Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 décembre 2025 4 04 /12 /décembre /2025 00:01

Suite de la biographie de Marcel Mayer

Le management de Marcel Mayer est critiqué par L’Humanité en novembre 1924. Le quotidien communiste range son usine dans la catégorie « Les sales boîtes » et reproche « Un procédé barbare chez Pathé à Joinville », à savoir une limitation de l’accès aux toilettes pour les ouvrières de l’usine. Le journal remarque que M. Mayer, directeur, est un « homme très Bloc des gauches », critiquant sa proximité supposée avec l’alliance formée par les radicaux-socialistes avec les socialistes SFIO et indépendants.

Parallèlement à ses fonctions de gestion des usines Pathé-Cinéma de Joinville-le-Pont, Marcel Mayer publie en 1926 un ouvrage, Tirage et développement des films cinématographiques. Il assure également un enseignement technique, notamment pour l’association Philomathique, structure d’enseignement professionnel pour le cinéma, la photo et la radio.

Lors de l’Exposition nationale du Travail, qui se tient à Paris en juillet 1927, Mayer fait partie du bureau de la section Cinématographe. Il préside en février 1929 le bureau du groupe la Cinématographie, photographie et instruments de précision de la section française à l’Exposition générale et internationale de Barcelone.

Très impliqué dans les diverses manifestations locales autour de l’usine qu’il dirige, Marcel Mayer est élu en février 1931 président de la Société symphonique de Joinville. Il siège également au conseil d’administration de de l'Office public d'habitations à bon marché de Joinville-le-Pont, constitué en avril la même année.

Vivant à Saint-Maur-des-Fossés, dans le quartier de La Varenne-Saint-Hilaire, boulevard de Champigny, dispose en 1933 de parts sociales dans une société basée à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dénommée Agences immobilières de la banlieue du Sud-Est.

La famille dispose, au moins depuis 1929, d’un résidence secondaire à Guignes-Rabutin (Seine-et-Marne).

Pendant la deuxième guerre mondiale, Marcel Mayer est exposé aux persécutions raciales, l’origine Juive de sa famille étant bien établi au cours du 19e siècle. Deux tableaux de l’école impressionniste appartenant figurent sur le Répertoire des biens spoliés en France pendant la Guerre 1939-1945, publié en 1947. Il s’agit d’une Vue de la Seine d’Albert Lebourg, et d’une Rue de Montmartre de Maurice Utrillo. Il n’est cependant pas établi que le propriétaire Marcel Mayer soit bien celui qui est l’objet de cette notice, car il existe plusieurs homonymes.

Marcel Ernest Gustave Mayer meurt le 7 février 1945 à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne), où il était probablement hospitalisé. Il était toujours domicilié à Saint-Maur-des-Fossés, boulevard de Champigny. Âgé de 61 ans, il était père de quatre enfants.

Marcel Mayer a été décoré en septembre 1917 de la Croix de guerre avec étoile de bronze, en février 1938 de la Croix du Combattant volontaire ; il avait été proposé en 1928 pour avoir la Médaille militaire mais ne semble pas l’avoir obtenue. À titre civil, il était officier du Mérite agricole depuis juillet 1927. Il a eu plusieurs décorations de la Mutualité : mention honorable en août 1925, médaille d'argent en décembre la même année, médaille d'or en mars 1932. Il avait obtenu la médaille d'argent du travail en tant que « créateur du service de bains-douches aux usines Pathé-Cinéma à Joinville » en janvier 1929 puis la médaille d'or en mars 1932. Il avait reçu les Palmes académiques comme officier d'académie en février 1926 pour services rendus aux arts.

Une importante documentation a été remise aux Archives départementales du Val-de-Marne (le fonds Marcel Mayer). La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé conserve un ensemble de notes, dénommé Le répertoire Mayer, considéré comme l’un des témoins clés de l’histoire de l’industrie cinématographique.

Fin

Marcel Mayer dans l’usine de Joinville-le-Pont (Fondation Jérôme Seydoux Pathé)

 

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2025 3 12 /11 /novembre /2025 00:01

Suite de la biographie de Georges Capgras

À la sortie de la guerre, la situation du peintre Georges Capgras change beaucoup. Il se sépare de sa seconde épouse et son fils, revenu d’Amérique pour combattre pendant le conflit, d’abord dans l’Est de la France puis dans les zouaves avec l’armée d’Orient, est grièvement blessé. Après un bref retour aux États-Unis, il revient en France et meurt, en décembre 1919 des suites de ses infirmités de guerre. Il est enterré à Saint-Maur-des-Fossés, ville de ses grands-parents paternels. En matière professionnelle, Georges Capgras ne fait plus mention de son emploi au Crédit foncier et paraît se consacrer exclusivement à ses activités artistiques. Il vit de nouveau à Paris (9e arr.), dans le quartier Saint-Georges, rue Gaillard renommée ensuite rue Escudier.

Il entreprend des randonnées, en particulier en Alsace, qu’il parcourt à pied et sac au dos. Outre sa participation systématique au Salon des artistes français à Paris, il a des expositions personnelles, comme en novembre 1920 à la galerie Allard, rue des Capucines à Paris mais aussi à Lille, Nancy, Tokyo ou Copenhague. Récompensé par la médaille d'or au Salon des artistes français en 1923 pour le triptyque Terre d’Alsace, il est mis hors compétition dans les salons suivants.

Un des éléments marquants de l’évolution du peintre, c’est son adhésion au spiritisme où, selon ses compagnons, « il trouva la consolation » de la disparition de son fils. Il devient vice-président de l’Union spirite de France (USF) et reste membre du comité de l’association jusqu’à son décès. Il participe activement aux travaux, donne en avril 1936 une conférence sur Le spiritisme et l’art à Paris. Il fait également cadeau à l’USF de son triptyque, Vers la lumière pour sa salle de réunion.

Après avoir eu en 1926 une compagne, Jeanne Chaumon, veuve et employée de commerce, Georges Capgras épouse en novembre 1927 à Paris (6e arr.) l’artiste peintre Henriette Louise Emma Desportes. Parmi les témoins du mariage, on compte Paul Doumer, alors président du Sénat, qui deviendra président de la République en 1931 et sera assassiné l’année suivante. Autres témoin, le peintre Paul Chabas (1869-1937), qui était comme Capgras un ancien élève de Bouguereau ; un autre artiste peintre, Marcel Baschet (1862-1941), malade le jour de la noc, s’était fait excuser. Avec Henriette Desportes, Géo Capgras s’intéresse à la Bretagne, notamment à la ville de Dinan (Côtes-d'Armor) où son épouse réside. Leur union est dissoute par un troisième divorce en juillet 1930 à Paris.

Paul Doumer (1857-1937), qui deviendra président de la République en 1931 et sera assassiné l’année suivante, avait « une très profonde affection », selon la présentation faite en en septembre 1937 par la Revue spirite. Leurs sentiments mutuels s’étaient resserrés leurs deuils cruels : le Président perdit quatre de ses fils à la guerre et Capgras, son fils unique. Ce dernier avait fait le portrait de Paul Doumer qui était présenté au Salon de 1927, et la présidence du Sénat avait acquis le triptyque Terre d’Alsace pour l’exposer dans son salon d’honneur. Paul Doumer avait reçu Georges Capgras dans sa résidence officielle de Rambouillet (Seine-et-Oise, act. Yvelines).

Même si Capgras n’enseigne pas, des artistes se réfèrent à lui, notamment Hélène Benoit-Courcier (1891-1982), peintre versaillaise, originaire du Pas-de-Calais. Selon des sources qu’il n’a pas été possible de vérifier, il aurait également eu une influence sur les peintres Paul-Albert Laurens, Albert Malet, Marcel-Lenoir, Georges Pacouil, Alexander Ossipovich Orlowsky, Renée Unik, Louis, Ludovic et Henri Louis Vallée ainsi qu’Yves Pallies.

Sociétaire des Artistes français depuis 1898, Georges Capgras était également en 1928 membre du comité directeur de la Société des peintres de montagne. En tant que membre du comité de l’Association des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs, c’est lui qui présente le rapport annuel lors de l’assemblée générale de cette association, en mai 1939 dans l'École des beaux-arts de Paris.

Georges Capgras meurt le 5 août 1947 à Paris (16e arr.), dans la pension de la rue Chardon-Lagache où il résidait. Il était âgé de 81 ans et père de deux enfants.

Le peintre a été décoré des Palmes académiques comme officier d'académie en janvier 1905 puis comme officier de l’instruction publique en janvier 1909, en tant qu’artiste peintre. Il est fait chevalier du Mérite agricole en septembre 1913 pour sa contribution en tant que dessinateur du Crédit foncier de France. En avril 1925, il devient chevalier de la Légion d’honneur. Son nom est inscrit, sous la forme Géo Capgras, sur la liste des bienfaiteurs de la ville de Saint-Maur, figurant sur une plaque installée dans la mairie.

Georges Gonzalès lui rend hommage en novembre 1947 dans le bulletin de l’Union spirite de France, Survie. Dans le même numéro, le président de l’union, André Dumas, consacre un article intitulé « Géo Capgras se manifeste » au sujet d’une « apparition » qui serait survenue à Paris et qui est racontée par Mlle Leguet, adhérente à l’association.

Plusieurs expositions ont présenté des tableaux de Géo Capgras au 21e siècle. C’est la cas en particulier du musée de Saint-Maur (Val-de-Marne) qui a présenté, en février 2014 une maquette du triptyque Terre d’Alsace, qui est conservé au musée du Luxembourg à Paris, dans la collection du Sénat. Une conférence de Carine Delaporte, attachée de conservation et médiatrice du musée, a été consacrée au peintre, dont une quarantaine d’œuvres sont conservées dans la commune. Dans la même ville, une exposition lors de l’hiver, 2019-2020. Montre La nature sous la neige. « Art/Enfer. Créer à Verdun, 1914-1918 », organisée en novembre et décembre 2022 au Mémorial de Verdun-Champ de bataille à Fleury-devant-Douaumont (Meuse), a affiché L’Enlisé (1917).

Les œuvres de Géo Capgras figurent dans les collections de musées internationaux, notamment en Argentine, à Buenos-Aires ; au Brésil, à la Pinacothèque de São Paulo ; au Danemark, au musée de Copenhague et aux États-Unis, au musée des beaux-arts de San-Francisco (Californie). En France, ses toiles sont conservées par les musées des beaux-arts de Calais (Pas-de-Calais) et de Dijon (Côte-d'Or) et par le musée de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) ; à Paris, on garde sa production au Musée du Luxembourg au Musée de l'armée aux Invalides et à l’hôtel de ville.

Fin

 

Portrait publié dans la Revue moderne 15/09/1922

Portrait de la Revue moderne retouché par intelligence artificielle (ChatGPT) – la coupe de cheveux paraît très irréaliste

 

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2025 1 10 /11 /novembre /2025 00:01

Début de la biographie de Georges Capgras

Georges Capgras naît le 16 mai 1866 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Julienne Germaine Malice et d’Antoine Capgras, le quatrième et dernier de leurs enfants. Sa mère est la fille d’un entrepreneur carrier et propriétaire foncier de Saint-Maur-des-Fossés, commune voisine de Joinville. Son père est boulanger dans le village de Poigny (Seine-et-Marne), où la famille vit dans le lieudit Les Forges ; il est originaire de cultivateurs de Caumont (Tarn-et-Garonne).

Les parents vivent ensuite séparés et, en 1880, lors du décès du fils aîné, le domicile du père est déclaré comme « ignoré » dans l’état-civil. Georges vit alors avec sa mère et ses deux sœurs à Pantin (Seine, act. Seine-Saint-Denis), route de Flandres puis dans le 9e arrondissement de Paris rue Rodier et ensuite, dans le 18e, rue Ordener. Il fait un service militaire, sans doute de 1887 à 1889.

Lorsqu’il se marie en février 1893 à Paris (9e arr.), Georges Capgras est employé au Crédit foncier de France, une fonction qu’il continuera au moins jusqu’en 1913, alors comme dessinateur industriel. Il épouse une brésilienne, Joséphine de Barros, native de Bahia, fille d’un importateur de machines pour la navigation fluviale. Ils vivent cité Gaillard (act. rue Paul Escudier).

Parallèlement à ses activités administratives, Georges Capgras suit une formation en peinture à l'école des Beaux-arts de Paris. Il a pour professeurs le peintre réaliste et académique William Bouguereau (1825-1905) ; Georges Callot (1857-1903), spécialiste de tableaux de nus et également décorateur ; Émile-Charles Dameron (1848-1908), artiste vagabond inspiré par la Bretagne ; Charles Hermann-Léon (1838-1907), auteur de d’œuvres animalières. Il fréquente également l'Académie d’Auguste Joseph Delécluse (1855-1928) et se rapproche de Gustave Moreau (1826-1898), représentant du courant symboliste, imprégné de mysticisme. Fin 1896, il fait partie des illustrateurs de La Revue de France, lancée par Georges Rocher et qui cesse de paraître trois ans plus tard.

À partir de 1897, Georges Capgras séjourne au Brésil. Il passe probablement par la Guyane. Sa première exposition connue a lieu à Sao-Paulo en 1898. Il rentre ensuite à Paris, adhère à la Société des artistes français et commence en 1899 à participer au Salon des artistes français, où il sera présent chaque année jusqu’à la fin de sa vie.

Il représente principalement des animaux, notamment des taureaux, dans des paysages du Brésil, de Guyane, de Belgique, de Hollande ou de Bretagne qui lui valent un certain succès et la réputation de peintre animalier. Il adopte la signature de « Géo Capgras ». En juillet 1902, il obtient le divorce. Il restera cependant lié à son fils, Jean Rodolphe Raoul Capgras, né en avril 1895 et qui, en 1914, réside à Lutz (Floride, États-Unis) où il ‘est horticulteur.

Pour sa part Georges Capgras vit dans le 18e arrondissement de Paris, rue Damrémont, rue Paul-Féval, rue Caulaincourt et rue de l'Orient. Il se remarie en octobre 1909 à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne) avec Augustine Louise Brulin, employée de commerce.

Outre la peinture, Georges Capgras assure la décoration de la chambre à coucher royale, les plafonds et des panneaux du palais d'Abedin, au Caire, pour le roi d’Égypte Fouad 1er ; il a été reconstruit et agrandi par l'architecte Antonio Lasciac entre 1909 et 1911. Il aménage également le salon de musique du paquebot Gallia, lancé le 26 mars 1913, appartenant à la Compagnie de Navigation Sud-Atlantique, qui desservait l’Amérique latine depuis Bordeaux ; réquisitionné pour transporter des troupes pendant la première guerre mondiale, il fut torpillé par un sous-marin allemand et coulé en octobre 1916 en Méditerranée, entre l’Italie et la Tunisie, faisant environ 1 740 victimes.

Au cours de la première guerre mondiale, le couple s’installe à Fontenay-sous-Bois, rue des Charmes et dans la commune voisine de Saint-Mandé, rue de la Fraternité (Seine, act. Val-de-Marne). S’il n’est pas mobilisé pour porter les armes, du fait de son âge, Georges Capgras est « envoyé au front en tant que peintre officiel aux armées » selon l’écrivaine et chercheuse Jacqueline Chénieux-Gendron. Il est un des rares à s’intéresser aux tranchées, notamment avec L'Enlisé, toile immense, qui décrit l’agonie d’un homme se noyant dans la boue. Il réalise également Verdun, terre sainte, les Muletiers allant vers Douaumont ou une étude de cheval mort. Selon Clément Morro, critique d’art de la Revue moderne, « il remarque dans un entonnoir, un crâne humain ; dans chaque orbite une fleur a poussé ! »

À suivre

Pinacoteca de São Paulo, Géo Capgras, Arredores de São Paulo, 1898

 

Partager cet article
Repost0
26 septembre 2025 5 26 /09 /septembre /2025 00:01

Antoine Fayet naît vers 1575. Il est le fils de Jeanne Le Bossu et de son époux Antoine Fayet. Sa mère est la fille d'un receveur général des monnaies. Son père est sieur de Margency (act. Val-d'Oise). Il est conseiller du roi et trésorier de l'extraordinaire des guerres, c’est-à-dire gestionnaire des fonds nécessaires pour les activités militaires et non prévues au budget ordinaire. En 1563, il est nommé secrétaire du roi, titre qui reconnaît son appartenance à la noblesse. Les Fayet ont une origine ancienne dans le Gévaudan (act. Lozère, Occitanie).

La famille compte quatre garçons et une fille. L’aîné, Olivier, est président de la première chambre des enquêtes du Parlement de Paris ; Nicolas, est secrétaire d’État (directeur d’une administration centrale) et président en mars 1616 de la Chambre des comptes de Paris ; Martin est trésorier provincial des guerres.

Antoine Fayet fils fait des études de théologie à l’université de Paris, dite de Sorbon. Il en sort avec le titre de docteur et assure la fonction de conseiller au parlement de Paris. Il est nommé curé de l’église Saint-Paul de Paris en 1597. Il conservera cette fonction jusqu’à 1627. L’église sera reconstruite au 19e siècle et prend alors le nom de Saint-Paul-Saint-Louis.

En 1604, Martin Fayet, frère d’Antoine, avait acquis le domaine de Polangis, comprenant notamment une maison et une ferme sur un vaste terrain, situé sur la rive gauche de la Marne, dans l’actuel territoire de la commune de Joinville-le-Pont et, pour une petite partie, également de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). À son décès, Antoine Fayet en hérite. Il transmettra lui-même une part à leur frère Olivier et à sa fille Bonne, le moulin à eau situé sous l’arche du pont de Saint-Maur (act. pont de Joinville). En décembre 1623, Antoine Fayet vend le domaine de Polangis à Charles de Valliech, premier secrétaire du duc d’Épernon.

Il y a sans doute un lien entre la propriété du domaine de Polangis et le fait que l’abbé Antoine Fayet est nommé chantre et chanoine de l’église de Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés. L’abbaye de Saint-Maur, dont l’église était une fondation, avait été jusqu’en 1482 propriétaire du domaine. Il était également chanoine de Paris.

C’est en sa qualité de docteur de la Faculté de théologie de l’Université de Paris (la Sorbonne) qu’Antoine Fayet est nommé en décembre 1612 à la tête d’une députation de quatre docteurs. Ils sont chargés par le doyen de la faculté, P. Bottereau, d’examiner un livre de Martin Bécan (1563-1624), dit Becanus, intitulé La Controverse d’Angleterre touchant la puissance du Roi et du Pape. L’auteur est un jésuite des Pays-Bas espagnols, théologien catholique de la Contre-Réforme. Les conclusions sont présentées à la reine régente, Catherine de Médicis, au chancelier et garde des sceaux Nicolas Brûlart de Sillery et au cardinal Jean de Bonzi, évêque de Béziers. Les rapporteurs considèrent que « le livre renfermait quantité de choses dangereuses et d’une grande importance » et en recommandent la censure. Le cardinal de Richelieu témoigne dans ses mémoires : « Un orage s’éleva (…) contre les jésuites pour un livre composé par un des leurs, nommé Becanus (…). Ce livre fut vu en France en novembre [1612], et accusé par aucuns docteurs en leur assemblée du premier de décembre, comme proposant le parricide des rois et des princes pour une action digne de gloire ». La reine préféra attendre l’avis de Rome, où siège la papauté, avant de décider de ladite censure.

Le débat s’inscrit dans les débats en France sur la primauté de l’autorité des rois sur celle du pape. Pour l’historien Nicolas Sanders, la dénonciation vient de ce que les docteurs parisiens estiment que les doctrines du jésuite sont dangereuses, Becanus professant le pouvoir temporel des papes sur les rois.

En novembre 1623, sollicite l’acquisition d’un terrain situé dans le Faubourg Saint-Antoine à Paris, pour y construire une chapelle qui soit une succursale de l’église Saint-Paul, destinée aux résidents du quartier, en forte croissance démographique. Il achète, probablement avec les moyens qu’il a retiré de la vente du domaine de Polangis, un terrain en octobre 1624 auprès de Jean de Vitry, seigneur de Reuilly.

La construction de l’édifice se fait en 1625 rue Saint-Bernard et il est nommé Sainte-Marguerite. Cependant, les demandes de Fayet et des habitants du Faubourg pour en faire une église succursale se heurtent à l’opposition des marguilliers de Saint-Paul, laïcs élus par l’assemblée de notables de la paroisse, chargé de la gestion du conseil de fabrique paroissial. Le parlement de Paris jugea, en juillet 1629, que le bâtiment devait rester une simple chapelle, devant servir de sépulture aux membres de la famille Fayet. Mais, une seconde décision de la même instance décida, en août 1631 (confirmée par deux arrêts d’août 1632 et mai 1633), que la chapelle serait érigée en succursale. L’abbé Fayet, qui avait abandonné la cure de Saint-Paul en 1627, fait alors célébrer un service dominical dans le nouveau temple. L’extension du bâtiment se fait en 1634.

Antoine Fayet meurt le 10 février 1634 à Paris. Il était âgé d’environ 69 ans et est enterré dans l'église Sainte-Marguerite. Ses héritiers continuèrent à financer les travaux de l’église. Un plaque apposée dans l’édifice mentionne qu’il en fut, en 1634 le curé fondateur. Son portrait est accroché dans la sacristie de l’église Saint-Paul-Saint-Louis, dont il avait été le cinquième curé, avec l’indication « Fayet Antoine 1597-1627 » et l’inscription « Messire Antoine Fayet, conseiller au Parlement de Paris et curé de Saint-Paul, mort le 10 février 1634. »

Portrait de l’abbé Antoine Fayet, sacristie de l’église Saint-Paul-Saint-Louis à Paris

 

Partager cet article
Repost0
2 septembre 2025 2 02 /09 /septembre /2025 00:01

Pierre Le Caron naît vers 1510. Il est le fils de Michelle du Puis d'Angest, seconde épouse de son père, Laurent Le Caron. Originaire de Compiègne, Laurent Le Caron (1455-1540) avait d’abord été marié avec Marguerite de Creil ; il était lieutenant général, civil et criminel, au baillage de Compiègne (act. Oise) de 1486 à 1526. En août 1497 le roi Charles VIII lui remet à Moulins des lettres patentes de noblesse ; il porte les titres de seigneur de Canly, de Fleury et de Berlette.

Pierre Le Caron porte le titre de seigneur de Caulx. Il mène une carrière militaire d’officier, dans la fonction de héraut d'armes au titre de Bretagne ; il accèdera ensuite au grade suprême dans la fonction, celui de roi d'armes de France au titre de Champagne. Il supervise l’activité des hérauts d’une marche, chargés notamment de reconnaître les troupes et de transmettre les messages.

Vers 1534, Pierre Le Caron épouse Anne Valton, issue d’une famille de magistrats. Le père d’Anne, Jourdain Valton, prend, en 1526, la succession du père de Pierre, Laurent Le Caron à la lieutenance de Compiègne. Anne avait apporté, en dot, de domaine de Poulangis (act. Polangis, à Joinville-le-Pont, Val-de-Marne). Pierre Le Caron ajoutera à son titre de Caulx celui de sieur de Poulangis ainsi que celui de Canly au décès de son père.

Pour l’entretien de leur domaine, les époux Le Caron commandent en juin 1546 des travaux de maçonnerie auprès d’Augustin Lefèbvre, à Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne).

En septembre 1558, Pierre Le Caron est nommé, par le roi Henri II, maître des eaux et forêts de Meaux et Crécy (act. Seine-et-Marne).

La date de décès de Pierre Le Caron n’est pas connue.

Pierre et Anne Le Caron ont eu deux fils, Louis et Jean. L’aîné s’invente une origine grecque et se fait appeler Loÿs Le Caron de Charondas (1536-1613). Avocat à l’âge de 17 ans, il sera un juriste réputé, publiant plusieurs ouvrages de droit en latin, contestant fréquemment les positions de Montaigne. Il fait également imprimer des poèmes, dont la qualité littéraire est parfois contestée et des dialogues, dans lesquels il met en scène sa proximité avec Rabelais. Il se réfère souvent à son oncle, Philippe Valton (mort en avril 1578), conseiller du roi et auditeur au Châtelet de Paris (tribunal), seigneur de Saint-Souplex et de Fouvery. 

Le domaine de Polangis est la propriété, en 1561, de François Dony et de son père Gilles Dony, héritiers d’Anne Morin. Peut-être s’agit-il de membres de la famille d’Ongnies, dont Louis Le Caron était proche, en étant l’adjoint au baillage de Compiègne.

Armes de Pierre Le Caron, roi d'armes

 

Partager cet article
Repost0
18 août 2025 1 18 /08 /août /2025 00:01

Jean Valton, dont le prénom est souvent orthographié Jehan et dont le nom prend différentes formes (Valeton, Valiton, Valleton) serait né vers 1440.

Vers 1460, Jean Valton épouse Catherine Le Boille (ou Leboille) dont il a quatre ou cinq enfants.

Il est praticien en cour d’église, c’est-à-dire juriste devant un tribunal ecclésiastique. Il exerce cette fonction en 1474 et sera également qualifié de notaire et d’audiencier.

Au cours de l’année 1472, Jean Valton épouse Marie Le Royer, fille d’Anne Le Roy et de Pierre Le Royer. Commis en charge des fortifications de Bretagne puis contrôleur général de la guerre, il est en 1494 en charge des fouages (impôt exigé de chaque foyer domestique) de l’évêché de Tréguier puis de celui de Nantes. La sœur de Marie, Regnaulde Le Royer, a épousé Oudart Trubert (1440- v. 1501), membre d’une célèbre fratrie de graveurs imagiers et peintres, natifs de Troyes. Jean Valton et Oudart Trubert sont associés dans plusieurs opérations financières entre 1474 et 1487.

La comptabilité de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne), tenue par le frère Denis Bouchard, mentionne que Jean Valton est, en 1482, l’occupant de l’hôtel de Poulangis (act. Polangis), dont l’abbaye assure la seigneurerie d’après les historiens Yvette Deniaud et Georges Saouter.

En 1489-1490, Jean Valton est en affaires avec plusieurs religieux, comme Jean Bouchard, religieux et senior de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, Jean Dolery, curé de Noisy-le-Grand ainsi que Jean Aubert, Jean Anceau et Arnoul de Silly, religieux de Saint-Magloire, prieurs successifs du prieuré de Saint-Mandé.

Selon Georges Naudet, historien de Fontenay-sous-Bois (act. Val-de-Marne), Jean Valton a payé en 1492-1493 une somme de quatorze livres et huit sols parisis pour « les masures, terres, prés et appartenance de Poulangis » à l’abbaye de Saint-Maur.

Le manoir de Poulangis, relevant alors de la paroisse de Fontenay-sous-Bois, est attesté en 1207, selon les données mentionnées dans la base Mérimée, du ministère de la culture. Le domaine comprend également une ferme. Ultérieurement, il sera rattaché à la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur à Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne) puis, à partir de 1790, à la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, qui deviendra Joinville-le-Pont en 1831.

Au début du 16e siècle, Jean Valton est audiencier (huissier) en la cour de l’officialité de l’évêque de Paris, et demeure rue Saint-Antoine (actuel quartier du Marais), près de l’église Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers (détruite en 1777).

Jean Valton meut vers le 3 septembre 1505 à Paris. Il est âgé d’environ 55 ans et père de quatre enfants.

Le fils aîné de Jean Valton, Jourdain, riche marchand de fer, épicier et apothicaire, marié avec Catherine Aleaume, obtint du fait de cette union l’accès à la noblesse avec le titre de seigneur d’Heurtebise, du nom d’un terrain qu’il avait acquis près de Chelles (act. Seine-et-Marne).

Audebert Nicolas Valton, son quatrième fils, né vers 1475 de son union avec Marie Le Royer, devient aussi receveur des fouages dans le diocèse de Nantes, receveur des finances en 1519, à l’instar de son grand-père maternel, Pierre Le Royer dont il obtint une partie de l’héritage. Devenu protestant, Audebert Valton en arrêté à Paris en décembre 1534, des suites de l’affaire des Placards, est placardage de texte luthériens dans plusieurs villes de France, dont Paris Blois, Rouen, Tours et Orléans mais aussi à Amboise, sur la porte de la chambre du roi François Ier. Ce dernier considéra qu’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté et six disciples de Luther furent condamnés au bûcher en janvier 1535, dont Audebert Valton.

Jean Valton est le premier propriétaire de Polangis mentionné dans les sources historiques actuellement accessibles. Il a pour successeur son fils Jourdain.

Vue du château de Polangis en 1886

 

Partager cet article
Repost0
14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 00:01

Le nom de « Polangis » désigne un territoire, actuellement situé sur les communes de Joinville-le-Pont (principalement) et Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), qui a relevé successivement de la paroisse de Fontenay-sous-Bois puis de celle de Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés avant d’être rattaché aux deux villes de Joinville (anciennement La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur jusqu’en 1831) et Champigny.

Le nom a connu diverses formes mentionnées dans les textes anciens : Poleng, Poulange, Poulangis… L’abbé Lebeuf, historien du diocèse de Paris, le relie au nom du pont sur la rivière Marne (actuel pont de Joinville), dont l’appellation ancienne était Pons Olini en latin, ou Pont Olins. Lebeuf traduit Pouleng par « champ cultivé dans un creux. »

Il est possible également de rechercher une hypothèse latine, notamment le substantif bas latin pullamen qui désigne un jeune animal, et particulièrement un poulain. Plusieurs noms de lieux sont apparentés, comme Poulangy (Haute-Marne), Poligny (Jura) ou Polminhac (Cantal) et peuvent éventuellement être reliés à cette racine.

La base Mérimée, du ministère de la culture, assure que le manoir de Polangis est attesté en 1207. Un château, comprenant également une chapelle, un parc et la ferme, est construit au début du 18e siècle puis agrandi à la fin de la même période. Il est détruit en 1904, le terrain étant loti.

Plusieurs des propriétaires du château de Polangis ont joué un rôle significatif dans l’histoire locale, voire dans l’histoire nationale. Quatre d’entre eux ont d’ailleurs donné leurs noms à des voies de la commune de Joinville (Chapsal, Courtin, Jamin et Oudinot). L’avenue du Parc garde le souvenir du domaine, mentionné aussi dans le boulevard de Polangis (partagé entre Joinville et Champigny) et la quai de Polangis, dans la première cité.

Nous examinerons dans de prochains articles ce qu’il est possible de savoir sur la trentaine de personnes, actuellement identifiées, parmi les propriétaires dudit domaine, en commençant par Jean Valton (Jehan Valleton) en 1482.

Polangis dans la carde l'abbé Delavigne, 1740

 

Partager cet article
Repost0
30 avril 2025 3 30 /04 /avril /2025 00:01

Auguste Louis Casiez naît le 12 octobre 1846 à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Valentine Marie Constance Montraisin et de son époux Louis Eugène Casiez. Son père, originaire de Saint-Omer (Pas-de-Calais) est perruquier ; il sera ultérieurement facteur des Postes. La famille, dont il est le dernier des six enfants, vit route de Saint-Mandé.

Devenu bijoutier, Auguste Casiez épouse, en décembre 1869 à Charenton, Augustine Victorine Coudret, blanchisseuse. Ils restent vivre à Charenton, rue de Paris.

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, son père Louis Eugène Casiez (1803-1880), bien qu’ayant déjà 66 ans, est engagé dans la Garde nationale, en tant que tambour-maître au 51e bataillon ; son frère aîné, Alexandre Casiez (1841-1906), combat également dans le 55e bataillon de la Garde, en tant que sergent-fourrier. Il poursuit son activité sous la Commune de Paris, la Garde ayant refusé de rendre les canons stationnés dans Paris comme le réclamait les forces d’occupation allemandes après la capitulation. Il sera arrêté puis condamné par le conseil de guerre à 13 mois d’emprisonnement. Auguste prend sa défense dans la presse après le procès en août 1872.

Ayant développé son activité dans le 1er arrondissement de Paris, la famille s’installe en 1875 d’abord rue Saint-Honoré puis rue Sainte-Anne, où il forme en mai 1876 une société de joaillerie avec M. Coulbeaux. Il met fin à cette collaboration en janvier 1877, s’installe rue Baillif et constitue une entreprise nouvelle avec Levasseur, toujours en tant que joailler. Il s’installe ensuite rue de Passy, dans le 16e arrondissement, en 1883.

En 1886, la famille rejoint sa mère à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne), rue de La Varenne. Son frère Alexandre viendra vivre dans la même commune cinq ans plus tard. Ils seront très liés par l’activité qu’ils vont mener localement.

Dans le domaine culturel, Auguste Casiez est trésorier de la Société chorale de Saint-Maur en 1893. Il joue le même rôle dans une structure sociale, à la même date, le Comité de secours aux malheureux. Il est le président fondateur de la société des pupilles de Saint-Maur et administrateur de la caisse des écoles

En février, toujours la même année 1893, il est, en compagnie du conseiller général radical-socialiste, le docteur Georges Laffont, témoin du mariage du secrétaire du Théâtre Lyrique de Paris, M Lamouroux, avec une saint-maurienne, Mlle G. Prin.

Toujours en 1893, Auguste Casiez est l’un des quatre fondateurs de L'Épargne populaire, société d’assurances qui a pour but de développer l'épargne et la prévoyance par la capitalisation. Elle est présidée par une autre personnalité de Saint-Maur, Henry Pouvereau.

Sur le plan politique, Auguste Casiez est membre du comité républicain-radical-socialiste du canton de Saint-Maur, comme son frère Alexandre, qui siège depuis 1890 au conseil municipal. Il soutient en mai 1893 la candidature du Dr Laffont au conseil général et est assesseur d’une de ses réunions publiques en décembre. Il fait partie, en mars 1896 des délégués sénatoriaux désignés par le conseil municipal.

Membre du bureau du Comité républicain radical-socialiste de Saint-Maur, Auguste Casiez est mis en minorité et démissionne avec ses collègues en janvier 1898, à l’occasion d’un conflit au sein des radicaux de la commune. Il sera cependant de nouveau désigné comme délégué sénatorial par les radicaux en décembre 1908.

Il poursuit une activité mutualiste au début du 20e siècle, en tant qu’administrateur de la société de secours mutuels Saint-Louis, dont le siège est à Charenton. Il cède sa bijouterie de la rue Baillif en octobre 1904.

L’appartenance d’Auguste Casiez à la franc-maçonnerie est relevée par les organismes et journaux antimaçonniques à partir de 1908. Il participe aux travaux de la loge La Réforme, basée à Saint-Maur et rattachée au Grand Orient, dont le vénérable est l’ingénieur et industriel Salomon Hirsch, futur dirigeant du parti radical-socialiste. En 1914, sa démission est mentionnée.

Auguste Casiez meurt le 28 février 1917 dans son domicile de la rue de La Varenne à Saint-Maur. Il était âgé de 70 ans et père de six enfants. Il avait été décoré des Palmes académiques en tant qu’officier d'académie en janvier 1908 puis comme officier de l’instruction publique en janvier 1913. Son activité mutualiste avait été récompensée par une mention honorable en janvier 1909 et une médaille de bronze en mars 1912.

Saint-Maur, rue de La Varenne (Arch. dép. Val-de-Marne)

 

Partager cet article
Repost0
28 avril 2025 1 28 /04 /avril /2025 00:01

Suite de la biographie d’Alexandre Casiez

Le scrutin municipal de mai 1900 voit la réunification du territoire saint-maurien. La liste du maire sortant Maxant, républicain-progressiste (droite) arrive en tête, suivie de près par les radicaux-socialistes. Cette dernière fait alliance pour le deuxième tour avec le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire et ils récoltent les 27 sièges à pourvoir. Casiez est réélu, le Dr Sallefranque, radical-socialiste, devient maire.

Renouvelé dans son rôle de trésorier de l’Union des radicaux-socialistes de la 2e circonscription de Sceaux, Alexandre Casiez est également le directeur d’un journal local, L’Union socialiste. Il avait été fondé en 1893 par le Dr Laffont, défendant principalement des positions radicales-socialistes mais ouvert, au moins aux début, à d’autres courants de gauche. Consacré très largement à Saint-Maur, publié chaque semaine sur deux pages, il a cependant quelques rubriques pour les communes voisines, Champigny, Joinville ou Créteil en particulier. Casiez collabore à L’Union socialiste peut-être dès le début, en tout cas il représente la publication en 1895. Un autre organe radical, Voix des communes, couvre plus largement l’ensemble de la circonscription. De plus, le Dr Sallefranque dispose de son propre journal, La Démocratie.

En octobre 1902, c’est L’Union socialiste qui organise le banquet pour « fêter l'inauguration de la première maison ouvrière construite par la Famille, société coopérative de constructions d'habitations ouvrières à bon marché ». Mais, le mois suivant, Voix des communes relève que « ‘La guerre est déclarée entre la Démocratie et l’Union socialiste » et s’en émeut : « il est parfaitement absurde de se quereller entre soi quand l’ennemi vous guette ». Considérant que « les torts sont réciproques », le correspondant qui signe du pseudonyme de Jean Le Bagaude conclut : « Il y a d’excellents républicains à Saint-Maur, mais on aurait besoin de semer dans les immenses et beaux jardins de cette ville quelques sous de patience et de sens commun. »

Union socialiste, 18 septembre 1904 (Gallica)

Le comité radical, contrôlé par le maire, expulse Alexandre Casiez en novembre 1902. L’affrontement se poursuit en public en mars 1903. Lors d’une réunion publique de compte-rendu de mandat, Casiez interroge la municipalité sur un paiement pour travaux qui aurait été fait deux fois. Le maire Sallefranque et deux adjoints, Dufaur d'Alaric, radical, et René Bounet, socialiste, considèrent que c’est de la diffamation et portent plainte. Le procès a lieu en juillet 1903 devant la cour d’assises de la Seine. Lors de l’audience, Casiez explique qu’il avait été provoqué à parler au cours de cette réunion, indiquant que « la municipalité n’avait plus notre confiance » et qu’il souhaitait des explications sur une situation qui lui avait été rapportée. Vingt-quatre témoins sont entendus. Le jury ne retient aucune infraction, et la cour d’assises acquitte Casiez. Une trentaine de journaux parisiens au moins rendent compte du jugement.

La rupture politique au sein des radicaux se traduit, en mai 1904, par la présence de deux listes lors des élections municipales de mai 1904, celle officielle du maire, le Dr Sallefranque et celle de Casiez, baptisée Union républicaine. La gauche est également divisée, entre le Parti socialiste français et le Parti socialiste de France (le regroupement aura lieu l’année suivante en 1905), tandis que la droite aligne une liste dirigée par l’ancien maire, Maxant, avec l’appui du Parti républicain libéral.

Les radicaux arrivent en tête, devant les libéraux et les colistiers de Casiez, qui a emmené à sa suite quatre autres conseillers municipaux ainsi que le docteur Henri Chassaing (1855-1908), qui a été conseiller de Paris (1889-1902) et député de la Seine (1884-1890). La liste de Sallefranque décide de s’unir au Parti socialiste français (PSF) et entame des négociations avec l’Union républicaine. Celles-ci achoppent sur l’exclusive concernant René Bounet, adjoint au maire sortant et tête de liste du PSF, « qui a été néfaste aux intérêts communaux », selon Casiez. Les radicaux refusent de faire alliance avec eux. Au second tour, en l’absence de candidats de l’Union républicaine, radicaux et socialistes l’emportent face aux libéraux et Sallefranque est réélu.

Absent de l’assemblée locale, Alexandre Casiez continue cependant de peser sur la vie locale du fait de son titre de directeur de L’Union socialiste, dont l’éditorialiste est le poète lyrique Léon Stensmaght, également orfèvre. Il montre l’étendue de son influence en juillet 1905, lorsque le ministre des colonies Étienne Clémentel le distingue au cours du banquet du Syndicat de la presse républicaine périodique. Le dirigeant dudit syndicat, Monvoisin, témoigne : c’est un « militant républicain sincère et convaincu qui tout en défendant de son mieux, dans le modeste organe qu’il dirige, la République et ceux qui la servent ; qui tout en bataillant avec passion pour ses idées, donna ce bel exemple de ne jamais se souvenir du nom de ses adversaires. »

Décidément habitué des tribunaux, Alexandre Casiez aura comparu devant le conseil de guerre à Versailles en 1872 pour son rôle militaire pendant la Commune de Paris, le tribunal civil de la Seine en 1881 et 1884 pour la séparation de son couple, le conseil d’État au sujet de son élection municipale en juillet 1890 puis la cour d’assises de la Seine en juillet 1903 pour des accusations de diffamation. Il aura aussi fait appel aux juridictions pour se défendre, comme le tribunal correctionnel de la Seine en janvier 1876 à propos de la protection de ses modèles de bijoux (sans succès), et une nouvelle fois, pour injures publiées dans un journal de Saint-Maur en 1904 (avec réussite cette fois). Les deux décisions de 1876 et 1884 auront un effet jurisprudentiel significatif.

Alexandre Casiez meurt le 14 juillet 1906 à Saint-Maur-des-Fossés, dans son domicile de la rue Caffin. Il était toujours agent d’assurances et âgé de 70 ans. Son décès est déclaré par deux de ses neveux. Il était père de neuf enfants, huit de son mariage avec Louise Vernet et un de son compagnonnage avec Eugénie Clairiot. Cette dernière adoptera le nom d’usage de Casiez, bien qu’ils n’aient pas été mariés.

En 1896, Alexandre Casiez avait reçu la médaille de bronze de la mutualité pour son rôle en tant que vice-président de la société de secours mutuels Saint-Louis. Il a été décoré des Palmes académiques, comme officier d'académie en juin 1902, en lien avec ses fonctions de conseiller municipal. L’attribution de la distinction de chevalier du Mérite agricole, fait mention de ses activités de publiciste, membre du syndicat de la presse républicaine de Paris et de la banlieue et pour de « nombreux articles sur les questions agricoles et horticoles. »

Fin 

Saint-Maur, avenue du Bac à La Varenne (Arch. dép. Val-de-Marne)

 

Partager cet article
Repost0
26 avril 2025 6 26 /04 /avril /2025 00:01

Suite de la biographie d’Alexandre Casiez

Après avoir retrouvé ses droits civiques, Alexandre Casiez va entreprendre une activité publique assez intense, souvent en compagnie d’Auguste. Tous les deux sont membre du Comité républicain radical-socialiste de la commune. En 1890, le Dr Georges Laffont, radical, élu conseiller général du département de la Seine, respectant ses engagements de non-cumul de mandats, démissionne de son poste de maire de Saint-Maur. Des élections municipales complémentaires sont organisée en juin pour pourvoir à cinq postes vacants avant l’élection du nouveau maire. La liste radicale emporte quatre sièges et Casiez devient conseiller municipal, les socialistes révolutionnaires ayant un élu. Son élection est contestée, car il n’était pas inscrit sur les listes électorales, mais le Conseil d'État statue, en août 1890, sur le rejet de la requête, estimait qu’il aurait bien dû être inscrit au rôle des contributions foncières, puisqu’il possède un immeuble depuis 1874, et qu’il était donc éligible. Le premier adjoint sortant, Aureau, radical, est élu maire.

Lors des élections municipales générales de mai 1892, Casiez est de nouveau candidat dans la quatrième section de Saint-Maur, qui couvre le quartier de La Varenne, Il est élu dès le premier tour, Aureau est confirmé au poste de maire. Les listes radicales ont été ouvertes à des socialistes révolutionnaires.

Le comité républicain radical-socialiste du canton de Saint-Maur, dont Casiez est le trésorier et dont son frère Auguste est également membre, soutient en mai 1893 la candidature du Dr Laffont à sa réélection comme conseiller général.

Au sein du conseil municipal, les tensions entre les radicaux et les socialistes se manifestent, par exemple sur le choix de l’emplacement du cimetière, défendu par le socialiste Bocquet et que combat Casiez. Pour résoudre la situation, 13 conseillers municipaux radicaux réclament la dissolution du conseil municipal au préfet, qui la décide en avril 1894. Les candidats radicaux font face à une union des progressistes (droite) avec les socialistes révolutionnaires ; les quatre sortants de cette tendance, qui ont soutenu ladite alliance, sont exclu du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Au premier tour, les radicaux remportent 12 des 17 sièges pourvus, dont celui de Casiez. Mais au second tour, ils n’obtiennent qu’un seul des 10 sièges restants et se retrouvent donc minoritaires, avec 13 élus contre 14. L’horloger républicain-progressiste Louis Charles Maxant (droite) est élu maire avec l’appui des 4 conseillers socialistes dissidents. Ces derniers essaient, en avril 1895, de faire du 1er Mai un jour chômé pour les employés municipaux ; les radicaux s’y opposent, tandis que les élus de droite s’abstiennent, et la mesure ne passe pas.

Peu après l’installation du nouveau conseil municipal, en août 1894, les tensions sont fortes dans le milieu politique local. Un des journaux locaux, L’Écho de Saint-Maur, publie des articles que l’un des fils d’Alexandre Casiez considère comme « injurieux ». il se rend au domicile du conseiller municipal supposé avoir écrit lesdits papiers, Jacques Stiéber, un élu républicain-progressiste, lui déclare être le fils de Casiez puis se précipite sur lui, le frappant à la poitrine avec un poinçon. Il n’occasionne cependant qu’une légère blessure. Arrêté et conduit au commissariat de police de Joinville-le-Pont, il déclare avoir agi « pour venger son père ». Plus d’une quarantaine d’articles sont publiés dans des quotidiens français, aucun ne mentionnant le prénom du coupable ; il peut s’agir d’Eugène, 31 ans ou Paul, 25 ans, tous deux bijoutiers, le troisième, Maurice, n’ayant que 9 ans. S’il y a eu de suites judiciaires, elles d’ont pas été retrouvées.

Pour l’élection municipale générale de mai 1896, le sectionnement de Saint-Maur est modifié, avec seulement trois sections au lieu de quatre. Les radicaux remportent la circonscription La Varenne avec 8 sièges, où Casiez est réélu. La liste républicaine progressiste gagne les 19 autres sièges, tandis que la liste socialiste-révolutionnaire, qui s’en est séparée, n’a pas de conseiller municipal.

Une polémique éclate dans le comité radical-socialiste lorsque, en janvier 1898, la majorité des radicaux acceptent l’adhésion Léon-Marie Piettre, ancien maire de Saint-Maur (1876-1888), qui avait été élu conseiller général en 1893 contre le Dr Laffont, soutenu par les radicaux. Casiez fait partie des protestataires, qui lui reprochent d’avoir été « élu sous le patronage de nos adversaires politiques. »

La même année, en mars, Casiez est désigné trésorier de l’Union des radicaux-socialistes de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux (Seine, qui couvre une grande partie de l’actuel Val-de-Marne).

En matière sociale, Alexandre Casiez est en 1896 vice-président de la Société de secours mutuels Saint-Louis, basée à Charenton-le-Pont.

À suivre

Saint-Maur, marché de La Varenne en 1901 (Arch. dép. Val-de-Marne)

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Polmorésie, blog d’histoire
  • : Histoire politique, économique, culturelle et sociale au travers des acteurs qui ont se sont engagés dans la vie publique.
  • Contact

Recherche

Liens