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4 juin 2026 4 04 /06 /juin /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 04/08/2023)

Après avoir dissout en décembre 1889 la Ligue des femmes socialistes, Astié de Valsayre constitue, en juillet 1890, la Ligue de l’affranchissement des femmes. Elle a la participation de citoyenne Léonie Rouzade et le soutien de dirigeants socialistes, comme Jean Allemane, qui vient de fonder le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire après avoir quitté la FTSF, ou Henry Louis Champy, un ancien communard et conseiller prud’homme. Une des premières actions de la nouvelle ligue est d’ailleurs de solliciter l’inscription des ouvrières comme électrices aux prochaines élections générales prud'homales. Le ministre du commerce répond en août qu’il ne le peut pas, renvoyant la demande à la commission parlementaire compétente ; le quotidien y voit Le Soleil « un bel enterrement de première classe ! » En novembre, le syndicat des blanchisseuses tentera, sans succès, de présenter des candidates à son instigation.

Astié de Valsayre participe à la création de la Revue européenne, dans les bureaux de laquelle elle installe le siège de sa ligue. Le féminisme connaît toujours des polémiques internes ; la Ligue de l’affranchissement des femmes adresse ainsi « un blâme sévère » à Séverine, la journaliste libertaire Caroline Rémy, coupable, à leurs yeux, d’avoir demandé à son compagnon, Georges de Labruyère, de sa battre pour elle en duel face à un homme partisan du boulangisme. La Ligue considère « que toute, femme, qui ne veut pas avoir la responsabilité de ses actes, en obligeant un homme à se battre pour elle, commet un crime en toute circonstance. »

Lors des grèves des ouvriers des dentelles de Calais, en octobre 1890, Astié de Valsayre, encourage « l'union défensive des sexes ». Elle poursuit son combat anticlérical, participant au congrès de la Libre-Pensée et déclarant que « le prêtre est l'ennemi mortel de l'amélioration du sort de la femme ». En décembre, sa ligue assimile le budget des cultes à un « vol légal. »

En décembre, commentant une affaire d’avortement jugée à Toulon (Var), la Ligue de l’affranchissement des femmes s’insurge contre « la coutume de blâmer les femmes, qui disposent de ce qui leur appartient le mieux : leur corps ». L’année suivante, après un nouveau drame à Paris, elle est plus explicite : « l’état social donne ainsi à la femme le droit d’avortement. »

En janvier 1891, Astié de Valsayre est secrétaire du Syndicat des couturières qui organise son congrès de fondation le mois suivant avec une cinquantaine d’ouvrières. Elle dénonce aussi la concurrence des « congrégations religieuses exploitant sur une grande échelle l'industrie du blanchissage » et responsables ainsi de « la misère féminine ».

En mars, elle tente également, sans y parvenir cette fois, de constituer un Syndicat des filles de brasserie, les « verseuses. »

La Ligue de l'affranchissement des femmes quitte parfois le terrain social, comme en mars 1891 où elle demande « la suppression en France des courses de taureaux, ces inutiles scènes de boucherie. »

Astié de Valsayre participe à la naissance de l'Union universelle des femmes, annoncée à Paris en avril 1891. Clémence Royer y proclame : « Surtout ne demandons rien, mais prenons tout. Un jour viendra où le monde sera entre nos mains. »

Manifestant le 1er mai à Paris Astié de Valsayre s’est plaint d’avoir reçu, place de la Concorde des coups de pèlerine. Mais elle n’en veut pas aux sergents de ville, qu’elle traite de « vils esclaves » selon le quotidien La République française.

Polémiquant avec d’autres militants, elle regrette que l’on ait refusé qu’elles puissent signer la pétition en faveur d’un chemin de fer métropolitain.

Faisant une conférence en juin 1891 sur La question féminine à Paris, Astié de Valsayre elle a de nouveau plaidé pour faire la femme l’égale de l’homme, relevant que la liberté du costume puisqu'elle a pour but de donner ainsi aux femmes accès à beaucoup de professions, que leur ferment justement leurs vêtements.

Cette même année, en septembre, Astié de Valsayre signale qu’elle réside désormais à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) ; sa villa sera dévalisée en décembre 1898, lors de vacances qu’elle passait dans le sud de la France.

Elle est en 1891 la compagne du docteur Albin Rousselet, rédacteur en chef de la revue de l’Assistance publique. Sa vie familiale n’est pas sans heurts ; le deuxième fils qu’elle a eu de son défunt mari, Gaston, né en 1872, a quitté le domicile familial dès ses 13 ans. Il a de nombreux ennuis avec la police, arrêté une première fois pour vagabondage puis, en novembre 1891 pour vol. La presse parisienne ne manque pas de relater l’inconduite du fils. Elle-même le traite de « vaurien ». À ses intervieweurs, Astié de Valsayre assurera qu’elle avait un enfant « presque tous les ans » ; cependant, seuls deux garçons survécurent, tandis qu’une fille ne vécut que quelques mois.

L’installation sur les bords de Marne permet à Astié de Valsayre de pratiquer plus régulièrement le cyclisme.

En décembre 1892, la Ligue de l'affranchissement des femmes décide de présenter une quinzaine de candidates pour les élections municipales à Paris. Elles essaient, sans y réussir, d’enrôler l’actrice Sarah Bernhardt. Astié de Valsayre ne fait pas partie de la liste « faute de pouvoir tout faire ». Mais elle prépare avec elles le programme : protection de l'enfant, de la femme et des faibles, lutte contre la spéculation, dénonciation des guerres coloniales, comme au Tonkin, demande d’exclusion des curés des activités sociales. Face à plusieurs défections, Astié de Valsayre rejoint la demi-douzaine de candidates. Elle adresse dans le même temps une pétition à la Chambre des députés, demandant l’inscription de certaines femmes sur les listes électorales ; une commission rejette sa demande.

Une réunion électorale, organisée en avril 1893 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève à Paris (5e arr.), est totalement perturbée par les lazzis des étudiants qui y sont venus pour s'amuser. Comme en 1889, les bulletins de vote à son nom dans le 7e arrondissement ne sont pas décomptés.

Les élections sénatoriales de janvier 1894 voient de nouveau Astié de Valsayre se présenter, sous l’étiquette de « candidate à perpète ». Elle prend un programme original « 1° N'aller au Sénat que pour dormir ; 2° N'y ouvrir la bouche que pour bailler ; 3° Porter une perruque blanche, pour avoir l'air suffisamment abrutie. »

En novembre 1895, après avoir démenti des rumeurs répandues dans la presse sur sa retraite politique, Astié de Valsayre fait partie du comité d’accueil de Louise Michel qui débarque gare Saint-Lazare à Paris, revenant de son exil à Londres. Elle l’accompagne à son meeting de la salle Tivoli-Vauxhall. Au retour de la longue tournée en province de l’ancienne communarde et déportée, Astié de Valsayre intervient à ses côtés dans la conférence qu’elle tient en juin 1897 sur L’imminence et la nécessité de la révolution sociale.

Exclue d’un Congrès féministe, tenu à Paris en avril 1896, Astié de Valsayre, proteste par une lettre contre « ces affreuses bourgeoises, qui ne connaissent pas le premier mot de la question ouvrière, qui semblent ignorer que la galanterie n'est concédée aux femmes qu'en échange de leurs droits et qui, véritables accapareurs, prétendent garder les deux ».

L’activité d’Astié de Valsayre ne se limite pas au domaine politique. Elle devient secrétaire d’un patronage de jeunes filles du 6e arrondissement de Paris en septembre 1890. Il les accueille gratuitement les dimanches et fêtes pour leur offrir des activités sportives et récréatives.

Au cours des années 1890, Astié de Valsayre rédige, en le signant Mère Marthe, un petit ouvrage, L’Aisance par l'économie (1892), d’une tonalité très classique à l’image des livres sur la vie domestique, expliquant que la femme doit se lever tôt, travailler beaucoup et savoir se taire. Le relatif succès du livre fait qu’il est réédité en 1902 et signé alors Grand-Mère Marthe. Ce texte est très éloigné des thèses défendues par ailleurs par Astié de Valsayre.

Renouant avec la littérature patriotique, en 1896, Le Secret d'Hermine est publié sous le nom de Fernand Marceau. Reprenant le pseudonyme de Jehan des Etrivières, elle donne peu après un texte érotique, L'Amour à la hussarde.

Dans son Histoire de la littérature française, parue en 1909, le critique Léo Claretie range Astié de Valsayre parmi les écrivains socialistes, au côté de Jules Guesde et Paul Lafargue notamment. Mais le journaliste anarchiste Han Ryner considère qu’elle a une écriture de « cantinière. »

L’activité principale d’Astié de Valsayre est toujours le journalisme. Elle fonde et dirige, de 1897 à 1901, La Femme de l'avenir, où elle publie en particulier des articles sur l'instruction des jeunes filles ou sur l'hygiène.

Sensible au thème du racisme, qu’elle fustige à plusieurs reprises, Astié de Valsayre écrit en décembre 1898 à un journal antisémite : « J’apprends que L'Antijuif organise une équipe de photographes pour prendre les instantanés des Françaises achetant chez les Juifs, et que ces photographies seront exposées dans la salle des dépêches. Je serais particulièrement flattée de figurer dans celte galerie de « mises à l’index ». Craignant donc d'être absente quand se braqueront les appareils, je m’empresse de vous faire savoir que ma photographie est à votre disposition. Un mot m’apprenant que vous me faites l’honneur de m’admettre, et mon photographe vous l’enverra immédiatement. Astié de Valsayre, secrétaire général de l’affranchissement ». Le directeur de l’hebdomadaire, qui publie sa lettre, Jules Guérin, estime qu’elle est « une des plus jolies femmes de Paris », oratrice distinguée, élégante et spirituelle. Mais il lui reproche d’avoir « demandé qu’on coupât les curés en morceaux », même s’il y voit une fantaisie d’artiste.

À suivre

Marie Rose Astié de Valsayre

 

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2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 02/08/2023)

Devenue une oratrice en vue, Astié de Valsayre participe de manière régulière aux actions politiques. Elle est ainsi l’oratrice principale, assistée d’Eugénie Potonié-Pierre, d’une réunion publique organisée dans la grande salle de la Bourse du travail le 15 novembre 1888 « pour la réorganisation du syndicat des dames ». Elle est cependant mécontente de l’organisation de cette réunion par le Parti socialiste possibiliste (Fédération des Travailleurs socialistes de France, FTSF), considérant que le montant fixé pour l’adhésion au syndicat écarte de nombreuses femmes du peuple. Elle démissionne alors de la commission de réorganisation.

Mais elle va s’intéresser aux luttes menées par des travailleuses, en tenant, en janvier 1889, sous l’égide du mensuel L’Union Internationale des Femmes, un meeting au bénéfice d’ouvrières teinturières en grève, conjointement avec Louise Michel, icône de la Commune de Paris, revenue au début de la décennie du bagne de Nouvelle-Calédonie. Elle critique, dans un article dudit journal, l’inégalité salariale fondée sur le concept selon lesquels les femmes seraient des êtres inférieurs : « l’ouvrière travaille le double de l’ouvrier pour gagner moins que lui. »

Toujours avec Louise Michel, Astié de Valsayre tient au cours de l’année 1889 plusieurs réunions à Paris et en banlieue sur les questions sociales. Elle soutient l’idée que « la femme doit être socialiste parce qu'elle est l'opprimée ». Elle n’oublie pas ses combats pour le droit des femmes à s’habiller comme elles le veulent. Ainsi, elle écrit au préfet du département de la Seine en février de cette année-là : « Ayant été faire une conférence à Fontenay-sous-Bois, le 10 de ce mois, par le temps de grande neige que vous avez vu et, grâce aux jupons qui s’imprègnent jusqu’à la ceinture, en étant naturellement revenu avec un refroidissement ; Considérant que le costume féminin n’est possible que pour les femmes qui n’ont rien à faire, je vous préviens que dorénavant je m’habillerai en homme, chaque fois que mes occupations le nécessiteront. »

Parmi les thèmes favoris d’Astié de Valsayre figure celui de l’éducation. La différence entre le baccalauréat féminin et celui des garçons fait que les filles n’ont pas le droit de s’inscrire aux études de médecine. Elles doivent d’abord faire deux années complémentaires d’études pour maîtriser les langues anciennes et matières scientifiques qui étaient écartées du cursus des lycées qui leur étaient réservés. Une des conséquences est qu’elles n’ont pas accès à l’internat des hôpitaux, dont l’âge limite est fixé à 27 ans, et Astié de Valsayre demande au ministre de l’éducation de changer en premier lieu cette limitation pour les filles, avant d’égaliser les programmes en vigueur dans les études secondaires. Mais au fond, ce que Astié de Valsayre revendique, c’est « Une éducation virile, scientifique et anticléricale des citoyennes. »

Rédactrice du journal l'Égalité, prend part au Congrès français et international du droit des femmes tenu à Paris en 1889 en tant que déléguée du Cercle des femmes indépendantes de France. Elle y fait une communication sur les « Recherches sur la dissolution des mœurs et sur les moyens d'y remédier » ; sa conclusion est claire, il faut « la parfaite égalité des deux sexes et la concession à la femme de tous les droits donnés à l’homme sans exception. »

En août 1889, Astié de Valsayre prend l’initiative de fonder la Ligue des femmes socialistes, dont elle devient la déléguée. En septembre, elle participe en tant que telle au congrès de la Libre pensée. Le premier objectif de la Ligue est de présenter des candidatures féminines aux prochaines élections législatives.

Léonie Rouzade, qui avait déjà candidaté à Paris aux municipales de 1881 et aux législatives de 1885, fait partie des quatre candidates promues par la Ligue mais elle ne donnera pas suite. Elles seront trois à tenter de s’aligner : Eugénie Potonié-Pierre, Émilie Saint-Hilaire et Astié de Valsayre. Cette dernière se présente dans la circonscription de Clignancourt à Paris (18e arr.) revendiquant l’étiquette de socialiste. Dans son programme, elle fait figurer l’abolition de la réglementation de la prostitution et la suppression du mariage.

Une réunion, convoquée par la Ligue des femmes socialistes le 19 septembre à Montmartre se fait devant une salle comble d’environ 300 femmes selon la presse, un millier pour les organisatrices. Mais l’ambiance est hostile ; ainsi, la majorité applaudit quand, selon le quotidien Le Matin, une assistante déclare que les femmes ne doivent pas s'occuper de politique.

Dans son carnet d’une candidate, pour L'Égalité, Astié de Valsayre convient qu’elle n’a pas pu « dominer le tumulte » mais se félicite qu’un ordre du jour ait été voté la félicitant, avec les autres intervenantes « de l’énergie qu'elles déploient chaque jour pour obtenir l’émancipation de la femme. »

Le préfet met de nombreux obstacles au dépôt des candidatures, même s’il ne peut les empêcher de faire campagne. Les voix qu’elle recueille ne sont pas comptées. Le général Boulanger (populiste, alors réfugié en Angleterre) obtient la majorité absolue et est déclaré élu, mais il est bientôt jugé comme inéligible et Jules Joffrin (socialiste) proclamé à sa place.

En octobre, lançant un appel Aux femmes dans L'Égalité, Astié de Valsayre proclame « Mes sœurs, il n’y a plus d’hommes ! Le mâle se meurt, le mâle est mort et celui qui se pare de ce nom n'est plus digne de le porter ! » et elle conclut : « Il y a quelques années j’avais déjà songé à organiser un bataillon de franches-tireuses pour ces cas douloureux où il faut bien répondre à la violence par la violence !... Puisqu’il n’y a plus d’hommes, c'est actuellement le vrai moment. »

La Ligue des femmes socialistes reste une organisation politique, soutenant les grévistes, dénonçant les conditions de travail dans les couvents, promouvant les droits politiques des femmes. Cependant, suite à un conflit avec le directeur du quotidien L'Égalité, qui l’hébergeait, Astié de Valsayre démissionne en novembre 1889. Elle reproche à Jules Roques de vouloir interdire l’adhésion d’hommes à son organisation.

À suivre

Marie Rose Astié de Valsayre

 

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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 31/07/2023)

S’intéressant toujours à la médecine, Astié de Valsayre qui avait été mordue en juillet 1878 par un chien enragé à son domicile de la rue Saint-Jacques, avait elle-même cautérisé ses plaies au fer rouge, selon son témoignage, avec l’aide de son mari d’après ce dernier. Le docteur Astié meurt en juin 1881. Il lui lègue un certain capital.

Suivant, dans la presse, les travaux de Louis Pasteur, elle lui propose, en novembre 1884, soit plus de six mois avant qu’il n’en fasse les premiers essais sur la rage, de lui inoculer son vaccin antirabique. Le chimiste lui répond : « Il serait très dangereux, madame, de tenter l'épreuve ». Elle insiste, sans succès, en mettant les journaux au courant de ses démarches.

En avril 1886, ayant entendu que le docteur Gruselbach, de l'Université d'Uppsala (Suède) aurait mis au point un dispositif de conservation d’être humain en les plongeant dans le froid pendant plusieurs années (cryonie) elle lui écrit pour se porter candidate. Elle n’aura pas de réponse.

Marie Rose Astié de Valsayre publie dans la seconde partie des années 1880, des textes littéraires généralement courts, comme Le retour de l'exilé, poème patriotique, qu’elle signe Jean Misère, en 1887 ou une épître, la Deuxième aux Pharisiens, la même année où elle s’adresse au grand quotidien, Le Petit Journal, en lui demandant de cesser de publier des annonces mercantiles pour les « somnambules et tireuses de cartes. »

L’intérêt d’Astié de Valsayre pour le sport, joint à sa préoccupation de l’émancipation féminine et à son patriotisme, vont provoquer sa notoriété d’une manière spectaculaire.

En octobre 1884, un journaliste du quotidien le Cri du Peuple, ayant traité Astié de Valsayre de « Veuve vautour », elle lui demanda une réparation par les armes. Mais le publiciste, nommé Polignac refusa de se battre avec une femme ; en compagnie de deux personnes, dont son compagnon Albin Rousselet, elle le roua de coups dans un café.

En décembre 1885, reconnaissant que ce qu’elle avait écrit dans Les Amazones du siècle pouvait être considéré comme une offense à certaines des personnes visées, Astié de Valsayre se mit à leur disposition si elles voulaient se battre et le signifia notamment à Eugénie Pierre. Cette dernière refusa : « Je suis absolument contre le duel, et le sexe des combattants ne changerait pas mon opinion. Le duel, ce reste de barbarie, n’a jamais rien prouvé. Si Mme de Valsayre a pu m'offenser, elle m'a loyalement demandé de lui tendre la main en signe de pardon, ce que j'ai fait. »

C’est au tour d’une Américaine, miss Shelby, de se frotter, en mars 1886, à la vindicte belliqueuse d’Astié de Valsayre. Lors d’une conversation, la féministe américaine affirme la supériorité dés doctoresses françaises sur les doctoresses américaines. Comme Astié de Valsayre conteste l’affirmation, elle la traite d’idiote ; la française lui jette alors son gant au visage. Elles conviennent de régler leur différend à l’épée, sur le champ de bataille de Waterloo (Belgique). N’ayant pas trouvé de français acceptant ce rôle, les quatre témoins seront tous américains. Au second engagement, l’Américaine a été légèrement touchée au bras ; puis elle présente ses excuses à Astié de Valsayre, qui salue alors la noblesse de son comportement.

Un mois plus tard, elle s’en prend à la maréchale Booth, anglaise et responsable en France de l'Armée du Salut. Elle lui reproche les « doctrines pernicieuses » de son organisation et lui intime de quitter la France ou d’accepter son défi. La missionnaire protestante refuse de se battre, et se dérobe également au débat public que la militante laïque française veut lui imposer.

Quelques semaines après, Astié de Valsayre tint seule, et devant un petit public, une conférence sur L’escrime et la femme mettait en avant son opinion que la pratique de l’escrime contribuait à leur réhabilitation physique tout en renforçant leur rôle central de leur mission en tant que mères.

Une pétition contre « l’abus des droits paternels » est adressée à la chambre des députés en janvier 1887 par Maria Martin, militante féministe qui la signe au nom du « suffrage des femmes », et Astié de Valsayre, qui s’exprime « pour les mères de France. »

C’est toujours sous la forme pétitionnaire auprès des élus du peuple que Astié de Valsayre soulève, en juillet 1887 une autre question qui va provoquer une considérable masse d’articles dans la presse. Elle y demande, pour les femmes, « la liberté du costume ». L’assemblée charge une commission d’étudier les arguments. Elle explique : « Dans toutes les bagarres de terre ou d'eau, la femme, en raison de son costume, est une victime prédestinée à la mort, et les accidents de tramways survenant pour le même motif sont quotidiens. À la seule pensée des malheureuses ainsi empêchées de fuir lors de l'incendie de l'Opéra-Comique, il semble logique et humain d'éliminer la loi routinière qui interdit aux femmes de porter le costume masculin, tout aussi décent, quoi qu'on en puisse dire, surtout incontestablement plus hygiénique. Au nom de celles qui ne sont pas esclaves du luxe, je viens vous prier, messieurs, de bien vouloir décréter la liberté du costume, liberté qui, après tout, ne peut nuire à personne. »

Un an plus tard, la 17e commission de la Chambre des députés considère « qu'il n'y a pas matière à œuvre législative » du fait que « Aucune loi n'impose aux femmes les vêtements compliqués dont elle se recouvrent et le port de l'habit masculin n'est interdit aux femmes que par mesure de police. »

Poursuivant son engagement, Astié de Valsayre rejoint une des premières organisations socialistes, l'union fédérative du centre, adhérente à la Fédération des Travailleurs socialistes de France (FTSF). Elle participe au congrès d’août 1887 en tant que déléguée du groupe le Droit des femmes, qui se présente comme une société du suffrage des femmes. Elle intervient pour défendre l’existence de l'Assistance publique, en se félicitant de sa laïcisation. La FTSF, de tendance possibiliste, est dirigée par Paul Brousse. Astié de Valsayre interviendra désormais régulièrement dans ses débats.

A suivre

Astié de Valsayre

 

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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 29/07/2023)

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Marie Rose Astié de Valsayre, qui était mère d’un garçon de deux ans et venait de perdre une fille de quatre mois, était sans doute encore professeure de musique. Elle décide de s’engager auprès des troupes françaises combattant l’avancée des allemands en tant qu’ambulancière. Lors des combats sur le plateau d'Avron (Seine, act. Seine-Saint-Denis), qui durèrent d’octobre à décembre 1870, elle est a eu le lobe de l'oreille entamé par une balle. Elle en gardera une surdité partielle.

Il est probable qu’elle ne s’est pas impliquée dans la Commune de Paris, le régime socialiste qui prit le contrôle de la ville en refusant la capitulation devant les troupes germaniques. Mais elle est liée à Henry Louis Champy, ouvrier coutelier, élu au Conseil de la Commune, déporté en Nouvelle-Calédonie après la défaite de l’insurrection en mai 1871. À son retour, il adhère au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Plusieurs dizaines de journaux les prétendirent mariés en 1891, ce qu’elle démentit.

En avril 1872, Astié de Valsayre donne naissance à son quatrième enfant.

Si les compositions musicales de celle qui se faisait alors appeler Marie de Valsayre lui avaient déjà apporté une certaine notoriété, ce sont ces études qui la mirent en avant dans la presse parisienne. En novembre 1874, venant de recevoir un certificat de grammaire, elle se présente devant une commission d’inspecteurs de l'Académie, parmi 36 candidats, pour suivre un cursus médical. Son examen a porté sur l’appréciation critique du Misanthrope, pièce de Molière. Le Soleil indique qu’il y eut dix reçus et qu’elle fut « en première ligne ». C’était quelques années plus tôt, en 1868, que le droit de s’inscrire pour des études médicales avait été ouvert aux femmes, mais aucune n’avait encore été diplômée comme médecin. Astié de Valsayre publia une brochure en 1874, Certificat de grammaire, à l’usage des officiers de santé et pharmaciens, qui était une sorte de guide pour préparer l’examen.

Pendant une dissection dans un cours d'anatomie, elle se piqua et fut amputée d'une phalange de la main gauche. Une autre agression vint, en juillet 1878, d’un chien enragé qui la mordit aux deux mains. Elle cautérisa elle-même les plaies au fer rouge, avec l’aide de son mari, le docteur Astié. Ce sont cependant les suites de sa blessure de guerre qui la conduisirent à abandonner, en 1879, la voie qui aurait pu l’amener au titre de docteur. Camille Delaville, dans Le Constitutionnel (1887/02/14) explique : « Mme Astié est fort savante, mais sourde, elle n'entend que la moitié des questions des examinateurs et aime mieux être refusée que d'avouer cette innocente infirmité. »

Cependant, ayant réussi les trois années de scolarité requises, elle eut le titre d’officier de santé, équivalent à celui d’infirmier actuellement et put exercer comme sage-femme.

Elle se tourne vers la presse, devenant secrétaire d’Émile de Girardin, patron du quotidien La Presse. Elle écrit également des articles scientifiques dans Civilisation, par exemple en 1880 sur le Père Galien d'Avignon, sous le titre La Science et le clergé, ou sur l’astronome allemand Pierre Ungeschick. L’hebdomadaire La Femme de France publie un texte d’elle sur La Femme et la science, en septembre 1879. Elle soutient que « être mère de par la nature, c’est-à-dire involontairement, n’est rien ; tandis qu’être mère de par l’instruction est une œuvre grandiose » et elle appelle : « mes sœurs, continuez à secouer le joug avilissant de l’homme ! » Un de ses lecteurs s’étonne « Mme Astié de Valsayre ne serait-elle pas un homme caché sous un pseudonyme féminin ? Je dois vous l’avouer, j’ai fait une enquête dans votre quartier ; j’ai appris que vous existiez réellement, ce qui m’a stupéfié. »

Les publications scientifiques se poursuivent, sur la Cuisine physiologique en juin 1880 puis une tentative en anthropologie au sujet du Croisement des races en octobre la même année.

Astié de Valsayre est associée aux travaux du groupe de l'enseignement secondaire des jeunes filles, qui fait suite à l’adoption en décembre 1880 de la proposition de loi du député Camille Sée. Le texte législatif institue les collèges et lycées publics de jeunes filles, mais « les dispense de certaines études pour faire place aux travaux et aux occupations de leur sexe ». Les langues mortes sont exclues, la morale tient lieu de philosophie et l'enseignement scientifique reste élémentaire. Au contraire, Astié de Valsayre dépose en mars 1883 un Mémoire sur l'enseignement secondaire des jeunes filles et la question du latin, plaidant pour leur accès à un baccalauréat identique à celui des garçons. Elle envoie en mai 1883 aux députés un Mémoire sur l'utilité de l'enseignement de grammaire dans l'instruction de la femme. Elle explique que, malgré son titre universitaire, on ne lui permet pas d’enseigner aux jeunes filles. Elle soutient également que, si ces dernières pouvaient apprendre le latin, on cesserait de les discriminer en matière salariale dans les institutions éducatives.

Sous un pseudonyme masculin, Jehan des Étrivières, Astié de Valsayre publie en 1882 un pamphlet, Les Amazones du siècle, sous-titré les Gueulardes de Gambetta. Elle y attaque Louise Michel, Léonie Rouzade ou Eugénie Potonié-Pierre, toutes féministes dont elle sera ensuite proche. En décembre 1885, après de vifs échanges, elle reconnaîtra dans L’Événement qu’elle les avait « sottement attaquées. »

À suivre

Astié de Valsayre

 

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20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 10:54

Mise à jour de la biographie publiée le 12/03/2022

Adolphe Alexandre Clément naît le 11 décembre 1864 à La Ferté-Saint-Cyr (Loir-et-Cher). Il est le fils de Philomène Blanchard et de son époux, Adolphe Blaise Clément, marchand de charbon. Ils vivent au faubourg de Bretagne.

Son père meurt en octobre 1874, lorsque Adolphe a 9 ans. Sa mère se remarie en juin 1877 à La Ferté-Saint-Cyr avec Silvain Jean Pierre Lecomte, vigneron dans le village voisin de Montlivault, mais décède à son tour en avril 1880 à La Ferté, son fils ayant 15 ans.

En 1876, le jeune Adolphe n’était pas recensé à La Ferté-Saint-Cyr où sa mère résidait avec ses trois autres enfants. Il est recensé pour ses obligations militaires en 1884 et réside alors à Melun (Seine-et-Marne), où il est garçon épicier. En tant que fils aîné d’orphelins (deux frères et une sœur), il est dispensé de service militaire. Il fait cependant plusieurs périodes dans la réserve de l’armée en avril 1888, avril 1891, octobre 1897 et mai-juin 1900.

Il réside à Paris et Neuilly-sur-Seine entre 1886 et 1891. Devenu employé de commerce et vivant en 1893 à Saint-Denis (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Lannes, Adolphe Clément y épouse en mai 1894 Marie Goutal, domestique, native du Cantal. Ils s’installent à Paris (18e arr.) où ils exploitent une épicerie, rue Jean-Robert. Ils ont un commerce à Stains (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Carnot en 1898 puis en 1902 dans le même département à Montreuil.

En 1911, ils sont à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où ils sont toujours épiciers, rue de Paris, dans le centre-ville, à proximité de la gare. Après la première guerre mondiale, ils déménagent pour la rue du Viaduc, dans le même quartier, où ils vont créer un hôtel meublé.

Lors des élections municipales de mai 1925 à Joinville, Adolphe Clément est candidat sur la liste du maire sortant, Henri Vel-Durand (radical dissident), qui a le soutien des mouvements libéraux et conservateurs de la ville. Le programme de la liste vouait l’application des lois de laïcité « sans rigueur et sans sectarisme », le maintien de l’octroi pour l’entrée des marchandises à Joinville et des économies dans les dépenses budgétaires. Face à une liste du cartel des gauches (radicaux-socialistes, socialistes SFIO et socialistes indépendants), qui obtient 28,4% des suffrages exprimés et une liste communiste, qui a 21,1%, la liste des sortants arrive nettement en tête avec 47,5%. Au second tour, elle remporte les 27 sièges à pourvoir et Clément est élu conseiller municipal. Vel-Durand est réélu maire. Après son décès, il est remplacé en octobre 1928 par Stephen Durande (conservateur).

Au cours du scrutin de mai 1929, il n’est pas candidat.

Adolphe Clément meurt le 22 janvier 1938 à Joinville. Il était âgé de 74 ans et père de deux enfants.

Il n’a pas de lien familial avec Édouard Clément (1843-1922), président de société musicale et candidat de centre-droit aux élections municipales de Joinville-le-Pont (1904-1911) ni avec Lucien Clément (1885-1955), conseiller municipal conservateur de la même ville (1934-1944).

Joinville-le-Pont, rue de Paris, l'épicerie Clément est sur la droite

 

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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 00:01

Suite de la reprise de la biographie parue 28/06/2022

En 1939, le peintre Jean Lauze, qui a quitté l’Espagne, où il combattait aux côté des communistes, est de nouveau à Alger. Au déclenchement de la deuxième guerre mondiale, il est mobilisé en septembre 1939 dans le 27e escadron du train des équipages. Il est démobilisé le 10 avril 1940. À Alger, il va notamment retrouver Bernasconi et Tona qui y reviennent également. Il réside en 1941 chez Bernasconi, rue Lys du Pac.

Une exposition personnelle de Jean Lauze est organisée en mars 1941, à la Galerie Pompadour, rue Michelet, en plein centre d’Alger L’Écho d’Alger apprécie : « Ses vues du port d'Alger, traitées dans une harmonie finement nuancée dans les gris, présentent des qualités de construction et de couleur fort appréciables. »

Il participe, dans la même galerie, en juillet 1941 à une exposition de groupe où l’on retrouve Bernasconi et Tona ainsi que E. Gross, Icart-Vernet, R. Domon et Barbichon.

En décembre de la même année, Jean Lauze fait une seconde exposition individuelle dans le même lieu. L'Écho d'Alger aime sa Vue de Kouba : « arbres à contre-jour comme auréolés, au ciel s'épanouissant en blancheur au-dessous de la basilique : c'est un matinal moment de limpidité, d'enfance, d'élection. »

On retrouve Lauze, Tona et Bernasconi, toujours à La Pompadour à Noël 1941, cette fois avec Mlle Paté, Mme Eug. Spielman, Louise Bosserdet, Terracciano, Ventre, Ferrari et Reynier, qui constituent selon La Dépêche algérienne « Un groupe de jeunes a mis en commun ses efforts et ses espoirs. »

Le 42e Salon des artistes algériens et orientalistes, en avril 1942 subit une profonde transformation par rapport aux éditions précédents. L'Écho d'Alger y voit un « fameux progrès », décrivant l’évènement comme « une intéressante mostra provinciale », et attire l'attention notamment sur les envois de Bernasconi et Lauze. Le mois suivant, tous les deux sont également partie prenante du premier Salon des petits tableaux, dans la salle de l’Artisan du Home, encore à Alger.

Une troisième présentation individuelle des œuvres de Jean Lauze se fait, en février 1943, à la Galerie du Minaret d’Alger. Il est qualifié de « peintre populaire de la réalité » et L'Écho d'Alger lui réserve de nouveau un accueil favorable, considérant que le Séminaire de Kouba est « baigné d'une lumière véritablement spirituelle » ou que les Terrasses d'Alger sont « d'un si juste sentiment spatial. »

En juillet 1943, Jean Lauze est rappelé pour combattre au sein des Forces françaises libres. Il est affecté au 27e régiment du train des équipages. La commission de révision, réunie à Blida (Algérie) en juin 1944 le retire des combattants pour l’affecter à un services auxiliaire, du fait des « séquelles de pleurésie purulente gauche ayant évolué en 1920 ». Il reçoit une affectation spéciale pour le deuxième semestre 1944 au titre du commissariat à l’information. Il est dessinateur Office français d’édition (Rafales), installé dans le lycée Fromentin d’Alger, sur décision du commissariat à la guerre. Dans le cadre de ses fonctions, il rencontre l’écrivain et résistant André Malraux, selon Laurent Ghirardi, son petit-neveu. Il est démobilisé fin juin 1945.

Après la fin de l’occupation allemande, Jean Lauze revient en France métropolitaine et est présenté, en juillet 1945, dans la Galerie de la Cité, quai de l’Horloge à Paris (1er arr.). Le quotidien de Louis Aragon, Ce Soir, apprécie : « Les ciels clairs, une mer bleue, le toit blanc de la mosquée, tout cela est vu avec amour ». À l’insu de son mari, Marguerite Lauze écrit à Picasso pour l’inviter au vernissage, lui rappelant que Jean Lauze avait rapporté à Picasso un dessin que lui avait confié leur ami commun, Soto. Elle met en avant le fait que son époux et elle sont membres du parti communiste.

En 1954, Jean Lauze vit dans le 20e arrondissement de Paris, rue de la Py. Il semble conserver ses relations avec le parti communiste et choisit son quotidien, L’Humanité, pour publier une petite annonce de vente de moto en avril cette année-là.

François Jean Lauze meurt le 22 janvier 1957 à Villejuif (Seine, act. Val-de-Marne), où il est hospitalisé à cause d’un cancer, selon sa famille. Il est inhumé, deux mois plus tard, au cimetière de Charonne à Paris (20e arr.).

Fin

Jean Lauze, Le Port d’Alger et la mosquée de la Pêcherie

 

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 00:01

Début de la reprise de la biographie parue 28/06/2022

François Jean Lauze naît le 31 décembre 1904 à Mustapha, commune de l’agglomération d’Alger (Algérie). Ses parents sont Marie Duteil et son mari François Lauze. Son père est infirmier, employé comme concierge à l’hôpital civil de Mustapha. Ils sont domiciliés avenue dans l’établissement.

François Lauze (1857-1919), originaire de l’Aude, a été soldat dans le corps expéditionnaire français en Algérie (1881-1882). Il est responsable d’associations horticoles et d’originaires de son département natal, franc-maçon.

La mère de Jean meurt en février 1906 lorsqu’il a un an ; son frère aîné Gaston disparaît quelques mois plus tard, à 15 ans, et sa sœur Marguerite l’année suivante, au même âge. Son père décède dans un accident ferroviaire en novembre 1919, à Rouïba, dans la banlieue d’Alger. Jean a alors 14 ans. Son frère Pierre, qui a 23 ans, devient son tuteur légal.

Lors d’un premier recensement en vue du service militaire, en 1923, Jean Lauze est ajourné pour « faiblesse » ; en 1925, il est exempté, du fait d’une « faiblesse irrémédiable ». Il sera pourtant reclassé en septembre 1928 comme pouvant faire un service armé, bien que soit mentionné une « constitution moyenne » avec un poids de 50 kilos et une taille de 1 mètre 63 ; il ne paraît pas avoir été reconvoqué pour remplir ses obligations militaires.

D’abord attiré par la sculpture, Jean Lauze fait des études à l’école des Beaux-Arts d’Alger, où il est inscrit en 1923. Il obtient un premier prix de modelage en juin 1924. Il s’oriente ensuite vers la peinture et le dessin et s'inscrit à l'académie Arts, rue Burdeau, que fondent en 1926 deux catalans diplômés de l'école des Beaux-Arts de Barcelone, le peintre Alfred Figueras et le sculpteur et affichiste Rafel Tona.

La première exposition en tant que peintre de Jean Lauze se fait avec deux autres jeunes artistes, Roger Domon et Louis Bernasconi, en décembre 1927, salle Lacroix, rue des Chevaliers-de-Malte, à Alger. La presse apprécie son travail pour son originalité. La Vie algérienne commente « Son Fort l'Empereur, sujet ingrat et inattendu, montre l'effort d'un jeune peintre devant la nature. L'inévitable Jardin d'essais est représenté par un bouquet de palmiers plein de poésie, traité presqu'en grisaille ». L’Écho d’Alger commente : « Leur peinture est spontanée, claire de conception, naturellement distinguée (…) . Lauze fait preuve d'une vision sensible et d'un sentiment exact des valeurs, surtout dans sa Vue de la darse dont il faut apprécier les premiers plans solidement établis et sa Nature morte qui témoigne d'une décision déjà remarquable. Mais mes préférences vont à sa Banlieue par ce qu'elle présente de sensibilité et d'harmonie dans son écriture simple et expressive. (…) Enfin, chez tous trois, mieux que des promesses. »

Louis Bernasconi et Lauze sont très liés ; le dentiste, amateur d’art et peintre Georges Ollivier, qui les accueille très souvent dans sa maison, les appelle « les deux Ajax ». Ils se lient à Rafel Tona, qui est a fait un tour d’Afrique du Nord.

En 1929, Bernasconi. Lauze et Tona partent ensemble pour Paris. Il vit d’abord dans le cinquième arrondissement, rue de l’Abbé de l’Épée. En 1931, les trois peintres sont recensés ensemble à la pension tenue par Victorine Durand et ses deux filles, rue du Chemin-Vert à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne). Lauze et Bernasconi déclarent lors du recensement de cette année-là, qu’ils travaillent comme peintres pour les studios de cinéma Paramount, qui sont installés dans la commune, à la limite de Joinville-le-Pont. Quant à Tona, il indique être employé pour l’exposition coloniale internationale de Paris qui se tient dans le bois de Vincennes de mai à novembre 1931. Joinville comme Saint-Maurice sont limitrophes du bois. La pension Durand accueille également plusieurs autres collaborateurs des studios Paramount, dont la fille cadette de la logeuse, qui est habilleuse, une traductrice, un autre peintre (Lucien Le Glau) et un machiniste.

En avril 1931 Jean Lauze, qui assure résider rue du Pont à Joinville, épouse dans cette ville, Marguerite Paule Tribondeau, secrétaire dans une société cinématographique et syndicaliste. Ils s’installent d’abord route de Villiers, dans la commune voisine de Champigny-sur-Marne, puis en 1936 sont domiciliés avenue Jean-Jaurès, de nouveau à Joinville, dans le centre-ville. Lauze travaille comme décorateur, selon les indications du recensement de 1936, sans doute pour les studios de cinémas Paramount (où travaillent aussi son épouse et Bernasconi) ou ceux de Pathé à Joinville (où a officié Tona)

Le même jour que Jean Lauze se marie avec Marguerite Tribondeau, et à Joinville aussi, Rafel Tona convole avec Paule Tribondeau, la sœur cadette de Marguerite.

Comme son épouse, Jean Lauze, qui est membre du parti communiste et militante syndicaliste, s’engage dans l’action politique. Il se rend à Barcelone, en Espagne, avec son épouse, où ils arrivent le 4 mai 1937 et, selon celle-ci, participe à la guerre d’Espagne dans le cadre des Brigades internationales. Il retrouve certainement Rafel Tona, qui est revenu dans son lieu de naissance, a ouvert une agence publicitaire et participe activement à la propagande de la formation communiste locale, le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC). Marguerite Lauze, est secrétaire du représentant du parti communiste français auprès du PSUC.

Jean Lauze se lie avec Àngel Fernández de Soto, secrétaire du Syndicat des artistes, peintres et sculpteurs Catalogne et ami de Pablo Picasso. Jean Lauze prend part, en février 1937 dans la capitale catalane, à une exposition antifasciste intitulée No pasaran !

À suivre

Jean Lauze (à g.), devant son frère Pierre, à côté de son père François et de sa sœur Jeanne, arch. fam.

 

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17 mars 2026 2 17 /03 /mars /2026 00:01

Henri Stanislas Parisot naît le 25 septembre 1822 à Paris (6e arr.). Il est le fils de Marie Caroline Marchal et de son époux, Joseph Parisot. Son père est un ébéniste et passementier (producteur et vendeur d’ornements textiles ou décoratifs) forain. Henri Parisot travaille comme ébéniste et vit rue de la Tixéranderie (7e arr., rue aujourd’hui disparue quand la rue de Rivoli a été tracée).

Lors de son premier mariage, en juin 1844 à Paris (4e arr., quartier de Saint-Merry), il dit exercer le métier de passementier. Il prend pour femme une très jeune fille, Clara Augustine Letellier, couturière, âgée de 16 ans. Ils sont installés rue de la Vieille-Tannerie (4e arr.). La mariée meurt à peine un an plus tard, en juillet 1845, elle a alors 17 ans et ils sont domiciliés rue Moreau (8e arr.).

Retourné vivre chez sa mère, qui est séparée de son père, rue de la Coutellerie (7e arr.), Henri Parisot, qui se déclare de nouveau ébéniste, se remarie en mars 1846 à Paris (7e arr.) avec Delphine Jeanne Gachet, marchande de quatre saisons dans la même rue. Peu après leurs noces, ils s’orientent vers des activités artistiques. Selon le quotidien Le Droit (22 avril 1859) « En 1847, Stanislas Parisot était chanteur comique dans un de ces cafés où les consommateurs sont obligés, bon gré mal gré, d’avaler avec leur limonade ou leur grog, une romance, une cavatine ou une chansonnette » ; son épouse est également devenue musicienne.

Au cours de cette même année 1847, rencontre Marguerite Choland, épouse de Jean Pierre Doumene, dont elle a un fils, sourd-muet ; elle est sensiblement plus âgée qu’Henri, ayant alors environ 44 ans, quand il en a 25. Tous les deux quittent leurs conjoints et vivent ensemble avec l’enfant.

Mme Doumene gagnait alors sa vie comme culottière et, suivant l’enseignement de Parisot, devient comédienne. Lui se réoriente vers la prestidigitation ; grâce à l’épargne de sa compagne, le couple achète une grande voiture de saltimbanque et tout le matériel nécessaire pour se produire dans les fêtes et les foires.

S’ils poursuivent leur relation jusqu’à la fin des années 1850, elle ne semble pas exclusive, puisqu’en septembre 1856, à Marseille, Henri Parisot déclare à l’état-civil la naissance d’un fils de son épouse légitime. Il se présente comme ébéniste et indique qu’il réside avec son épouse Grand Chemin d’Aix.

La rupture des relations entre Parisot et Marguerite Doumene donne lieu à un procès en avril 1859 devant le Tribunal civil de la Seine à Paris. Il demande que le matériel de l’activité foraine lui soit attribué, tandis que Marguerite accepte de le lui donner, à condition qu’il revienne vivre avec elle ; Les juges rejettent la revendication Parisot et le condamne aux dépens. Les échanges de lettres entre les deux anciens compagnons, publiées par Le Droit, sont reprises dans l’hebdomadaire L'Illustration. Les deux journaux ont, semble-t-il, scrupuleusement respecté l’orthographe. Le chroniqueur de ce dernier titre, Henrys, commente, considérant que les deux ont répondu au « cri de l’indépendance bohémienne ». Lorsque Marguerite fut abandonnée pour « les yeux d’une autre belle », elle « écrivit à l’infidèle une lettre capable d’attendrir un rocher, et ornée d’une orthographe à tirer les larmes des yeux ». Il cite la conclusion : « Mon bien aimés jatans un peus despoir ce qui me fera survivre quelque jour de plus ta femme celle qui taime jusque au tonbaux. Margeurite. Tu ces que rin que nous deux pouvons gagnes de largens tu le cet demain ci tu veux, tu le cet tu ne peut travailles avec dautre comme à nous deux. »

Au cours des années 1880, la carrière de Parisot atteint un sommet. S’il joue principalement dans la banlieue parisienne, il a des admirateurs en province. Ainsi, en le Journal de Fourmies, raconte en juillet 1882, sous la plume de B. Delbos : « Heureux l'arrondissement où Parisot, dit Papillon, installera son théâtre. (…) Quand les enfants de Châtillon, ou d'Arcueil-Cachan, ou de Villejuif, le voient arriver avec sa caravane de guimbardes bariolées, trainées par des rosses étiques, ils crient : « vive Papillon ! vive notre Papillon ! » (…) Depuis plus de trente ans qu'il fait les fêles des environs de Paris, il n'a eu que des succès. (…) Cet homme commande à quatorze artistes de drame et de comédie, à une dizaine de musiciens (…),  à trois ou quatre pitres et à une demi-douzaine de danseuses ; ce grand homme ne rougit pas d'opérer lui-même. Il fait la parade devant le théâtre, il danse, il cabriole, il lâche d'épouvantables calembours (…) Aussi peut-il se permettre avec ce peuple reconnaissant les plus audacieuses privautés. C'est lui qui disait, l'an dernier, aux naturels d'Aubervilliers-Ies-Verlus : ‘’Entrez à la Grâce de Dieu, entrez, entrez ! Si vous ne pleurez pas comme des veaux, je vous prouverai que vous êtes des ânes’’. Allez, la musique ! »

En mai 1897, le Journal de Saint-Denis salue le Théâtre Papillon, habitué de la fête du Landy dans cette commune : « l’interprétation est irréprochable et M. Parisot est entouré d’une pléiade d’artistes de talent dont les états de service sur les principaux théâtres sont une nouvelle garantie de succès ». Le Figaro, en juillet la même année remarque le « chauvinisme » d’une de ses pièces, Les Martyrs de Strasbourg ou l’Alsace en 1870.

La Presse, autre quotidien parisien, commente : « Au-delà des fortifications, nous signalerons la présence de deux estimables théâtres forains, très connus dans la banlieue parisienne, le théâtre des Beaux-Arts et le théâtre Papillon, qui font de louables efforts pour donner à leur clientèle l'idée des pièces en vogue du répertoire moderne. »

Henri Parisot meurt le 3 juillet 1899 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il donnait probablement une représentation dans le cadre des fêtes de la ville. Il était domicilié à Montreuil-sous-Bois (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Grimaud-Carrel. Veuf pour la deuxième fois depuis février 1892, il était père d’un enfant et avait six petits-enfants.

Sa disparition fut mentionnée dans de nombreux journaux. La Presse titre La fin d'un banquiste (terme désignant alors les saltimbanques) et assure « Il savait faire rire jusqu'aux larmes ses auditeurs ». La Justice voit en lui « le pitre qui pendant plus de soixante ans réjouit tous les amateurs de parade » et relève que ses obsèques ont eu lieu à Joinville au milieu d'une grande affluence de personnes. Le Petit Journal rend hommage à « un vieux forain connu de toutes les populations de la banlieue parisienne ». Pour Le Gaulois, il était le doyen de la banque et « Personne mieux que le père Papillon ne savait adresser un boniment au public. »

Un spectacle musical, Mamzelle Pioupiou, d’Alexandre Bisson sur une partition de Jean-Baptiste William Chaumet, s’inspire d’Henri Parisot, reprenant même son pseudonyme. Le quotidien Le Soleil rend compte de la première en juin 1889, au théâtre de la Porte Saint-Martin : « L’illustre Papillon, banquiste, jongleur et prestidigitateur, promène par le monde une maigre troupe de paillasses et hercules de la décadence. »

Affiche de Mamzelle Pioupiou, s’inspirant de la vie d’Henri Parisot

 

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 00:01

François Lauze naît le 20 mai 1857 à Saint-Julia-de-Bec (Aude). Il est le fils d’Anne Rougé et de son mari Jean Baptiste Lauze. Son père est cordonnier ; selon son arrière-arrière-petit-fils, Laurent Ghirardi, en tant qu’artisan, le cordonnier Lauze « demandait à ses ouvriers qu'ils changent chaque semaine de main pour travailler afin qu'en cas d'accident ils puissent continuer à travailler. »

Lors de son enregistrement pour ses obligations militaires en 1877, François Lauze est noté comme étant de religion catholique et exerçant aussi la profession de cordonnier dans le village de Fitou (Aude). Il va faire quatre ans de service, étant incorporé à Narbonne au sein du 81e régiment d'infanterie en novembre 1878. Il part avec son unité en avril 1881 en Algérie où, selon son livret militaire, il « A fait partie des colonnes appelées à réprimer les mouvements insurrectionnels sur le territoire algérien ». Il revient en métropole en novembre 1882 et est démobilisé le mois suivant.

Reparti en Algérie à titre personnel, il est domicilié en 1883 à Souk-Ahras, dans la province de Constantine. Il rejoint rapidement Alger où il est élève infirmier de l’école professionnelle située dans l'hôpital de Mustapha, commune de l’agglomération algéroise. Il est promu infirmier de 1e classe en novembre 1887. Il va effectuer toute sa carrière au sein de cet établissement civil, exerçant depuis au moins 1892 la fonction de concierge. Selon Laurent Ghirardi (son arrière-petit-fils), il était de ce fait « une personne importante, des personnes s'adressaient à lui par courrier pour obtenir un rendez-vous auprès de médecins de l'hôpital ! »

En août 1888 François Lauze épouse à Mustapha Marie Duteil, couturière, qui vit dans la même ville et est originaire de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Ils résident au sein même de l’hôpital.

La cinquième pandémie de choléra, qui se déclenche en 1881 dans le delta du Bengale (Inde) se propage en Afrique et en Europe et arrive en Algérie en 1896. François Lauze est chargé de la garde de l'ambulant d'El-Kettar (quartier d’Alger, situé au-dessus de Bab El Oued). Il obtiendra pour cela la médaille de bronze des Épidémies en août 1896.

Chargé de la garde de l’établissement civil le plus important d’Algérie, François Lauze se prend d’intérêt à l’aménagement de son espace. Il adhère en 1895 à la Société d’horticulture d’Alger et sera l’un des fondateurs de l’Amicale des jardiniers et horticulteurs. Le quotidien La Dépêche algérienne décrit ainsi son rôle (9 août 1898) : « le concierge, M. François Lauze, qui entretient avec un soin jaloux les deux petits parterres situés à l’entrée même de l'hôpital. Chaque saison est un changement de décor et la mise en scène est aussi brillante que variée. Roses au printemps, verveines, hibiscus, cannas en été, chrysanthèmes en automne et pensées en hiver, attirent les regards des passants, malades ou visiteurs, qui ne peuvent s’empêcher d’admirer le bon goût de M. Lauze et le féliciter de son savoir en horticulture. »

François Lauze tenait également la buvette de l’hôpital « ce qui lui permettait de connaître beaucoup de personnes et surtout d’augmenter ses revenus », selon Laurent Ghirardi.

Dans le domaine social, François Lauze est mis en cause en février 1899 par le quotidien antisémite L'Express algérien qui prend le titre de L’Antijuif, qui lui reproche de réunir les ligueurs dans une des salles de la mairie de Mustapha ; la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen a été fondé l’année précédente, dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Mais, affichant également son patriotisme, François Lauze souscrit, le même mois pour la construction du sous-marin « L’Algérie » destiné à la marine nationale. Il est en avril 1899 secrétaire du conseil d'administration de la Bourse du travail de Mustapha, le regroupement local des syndicats. Il est l’un des sociétaires de l'Association amicale et de prévoyance des employés civils de l'Algérie en 1911. Il sera en 1919 président du Syndicat des travailleurs de l’Assistance publique.

Lauze s’engage également dans de très nombreuses autres activités civiques. Depuis 1895 et jusqu’au moins 1906, il est membre de la Société protectrice des animaux. En 1919, il est vice-président de la Société coopérative des patrons limonadiers La Fourmilière, également vice-président de la Société amicale Les Enfants de l’Aude.

Parallèlement à son engagement social, François Lauze est franc-maçon et participe aux travaux de la loge Le Delta dont il est mentionné comme participant en 1906 et le reste en 1919.

Du fait de son statut social, les deuils familiaux qui touchent François Lauze son largement relayés, en particulier dans la franc-maçonnerie. C’est le cas du décès de son épouse, en février 1906, de son fils aîné Gaston en septembre 1906 puis de son deuxième enfant, sa fille Marguerite en mai 1907. À la disparition de sa femme, François Lauze avait la charge de cinq enfants, dont le plus jeune, Jean, alors âgé de deux ans, va devenir peintre.

Libéré des obligations militaires depuis novembre 1903, François Lauze n’est pas mobilisé pendant la première guerre mondiale ; son deuxième fils, Pierre, sert dans l’aviation.

François Lauze meurt le 27 novembre 1919 à Kouba, commune de la proche banlieue sud-est d'Alger, dans un accident ferroviaire.

Plusieurs articles rendent compte de l’accident, notamment dans les quotidiens algérois La Dépêche algérienne, L’Écho d’Alger et Les Nouvelles. Selon leur récit, François Lauze rendait visite à sa fille Jeanne, institutrice un jeudi (jour non travaillé dans les écoles) à Beni-Amrane, ville kabyle à une soixantaine de kilomètres d’Alger. En arrivant en gare de Rouïba, aidant une jeune fille à descendre des paquets, il fait une chute, et est écrasé par un wagon. Outre le faire-part de la famille, six institutions rendent compte du décès dans la presse le même jour : La Fourmilière, Les Enfants de l’Aude, la Société d’horticulture, l’Amicale des jardiniers, le Syndicat des travailleurs de l’Assistance publique et la loge maçonnique Le Delta.

Âgé de 62 ans, François Lauze était père de six enfants, dont trois étaient encore vivants. Il avait été décoré de la médaille de bronze de l’Assistance publique en décembre 1912.

François Lauze, arch. fam.

 

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11 mars 2026 3 11 /03 /mars /2026 00:01

Victor Auguste Quillerou naît le 31 mars 1891 à Caen. Il est le fils Marie Catherine Le Rolland et de son mari François Marie Quillerou. Son père, qui était laboureur à Maël-Pestivien (Côtes-du-Nord, act. Côtes-d'Armor), trois ans auparavant, est devenu employé du Chemin de fer de l’État et travaille à la gare principale de la préfecture du Calvados. La famille vit à proximité, rue de Vaucelles.

À 16 ans, Victor Quillerou, qui est d’assez petite taille (1 mètre 60), décide de s’engager dans la marine. Il signe un contrat en novembre 1907, alors qu’il aurait dû rejoindre le service militaire en 1912. Il est apprenti et devient mécanicien de 1ère classe en janvier 1910. Il passe treize mois en Indochine, d’octobre 1910 à novembre 1911 puis un mois au Maroc en septembre 1912.

Un grave incident marque l’année 1909. Blessé à la jambe, Victor Quillerou avait obtenu un congé de convalescence, qu’il passe dans sa famille à Caen. Le 2 avril, il se promène le soir en compagnie d’un élève-facteur à la gare, André Margantin et d’un garçon coiffeur, Louis Girault. Ils rencontrent un employé de la gare, Gabriel Langlois, qui titubait, complètement ivre, selon les comptes-rendus de presse. Les trois jeunes s’étaient emparés du montant de ses appointements touchés le jour même. Puis Louis Girault le poignarda. Il déclara ultérieurement qu'il avait voulu « essayer son couteau », qu’il avait acheté quelques jours plus tôt. Le 3 avril la brigade mobile, qui a été chargée de l’affaire, arrête Quillerou, Margantin et Girault.

Un procès est organisé à la Cour d'assises du Calvados en août 1909. Mais seul Louis Girault comparaît. Âgé de 18 ans, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Quillerou et Margantin ont probablement été mis hors de cause ; Quillerou retourne dans la marine et Margantin s’engage lui aussi, dès le mois de juin 1909, dans les troupes coloniales, servant notamment au Maroc. Ni le dossier militaire de Quillerou ni celui de Margantin ne contiennent de mention de condamnation, alors que la plupart du temps, les jugements sont mentionnés, même pour des amendes.

Quillerou est toujours dans la flotte au début de la première guerre mondiale. Il fait partie de l’équipage du cuirassé Marceau, mis en service en 1881 puis rénové en 1906, qui est alors utilisé comme navire-atelier et ravitailleur de sous-marins à Malte et à Corfou. Il est démobilisé fin décembre 1918.

Victor Quillerou rejoint son frère aîné Yves à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) dans le quartier de Polangis, avenue Jamin. Il épouse en janvier 1920 à Asnières (Seine, act. Hauts-de-Seine) Louise Victorine Roi, employée de commerce, dont les parents sont jardiniers dans cette ville.

Ils s’installent à 1922 Clichy-sur-Seine, rue des Cailloux, puis rejoignent la maison des beaux-parents à Asnières rue Saint-Denis avant de se fixer durablement rue Frère, dans la même cité. Victor Quillerou travaille comme chaudronnier pour la Société du Gaz puis pour l’entreprise Gnome & Rhône.

Victor Auguste Quillerou meurt le 3 octobre 1967 à Arpajon (‘Essonne). Il était retraité, veuf et père d’une fille. Il avait obtenu une médaille italienne pour sa participation à la première guerre mondiale.

Le cuirassé Marceau après sa rénovation en 1906 (Wikipédia)

 

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