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22 octobre 2025 3 22 /10 /octobre /2025 00:01

Marie Louise Élise Oudinot naît le 21 août 1790 à Bar-le-Duc (act. Meuse). Elle est la fille de François Charlotte Derlin et de son époux Nicolas Charles Oudinot. Elle est l’aînée des sept enfants du couple et son père en aura ultérieurement quatre autres après son remariage.

Son père (1767-1847) ancien sergent dans régiment d’infanterie du Médoc (1784-1787) avait ensuite quitté l’armée, mais il la rejoint comme lieutenant-colonel au 3e bataillon de la Meuse en 1792. Il fera ensuite une très brillante carrière sous la Révolution, le premier Empire comme sous la Restauration ou la monarchie de Juillet. Il est général, maréchal, ministre d’État.

Ses parents ont acheté, en l’an 9 (1801), le domaine de Polangis (ou Poulangis), vaste ensemble situé sur les bords de Marne, dans la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (Seine, act. Val-de-Marne), mais sur la rive gauche, alors quasiment inhabitée. La famille se partage certainement entre plusieurs résidences : Bar-le-Duc (où naissent six des sept enfants de la famille Oudinot entre 1790 et 1808), Paris où les généraux ont un lieu d’accueil et donc La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur et leur nouveau château de Polangis.

La famille vit à Polangis où elle est recensée en l’an 10 (1802). Mais un seul de leurs enfants est répertorié avec eux, Auguste Numa (1799-1835) qui sera colonel et mourra lors de combats en Algérie. Les aînés, dont Marie Louise, 12 ans, restent sans doute à Bar-le-Duc une partie de l’année.

Cependant, c’est bien à Pont-de-Saint-Maur que Marie Louise se marie, en mars 1808, avec le général de brigade Pierre Pajol. Elle a 17 ans, et lui 36. Dans sa corbeille de mariage, ses parents ont placé le domaine de Polangis, valorisé 100 000 francs, auxquels s’ajoutent le mobilier du château (20.000 fr.) et 150.000 fr. en liquide, valeurs et créances. Le patrimoine et les revenus du ménage permettent au général et à son épouse d’occuper une position brillante au sein de la société impériale. Elle est réputée être très organisée, et lui ajoute à ses talents militaires une vraie culture, disposant d’une riche bibliothèque d’ouvrages historiques et philosophiques.

À la fin de l’Empire, en juin 1814, Pajol et sa femme vendent Polangis à André-François Miot (1762-1841). Ancien haut fonctionnaire, devenu ministre des Affaires étrangères en 1794-95, administrateur de la Corse, ministre du royaume de Naples puis intendant de la maison royale d’Espagne. Il venait d’être nommé comte de Mélito et menait désormais une carrière littéraire, notamment comme traducteur du grec ancien.

Le famille Pajol habite désormais Paris d’abord dans le Faubourg Saint-Germain, puis dans les nouveaux quartiers de la Chaussée d’Antin. Avec l’appui d’Oudinot, Pajol retrouve un commandement prestigieux, celui de la division de cavalerie du roi ; lors du retour de Napoléon pour les Cent-Jours, en mars 1815, il est nommé pair de France. Après l’abdication de l’empereur suite à la défaite de Waterloo, Pajol est mis à la retraite. Il se lance dans les affaires, exploitant le premier bateau à vapeur à traverser la Manche. C’est un échec et son épouse, Marie-Louise, dans l’intérêt de ses enfants, obtient en juillet 1817, du tribunal de première instance du département de la Seine un jugement de séparation de biens ; Pajol doit alors 120 000 fr. à sa femme.

Un nouvel investissement patrimonial, avec une dimension économique, est fait par les époux Pajol en 1821. Ils achètent, pour 40 000 francs, les reste de l’ancienne abbaye du Paraclet à Quincey, act. Ferreux-Quincey, Aube). Fondée en novembre 1131 par Abélard (1079-1142), philosophe et théologien chrétien, elle a eu pour première abbesse son épouse, Héloïse (1092-1164). Ancienne élève d’Abélard et mère de leur enfant Astrolabe, Héloïse fut d’abord une intellectuelle en vue dans le Paris du 12e siècle, puis une écrivaine réputée, notamment pour ses lettres à Abélard qui, châtré du fait de leur liaison scandaleuse, vivait dans un monastère à Nantes. Héloïse fut enterrée au Paraclet, puis les reste d’Abélard y furent transportés à la fin du 15e siècle. L’abbaye, restée prestigieuse, fut fermée pendant la Révolution française le 14 novembre 1792, les ossements d’Héloïse et d’Abélard étant transférés ; ils reposent désormais dans le cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Le domaine du Paraclet, vendu en novembre 1792 comme « bien d’émigré » au domestique d’un curé, appartient ensuite à un notaire, qui commence à démolir l’église, puis à un fripier parisien qui continue la destruction. Le comédien et directeur de théâtre, Jacques-Marie Boutet de Monvel (1745-1812), l’achète en 1794 et aménage la demeure abbatiale, restée debout, pour l’habiter. La famille de Monvel cède le domaine lors d’une vente aux enchères.

Les époux Pajol font entourer l’ancien tombeau d’une plantation funéraire et y élèvent une colonne votive, en forme d’obélisque, indiquant l’endroit où avaient reposé les restes d’Héloïse et d’Abélard. Marie Louise Pajol s’occupe de l’aménagement des lieux.

Dans l’ancien moulin, au bord de la rivière Ardusson, dans la commune Saint-Aubin, une fabrique de limes et de matériel agricole est établie en 1823. L’aciérie est constituée sous forme de société, dont Pajol est un des associés ; elle vit assez difficilement. Pajol tente de s’inspirer de méthodes qu’il va voir en 1826 en Angleterre, mais l’entreprise fait faillite. Il rachète le moulin en septembre 1830 et vend la ferme au baron Charles Walckenaer. En décembre 1831, la comtesse Pajol obtient par ordonnance royale le droit de transformer l’ancienne aciérie en un moulin à blé et à huile.

En juillet 1830, après la démission du roi Charles X, le comte Pajol est rappelé, avec la fonction de lieutenant-général, pour empêcher les tentatives de résistance des royalistes légitimistes. Il se rend à Rambouillet, où le souverain est installé et l’accompagne dans son départ vers l’étranger. La famille vit de nouveau en région parisienne.

Arrivant d'Asie une épidémie de choléra se propage rapidement à partir de la fin du mois de mars 1832. Elle touche une grande partie de l’Europe dans les mois et années qui suivent. En région parisienne, on estime que 18 000 personnes meurent de la maladie. Ce sont principalement des personnes de milieux populaires, vivant dans des quartiers insalubres. Cependant, elle touche également une partie de l’élite. Dans son journal, le maréchal de Castellane écrit : « Tous nos ministres sont malades (…) ; on ne conçoit rien à ce fléau ». Le docteur Augustin Fabre tient la liste des « Personnes de distinction mortes du choléra. France » ; parmi elles, « Casimir Périer, président du conseil des ministres (…), la comtesse Pajol, fille du maréchal Oudinot ». Elle est décédée le 18 avril 1832 à Paris (10e arr.). Elle était âgée de 41 ans et mère de trois enfants, dont une fille morte jeune.

À Joinville-le-Pont, l’épidémie de choléra de 1832 fit 18 victimes, dont 9 sont mortes. Dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés, il y eut 46 personnes atteintes et 25 trépas.

Selon Marc Oudinot, au décès de sa fille aînée, « Le maréchal Oudinot ne maîtrisa sa peine qu'en se consacrant à faire distribuer des soins et des secours dans tous les alentours de Jeand'Heurs, où il avait invité sa famille à se regrouper, confiant dans la salubrité du lieu ». Le château est situé à L'Isle-en-Rigault (Meuse).

Le général Pajol et les deux fils de la comtesse Marie Louise vendent en 1835 le domaine du Paraclet au baron Charles Walckenaer, dont la famille continue d’y résider en 2025. Les deux garçons Pajol devinrent généraux.

Façade Est de l’ancienne maison abbatiale du Paraclet (Wikipédia)

 

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