Début de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise complétée de la première publication du 27/07/2023)
Claire Léonie Ferdinande Tastayre naît le 30 août 1846 à Paris. L’acte originel de sa naissance fait partie des documents détruits par le feu lors de l’incendie de l’hôtel de ville de Paris en 1871. Elle est, d’après l’enregistrement de son mariage à l’état-civil de Paris en juin 1869, la fille naturelle non reconnue de Claire Rosalie Tastayre. Elle n’utilisera pas ses prénoms officiels et préfèrera ceux de Marie, parfois de Marie Rose.
Son père n’est pas dénommé dans ce même acte état-civil. Cependant, son biographe, Eutrope Lambert (1842-1916) le décrit ainsi, sans le désigner par son nom : « Son père, d'une famille noble et ruinée par les révolutions, donnait des leçons de droit, — et la médiocrité, pour ne pas dire la misère, régnait au logis. Hélas ! chaque fois que le gentilhomme pauvre arrêtait son regard sur le petit berceau qui contenait toutes ses espérances, il devenait triste et songeait à conquérir une fortune. Si bien qu'un jour il s'embarqua pour l'Amérique, d'où il ne revint jamais. La fièvre l'avait emporté quelques jours après son arrivée ! » Pour le journaliste Jean Bernard (Express, 1900/06/01), son procréateur était un avocat breton.
Il est très vraisemblable que le géniteur de Marie ait été Ferdinand Jacques de Valsères. Un acte reconstitué de l’état-civil parisien atteste de la naissance de Louise Berthe Zulyme Léonie de Valsères, née en juin 1845 à Paris. Ferdinand Jacques de Valsères est présenté dans comme docteur en droit, marié avec Claire Rosalie Tastayre et père de leur fille. Ils résidaient rue Christine (act. 6e arrondissement de Paris). Il est possible que, comme une partie des aristocrates au début du 19e siècle, ils aient célébré un mariage religieux mais sans qu’il soit déclaré à l’état-civil, contrairement aux lois en vigueur.
Il est peu probable qu’on puisse l’assimiler à Jacques de Valserres, avocat, professeur, publiciste et agronome, spécialiste du droit rural. Son portrait fait dans l’atelier du photographe Nadar indique qu’il serait né en 1812 et décédé en 1882. Selon le ministère de l'instruction publique, qui répertorie ses travaux historiques en 1888, il serait mort en novembre 1882, à l'âge de 71 ans et serait le pseudonyme de Jules Jacques.
La mère de Marie, Claire Rosalie Tastayre, fut, selon le journaliste Jean Bernard (Express, juin 1900), institutrice et était « d’une vieille famille du Pas-de-Calais », et « née à Coblence pendant l’émigration » ; une partie de l’aristocratie français se réfugia dans cette ville pendant la révolution. Mais elle voit le jour en réalité à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) en avril 1806. La famille vivait en 1798 et en 1805 à Paris où ses deux sœurs aînées ont vu le jour.
Eutrope Lambert – un poète qui lui voua une grande admiration -, décrit l’enfance de Marie : « Les premières années de Marie de Valsayre [un pseudonyme qu’elle adopta dès 1862] s'écoulèrent comme les flots bruyants d'un fleuve qui court vers la mer. L'impatience semblait mêlée au sang de cette enfant. Il fallait qu'elle courût avec les petits drôles du quartier, qu'elle se déchirât, qu'elle battit les chats et les chiens, qu'elle crevât les yeux aux petits oiseaux et qu'elle fit enrager sa mère, — sa pauvre mère qui s'imposait tant de travail et de privations pour l'élever. — Cependant, il y avait quelque chose qui calmait le petit démon, quelque chose qui la rendait douce — elle, la méchante, — la musique ! — Oh ! comme elle s'arrêtait au milieu de ses innocentes cruautés quand les vibrations d'un piano arrivaient jusqu'à elle ou que la musique militaire passait sous ses fenêtres. Alors elle devenait toute sérieuse et son regard semblait inspiré ; puis elle courait dans un coin de la chambre, revenait traînant une vieille guitare, — le seul de ses jouets qui eût survécu, — et, la posant devant elle, pinçait les cordes pour en tirer des accords. Sa vocation était trouvée et sa mère lui fit donner des leçons de solfège et de piano. L'étude calma un peu sa turbulence sans la faire disparaître. Ses progrès furent rapides, et à six ans, dans les petites solennités classiques, c'était toujours elle qu'on choisissait pour chanter ou tenir le piano. Ce n'est pas tout : Marie voulut aussi apprendre à jouer du violon, et, bon gré mal gré, il fallut lui donner un maître italien. Puis elle perfectionna son chant avec Duprez ; déjà les romances qu'elle chantait prenaient cette expression ravissante qui est le charme de son talent. Elle semblait aimer plus particulièrement ce genre de musique qui est le plus sympathique et le plus beau ; mais de fréquents vomissements de sang survinrent, et elle y renonça pour s'adonner entièrement à l'étude de l'harmonie, de la fugue et du contre-point. A treize ans, Marie de Valsayre entrait dans le monde des artistes et était reçue membre de plusieurs sociétés musicales. Une schotisch : Follette, — composée à cinq ans et corrigée par elle, — venait de paraître chez Meissonnier. Son talent sur le violon la faisait rechercher. Digne émule des jeunes sœurs Milanollo, elle exécutait sur cet instrument, avec une pureté et une délicatesse infinies, les morceaux les plus difficiles. »
Élève du Conservatoire de musique de Paris, Marie de Valsayre devient ensuite professeur de violon. À partir de 1862, quand elle a donc 15 ans, et jusqu’en 1866, elle publie des romances, chœurs ou opérettes, notamment sur des textes d’Eutrope Lambert, Joseph Gouverneur et Théodore Leclerc. Ces œuvres lui valent une certaine notoriété, dans la société aristocratique et bourgeoise parisienne.
En avril 1863, elle donne un premier récital, jouant au piano des œuvres de Beethoven et les siennes. Elle en donne un autre, sur l’Hippodrome d’Auteuil, en août la même année. Le Conseiller des artistes salue, en février 1864, sa « musique intelligente et sentimentale ». Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse qualifie ses mélodies de « pleines de sensibilité ». Cependant, en août 1865, La Semaine musicale considère à propos d’une de ses compositions, Un Ange, que « Le chant ne manque pas de charme mais la prosodie est très-défectueuse ». Les personnes auxquelles elle dédicace ses œuvres sont des artistes, comme son professeur Eugène Gérard, ainsi que des personnes de la bonne société parisienne, notamment des aristocrates.
C’est également à 15 ans que Marie de Valsayre assure s’être mariée ; cependant, la célébration officielle à la mairie du cinquième arrondissement n’aura lieu que sept ans plus tard.
Sa mère, qui partageait alors la vie d’un lithographe d’origine suisse, Marcelin Maggi, meurt quand Marie a 18 ans, en janvier 1865.
Sous le nom de Marie de Valsairre, identifiée comme rentière et vivant rue Clauzel (act. 9e arrondissement de Paris), elle met au monde en août 1866 un fils, de père non dénommé, et inscrit comme Maxime Gustave Christian de Valsairre sur les registres parisiens. Il meurt en décembre 1867 et est enterré au cimetière de Montparnasse avec la mère de Marie, qui vit alors rue du Val de Grâce (5e arr.).
Son deuxième garçon Octave, né en février 1868 sera reconnu à l’occasion de mariage de Marie en juin 1869 à Paris (5e arr.) avec Louis Charles Astié, docteur en médecine Son époux est originaire du Tarn. Dans un entretien paru en 1892, elle raconte : « j'ai toujours fait, douloureusement et consciencieusement, mon devoir d'épouse » mais assure que « par malheur », « le docteur Astié, était alcoolique ». Elle adopte le patronyme « Astié de Valsayre », auquel elle ajoute parfois, mais rarement, les prénoms Marie Rose. Une fille, Anne, nait deux mois après les épousailles légales mais ne vivra que quatre mois.
La famille vit rive gauche à Paris (5e arr.), d’abord rue du Val-de-Grâce puis rue Saint-Séverin.
Astié de Valsayre
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