Mise à jour de la notice publiée le 4 octobre 2016.
Paul Purrey naît chez ses grands-parents maternels à Saint-Antoine-de-Breuilh (Dordogne) le 2 août 1878. Ses parents, Jeanne Guionnet et son époux Jacques Purrey, tonnelier, résident à Saint-André-et-Appelles (Gironde).
Résidant alors à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), Paul Purrey s’engage dans l’armée pour trois ans au moment où il doit effectuer son service militaire. Il sert au sein du 108e régiment d'infanterie jusqu’à sa démobilisation en mars 1902.
Installé en 1902 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) au 13, rue des Corbeaux (act. avenue des Canadiens), Paul Purrey exercera toute sa vie l’activité de marchand de vins en gros. Il épouse en juin 1905 à Paris (18e arr.) Berthe Augustine Bassée, avec laquelle il aura une fille, Madeleine (1903-1993) et dont il divorcera en juillet 1924. Lors des graves inondations de la Marne en 1910, Purrey devient membre de la commission de répartition des secours aux inondés. Franc-maçon, Purrey participe à la loge locale Germinal, qui a inauguré son temple, rue Transversale, en mars 1911. Elle accueille notamment des militaires de l’école de gymnastique.
Proche des radicaux-socialistes qui tiennent alors la municipalité, Purrey va s’engager à l’occasion du conflit qui oppose la majorité du maire Eugène Voisin, de l’adjoint Georges Briolay et de leur idéologue, Louis Rey, à un groupe dissident, conduit par Achille Ernest Mermet et Henri Vel-Durand. Lors d’un scrutin municipal partiel en mai 1911, provoqué par la démission de cinq dissidents, Paul Purrey prend la deuxième place de la liste constituée par René Martin, président de l’Union des commerçants de Joinville, soutenue par les radicaux-socialistes. Ce sont cependant les dissidents qui l’emportent, avec le soutien des libéraux et des socialistes. L’année suivante, dans la même configuration, les radicaux-socialistes sont battus et Achille Ernest Mermet devient maire.
Pendant la première guerre mondiale, Paul Purrey est brièvement mobilisé en août 1914 au sein du 30e régiment territorial d'infanterie ; mais, dès le 4 septembre, il est réformé pour « obésité » par une commission siégeant à Chartres ; cette décision sera confirmée en juin 1915.
Après le conflit, Paul Purrey mène une action professionnelle, étant vice-président de l’Union des commerçants de Joinville-le-Pont et rejoignant la Chambre syndicale du commerce en gros des vins, spiritueux et cidres de Paris en 1917.
Ayant quitté Joinville pour la capitale, Purrey connaîtra des difficultés économiques, son établissement de vins en gros de Bercy faisant faillite en mai 1925. Il reprendra cependant cette activité, dans la banlieue sud, à Athis-Mons (Seine-et-Oise, act. Essonne). Remarié avec Laure Henriette Lévêque, native de Nogent-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne) en janvier 1925 à Paris (12e arr.), Purrey s’installe à Wissous (Seine-et-Oise, act. Essonne) où il réside en 1937 en compagnie d’une fille de sa nouvelle épouse, issue de son premier mariage.
La loge Germinal ayant disparu, Purrey fréquente la loge Le Niveau social de Vincennes (Seine, act. Val-de-Marne) dont il est Honorable en 1938. Pendant la deuxième guerre mondiale, le nom de Paul Purrey figure sur une liste des dignitaires de la franc-maçonnerie relevant du Grand Orient de France, publiée le 23 septembre 1942 par le Journal officiel de l’État français. Les francs-maçons ont fait l’objet de persécution sous le régime de Vichy.
Si leur rôle précis n’est pas encore connu, il est probable que les époux Paul et Laure Henriette Purrey sont engagés dans la Résistance. Laure Henriette Purrey figure d’ailleurs à ce titre dans les Dossiers administratifs de résistants conservés par la Service historique de la Défense français.
À la Libération en 1944, Paul Purrey fait fonction de maire de Wissous ; il prend la suite de Pierre Laffargue, qui avait été nommé par le gouvernement de Vichy en 1941 puis confirmé en juin 1942.
Purrey est élu maire avec l’étiquette socialiste (SFIO) en avril 1945. En septembre 1946, le dirigeant communiste André Marty est l’orateur d’une grande réunion publique organisée par le PCF « pour commémorer le souvenir du grand Lénine, fondateur de l'État socialiste ». Paul Purrey figure à la tribune en tant que maire socialiste de Wissous à côté de personnalités communistes et de M. Labeyrie, maire de Versailles. Purrey exerce son mandat jusqu’aux élections municipales d’octobre 1947 et a pour successeur René Girard-Iametti, maire jusqu’en 1960.
Paul Purrey est décédé le 19 juillet 1950 à Longjumeau (Seine-et-Oise, act. Essonne), il résidait toujours à Wissous, où il est inhumé. Il était âgé de 71 ans.
Claude Auguste Bossus naît le 23 mai 1851 à Jussey (Haute-Saône). Il est le fils de Françoise Roussey et de son époux Claude Bossus. Ce dernier est, en 1857, facteur rural des postes dans la commune voisine de Noroy-le-Bourg ; la même année, en novembre, la mère de Claude Auguste meurt, alors qu’il a 6 ans.
Il est recensé avec la classe 1871 au titre de ses obligations militaires, mais non tiré au sort pour effectuer le service. Il est cependant possible qu’il se soit engagé dans une unité militaire ou un corps-franc ; Bossus est membre, jusqu’à son décès, de la Société nationale de retraites Les vétérans des armées de terre et de mer dans sa commune de résidence.
Claude Bossus fils vit en 1887 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où il est chaudronnier. Il réside route de la Brie (act. avenue Gallieni) dans le quartier de Palissy, créé une dizaine d’années plus tôt sur la rive gauche de la Marne. Il épouse dans cette ville en juillet 1887 Augustine Gougenot, employée de commerce, également native de Jussey. À partir de 1889, ils exploitent l’épicerie – débit de vin située à l’heure adresse, reprise sans doute de Jean Troupel, un des témoins de leur mariage.
L’initiative du banquet revient à Marie Henri Brégeot, dit Henry Vaudémont, dit Gringoire (1855-1896), journaliste et éditeur de journaux, écrivain, conférencier économique et scientifique, également libre-penseur et franc-maçon ; il est le rédacteur en chef de l’hebdomadaire radical Voix des communes. Deux autres commerçants de même tendance participent à la préparation : Alphonse Demeestère (1816-1894), hôtelier-restaurateur, républicain en 1848, conseiller municipal et dirigeant du comité radical-socialiste d’arrondissement, libre-penseur ainsi que Gustave Gobert (1858-1924), marchand de vin et restaurateur.
Suite au décès d’un adjoint au maire de Joinville-le-Pont, Nicolas Chéret, des élections municipales partielles sont organisées en mars 1890 pour pourvoir cinq postes vacants ; Henry Vaudémont constitue une liste radicale-socialiste, sur laquelle figure Bossus. Elle obtient trois des sièges, mais ce dernier n’est pas élu.
Claude Bossus s’implique de nouveau dans les festivités marquant l’élection d’un conseiller général radical-socialiste en mai 180 puis après la réélection de Baulard en tant que député en septembre 1893.
En tant que commerçant, Claude Bossus prend également part aux fêtes de son quartier. Il est ainsi secrétaire de la Commission de la fête des Villas Palissy, en juin 1891 puis trésorier en août 1893. Il se charge de l’organisation des fêtes de l’été 1900, au nom du comité, qui s’élargit au nouveau quartier de Polangis, toujours sur la rive gauche de la Marne,
En 1892, à l’occasion du 22 septembre (centenaire de la République), l’hebdomadaire radical Voix des communes remarque que « La fête a été célébrée assez mollement par le vieux Joinville mais beaucoup plus allègrement par Palissy et Polangis. Les maisons Bossus, Hype, Provost, Maroufin illuminaient la route. »
Le Tribunal correctionnel de la Seine, en mai 1895, condamne Claude Bossus à une amende de 200 francs « pour infraction à la loi sur la vente des beurres. »
Le couple a eu trois enfants, dont les deux filles sont mortes très jeunes. Au décès d’Augustine Bossus, en mars 1903, leur fils a 12 ans.
En octobre 1904, Claude Bossus fut victime d’un vol domestique que le quotidien socialiste L’Humanité (09/10/1904) raconte sous le titre « Une petite bonne qui s'amuse » : « Célestine Bourdinet, bonne chez M. Bossu, habitant route de Bry, trouvait que la vie était monotone. Aussi rêvait-elle de se payer un jour une vraie noce. Malheureusement, l'argent lui manquait. Ayant découvert que son patron possédait une somme de onze cents francs, elle s'en emparait avant-hier et prenait la fuite. Son premier soin fut d'acheter une magnifique couronne de 30 francs, qu'elle porta sur la tombe de son fiancé, décédé l'an dernier puis, pour une somme de 35 francs, elle loua une voiture pour la journée. Avec le véhicule, elle vint à Paris, y fit un souper fin, s'offrit le théâtre, puis songea à rentrer à Joinville mais, au moment de partir, elle décida de rapporter quelque chose à une de ses amies malade et dans un état de dénuement complet. Aussi pensa-t-elle qu'un gigot serait le bien reçu, et elle réveilla un boucher qui, tout en maugréant, lui fournit une pièce de choix. Très gaie, elle reprit sa voiture et, en arrivant à destination, sortait un louis de sa poche pour l'offrir comme pourboire du cocher, quand elle fut cueillie par les agents de M. Rogeaux [commissaire de police], que le patron de la petite bonne avait prévenu. Au commissariat, Célestine Bourdinet ne fit aucune difficulté pour reconnaître son vol, et donna avec beaucoup de gaieté les détails les plus complets sur la noce qu'elle avait faite. M. Rogeaux a envoyé la petite bonne au Dépôt. »
La bonne des Bossus s’appelait Marie Charon en 1901. Il n’est pas possible d’identifier une Célestine Bourdinet. Peut-être s’agit-il de Célestine Bourdenet, née vers 1884 dans le Doubs.
Claude Bossus meurt le 29 avril 1907 Joinville à Joinville-le-Pont. Il était âgé de 55 ans et toujours marchand de vin, son établissement se situant probablement à l’emplacement de l’actuel café Le Mocca.
Son fils Émile Bossus (1890-1980), enseignant dans une école privée de Joinville puis comptable dans une entreprise d’assurance, est mobilisé pendant la première guerre mondiale. Sergent en septembre 1915, rétrogradé caporal en octobre 1916, il est cassé de son grade en septembre 1917 pour « avoir manqué au travail pendant la journée ». La famille vit toujours à Joinville en 1971.
La route de Brie (act. avenue Gallieni) à Joinville-le-Pont, début du 20e siècle
Ernest Alfred Cabis naît le 28 avril 1874 à Pithiviers (Loiret). Il est le fils d’Estelle Félicie Duditlieu et d’Eugène Louis Napoléon Cabis. Ses parents résident à Paris (9e arr.), rue de la Chaussée-d’Antin, dans une caserne de gendarmerie et sa mère est venue accoucher chez ses parents, qi résident dans le faubourg de Beauce, où le grand-père, Jean Duditlieu, est menuisier.
Devenu sous-officier, comme brigadier à pied, le père passe en 1878 à la 13e brigade de Paris, rue de Béarn (3e arr.), puis à Nanterre (Seine, act. Hauts-de-Seine) en juin 1881 et à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en mars 1882 où la famille réside dans la gendarmerie, rue de Paris.
Eugène Cabis fit l’objet, en octobre 1886, d’un procès spectaculaire pour avoir abattu, le mois précédent, un promeneur dans le Bois de Vincennes, au prétexte qu’il se sentait menacé ; jugé en cour martiale en tant que militaire, il fut, au grand scandale de la presse républicaine, acquitté. L’autorité lui laissa le choix entre être muté sur l’île de la Réunion ou démissionner de sa fonction. Il choisit cette dernière option, fut mis en retraite en octobre 1886 et devint concierge-gardien d’un hôtel de Dieppe (Seine-Inférieure, act. Seine-Maritime).
Devançant son service militaire, Ernest Cabis s’engage en juillet 1892, à l’âge de 18 ans, pour quatre ans dans l’armée. Il est affecté au 4e régiment d'infanterie, où il devient caporal en février 1893 et sergent en février de la même année puis, en novembre 1895, sergent-major. Il prolonge son contrat de deux ans en juin 1896 puis de trois nouvelles années. Il est admis à l’école d’officiers Saint-Maixent (Deux-Sèvres) en mars 1899. Il en sort, avec le grade de sous-lieutenant, un an plus tard, étant affecté au 114e régiment d'infanterie.
Promu lieutenant en avril 1902, il rejoint la gendarmerie en juin 1905, d’abord affecté à la Garde républicaine à Paris. Il épouse en janvier 1907 à Lorient (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor) Marie Thérèse Joalland. Native du port breton, elle est la fille d’un militaire, alors chef d’escadron et qui deviendra ensuite général, Paul Joalland, qualifié à son décès, en novembre 1940 par Le Petit Courrier de « héros colonial », associé à l’épopée africaine au Sahel, au Tonkin et à Madagascar ; membre de la Société de Géographie, il a été fait commandeur de la Légion d'honneur.
Rejoignant en juin 1907 la 13e légion gendarmerie à Lapalisse (Allier), Ernest Cabis passe en juillet 1909 à 10e légion à Lannion (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor). Nommé capitaine en juin 1913 capitaine, il rejoint la 9e légion à Cholet (Maine-et-Loire) puis, pendant la première guerre mondiale, la légion de Paris.
Après le conflit, Ernest Cabis obtient en décembre 1921 le grade de chef d’escadron (commandant) dans la 5e légion, stationnée à Versailles (Seine-et-Oise, act. Yvelines). Il prend sa retraite de l’armée active et, après avoir obtenu une licence de droit, est nommé en octobre 1924 juge de paix à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher). Il occupera la même fonction dans plusieurs villes de l’ouest de la France, au Morbihan (Sarzeau et Josselin) en Mayenne (Meslay-sur-Loire) et surtout dans la Sarthe (Château-du-Loir, La Chartre-sur-le-Loir, Sablé-sur-Sarthe et Le Lude).
C’est lorsqu’il est en poste dans cette dernière commune qu’il fait valoir, en janvier 1940, ses droits à la retraite ; cependant, dans le contexte de la deuxième guerre mondiale, il est « rappelé à l’activité » en février et redevient donc juge de paix du Lude et Pontvallain. Il quitte cette fonction, probablement fin 1942 mais est, une nouvelle fois, rappelé à l’activité, cette fois pour redevenir juge de paix de Sablé-sur-Sarthe et Brulon, toujours dans la Sarthe. Il prend pour la quatrième et dernière fois sa retraite en janvier 1944, à l’âge de 69 ans.
Ernest Cabis meurt le 7 juillet 1946 à Nice, à l’âge de 72 ans. Il était père de sept enfants.
Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur au cours de la première guerre mondiale, en décembre 1916 avec les commentaires suivants : « excellent officier de gendarmerie, dévoué et très attaché à ses devoirs. Rend les meilleurs services depuis le début de la guerre ». C’est toujours à titre militaire qu’il est promu, en juillet 1935, officier de la Légion d’honneur en récompense de 42 ans de services, depuis son engagement en 1892.
Reprise complétée de l’article du 17 décembre 2022 « Fernand Paraïso, descendant de princes africains, petit-fils d’esclave, résistant »
Pendant la deuxième guerre mondiale, Fernand Paraïso est mobilisé en septembre 1939 et affecté au 224e régiment d'infanterie et participe à la campagne contre l’Allemagne. Ses supérieurs émettent un avis positif mais réservé à son sujet en avril 1940 : « Officier de bonne valeur moyenne. Parfois un peu mou, ayant besoin d’être stimulé, n’ayant pas l’envergure nécessaire pour accéder au grade de capitaine. »
Il est démobilisé le 27 août 1940 au centre de Geaune, à Aire-sur-l’Adour, dans les Landes, où son unité était arrivée ; il se retire à Villemomble.
Fernand Paraïso s’implique dans la résistance à l’occupation allemande. Son dossier au Service historique de la Défense situe le début de son activité clandestine en janvier 1942. Il aide un caporal à sortir du centre de séjour surveillé d’Aincourt (Seine-et-Oise, act. Yvelines) ; dans cet ancien sanatorium, étaient internés tous individus désignés par le préfet, « sans enquête ni jugement », considérés comme suspects ou dangereux pour la défense nationale. Les investigations après-guerre assure qu’il a « porté secours à des israélites, entre autres à M. Wolf, habitant allée Franklin à Villemomble. »
Une enquête de voisinage faite par la gendarmerie de Rosny-sous-Bois (Seine, act. Seine-Saint-Denis) en juillet 1948 insiste sur sa « très bonne conduite et moralité », remarquant que « durant l’occupation, il n’a jamais entretenu de relation avec des Allemands, au contraire, il a toujours été hostile à l’occupant. »
Son adhésion au réseau Libération-Vengeance est donnée le 6 juillet 1943 à Legault-Demare, secteur Est de la région parisienne. Il contribue à la création des groupes Forces françaises de l’intérieur (FFI) du secteur Est et à leur instruction militaire, répandant également les communiqués de Londres. Appartenant au groupe de Raincy-Villemomble, Paraïso est l’adjoint du commandant Étienne Védère, alors capitaine commandant militaire secteur Est n° 2, sous les ordres du commandant Alexandre, chargé du secteur. En mai 1944, le lieutenant-colonel Le Lorrain-Cruze nomme Fernand Paraïso commandant de compagnie et instructeur avec le grade de capitaine.
Le commandant Alexandre constitue le bataillon de sécurité 107/22, qui se charge d’opérations de « nettoyage » de la région du 19 au 27 août 1944. Paraïso mène des reconnaissances à Gagny, Chelles, Vaujours, Montfermeil, Aulnay-sous-Bois, Clichy-sous-Bois et Livry-Gargan. Le 21 août 1944, le capitaine Paraïso porte secours au groupe du commandant Henry pris à partie par les Allemands à Villemomble, il participe à la poursuite de l’ennemi en accompagnement des chars américains.
Fernand Paraïso qui avait été rayé des cadres de l’armée active en février 1942 ; il signe cependant le 8 septembre 1944 un nouvel engagement « pour la durée de la guerre » et est affecté au 1er régiment Armor puis, en février 1945, devient commandant d’armes à la place de Meaux (Seine-et-Marne). Son grade de capitaine d’infanterie coloniale est confirmé en mars 1945 quand il est muté au CATC pour participer à la relève en Afrique Occidentale Française. Il est démobilisé en mars 1945 et son grade est définitivement homologué le 18 mai la même année.
Le général Achille Dassonville (1890-1967), alors commandant de la subdivision de Seine-et-Marne où est basé Paraïso commente ainsi sa proposition d’avancement « officier de réserve qui, quoique de couleur, a toutes les qualités d’un très bon officier. Aime sa troupe qui le lui rend bien. Proposition très appuyée. »
S’il quitte le service actif, la capitaine Paraïso, qui réside toujours à Villemomble, boulevard d’Aulnay, poursuit son œuvre pédagogique jusqu’en septembre 1948, commandant le centre n° 9 du Raincy, section du service prémilitaire où son rôle est apprécié par les autorités : « officier instructeur, très dévoué, consciencieux ». Il fait partie de la troisième commission d’étude sur l’organisation de la Défense nationale.
Fernand Paraïso meurt le 2 août 1977 à Château-Landon (Seine-et-Marne). Il était âgé de 84 ans.
Décoré de la Croix de guerre depuis octobre 1916, avec deux étoiles d’argent et de vermeil, il était également porteur des médailles de la Victoire, Interalliée et commémorative de la Grande-Guerre ainsi que des services militaires volontaires. Il a reçu en mars 1947 la Médaille de la Résistance française. Chevalier de la Légion d’honneur depuis juin 1929, il a été promu officier en décembre 1958.
Son fils Michel Paraïso et plusieurs de ses neveux ont adopté le patronyme de Fernand-Paraïso, qui est porté par leurs descendants.
Fin
La demeure familiale des Paraïso à Porto-Novo (Bénin), dite maison Crespin
Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 06/08/2023)
Au tournant du 20e siècle, installée à Joinville-le-Pont, Astié de Valsayre poursuit de manière régulière son activité politique, sociale et féministe. On la voit ainsi participer de manière rituelle à tous les anniversaires de la libre-pensée ou du socialisme révolutionnaire, où elle prononce des discours de circonstance mentionnés dans la presse : le 9 janvier pour l’anniversaire de la mort du révolutionnaire Auguste Blanqui, 18 mars, pour le début de la Commune de Paris, le 1er mai, en souvenir des massacres des ouvriers de Chicago et de ceux de Fourmies, le 28 mai, pour la fin de la Commune, le 3 août pour l’anniversaire de la naissance et de la mort d’Étienne Dolet, brûlé vif après avoir été condamné par l’Inquisition…
La vie privée d’Astié de Valsayre, qualifiée par un journaliste comme « Une des plus jolies femmes de Paris », intéresse la presse. On annonce en 1893 son divorce d’avec Albin Rousselet, son compagnon depuis une dizaine d’années ; on publie aussi son mariage avec Louis Champy. Elle dément les deux. Elle annonce une candidature à l’Académie française, à laquelle elle ne donne guère de suite. Mais elle va effectivement se consacrer, de plus en plus à des travaux littéraires.
Des nouvelles signées d’Astié de Valsayre paraissent dans Le Cri du Peuple, L’Express et L’Humanité. Le secret d'Hermine sort sous le pseudonyme de Fernand Marceau ; l’anarchiste Han Ryner n’aime pas ce « petit feuilleton très sombre, très patriotique, très révolutionnaire et très empoignant » où un « ange féminin et français » fait face à un « salaud de prince allemand. »
Dans les œuvres on compte aussi un conte grivois, L'Amour à la hussarde, réédité en 2022.
En compagnie de Camille Hayot, qui est sans doute un acteur ayant vécu à Lausanne, Astié de Valsayre s’essaie à l’art dramatique, en proposant deux pièces au Théâtre-Populaire de Belleville en 1904 et 1905. Mais ni La Grande Coupable, ni La Chasse aux millions ne semblent avoir été jouées.
La dernière intervention publique connue d’Astié de Valsayre fut, en avril 1914, le discours qu’elle fit, en compagnie de Séverine avec celle que la presse qualifiait de doyenne des féministes, Hubertine Auclert.
Claire Tastayre, alias Marie Rose Astié de Valsayre, meurt le 8 juin 1915 à Paris (13e arr.), à l’hôpital de la Salpêtrière. Elle était âgée de 68 ans et toujours domiciliée à Joinville-le-Pont. Le contexte de la guerre fait qu’il n’y a pas eu de notices nécrologiques dans les journaux de l’époque. Par contre, plusieurs publications ultérieures rendront compte de son activité et de sa personnalité.
En 2024, le cinéaste Vincent Perez fait d’Astié de Valsayre l’héroïne de son film Une affaire d’honneur. Doria Tillier tient son rôle.
Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 04/08/2023)
Après avoir dissout en décembre 1889 la Ligue des femmes socialistes, Astié de Valsayre constitue, en juillet 1890, la Ligue de l’affranchissement des femmes. Elle a la participation de citoyenne Léonie Rouzade et le soutien de dirigeants socialistes, comme Jean Allemane, qui vient de fonder le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire après avoir quitté la FTSF, ou Henry Louis Champy, un ancien communard et conseiller prud’homme. Une des premières actions de la nouvelle ligue est d’ailleurs de solliciter l’inscription des ouvrières comme électrices aux prochaines élections générales prud'homales. Le ministre du commerce répond en août qu’il ne le peut pas, renvoyant la demande à la commission parlementaire compétente ; le quotidien y voit Le Soleil « un bel enterrement de première classe ! » En novembre, le syndicat des blanchisseuses tentera, sans succès, de présenter des candidates à son instigation.
Astié de Valsayre participe à la création de la Revue européenne, dans les bureaux de laquelle elle installe le siège de sa ligue. Le féminisme connaît toujours des polémiques internes ; la Ligue de l’affranchissement des femmes adresse ainsi « un blâme sévère » à Séverine, la journaliste libertaire Caroline Rémy, coupable, à leurs yeux, d’avoir demandé à son compagnon, Georges de Labruyère, de sa battre pour elle en duel face à un homme partisan du boulangisme. La Ligue considère « que toute, femme, qui ne veut pas avoir la responsabilité de ses actes, en obligeant un homme à se battre pour elle, commet un crime en toute circonstance. »
Lors des grèves des ouvriers des dentelles de Calais, en octobre 1890, Astié de Valsayre, encourage « l'union défensive des sexes ». Elle poursuit son combat anticlérical, participant au congrès de la Libre-Pensée et déclarant que « le prêtre est l'ennemi mortel de l'amélioration du sort de la femme ». En décembre, sa ligue assimile le budget des cultes à un « vol légal. »
En décembre, commentant une affaire d’avortement jugée à Toulon (Var), la Ligue de l’affranchissement des femmes s’insurge contre « la coutume de blâmer les femmes, qui disposent de ce qui leur appartient le mieux : leur corps ». L’année suivante, après un nouveau drame à Paris, elle est plus explicite : « l’état social donne ainsi à la femme le droit d’avortement. »
En janvier 1891, Astié de Valsayre est secrétaire du Syndicat des couturières qui organise son congrès de fondation le mois suivant avec une cinquantaine d’ouvrières. Elle dénonce aussi la concurrence des « congrégations religieuses exploitant sur une grande échelle l'industrie du blanchissage » et responsables ainsi de « la misère féminine ».
En mars, elle tente également, sans y parvenir cette fois, de constituer un Syndicat des filles de brasserie, les « verseuses. »
La Ligue de l'affranchissement des femmes quitte parfois le terrain social, comme en mars 1891 où elle demande « la suppression en France des courses de taureaux, ces inutiles scènes de boucherie. »
Astié de Valsayre participe à la naissance de l'Union universelle des femmes, annoncée à Paris en avril 1891. Clémence Royer y proclame : « Surtout ne demandons rien, mais prenons tout. Un jour viendra où le monde sera entre nos mains. »
Manifestant le 1er mai à Paris Astié de Valsayre s’est plaint d’avoir reçu, place de la Concorde des coups de pèlerine. Mais elle n’en veut pas aux sergents de ville, qu’elle traite de « vils esclaves » selon le quotidien La République française.
Polémiquant avec d’autres militants, elle regrette que l’on ait refusé qu’elles puissent signer la pétition en faveur d’un chemin de fer métropolitain.
Faisant une conférence en juin 1891 sur La question féminine à Paris, Astié de Valsayre elle a de nouveau plaidé pour faire la femme l’égale de l’homme, relevant que la liberté du costume puisqu'elle a pour but de donner ainsi aux femmes accès à beaucoup de professions, que leur ferment justement leurs vêtements.
Cette même année, en septembre, Astié de Valsayre signale qu’elle réside désormais à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) ; sa villa sera dévalisée en décembre 1898, lors de vacances qu’elle passait dans le sud de la France.
Elle est en 1891 la compagne du docteur Albin Rousselet, rédacteur en chef de la revue de l’Assistance publique. Sa vie familiale n’est pas sans heurts ; le deuxième fils qu’elle a eu de son défunt mari, Gaston, né en 1872, a quitté le domicile familial dès ses 13 ans. Il a de nombreux ennuis avec la police, arrêté une première fois pour vagabondage puis, en novembre 1891 pour vol. La presse parisienne ne manque pas de relater l’inconduite du fils. Elle-même le traite de « vaurien ». À ses intervieweurs, Astié de Valsayre assurera qu’elle avait un enfant « presque tous les ans » ; cependant, seuls deux garçons survécurent, tandis qu’une fille ne vécut que quelques mois.
L’installation sur les bords de Marne permet à Astié de Valsayre de pratiquer plus régulièrement le cyclisme.
En décembre 1892, la Ligue de l'affranchissement des femmes décide de présenter une quinzaine de candidates pour les élections municipales à Paris. Elles essaient, sans y réussir, d’enrôler l’actrice Sarah Bernhardt. Astié de Valsayre ne fait pas partie de la liste « faute de pouvoir tout faire ». Mais elle prépare avec elles le programme : protection de l'enfant, de la femme et des faibles, lutte contre la spéculation, dénonciation des guerres coloniales, comme au Tonkin, demande d’exclusion des curés des activités sociales. Face à plusieurs défections, Astié de Valsayre rejoint la demi-douzaine de candidates. Elle adresse dans le même temps une pétition à la Chambre des députés, demandant l’inscription de certaines femmes sur les listes électorales ; une commission rejette sa demande.
Une réunion électorale, organisée en avril 1893 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève à Paris (5e arr.), est totalement perturbée par les lazzis des étudiants qui y sont venus pour s'amuser. Comme en 1889, les bulletins de vote à son nom dans le 7e arrondissement ne sont pas décomptés.
Les élections sénatoriales de janvier 1894 voient de nouveau Astié de Valsayre se présenter, sous l’étiquette de « candidate à perpète ». Elle prend un programme original « 1° N'aller au Sénat que pour dormir ; 2° N'y ouvrir la bouche que pour bailler ; 3° Porter une perruque blanche, pour avoir l'air suffisamment abrutie. »
En novembre 1895, après avoir démenti des rumeurs répandues dans la presse sur sa retraite politique, Astié de Valsayre fait partie du comité d’accueil de Louise Michel qui débarque gare Saint-Lazare à Paris, revenant de son exil à Londres. Elle l’accompagne à son meeting de la salle Tivoli-Vauxhall. Au retour de la longue tournée en province de l’ancienne communarde et déportée, Astié de Valsayre intervient à ses côtés dans la conférence qu’elle tient en juin 1897 sur L’imminence et la nécessité de la révolution sociale.
Exclue d’un Congrès féministe, tenu à Paris en avril 1896, Astié de Valsayre, proteste par une lettre contre « ces affreuses bourgeoises, qui ne connaissent pas le premier mot de la question ouvrière, qui semblent ignorer que la galanterie n'est concédée aux femmes qu'en échange de leurs droits et qui, véritables accapareurs, prétendent garder les deux ».
L’activité d’Astié de Valsayre ne se limite pas au domaine politique. Elle devient secrétaire d’un patronage de jeunes filles du 6e arrondissement de Paris en septembre 1890. Il les accueille gratuitement les dimanches et fêtes pour leur offrir des activités sportives et récréatives.
Au cours des années 1890, Astié de Valsayre rédige, en le signant Mère Marthe, un petit ouvrage, L’Aisance par l'économie (1892), d’une tonalité très classique à l’image des livres sur la vie domestique, expliquant que la femme doit se lever tôt, travailler beaucoup et savoir se taire. Le relatif succès du livre fait qu’il est réédité en 1902 et signé alors Grand-Mère Marthe. Ce texte est très éloigné des thèses défendues par ailleurs par Astié de Valsayre.
Renouant avec la littérature patriotique, en 1896, Le Secret d'Hermine est publié sous le nom de Fernand Marceau. Reprenant le pseudonyme de Jehan des Etrivières, elle donne peu après un texte érotique, L'Amour à la hussarde.
Dans son Histoire de la littérature française, parue en 1909, le critique Léo Claretie range Astié de Valsayre parmi les écrivains socialistes, au côté de Jules Guesde et Paul Lafargue notamment. Mais le journaliste anarchiste Han Ryner considère qu’elle a une écriture de « cantinière. »
L’activité principale d’Astié de Valsayre est toujours le journalisme. Elle fonde et dirige, de 1897 à 1901, La Femme de l'avenir, où elle publie en particulier des articles sur l'instruction des jeunes filles ou sur l'hygiène.
Sensible au thème du racisme, qu’elle fustige à plusieurs reprises, Astié de Valsayre écrit en décembre 1898 à un journal antisémite : « J’apprends que L'Antijuif organise une équipe de photographes pour prendre les instantanés des Françaises achetant chez les Juifs, et que ces photographies seront exposées dans la salle des dépêches. Je serais particulièrement flattée de figurer dans celte galerie de « mises à l’index ». Craignant donc d'être absente quand se braqueront les appareils, je m’empresse de vous faire savoir que ma photographie est à votre disposition. Un mot m’apprenant que vous me faites l’honneur de m’admettre, et mon photographe vous l’enverra immédiatement. Astié de Valsayre, secrétaire général de l’affranchissement ». Le directeur de l’hebdomadaire, qui publie sa lettre, Jules Guérin, estime qu’elle est « une des plus jolies femmes de Paris », oratrice distinguée, élégante et spirituelle. Mais il lui reproche d’avoir « demandé qu’on coupât les curés en morceaux », même s’il y voit une fantaisie d’artiste.
Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 02/08/2023)
Devenue une oratrice en vue, Astié de Valsayre participe de manière régulière aux actions politiques. Elle est ainsi l’oratrice principale, assistée d’Eugénie Potonié-Pierre, d’une réunion publique organisée dans la grande salle de la Bourse du travail le 15 novembre 1888 « pour la réorganisation du syndicat des dames ». Elle est cependant mécontente de l’organisation de cette réunion par le Parti socialiste possibiliste (Fédération des Travailleurs socialistes de France, FTSF), considérant que le montant fixé pour l’adhésion au syndicat écarte de nombreuses femmes du peuple. Elle démissionne alors de la commission de réorganisation.
Mais elle va s’intéresser aux luttes menées par des travailleuses, en tenant, en janvier 1889, sous l’égide du mensuel L’Union Internationale des Femmes, un meeting au bénéfice d’ouvrières teinturières en grève, conjointement avec Louise Michel, icône de la Commune de Paris, revenue au début de la décennie du bagne de Nouvelle-Calédonie. Elle critique, dans un article dudit journal, l’inégalité salariale fondée sur le concept selon lesquels les femmes seraient des êtres inférieurs : « l’ouvrière travaille le double de l’ouvrier pour gagner moins que lui. »
Toujours avec Louise Michel, Astié de Valsayre tient au cours de l’année 1889 plusieurs réunions à Paris et en banlieue sur les questions sociales. Elle soutient l’idée que « la femme doit être socialiste parce qu'elle est l'opprimée ». Elle n’oublie pas ses combats pour le droit des femmes à s’habiller comme elles le veulent. Ainsi, elle écrit au préfet du département de la Seine en février de cette année-là : « Ayant été faire une conférence à Fontenay-sous-Bois, le 10 de ce mois, par le temps de grande neige que vous avez vu et, grâce aux jupons qui s’imprègnent jusqu’à la ceinture, en étant naturellement revenu avec un refroidissement ; Considérant que le costume féminin n’est possible que pour les femmes qui n’ont rien à faire, je vous préviens que dorénavant je m’habillerai en homme, chaque fois que mes occupations le nécessiteront. »
Parmi les thèmes favoris d’Astié de Valsayre figure celui de l’éducation. La différence entre le baccalauréat féminin et celui des garçons fait que les filles n’ont pas le droit de s’inscrire aux études de médecine. Elles doivent d’abord faire deux années complémentaires d’études pour maîtriser les langues anciennes et matières scientifiques qui étaient écartées du cursus des lycées qui leur étaient réservés. Une des conséquences est qu’elles n’ont pas accès à l’internat des hôpitaux, dont l’âge limite est fixé à 27 ans, et Astié de Valsayre demande au ministre de l’éducation de changer en premier lieu cette limitation pour les filles, avant d’égaliser les programmes en vigueur dans les études secondaires. Mais au fond, ce que Astié de Valsayre revendique, c’est « Une éducation virile, scientifique et anticléricale des citoyennes. »
Rédactrice du journal l'Égalité, prend part au Congrès français et international du droit des femmes tenu à Paris en 1889 en tant que déléguée du Cercle des femmes indépendantes de France. Elle y fait une communication sur les « Recherches sur la dissolution des mœurs et sur les moyens d'y remédier » ; sa conclusion est claire, il faut « la parfaite égalité des deux sexes et la concession à la femme de tous les droits donnés à l’homme sans exception. »
En août 1889, Astié de Valsayre prend l’initiative de fonder la Ligue des femmes socialistes, dont elle devient la déléguée. En septembre, elle participe en tant que telle au congrès de la Libre pensée. Le premier objectif de la Ligue est de présenter des candidatures féminines aux prochaines élections législatives.
Léonie Rouzade, qui avait déjà candidaté à Paris aux municipales de 1881 et aux législatives de 1885, fait partie des quatre candidates promues par la Ligue mais elle ne donnera pas suite. Elles seront trois à tenter de s’aligner : Eugénie Potonié-Pierre, Émilie Saint-Hilaire et Astié de Valsayre. Cette dernière se présente dans la circonscription de Clignancourt à Paris (18e arr.) revendiquant l’étiquette de socialiste. Dans son programme, elle fait figurer l’abolition de la réglementation de la prostitution et la suppression du mariage.
Une réunion, convoquée par la Ligue des femmes socialistes le 19 septembre à Montmartre se fait devant une salle comble d’environ 300 femmes selon la presse, un millier pour les organisatrices. Mais l’ambiance est hostile ; ainsi, la majorité applaudit quand, selon le quotidien Le Matin, une assistante déclare que les femmes ne doivent pas s'occuper de politique.
Dans son carnet d’une candidate, pour L'Égalité, Astié de Valsayre convient qu’elle n’a pas pu « dominer le tumulte » mais se félicite qu’un ordre du jour ait été voté la félicitant, avec les autres intervenantes « de l’énergie qu'elles déploient chaque jour pour obtenir l’émancipation de la femme. »
Le préfet met de nombreux obstacles au dépôt des candidatures, même s’il ne peut les empêcher de faire campagne. Les voix qu’elle recueille ne sont pas comptées. Le général Boulanger (populiste, alors réfugié en Angleterre) obtient la majorité absolue et est déclaré élu, mais il est bientôt jugé comme inéligible et Jules Joffrin (socialiste) proclamé à sa place.
En octobre, lançant un appel Aux femmes dans L'Égalité, Astié de Valsayre proclame « Mes sœurs, il n’y a plus d’hommes ! Le mâle se meurt, le mâle est mort et celui qui se pare de ce nom n'est plus digne de le porter ! » et elle conclut : « Il y a quelques années j’avais déjà songé à organiser un bataillon de franches-tireuses pour ces cas douloureux où il faut bien répondre à la violence par la violence !... Puisqu’il n’y a plus d’hommes, c'est actuellement le vrai moment. »
La Ligue des femmes socialistes reste une organisation politique, soutenant les grévistes, dénonçant les conditions de travail dans les couvents, promouvant les droits politiques des femmes. Cependant, suite à un conflit avec le directeur du quotidien L'Égalité, qui l’hébergeait, Astié de Valsayre démissionne en novembre 1889. Elle reproche à Jules Roques de vouloir interdire l’adhésion d’hommes à son organisation.
Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 31/07/2023)
S’intéressant toujours à la médecine, Astié de Valsayre qui avait été mordue en juillet 1878 par un chien enragé à son domicile de la rue Saint-Jacques, avait elle-même cautérisé ses plaies au fer rouge, selon son témoignage, avec l’aide de son mari d’après ce dernier. Le docteur Astié meurt en juin 1881. Il lui lègue un certain capital.
Suivant, dans la presse, les travaux de Louis Pasteur, elle lui propose, en novembre 1884, soit plus de six mois avant qu’il n’en fasse les premiers essais sur la rage, de lui inoculer son vaccin antirabique. Le chimiste lui répond : « Il serait très dangereux, madame, de tenter l'épreuve ». Elle insiste, sans succès, en mettant les journaux au courant de ses démarches.
En avril 1886, ayant entendu que le docteur Gruselbach, de l'Université d'Uppsala (Suède) aurait mis au point un dispositif de conservation d’être humain en les plongeant dans le froid pendant plusieurs années (cryonie) elle lui écrit pour se porter candidate. Elle n’aura pas de réponse.
Marie Rose Astié de Valsayre publie dans la seconde partie des années 1880, des textes littéraires généralement courts, comme Le retour de l'exilé, poème patriotique, qu’elle signe Jean Misère, en 1887 ou une épître, la Deuxième aux Pharisiens, la même année où elle s’adresse au grand quotidien, Le Petit Journal, en lui demandant de cesser de publier des annonces mercantiles pour les « somnambules et tireuses de cartes. »
L’intérêt d’Astié de Valsayre pour le sport, joint à sa préoccupation de l’émancipation féminine et à son patriotisme, vont provoquer sa notoriété d’une manière spectaculaire.
En octobre 1884, un journaliste du quotidien le Cri du Peuple, ayant traité Astié de Valsayre de « Veuve vautour », elle lui demanda une réparation par les armes. Mais le publiciste, nommé Polignac refusa de se battre avec une femme ; en compagnie de deux personnes, dont son compagnon Albin Rousselet, elle le roua de coups dans un café.
En décembre 1885, reconnaissant que ce qu’elle avait écrit dans Les Amazones du siècle pouvait être considéré comme une offense à certaines des personnes visées, Astié de Valsayre se mit à leur disposition si elles voulaient se battre et le signifia notamment à Eugénie Pierre. Cette dernière refusa : « Je suis absolument contre le duel, et le sexe des combattants ne changerait pas mon opinion. Le duel, ce reste de barbarie, n’a jamais rien prouvé. Si Mme de Valsayre a pu m'offenser, elle m'a loyalement demandé de lui tendre la main en signe de pardon, ce que j'ai fait. »
C’est au tour d’une Américaine, miss Shelby, de se frotter, en mars 1886, à la vindicte belliqueuse d’Astié de Valsayre. Lors d’une conversation, la féministe américaine affirme la supériorité dés doctoresses françaises sur les doctoresses américaines. Comme Astié de Valsayre conteste l’affirmation, elle la traite d’idiote ; la française lui jette alors son gant au visage. Elles conviennent de régler leur différend à l’épée, sur le champ de bataille de Waterloo (Belgique). N’ayant pas trouvé de français acceptant ce rôle, les quatre témoins seront tous américains. Au second engagement, l’Américaine a été légèrement touchée au bras ; puis elle présente ses excuses à Astié de Valsayre, qui salue alors la noblesse de son comportement.
Un mois plus tard, elle s’en prend à la maréchale Booth, anglaise et responsable en France de l'Armée du Salut. Elle lui reproche les « doctrines pernicieuses » de son organisation et lui intime de quitter la France ou d’accepter son défi. La missionnaire protestante refuse de se battre, et se dérobe également au débat public que la militante laïque française veut lui imposer.
Quelques semaines après, Astié de Valsayre tint seule, et devant un petit public, une conférence sur L’escrime et la femme mettait en avant son opinion que la pratique de l’escrime contribuait à leur réhabilitation physique tout en renforçant leur rôle central de leur mission en tant que mères.
Une pétition contre « l’abus des droits paternels » est adressée à la chambre des députés en janvier 1887 par Maria Martin, militante féministe qui la signe au nom du « suffrage des femmes », et Astié de Valsayre, qui s’exprime « pour les mères de France. »
C’est toujours sous la forme pétitionnaire auprès des élus du peuple que Astié de Valsayre soulève, en juillet 1887 une autre question qui va provoquer une considérable masse d’articles dans la presse. Elle y demande, pour les femmes, « la liberté du costume ». L’assemblée charge une commission d’étudier les arguments. Elle explique : « Dans toutes les bagarres de terre ou d'eau, la femme, en raison de son costume, est une victime prédestinée à la mort, et les accidents de tramways survenant pour le même motif sont quotidiens. À la seule pensée des malheureuses ainsi empêchées de fuir lors de l'incendie de l'Opéra-Comique, il semble logique et humain d'éliminer la loi routinière qui interdit aux femmes de porter le costume masculin, tout aussi décent, quoi qu'on en puisse dire, surtout incontestablement plus hygiénique. Au nom de celles qui ne sont pas esclaves du luxe, je viens vous prier, messieurs, de bien vouloir décréter la liberté du costume, liberté qui, après tout, ne peut nuire à personne. »
Un an plus tard, la 17e commission de la Chambre des députés considère « qu'il n'y a pas matière à œuvre législative » du fait que « Aucune loi n'impose aux femmes les vêtements compliqués dont elle se recouvrent et le port de l'habit masculin n'est interdit aux femmes que par mesure de police. »
Poursuivant son engagement, Astié de Valsayre rejoint une des premières organisations socialistes, l'union fédérative du centre, adhérente à la Fédération des Travailleurs socialistes de France (FTSF). Elle participe au congrès d’août 1887 en tant que déléguée du groupe le Droit des femmes, qui se présente comme une société du suffrage des femmes. Elle intervient pour défendre l’existence de l'Assistance publique, en se félicitant de sa laïcisation. La FTSF, de tendance possibiliste, est dirigée par Paul Brousse. Astié de Valsayre interviendra désormais régulièrement dans ses débats.
Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 29/07/2023)
Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Marie Rose Astié de Valsayre, qui était mère d’un garçon de deux ans et venait de perdre une fille de quatre mois, était sans doute encore professeure de musique. Elle décide de s’engager auprès des troupes françaises combattant l’avancée des allemands en tant qu’ambulancière. Lors des combats sur le plateau d'Avron (Seine, act. Seine-Saint-Denis), qui durèrent d’octobre à décembre 1870, elle est a eu le lobe de l'oreille entamé par une balle. Elle en gardera une surdité partielle.
Il est probable qu’elle ne s’est pas impliquée dans la Commune de Paris, le régime socialiste qui prit le contrôle de la ville en refusant la capitulation devant les troupes germaniques. Mais elle est liée à Henry Louis Champy, ouvrier coutelier, élu au Conseil de la Commune, déporté en Nouvelle-Calédonie après la défaite de l’insurrection en mai 1871. À son retour, il adhère au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Plusieurs dizaines de journaux les prétendirent mariés en 1891, ce qu’elle démentit.
En avril 1872, Astié de Valsayre donne naissance à son quatrième enfant.
Si les compositions musicales de celle qui se faisait alors appeler Marie de Valsayre lui avaient déjà apporté une certaine notoriété, ce sont ces études qui la mirent en avant dans la presse parisienne. En novembre 1874, venant de recevoir un certificat de grammaire, elle se présente devant une commission d’inspecteurs de l'Académie, parmi 36 candidats, pour suivre un cursus médical. Son examen a porté sur l’appréciation critique du Misanthrope, pièce de Molière. Le Soleil indique qu’il y eut dix reçus et qu’elle fut « en première ligne ». C’était quelques années plus tôt, en 1868, que le droit de s’inscrire pour des études médicales avait été ouvert aux femmes, mais aucune n’avait encore été diplômée comme médecin. Astié de Valsayre publia une brochure en 1874, Certificat de grammaire, à l’usage des officiers de santé et pharmaciens, qui était une sorte de guide pour préparer l’examen.
Pendant une dissection dans un cours d'anatomie, elle se piqua et fut amputée d'une phalange de la main gauche. Une autre agression vint, en juillet 1878, d’un chien enragé qui la mordit aux deux mains. Elle cautérisa elle-même les plaies au fer rouge, avec l’aide de son mari, le docteur Astié. Ce sont cependant les suites de sa blessure de guerre qui la conduisirent à abandonner, en 1879, la voie qui aurait pu l’amener au titre de docteur. Camille Delaville, dans Le Constitutionnel (1887/02/14) explique : « Mme Astié est fort savante, mais sourde, elle n'entend que la moitié des questions des examinateurs et aime mieux être refusée que d'avouer cette innocente infirmité. »
Cependant, ayant réussi les trois années de scolarité requises, elle eut le titre d’officier de santé, équivalent à celui d’infirmier actuellement et put exercer comme sage-femme.
Elle se tourne vers la presse, devenant secrétaire d’Émile de Girardin, patron du quotidien La Presse. Elle écrit également des articles scientifiques dans Civilisation, par exemple en 1880 sur le Père Galien d'Avignon, sous le titre La Science et le clergé, ou sur l’astronome allemand Pierre Ungeschick. L’hebdomadaire La Femme de France publie un texte d’elle sur La Femme et la science, en septembre 1879. Elle soutient que « être mère de par la nature, c’est-à-dire involontairement, n’est rien ; tandis qu’être mère de par l’instruction est une œuvre grandiose » et elle appelle : « mes sœurs, continuez à secouer le joug avilissant de l’homme ! » Un de ses lecteurs s’étonne « Mme Astié de Valsayre ne serait-elle pas un homme caché sous un pseudonyme féminin ? Je dois vous l’avouer, j’ai fait une enquête dans votre quartier ; j’ai appris que vous existiez réellement, ce qui m’a stupéfié. »
Les publications scientifiques se poursuivent, sur la Cuisine physiologique en juin 1880 puis une tentative en anthropologie au sujet du Croisement des races en octobre la même année.
Astié de Valsayre est associée aux travaux du groupe de l'enseignement secondaire des jeunes filles, qui fait suite à l’adoption en décembre 1880 de la proposition de loi du député Camille Sée. Le texte législatif institue les collèges et lycées publics de jeunes filles, mais « les dispense de certaines études pour faire place aux travaux et aux occupations de leur sexe ». Les langues mortes sont exclues, la morale tient lieu de philosophie et l'enseignement scientifique reste élémentaire. Au contraire, Astié de Valsayre dépose en mars 1883 un Mémoire sur l'enseignement secondaire des jeunes filles et la question du latin, plaidant pour leur accès à un baccalauréat identique à celui des garçons. Elle envoie en mai 1883 aux députés un Mémoire sur l'utilité de l'enseignement de grammaire dans l'instruction de la femme. Elle explique que, malgré son titre universitaire, on ne lui permet pas d’enseigner aux jeunes filles. Elle soutient également que, si ces dernières pouvaient apprendre le latin, on cesserait de les discriminer en matière salariale dans les institutions éducatives.
Sous un pseudonyme masculin, Jehan des Étrivières, Astié de Valsayre publie en 1882 un pamphlet, Les Amazones du siècle, sous-titré les Gueulardes de Gambetta. Elle y attaque Louise Michel, Léonie Rouzade ou Eugénie Potonié-Pierre, toutes féministes dont elle sera ensuite proche. En décembre 1885, après de vifs échanges, elle reconnaîtra dans L’Événement qu’elle les avait « sottement attaquées. »
Mise à jour de la biographie publiée le 12/03/2022
Adolphe Alexandre Clément naît le 11 décembre 1864 à La Ferté-Saint-Cyr (Loir-et-Cher). Il est le fils de Philomène Blanchard et de son époux, Adolphe Blaise Clément, marchand de charbon. Ils vivent au faubourg de Bretagne.
Son père meurt en octobre 1874, lorsque Adolphe a 9 ans. Sa mère se remarie en juin 1877 à La Ferté-Saint-Cyr avec Silvain Jean Pierre Lecomte, vigneron dans le village voisin de Montlivault, mais décède à son tour en avril 1880 à La Ferté, son fils ayant 15 ans.
En 1876, le jeune Adolphe n’était pas recensé à La Ferté-Saint-Cyr où sa mère résidait avec ses trois autres enfants. Il est recensé pour ses obligations militaires en 1884 et réside alors à Melun (Seine-et-Marne), où il est garçon épicier. En tant que fils aîné d’orphelins (deux frères et une sœur), il est dispensé de service militaire. Il fait cependant plusieurs périodes dans la réserve de l’armée en avril 1888, avril 1891, octobre 1897 et mai-juin 1900.
Il réside à Paris et Neuilly-sur-Seine entre 1886 et 1891. Devenu employé de commerce et vivant en 1893 à Saint-Denis (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Lannes, Adolphe Clément y épouse en mai 1894 Marie Goutal, domestique, native du Cantal. Ils s’installent à Paris (18e arr.) où ils exploitent une épicerie, rue Jean-Robert. Ils ont un commerce à Stains (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Carnot en 1898 puis en 1902 dans le même département à Montreuil.
En 1911, ils sont à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où ils sont toujours épiciers, rue de Paris, dans le centre-ville, à proximité de la gare. Après la première guerre mondiale, ils déménagent pour la rue du Viaduc, dans le même quartier, où ils vont créer un hôtel meublé.
Lors des élections municipales de mai 1925 à Joinville, Adolphe Clément est candidat sur la liste du maire sortant, Henri Vel-Durand (radical dissident), qui a le soutien des mouvements libéraux et conservateurs de la ville. Le programme de la liste vouait l’application des lois de laïcité « sans rigueur et sans sectarisme », le maintien de l’octroi pour l’entrée des marchandises à Joinville et des économies dans les dépenses budgétaires. Face à une liste du cartel des gauches (radicaux-socialistes, socialistes SFIO et socialistes indépendants), qui obtient 28,4% des suffrages exprimés et une liste communiste, qui a 21,1%, la liste des sortants arrive nettement en tête avec 47,5%. Au second tour, elle remporte les 27 sièges à pourvoir et Clément est élu conseiller municipal. Vel-Durand est réélu maire. Après son décès, il est remplacé en octobre 1928 par Stephen Durande (conservateur).
Au cours du scrutin de mai 1929, il n’est pas candidat.
Adolphe Clément meurt le 22 janvier 1938 à Joinville. Il était âgé de 74 ans et père de deux enfants.
Il n’a pas de lien familial avec Édouard Clément (1843-1922), président de société musicale et candidat de centre-droit aux élections municipales de Joinville-le-Pont (1904-1911) ni avec Lucien Clément (1885-1955), conseiller municipal conservateur de la même ville (1934-1944).
Joinville-le-Pont, rue de Paris, l'épicerie Clément est sur la droite