Jean Baptiste Desmoulins naît le 10 septembre 1755 à Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Anne Chicot et d’un père éponyme (comme son grand-père paternel), Jean Baptiste Desmoulins. Il est baptisé le lendemain à la paroisse Saint-Nicolas, et a pour parrain Jean Baptiste Hanot, greffier de Saint-Maur. Ses parents vivent dans le village du Pont-de-Saint-Maur. Son père est huissier à verge au Chatelet de Paris.
Selon son dossier militaire, il fait une taille de cinq pieds trois pouces (1 m 60), a les cheveux blonds, et porte des marques de petite vérole (variole). Tout juste âgé de 16 ans, il s’engage dans les troupes de marine, rejoignant la 5e compagnie de canonniers le régiment de Bayonne du Corps royal d'artillerie de la marine en décembre 1771. Le corps a été constitué deux ans auparavant, sous l'impulsion du chevalier de André de Fautras d'Andreuil (1728-1814). Il est possible que son unité ait été mobilisée dans le cadre du corps expéditionnaire français lors de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783).
Revenu à la vie civile, Jean Baptiste Desmoulins fils devient, comme son père, huissier au Châtelet de Paris. Il épouse en février 1783 à Saint-Maur, Marie Cuissot, originaire de Pécy (diocèse de Meaux, act. Seine-et-Marne).
Pour une raison qui ne ressort pas du compte-rendu qu’en fait Georges Saouter (Vieux Saint-Maur, 1985), le procureur fiscal Antoine Mélécot demande la révocation de Jean Baptiste Desmoulins fils de ses fonctions, chargeant le greffier en chef Jean Charles Hanot, son parrain, de l’exécution. Mais Jean Baptiste Desmoulins fils va poursuivre son activité au cours de la période révolutionnaire, étant toujours identifié comme huissier public à Saint-Maur en 1798.
Jean Baptiste Desmoulins participe probablement à « l’assemblée primaire générale des citoyens actifs du canton de Vincennes » que se réunit, à partir du 18 octobre 1790, dans les appartements royaux du château de Vincennes. Son père, un des doyens d’âge des représentants de la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, est un des scrutateurs de la réunion.
Après avoir vécu, comme ses parents, à Pont-de-Saint-Maur, quai Beaubourg (act. quai du Barrage), les époux Jean Baptiste et Marie Desmoulins résident, à partir de l’an 4 (1796) rue Beaubourg, qui relève de la commune de Saint-Maur-des-Fossés pour les numéros pairs.
Père de sept enfants, Jean Baptiste Desmoulins est veuf depuis fructidor an 6 (septembre 1798). Il est vivant en 1810 au mariage de sa fille aînée Marie Hortense à Pont-de-Saint-Maur. Sans doute est-ce lui qui meurt le 14 janvier 1814 à Paris (3e arr.), noté dans les archives comme Jean Baptiste Demoulin, domicilié rue Sainte-Avoie. Il aurait alors été âgé de 58 ans.
Ernest Alfred Cabis naît le 28 avril 1874 à Pithiviers (Loiret). Il est le fils d’Estelle Félicie Duditlieu et d’Eugène Louis Napoléon Cabis. Ses parents résident à Paris (9e arr.), rue de la Chaussée-d’Antin, dans une caserne de gendarmerie et sa mère est venue accoucher chez ses parents, qi résident dans le faubourg de Beauce, où le grand-père, Jean Duditlieu, est menuisier.
Devenu sous-officier, comme brigadier à pied, le père passe en 1878 à la 13e brigade de Paris, rue de Béarn (3e arr.), puis à Nanterre (Seine, act. Hauts-de-Seine) en juin 1881 et à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en mars 1882 où la famille réside dans la gendarmerie, rue de Paris.
Eugène Cabis fit l’objet, en octobre 1886, d’un procès spectaculaire pour avoir abattu, le mois précédent, un promeneur dans le Bois de Vincennes, au prétexte qu’il se sentait menacé ; jugé en cour martiale en tant que militaire, il fut, au grand scandale de la presse républicaine, acquitté. L’autorité lui laissa le choix entre être muté sur l’île de la Réunion ou démissionner de sa fonction. Il choisit cette dernière option, fut mis en retraite en octobre 1886 et devint concierge-gardien d’un hôtel de Dieppe (Seine-Inférieure, act. Seine-Maritime).
Devançant son service militaire, Ernest Cabis s’engage en juillet 1892, à l’âge de 18 ans, pour quatre ans dans l’armée. Il est affecté au 4e régiment d'infanterie, où il devient caporal en février 1893 et sergent en février de la même année puis, en novembre 1895, sergent-major. Il prolonge son contrat de deux ans en juin 1896 puis de trois nouvelles années. Il est admis à l’école d’officiers Saint-Maixent (Deux-Sèvres) en mars 1899. Il en sort, avec le grade de sous-lieutenant, un an plus tard, étant affecté au 114e régiment d'infanterie.
Promu lieutenant en avril 1902, il rejoint la gendarmerie en juin 1905, d’abord affecté à la Garde républicaine à Paris. Il épouse en janvier 1907 à Lorient (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor) Marie Thérèse Joalland. Native du port breton, elle est la fille d’un militaire, alors chef d’escadron et qui deviendra ensuite général, Paul Joalland, qualifié à son décès, en novembre 1940 par Le Petit Courrier de « héros colonial », associé à l’épopée africaine au Sahel, au Tonkin et à Madagascar ; membre de la Société de Géographie, il a été fait commandeur de la Légion d'honneur.
Rejoignant en juin 1907 la 13e légion gendarmerie à Lapalisse (Allier), Ernest Cabis passe en juillet 1909 à 10e légion à Lannion (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor). Nommé capitaine en juin 1913 capitaine, il rejoint la 9e légion à Cholet (Maine-et-Loire) puis, pendant la première guerre mondiale, la légion de Paris.
Après le conflit, Ernest Cabis obtient en décembre 1921 le grade de chef d’escadron (commandant) dans la 5e légion, stationnée à Versailles (Seine-et-Oise, act. Yvelines). Il prend sa retraite de l’armée active et, après avoir obtenu une licence de droit, est nommé en octobre 1924 juge de paix à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher). Il occupera la même fonction dans plusieurs villes de l’ouest de la France, au Morbihan (Sarzeau et Josselin) en Mayenne (Meslay-sur-Loire) et surtout dans la Sarthe (Château-du-Loir, La Chartre-sur-le-Loir, Sablé-sur-Sarthe et Le Lude).
C’est lorsqu’il est en poste dans cette dernière commune qu’il fait valoir, en janvier 1940, ses droits à la retraite ; cependant, dans le contexte de la deuxième guerre mondiale, il est « rappelé à l’activité » en février et redevient donc juge de paix du Lude et Pontvallain. Il quitte cette fonction, probablement fin 1942 mais est, une nouvelle fois, rappelé à l’activité, cette fois pour redevenir juge de paix de Sablé-sur-Sarthe et Brulon, toujours dans la Sarthe. Il prend pour la quatrième et dernière fois sa retraite en janvier 1944, à l’âge de 69 ans.
Ernest Cabis meurt le 7 juillet 1946 à Nice, à l’âge de 72 ans. Il était père de sept enfants.
Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur au cours de la première guerre mondiale, en décembre 1916 avec les commentaires suivants : « excellent officier de gendarmerie, dévoué et très attaché à ses devoirs. Rend les meilleurs services depuis le début de la guerre ». C’est toujours à titre militaire qu’il est promu, en juillet 1935, officier de la Légion d’honneur en récompense de 42 ans de services, depuis son engagement en 1892.
François Antoine Cabis naît le 26 février 1808 à Ribeauvillé (Haut Rhin). Il est le fils de Catherine Krauss et de son époux, également nommé François Antoine Cabis, garde forestier. La famille, dont le nom est fréquemment orthographié Kavis, vit dans les villages voisins de Fortschwihr en 1809 puis de Kaysersberg en 1816. Le père meurt en décembre 1821 dans ce lieu, lorsqu’il a 13 ans et que la mère élève 8 enfants.
Engagé dans l’armée, vers 1827, il sert comme grenadier pendant cinq ans au sein du 52e régiment d'infanterie de Ligne. Il fait notamment la campagne des Dix-Jours (août 1831), pendant la belgo-néerlandaise. Le roi des Pays-Bas, Guillaume Ier avait envahi la Belgique pour reconquérir les huit provinces qui avaient fait sécession le 4 octobre 1830. Avec l'armée expéditionnaire française, les forces belges repoussent l'assaut néerlandais.
Blessé à la jambe gauche pendant les combats, François Antoine Cabis réside en 1833 à Saint-Dié, sur le versant lorrain des Vosges. Pour son comportement pendant sa période sous les drapeaux, il est décoré de l’ordre belge de Léopold en mars 1833, parmi un groupe de 304 militaires français sont décorés pour leur comportement durant le siège d'Anvers. Il est ensuite fait chevalier de la Légion d’honneur en septembre la même année.
François Antoine Cabis épouse en août 1834 à Ribeauvillé Marie Lochmannn (ou Lockmann), fille d’un autre grenadier, Jean Jacques Lochmannn (1778-1840), également chevalier de la Légion d’honneur. La famille est importante, puisque 11 enfants nés vivants sont répertoriés entre 1835 et 1852. Ils vivent dans le Haut-Rhin, à Hunawihr, Zellenberg, Sundhoffen et Réguisheim. Dans cette dernière ville, il obtient le bénéfice d’un débit de tabac.
Après l’annexion de la majeure partie de l’Alsace en 1871, la famille s’installe à Saint-Dié-des-Vosges, dans le quartier de Foucharupt. N’ayant pas de ressources personnelles et disposant d’une retraite limitée de 300 francs, il obtient des secours de la chancellerie.
En mars 1872, il s’installe à Lezay (Deux-Sèvres) avec son fils cadet, Xavier Ernest, où il reprend également un bureau de tabac. Il transfère la gestion de l’établissement à son fils peu après. Les époux Cabis optent en juillet 1872 à Lezay pour la nationalité française, refusant de devenir citoyens de l’empire allemand.
Début 1884, quittant les Deux-Sèvres, Marie et Antoine Cabis rejoignent Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où vit un autre de leurs fils, Eugène, sous-officier de gendarmerie. Ils vivent dans la caserne, rue de Paris.
Marie Cabis y décède en juin 1884. François Antoine Cabis meurt également à Joinville-le-Pont le 12 février 1885, à l’âge de 76 ans.
Son fils aîné, prénommé aussi François Antoine selon la tradition familiale, avait servi pendant 21 ans dans l’armée, notamment comme tambour-major, et était, comme lui, chevalier de la Légion d’honneur.
Un autre de ses fils, Eugène, chez lequel il vivait à Joinville, connaîtra un parcours moins glorieux. Il fit l’objet, en 1886, d’un procès spectaculaire pour avoir abattu un promeneur dans le Bois de Vincennes, au prétexte qu’il se sentait menacé ; jugé en cour martiale en tant que militaire, il fut, au grand scandale de la presse républicaine, acquitté. L’autorité lui laissa le choix entre être muté sur l’île de la Réunion ou démissionner de sa fonction, ce qu’il fit. Une partie du Bois de Vincennes, lieu du meurtre, fut dénommée « Bois Cabis » ; elle est aujourd’hui lotie et correspond à un espace situé à Joinville-le-Pont, autour des rues de la Paix et Aristide Briand, bordé par l’avenue Jean-Jaurès et la rue Chapsal.
Reprise complétée de l’article du 17 décembre 2022 « Fernand Paraïso, descendant de princes africains, petit-fils d’esclave, résistant »
Fernand Ignacio Paraïso naît le 12 août 1892 à Porto-Novo (Dahomey, act. Bénin). Il est le fils de Fernande Séhéfi (ou Cheffiatou) et d’Ignacio Souleyman Paraïso dont elle est la troisième femme. À défaut d’état-civil précis, un jugement supplétif de naissance du 16 avril 1951, rendu par le tribunal de Porto-Novo (Dahomey, act. Bénin), atteste de son origine ; il est signé par Amoussi Landou, 70 ans, maître coranique, Léon Lopez, 72 ans, et Abassi Marcos, 65 ans, menuisier, tous résidents de Porto-Novo.
Conseiller du roi de Porto-Novo, chef de la communauté musulmane, exploitant d’une plantation agricole, Ignacio Souleyman Paraïso était devenu une personnalité du Dahomey, seul indigène nommé membre du conseil d’administration de la colonie française et conseiller municipal de Porto-Novo, qui en était la capitale. Il était lui-même le fils d’Odio dit José Piquino Paraïso, déporté comme esclave au Brésil puis revenu Afrique au service d’un trafiquant d’esclave, devenu à la mort de ce dernier au service du roi. Elepo, le père d’Odio et donc l’arrière-grand-père de Fernand Paraïso, était un prince Yoruba de l’actuel Nigéria, dont une partie de la famille fut prise en esclavage après la perte de son village natal au cours de guerres intestines.
Ignacio Paraïso avait environ 55 enfants avec au moins quatre épouses. S’il était un notable islamique, il avait été baptisé et à peu près de la moitié de ses enfants étaient catholiques et élevés dans des écoles chrétiennes, ce qui fut sans doute le cas de Fernand. Ignacio Paraïso participa à l’Exposition universelle de Paris en 1900 et fut décoré du Mérite agricole et fait chevalier de la Légion d’honneur.
Fernand Paraïso, qui aurait également porté le prénom africain d’Aboudou, bénéficie d’une bourse de l’Alliance française pour poursuivre des études en France. Il intégre en 1909 l’Institution du Parangon, école coloniale située à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dirigée par le docteur Henri Rousseau. Parmi ses condisciples, on peut citer le Vietnamien Nguyen Thé Truyen, qui fut compagnon d’Hô-Chi-Minh avant de s’en éloigner.
Dès la première année, le parcours scolaire de Fernand Paraïso fut brillant : prix d'excellence en août 1910 ; brevet d'aptitude militaire et médaille de bronze au tir en juillet 1911, en plus de ses mentions en horticulture et topographie ; prix de géographie en juillet 1912 et nouvelle médaille de tir ; prix « colonial » en juillet 1913, médaille d'or de tir. Enfin, il reçoit le prix de la fondation Ferdinand Rousseau (ancien maire de Joinville-le-Pont) en juillet 1914.
Non concerné par des obligations militaires du fait de son statut d’indigène, Fernand Paraïso s’engage cependant le 1er septembre 1914 pour la durée de la guerre à Paris (12e arr.), probablement au fort de Vincennes. Il est affecté au 163e régiment d’infanterie. En novembre 1914, il devient caporal puis sergent en avril 1915. Il rejoint le 36e régiment d’infanterie en juin 1916. Naturalisé français en décembre 1917, et de ce fait soumis au service militaire, Fernand Paraïso reste dans l’armée après la fin de la guerre. Il devient aspirant, donc officier, en février 1919 et est démobilisé en août la même année.
Son comportement pendant le conflit lui a valu deux citations. En octobre 1916, il est cité à l’ordre de la 5e division d’infanterie : « Sous-officier très brave, très discipliné, a été blessé le 5 septembre 1916 au cours d’une patrouille ayant pour mission l’attaque d’un petit poste ennemi. Malgré sa blessure, a conservé le commandement de sa patrouille et a pu, grâce à son énergie, ramener tous ses hommes ».
Il est de nouveau cité à l’ordre du 3e corps d’armées en septembre 1917 : « Le 10 septembre 1917, volontaire pour une expédition dans les lignes allemandes, a été grièvement blessé en abordant résolument et avec un entrain digne de tous les éloges, un poste avancé. Quoique blessé, persistait à poursuivre son but. Ne s’est replié que sur l’ordre de son chef de patrouille. »
Plusieurs blessures ont affecté Fernand Paraïso : en avril 1915 à Flirey (Meurthe-et-Moselle), il a des plaies à la tête et au bras, dues à des éclats d’obus ; en septembre 1916 aux Éparges (Meuse), il est victime d’éclats de grenade au bras droit ; en septembre 1917 à Heurtebise, c’est sa face qui est touchée de nouveau par des éclats de grenade.
Après-guerre, Fernand Paraïso reste vivre à Joinville-le-Pont, quai de la Marne. Il exerce comme caissier-comptable. En 1921, il a comme compagne Blanche Berthier, couturière à façon. Il est l’un des fondateurs, en octobre 1919, de l’association Union sportive de Joinville (USJ) dont le président est Stephen Durande, futur maire de Joinville. Paraïso en est le secrétaire ; il est remplacé dans cette fonction l’année suivante par Antoine Liou, employé d’octroi et conseiller municipal.
En février 1925 à Joinville, Fernand Paraïso, qui a déménagé impasse Jules Rousseau, toujours à Joinville, épouse Clara Alphonsine Suzanne Janvier, employée de banque. Ils s’installent à Paris rue Vavin.
Dans la réserve de l’armée, Fernand Paraïso est affecté à l'infanterie coloniale et nommé sous-lieutenant en juin 1929 puis lieutenant en août 1930. Il travaille toujours comme comptable pour les papeteries Navarre. La famille est installée en 1936 à Villemomble (Seine, act. Seine-Saint-Denis), boulevard d’Aulnay.
Poursuivant une activité militaire d’instruction, Fernand Paraïso fait l’objet, en janvier 1939, d’une appréciation sur son livret militaire : « Bon officier, consciencieux et zélé, animé d’un évident désir de bien faire, mais qui semble éprouver quelques difficultés à assimiler les connaissances très variées de l’instruction militaire actuelle. A fait des travaux d’une valeur médiocre et ne dénotant aucun progrès. Apte à un emploi d’officier comptable. Inapte au grade supérieur. »
À suivre
Société de préparation militaire du Parangon ; Fernand Paraïso est probablement à gauche des moniteurs
Victor Auguste Quillerou naît le 31 mars 1891 à Caen. Il est le fils Marie Catherine Le Rolland et de son mari François Marie Quillerou. Son père, qui était laboureur à Maël-Pestivien (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor), trois ans auparavant, est devenu employé du Chemin de fer de l’État et travaille à la gare principale de la préfecture du Calvados. La famille vit à proximité, rue de Vaucelles.
À 16 ans, Victor Quillerou, qui est d’assez petite taille (1 mètre 60), décide de s’engager dans la marine. Il signe un contrat en novembre 1907, alors qu’il aurait dû rejoindre le service militaire en 1912. Il est apprenti et devient mécanicien de 1ère classe en janvier 1910. Il passe treize mois en Indochine, d’octobre 1910 à novembre 1911 puis un mois au Maroc en septembre 1912.
Un grave incident marque l’année 1909. Blessé à la jambe, Victor Quillerou avait obtenu un congé de convalescence, qu’il passe dans sa famille à Caen. Le 2 avril, il se promène le soir en compagnie d’un élève-facteur à la gare, André Margantin et d’un garçon coiffeur, Louis Girault. Ils rencontrent un employé de la gare, Gabriel Langlois, qui titubait, complètement ivre, selon les comptes-rendus de presse. Les trois jeunes s’étaient emparés du montant de ses appointements touchés le jour même. Puis Louis Girault le poignarda. Il déclara ultérieurement qu'il avait voulu « essayer son couteau », qu’il avait acheté quelques jours plus tôt. Le 3 avril la brigade mobile, qui a été chargée de l’affaire, arrête Quillerou, Margantin et Girault.
Un procès est organisé à la Cour d'assises du Calvados en août 1909. Mais seul Louis Girault comparaît. Âgé de 18 ans, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Quillerou et Margantin ont probablement été mis hors de cause ; Quillerou retourne dans la marine et Margantin s’engage lui aussi, dès le mois de juin 1909, dans les troupes coloniales, servant notamment au Maroc. Ni le dossier militaire de Quillerou ni celui de Margantin ne contiennent de mention de condamnation, alors que la plupart du temps, les jugements sont mentionnés, même pour des amendes.
Quillerou est toujours dans la flotte au début de la première guerre mondiale. Il fait partie de l’équipage du cuirassé Marceau, mis en service en 1881 puis rénové en 1906, qui est alors utilisé comme navire-atelier et ravitailleur de sous-marins à Malte et à Corfou. Il est démobilisé fin décembre 1918.
Victor Quillerou rejoint son frère aîné Yves à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) dans le quartier de Polangis, avenue Jamin. Il épouse en janvier 1920 à Asnières (Seine, act. Hauts-de-Seine) Louise Victorine Roi, employée de commerce, dont les parents sont jardiniers dans cette ville.
Ils s’installent à 1922 Clichy-sur-Seine, rue des Cailloux, puis rejoignent la maison des beaux-parents à Asnières rue Saint-Denis avant de se fixer durablement rue Frère, dans la même cité. Victor Quillerou travaille comme chaudronnier pour la Société du Gaz puis pour l’entreprise Gnome & Rhône.
Victor Auguste Quillerou meurt le 3 octobre 1967 à Arpajon (‘Essonne). Il était retraité, veuf et père d’une fille. Il avait obtenu une médaille italienne pour sa participation à la première guerre mondiale.
Le cuirassé Marceau après sa rénovation en 1906 (Wikipédia)
Yves Marie Quillerou naît le 1er décembre 1888 à Maël-Pestivien (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor). Il est le fils de Marie Catherine Le Rolland et de son époux François Marie Quillerou, laboureur, qui vivent dans ce bourg bretonnant.
Peu après sa naissance, la famille gagne Caen où le père devient employé du Chemin de fer de l’État et travaille à la gare principale de la préfecture du Calvados. Ils vivent à proximité, rue de Vaucelles.
En 1908, Yves Quillerou séjourne au Mans (Sarthe) où il travaille comme comptable. Lors du recrutement pour le service militaire, il est réformé temporairement en octobre 1909 puis définitivement en août 1910 pour « faiblesse générale. »
À partir de 1909, il vit à Paris, d’abord dans le 14e arrondissement rue Vandamme, puis dans le 17e, rue Boursault. Il est employé comme mécanicien par les Machines Chambon entreprise fondée en 1887 pour la construction de machines d'emballage et d'impression.
Dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne), Yves Quillerou épouse en décembre 1912 Germaine Léonie Chenu, employée comme sa mère, vivant rue de la Révolution-Française et dont le père a disparu.
Pendant la première guerre mondiale, Yves Quillerou est, en décembre 1914, repositionné comme « bon pour le service armé ». Cependant, il n’est pas envoyé dans les rangs des combattants, l’inspecteur des forges de Paris demandant son détachement à l’usine Chambon de la rue de Crimée, où il œuvre comme tourneur. Il reste dans cette fonction pendant la durée de la guerre ; en décembre 1918, il est transféré à l’usine Renard, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (5e arr.). Il est démobilisé en septembre 1919.
Il s’installe avec son épouse à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), commune riveraine de Saint-Maur, avenue Jamin, dans le quartier de Polangis. Son frère Victor le rejoint ; soldat dans les troupes coloniales, celui-ci avait, en avril 1909, été arrêté au cours d’une permission pour convalescence pour avoir été mêlé à un assassinat avec deux autres jeunes gens. Il ne sera cependant pas condamné pour ce fait et va exercer le métier de chaudronnier.
Lors des élections municipales de novembre 1919, Yves Quillerou est candidat sur la liste socialiste SFIO conduite par Georges Laruelle (1884-1964), voyageur de commerce et conseiller municipal de Joinville-le-Pont, élu en 1912 puis démissionnaire pendant la guerre. Il figure en 18e position des 25 candidats. Les concurrents sont une liste radicale, conduite par Henri Vel-Durand et une liste d’union libérale et conservatrice. Lors du précédent scrutin, les radicaux dissidents (dont Vel-Durand) avaient fait l’union avec les conservateurs et les socialistes SFIO pour remporter la mairie face aux radicaux-socialistes officiels.
En 1919, au 1er tour, la liste Vel-Durand est en tête avec 45%, devant la SFIO à 29%. La droite, qui avait atteint 26% se retire avant le second tour. Les scores sont de 65% pour la liste radicale et 35% pour la SFIO, qui n’a pas d’élu. Quillerou avait recueilli 492 votes sur 1694 suffrages exprimés (soit 29%) pour 1715 votants et 2491 inscrits. Il obtient au deuxième tour 500 voix pour 1518 (33%) ; la participation est de 62%.
Après décembre 1920, la totalité des adhérents socialistes SFIO, dont Laruelle, passent au nouveau parti communiste.
Au cours de cette même année 1920, Yves Quillerou ouvre un magasin de quincaillerie, dans le quartier des Batignolles à Paris (17e arr.). Il va vivre un temps dans ce quartier, rue des Moines, puis revenir à Joinville vers 1932, toujours avenue Jamin. Son père, qui était redevenu cultivateur à Maël-Pestivien et était désormais veuf, le rejoint et meurt à Joinville en avril 1934.
Après la deuxième guerre mondiale, Yves Quillerou est employé de bureau. Il meurt le 11 janvier 1947 à Joinville-le-Pont dans son domicile de l’avenue Jamin. Il était âgé de 58 ans et père d’une fille.
Marcel Guyon forme, en août 1944, un centre d’instruction pour la division alpine. Il rejoint les Forces françaises libres et prend, en janvier 1945, le commandement de la 11e compagnie indochinoise. Il est démobilisé en novembre 1945 dans la caserne Grigan à Toulon.
Il s’installe dans cette ville après s’être séparé de son épouse pour « incompatibilité d’humeur » selon une enquête de moralité conduite par la gendarmerie. Il vit avec une nouvelle compagne place Noël-Verlaque et ils gèrent une épicerie. Après un constat d’adultère à la demande de sa femme, le tribunal civil de Toulon l’a condamné, en mai 1947, à une amende de 1 500 francs pour « entretien de concubine au domicile conjugal ». Guyon signale aux gendarmes qui l’interrogent en juin 1950 qu’il poursuit sa cohabitation avec sa maîtresse et qu’il « désire l’épouser dès qu’il sera libre ». Il semble bien que le divorce n’ait pas été prononcé.
Le dossier militaire du capitaine mentionne la condamnation mais considère que « La moralité de Marcel Jules Guyon n’est pas entamée par la condamnation légère qu’il a reçue ». Il est promu, dans la réserve au grade de chef de bataillon en juin 1949 et est admis à l’honorariat en août la même année, après sa retraite militaire.
L’activité de Marcel Guyon se poursuit en Guinée française où il est gérant de la Plantation du Sankaran, qui cultive notamment des fromagers et des agrumes. Il a constitué avec Claude Le Sourd une société du Sankaran. Les deux associés seront en conflit en 1952.
Au départ de Guyon, mobilisé dans l’armée en 1940, l’administration française avait nommé un garde pour surveiller son exploitation. Il ne put empêcher la survenue de deux incendies, en janvier 1946 puis mars 1947, qui ravagent largement la plantation. Un arrêt du Conseil d’État en avril 1957 confirme la responsabilité publique, mais limite fortement l’indemnité réclamée par les propriétaires, Guyon et Le Sourd.
Lors des élections municipales de juin 1950 à La Seyne-sur-Mer (Var), Marcel Guyon est en candidat, en dixième position, sur la liste du Rassemblement du peuple français (gaulliste) dirigée par Paul Pietrera. Le scrutin est remporté par les communistes de Toussaint Merle (54,1%, 15 sièges) devant les socialistes SFIO (Charles Arnaud, 27,6%, 7 sièges). Les gaullistes recueillent une moyenne de 1 709 voix, soit 17,8% des 9 589 suffrages exprimés pour 9 682 votants sur 13 062 inscrits. La liste de Paul Pietrera a cinq élus, dont Marcel Guyon en quatrième place. Le quotidien régional La République estime que « Le grand vaincu de la consultation est le RPF », qui perd un siège par rapport au scrutin de 1947.
Marcel Guyon meurt le 26 juin 1954 Toulon où il résidait avenue Nobel. Il était âgé de 61 ans, toujours marié et aurait eu une fille.
Décoré de la Croix de guerre avec palmes et étoile pour sa participation au conflit de 1914-1918, il était chevalier de la Légion d’honneur depuis octobre 1918 était devenu officier en mai 1951.
Revenu à Joinville, Marcel Guyon et son frère Fernand montent une entreprise de travaux de bâtiment à Voncq (Ardennes). Il y épouse en septembre 1920 Julienne Lucienne Suzanne Billeron, fille d’un vigneron de la commune.
Il quitte la métropole en 1928 pour rejoindre la Guinée, colonie française de l’Ouest africain, où il prend la direction d’une usine de la société des Grands travaux africains (GTA) à Baro, dans le cercle de Kankan (Haute-Guinée). L’entreprise, qui portait antérieurement le nom de Buffet et Herbelin, a son siège social à Porto-Novo (Dahomey, act. Bénin). Elle s’est implantée en Guinée française, où elle exploite une importante scierie à Kankan, terminus du chemin de fer de Guinée. Elle acquiert un terrain de 78 hectares à Baro, pour créer des cultures vivrières et des pépinières d'arbres exotiques et y installe une autre scierie. En juillet 1937, GTA cède le domaine de Baro à un autre établissement, les Plantations de la Guinée française.
Toujours en Haute-Guinée, Marcel Guyon est devenu en 1936 le gérant d’une importante concession forestière à Finamoussaya dans le cercle de Kouroussa, Son épouse y meurt en décembre 1937.
Dans la réserve de l’armée d’infanterie, Marcel Guyon est promu capitaine en juillet 1938. Il est remobilisé à la déclaration de la deuxième guerre mondiale, rejoignant en septembre 1939 le 4e bataillon de tirailleurs sénégalais. Il embarque, en avril 1940, sur le navire Singïa du port de Conakry (Guinée) pour Marseille et est affecté au centre transition des troupes coloniales de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Après la campagne de France, il retourne en janvier 1941 en Guinée, où il est démobilisé. Puis il revient en métropole en août la même année. Il s’installe dans le village de Les Vans (Ardèche) où il avait épousé, en juillet 1940, Marie Christine Marafico.
Selon ses propres déclarations et le témoignage de A. J. Fabre, président du comité local de Libération des Vans, Marcel Guyon a rejoint la résistance civile dès son arrivée dans le village, en novembre 1941. Dans la clandestinité, il adopte le pseudonyme de capitaine Sangard au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Il s’occupe notamment de permettre aux réfractaires au service du travail obligatoire (STO) de se cacher dans les montagnes avoisinantes et fournit un appui financier aux résistants.
Les clandestins se retrouvent autour de deux déserteurs du STO (Pierre Gilles alias Pierre et Max Lacroix, dit Max) sous la direction de Guyon. Selon l’historien Vincent Peyric-Ziélinski, le maquis de Pigère et Brahic s’installe sur le Gras de Naves en novembre 1943. Il est rattaché à l’Armée secrète, un mouvement plutôt d’obédience gaulliste, animé par d’anciens militaires. En mars 1944, il prend le commandement de la première unité armée des FFI dans la région, le maquis de Brahic, qui va servir de base à la constitution de plusieurs compagnies de l’Armée secrète dans le sud de l’Ardèche.
Après plusieurs accrochages avec des troupes allemandes au cours du mois de juillet, le principal fait militaire est la Bataille de Banne, le 29 juillet. Les forces de la Résistance identifient un très important convoi ennemi en provenance d’Alès, guidé par un avion de reconnaissance, fort de 400 hommes environ transportés par 19 camions, protégé à l’avant par une chenillette blindée, et disposant d’une auto mitrailleuse avec un canon de 75 mm. Après de violents combats, les Allemands doivent se retirer vers Alès le soir. Côté FFI, on déplore un mort, et plusieurs blessés dont deux graves. La bataille est depuis présentée comme « la première grande victoire remportée en Ardèche par la Résistance armée ». Cependant, l’armée allemande exerce des représailles le lendemain, bombardant le village qui est pillé et largement détruit. Au moins sept civils sont tués.
Marcel Jules Guyon naît le 5 octobre 1892 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Camille Eugénie Fourquet et de son ancien mari Théophile Eugène Guyon. Les époux sont en effet divorcés depuis le mois de juin. Le père, qui est cuisinier, retourne vivre dans son village natal, Bouray-sur-Juine (Seine-et-Oise, act. Essonne) où il devient agriculteur. Il n’est pas présent pour l’accouchement ni pour la déclaration de naissance. La mère est originaire de Nainville-les-Roches (Seine-et-Oise, act. Essonne) et travaille comme couturière. Elle reste vivre à Joinville, avec un nouveau compagnon, luis aussi venant de Bouray-sur-Juine, Jules Victor Maleine, qui déclare la naissance de Marcel.
En 1901, Camille Fourquet vit à Joinville en compagnie des deux plus jeunes des quatre enfants de son mariage (dont Marcel) et avec les trois suivants, nés de son compagnonnage. Ils résident dans le quartier de Palissy, avenue du Rond-Point ; les grands-parents maternels vivent à proximité.
Effectuant son service militaire à partir d’octobre 1913, Marcel Guyon est affecté au 29e régiment de dragons, une unité dont les soldats, normalement, se déplacent à cheval mais combattent à pied.
Après le déclenchement de la première guerre mondiale, en août 1914, Marcel Guyon reçoit sa première citation, à l’ordre de la division, dès le mois d’octobre pour sa participation à des combats à Aix-Noulette (Pas-de-Calais) : « a chargé avec son escadron contre l’infanterie ennemie, a traversé devant son officier la première ligne ; arrêté par la seconde, a montré le plus grand sang-froid, s’efforçant de rattraper les chevaux des cavaliers démontés, est rentré à cheval dans nos lignes. »
Il va se voir confier des responsabilités. Il est nommé brigadier en novembre 1914 puis maréchal des logis en octobre 1915. Devenu officier en octobre 1916, comme sous-lieutenant, il est d’abord rattaché au 220e régiment d'infanterie puis, en décembre, au 2e régiment de zouaves et de tirailleurs, unité d'infanterie légère où sont notamment présents des soldats venant d’Afrique.
Rien qu’au cours de l’année 1917, il se voit décerner cinq citations. En avril, la division met en exergue : « Gradé d’un courage remarquable. Au cours de la nuit du 3 au 4 avril, a séjourné pendant cinq heures dans la première ligne allemande et a rapporté des renseignements importants ». Puis son régiment parle d’un « Officier d’une bravoure exceptionnelle, en assurant son service de quart sous un bombardement très violent » en mai où il est blessé ; il le sera une deuxième le mois suivant, toujours lors de la bataille du Chemin des Dames. En novembre, c’est le corps d’armée qui remarque un « Officier d’un entrain et d’une bravoure remarquable ; a dirigé sur le Chemin des Dames une série de reconnaissances très hardies qui lui ont permis d’entrer jusqu’à la première ligne allemande et de ramener prisonnier un sous-officier. »
Affecté en juillet 1918 au 13e régiment de marche et de tirailleurs, il est de nouveau cité à l’ordre du corps d’armée : « Chef de section remarquable de courage et de sang-froid. A été pour ses hommes pendant deux jours pénibles, un modèle d’énergie et de bravoure ». Il est promu, en octobre, au grade de lieutenant et est désigné alors à la 10e armée :« Au cours de l’attaque du 23 août, a entraîné sa section à l’assaut de positions fortement tenues, s’est emparé de haute lutte d’une crête garnie de mitrailleuses, capturant la garnison et s’emparant de plusieurs mitrailleurs ».
Peu avant la fin du conflit, le Grand Quartier Général met en avant son comportement le 3 octobre : « Avec une poignée d’hommes à l’assaut d’un blockhaus ennemi garni de mitrailleuses et, après un combat acharné, a réduit la garnison capturant 20 prisonniers de la garde dont un officier. Poursuivant ensuite sa marche en avant, et arrêté par un réseau de fil de fer défendu âprement, n’a pas hésité à se frayer un passage à la cisaille et a atteint l’objectif qui lui était assigné et l’a conservé. »
Au cours de l’année, il est deux fois blessé par balle, en février au bras gauche, puis en août au poignet gauche également. Il est démobilisé en août 1919.
À suivre
1914, soldat devant le château d’Aix-Noulette (Wikipasdecalais)
Au déclenchement de la première guerre mondiale, en août 1914, les élèves de l'école normale de gymnastique et d'escrime de Joinville-le-Pont rejoignent leur unité. Il en est de même pour les instructeurs et pour les cadres, dont le directeur Arsène Boblet. L’école ferme, mais réouvrira partiellement en 1916.
Le lieutenant-colonel Boblet rejoint le 118e régiment d'infanterie (RI) et prend le commandement de son unité sœur, le 318e RI, composé principalement de réservistes. Il est à la tête de son unité et, dès le premier engagement, le 26 août 1914 à Sailly-Saillisel (Somme), il est blessé d’une balle dans la poitrine. Malgré la gravité de la blessure, il reprend très vite son poste. Une citation, à l’ordre de la brigade en mars 1915, met en exergue le fait qu’il « a rejoint le front de la brigade 28 septembre, étant à peine guéri ». Il combat ensuite dans l’Aisne.
Après sa mutation au 262e RI en novembre 1914, Boblet participe en juin 1915 à la bataille de Quennevières à Moulin-sous-Touvent (Oise), dans le cadre des combats du Chemin des Dames.
En 1916, il embarque avec l’armée d’Orient et va participer aux batailles de Pisoderi-Florina ; en octobre puis de Gradesnica-Velisma en novembre, en Serbie. Il contribue ce même mois à la prise de Monastir (act. macédoine du Nord) puis au cours du premier semestre 1917 aux combats aux alentours. Nommé, à titre temporaire, colonel, en octobre 1916, il est confirmé dans le grade en décembre et se voit confier, en juillet 1917, le commandement des troupes d’infanterie de la 76e division.
Son comportement de mars à mai 1917lui vaut une citation à l’ordre du corps d’armée d’Orient : « A fait preuve des plus belles qualités militaires : courage, coup-d’œil, sang-froid et énergie. A apporté à la préparation des attaques dont il était chargé une méthode et une précision parfaites. A su communiquer à ses subordonnés la confiance qu’il avait dans le succès. »
Toujours dans les Balkans en septembre 1918, où l’on se bat encore nord de Monastir, il est de nouveau cité, à l'ordre de l'armée : « après s’être distingué dans les combats, a préparé, puis exécuté de vive force sous le feu de l'artillerie et des mitrailleuses ennemies le passage du Danube, opération rendue des plus délicates par le peu de moyens dont il disposait. »
Après la fin du conflit, le colonel Boblet est mis à la retraite et passe dans le cadre de réserve en septembre 1919. Il est promu, en juin 1923/ au grade de général de brigade. Il se voit confier une mission de « contrôleur des bénéfices de guerre ». Comme il touche, à ce titre, un traitement civil, il se voit privé de la solde des officiers généraux de réserve. Il conteste cette diminution, mais le Conseil d’État rejette sa requête en février 1930.
Jouissant toujours du prestige de son ancienne fonction de direction de l’école de Joinville et de l’expertise qu’il y a développée, le général Boblet assure une fonction de représentation pour l'Union des sociétés d'éducation physique et de préparation au service militaire de France (USEP). Ainsi, il la représente en novembre 1924 à Bar-le-Duc (Meuse) ou à Paris devant la Société de topographie à la Sorbonne en janvier 1925. Il participe, au côté d’Adolphe Chéron, ancien ministre, à l’assemblée générale de l’USEP en novembre 1925, toujours à Paris. Il est également présent en mars 1927 pour la fête des Jeunesses Laïques et Républicaines de France, qui rassemble près de 3 000 personnes au Gymnase Japy à Paris ; le mouvement est présidé par Émile Kahn, également secrétaire général de la Ligue des droits de l'homme.
Domiciliés en 1926 à Paris (16e arr.) dans le quartier d’Auteuil, rue La Fontaine, les époux Boblet s’installent, vers 1927, à Montbazon (Indre-et-Loire), rue Nationale, laissant l’appartement parisien à leur fille Étiennette et à leur gendre Marius Baleye, officier d’artillerie et décoré de la Légion d’honneur.
Arsène Boblet meurt le 5 octobre 1932 à Montbazon (Indre-et-Loire) où il résidait avec son épouse en 1931. Il était âgé de 71 ans et père de deux enfants.
L’Association des poilus d'Orient lui rend hommage en janvier 1933.
Décoré en mai 1916 de la Croix de guerre, Arsène Boblet est fait chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1908 puis officier en mai 1916 et commandeur en juillet 1917. Il porte plusieurs décorations étrangères : ordre royal du Cambodge (mars 1907), ordre de l’épée de Suède, ordre de l'Étoile de Karageorge (Serbie), grand commandeur du Sauveur de Grèce. Dans le domaine civil, il a été distingué avec les Palmes académiques comme officier d'académie (juillet 1910) puis officier de l’instruction publique (février 1914) ainsi que par une médaille de bronze de la Mutualité (février 1906) suivie d’une médaille d’argent (août 1910).
Fin
Le colonel Boblet (à dr.) à Monastir (Macédoine du Nord, février 1917) avec le général Jacquemot (Arch. mil.)