Jean Baptiste Desmoulins naît le 10 septembre 1755 à Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Anne Chicot et d’un père éponyme (comme son grand-père paternel), Jean Baptiste Desmoulins. Il est baptisé le lendemain à la paroisse Saint-Nicolas, et a pour parrain Jean Baptiste Hanot, greffier de Saint-Maur. Ses parents vivent dans le village du Pont-de-Saint-Maur. Son père est huissier à verge au Chatelet de Paris.
Selon son dossier militaire, il fait une taille de cinq pieds trois pouces (1 m 60), a les cheveux blonds, et porte des marques de petite vérole (variole). Tout juste âgé de 16 ans, il s’engage dans les troupes de marine, rejoignant la 5e compagnie de canonniers le régiment de Bayonne du Corps royal d'artillerie de la marine en décembre 1771. Le corps a été constitué deux ans auparavant, sous l'impulsion du chevalier de André de Fautras d'Andreuil (1728-1814). Il est possible que son unité ait été mobilisée dans le cadre du corps expéditionnaire français lors de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783).
Revenu à la vie civile, Jean Baptiste Desmoulins fils devient, comme son père, huissier au Châtelet de Paris. Il épouse en février 1783 à Saint-Maur, Marie Cuissot, originaire de Pécy (diocèse de Meaux, act. Seine-et-Marne).
Pour une raison qui ne ressort pas du compte-rendu qu’en fait Georges Saouter (Vieux Saint-Maur, 1985), le procureur fiscal Antoine Mélécot demande la révocation de Jean Baptiste Desmoulins fils de ses fonctions, chargeant le greffier en chef Jean Charles Hanot, son parrain, de l’exécution. Mais Jean Baptiste Desmoulins fils va poursuivre son activité au cours de la période révolutionnaire, étant toujours identifié comme huissier public à Saint-Maur en 1798.
Jean Baptiste Desmoulins participe probablement à « l’assemblée primaire générale des citoyens actifs du canton de Vincennes » que se réunit, à partir du 18 octobre 1790, dans les appartements royaux du château de Vincennes. Son père, un des doyens d’âge des représentants de la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, est un des scrutateurs de la réunion.
Après avoir vécu, comme ses parents, à Pont-de-Saint-Maur, quai Beaubourg (act. quai du Barrage), les époux Jean Baptiste et Marie Desmoulins résident, à partir de l’an 4 (1796) rue Beaubourg, qui relève de la commune de Saint-Maur-des-Fossés pour les numéros pairs.
Père de sept enfants, Jean Baptiste Desmoulins est veuf depuis fructidor an 6 (septembre 1798). Il est vivant en 1810 au mariage de sa fille aînée Marie Hortense à Pont-de-Saint-Maur. Sans doute est-ce lui qui meurt le 14 janvier 1814 à Paris (3e arr.), noté dans les archives comme Jean Baptiste Demoulin, domicilié rue Sainte-Avoie. Il aurait alors été âgé de 58 ans.
Jean Baptiste Desmoulins naît le 23 août 1728 à Saint-Maur-des-Fossés (prévôté de Paris, act. Val-de-Marne) ; il est baptisé le lendemain dans l’église de la paroisse Saint-Nicolas du bourg. Saint-Nicolas. Il est le fils de Jeanne Chaumont et de son époux Jean Desmoulins ; la famille vit dans le village du Pont-de-Saint-Maur, limitrophe de celui de Saint-Maur, et qui deviendra en 1831 Joinville-le-Pont.
Le père Jean Desmoulins (parfois désigné également comme Jean Baptiste) est officier de la Ville de Paris, un agent du pouvoir royal, qui agit sous les ordres de Gabriel Jérôme de Bullion, comte d'Esclimont, prévôt de Paris (1721–1752). Son propre père, François Desmoulins (v 1653-1718) exerçait déjà la même profession et résidait également Saint-Maur. Plusieurs personnes de leur entourage assurent des fonctions juridiques au Châtelet, le tribunal de Paris. C’est le cas des familles Bonot et Baudet, dont certains membres sont les parrains des enfants Desmoulins, notamment de Jean Baptiste et de sa sœur Jeanne Catherine, qui est parrainée par Jean Baudet, huissier à cheval au Chatelet, greffier, notaire, tabellion à Charenton.
À la mort de son père, en février 1738 à Saint-Maur, Jean Baptiste Desmoulins a 9 ans. Il semble avoir subi l’influence de son oncle par alliance Nicolas Cornu, garde des plaisirs du roi de la capitainerie de Vincennes (chargé de la surveillance et de la conservation du gibier dans les domaines royaux).
En mai 1751, Jean Baptiste Desmoulins, est procureur de la prévôté à Saint-Mandé, bourg situé de l’autre côté du parc de Vincennes par rapport à Saint-Maur. Il épouse en novembre 1754 à Villevaudé (act. Seine-et-Marne) Marie Anne Chicot, fille d’un maréchal-ferrant ; il est alors procureur au baillage de Saint-Maur.
Les Archives nationales conservent un acte de juin 1754 (publié par Georges Saouter, dans la revue Le Vieux Saint-Maur, parue en 1984) lequel intervient Jean Baptiste Desmoulins, procureur au baillage de Saint-Maur, résidant à Vincennes et faisant office de greffier. Marie Prout, veuve d’un vigneron Charles Louis Borgat, a été conduite chez Nicolas Cornu, vigneron au Pont-de-Saint-Maur, après avoir été victime d’un accident. La voiture de Charles Contour, vigneron à Vincennes, lui est passée dessus, du fait d’un écart de son cheval. L’audience se tient quatre jours plus tard, après audition des parties, des témoins et d’un médecin. Elle aboutit, selon un acte rédigé par Jean François Hanot, notaire et tabellion au baillage de Saint-Maur, en présence de Jean Baptiste Desmoulins, au désistement de la plaignante, qui reçoit en compensation 200 livres versés par Charles Contour. Ce dernier est le père de Jean Charles Contour (1750-1807), marchand de bois, qui sera maire de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur en 1792, après que le village aura pris son indépendance de Saint-Maur.
Les sources ne citent pas son prénom, mais il est probable que l’avocat Desmoulins qui s’occupe de plusieurs affaires pour des corporations est Jean Baptiste. En 0761, il défend à Paris la communauté des maîtres queux et cuisiniers-traiteurs qui fait saisir des casseroles et autres ustensiles de concurrents irréguliers. En 1766, c’est au profit des maîtres boulangers que Me Desmoulins intervient.
À partir de 1769, Jean Baptiste Desmoulins est identifié comme « huissier à verge au Chatelet de Paris ». La verge, qui est fréquemment en ébène garni d'ivoire permet de signifier un acte officiel et d’exiger l'obéissance de la personne touchée. En juin de cette année, selon ce que rapporte Georges Saouter (Vieux Saint-Maur, 1985), le blanchisseur Nicolas Rousselle, marguillier de la fabrique (gestionnaire de la paroisse) l’accuse, dans le d’être un « coquin, voleur d'une somme de 28 livres 17 sols dans le cabaret de Jean Compoint ». Il veut le faire interdire de ses fonctions et plusieurs autres villageois se mêlent à la querelle. Les auteurs des injures publiques présenteront des excuses.
Répertorié dans sa fonction d’huissier dans l’État de la magistrature en France (Duhamel, 1788), Jean Baptiste Desmoulins est toujours présenté comme exerçant la fonction en 1798.
La révolution française fait de lui un « citoyen actif » de la nouvelle commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, nom adopté par la municipalité qui se constitue en septembre 1790. Le village du Pont-de-Saint-Maur disposait d’un rôle de taille (impôts) particulier, mais restait rattaché à la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur. Le directoire du département a admis cette séparation, et un premier maire, le marchand de bois Edme Lheureux, est élu.
Le village est rattaché au canton de Vincennes (avec Fontenay et Saint-Mandé), contrairement à Saint-Maur, qui participe à celui de Charenton. « L’assemblée primaire générale des citoyens actifs du canton de Vincennes » se réunit, à partir du 18 octobre 1790 dans les appartements royaux du château de Vincennes. Pierre Langlois en fait le récit dans le bulletin CLIO 94 (1989). Au côté du maire de Saint-Mandé, Edme Gabriel Gendron, désigné comme président provisoire en tant que doyen et du greffier de Vincennes, deux scrutateurs sont désignés, « au bénéfice de l’âge » et parce qu’ils « savent parfaitement lire et écrire » ; l’un vient de Fontenay et l’autre de Pont-de-Saint-Maur. Il est désigné comme « Desmoulins père », certainement parce que son fils éponyme est également présent dans l’assemblée où l’on compte plus de 240 participants. L’assemblée a commencé à 9 heures du matin pour élire d’abord son président définitif. À 20 h, le président de séance se retiré, se disant fatigué, remplacé par Denis Antoine Paul Dallet, chanoine de la Sainte-Chapelle de Vincennes. Peu après, les deux scrutateurs se déclarent fatigués et demandent à être remplacés. Desmoulins cède alors sa place au secrétaire de la municipalité du Pont-de-Saint-Maur Nicolas Jacques Spycket, tandis que le maire Edme Lheureux est désigné en tant qu’assistant.
L’assemblée primaire était la structure véritablement politique, qui devait décider des représentants aux niveaux supérieurs, la municipalité ayant eu, dans une première phase, un rôle plus administratif. Jean Baptiste Desmoulins peut donc être considéré comme ayant été le premier habitant de la commune (qui deviendra Joinville-le-Pont en 1831) a avoir exercé une fonction politique.
En l’an 10 (1802), les époux Jean Baptiste et Marie Anne Desmoulins vivent dans le village de Pont-de-Saint-Maur, quai Beaubourg (act. quai du Barrage, Joinville-le-Pont). Il est recensé comme rentier.
Jean Baptiste Desmoulins meurt le 20 nivôse de l’an 11 (10 janvier 1803) à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur. Il est rentier et âgé de 75 ans. Ce sont deux notables du village qui déclarent son décès : Jean Victor Bainville, artisan du bâtiment, et Jean Louis Ambelouis garde de la porte du Bois de Vincennes.
Père de cinq enfants, son fils aîné éponyme, Jean Baptiste Desmoulins, devient lui aussi huissier, après avoir servi dans la marine de guerre.
Elépo Adelakun (aka Elepo) est probablement né au cours des années 1780, à Iyé selon plusieurs historiens dont, en France, Paul Marty dans son Étude sur l’islam au Dahomey. Il faut peut-être identifier cette localité avec Ijaiye, ville du royaume d’Oyo (act. État d’Osun, Nigéria), de peuplement Yorouba, qui constitua une entité séparée entre 1836 et 1861. Dans le sud-ouest de l’actuel Nigéria, on trouve également deux autres localités qui peuvent l’avoir vu naître, Ile Elépo ou Ilé-Ifé (act. État d’Osun).
Selon la tradition familiale, Elépo serait issu d’une branche de la famille royale Yorouba. Son nom fait référence à Exu-Elepô, dieu du palmier à huile dans la religion traditionnelle Yorouba.
Devenu chef de son village, qui dépendait du royaume d'Ibadan, Elépo aurait voulu au début du 19e siècle, s’en émanciper, et pour cela il fait allégeance au roi d'Oyo, alors en conflit avec celui d'Ibadan. Les troupes d'Ibadan détruisirent le village et vendirent la plupart de ses habitants aux négriers européens de la côte, probablement à ceux de Ouidah (royaume de Porto-Novo, act. Bénin).
Ayant changé d’allégeance et devenu un chef militaire respecté du royaume d’Ibadan, Elépo permet à la ville de résister à un siège par les peuls, maîtres de la ville d’Ilorin, en 1837, au cours duquel il est blessé. Pour l’historien des Yoroubas, Samuel Johnson, Elépo fut « le plus grand général produit par la ville d’Ibadan », vainqueur notamment de la bataille d’Osogbo.
Après des complots contre lui de l’aristocratie d’Ibadan, Elépo, rompt avec les dirigeants du royaume et part avec un millier d’hommes à Ipara. Il s’installe ensuite à Ijaiye et aurait été tué, vers 1840, des suites de combats contre les alliés d’Ibadan.
Son fils unique, Odio, fut parmi les captifs après la prise de son village natal ; embarqué pour le Brésil, il y il est vendu comme esclave en 1810. Il y sera renommé José Piquino Paraïso et reviendra en 1849 sur la côte de Dahomey (act. Bénin). Il est esclave du roi de Porto-Novo qui l’affranchit et en fait son conseiller, après qu’Elépo a refusé de reprendre le titre de son père. Ses descendants, sous le nom de Paraïso, sont fort nombreux, au Bénin, en France mais également en Afrique de l’Ouest et Centrale francophone, aux États-Unis et au Canada.
Deux souverains traditionnels d'Osogbo ont porté le nom d’Elépo : Elépo Ier (1901-1907) et son fils Elépo II (1952-1966).
Claude Pierre Aubert naît vers 1732 à Précy-sur-Marne (act. Seine-et-Marne) ; il est baptisé dans la paroisse Saint-Pierre de Précy, qui dépend du diocèse de Meaux. Il est le fils de Catherine Boulet (ou Boullé) et de son époux Pierre Aubert.
Claude Pierre Aubert épouse en novembre 1773 en l’église Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne) Geneviève Poirier, d’une vingtaine d’années sa cadette ; ils auront six enfants.
La famille réside rue Saint-Maur, dans le village de Pont-de-Saint-Maur, qui se constitue en tant que commune séparée en novembre 1790 et prend le nom de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur. Il deviendra Joinville-le-Pont en 1831. Pierre Aubert exerce la profession de journalier (ouvrier ou artisan travaillant à la tâche, en général dans l’agriculture ou le transport de marchandise).
Aubert participe en tant que notable à la municipalité de La Branche du Pont de Saint-Maur constituée en l’an 2 (4 avril 1793).
La commune, qui avait 409 habitants en l’an 3, a une administration composée de cinq membres du conseil général, dits notables, élus pour deux ans, et de six personnes formant le conseil municipal exécutif, autour du maire. Pendant le mandat de Pierre Aubert, le maire est d’abord Nicolas Lheureux puis Charles-Laurent Parvy (22 pluviôse an 2 - 10/02/1794).
À partir du 4 frimaire an 3 (23/11/1794), Aubert est signalé comme exerçant la fonction d’agent national, qui était précédemment celle de Jean Guigneré.
L’agent national est instauré le 28 brumaire an 2 (18/11/1793) par Jacques Nicolas Billaud-Varenne au nom du Comité de salut public. Il représente le gouvernement révolutionnaire auprès de la commune, en remplacement du procureur.
Suivant l'article 14 du décret du 4 frimaire an II, l’agent national est « chargé de requérir et de poursuivre l'exécution des lois, ainsi que de dénoncer les négligences apportées dans cette exécution, et les infractions qui pourraient se commettre ». Il doit parcourir son territoire, pour surveiller et s'assurer que les lois sont exactement exécutées. Il a une fonction de contrôle aussi bien des autorités constituées que des particuliers. Après la chute de Robespierre le 9 thermidor an 2 (27/07/1794), les agents nationaux sont supprimés le 28 germinal an 3 (17/04/1795).
Un certain « Charles Aubert » est mentionné comme notable, membre de la municipalité élue en fructidor an 9 (août 1801) à La Branche du Pont de Saint-Maur. Il est noté comme « absent pour le service public », c’est-à-dire qu’il sert dans l’armée ou a été envoyé en mission. Il s’agit vraisemblablement de Pierre Aubert, seul de son nom (avec sa fille) à être recensé en l’an 10 dans la commune.
Pierre Aubert meurt le 10 avril 1807 à La Branche du Pont de Saint-Maur. Il avait environ 74 ans. Son décès est déclaré par son neveu Jean Mathurin Lemaire, 36 ans, marchand épicier, qui deviendra huit années plus tard maire de la commune, et par Edme Lheureux, 38 ans, journalier, fils d’un ancien maire, Nicolas Lheureux, et neveu d’un autre ancien maire, Edme Lheureux.
Jacques Nicolas Billaud-Varenne, dit « le Tigre » (1753-1819), créateur des agents nationaux
Un nouvel investissement patrimonial, avec une dimension économique, est fait par les époux Pierre Claude et Marie Louise Pajol en 1821. Ils achètent, pour 40 000 francs, les reste de l’ancienne abbaye du Paraclet à Quincey, act. Ferreux-Quincey, Aube). Fondée en novembre 1131 par Abélard (1079-1142), philosophe et théologien chrétien, elle a eu pour première abbesse son épouse, Héloïse (1092-1164). Ancienne élève d’Abélard et mère de leur enfant Astrolabe, Héloïse fut d’abord une intellectuelle en vue dans le Paris du 12e siècle, puis une écrivaine réputée, notamment pour ses lettres à Abélard qui, châtré du fait de leur liaison scandaleuse, vivait dans un monastère à Nantes. Héloïse fut enterrée au Paraclet, puis les reste d’Abélard y furent transportés à la fin du 15e siècle. L’abbaye, restée prestigieuse, fut fermée pendant la Révolution française le 14 novembre 1792, les ossements d’Héloïse et d’Abélard étant transférés ; ils reposent désormais dans le cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Le domaine du Paraclet, vendu en novembre 1792 comme « bien d’émigré » au domestique d’un curé, appartient ensuite à un notaire, qui commence à démolir l’église, puis à un fripier parisien qui continue la destruction. Le comédien et directeur de théâtre, Jacques-Marie Boutet de Monvel (1745-1812), l’achète en 1794 et aménage la demeure abbatiale, restée debout, pour l’habiter. La famille de Monvel cède le domaine lors d’une vente aux enchères.
Les époux Pajol font entourer l’ancien tombeau d’une plantation funéraire et y élèvent une colonne votive, en forme d’obélisque, indiquant l’endroit où avaient reposé les restes d’Héloïse et d’Abélard. Marie Louise Pajol s’occupe de l’aménagement des lieux.
Dans l’ancien moulin, au bord de la rivière Ardusson, dans la commune Saint-Aubin, une fabrique de limes et de matériel agricole est établie en 1823. L’aciérie est constituée sous forme de société, dont Pajol est un des associés ; elle vit assez difficilement. Pajol tente de s’inspirer de méthodes qu’il va voir en 1826 en Angleterre, mais l’entreprise fait faillite. Il rachète le moulin en septembre 1830 et vend la ferme au baron Charles Walckenaer. En décembre 1831, la comtesse Pajol obtient par ordonnance royale le droit de transformer l’ancienne aciérie en un moulin à blé et à huile.
En juillet 1830, après la démission du roi Charles X, le comte Pajol est rappelé, avec la fonction de lieutenant-général, pour empêcher les tentatives de résistance des royalistes légitimistes. Il se rend à Rambouillet, où le souverain est installé et l’accompagne dans son départ vers l’étranger. La famille vit de nouveau en région parisienne.
Arrivant d'Asie une épidémie de choléra se propage rapidement à partir de la fin du mois de mars 1832. Elle touche une grande partie de l’Europe dans les mois et années qui suivent. En région parisienne, 18 000 personnes meurent de la maladie selon les estimations médicales, principalement des personnes de milieux populaires. Cependant, elle touche également une partie de l’élite, comme par exemple Casimir Périer, président du conseil des ministres. La comtesse Pajol, décède de la maladie en avril 1832 à Paris.
Le général Pajol et ses deux fils de la comtesse Marie Louise vendent en 1835 le domaine du Paraclet au baron Charles Walckenaer, dont la famille y réside toujours en 2025.
Il est intégré à la Chambre des pairs en novembre 1831 et il y vote constamment en faveur du gouvernement. Conservant sa lieutenance, Pajol réprime énergiquement les émeutes de février 1831, juin 1832 et avril 1834. Il est mis à la retraite en octobre 1842, alors qu’il a 70 ans.
Il était père de trois enfants ; sa fille mourut jeune, tandis que ses deux fils Pajol devinrent généraux. L’aîné, Charles ; Pajol, fut également sculpteur. Il est l’auteur du mausolée, érigé en 1878, où est sa sépulture à Nozeroy.
Le nom du général Pajol est gravé sur l'Arc de Triomphe de la place de l’étoile Charles-de-Gaulle à Paris. Il est décoré de la Légion d'honneur comme chevalier (décembre 1803), officier (juin 1804), commandant (avril 1809), grand officier (février 1814), grand aigle (uin1815) puis grand cordon (août 1830). Il a été fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis. Il détient aussi plusieurs décorations étrangères, figurant dans l’ordre du Lion de Bavière, celui de Maximilien-Joseph de Bavière, ainsi que ceux de l'Aigle blanc (Pologne) et de l'Épée de Suède. Une rue a été dénommé Pajol à Paris (18e arr.) et une autre à Melun (Seine-et-Marne) ; la ville de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) a également une rue du Général Pajol.
Une statue de Pierre Claude Pajol, due à son fils, avait été dressée à Besançon ; elle a été statue fondue en 1942. Un de ses portraits est exposé dans la mairie de Besançon, un autre au château de Compiègne.
Claude Pierre Pajot naît le 3 février 1772 à Besançon (Franche-Comté, act. Doubs). Il est le fils de Françoise Élisabeth Nodier et de son époux André Joseph Pajot. Il utilisera ensuite la désignation « Pierre Claude Pajol ». Sa mère, Françoise Élisabeth (1744-1821), est la fille de Joseph Nodier (1695-1776), architecte et entrepreneur du bâtiment. Son frère, Antoine Melchior Nodier fut magistrat pendant la Révolution française et maire de Besançon (1790-1791) ; il a eu comme fils Charles Nodier (1780-1844), académicien français et écrivain romantique, qui est donc le cousin germain de Pierre Claude Pajol.
Du côté paternel, la famille est originaire de Nozeroy (act. Jura). Son arrière-grand-père, Jean Claude Pajot (1676-1752) a été médecin chirurgien et apothicaire ; son grand-père, Charles Léopold Pajot (1714-1748) a exercé la fonction de procureur au Parlement de Besançon, qu’a également obtenu son père André Joseph Pajot (1746-1811), avant de devenir commissaire à la poste aux lettres sous le premier Empire.
Étudiant en droit, il arrive à Paris en avril 1789 et participe au mouvement révolutionnaire en juillet. Participant aux actions dans le quartier Saint-Victor où il habite, il est nommé le 13 juillet sergent d'une compagnie de volontaires et participe le lendemain à la prise de la Bastille. Il retourne dans sa famille fin octobre 1789 et s’engage dans le régiment de la garde nationale de la ville. Il est sergent major de la compagnie de grenadiers du 1er bataillon de volontaires du Doubs en janvier 1792, quand il est nommé officier en tant que sous-lieutenant au 82e régiment d'infanterie.
Nous ne reprendrons pas ici la carrière militaire de Pajol dans la cavalerie légère. Devenu général en mars 1807, il participe à de très nombreuses opérations militaires dans l’armée impériale, notamment aux côtés de Hoche, Marmont, Davout ou Kléber.
En mars 1808 Pierre Pajol épouse Marie Louise Élise Oudinot, la fille d’un autre général, âgée de 17 ans (il en a 36). Ses parents ont acheté, en l’an 9 (1801), le domaine de Polangis (ou Poulangis), vaste ensemble situé sur les bords de Marne, dans la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (Seine, act. Val-de-Marne), mais sur la rive gauche, alors quasiment inhabitée. Nicolas Charles Oudinot et son épouse, Françoise Charlotte née Derlin, dont Marie Louise est l’aînée des sept enfants, décident de lui apporter, en dot, le domaine de Polangis. Il est valorisé dans l’acte notarial 100 000 francs, le mobilier du château valant 20.000 fr. s’y ajoutent et 150.000 fr. en liquide, valeurs et créances. Le patrimoine et les revenus du ménage permettent au général Pajol et à son épouse d’occuper une position brillante au sein de la société impériale. Marie Louise, malgré son jeune âge, est dite être très organisée. Quant au général Pajol, il a d’indéniables talents militaires, auxquels s’ajoutent une vraie culture. Il dispose d’une bibliothèque riche d’ouvrages historiques et philosophiques.
À la fin de l’Empire, en juin 1814, Pajol et sa femme vendent Polangis à André-François Miot (1762-1841). Ancien haut fonctionnaire, devenu ministre des Affaires étrangères en 1794-95, administrateur de la Corse, ministre du royaume de Naples puis intendant de la maison royale d’Espagne. Il venait d’être nommé comte de Mélito et menait désormais une carrière littéraire, notamment comme traducteur du grec ancien.
Le famille Pajol habite désormais Paris d’abord dans le Faubourg Saint-Germain, puis dans les nouveaux quartiers de la Chaussée d’Antin. Avec l’appui d’Oudinot, Pajol retrouve un commandement prestigieux, celui de la division de cavalerie du roi ; lors du retour de Napoléon pour les Cent-Jours, en mars 1815, il est nommé pair de France. Après l’abdication de l’empereur suite à la défaite de Waterloo, Pajol est mis à la retraite. Il se lance dans les affaires, exploitant le premier bateau à vapeur à traverser la Manche, puis affecté à une desserte fluviale en Normandie. C’est un échec et son épouse, Marie-Louise, dans l’intérêt de leurs enfants, obtient en juillet 1817, du tribunal de première instance du département de la Seine un jugement de séparation de biens ; Pajol doit alors 120 000 fr. à sa femme.
Marie Louise Élise Oudinot naît le 21 août 1790 à Bar-le-Duc (act. Meuse). Elle est la fille de François Charlotte Derlin et de son époux Nicolas Charles Oudinot. Elle est l’aînée des sept enfants du couple et son père en aura ultérieurement quatre autres après son remariage.
Son père (1767-1847) ancien sergent dans régiment d’infanterie du Médoc (1784-1787) avait ensuite quitté l’armée, mais il la rejoint comme lieutenant-colonel au 3e bataillon de la Meuse en 1792. Il fera ensuite une très brillante carrière sous la Révolution, le premier Empire comme sous la Restauration ou la monarchie de Juillet. Il est général, maréchal, ministre d’État.
Ses parents ont acheté, en l’an 9 (1801), le domaine de Polangis (ou Poulangis), vaste ensemble situé sur les bords de Marne, dans la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (Seine, act. Val-de-Marne), mais sur la rive gauche, alors quasiment inhabitée. La famille se partage certainement entre plusieurs résidences : Bar-le-Duc (où naissent six des sept enfants de la famille Oudinot entre 1790 et 1808), Paris où les généraux ont un lieu d’accueil et donc La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur et leur nouveau château de Polangis.
La famille vit à Polangis où elle est recensée en l’an 10 (1802). Mais un seul de leurs enfants est répertorié avec eux, Auguste Numa (1799-1835) qui sera colonel et mourra lors de combats en Algérie. Les aînés, dont Marie Louise, 12 ans, restent sans doute à Bar-le-Duc une partie de l’année.
Cependant, c’est bien à Pont-de-Saint-Maur que Marie Louise se marie, en mars 1808, avec le général de brigade Pierre Pajol. Elle a 17 ans, et lui 36. Dans sa corbeille de mariage, ses parents ont placé le domaine de Polangis, valorisé 100 000 francs, auxquels s’ajoutent le mobilier du château (20.000 fr.) et 150.000 fr. en liquide, valeurs et créances. Le patrimoine et les revenus du ménage permettent au général et à son épouse d’occuper une position brillante au sein de la société impériale. Elle est réputée être très organisée, et lui ajoute à ses talents militaires une vraie culture, disposant d’une riche bibliothèque d’ouvrages historiques et philosophiques.
À la fin de l’Empire, en juin 1814, Pajol et sa femme vendent Polangis à André-François Miot (1762-1841). Ancien haut fonctionnaire, devenu ministre des Affaires étrangères en 1794-95, administrateur de la Corse, ministre du royaume de Naples puis intendant de la maison royale d’Espagne. Il venait d’être nommé comte de Mélito et menait désormais une carrière littéraire, notamment comme traducteur du grec ancien.
Le famille Pajol habite désormais Paris d’abord dans le Faubourg Saint-Germain, puis dans les nouveaux quartiers de la Chaussée d’Antin. Avec l’appui d’Oudinot, Pajol retrouve un commandement prestigieux, celui de la division de cavalerie du roi ; lors du retour de Napoléon pour les Cent-Jours, en mars 1815, il est nommé pair de France. Après l’abdication de l’empereur suite à la défaite de Waterloo, Pajol est mis à la retraite. Il se lance dans les affaires, exploitant le premier bateau à vapeur à traverser la Manche. C’est un échec et son épouse, Marie-Louise, dans l’intérêt de ses enfants, obtient en juillet 1817, du tribunal de première instance du département de la Seine un jugement de séparation de biens ; Pajol doit alors 120 000 fr. à sa femme.
Un nouvel investissement patrimonial, avec une dimension économique, est fait par les époux Pajol en 1821. Ils achètent, pour 40 000 francs, les reste de l’ancienne abbaye du Paraclet à Quincey, act. Ferreux-Quincey, Aube). Fondée en novembre 1131 par Abélard (1079-1142), philosophe et théologien chrétien, elle a eu pour première abbesse son épouse, Héloïse (1092-1164). Ancienne élève d’Abélard et mère de leur enfant Astrolabe, Héloïse fut d’abord une intellectuelle en vue dans le Paris du 12e siècle, puis une écrivaine réputée, notamment pour ses lettres à Abélard qui, châtré du fait de leur liaison scandaleuse, vivait dans un monastère à Nantes. Héloïse fut enterrée au Paraclet, puis les reste d’Abélard y furent transportés à la fin du 15e siècle. L’abbaye, restée prestigieuse, fut fermée pendant la Révolution française le 14 novembre 1792, les ossements d’Héloïse et d’Abélard étant transférés ; ils reposent désormais dans le cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Le domaine du Paraclet, vendu en novembre 1792 comme « bien d’émigré » au domestique d’un curé, appartient ensuite à un notaire, qui commence à démolir l’église, puis à un fripier parisien qui continue la destruction. Le comédien et directeur de théâtre, Jacques-Marie Boutet de Monvel (1745-1812), l’achète en 1794 et aménage la demeure abbatiale, restée debout, pour l’habiter. La famille de Monvel cède le domaine lors d’une vente aux enchères.
Les époux Pajol font entourer l’ancien tombeau d’une plantation funéraire et y élèvent une colonne votive, en forme d’obélisque, indiquant l’endroit où avaient reposé les restes d’Héloïse et d’Abélard. Marie Louise Pajol s’occupe de l’aménagement des lieux.
Dans l’ancien moulin, au bord de la rivière Ardusson, dans la commune Saint-Aubin, une fabrique de limes et de matériel agricole est établie en 1823. L’aciérie est constituée sous forme de société, dont Pajol est un des associés ; elle vit assez difficilement. Pajol tente de s’inspirer de méthodes qu’il va voir en 1826 en Angleterre, mais l’entreprise fait faillite. Il rachète le moulin en septembre 1830 et vend la ferme au baron Charles Walckenaer. En décembre 1831, la comtesse Pajol obtient par ordonnance royale le droit de transformer l’ancienne aciérie en un moulin à blé et à huile.
En juillet 1830, après la démission du roi Charles X, le comte Pajol est rappelé, avec la fonction de lieutenant-général, pour empêcher les tentatives de résistance des royalistes légitimistes. Il se rend à Rambouillet, où le souverain est installé et l’accompagne dans son départ vers l’étranger. La famille vit de nouveau en région parisienne.
Arrivant d'Asie une épidémie de choléra se propage rapidement à partir de la fin du mois de mars 1832. Elle touche une grande partie de l’Europe dans les mois et années qui suivent. En région parisienne, on estime que 18 000 personnes meurent de la maladie. Ce sont principalement des personnes de milieux populaires, vivant dans des quartiers insalubres. Cependant, elle touche également une partie de l’élite. Dans son journal, le maréchal de Castellane écrit : « Tous nos ministres sont malades (…) ; on ne conçoit rien à ce fléau ». Le docteur Augustin Fabre tient la liste des « Personnes de distinction mortes du choléra. France » ; parmi elles, « Casimir Périer, président du conseil des ministres (…), la comtesse Pajol, fille du maréchal Oudinot ». Elle est décédée le 18 avril 1832 à Paris (10e arr.). Elle était âgée de 41 ans et mère de trois enfants, dont une fille morte jeune.
À Joinville-le-Pont, l’épidémie de choléra de 1832 fit 18 victimes, dont 9 sont mortes. Dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés, il y eut 46 personnes atteintes et 25 trépas.
Selon Marc Oudinot, au décès de sa fille aînée, « Le maréchal Oudinot ne maîtrisa sa peine qu'en se consacrant à faire distribuer des soins et des secours dans tous les alentours de Jeand'Heurs, où il avait invité sa famille à se regrouper, confiant dans la salubrité du lieu ». Le château est situé à L'Isle-en-Rigault (Meuse).
Le général Pajol et les deux fils de la comtesse Marie Louise vendent en 1835 le domaine du Paraclet au baron Charles Walckenaer, dont la famille continue d’y résider en 2025. Les deux garçons Pajol devinrent généraux.
Façade Est de l’ancienne maison abbatiale du Paraclet (Wikipédia)
Nicolas Charles Marie Oudinot naît le 25 avril 1767 à Bar-le-Duc (act. Meuse), capitale du duché de Bar, rattaché à la France en 1766. Il est le fils de Marie Anne Adam et de son époux Nicolas Oudinot, artisan brasseur et distillateur.
Il suit une scolarité à Bar puis à Toul, et s'engage pour trois ans dans l’armée, rejoignant en 1784 le régiment du Médoc. Il le quitte en 1787 avec le rang de sergent. Il retrouve la vie civile et se marie dans sa ville natale avec Charlotte Françoise Derlin en septembre 1789. Elle donne naissance à sept enfants.
Nous ne reprendrons pas ici la carrière militaire d’Oudinot, par ailleurs bien documentée, nous contentant de quelques repères.
Pendant la Révolution, il reprend du service et est nommé lieutenant-colonel en 1791 au 3e bataillon de volontaires de la Meuse. Il est fait général de brigade en juin 1794 et combat en Allemagne.
D’après l’historien Georges Bousquié, en 1801 « séduit sans doute par la beauté du lieu sauvage, giboyeux et poissonneux à souhait, il achète 50.000 livres le domaine de Polangis avec ses dépendances qui appartenait à Jacques-François-Pascal-Alain de la Bertinière et à Dame Anne-Geneviève Gentil, son épouse ». La Bertinière (vers 1750-1823) est un ancien mousquetaire et capitaine d'infanterie, acquéreur de biens nationaux en région parisienne et dans l’Allier, qui a également peut-être été un agent de l’Angleterre pendant la révolution française.
La famille vit à Polangis où elle est recensée en l’an 10 (1802). Un seul de leurs enfants est répertorié avec eux, Auguste Numa (1799-1835) qui sera colonel et mourra lors de combats en Algérie. Les aînés (Marie Louise, 12 ans, Nicolas, 11 ans, Nicolette, 7 ans et Émilie, 6 ans) sont placés probablement auprès de nourrices. Il en est de même de Joséphine, un an, née en frimaire an 10 (décembre 1801) à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, dans la maison de Polangis.
Dans son domaine de Polangis, le général Oudinot se lie avec deux propriétaires voisins, dont son biographe et descendant, Marc Oudinot, assure qu’ils avaient des demeures à Polangis, mais qui en réalité devaient plutôt résider dans des communes alentour.
La première de ces relations est la famille Delamare. Très riche, Achille Joseph Delamare (1790-1872) fit les guerres de l’Empire et servit ensuite, comme Oudinot sous la Restauration ; son fils, Achille Delamare, fut l’aide de camp d’Oudinot. Achille Joseph Delamare est, de 1830 à 1835, maire de Villiers-sur-Marne (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne), commune très proche de Polangis. Il devient comte par une des dernières décisions du roi Charles X puis le second empire le fait sénateur.
L’amitié avec Antoine Julie Prosper Hoüard (1762-1820), autre voisin, paraît avoir été la plus forte ; celui-ci fit d’ailleurs d’Oudinot et d’un de ses fils, Charles Louis Victor, ses héritiers. Originaire de Dieppe et fils de magistrat, agent de change, il est devenu le devenu syndic de la profession et présida notamment à la construction de la Bourse de Paris, le Palais Brogniart. Célibataire, il était, selon Marc Oudinot, un fin lettré.
Le moment clé du séjour des Oudinot à Polangis se situe le 14 floréal an 10 (04/05/1802). Ce soir-là, Oudinot donne un dîner avec plusieurs généraux, dont Delmas, Fournier, Monnier, Bourcier et Marmont. Bonaparte, premier consul depuis peu, avait des relations difficiles avec une partie de la hiérarchie militaire. C’est par exemple le cas de Delmas lors d’un Te Deum organisé à la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour célébrer le jour de Pâques la signature du concordat avec le pape. Interrogé par le futur empereur sur ce qu’il pensait de cette belle cérémonie, il aurait répondu : « C’était plutôt une belle capucinade ! Nous changeons nos dragonnes en chapelets. Il manquait à votre fête ce million d’hommes qui sont morts pour abolir les pasquinades et détruire la superstitions ! »
Pendant le dîner Polangis, plusieurs assistants font part de leur mauvaise humeur, notamment Delmas et Fournier qui auraient évoqué un projet d’attentat contre Bonaparte, prévu pour le lendemain, 16 floréal, où il devait assister à une représentation de Sémiramis, œuvre Rossini à l'Opéra de Paris.
La police, informée des discussions, arrête plusieurs comparses et cherche à retrouver Delmas, qui s’est enfuit. Il se réfugie à Polangis, où Oudinot le cache. Une perquisition est menée par des gendarmes, mais il parvient à échapper. Oudinot, qui était absent au moment de l’arrivée des forces de l’ordre, se met en colère à son retour devant le colonel qui l’interroge : « Où cachez-vous Delmas, mon général ? » : « Ainsi, vous avez profité de mon absence pour venir sans péril crocheter mes appartements ! Ah ! si je me fusse trouvé chez moi, vous auriez, monsieur, et vivement, sauté le pas. J'ai des fusils de la poudre et du plomb ; j'aurais armé mes domestiques, et vous eussiez senti les caresses de nos balles. »
Si ce n’est les désagréments de ses convocations pour témoignage, la prudence d’Oudinot, comme celle de Marmont, firent qu’il n’y eut pas de suite à cet incident et que ses relations avec Bonaparte restèrent bonnes.
Nicolas Charles Marie Oudinot est élu en 1803, député de la Meuse, mais il ne participe pas aux réunions de la Chambre. En 1807, il sert en Pologne.
Le mariage de la fille aînée de Oudinot, Marie Louise Élise, née en août 1790 à Bar-le-Duc, est célébré en mars 1808 à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur. Elle épouse Pierre Claude Pajol (1772-1844), général français de la Révolution et de l’Empire et reçoit, en dot, le domaine de Polangis, dans lequel elle s’installe avec son époux. Marie Louise mourra en avril 1832, au cours de l'épidémie de choléra qui touche Paris.
Après la victoire de Wagram, Oudinot est nommé maréchal d'Empire en juillet 1809. Devenu duc de Reggio en avril 1810, Napoléon lui confie le gouvernement du royaume de Hollande, puis celui de Berlin et Oudinot participe aux campagnes de Russie puis de France. Il serait le soldat ayant reçu le plus de blessures durant les guerres de la Révolution française et de l'Empire, avec 34 blessures au total.
Veuf depuis 1810, Nicolas Charles Marie Oudinot se remarie en janvier 1812 à Vitry-Le-François (Manche) avec Marie-Charlotte Eugénie Julienne de Coucy. Sous la restauration, il est commandant en chef de la garde nationale parisienne, major-général de la Garde royale, pair de France, ministre d'État.
Nicolas Charles Marie Oudinot meurt le 13 septembre 1847 à Paris. Il était âgé de 80 ans et père de 11 enfants.
Titulaire de nombreuses décorations, il portait notamment la Grand-croix de Saint-Louis, le Grand aigle de la Légion d'honneur et le titre de Chevalier du Saint-Esprit. Plusieurs villes ont évoqué sa mémoire dans des voies : la ville d’Oran disposait, avant l’indépendance, d’un boulevard Oudinot. Nancy à une rue du Maréchal-Oudinot, Bar-le-Duc et Paris des rues Oudinot et Joinville-le-Pont a une avenue Oudinot. Le nom d’Oudinot figure également sur l’Arc de Triomphe de Paris, place Charles-de-Gaulle.
Antoine Joseph Kropper naît le 9 février 1735 à Paris. Il est le fils de Dorothée Colson (1700-1779) et de son époux Joseph Kropper (1683-1751). Sa mère est la fille d'un maître serrurier parisien. Son père est originaire d’Alsace et était à Strasbourg, le premier commis de Jean Adam Acker, plus célèbre poêlier strasbourgeois. Il s’installe à Versailles en 1715 puis constitue, en octobre la même année, une société avec Gabriel Hamon, faïencier au faubourg Saint-Antoine à Paris, pour faire le commerce de « poêles d'Allemagne, soit de terre ou faïence ». Ils installent leur manufacture rue de Charonne. L’introduction d’appareils de chauffage en faïence, moins coûteux, moins dangereux et beaucoup plus esthétiques, va avoir un grand succès. Son mariage lui apporta aussi des avantages, car les poêles nécessitaient des pèces relevant de la serrurerie. Il se voit décerner le titre de marchand poêlier ordinaire du roi.
À la mort de son père, en avril 1751, sa veuve poursuit la direction de l’entreprise, alors installée rue de la Roquette, comme marchande poêlière du roi. Elle transmet la fonction à son fils dans son contrat de mariage en février 1754. Antoine Joseph Kropper, reconnu lui aussi comme marchand poêlier ordinaire du roi, épouse Suzanne Lebrun, fille d’un marchand de laine. Elle meurt en février 1761, après avoir mis au monde deux enfants, dont un mort en bas âge. Antoine Joseph Kropper se remarie en novembre 1763 à Paris avec Marguerite Françoise Villaume, native de Raon-l’Étape (act. Vosges).
C’est la manufacture Kropper qui installe, en 1758, des poêles dans le château ce Versailles. Selon Régine de Plinval de Guillebon, historienne spécialiste de la céramique, la maison équipa également les hôtels de la Guerre et de la Marine ainsi que les châteaux royaux de Marly, Vincennes et Paris. II avait également dans sa clientèle des grands de la Cour, tels le duc de Chevreuse, le marquis de Polignac, le marquis de Villeroy ou le duc de Bouillon.
Dans le contexte très cloisonné des corporations de métier au 18e siècle, la maison Kropper dut faire face à de nombreuses contestations judiciaires. En 1762, des poêles d'Antoine Joseph Kropper sont saisis à la demande des maîtres peintres et sculpteurs, parce qu'ils étaient ornés de sculptures. Parmi eux, il y avait notamment trois poêles destinés au Roi et un à Madame de Pompadour. Antoine Joseph cède en 1775 à Jean Charles Kropper, son frère, la tête des affaires familiales. Il est aussi maître poêlier, puis entre à l'Académie Saint-Luc en 1778, émanation de la corporation des peintres et sculpteurs, ce qui lui permet d’orner les poêles de sculptures en toute impunité.
Parmi les innovations des Kropper, outre les décors, figure la possibilité de faire cuire des aliments directement dans les poêles grâce à de petits fours aménagés.
Ayant manifestement acquis une belle fortune, Antoine Joseph Kropper abandonne aussi à son frère le domicile de la rue de la Roquette à Paris, et s’installe en famille dans le château de Polangis. Situé sur la rive gauche de la Marne, relevant de la paroisse Saint-Nicolas et de la baronnie de Saint-Maur-des-Fossés, le domaine avait été aménagé et agrandi au milieu du 18e siècle par les Le Foullon, une famille de maîtres maçons et architectes. Il a été intégré, en 1790, dans la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (renommée en 1831 Joinville-le-Pont) ; une partie des terres relèvent aujourd’hui aussi de la commune voisine de Champigny-sur-Marne (act. Val-de-Marne).
Agrandi dans le style Louis XV, le manoir de Polangis dispose de 32 fenêtres en façade et est agrémenté d’un fronton triangulaire. Le domaine inclut plusieurs bâtiments annexe dont une chapelle et une ferme. Les terres ont une superficie d’environ 78 hectares.
Si Antoine Joseph Kropper ne s’occupe plus d’industrie, il garde une activité économique, par exemple en vendant en août 1775, une maison avec jardin qu’il possédait dans la village de Charonne, à François Gabriel Perrier, géographe du roi.
Pendant la révolution française, Antoine Joseph Kropper ne semble pas avoir de problème particulier. Il dispose d’une Carte de sureté, délivrée en avril 1793, qui indique qu’il a quitté Polangis et est revenu dans son ancienne demeure de la rue de la Roquette.
Cependant, son épouse Marguerite-Françoise Kropper est entendue comme témoin dans le cadre de l’instruction du procès des hébertistes, ou « exagérés », au début de l’année 1794, par le juge Charles Harny. Il en est de même de sa sœur, Marie Anne Dorothée Kropper, mariée à Nicolas Héricourt, autre poêlier renommé. Toutes deux assurent ne pas avoir d’informations au sujet du complot allégué.
Antoine Joseph Kropper retourne à Polangis, où il meurt le 8 messidor an 2 (26 juin 1794). L’état-civil de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, commune dont dépendait le château, signale qu’il était domicilié rue du Faubourg-Saint-Antoine. Il était âgé de 59 ans et père de trois enfants, dont deux filles vivantes. Son frère et un neveu poursuivent l’activité de poêlerie.
Projet Kropper pour l’intendance de Besançon, Poêle Kropper de l’hôtel de La Lande, musée Adrien Dubouché, Limoges
Jacques François Pascal Allain de la Bertinière naît début 1750, sans doute à Paris. Il est le fils de Marie Marguerite Bourgès, dite Bourgeois et de son époux Louis Allain de la Coeurtière. La famille Allain, de petite noblesse, dispose de la titulature des deux seigneuries et Jacques François Pascal Allain se désigne comme écuyer, utilisant de manière habituelle le nom de La Bertinière.
Sa mère est la fille d’un marchand parisien. Son père est commissaire de la marine, officier conseillant le commandement en matière administrative et financière.
Il sert comme officier dans une compagnie de mousquetaires jusqu’à la dissolution en décembre 1775 des deux unités existantes par le roi Louis XV. Il est ensuite intégré, avec le rang de capitaine, dans un régiment d'infanterie.
En 1770, les parents sont propriétaires du domaine de Polangis, alors nommé Poulangis ou Poulangy, situé dans le ressort de la paroisse Saint-Nicolas et de la baronnie de Saint-Maur-des-Fossés, relevant des princes de Condé. Il est actuellement sur les communes de Joinville-le-Pont (principalement) et Champigny-sur-Marne, toutes deux aujourd’hui dans le Val-de-Marne. Ils possèdent également deux maisons à Paris, rue Saint-Honoré.
Après le décès de Louis Allain de la Coeurtière, probablement en 1786, son épouse transmet en octobre 1786 la nue-propriété des quatre maisons dont elle dispose à ses deux fils, Antoine François Louis Allain de la Coeurtière et Jacques François Pascal Allain de la Bertinière.
Le mariage de Jacques François Pascal Allain de la Bertinière avec Anne Geneviève Gentil est célébré en novembre 1779 à Paris, en l’église Saint-André-des-Arts.
La révolution française de 1789 va entraîner la saisie puis la vente de possession de l’église, devenus biens nationaux. Louis Gentil, père d’Anne Geneviève, ancien agent de la chancellerie de France, achète en septembre 1791, l’abbaye de Sept-Fons, située à Diou (act. Allier). Mais il décède en septembre 1792, laissant la propriété de l’ancienne abbaye à sa fille. Elle fait l’objet d’un contentieux, qui sera tranché par le conseil d’État en la faveur des époux La Bertinière en janvier 1818.
Selon une généalogie établie par Andreas Gölzer, La Bertinière aurait été, pendant la période révolution, un agent au service de Bertrand Barère (1755-1841), membre du Comité de salut public pendant 17 mois à partir d’avril 1793. Il est arrêté et comparaît au tribunal révolutionnaire le 29 ventôse an 2, mais Barère le fait libérer. Toujours d’après A. Gölzer, La Bertinière aurait été un des rédacteurs de L'Argus et du Babillard. Il serait devenu agent de l'Angleterre, protégé par Jean-Baptiste Dubois, dit Dossonville (1753-1832), policier français passé au service de la Grande-Bretagne et sa déporté sous le Directoire. La Bertinière se serait sauvé après l’arrestation de Dossonville le 18 fructidor an 5 (04/09/1797).
Ayant récupéré, à la mort de sa mère fin 1786, l’usufruit de la maison de Polangis, il le vend en mars 1791 à Antoine-Joseph Kropper, ancien marchand poêlier et à sa femme Marguerite-Françoise Villaume. Après le décès de Kropper en juin 1794, La Bertinière récupère le château de Polangis. Il y réside alors et célèbre dans la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur en fructidor an 2 (septembre 1794) le mariage de sa fille, Louise Ulrique Bathilde (qui a tout juste 14 ans) avec Alexandre Antoine Joseph Keyser de Lisle, chef du service des transports militaires de l’armée du Nord. Dans le registre d’état-civil, La Bertinière et son gendre précisent que leurs noms n’ont « aucunes qualifications féodales ou nobiliaires ». Le mariage ne dure pas, et Louise Ulrique Bathilde se remarie, toujours dans le même village en ventôse an 6 (février 1798) à François Jean Pajot de La Varenne ; elle a 17 ans. Elle meurt en prairial an 7 (mai 1799), juste après ses 19 ans et la naissance d’une fille, qui ne vivra pas.
À une date inconnue, certainement pendant la révolution, La Bertinière et son épouse publient ensemble deux chansons, imprimées par Boulard à Paris. Le recueil comprend la « Chanson du citoyen Allain-Labertinière » et la « Chanson de la citoyenne Allain, femme Labertinière, aux défenseurs de la patrie, au nom des femmes » qui comprend les vers suivants : « Jurons fidélité aux valeureux défenseurs // Eux seuls peuvent prétendre conquérir nos cœurs ». Pour l’historienne américaine Suzanne Desan, l’œuvre s’inscrit dans une série de réunions de clubs, de Nantes à Nîmes, où des jeunes femmes s'engageaient à fuir les aristocrates et à n'offrir leur cœur qu'aux républicains et aux soldats.
Les époux La Bertinière vendent, en ventôse an 9 (mars 1801) le domaine de Polangis à Nicolas Charles Marie Oudinot (1767-1847), général, futur maréchal et duc de Reggio. Ils s’installent ensuite à Pontoise (Seine-et-Oise, act. Val-d'Oise) et s’occupent de leur propriété de l’Allier, où La Bertinière introduit la culture de la betterave sucrière.
Il meurt le 28 septembre 1823 dans sa demeure de Sept-Fons, à Diou. Il est âgé de 73 ans. Faute d’héritier direct, sa nièce Louise Caroline hérite de la propriété de sa maison du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Morte en juin 1834 à Pontoise, Anne Geneviève Allain de la Bertinière fait un legs au bureau de bienfaisance de la ville.
Ancienne abbaye de Sept-Fons à Diou (Allier) - Wikipédia