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6 juin 2026 6 06 /06 /juin /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 06/08/2023)

Au tournant du 20e siècle, installée à Joinville-le-Pont, Astié de Valsayre poursuit de manière régulière son activité politique, sociale et féministe. On la voit ainsi participer de manière rituelle à tous les anniversaires de la libre-pensée ou du socialisme révolutionnaire, où elle prononce des discours de circonstance mentionnés dans la presse : le 9 janvier pour l’anniversaire de la mort du révolutionnaire Auguste Blanqui, 18 mars, pour le début de la Commune de Paris, le 1er mai, en souvenir des massacres des ouvriers de Chicago et de ceux de Fourmies, le 28 mai, pour la fin de la Commune, le 3 août pour l’anniversaire de la naissance et de la mort d’Étienne Dolet, brûlé vif après avoir été condamné par l’Inquisition…

La vie privée d’Astié de Valsayre, qualifiée par un journaliste comme « Une des plus jolies femmes de Paris », intéresse la presse. On annonce en 1893 son divorce d’avec Albin Rousselet, son compagnon depuis une dizaine d’années ; on publie aussi son mariage avec Louis Champy. Elle dément les deux. Elle annonce une candidature à l’Académie française, à laquelle elle ne donne guère de suite. Mais elle va effectivement se consacrer, de plus en plus à des travaux littéraires.

Des nouvelles signées d’Astié de Valsayre paraissent dans Le Cri du Peuple, L’Express et L’Humanité. Le secret d'Hermine sort sous le pseudonyme de Fernand Marceau ; l’anarchiste Han Ryner n’aime pas ce « petit feuilleton très sombre, très patriotique, très révolutionnaire et très empoignant » où un « ange féminin et français » fait face à un « salaud de prince allemand. »

Dans les œuvres on compte aussi un conte grivois, L'Amour à la hussarde, réédité en 2022.

En compagnie de Camille Hayot, qui est sans doute un acteur ayant vécu à Lausanne, Astié de Valsayre s’essaie à l’art dramatique, en proposant deux pièces au Théâtre-Populaire de Belleville en 1904 et 1905. Mais ni La Grande Coupable, ni La Chasse aux millions ne semblent avoir été jouées.

La dernière intervention publique connue d’Astié de Valsayre fut, en avril 1914, le discours qu’elle fit, en compagnie de Séverine avec celle que la presse qualifiait de doyenne des féministes, Hubertine Auclert.

Claire Tastayre, alias Marie Rose Astié de Valsayre, meurt le 8 juin 1915 à Paris (13e arr.), à l’hôpital de la Salpêtrière. Elle était âgée de 68 ans et toujours domiciliée à Joinville-le-Pont. Le contexte de la guerre fait qu’il n’y a pas eu de notices nécrologiques dans les journaux de l’époque. Par contre, plusieurs publications ultérieures rendront compte de son activité et de sa personnalité.

En 2024, le cinéaste Vincent Perez fait d’Astié de Valsayre l’héroïne de son film Une affaire d’honneur. Doria Tillier tient son rôle.

Fin

Marie Rose Astié de Valsayre

 

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4 juin 2026 4 04 /06 /juin /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 04/08/2023)

Après avoir dissout en décembre 1889 la Ligue des femmes socialistes, Astié de Valsayre constitue, en juillet 1890, la Ligue de l’affranchissement des femmes. Elle a la participation de citoyenne Léonie Rouzade et le soutien de dirigeants socialistes, comme Jean Allemane, qui vient de fonder le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire après avoir quitté la FTSF, ou Henry Louis Champy, un ancien communard et conseiller prud’homme. Une des premières actions de la nouvelle ligue est d’ailleurs de solliciter l’inscription des ouvrières comme électrices aux prochaines élections générales prud'homales. Le ministre du commerce répond en août qu’il ne le peut pas, renvoyant la demande à la commission parlementaire compétente ; le quotidien y voit Le Soleil « un bel enterrement de première classe ! » En novembre, le syndicat des blanchisseuses tentera, sans succès, de présenter des candidates à son instigation.

Astié de Valsayre participe à la création de la Revue européenne, dans les bureaux de laquelle elle installe le siège de sa ligue. Le féminisme connaît toujours des polémiques internes ; la Ligue de l’affranchissement des femmes adresse ainsi « un blâme sévère » à Séverine, la journaliste libertaire Caroline Rémy, coupable, à leurs yeux, d’avoir demandé à son compagnon, Georges de Labruyère, de sa battre pour elle en duel face à un homme partisan du boulangisme. La Ligue considère « que toute, femme, qui ne veut pas avoir la responsabilité de ses actes, en obligeant un homme à se battre pour elle, commet un crime en toute circonstance. »

Lors des grèves des ouvriers des dentelles de Calais, en octobre 1890, Astié de Valsayre, encourage « l'union défensive des sexes ». Elle poursuit son combat anticlérical, participant au congrès de la Libre-Pensée et déclarant que « le prêtre est l'ennemi mortel de l'amélioration du sort de la femme ». En décembre, sa ligue assimile le budget des cultes à un « vol légal. »

En décembre, commentant une affaire d’avortement jugée à Toulon (Var), la Ligue de l’affranchissement des femmes s’insurge contre « la coutume de blâmer les femmes, qui disposent de ce qui leur appartient le mieux : leur corps ». L’année suivante, après un nouveau drame à Paris, elle est plus explicite : « l’état social donne ainsi à la femme le droit d’avortement. »

En janvier 1891, Astié de Valsayre est secrétaire du Syndicat des couturières qui organise son congrès de fondation le mois suivant avec une cinquantaine d’ouvrières. Elle dénonce aussi la concurrence des « congrégations religieuses exploitant sur une grande échelle l'industrie du blanchissage » et responsables ainsi de « la misère féminine ».

En mars, elle tente également, sans y parvenir cette fois, de constituer un Syndicat des filles de brasserie, les « verseuses. »

La Ligue de l'affranchissement des femmes quitte parfois le terrain social, comme en mars 1891 où elle demande « la suppression en France des courses de taureaux, ces inutiles scènes de boucherie. »

Astié de Valsayre participe à la naissance de l'Union universelle des femmes, annoncée à Paris en avril 1891. Clémence Royer y proclame : « Surtout ne demandons rien, mais prenons tout. Un jour viendra où le monde sera entre nos mains. »

Manifestant le 1er mai à Paris Astié de Valsayre s’est plaint d’avoir reçu, place de la Concorde des coups de pèlerine. Mais elle n’en veut pas aux sergents de ville, qu’elle traite de « vils esclaves » selon le quotidien La République française.

Polémiquant avec d’autres militants, elle regrette que l’on ait refusé qu’elles puissent signer la pétition en faveur d’un chemin de fer métropolitain.

Faisant une conférence en juin 1891 sur La question féminine à Paris, Astié de Valsayre elle a de nouveau plaidé pour faire la femme l’égale de l’homme, relevant que la liberté du costume puisqu'elle a pour but de donner ainsi aux femmes accès à beaucoup de professions, que leur ferment justement leurs vêtements.

Cette même année, en septembre, Astié de Valsayre signale qu’elle réside désormais à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) ; sa villa sera dévalisée en décembre 1898, lors de vacances qu’elle passait dans le sud de la France.

Elle est en 1891 la compagne du docteur Albin Rousselet, rédacteur en chef de la revue de l’Assistance publique. Sa vie familiale n’est pas sans heurts ; le deuxième fils qu’elle a eu de son défunt mari, Gaston, né en 1872, a quitté le domicile familial dès ses 13 ans. Il a de nombreux ennuis avec la police, arrêté une première fois pour vagabondage puis, en novembre 1891 pour vol. La presse parisienne ne manque pas de relater l’inconduite du fils. Elle-même le traite de « vaurien ». À ses intervieweurs, Astié de Valsayre assurera qu’elle avait un enfant « presque tous les ans » ; cependant, seuls deux garçons survécurent, tandis qu’une fille ne vécut que quelques mois.

L’installation sur les bords de Marne permet à Astié de Valsayre de pratiquer plus régulièrement le cyclisme.

En décembre 1892, la Ligue de l'affranchissement des femmes décide de présenter une quinzaine de candidates pour les élections municipales à Paris. Elles essaient, sans y réussir, d’enrôler l’actrice Sarah Bernhardt. Astié de Valsayre ne fait pas partie de la liste « faute de pouvoir tout faire ». Mais elle prépare avec elles le programme : protection de l'enfant, de la femme et des faibles, lutte contre la spéculation, dénonciation des guerres coloniales, comme au Tonkin, demande d’exclusion des curés des activités sociales. Face à plusieurs défections, Astié de Valsayre rejoint la demi-douzaine de candidates. Elle adresse dans le même temps une pétition à la Chambre des députés, demandant l’inscription de certaines femmes sur les listes électorales ; une commission rejette sa demande.

Une réunion électorale, organisée en avril 1893 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève à Paris (5e arr.), est totalement perturbée par les lazzis des étudiants qui y sont venus pour s'amuser. Comme en 1889, les bulletins de vote à son nom dans le 7e arrondissement ne sont pas décomptés.

Les élections sénatoriales de janvier 1894 voient de nouveau Astié de Valsayre se présenter, sous l’étiquette de « candidate à perpète ». Elle prend un programme original « 1° N'aller au Sénat que pour dormir ; 2° N'y ouvrir la bouche que pour bailler ; 3° Porter une perruque blanche, pour avoir l'air suffisamment abrutie. »

En novembre 1895, après avoir démenti des rumeurs répandues dans la presse sur sa retraite politique, Astié de Valsayre fait partie du comité d’accueil de Louise Michel qui débarque gare Saint-Lazare à Paris, revenant de son exil à Londres. Elle l’accompagne à son meeting de la salle Tivoli-Vauxhall. Au retour de la longue tournée en province de l’ancienne communarde et déportée, Astié de Valsayre intervient à ses côtés dans la conférence qu’elle tient en juin 1897 sur L’imminence et la nécessité de la révolution sociale.

Exclue d’un Congrès féministe, tenu à Paris en avril 1896, Astié de Valsayre, proteste par une lettre contre « ces affreuses bourgeoises, qui ne connaissent pas le premier mot de la question ouvrière, qui semblent ignorer que la galanterie n'est concédée aux femmes qu'en échange de leurs droits et qui, véritables accapareurs, prétendent garder les deux ».

L’activité d’Astié de Valsayre ne se limite pas au domaine politique. Elle devient secrétaire d’un patronage de jeunes filles du 6e arrondissement de Paris en septembre 1890. Il les accueille gratuitement les dimanches et fêtes pour leur offrir des activités sportives et récréatives.

Au cours des années 1890, Astié de Valsayre rédige, en le signant Mère Marthe, un petit ouvrage, L’Aisance par l'économie (1892), d’une tonalité très classique à l’image des livres sur la vie domestique, expliquant que la femme doit se lever tôt, travailler beaucoup et savoir se taire. Le relatif succès du livre fait qu’il est réédité en 1902 et signé alors Grand-Mère Marthe. Ce texte est très éloigné des thèses défendues par ailleurs par Astié de Valsayre.

Renouant avec la littérature patriotique, en 1896, Le Secret d'Hermine est publié sous le nom de Fernand Marceau. Reprenant le pseudonyme de Jehan des Etrivières, elle donne peu après un texte érotique, L'Amour à la hussarde.

Dans son Histoire de la littérature française, parue en 1909, le critique Léo Claretie range Astié de Valsayre parmi les écrivains socialistes, au côté de Jules Guesde et Paul Lafargue notamment. Mais le journaliste anarchiste Han Ryner considère qu’elle a une écriture de « cantinière. »

L’activité principale d’Astié de Valsayre est toujours le journalisme. Elle fonde et dirige, de 1897 à 1901, La Femme de l'avenir, où elle publie en particulier des articles sur l'instruction des jeunes filles ou sur l'hygiène.

Sensible au thème du racisme, qu’elle fustige à plusieurs reprises, Astié de Valsayre écrit en décembre 1898 à un journal antisémite : « J’apprends que L'Antijuif organise une équipe de photographes pour prendre les instantanés des Françaises achetant chez les Juifs, et que ces photographies seront exposées dans la salle des dépêches. Je serais particulièrement flattée de figurer dans celte galerie de « mises à l’index ». Craignant donc d'être absente quand se braqueront les appareils, je m’empresse de vous faire savoir que ma photographie est à votre disposition. Un mot m’apprenant que vous me faites l’honneur de m’admettre, et mon photographe vous l’enverra immédiatement. Astié de Valsayre, secrétaire général de l’affranchissement ». Le directeur de l’hebdomadaire, qui publie sa lettre, Jules Guérin, estime qu’elle est « une des plus jolies femmes de Paris », oratrice distinguée, élégante et spirituelle. Mais il lui reproche d’avoir « demandé qu’on coupât les curés en morceaux », même s’il y voit une fantaisie d’artiste.

À suivre

Marie Rose Astié de Valsayre

 

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2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 02/08/2023)

Devenue une oratrice en vue, Astié de Valsayre participe de manière régulière aux actions politiques. Elle est ainsi l’oratrice principale, assistée d’Eugénie Potonié-Pierre, d’une réunion publique organisée dans la grande salle de la Bourse du travail le 15 novembre 1888 « pour la réorganisation du syndicat des dames ». Elle est cependant mécontente de l’organisation de cette réunion par le Parti socialiste possibiliste (Fédération des Travailleurs socialistes de France, FTSF), considérant que le montant fixé pour l’adhésion au syndicat écarte de nombreuses femmes du peuple. Elle démissionne alors de la commission de réorganisation.

Mais elle va s’intéresser aux luttes menées par des travailleuses, en tenant, en janvier 1889, sous l’égide du mensuel L’Union Internationale des Femmes, un meeting au bénéfice d’ouvrières teinturières en grève, conjointement avec Louise Michel, icône de la Commune de Paris, revenue au début de la décennie du bagne de Nouvelle-Calédonie. Elle critique, dans un article dudit journal, l’inégalité salariale fondée sur le concept selon lesquels les femmes seraient des êtres inférieurs : « l’ouvrière travaille le double de l’ouvrier pour gagner moins que lui. »

Toujours avec Louise Michel, Astié de Valsayre tient au cours de l’année 1889 plusieurs réunions à Paris et en banlieue sur les questions sociales. Elle soutient l’idée que « la femme doit être socialiste parce qu'elle est l'opprimée ». Elle n’oublie pas ses combats pour le droit des femmes à s’habiller comme elles le veulent. Ainsi, elle écrit au préfet du département de la Seine en février de cette année-là : « Ayant été faire une conférence à Fontenay-sous-Bois, le 10 de ce mois, par le temps de grande neige que vous avez vu et, grâce aux jupons qui s’imprègnent jusqu’à la ceinture, en étant naturellement revenu avec un refroidissement ; Considérant que le costume féminin n’est possible que pour les femmes qui n’ont rien à faire, je vous préviens que dorénavant je m’habillerai en homme, chaque fois que mes occupations le nécessiteront. »

Parmi les thèmes favoris d’Astié de Valsayre figure celui de l’éducation. La différence entre le baccalauréat féminin et celui des garçons fait que les filles n’ont pas le droit de s’inscrire aux études de médecine. Elles doivent d’abord faire deux années complémentaires d’études pour maîtriser les langues anciennes et matières scientifiques qui étaient écartées du cursus des lycées qui leur étaient réservés. Une des conséquences est qu’elles n’ont pas accès à l’internat des hôpitaux, dont l’âge limite est fixé à 27 ans, et Astié de Valsayre demande au ministre de l’éducation de changer en premier lieu cette limitation pour les filles, avant d’égaliser les programmes en vigueur dans les études secondaires. Mais au fond, ce que Astié de Valsayre revendique, c’est « Une éducation virile, scientifique et anticléricale des citoyennes. »

Rédactrice du journal l'Égalité, prend part au Congrès français et international du droit des femmes tenu à Paris en 1889 en tant que déléguée du Cercle des femmes indépendantes de France. Elle y fait une communication sur les « Recherches sur la dissolution des mœurs et sur les moyens d'y remédier » ; sa conclusion est claire, il faut « la parfaite égalité des deux sexes et la concession à la femme de tous les droits donnés à l’homme sans exception. »

En août 1889, Astié de Valsayre prend l’initiative de fonder la Ligue des femmes socialistes, dont elle devient la déléguée. En septembre, elle participe en tant que telle au congrès de la Libre pensée. Le premier objectif de la Ligue est de présenter des candidatures féminines aux prochaines élections législatives.

Léonie Rouzade, qui avait déjà candidaté à Paris aux municipales de 1881 et aux législatives de 1885, fait partie des quatre candidates promues par la Ligue mais elle ne donnera pas suite. Elles seront trois à tenter de s’aligner : Eugénie Potonié-Pierre, Émilie Saint-Hilaire et Astié de Valsayre. Cette dernière se présente dans la circonscription de Clignancourt à Paris (18e arr.) revendiquant l’étiquette de socialiste. Dans son programme, elle fait figurer l’abolition de la réglementation de la prostitution et la suppression du mariage.

Une réunion, convoquée par la Ligue des femmes socialistes le 19 septembre à Montmartre se fait devant une salle comble d’environ 300 femmes selon la presse, un millier pour les organisatrices. Mais l’ambiance est hostile ; ainsi, la majorité applaudit quand, selon le quotidien Le Matin, une assistante déclare que les femmes ne doivent pas s'occuper de politique.

Dans son carnet d’une candidate, pour L'Égalité, Astié de Valsayre convient qu’elle n’a pas pu « dominer le tumulte » mais se félicite qu’un ordre du jour ait été voté la félicitant, avec les autres intervenantes « de l’énergie qu'elles déploient chaque jour pour obtenir l’émancipation de la femme. »

Le préfet met de nombreux obstacles au dépôt des candidatures, même s’il ne peut les empêcher de faire campagne. Les voix qu’elle recueille ne sont pas comptées. Le général Boulanger (populiste, alors réfugié en Angleterre) obtient la majorité absolue et est déclaré élu, mais il est bientôt jugé comme inéligible et Jules Joffrin (socialiste) proclamé à sa place.

En octobre, lançant un appel Aux femmes dans L'Égalité, Astié de Valsayre proclame « Mes sœurs, il n’y a plus d’hommes ! Le mâle se meurt, le mâle est mort et celui qui se pare de ce nom n'est plus digne de le porter ! » et elle conclut : « Il y a quelques années j’avais déjà songé à organiser un bataillon de franches-tireuses pour ces cas douloureux où il faut bien répondre à la violence par la violence !... Puisqu’il n’y a plus d’hommes, c'est actuellement le vrai moment. »

La Ligue des femmes socialistes reste une organisation politique, soutenant les grévistes, dénonçant les conditions de travail dans les couvents, promouvant les droits politiques des femmes. Cependant, suite à un conflit avec le directeur du quotidien L'Égalité, qui l’hébergeait, Astié de Valsayre démissionne en novembre 1889. Elle reproche à Jules Roques de vouloir interdire l’adhésion d’hommes à son organisation.

À suivre

Marie Rose Astié de Valsayre

 

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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 31/07/2023)

S’intéressant toujours à la médecine, Astié de Valsayre qui avait été mordue en juillet 1878 par un chien enragé à son domicile de la rue Saint-Jacques, avait elle-même cautérisé ses plaies au fer rouge, selon son témoignage, avec l’aide de son mari d’après ce dernier. Le docteur Astié meurt en juin 1881. Il lui lègue un certain capital.

Suivant, dans la presse, les travaux de Louis Pasteur, elle lui propose, en novembre 1884, soit plus de six mois avant qu’il n’en fasse les premiers essais sur la rage, de lui inoculer son vaccin antirabique. Le chimiste lui répond : « Il serait très dangereux, madame, de tenter l'épreuve ». Elle insiste, sans succès, en mettant les journaux au courant de ses démarches.

En avril 1886, ayant entendu que le docteur Gruselbach, de l'Université d'Uppsala (Suède) aurait mis au point un dispositif de conservation d’être humain en les plongeant dans le froid pendant plusieurs années (cryonie) elle lui écrit pour se porter candidate. Elle n’aura pas de réponse.

Marie Rose Astié de Valsayre publie dans la seconde partie des années 1880, des textes littéraires généralement courts, comme Le retour de l'exilé, poème patriotique, qu’elle signe Jean Misère, en 1887 ou une épître, la Deuxième aux Pharisiens, la même année où elle s’adresse au grand quotidien, Le Petit Journal, en lui demandant de cesser de publier des annonces mercantiles pour les « somnambules et tireuses de cartes. »

L’intérêt d’Astié de Valsayre pour le sport, joint à sa préoccupation de l’émancipation féminine et à son patriotisme, vont provoquer sa notoriété d’une manière spectaculaire.

En octobre 1884, un journaliste du quotidien le Cri du Peuple, ayant traité Astié de Valsayre de « Veuve vautour », elle lui demanda une réparation par les armes. Mais le publiciste, nommé Polignac refusa de se battre avec une femme ; en compagnie de deux personnes, dont son compagnon Albin Rousselet, elle le roua de coups dans un café.

En décembre 1885, reconnaissant que ce qu’elle avait écrit dans Les Amazones du siècle pouvait être considéré comme une offense à certaines des personnes visées, Astié de Valsayre se mit à leur disposition si elles voulaient se battre et le signifia notamment à Eugénie Pierre. Cette dernière refusa : « Je suis absolument contre le duel, et le sexe des combattants ne changerait pas mon opinion. Le duel, ce reste de barbarie, n’a jamais rien prouvé. Si Mme de Valsayre a pu m'offenser, elle m'a loyalement demandé de lui tendre la main en signe de pardon, ce que j'ai fait. »

C’est au tour d’une Américaine, miss Shelby, de se frotter, en mars 1886, à la vindicte belliqueuse d’Astié de Valsayre. Lors d’une conversation, la féministe américaine affirme la supériorité dés doctoresses françaises sur les doctoresses américaines. Comme Astié de Valsayre conteste l’affirmation, elle la traite d’idiote ; la française lui jette alors son gant au visage. Elles conviennent de régler leur différend à l’épée, sur le champ de bataille de Waterloo (Belgique). N’ayant pas trouvé de français acceptant ce rôle, les quatre témoins seront tous américains. Au second engagement, l’Américaine a été légèrement touchée au bras ; puis elle présente ses excuses à Astié de Valsayre, qui salue alors la noblesse de son comportement.

Un mois plus tard, elle s’en prend à la maréchale Booth, anglaise et responsable en France de l'Armée du Salut. Elle lui reproche les « doctrines pernicieuses » de son organisation et lui intime de quitter la France ou d’accepter son défi. La missionnaire protestante refuse de se battre, et se dérobe également au débat public que la militante laïque française veut lui imposer.

Quelques semaines après, Astié de Valsayre tint seule, et devant un petit public, une conférence sur L’escrime et la femme mettait en avant son opinion que la pratique de l’escrime contribuait à leur réhabilitation physique tout en renforçant leur rôle central de leur mission en tant que mères.

Une pétition contre « l’abus des droits paternels » est adressée à la chambre des députés en janvier 1887 par Maria Martin, militante féministe qui la signe au nom du « suffrage des femmes », et Astié de Valsayre, qui s’exprime « pour les mères de France. »

C’est toujours sous la forme pétitionnaire auprès des élus du peuple que Astié de Valsayre soulève, en juillet 1887 une autre question qui va provoquer une considérable masse d’articles dans la presse. Elle y demande, pour les femmes, « la liberté du costume ». L’assemblée charge une commission d’étudier les arguments. Elle explique : « Dans toutes les bagarres de terre ou d'eau, la femme, en raison de son costume, est une victime prédestinée à la mort, et les accidents de tramways survenant pour le même motif sont quotidiens. À la seule pensée des malheureuses ainsi empêchées de fuir lors de l'incendie de l'Opéra-Comique, il semble logique et humain d'éliminer la loi routinière qui interdit aux femmes de porter le costume masculin, tout aussi décent, quoi qu'on en puisse dire, surtout incontestablement plus hygiénique. Au nom de celles qui ne sont pas esclaves du luxe, je viens vous prier, messieurs, de bien vouloir décréter la liberté du costume, liberté qui, après tout, ne peut nuire à personne. »

Un an plus tard, la 17e commission de la Chambre des députés considère « qu'il n'y a pas matière à œuvre législative » du fait que « Aucune loi n'impose aux femmes les vêtements compliqués dont elle se recouvrent et le port de l'habit masculin n'est interdit aux femmes que par mesure de police. »

Poursuivant son engagement, Astié de Valsayre rejoint une des premières organisations socialistes, l'union fédérative du centre, adhérente à la Fédération des Travailleurs socialistes de France (FTSF). Elle participe au congrès d’août 1887 en tant que déléguée du groupe le Droit des femmes, qui se présente comme une société du suffrage des femmes. Elle intervient pour défendre l’existence de l'Assistance publique, en se félicitant de sa laïcisation. La FTSF, de tendance possibiliste, est dirigée par Paul Brousse. Astié de Valsayre interviendra désormais régulièrement dans ses débats.

A suivre

Astié de Valsayre

 

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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 29/07/2023)

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Marie Rose Astié de Valsayre, qui était mère d’un garçon de deux ans et venait de perdre une fille de quatre mois, était sans doute encore professeure de musique. Elle décide de s’engager auprès des troupes françaises combattant l’avancée des allemands en tant qu’ambulancière. Lors des combats sur le plateau d'Avron (Seine, act. Seine-Saint-Denis), qui durèrent d’octobre à décembre 1870, elle est a eu le lobe de l'oreille entamé par une balle. Elle en gardera une surdité partielle.

Il est probable qu’elle ne s’est pas impliquée dans la Commune de Paris, le régime socialiste qui prit le contrôle de la ville en refusant la capitulation devant les troupes germaniques. Mais elle est liée à Henry Louis Champy, ouvrier coutelier, élu au Conseil de la Commune, déporté en Nouvelle-Calédonie après la défaite de l’insurrection en mai 1871. À son retour, il adhère au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Plusieurs dizaines de journaux les prétendirent mariés en 1891, ce qu’elle démentit.

En avril 1872, Astié de Valsayre donne naissance à son quatrième enfant.

Si les compositions musicales de celle qui se faisait alors appeler Marie de Valsayre lui avaient déjà apporté une certaine notoriété, ce sont ces études qui la mirent en avant dans la presse parisienne. En novembre 1874, venant de recevoir un certificat de grammaire, elle se présente devant une commission d’inspecteurs de l'Académie, parmi 36 candidats, pour suivre un cursus médical. Son examen a porté sur l’appréciation critique du Misanthrope, pièce de Molière. Le Soleil indique qu’il y eut dix reçus et qu’elle fut « en première ligne ». C’était quelques années plus tôt, en 1868, que le droit de s’inscrire pour des études médicales avait été ouvert aux femmes, mais aucune n’avait encore été diplômée comme médecin. Astié de Valsayre publia une brochure en 1874, Certificat de grammaire, à l’usage des officiers de santé et pharmaciens, qui était une sorte de guide pour préparer l’examen.

Pendant une dissection dans un cours d'anatomie, elle se piqua et fut amputée d'une phalange de la main gauche. Une autre agression vint, en juillet 1878, d’un chien enragé qui la mordit aux deux mains. Elle cautérisa elle-même les plaies au fer rouge, avec l’aide de son mari, le docteur Astié. Ce sont cependant les suites de sa blessure de guerre qui la conduisirent à abandonner, en 1879, la voie qui aurait pu l’amener au titre de docteur. Camille Delaville, dans Le Constitutionnel (1887/02/14) explique : « Mme Astié est fort savante, mais sourde, elle n'entend que la moitié des questions des examinateurs et aime mieux être refusée que d'avouer cette innocente infirmité. »

Cependant, ayant réussi les trois années de scolarité requises, elle eut le titre d’officier de santé, équivalent à celui d’infirmier actuellement et put exercer comme sage-femme.

Elle se tourne vers la presse, devenant secrétaire d’Émile de Girardin, patron du quotidien La Presse. Elle écrit également des articles scientifiques dans Civilisation, par exemple en 1880 sur le Père Galien d'Avignon, sous le titre La Science et le clergé, ou sur l’astronome allemand Pierre Ungeschick. L’hebdomadaire La Femme de France publie un texte d’elle sur La Femme et la science, en septembre 1879. Elle soutient que « être mère de par la nature, c’est-à-dire involontairement, n’est rien ; tandis qu’être mère de par l’instruction est une œuvre grandiose » et elle appelle : « mes sœurs, continuez à secouer le joug avilissant de l’homme ! » Un de ses lecteurs s’étonne « Mme Astié de Valsayre ne serait-elle pas un homme caché sous un pseudonyme féminin ? Je dois vous l’avouer, j’ai fait une enquête dans votre quartier ; j’ai appris que vous existiez réellement, ce qui m’a stupéfié. »

Les publications scientifiques se poursuivent, sur la Cuisine physiologique en juin 1880 puis une tentative en anthropologie au sujet du Croisement des races en octobre la même année.

Astié de Valsayre est associée aux travaux du groupe de l'enseignement secondaire des jeunes filles, qui fait suite à l’adoption en décembre 1880 de la proposition de loi du député Camille Sée. Le texte législatif institue les collèges et lycées publics de jeunes filles, mais « les dispense de certaines études pour faire place aux travaux et aux occupations de leur sexe ». Les langues mortes sont exclues, la morale tient lieu de philosophie et l'enseignement scientifique reste élémentaire. Au contraire, Astié de Valsayre dépose en mars 1883 un Mémoire sur l'enseignement secondaire des jeunes filles et la question du latin, plaidant pour leur accès à un baccalauréat identique à celui des garçons. Elle envoie en mai 1883 aux députés un Mémoire sur l'utilité de l'enseignement de grammaire dans l'instruction de la femme. Elle explique que, malgré son titre universitaire, on ne lui permet pas d’enseigner aux jeunes filles. Elle soutient également que, si ces dernières pouvaient apprendre le latin, on cesserait de les discriminer en matière salariale dans les institutions éducatives.

Sous un pseudonyme masculin, Jehan des Étrivières, Astié de Valsayre publie en 1882 un pamphlet, Les Amazones du siècle, sous-titré les Gueulardes de Gambetta. Elle y attaque Louise Michel, Léonie Rouzade ou Eugénie Potonié-Pierre, toutes féministes dont elle sera ensuite proche. En décembre 1885, après de vifs échanges, elle reconnaîtra dans L’Événement qu’elle les avait « sottement attaquées. »

À suivre

Astié de Valsayre

 

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27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 01:01

Début de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise complétée de la première publication du 27/07/2023)

Claire Léonie Ferdinande Tastayre naît le 30 août 1846 à Paris. L’acte originel de sa naissance fait partie des documents détruits par le feu lors de l’incendie de l’hôtel de ville de Paris en 1871. Elle est, d’après l’enregistrement de son mariage à l’état-civil de Paris en juin 1869, la fille naturelle non reconnue de Claire Rosalie Tastayre. Elle n’utilisera pas ses prénoms officiels et préfèrera ceux de Marie, parfois de Marie Rose.

Son père n’est pas dénommé dans ce même acte état-civil. Cependant, son biographe, Eutrope Lambert (1842-1916) le décrit ainsi, sans le désigner par son nom : « Son père, d'une famille noble et ruinée par les révolutions, donnait des leçons de droit, — et la médiocrité, pour ne pas dire la misère, régnait au logis. Hélas ! chaque fois que le gentilhomme pauvre arrêtait son regard sur le petit berceau qui contenait toutes ses espérances, il devenait triste et songeait à conquérir une fortune. Si bien qu'un jour il s'embarqua pour l'Amérique, d'où il ne revint jamais. La fièvre l'avait emporté quelques jours après son arrivée ! » Pour le journaliste Jean Bernard (Express, 1900/06/01), son procréateur était un avocat breton.

Il est très vraisemblable que le géniteur de Marie ait été Ferdinand Jacques de Valsères. Un acte reconstitué de l’état-civil parisien atteste de la naissance de Louise Berthe Zulyme Léonie de Valsères, née en juin 1845 à Paris. Ferdinand Jacques de Valsères est présenté dans comme docteur en droit, marié avec Claire Rosalie Tastayre et père de leur fille. Ils résidaient rue Christine (act. 6e arrondissement de Paris). Il est possible que, comme une partie des aristocrates au début du 19e siècle, ils aient célébré un mariage religieux mais sans qu’il soit déclaré à l’état-civil, contrairement aux lois en vigueur.

Il est peu probable qu’on puisse l’assimiler à Jacques de Valserres, avocat, professeur, publiciste et agronome, spécialiste du droit rural. Son portrait fait dans l’atelier du photographe Nadar indique qu’il serait né en 1812 et décédé en 1882. Selon le ministère de l'instruction publique, qui répertorie ses travaux historiques en 1888, il serait mort en novembre 1882, à l'âge de 71 ans et serait le pseudonyme de Jules Jacques.

La mère de Marie, Claire Rosalie Tastayre, fut, selon le journaliste Jean Bernard (Express, juin 1900), institutrice et était « d’une vieille famille du Pas-de-Calais », et « née à Coblence pendant l’émigration » ; une partie de l’aristocratie français se réfugia dans cette ville pendant la révolution. Mais elle voit le jour en réalité à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) en avril 1806. La famille vivait en 1798 et en 1805 à Paris où ses deux sœurs aînées ont vu le jour.

Eutrope Lambert – un poète qui lui voua une grande admiration -, décrit l’enfance de Marie : « Les premières années de Marie de Valsayre [un pseudonyme qu’elle adopta dès 1862] s'écoulèrent comme les flots bruyants d'un fleuve qui court vers la mer. L'impatience semblait mêlée au sang de cette enfant. Il fallait qu'elle courût avec les petits drôles du quartier, qu'elle se déchirât, qu'elle battit les chats et les chiens, qu'elle crevât les yeux aux petits oiseaux et qu'elle fit enrager sa mère, — sa pauvre mère qui s'imposait tant de travail et de privations pour l'élever. — Cependant, il y avait quelque chose qui calmait le petit démon, quelque chose qui la rendait douce — elle, la méchante, — la musique ! — Oh ! comme elle s'arrêtait au milieu de ses innocentes cruautés quand les vibrations d'un piano arrivaient jusqu'à elle ou que la musique militaire passait sous ses fenêtres. Alors elle devenait toute sérieuse et son regard semblait inspiré ; puis elle courait dans un coin de la chambre, revenait traînant une vieille guitare, — le seul de ses jouets qui eût survécu, — et, la posant devant elle, pinçait les cordes pour en tirer des accords. Sa vocation était trouvée et sa mère lui fit donner des leçons de solfège et de piano. L'étude calma un peu sa turbulence sans la faire disparaître. Ses progrès furent rapides, et à six ans, dans les petites solennités classiques, c'était toujours elle qu'on choisissait pour chanter ou tenir le piano. Ce n'est pas tout : Marie voulut aussi apprendre à jouer du violon, et, bon gré mal gré, il fallut lui donner un maître italien. Puis elle perfectionna son chant avec Duprez ; déjà les romances qu'elle chantait prenaient cette expression ravissante qui est le charme de son talent. Elle semblait aimer plus particulièrement ce genre de musique qui est le plus sympathique et le plus beau ; mais de fréquents vomissements de sang survinrent, et elle y renonça pour s'adonner entièrement à l'étude de l'harmonie, de la fugue et du contre-point. A treize ans, Marie de Valsayre entrait dans le monde des artistes et était reçue membre de plusieurs sociétés musicales. Une schotisch : Follette, — composée à cinq ans et corrigée par elle, — venait de paraître chez Meissonnier. Son talent sur le violon la faisait rechercher. Digne émule des jeunes sœurs Milanollo, elle exécutait sur cet instrument, avec une pureté et une délicatesse infinies, les morceaux les plus difficiles. »

Élève du Conservatoire de musique de Paris, Marie de Valsayre devient ensuite professeur de violon. À partir de 1862, quand elle a donc 15 ans, et jusqu’en 1866, elle publie des romances, chœurs ou opérettes, notamment sur des textes d’Eutrope Lambert, Joseph Gouverneur et Théodore Leclerc. Ces œuvres lui valent une certaine notoriété, dans la société aristocratique et bourgeoise parisienne.

En avril 1863, elle donne un premier récital, jouant au piano des œuvres de Beethoven et les siennes. Elle en donne un autre, sur l’Hippodrome d’Auteuil, en août la même année. Le Conseiller des artistes salue, en février 1864, sa « musique intelligente et sentimentale ». Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse qualifie ses mélodies de « pleines de sensibilité ». Cependant, en août 1865, La Semaine musicale considère à propos d’une de ses compositions, Un Ange, que « Le chant ne manque pas de charme mais la prosodie est très-défectueuse ». Les personnes auxquelles elle dédicace ses œuvres sont des artistes, comme son professeur Eugène Gérard, ainsi que des personnes de la bonne société parisienne, notamment des aristocrates.

C’est également à 15 ans que Marie de Valsayre assure s’être mariée ; cependant, la célébration officielle à la mairie du cinquième arrondissement n’aura lieu que sept ans plus tard.

Sa mère, qui partageait alors la vie d’un lithographe d’origine suisse, Marcelin Maggi, meurt quand Marie a 18 ans, en janvier 1865.

Sous le nom de Marie de Valsairre, identifiée comme rentière et vivant rue Clauzel (act. 9e arrondissement de Paris), elle met au monde en août 1866 un fils, de père non dénommé, et inscrit comme Maxime Gustave Christian de Valsairre sur les registres parisiens. Il meurt en décembre 1867 et est enterré au cimetière de Montparnasse avec la mère de Marie, qui vit alors rue du Val de Grâce (5e arr.).

Son deuxième garçon Octave, né en février 1868 sera reconnu à l’occasion de mariage de Marie en juin 1869 à Paris (5e arr.) avec Louis Charles Astié, docteur en médecine Son époux est originaire du Tarn. Dans un entretien paru en 1892, elle raconte : « j'ai toujours fait, douloureusement et consciencieusement, mon devoir d'épouse » mais assure que « par malheur », « le docteur Astié, était alcoolique ». Elle adopte le patronyme « Astié de Valsayre », auquel elle ajoute parfois, mais rarement, les prénoms Marie Rose. Une fille, Anne, nait deux mois après les épousailles légales mais ne vivra que quatre mois.

La famille vit rive gauche à Paris (5e arr.), d’abord rue du Val-de-Grâce puis rue Saint-Séverin.

Astié de Valsayre

 

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 00:01

François Lauze naît le 20 mai 1857 à Saint-Julia-de-Bec (Aude). Il est le fils d’Anne Rougé et de son mari Jean Baptiste Lauze. Son père est cordonnier ; selon son arrière-arrière-petit-fils, Laurent Ghirardi, en tant qu’artisan, le cordonnier Lauze « demandait à ses ouvriers qu'ils changent chaque semaine de main pour travailler afin qu'en cas d'accident ils puissent continuer à travailler. »

Lors de son enregistrement pour ses obligations militaires en 1877, François Lauze est noté comme étant de religion catholique et exerçant aussi la profession de cordonnier dans le village de Fitou (Aude). Il va faire quatre ans de service, étant incorporé à Narbonne au sein du 81e régiment d'infanterie en novembre 1878. Il part avec son unité en avril 1881 en Algérie où, selon son livret militaire, il « A fait partie des colonnes appelées à réprimer les mouvements insurrectionnels sur le territoire algérien ». Il revient en métropole en novembre 1882 et est démobilisé le mois suivant.

Reparti en Algérie à titre personnel, il est domicilié en 1883 à Souk-Ahras, dans la province de Constantine. Il rejoint rapidement Alger où il est élève infirmier de l’école professionnelle située dans l'hôpital de Mustapha, commune de l’agglomération algéroise. Il est promu infirmier de 1e classe en novembre 1887. Il va effectuer toute sa carrière au sein de cet établissement civil, exerçant depuis au moins 1892 la fonction de concierge. Selon Laurent Ghirardi (son arrière-petit-fils), il était de ce fait « une personne importante, des personnes s'adressaient à lui par courrier pour obtenir un rendez-vous auprès de médecins de l'hôpital ! »

En août 1888 François Lauze épouse à Mustapha Marie Duteil, couturière, qui vit dans la même ville et est originaire de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Ils résident au sein même de l’hôpital.

La cinquième pandémie de choléra, qui se déclenche en 1881 dans le delta du Bengale (Inde) se propage en Afrique et en Europe et arrive en Algérie en 1896. François Lauze est chargé de la garde de l'ambulant d'El-Kettar (quartier d’Alger, situé au-dessus de Bab El Oued). Il obtiendra pour cela la médaille de bronze des Épidémies en août 1896.

Chargé de la garde de l’établissement civil le plus important d’Algérie, François Lauze se prend d’intérêt à l’aménagement de son espace. Il adhère en 1895 à la Société d’horticulture d’Alger et sera l’un des fondateurs de l’Amicale des jardiniers et horticulteurs. Le quotidien La Dépêche algérienne décrit ainsi son rôle (9 août 1898) : « le concierge, M. François Lauze, qui entretient avec un soin jaloux les deux petits parterres situés à l’entrée même de l'hôpital. Chaque saison est un changement de décor et la mise en scène est aussi brillante que variée. Roses au printemps, verveines, hibiscus, cannas en été, chrysanthèmes en automne et pensées en hiver, attirent les regards des passants, malades ou visiteurs, qui ne peuvent s’empêcher d’admirer le bon goût de M. Lauze et le féliciter de son savoir en horticulture. »

François Lauze tenait également la buvette de l’hôpital « ce qui lui permettait de connaître beaucoup de personnes et surtout d’augmenter ses revenus », selon Laurent Ghirardi.

Dans le domaine social, François Lauze est mis en cause en février 1899 par le quotidien antisémite L'Express algérien qui prend le titre de L’Antijuif, qui lui reproche de réunir les ligueurs dans une des salles de la mairie de Mustapha ; la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen a été fondé l’année précédente, dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Mais, affichant également son patriotisme, François Lauze souscrit, le même mois pour la construction du sous-marin « L’Algérie » destiné à la marine nationale. Il est en avril 1899 secrétaire du conseil d'administration de la Bourse du travail de Mustapha, le regroupement local des syndicats. Il est l’un des sociétaires de l'Association amicale et de prévoyance des employés civils de l'Algérie en 1911. Il sera en 1919 président du Syndicat des travailleurs de l’Assistance publique.

Lauze s’engage également dans de très nombreuses autres activités civiques. Depuis 1895 et jusqu’au moins 1906, il est membre de la Société protectrice des animaux. En 1919, il est vice-président de la Société coopérative des patrons limonadiers La Fourmilière, également vice-président de la Société amicale Les Enfants de l’Aude.

Parallèlement à son engagement social, François Lauze est franc-maçon et participe aux travaux de la loge Le Delta dont il est mentionné comme participant en 1906 et le reste en 1919.

Du fait de son statut social, les deuils familiaux qui touchent François Lauze son largement relayés, en particulier dans la franc-maçonnerie. C’est le cas du décès de son épouse, en février 1906, de son fils aîné Gaston en septembre 1906 puis de son deuxième enfant, sa fille Marguerite en mai 1907. À la disparition de sa femme, François Lauze avait la charge de cinq enfants, dont le plus jeune, Jean, alors âgé de deux ans, va devenir peintre.

Libéré des obligations militaires depuis novembre 1903, François Lauze n’est pas mobilisé pendant la première guerre mondiale ; son deuxième fils, Pierre, sert dans l’aviation.

François Lauze meurt le 27 novembre 1919 à Kouba, commune de la proche banlieue sud-est d'Alger, dans un accident ferroviaire.

Plusieurs articles rendent compte de l’accident, notamment dans les quotidiens algérois La Dépêche algérienne, L’Écho d’Alger et Les Nouvelles. Selon leur récit, François Lauze rendait visite à sa fille Jeanne, institutrice un jeudi (jour non travaillé dans les écoles) à Beni-Amrane, ville kabyle à une soixantaine de kilomètres d’Alger. En arrivant en gare de Rouïba, aidant une jeune fille à descendre des paquets, il fait une chute, et est écrasé par un wagon. Outre le faire-part de la famille, six institutions rendent compte du décès dans la presse le même jour : La Fourmilière, Les Enfants de l’Aude, la Société d’horticulture, l’Amicale des jardiniers, le Syndicat des travailleurs de l’Assistance publique et la loge maçonnique Le Delta.

Âgé de 62 ans, François Lauze était père de six enfants, dont trois étaient encore vivants. Il avait été décoré de la médaille de bronze de l’Assistance publique en décembre 1912.

François Lauze, arch. fam.

 

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22 octobre 2025 3 22 /10 /octobre /2025 00:01

Marie Louise Élise Oudinot naît le 21 août 1790 à Bar-le-Duc (act. Meuse). Elle est la fille de François Charlotte Derlin et de son époux Nicolas Charles Oudinot. Elle est l’aînée des sept enfants du couple et son père en aura ultérieurement quatre autres après son remariage.

Son père (1767-1847) ancien sergent dans régiment d’infanterie du Médoc (1784-1787) avait ensuite quitté l’armée, mais il la rejoint comme lieutenant-colonel au 3e bataillon de la Meuse en 1792. Il fera ensuite une très brillante carrière sous la Révolution, le premier Empire comme sous la Restauration ou la monarchie de Juillet. Il est général, maréchal, ministre d’État.

Ses parents ont acheté, en l’an 9 (1801), le domaine de Polangis (ou Poulangis), vaste ensemble situé sur les bords de Marne, dans la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (Seine, act. Val-de-Marne), mais sur la rive gauche, alors quasiment inhabitée. La famille se partage certainement entre plusieurs résidences : Bar-le-Duc (où naissent six des sept enfants de la famille Oudinot entre 1790 et 1808), Paris où les généraux ont un lieu d’accueil et donc La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur et leur nouveau château de Polangis.

La famille vit à Polangis où elle est recensée en l’an 10 (1802). Mais un seul de leurs enfants est répertorié avec eux, Auguste Numa (1799-1835) qui sera colonel et mourra lors de combats en Algérie. Les aînés, dont Marie Louise, 12 ans, restent sans doute à Bar-le-Duc une partie de l’année.

Cependant, c’est bien à Pont-de-Saint-Maur que Marie Louise se marie, en mars 1808, avec le général de brigade Pierre Pajol. Elle a 17 ans, et lui 36. Dans sa corbeille de mariage, ses parents ont placé le domaine de Polangis, valorisé 100 000 francs, auxquels s’ajoutent le mobilier du château (20.000 fr.) et 150.000 fr. en liquide, valeurs et créances. Le patrimoine et les revenus du ménage permettent au général et à son épouse d’occuper une position brillante au sein de la société impériale. Elle est réputée être très organisée, et lui ajoute à ses talents militaires une vraie culture, disposant d’une riche bibliothèque d’ouvrages historiques et philosophiques.

À la fin de l’Empire, en juin 1814, Pajol et sa femme vendent Polangis à André-François Miot (1762-1841). Ancien haut fonctionnaire, devenu ministre des Affaires étrangères en 1794-95, administrateur de la Corse, ministre du royaume de Naples puis intendant de la maison royale d’Espagne. Il venait d’être nommé comte de Mélito et menait désormais une carrière littéraire, notamment comme traducteur du grec ancien.

Le famille Pajol habite désormais Paris d’abord dans le Faubourg Saint-Germain, puis dans les nouveaux quartiers de la Chaussée d’Antin. Avec l’appui d’Oudinot, Pajol retrouve un commandement prestigieux, celui de la division de cavalerie du roi ; lors du retour de Napoléon pour les Cent-Jours, en mars 1815, il est nommé pair de France. Après l’abdication de l’empereur suite à la défaite de Waterloo, Pajol est mis à la retraite. Il se lance dans les affaires, exploitant le premier bateau à vapeur à traverser la Manche. C’est un échec et son épouse, Marie-Louise, dans l’intérêt de ses enfants, obtient en juillet 1817, du tribunal de première instance du département de la Seine un jugement de séparation de biens ; Pajol doit alors 120 000 fr. à sa femme.

Un nouvel investissement patrimonial, avec une dimension économique, est fait par les époux Pajol en 1821. Ils achètent, pour 40 000 francs, les reste de l’ancienne abbaye du Paraclet à Quincey, act. Ferreux-Quincey, Aube). Fondée en novembre 1131 par Abélard (1079-1142), philosophe et théologien chrétien, elle a eu pour première abbesse son épouse, Héloïse (1092-1164). Ancienne élève d’Abélard et mère de leur enfant Astrolabe, Héloïse fut d’abord une intellectuelle en vue dans le Paris du 12e siècle, puis une écrivaine réputée, notamment pour ses lettres à Abélard qui, châtré du fait de leur liaison scandaleuse, vivait dans un monastère à Nantes. Héloïse fut enterrée au Paraclet, puis les reste d’Abélard y furent transportés à la fin du 15e siècle. L’abbaye, restée prestigieuse, fut fermée pendant la Révolution française le 14 novembre 1792, les ossements d’Héloïse et d’Abélard étant transférés ; ils reposent désormais dans le cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Le domaine du Paraclet, vendu en novembre 1792 comme « bien d’émigré » au domestique d’un curé, appartient ensuite à un notaire, qui commence à démolir l’église, puis à un fripier parisien qui continue la destruction. Le comédien et directeur de théâtre, Jacques-Marie Boutet de Monvel (1745-1812), l’achète en 1794 et aménage la demeure abbatiale, restée debout, pour l’habiter. La famille de Monvel cède le domaine lors d’une vente aux enchères.

Les époux Pajol font entourer l’ancien tombeau d’une plantation funéraire et y élèvent une colonne votive, en forme d’obélisque, indiquant l’endroit où avaient reposé les restes d’Héloïse et d’Abélard. Marie Louise Pajol s’occupe de l’aménagement des lieux.

Dans l’ancien moulin, au bord de la rivière Ardusson, dans la commune Saint-Aubin, une fabrique de limes et de matériel agricole est établie en 1823. L’aciérie est constituée sous forme de société, dont Pajol est un des associés ; elle vit assez difficilement. Pajol tente de s’inspirer de méthodes qu’il va voir en 1826 en Angleterre, mais l’entreprise fait faillite. Il rachète le moulin en septembre 1830 et vend la ferme au baron Charles Walckenaer. En décembre 1831, la comtesse Pajol obtient par ordonnance royale le droit de transformer l’ancienne aciérie en un moulin à blé et à huile.

En juillet 1830, après la démission du roi Charles X, le comte Pajol est rappelé, avec la fonction de lieutenant-général, pour empêcher les tentatives de résistance des royalistes légitimistes. Il se rend à Rambouillet, où le souverain est installé et l’accompagne dans son départ vers l’étranger. La famille vit de nouveau en région parisienne.

Arrivant d'Asie une épidémie de choléra se propage rapidement à partir de la fin du mois de mars 1832. Elle touche une grande partie de l’Europe dans les mois et années qui suivent. En région parisienne, on estime que 18 000 personnes meurent de la maladie. Ce sont principalement des personnes de milieux populaires, vivant dans des quartiers insalubres. Cependant, elle touche également une partie de l’élite. Dans son journal, le maréchal de Castellane écrit : « Tous nos ministres sont malades (…) ; on ne conçoit rien à ce fléau ». Le docteur Augustin Fabre tient la liste des « Personnes de distinction mortes du choléra. France » ; parmi elles, « Casimir Périer, président du conseil des ministres (…), la comtesse Pajol, fille du maréchal Oudinot ». Elle est décédée le 18 avril 1832 à Paris (10e arr.). Elle était âgée de 41 ans et mère de trois enfants, dont une fille morte jeune.

À Joinville-le-Pont, l’épidémie de choléra de 1832 fit 18 victimes, dont 9 sont mortes. Dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés, il y eut 46 personnes atteintes et 25 trépas.

Selon Marc Oudinot, au décès de sa fille aînée, « Le maréchal Oudinot ne maîtrisa sa peine qu'en se consacrant à faire distribuer des soins et des secours dans tous les alentours de Jeand'Heurs, où il avait invité sa famille à se regrouper, confiant dans la salubrité du lieu ». Le château est situé à L'Isle-en-Rigault (Meuse).

Le général Pajol et les deux fils de la comtesse Marie Louise vendent en 1835 le domaine du Paraclet au baron Charles Walckenaer, dont la famille continue d’y résider en 2025. Les deux garçons Pajol devinrent généraux.

Façade Est de l’ancienne maison abbatiale du Paraclet (Wikipédia)

 

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24 juillet 2025 4 24 /07 /juillet /2025 00:01

René Jean Martin naît le 2 décembre 1897 à Paris (6e arr.). Il est le fils de Marie Louise Puisay et de son époux Jean Martin. Ils sont domiciliés à Gentilly (Seine, act. Val-de-Marne), rue de Montrouge.

Sa mère (1866-1945), couturière et domestique est native de la Vienne. Son père (1870-1910), employé de commerce, est originaire de Bordeaux.

Ils vont vivre à Châtillon (Seine, act. Hauts-de-Seine) en 1900. En 1901, René Jean séjourne dans le village maternel de sa mère à Gençay (Vienne), chez ses grands-parents avec ses sa sœur et son frère. Puis la famille Martin s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Ils résident en 1910 dans le quartier de Palissy, rue du 42e de Ligne. Jean Martin y meurt en juin 1910, quand René a 12 ans. Ils déménagent ensuite dans le quartier voisin de Polangis, avenue de l’Île (act. avenue d’Estienne-d’Orves).

Alors menuisier pendant la première guerre mondiale, René Martin s’engage en juillet 1916, à l’âge de 18 ans, devançant de deux ans l’appel de sa classe. Il signe un contrat de trois ans et est affecté dans la marine. Il sert sur le croiseur-cuirassé Ernest-Renan. Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1916, le Renan faisant route sur Salonique, aborde à vingt nœuds le vapeur italien Helvetia et le coupe en deux. Le naufrage fait, selon Il Naufragio dell'Helvetia, 15 morts, 115 personnes sont secourues. La plupart des passagers étaient des soldats italiens rentrant en permission. En juillet 1917, il devient matelot timonier, toujours sur le Ernest-Renan. Il est affecté en janvier 1918 à un bâtiment de servitude de Corfou (Grèce) puis en novembre la même année au Tourville, navire-école servant à l’apprentissage du canonnage. Le Ernest-Renan fait partie des bateaux menaçant de leurs canons en janvier 1919 le port de Sébastopol, qui font face à une révolte des marins, dont notamment André Marty, future icône du parti communiste ; René Martin n’y a probablement pas participé, contrairement à une légende propagée dans sa famille.

Après-guerre, René Martin sera libéré des obligations militaires en novembre 1932 et réformé, classé invalide à 100%, du fait d’une tuberculose pulmonaire. Il travaille en 1921 comme employé de chemin de fer. Il vit avec sa mère, sa sœur et le fils de cette dernière, encore dans le quartier de Polangis à Joinville-le-Pont, avenue Jamin.

Signalé dans son livret militaire comme résidant à Meaux (Seine-et-Marne) en 1925, route de Varreddes, il est cependant présent à Joinville, où il est, en compagnie de son frère André, candidat sur la liste du parti communiste lors de élections municipales de mai 1929. Au premier tour, il obtient 345 voix pour 1715 votants (20,1%) sur 2491 électeurs inscrits. La liste communiste du Bloc Ouvrier-paysan se maintient au second tour, mais n’a pas d’élu tandis que la coalition réunissant les radicaux-socialistes, les socialistes SFIO et des indépendants remporte la majorité, remplaçant une municipalité de droite.

Indiquant vivre dans la commune voisine de Champigny-sur-Marne en 1930, René Martin est de retour à Joinville en 1932, où il se met en couple avec Suzanne Henriette Robichon (1898-1968), alors mariée mais séparée ; ils résident rue des Lilas (act. rue Pierre-Allaire).

En 1933, René et Suzanne sont installés à Meaux, de nouveau route de Varreddes. Il est redevenu menuisier biseauteur de glaces. Lors d’une querelle avec des voisins, en juillet 1933, « pour un motif sans grande importance » selon le Journal de Seine-et-Marne, René et Suzanne sont, de même que leurs deux adversaires, condamnés pour voies de fait réciproques, à 25 francs d’amende.

René Jean Martin meurt le 29 juin 1938 à Meaux. Il était toujours menuisier et âgé de 40 ans.

René Martin sur le croiseur cuirassé Ernest-Renan, 1916 (Arch. fam.)

 

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20 juin 2025 5 20 /06 /juin /2025 10:29

Louis Seive naît le 14 juillet 1872 à Paris (20e arr.). Il est le fils de Marie Joséphine Massez et de son compagnon, Claude Marie Seive, qui déclare sa naissance et le reconnaît. Ses parents résident rue des Poiriers. Leur mariage, en décembre 1884 dans le même arrondissement, légitime son ascendance. Sa mère est native de Renaix, ville de Flandre orientale, en Belgique flamande à forte minorité francophone. Son père, natif de la Loire, qui a un jumeau prénommé Claude, est fabricant d’eau de seltz. Il meurt lorsque Louis a 13 ans ; ils vivent alors rue des Pyrénées. Sa mère décède deux ans plus tard à Boulogne (Seine, act. Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine).

Effectuant un service militaire d’un an, à partir de septembre 1893 au sein du 120e régiment d'infanterie, Louis Seive est démobilisé en octobre 1894, avec le grade de caporal, pour entrer comme élève à l’école nationale vétérinaire d’Alfort à Maisons-Alfort (Seine, act. Val-de-Marne). Admis à la 59e place sur 63 reçus, il poursuit une scolarité passable, obtenant son diplôme en juillet 1898 au 60e et dernier rang. Il avait été exclu de l’internat début janvier 1898 « pour s’être absenté deux jours sans autorisation » et avait poursuivi sa formation comme externe.

Installé dans l’appartement familial de la rue des Pyrénées (quartier Charonne), Seive devient membre de la Société protectrice des animaux en janvier 1899.

Il atteint une certaine notoriété en soignant, en mai 1900, le lion Ménélik, de la ménagerie de la Foire au pain d’épices (act. Foire du Trône), dans le Bois de Vincennes (12e arr.). Atteint d’une pleurésie double, il réagit vivement à l’intervention initiale, mais calmement à la deuxième opération ayant « sans doute senti un soulagement après les premiers soins » selon la presse parisienne et provinciale, qui en rend compte.

En février 1902, Seive autopsie un chien danois et établit qu'il était atteint de la rage ; il envoie ses quatre victimes à l’Institut Pasteur. Un atelier de maréchal-ferrant est également exploité par Seive, rue de Bagnolet, en 1907.

Après avoir effectué en 1896 et 1899 des périodes comme soldat de réserve, Louis Seive devient en juillet 1905 officier, avec le titre d’aide-vétérinaire (sous-lieutenant). Il est promu en août 1909 vétérinaire en second (lieutenant).

Installé en 1911 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), d’abord rue du Pont (act. rue Jean-Mermoz), puis rue des Cliquettes (act. rue Émile-Moutier), dans le centre-ville, il épouse en mars 1912 à Paris (12e arr.) Léontine Augustine Démaré, native de Tourcoing.

Au cours de la première guerre mondiale, Louis Seive est mobilisé en août 1914 au sein du 19e escadron du train des équipages militaires, où il intègre la 4e compagnie qui compte 281 hommes, 422 chevaux et 167 voitures.

Son comportement lui vaut, en mai 1917, une citation à l’ordre de la division : « Vétérinaire zélé, actif et consciencieux. Au front depuis le début de la campagne, a maintenu son effectif en parfait état avec le minimum de pertes. A assuré le service d'un groupement de chevaux blessés dans un endroit violemment bombardé [en avril 1917]. S'est dépensé sans compter et avec le plus grand dévouement ». Il est nommé en janvier 1918 vétérinaire-major (capitaine) et rendu à la vie civile en avril 1919.

À Joinville-le-Pont, Louis Seive participe, à la souscription « Pour la veuve et les enfants d'Ernest Berger », organisée par la section locale du mouvement royaliste Action française en juin 1925. Ernest Berger, né en 1889, était le trésorier de l'Action française. Il est assassiné, dans la station de métro Saint-Lazare à Paris, d'une balle dans la nuque par Maria Bonnefoy, prétendument à cause de sa ressemblance avec Charles Maurras. On compte 22 souscripteurs à Joinville.

Louis Seive meurt le 19 novembre 1935 à Joinville-le-Pont. Il était âgé de 63 ans et n’avait pas d’enfant.

Son comportement pendant la première guerre mondiale lui avait valu la Croix de guerre en mai 1917. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur, à titre militaire, en mars 1923.

Le lion Ménélik par le sculpteur François Pompon, musée d’Orsay, Paris

 

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