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22 avril 2025 2 22 /04 /avril /2025 00:01

Nicolas Louis Dossunet naît le 20 janvier 1840 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Denise Étiennette Baillard et de son époux Louis Gabriel Alphonse Dossunet, alors adjoint puis éclusier au canal de Saint-Maur.

Louis Dossunet ouvre, probablement en 1858, un chantier de construction de bateaux de course et de promenade, à la voile et à l’aviron, situé dans la commune voisine de Joinville-le-Pont. En juillet 1861, il est nommé garde de navigation sur la Marne.

Le 3 novembre 1876, Louis Dossunet est, avec son frère Charles, un des fondateurs de la Société nautique de la Marne, un des plus grands clubs d’aviron de France, basée à Joinville, Il est nommé conservateur de son matériel, et est un des financeurs de son boat-house sur l’Île Fanac, avec un prêt accordé « à condition qu'aucun constructeur ne s'y installe ». En 1883, il est mentionné comme juge arbitre en compétition.

Lors de l’exposition universelle de 1878 à Paris, un des membres de la Commission belge de l'Exposition, Joseph Vanhove, également constructeur d'embarcations venant de Laeken (Belgique, act. région de Bruxelles-Capitale), décrit les œuvres du constructeur des bords de Marne : « J'ai particulièrement admiré les embarcations de M. Dossunet, qui se distinguent par leur élégance et leur jolie coupe. Ses gigs de courses, tous à bancs mobiles, sont entièrement perfectionnés, tant sous le rapport de la structure que de la vitesse. En les construisant longues et effilées offrant peu de résistance à l'air, M. Dossunet doit, me semble-t-il, avoir atteint le but de donner aux embarcations le plus de lancée possible. Ses gigs sont également bien achevés, le bois est du cèdre bien travaillé, bien uni, poncé et verni. Le constructeur a mis les taquets en dehors du bateau ; de cette façon l'aviron du rameur ayant plus de levier, celui-ci peut appliquer une force beaucoup plus grande, qu'il combine en même temps avec celle obtenue par le banc à coulisse. Ces gigs sont à la fois confortables et facilement maniables ; ils se démontent en trois pièces, qui peuvent se placer dans une caisse. L'assemblage se fait aisément au moyen de boulons ; un joint en caoutchouc empêche l'infiltration de l'eau. Par cette réduction de longueur, le transport par chemin de fer est plus commode, ne demande qu'un wagon, au lieu de trois, et coûte beaucoup moins cher. Les embarcations peuvent faire de longs voyages et ne souffrent pas du cahotement inhérent au transport ». Dossunet obtient une médaille d’or que le jury explique ainsi : « à cause de l'exécution véritablement supérieure de ses constructions. Les trois embarcations qu'il a exposées sont une œuvre artistique, pouvant rivaliser avantageusement avec ce que l'Angleterre fait de mieux en ce genre. »

De nouveau récepteur d’une médaille d’or à l’Exposition Internationale de Paris en 1879, L. Dossunet fait face à une grande demande, notamment des principales sociétés d'aviron. Il fait appel à l’architecte Léon Quatesous pour doubler la surface de ses ateliers, qui se remarquent notamment par leurs toits rouges. Il dépose des brevets pour protéger ses modèles, notamment en 1881 pour un « système de porte-rames, dit dames tournantes, devant s'appliquer à des bateaux à l'aviron ». Lors de l’exposition universelle de 1889 à Paris, il expose hors-catégorie. Le catalogue mentionne qu’il est « fournisseur des principaux cercles et sociétés nautiques en France et à l'étranger, des ministères des Travaux publics et des Beaux-arts, de la Ville de Paris et des Palais de Fontainebleau. »

Louis Dossunet loue, depuis les années 1880, une propriété qui lui appartient à Joinville-le-Pont, quai de la Marne, à Marie Henri Brégeot qui, sous les pseudonymes d’Henry Vaudémont, Gringoire ou Boule de Siam (notamment), collabore à une douzaine d’hebdomadaires, dans lesquels il évoque assez souvent le constructeur. Henry Vaudémont est un des responsables du groupe radical-socialiste de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux, un dirigeant de la fédération de la libre-pensée et un militant actif du mouvement coopératif. Il est également conseiller municipal de Joinville-le-Pont.

Le frère de Louis, Émile Dossunet, est associé au chantier, au moins depuis 1891. Louis Dossunet prend sa retraite de garde de navigation en février 1900. Le chantier produit, au début du 20e siècle, outre les traditionnels bateaux à rames et à voile, des embarcations motorisées qui sont alignées dans des courses, comme en 1904 à Monaco.

En avril 1902, Louis Dossunet, alors âgé de 62 ans, épouse à Joinville-le-Pont, Rose Jannot, fille d’une couturière de cette commune, qui a pour sa part 27 ans. Il meurt le 13 novembre 1905 à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne) ; son décès est déclaré par son frère Émile qui mentionne comme domicile l’écluse de Saint-Maur-des-Fossés. Il avait 65 ans et n’a pas eu d’enfant.

Décoré d’une médaille d’argent pour avoir « sauvé deux femmes qui se noyaient dans la Marne » en janvier 1872, il est attributaire d’une médaille d’honneur du service de la Marne pour ses 35 ans de service en octobre 1897.

Arch. Carré des Canotiers

 

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20 avril 2025 7 20 /04 /avril /2025 00:01

Pierre Lafont naît le 2 décembre 1844 à Vichel (Puy-de-Dôme). Il est le fils de Marie André (ou Andrieux) et de son époux Georges Lafont, cultivateurs ; ce dernier ne sait pas signer, comme les autres cultivateurs témoins de sa naissance. Leur patronyme est fréquemment orthographié Lafond et il est parfois désigné sous le prénom de Charles, qui ne figure pas à son état-civil.

En mai 1860, à quinze ans, après avoir été convaincu d’avoir commis un vol, il est enfermé deux ans en maison de correction. Il restera dans le viseur de la justice ensuite, condamné en décembre 1864 à deux mois de prison pour avoir donné des coups puis à 15 jours en janvier 1870 pour outrages. Il est possible qu’il ait fait un service militaire dans un régiment de zouaves.

En 1870, il vit avec sa famille à Paris (18e arr.), rue des Abbesses, où son père et lui sont brocanteurs. Il épouse en juillet, dans ce même arrondissement, Élisabeth (dite Élise) Rongier. Son épouse, âgée de seize ans, est également auvergnate, native de Haute-Loire, et est comme ses parents marchande de vin dans le même quartier de Montmartre.

Deux semaines après leurs noces, la guerre franco-allemande éclate. Elle conduira à la chute du second Empire le 2 septembre 1870 puis, à partir du 17 le même mois, au siège de Paris par les troupes germaniques jusqu’à l’armistice du 28 janvier 1871. Pierre Lafont s’engage dans la Garde nationale et sert, en tant que sergent, dans le 61e bataillon.

Il continua son activité pendant la Commune de Paris, mouvement insurrectionnel lancé en mars 1871 à l’initiative d’unités de la Garde qui refusaient la reddition aux armées allemandes des armes conservées à Paris et qui conduit à la mise en place d’un gouvernement révolutionnaire. Il est devenu capitaine et siège à la commission militaire du 18e arrondissement selon sa notice dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Jean Maitron.

Après la fin des combats le 28 mai 1871, Pierre Lafont quitte la capitale et rejoint la commune de banlieue Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) d’où il passe à Genève (Suisse). Il fréquente d’autres réfugiés, notamment au restaurant La Marmite sociale, dont Jacques Agier, menuisier et franc-maçon, qui fut un des meneurs de l’éphémère Commune de Saint-Étienne (Loire).

Ensemble, Jacques Agier et Pierre Lafont reviennent à Paris en janvier 1874 et vivent au domicile de Lafont, hébergés avec sa femme. Il reprend son activité de brocanteur, mais est arrêté le 26 mars suites aux informations transmises par les agents français présents à Genève. Il avait été condamné, par contumace, le 20 décembre 1873 à la déportation dans une enceinte fortifiée ; sa peine est modifiée le 9 mai 1874 et ramenée à un mois de prison. Agier avait été arrêté chez lui le 30 mars ; il sera jugé en mai par la cour d’assises du Puy-de-Dôme pour sa participation supposée à l’assassinat du préfet de la Loire, Henri de L'Espée, en mars 1871.

De nouveaux ennuis avec la justice vont ponctuer l’activité de brocante que Lafont continue d’exercer. En août 1874, il écope de cent francs d’amende pour vente d’armes de guerre ; en novembre 1876, ce sont quatre cents francs qui lui sont réclamés pour contravention à la loi sur le brocantage. L’épilogue se situe devant la cour d’assises de Seine-et-Oise, qui siège à Versailles (Seine-et-Oise, act. Yvelines) le 31 juillet 1883.

Entre septembre 1882 et janvier 1883, une bande de huit personnes, dont le chef était Garnier, a pénétré de nuit dans trente-trois édifices religieux catholiques et un protestant, essentiellement en région parisienne, pour y voler des objets précieux. Deux brocanteurs, dont Lafont, sont suspectés d’être les acheteurs des matières dérobées. Lafont est mis en cause pour le recel des objets provenant de seize églises. Lors de l’audience, selon le compte-rendu de presse, « il reconnaît que plusieurs des malfaiteurs lui ont vendu des matières d’or et d’argent, mais il soutient ce c’étaient des débris informes, dont il ne pouvait soupçonner la provenance ». Un des témoins évoque un échange avec la femme de Lafont : « S’il n’y avait pas de voleurs, comment ferait-on pour vivre ? », ce qui provoque des rires dans l’auditoire. Lafont était défendu par Me Léopold Cohen, avocat du barreau de Paris. Il est condamné à six ans de travaux forcés sans surveillance.

N'ayant pas fait de pourvoi en cassation, Lafont est écroué le 11 août 1883 puis embarque le 9 janvier 1884 sur le vaisseau Le Fontenoy, probablement depuis Brest (Finistère). Navire de guerre lancé en 1858, il avait servi de ponton-caserne pour les insurgés de la Commune de 1871 à 1872 puis, après l'enlèvement de ses machines à vapeur en 1878, était devenu un navire de transport à voile à partir de 1881.

Navire Le Fontenoy (Wikipédia)

Arrivé en Nouvelle-Calédonie, Lafont est transféré au bagne d’Île-Nou (act. presqu’île de Nouville, intégrée à la commune de Nouméa). Il exerce le métier d’effilocheur, c’est-à-dire qu’il récupère des déchets de laine ou des chiffons pour permettre qu’on en fasse du papier. L’administration pénitentiaire signale que sa conduite est bonne.

Pierre Lafont meurt le 27 janvier 1887 à Île-Nou. Il était âgé de 42 ans, était toujours marié et n’avait pas d’enfant. Son décès est transcrit en août 1896 sur les registres d’état-civil du 18e arrondissement de Paris.

Nouvelle-Calédonie, pénitencier de l'Île Nou (Gallica-BNF)

 

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18 avril 2025 5 18 /04 /avril /2025 00:01

Jacques André Antoine Vivier naît le 23 décembre 1841 à Pouillé (Vendée). Il est le fils de Jeanne Bodin et de son époux, Jacques Vivier. Ses parents sont tous deux vendéens, sont père étant d’abord tailleur d’habits puis journalier. Il meurt en août 1850, sept mois avant la naissance de son septième enfant, et alors que Jacques (qui est appelé Eugène dans la famille) est âgé de huit ans.

La mère de Jacques élève les enfants vivants en travaillant comme cordière. Elle meurt elle-même en juillet 1861.

Devenu charpentier, Jacques Vivier réside à Paris en 1870, quand les troupes allemandes font le siège de la capital. Il s’engage dans un bataillon du génie, où il est chef d'un chantier. Libéré de l’armée en février 1871, logeant rue de Flandre (act. avenue de Flandre, 19e arr.), il reprend du service sous la Commune de Paris en avril, avec le grade de lieutenant puis de capitaine. Il est arrêté à la fin des combats avec les troupes gouvernementales de Versailles, soit le 25 mai soit, à Joinville-le-Pont, le 4 juin 1871, selon le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Jean Maitron.

Le 10e conseil de guerre le condamne, le 28 décembre 1871 à cinq ans de détention et à la privation des droits civiques « pour participation à l’insurrection de Paris ». L’instruction avait estimé que « les renseignements recueillis sur lui étaient bons ; seule sa moralité n'était pas exempte de reproches ». Il est incarcéré à la citadelle de Port-Louis (Morbihan) puis transféré ensuite dans la prison de Thouars (Deux-Sèvres). Il obtient une remise de peine de six mois en novembre 1875 et est donc probablement libéré en juin 1876.

Retourné à la vie civile, Jacques Vivier reprend son métier de charpentier à Bonnard (Yonne). En avril 1877, dans le village voisin de Beaumont, il épouse Alphonsine Alexandrine Dubois, fille d’un charron. Comme témoin de ses noces, il a invité un homme de lettres et un docteur en médecine, ce qui montre qu’il a pu se faire assez rapidement des relations dans cette partie de la Bourgogne. Il s’installe dans à Beaumont et devient marchand de bois.

Pour des raisons fiscales, Jacques Vivier est en conflit avec sa commune de résidence. Il s’adresse au député de l'Yonne, Jean-Baptiste Bienvenu-Martin, futur ministre, qui transmet en décembre 1904 sa pétition à la Chambre des députés. Il conteste ensuite l’imposition foncière du sa Beaumont à laquelle il est soumis pour l’année 1910. Le conseil de préfecture du département de l’Yonne (prédécesseur du tribunal administratif) lui accorde une réduction en octobre 1911, que la commune conteste devant le Conseil d’État ; ce dernier la déboute et maintien la décision en faveur de Vivier en mars 1914.

Jacques Vivier meurt le 7 février 1922 à Beaumont. Il était âgé de 81 ans, veuf et père d’un enfant.

La prison de Thouars (Gallica)

 

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16 avril 2025 3 16 /04 /avril /2025 00:01
  • Gabriel Jacques Lucien Sarreste naît le 5 août 1867 à Sèvres (Seine-et-Oise, act. Hauts-de-Seine). Il est le fils de fils Gabrielle Prugnarde et de son époux Eugène Jacques Martin Sarreste.

    Sa mère est une auvergnate, native du Puy-de-Dôme, domestique à Paris avant son mariage l’année précédente.

    Son père est alors charretier brasseur. Eugène Sarreste (1829-1901), bourguignon, originaire de l’Yonne, vient d’une famille de cultivateurs et est laboureur en 1851. Il vient à Paris et fait partie des républicains qui résistent, en décembre 1851, au coup d’État du président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, lequel a dissout l’Assemblée Nationale le 2 décembre et sera proclamé empereur sous le nom de Napoléon III. Comme 26 000 autres, il est arrêté et traduit devant un tribunal ad-hoc, une commission mixte départementale. Le motif retenu contre lui est qu’il aurait été « Affiliateur aux sociétés secrètes. Il convient d’avoir recruté de nombreux affiliés » ; en conséquence, l’accusation soutient qu’il « ne mérite aucune indulgence ». Cependant, la commission militaire estime qu’il est coupable. Condamné à la déportation en pour cinq ans dans un pénitencier en Algérie. Il ne rejoint pas la colonie française, les commissaires extraordinaires du gouvernement le jugeant « non dangereux pour la sécurité publique », il est remis en liberté le 5 avril 1852. Après sa sortie de prison, Eugène Sarreste épouse Gabrielle Prugnard, puis, après la naissance de Lucien, achète en novembre 1868 un terrain sur l’île Seguin à Boulogne (Seine, act. Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine). Il a une superficie de 3 000 m² environ et, comme le reste de l’île, n’est accessible qu’en bateau. Il y installe un restaurant.

    Lucien travaille comme marinier charpentier sur l’île, assurant également le passage des clients du restaurant. Il est plusieurs fois amené à secourir des personnes menacées de noyade, notamment en août 1886, après le chavirage d’un canot ayant neuf occupants, heurté par un bateau-hirondelle de la compagnie des bateaux-omnibus. Sept des passagers sont sauvés.

    Appelé au service militaire, il sert dans l’infanterie de marine, mobilisé en janvier 1889 au sein du 1er RIMA. Les troupes françaises combattent en Indochine, pour établir des protectorats sur les royaumes locaux. Il est marin sur le Vinh-Long de novembre 1889 à janvier 1890, puis rejoint le 1er régiment de marche en Annam et de là va au Tonkin jusqu’en août 1891. Il rentre en France où il est démobilisé en novembre 1891. C’est peut-être au cours de son séjour indochinois qu’il contracte une tuberculose, qui fait qu’il sera dispensé de tout service armé à partir de septembre 1904.

    Revenu à la vie civile, Lucien Sarreste épouse en mars 1897 à Meudon (Seine-et-Oise, act. Hauts-de-Seine) Blanche Alphonsine Erhard, blanchisseuse, d’une famille d’Argenteuil (Seine-et-Oise, act. Val-d'Oise). Il opère un nouveau sauvetage spectaculaire en juillet 1899, à Paris cette fois, celui de deux fils d’un clown célèbre, mal en point après avoir réussis à sauver leur petit frère. Il achète en décembre 1900 un bateau-lavoir, accosté dans le Bas-Meudon et déclare sur les listes électorales alors la profession de maître de lavoir, jusqu’en 1914 même s’il ne l’exerce plus après 1908.

    Après les décès de son père, en février 1901, puis de son frère Adrien en mars 1904 et de sa sœur Marie Louise Alexandrine en septembre 1907, Lucien quitte son établissement du Bas-Meudon pour rejoindre sa mère sur l’île Seguin. À la mort de cette dernière en avril 1909, il devient le propriétaire unique du restaurant.

  •  

     

    Le restaurant Sarreste sur l’île Seguin à Boulogne (arch. Village de Billancourt)

    Au cours de la première guerre mondiale, Lucien Sarreste, après le réexamen de sa situation par le conseil de révision, est mobilisé en 1915, au titre des services auxiliaires (non-combattants), au 3e régiment du génie, chargé des voies navigables.

    Après la fin du conflit, l’industriel Louis Renault, propriétaire des usines d’automobiles et d’aviation de Billancourt, souhaite étendre ses installations et acquiert, en juin 1919, les trois principales propriétés de l’île Seguin, dont celle de Lucien Sarreste.

    La famille s’installe ensuite auprès d’une autre rivière, la Marne, où elle ouvre un nouvel établissement de commerce de vin, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), quai de la Marne. Escroqué en juin 1921 par un ancien greffier qu’il avait chargé de le représenter pour l’achat d’un terrain, Lucien Sarreste le retrouve par hasard dans une rue de Paris huit jours plus tard, et permet son arrestation par la police.

    Lucien Sarreste meurt le 22 janvier 1932 dans la commune voisine de Champigny-sur-Marne, où il est domicilié rue Dupertuis et est mentionné en tant que forain. Il était âgé de 64 ans et avait reçu une mention honorable en novembre 1886 puis avait été décoré d’une médaille d’argent en 1889 pour ses actes de courage, à l’occasion de sauvetages de personnes sur le point de se noyer dans la Seine.

    La famille reste à Joinville-le-Pont, où son fils, Aimable Sarreste (1898-1970), constructeur de bateaux, va jouer un rôle politique en 1953 : il refuse de délivrer un certificat d’hébergement à un candidat communiste à la marie de Joinville-le-Pont, ce qui l’empêche de se présenter.

    L’épouse d’Aimable, Yvonne Sarreste née Haas (1902-1992) siège au conseil municipal de Joinville, élue sur la liste du maire (divers-droite) Georges Defert de 1965 à 1977 – elle est la seule femme à siéger dans cette instance pendant ces deux mandats.

    Elle avait succédé à André Sarreste (1924-1988), leur fils, qui avait aussi été élu comme colistier de Georges Defert entre 1959 et 1965.

    La fille d’André et donc petite fille d’Yvonne Sarreste, Sylvie Mercier (née Sarreste en 1961), enseignante spécialiste des nouvelles technologies, siège elle aussi dans le conseil municipal de Joinville : élue sur la liste de Pierre Aubry (droite) de 1989 à 2001, puis, toujours avec Pierre Aubry, comme adjointe au maire de 2001 à 2008. Elle présente sa propre liste en 2008 avec le soutien du MODEM (centre-droit) puis rejoint au second tour celle d’Olivier Aubry (UMP, droite), fils du précédent, et devient conseillère municipale d’opposition au nouveau maire, Olivier Dosne (2008-2014). Candidate sur la liste de Tony Renucci (divers-gauche) en 2020, elle revient en cours de mandat en 2021 et siège jusque 2023, de nouveau en tant qu’opposante à Olivier Dosne (UMP).

    Voir aussi « Comme je suis heureux de vous rencontrer »

Photo présumée de la famille Sarreste sur l’île Seguin à Boulogne (arch. Village de Billancourt)

 

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14 avril 2025 1 14 /04 /avril /2025 00:01

Suite de la biographie de Gustave Teissonnière

Gustave Teissonnière, qui travaille dans l’entreprise de porcelaine familiale à Limoges, fait enregistrer un brevet, publié en juin 1908 sur une « Machine à calibrer la cazetterie pour la cuisson de la porcelaine et de la faïence », la cazetterie représentant le matériel d'enfournement de la céramique. Il diversifie la production en s’intéressant à l’imprimerie. Avec des briquettes lithographiques.

Il est mobilisé pendant la première guerre mondiale mais les archives militaires le concernant n’ont pas encore pu être consultées. Il entreprend en 1918 un voyage en Amérique, en compagnie de son épouse et de son neveu René Dudognon, alors âgé de 11 ans. Ils débarquent à New-York en juin à bord du navire La Lorraine, au départ Bordeaux. Un petit neveu, Cyrille, raconte : « Gustave Teissonnière et son épouse Rose sont partis au Mexique avec leur neveu, René Dudognon, fils d’une sœur de Rose ; ils ont été en prison en arrivant au Mexique pendant 8 jours car il ne portait pas le même nom qu’eux et les autorités ont pensé que c’était un enfant volé. Rose était à la base la compagne de son frère Jules (et "enlevée" par Gustave) d'où les différents familiaux... »

Après le conflit, son épouse Valérie et lui vivent, en 1927, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Ils résident dans le centre-ville, avenue Jean-Jaurès. À cette date, il se présente comme céramiste. En 1931, il se déclare directeur d’une entreprise de Montreuil (Seine, act. Seine-Saint-Denis) qui produit des poupées.

En soutenant plusieurs causes, Gustave Teissonnière montre, avec sa femme, sa proximité avec le parti communiste. Ainsi, il participe en janvier 1933 à une souscription de la Ligue contre l’impérialisme en faveur de Madagascar, relayée par le Secours rouge. Il soutient également les efforts humanitaires pour l’Espagne républicain en janvier 1939, avec le programme « Pain, lait, santé » puis en février la même année, en faveur du financement d’un dispensaire mobile.

Pendant la deuxième guerre mondiale, son activité n’est pas connue. Sur le plan professionnel, il fait de nouveau breveter, en octobre 1943, un « Procédé de fabrication d'articles en caoutchouc ».

Après la deuxième guerre mondiale, Gustave Teissonnière s’inscrit pour une souscription lancée par le parti communiste en septembre 1945 « pour l’écrasement de la réaction ». C’est à la fin de ce même mois que décède son épouse, hospitalisée.

Gustave Teissonnière meurt le 6 janvier 1949 à Joinville-le-Pont. Il était âgé de 72 ans et ne semble pas avoir eu d’enfant. Sa succession mentionne la vente de parts sociales d’entreprise.

Fin

Gustave Teissonnière (arch. fam.)

 

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12 avril 2025 6 12 /04 /avril /2025 00:01

Début de la biographie de Gustave Teissonnière

Gustave Émile Teissonnière naît le 7 septembre 1876 à Limoges (Haute-Vienne). Il est le fils de Valérie Fraisse et de son époux Pierre Teissonnière. Ses parents habitent ancienne route d’Aixe, et travaillent dans l’industrie de la porcelaine, elle comme mouleuse et lui en tant que couleur de moules. La famille comprenait quatre garçons, dont Gustave était le dernier, et une fille plus jeune.

Le père, Pierre Teissonnière (1850-1931), a été conseiller municipal de tendance socialiste (1885-1892 puis 1896-1904), dans les municipalités d’Adrien Tarrade et d’Émile Labussière.

Frère aîné de Gustave, Émile Teissonnière (1870-1929), mouleur en porcelaine puis employé de commerce, fut un militant du Cercle républicain socialiste de Limoges, membre du Parti ouvrier français, un des ancêtre du Parti socialiste SFIO. Il fut également élu municipal, en même temps que son père, de 1900 à 1904. En décembre 1903, au nom de son groupe socialiste révolutionnaire, il invita l'abbé Desgranges, membre de la section de Limoges du Sillon (mouvement chrétien de gauche) à tenir une conférence « sur le sujet qu’il lui plairait » ; il choisit de traiter de l’existence de Dieu. Le quotidien La Gazette du Centre s’étonna de voir les « tigres révolutionnaires » devenus de « gracieux moutons », écoutant calmement le prêtre.

En juillet 1900, Gustave Teissonnière est mouleur en plâtre et vit rue du Clos Augier. Il emprunte une bicyclette pour se rendre dans une fête dans le voisinage, la range chez une aubergiste mais constate, quand il veut rentrer, qu’elle a été dérobée. Sur sa plainte, la gendarmerie mène aussitôt des recherches, restées alors infructueuses.

La vie familiale est marquée, en décembre 1908, par une très vive querelle. Elle est racontée notamment par le quotidien La Charente : « Les quatre frères Teissonnière, Pierre, Gustave, Jules, Émile et leur père, ancien conseiller municipal, qui exploitent, chemin des Trois-Châtains, à Limoges, une petite industrie de porcelaine, ont eu avant-hier soir une discussion violente qui a dégénéré en pugilat. Après une mêlée terrible, tous les combattants constatèrent qu'ils étaient plus ou moins grièvement blessés. L'un d'eux, Émile, âgé de trente-huit ans, avait une côte fracturée et un œil perdu. À cette scène malheureuse devait succéder un duel féroce. Gustave et Pierre, qui avaient gardé des ressentiments des regrettables violences de la veille, se rencontrèrent samedi, soir sur la vieille route d'Aixe. S'étant mesurés du regard et défiés, ils sortirent leurs revolvers et le duel commença. Les deux frères ennemis tirèrent cinq cartouches, mais les balles, par un hasard extraordinaire, n'atteignirent personne. On a retrouvé trace des projectiles sur les murs des voisins. Le parquet instruit l'affaire. »

Le journal de Limoges, La Gazette du Centre, relativise les blessures reçues par Émile. Il titre « Frères ennemis » et attribue le début des incidents à Gustave, qui aurait cherché dispute à sa mère et à sa sœur, braqué sur elles un revolver, puis aurait tiré sans les atteindre trois coups de feu sur son père et son plus jeune frère, Jules. Celui-ci, armé également, aurait aussi tiré, sans non plus toucher personne, trois projectiles. Émile Teissonnière déposa une plainte et refusa de la retirer, se plaignant des manœuvres des « jésuites rouges ». Il fut condamné en juin 1909 par la cour d’appel de Limoges à 50 francs d’amende pour « coups et blessures, violences et voies de fait volontaires. »

C’est en janvier 1910 à Limoges que Gustave Teissonnière se marie avec Rosalie Joséphine Querroy. Il était de nouveau domicilié chez ses parents, mais aucun de ses frères ne comptait parmi les témoins.

À suivre

La famille Teissonnière (1879). Gustave est assis devant à droite (arch. fam.)

 

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10 avril 2025 4 10 /04 /avril /2025 00:01

Louis Eugène Verhaeghe naît le 11 mars 1865 à Versailles (Seine-et-Oise, act. Yvelines). Il est le fils d’Élisabeth Painteaux et de son mari Charles Louis Verhaeghe. Ils vivent à proximité du casernement de la Garde nationale. Sa mère est originaire des Ardennes et son père, cordonnier, est natif du Nord.

Travaillant comme ébéniste, vivant passage Alexandre-Lécuyer, à Paris (18e arr.), Louis Verhaeghe épouse dans cet arrondissement en juin 1894 Marie Lavaud, crémière, originaire de Corrèze. Ils divorcent deux ans plus tard, en décembre 1896.

Installé rue des Cloÿs, toujours dans le 18e arrondissement, Louis Verhaeghe se remarie en juillet 1897 avec Sylvie Henriette Gabrielle Couderc, couturière et parisienne. Ils sont apparemment séparés lorsqu’elle meurt, en février 1907. Il contracte un 3e mariage en juillet la même année, toujours dans le 18e, avec Marie Éléonore Leprévost, cuisinière, native de l’Orne, elle aussi divorcée.

Après la première guerre mondiale, le couple s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), rue de Joinville, voie limitrophe de Saint-Maur-des-Fossés. Louis Verhaeghe est devenu antiquaire brocanteur. Il semble apprécier les grosses voitures, puisqu’il se sépare, en novembre 1923, d’une automobile Cottin-Desgouttes, Torpédo type D.

Des élections municipales partielles d’octobre 1934, sont rendues nécessaires du fait de dix sièges vacants suite à des décès et démissions dans un climat politique tendu. Le maire Georges Briolay (radical-socialiste), élu en mai 1929 à la tête d’une coalition de cartel des gauches avec des socialistes SFIO, a perdu leur soutien. Il se met d’accord avec son opposition de droite pour appuyer une liste de Concentration républicaine, tandis que socialistes et communistes présentent chacun leurs candidatures. Louis Verhaege figure sur la liste des Républicains indépendants, qui compte (comme la Concentration républicaine) des radicaux-socialistes, en désaccord avec le regroupement parrainé par le maire. Elle est conduite par Henri Pélissier, constructeur de bateaux.

Au premier tour de scrutin, les Républicains indépendants arrivent en deuxième position, avec 25,5%, distancés par la Concentration républicaine qui a 37% des suffrages exprimés. Les deux partis de gauche arrivent presqu’à égalité, les communistes ayant 17,8% devant les socialistes à 17,6%. Ces derniers se retirent, appelant à voter pour la liste communiste. Les Républicains indépendants ne se représentent pas non plus, et la Concentration républicaine

Alors en retraite, Louis Verhaeghe meurt le 27 février 1944 dans son domicile de Joinville. Il était âgé de 78 ans et ne semble pas avoir eu d’enfant.

La Marne en aval de Joinville (Arch. dép. Val-de-Marne)

 

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31 mars 2025 1 31 /03 /mars /2025 00:01

Suite de la biographie de Guy Pascal Hirsch Montmartin

Parallèlement à la fonction de consul général honoraire d'Autriche à Paris qu’il exerce depuis octobre 1934, qui n’est pas rémunérée, Guy Pascal Hirsch Montmartin reprend une activité industrielle en France. Il crée en juin 1936 la société Amplilux, qui adopte comme slogan « plus de lumière pour moins d’argent ». Il dépose des brevets en France et aux États-Unis, notamment pour des ampoules à réflecteur annulaire mais aussi pour de la peinture, des instrument d’optique ou des dispositifs et d'ornementation. Il devient également administrateur de la Compagnie des Lampes.

Après avoir appris à piloter à Orly (Seine, act. Val-de-Marne) en juin 1936, Hirsch-Montmartin achète un avion Potez 585 qu’il utilise notamment pour se rendre dans sa résidence secondaire de La Baule (Loire-Inférieure, act. Loire-Atlantique). Il connaît deux problèmes de navigation en moins d’une semaine. Le 5 janvier 1937, alors qu’il se rendait à Vienne (Autriche), son pilote a dû atterrir dans un champ à Juan-les-Pins (Antibes, Alpes-Maritimes). Le consul général n’a pas été blessé et a pris le train pour Marseille, pour prendre la ligne régulière Air-France. Autre incident le 11 janvier. Parti de Cannes, ayant fait escale à Lyon, piloté cette fois par Hirsch Montmartin, l’avion – à cause du brouillard – s’est posé dans un champ près de Villepinte (Seine-et-Oise, act. Seine-Saint-Denis).

Comme l’avait fait son père, Guy Pascal Hirsch Montmartin s’intéresse à la presse. Il appuie le projet du journaliste Robert Pecquery dit Jacques La Brède de transformer son hebdomadaire, Demain, qu’il avait lancé pour promouvoir l’association qu’il avait constituée, Confédération générale des classes moyennes. Ils le transforment en juin 1937 en quotidien du soir à Paris. Une enquête sur des trafics d’armes figure dans les premiers numéros. Mais le journal arrête sa publication journalière dès le mois de juillet et son édition de semaine peu de mois après.

Au début de la deuxième guerre mondiale, Hirsch Montmartin signale aux autorités militaires qu’il a évacué avec sa famille dans la villa Kirye, à Peuchateau, commune de Le Pouliguen (Loire-Inférieure, act. Loire-Atlantique). Il dirige un garage situé à la Baule, avenue de Chambord. Il embauche des réfugiés juifs, notamment Hélène Komorner.

L’entreprise d’Hirsch Montmartin à La Baule lui est retirée en juin 1943, au nom de la loi du 22 juillet 1941 relative aux entreprises, biens et valeurs appartenant aux Juifs. La famille est, à ce moment, déjà réfugiée en Amérique, sans doute à New-York (États-Unis).

Après la fin de la guerre, toujours résident à New-York, Hirsch Montmartin se rend régulièrement à Montréal (Québec, Canada). Il quitte la métropole étatsunienne en septembre 1946 en compagnie de Pierre Mendès-France et du cinéaste Julien Duvivier sur un vol de la compagnie TWA. Il fait de fréquents séjours à Paris mais revient à New-York où il a le statut de résident permanent et, en 1948, de citoyen des États-Unis.

Allié à une société canadienne, il achète en 1947 la mine d’amiante de Château-Ville-Vieille (Queyras, Hautes-Alpes) et constitue la société Les Amiantes de France. Bénéficiant d’un financement a titre des dommages de guerre, il investit dans la construction d’un téléphérique de 5,4 km et dans une station de traitement du minerai au Clôt du Riou. [Difficultés techniques] La société est mise en liquidation en 1953.

Toujours dans l’exploitation de ce minerai, conjointement avec son gendre canadien Léon Hoffman, Hirsch Montmartin crée à Genève la société Absestospray en août 1958.

Pascal René Guy Laurent Salomon meurt le 29 décembre 1972 à Nice (Alpes-Maritimes). Il était âgé de 78 ans et père de deux filles. Sa nécrologie est publiée, sous la signature de sa veuve et de sa fille cadette Vivianne par La Presse, quotidien de Montréal (Québec, Canada), ville où il résidait probablement. Il est désigné sous le nom de Guy Pascal Hirsch Montmartin et les deux fonctions mentionnées sont « ancien consul général d'Autriche et président des commissaires généraux de l'Exposition de 1937. »

Selon le journaliste Henry Coston, Hirsch Montmartin appartenait, comme son père, à la franc-maçonnerie.

Fin

Guy Pascal Hirsch Montmartin en 1938

 

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29 mars 2025 6 29 /03 /mars /2025 00:01

Suite de la biographie de Guy Pascal Hirsch Montmartin

Après ses ennuis judiciaires du début des années 1920, Pascal Hirsch Salomon ne semble avoir qu’une activité en France ; peut-être voyage-t-il à l’étranger. Il s’inscrit en 1927 sur la liste électorale de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne), se déclarant comme représentant, et réside avec sa famille avenue des Ailantes.

En 1931, il est domicilié à La Celle-Saint-Cloud (Seine-et-Oise, act. Yvelines), rue de L’Étang-Sec, avec son épouse et des deux filles ; il se déclare administrateur de sociétés et deux domestiques résident chez eux. Il se fait appeler Guy Pascal Hirsch Montmartin, préférant généralement raccourcir en Guy Pascal Montmartin, adoptant le nom de sa belle-famille.

Ayant un temps abandonné les affaires, Guy Pascal Montmartin commence en octobre 1934 une carrière diplomatique. Il est nommé consul général honoraire d'Autriche à Paris. S’il exerce bien la fonction consulaire, la titulature honoraire signifie qu’il n’est pas rémunéré. Il adhère en décembre 1934 au comité du Développement des Relations artistiques entre l'Autriche et la France et assure à partir de 1935 de nombreuses représentations protocolaires et mondaines. Il organise, dans les salons du consulat, une exposition commerciale et artisanale d'Autriche en mai 1935.

La résidence familiale est, en 1936, l’avenue Victor-Hugo à Paris (16e arr.), dans le quartier de la Porte Dauphine. Trois domestiques résident chez eux.

La partie la plus marquante du mandat de Hirsch Montmartin va être liée à l'Exposition universelle de 1937 à Paris. Officiellement dénommée Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne, elle se tient à Paris du juin à novembre 1937. Il est nommé en janvier 1936 commissaire général du gouvernement autrichien pour cette manifestation. En septembre la même année, il est désigné président par l’assemblée générale des commissaires généraux des nations ayant accordé leur participation à l'Exposition, devenant ainsi leur interlocuteur pour les discussions avec le gouvernement français. Le pavillon autrichien est, le 11 juin 1937, l’un des premiers (avec celui du Portugal) à ouvrir.

Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, le 13 mars 1938, toutes les représentations diplomatiques de la République autrichiennes sont sommées de se soumettre aux autorités allemandes. À Paris, Hirsch Montmartin répond à la chancellerie fédérale à Vienne : « Je reçois votre télégramme me donnant ordre arborer le drapeau allemand à croix gammée sur le consulat général d'Autriche. Je vous informe que je refuse d'arborer un autre drapeau que le drapeau autrichien constitutionnel et vous confirme ma démission ». Plusieurs autres diplomates prennent la même attitude, comme le baron Pflugl, délégué permanent de l'Autriche auprès de la Société des nations à Genève ou le consul d'Autriche à Sao-Paulo (Brésil). Le quotidien Paris-soir estime que « Le Consul général à Paris reste fidèle à ses convictions républicaines. »

Le 17 mars, après que l’ambassade d’Allemagne à Paris lui eut donné l’ordre d’amener le pavillon fédéral autrichien qui flottait sur ses bureaux, Hirsch Montmartin publie une note : « j’ai remis les documents consulaires entre les mains de l’envoyé de l’ambassade d’Allemagne. Je crois que c’est un évènement historique sans précédent que de voir disparaître la représentation totale d’un pays dont l’existence constitutionnelle et légale était reconnue par le monde entier. (…) J’ai déclaré que l’on se battait encore en Autriche il y a quelques jours et je crois savoir que les combats continuent. Le régime de terreur institué implique que ces informations sont exactes. Les arrestations en masse dans tous les milieux prouvent bien que l’enthousiasme et l’unanimité ne sont pas tels qu’on les déclare sans quoi les arrestations seraient des persécutions trop tragiques. Bruno Walter, qui n’a fait d’autre politique que celle de l’Art, a été impitoyablement emprisonné ; la princesse Starhemberg, mère du prince, octogénaire, est en prison ; le baron Louis de Rothschild y est aussi et tant d’autres dont on ignore le sort ; en effet, les nouvelles de Vienne ne parviennent plus, les journalistes ne pouvant tout voir, mais seulement dire ce qu’ils apprennent. Un grand nombre d’Autrichiens ne reconnaîtront pas la mainmise sur leur patrie et tant parmi ceux qui sont en Autriche que ceux qui sont à l’étranger, un mouvement national est en formation. Des comités se forment dans les grandes capitales, à Londres notamment sous la présidence du baron Frankenstein, dernier ambassadeur d’Autriche dans la capitale britannique. À New-York et à Paris, d’autres comités se créent. Je me suis personnellement chargé de coordonner tous ces efforts. Aujourd’hui même, je reçois une délégation d’Autrichiens d’Amérique. Il est à souhaiter que tous ces efforts trouvent un appui auprès des gouvernements et qu’on finisse par apprendre la vérité sur les sentiments réels de l’Autriche afin que les gouvernements étrangers du monde entier viennent au secours du droit et de la liberté des peuples et assurent le respect des traités sur lesquels figure leur signature. La paix si menacée du monde en dépend plus que jamais. L’Autriche redeviendra autrichienne. »

Dans la presse, il déclare encore : « Si je n’ai pas arboré le drapeau à croix gammée c’est que la plus grande partie de l’Autriche n’est pas nazie, contrairement à toutes les informations parues dans la presse. Je n’en veux pour preuve que cette information que je reçois de source très sûre : de la frontière suisse on entend nettement la mitraillade dans le Tyrol. En effet, des combats ont lieu sur certaines parties du territoire autrichien. Quant à l’entrée des troupes allemandes en Autriche, elle ne s'est pas effectuée comme on l’a dit au milieu de l’enthousiasme mais à grand renfort de formations nazies, on est parvenu à créer une fausse allégresse. Comme consul général d’Autriche à Paris, je ne connais que l’Autriche qui a été définie par les traités et par la Société des Nations. L’annexion de l’Autriche n’a pas été officiellement reconnue. Telle est la cause de mon refus d'arborer l’emblème du Reich. Au surplus, la logique m’interdisait de faire une telle chose. S'il y a encore une Autriche il n’y a qu'un seul drapeau, s’il n’y a plus d’Autriche, je ne suis plus consul. »

Dans Le Petit Provençal, Camille Ferdy apprécie sous le titre « Un geste » : « Le consul d'Autriche à Paris, M. G.-P. Hirsch Montmartin a refusé de remplacer par le drapeau allemand à croix gammée le drapeau national autrichien flottant sur la façade du consulat et naturellement il a ensuite démissionné. (…) Nous savons bien qu’en réalité, si nobles soient-ils, de tels gestes ne changent rien à la marche des événements. Un ambassadeur et un consul qui ne consentent point à se courber sors le joug et qui sacrifient les avantages de leur situation au sentiment de leur dignité ont immédiatement des successeurs à l'échine plus souple. Les dictateurs n'ont pas de peine à trouver de dociles serviteurs. Mais, pour l'honneur de l'humanité, il n'est pas mauvais que les attentats contre le droit provoquent parfois ces gestes d’indépendance attestant qu'il y a encore quelques esprits fiers et quelques consciences libres en notre époque ou tant de gens et tant de nations semblent se ruer avec un allègre enthousiasme à la plus lourde et la plus dégradante des servitudes. »

Lorsqu’une Entraide autrichienne est fondée à Paris, Hirsch Montmartin la domicilie chez lui, boulevard Malesherbes, et fait partie de son bureau.

À suivre

Le drapeau autrichien maintenu sur le consulat d’Autriche après l’Anschluss en mars 1938

 

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27 mars 2025 4 27 /03 /mars /2025 00:01

Début de la biographie de Guy Montmartin

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Pascal René Guy Laurent Salomon naît le 21 avril 1894 à Paris (8e arr.). Il est le fils de Léa Strauss et de son mari Hirsch Salomon, qui résident avenue de Friedland. Le père, négociant et industriel, est également un homme de presse et une personnalité politique influente du parti radical-socialiste. Vers 1891, il a adopté le nom d’usage « Hirsch », faisant de Salomon un prénom d’usage. Pascal utilisera également la même désignation, qui n’aura toutefois pas un caractère officiel, les actes d’état-civil continuant de mentionner le patronyme de Salomon.

Sa mère est la fille d’un homme d’affaires Juif américain natif de Granville (New-York, États-Unis).

La famille s’installe ensuite boulevard Pereire puis, toujours dans le 8e arrondissement, avenue de Wagram. Elle va ensuite résider à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, actuellement Val-de-Marne), dans le quartier du Parc Saint-Maur, avenue des Ailantes, où le père installe son usine de production de papier. En 1914, le quotidien La Dépêche coloniale décrira l’environnement familial « où se retrouve quelque chose des mœurs patriarcales d’autrefois, sous la douce autorité de la vénérable mère [Clara Strauss, mère de Salomon Hirsch]. »

La famille est de religion israélite et Pascal Salomon fait sa Bar Mitzwa à la grande synagogue de Paris, rue de la Victoire (9e arr.) en avril 1907. En 1914, il se présente comme représentant de fabriques, ayant donc une activité commerciale sans doute dans les entreprises de son père.

Alors âgé de 20 ans, âge normal de la convocation pour le service militaire, Pascal Hirsch (puisqu’il utilise désormais cette dénomination) intègre l’armée dès septembre 1914, du fait du déclenchement de la première guerre mondiale. Il est affecté au 13e régiment de dragons, où il est nommé en novembre brigadier. Il devient sous-officier en tant que maréchal des logis en février 1915. La même année en juillet, il est promu, à titre temporaire, sous-lieutenant, et rejoint le 158e régiment d’infanterie. Transféré au 9e régiment de hussards en avril 1916, son grade d’officier n’est pas confirmé et il redevient maréchal des logis. En août, il passe 146e régiment d’infanterie. Il participe avec son unité à la bataille de la Somme, d’où il est évacué de Sailly-Saillisel (Somme) en novembre 1916 avec les pieds gelés. Du fait de l’état de ses poumons, il est réformé définitivement en février 1919.

Il se lance dans les affaires, avec une maison de commission-exportation, Établissements PSH (Pascal Salomon Hirsch), qui fait faillite en janvier 1921. La procédure se conclut par un remboursement des créanciers en février 1925.

En novembre 1921 à Paris (16e arr.), Pascal Hirsch Salomon épouse Yvonne Henriette Montmartin, originaire de Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, act. Loire-Atlantique).

Il fait face, en décembre 1923, une deuxième fois à la justice, devant la douzième chambre du tribunal correctionnel de la Seine sous des accusations d’abus de confiance. Il lui est reproché un emprunt obtenu pour un prétendu projet et non remboursé, pour lequel il se présentait comme le « baron Hirsch ». Il est condamné à dix-huit mois de prison avec sursis, à 30 000 fr. d’amende et à 200 000 fr. de dommages-intérêts envers la partie civile.

À suivre

Guy Pascal Hirsch Montmartin 1935 (à droite)

 

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