée à sa femme. À ses parents, Mayer List indique « Ma femme s’appelle Lamba Bluss » et qu’elle réside à Riga (Union soviétique, act. Lettonie), ce qui permet de supposer qu’ils ne la connaissaient pas, et donc que, probablement, elle n’était pas avec lui en Argentine. Selon David Diamant elle s’appelait Louba Bluss Bliumas, native de Riga en 1907. Peut-être l’a-t-il connue au Brésil, si Mayer List y a séjourné ? Des personnes d’origine lituanienne portant les noms de Bluss et Bliumas y sont signalés. Il conclut à son attention « Ma chère Lamba, j’ai déjà dit que ce n’était pas de ma faute de ne pouvoir ensemble vivre et arranger notre vie heureuse, alors je te souhaite une vie félice et travaille pour pouvoir aider mon frère ». Vu le ton de ce courrier, on peut supposer qu’il l’encourage à poursuivre un engagement politique.
L’une des deux compagnies de Juifs polonais qui se constituèrent à la Libération au sein du bataillon 51/22 dit bataillon Liberté prit le nom de Markus, en souvenir de Mayer List.
La mention « Mort pour la France » lui est attribuée le 12 juillet 2007.
Les frères List Izhak, Herschs, Mayer et Shlomo ont émigré tous les quatre de Pologne en Argentine en 1929, où ils se font désormais appeler Jacob, Marcos, Gregorio et Julio. Ils deviennent membres du parti communiste argentin (PCA) et d’organisations syndicales, poursuivant les activités dans lesquelles ils étaient engagées avant le coup d’État polonais de 1926, selon les informations de Chaja Palgon-Urlant, chroniqueur des Juifs originaires d’Ostrów Mazowiecka. Marcos (Mayer) devient éditeur d’un journal édité en yiddish.
Il est membre actif du PCA lors du coup d’État argentin de septembre 1930, qui porte au pouvoir le lieutenant-général José Félix Uriburu. Le nouveau dictateur fit interdire le PCA et voter une loi prévoyant l'expulsion des militants d'origine étrangère. Une « section spéciale de lutte contre le communisme » est chargé de la mise en œuvre de ces mesures.
D’abord arrêté, Marcos (Mayer) émigre ensuite en Uruguay, en compagnie notamment de son frère Jacob (Izhak). Ce dernier, rentré clandestinement en Argentine, organise en septembre 1931 une grève des ouvriers du bâtiment à Rosario de Santa Fe pendant laquelle il trouve la mort.
Revenu également de manière illégale à Buenos Aires, Marcos est arrêté à plusieurs reprises, incarcéré à la prison du quartier de Devoto où il est torturé, d’après le témoignage familial d’Ezequiel Goldberg. Il y conduit une grève de la faim pour y obtenir de meilleures conditions de détention.
Devenu influent au sein du PCA clandestin, Marcos List est à la tête d’un groupe de choc, qui prépare notamment une tentative révolutionnaire au Brésil. Cependant, le Bureau sud-américain de l’Internationale communiste jugera que cette opération était « mal coordonnée » et avait des « objectifs équivoques. »
En mars 1936, Marcos est expulsé d'Argentine en compagnie de plusieurs personnes, dont son frère Gregorio (Herschs) sur un bateau à destination de la ville libre de Dantzig (act. Gdansk, Pologne). Il s’évade lors d’une escale au Brésil mais est repris par la police locale et doit poursuivre son voyage. Il fuit une deuxième fois à l’occasion d’une autre escale à Vigo (Galice, Espagne). Il participe, en juillet 1936, aux manifestations organisées à Vigo pour protester contre le putsch du général Franco. Il est arrêté avec deux autres polonais. Ils obtiennent un sauf-conduit du consul polonais, sous prétexte de retourner en Pologne. Marcos List stoppe son trajet à Paris. Selon Jean-Pierre Besse et Daniel Grason, qui signent sa biographie dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Jean Maitron, il aurait demandé l’asile politique en France, qui lui aurait été refusé.
Il se rend au siège du parti communiste français pour s’engager dans les Brigades internationales qui viennent de se créer et luttent pour défendre le régime républicain espagnol contre les forces nationalistes. En septembre, il est envoyé à Valence.
Marcos List parlait plusieurs langues : l'hébreu, le yiddish, l'espagnol, le portugais, l'allemand et le russe. Il est recruté en tant qu’interprète au sein du Bataillon Dombrowski, constitué en octobre 1936 par 600 hommes, originaires de Pologne, placés sous le commandement de Stanislaw Ulanowski, et intégrés à la XIe Brigade Internationale puis en décembre à la XIIe.
Avec son bataillon, Marcos List combat sur les fronts de Motril (Andalousie), de Bilbao, de Santander, des Asturies, de Teruel et de Castellón. Il est blessé dans un accident à Valence et ensuite est employé au ministère de la Défense nationale.
La dissolution des Brigades internationales est décidée en septembre 1938 par le gouvernement républicain, suite à une décision de la Société des Nations. Les volontaires étrangers sont renvoyés dans leur pays. N’ayant plus de nationalité, Marcos List, qui ne peut retourner ni en Argentine, ni en Uruguay, dont il avait été expulsé auparavant, souhaite se rendre à Moscou. Cependant, le récit d’Ezequiel Goldberg assure que les cadres du parti communiste espagnol se méfiaient de lui, comme de beaucoup d'autres étrangers, considérés comme des espions ou des trotskistes. Il présentait d'excellentes références du PCA et du parti communiste d'Uruguay, mais son frère David List, qui était adhérent du parti bolchevique et membre d’un soviet de Moscou avait été, en novembre 1937, victime des purges staliniennes dans cette ville.
Marcos List entre clandestinement en France à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) au printemps 1939, réussissant à ne pas être repéré par les gardes-frontières. Selon l’historien David Diamant, il arrive sans papier et sans moyen de subsistance, dans la région de Toulouse. Il est contrôlé, couché dans un champ et à demi-évanoui, par des gendarmes, qui ne l’arrêtent pas, du fait de son état de santé, étant tuberculeux. Il gagne Paris.
Mayer List naît le 7 octobre 1907 (ou le 10 juillet) en Pologne, dans le village de Małkinia, situé à une quinzaine de kilomètres de la ville d’Ostrów Mazowiecka, en Mazovie, dans le nord-est de l’actuelle Pologne. Il est le fils de Judes Liba Aida Kavouch ou Kaczorek, originaire de la ville proche de Łomża, et de son mari Israël (ou Srul) Berl List, chauffeur. Ils auront 9 enfants, 5 garçons et 4 filles.
Cette partie de la Pologne comporte une importante proportion de Juifs. Lors du recensement de 1897, la ville comptait 10 500 habitants dont 54% étaient Juifs.
Son prénom est parfois retranscrit en tant que Meier ou Mejer ; son surnom est orthographié Markus, Marcus ou Marcos. Son lieu de naissance est parfois désigné dans certains documents comme Ostrawa, localité polonaise de Basse-Silésie, mais l’origine familiale est bien située à Ostrów Mazowiecka, dont dépend le village de Małkinia.
D’après Chaja Palgon-Urlant, chroniqueur des Juifs originaires d’Ostrów Mazowiecka, Mayer List est, à 16 ans, ouvrier fabricant de chaussures dans une usine de sa ville et un membre actif du syndicat des chausseurs d’Ostrów Mazowiecka. Selon Ezequiel Goldberg, qui fait l’histoire familiale des Lis, Mayer est, comme sa famille, adhérent au Parti socialiste polonais (PPS), engagé dans la fraction soutenant l’Internationale communiste et impliqué dans le Secours rouge.
Il s’installe ensuite à Varsovie, devenu tailleur, et il y poursuit son activité syndicale. Le coup d’État de mai 1926, voit Józef Piłsudski, aidé de l'armée, imposer une dictature ; même s’il fut, à l’origine, soutenu par le PPS, le régime autoritaire oblige les militants communistes à passer dans l’illégalité. Arrêté, Mayer List est déchu de sa citoyenneté polonaise.
La famille List était soumise à deux menaces, étant engagée dans le mouvement ouvrier et, comme les autres Juifs, sujette à des persécutions. Tous vont quitter le territoire national entre 1923 et 1935. Son frère aîné Izhak dit Jacob part pour l’Argentine en 1923 et le troisième, David, passe la même année en Union soviétique, à Minsk (URSS, act. Biélorussie).
Pour sa part, Mayer List embarque le 4 août 1928 à Brème (Allemagne) à bord d’un paquebot de la compagnie Norddeutscher Lloyd à destination de Montevideo (Uruguay) via Baltimore (États-Unis). Il voyage en troisième classe, est mentionné comme apatride et résidant à Varsovie, exerçant le métier de compagnon tailleur.
Il passe en Argentine où il obtient le statut de réfugié politique d’après Ezequiel Goldberg. Il retrouve à Buenos-Aires son frère Izhak et sa sœur Fejga (Felisa). Son père ainsi que ses deux frères Herschs et Shlomo suivront l’année suivante. Ses trois autres sœurs viendront plus tard, tandis que sa mère fera le voyage en 1932.