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17 mars 2026 2 17 /03 /mars /2026 00:01

Henri Stanislas Parisot naît le 25 septembre 1822 à Paris (6e arr.). Il est le fils de Marie Caroline Marchal et de son époux, Joseph Parisot. Son père est un ébéniste et passementier (producteur et vendeur d’ornements textiles ou décoratifs) forain. Henri Parisot travaille comme ébéniste et vit rue de la Tixéranderie (7e arr., rue aujourd’hui disparue quand la rue de Rivoli a été tracée).

Lors de son premier mariage, en juin 1844 à Paris (4e arr., quartier de Saint-Merry), il dit exercer le métier de passementier. Il prend pour femme une très jeune fille, Clara Augustine Letellier, couturière, âgée de 16 ans. Ils sont installés rue de la Vieille-Tannerie (4e arr.). La mariée meurt à peine un an plus tard, en juillet 1845, elle a alors 17 ans et ils sont domiciliés rue Moreau (8e arr.).

Retourné vivre chez sa mère, qui est séparée de son père, rue de la Coutellerie (7e arr.), Henri Parisot, qui se déclare de nouveau ébéniste, se remarie en mars 1846 à Paris (7e arr.) avec Delphine Jeanne Gachet, marchande de quatre saisons dans la même rue. Peu après leurs noces, ils s’orientent vers des activités artistiques. Selon le quotidien Le Droit (22 avril 1859) « En 1847, Stanislas Parisot était chanteur comique dans un de ces cafés où les consommateurs sont obligés, bon gré mal gré, d’avaler avec leur limonade ou leur grog, une romance, une cavatine ou une chansonnette » ; son épouse est également devenue musicienne.

Au cours de cette même année 1847, rencontre Marguerite Choland, épouse de Jean Pierre Doumene, dont elle a un fils, sourd-muet ; elle est sensiblement plus âgée qu’Henri, ayant alors environ 44 ans, quand il en a 25. Tous les deux quittent leurs conjoints et vivent ensemble avec l’enfant.

Mme Doumene gagnait alors sa vie comme culottière et, suivant l’enseignement de Parisot, devient comédienne. Lui se réoriente vers la prestidigitation ; grâce à l’épargne de sa compagne, le couple achète une grande voiture de saltimbanque et tout le matériel nécessaire pour se produire dans les fêtes et les foires.

S’ils poursuivent leur relation jusqu’à la fin des années 1850, elle ne semble pas exclusive, puisqu’en septembre 1856, à Marseille, Henri Parisot déclare à l’état-civil la naissance d’un fils de son épouse légitime. Il se présente comme ébéniste et indique qu’il réside avec son épouse Grand Chemin d’Aix.

La rupture des relations entre Parisot et Marguerite Doumene donne lieu à un procès en avril 1859 devant le Tribunal civil de la Seine à Paris. Il demande que le matériel de l’activité foraine lui soit attribué, tandis que Marguerite accepte de le lui donner, à condition qu’il revienne vivre avec elle ; Les juges rejettent la revendication Parisot et le condamne aux dépens. Les échanges de lettres entre les deux anciens compagnons, publiées par Le Droit, sont reprises dans l’hebdomadaire L'Illustration. Les deux journaux ont, semble-t-il, scrupuleusement respecté l’orthographe. Le chroniqueur de ce dernier titre, Henrys, commente, considérant que les deux ont répondu au « cri de l’indépendance bohémienne ». Lorsque Marguerite fut abandonnée pour « les yeux d’une autre belle », elle « écrivit à l’infidèle une lettre capable d’attendrir un rocher, et ornée d’une orthographe à tirer les larmes des yeux ». Il cite la conclusion : « Mon bien aimés jatans un peus despoir ce qui me fera survivre quelque jour de plus ta femme celle qui taime jusque au tonbaux. Margeurite. Tu ces que rin que nous deux pouvons gagnes de largens tu le cet demain ci tu veux, tu le cet tu ne peut travailles avec dautre comme à nous deux. »

Au cours des années 1880, la carrière de Parisot atteint un sommet. S’il joue principalement dans la banlieue parisienne, il a des admirateurs en province. Ainsi, en le Journal de Fourmies, raconte en juillet 1882, sous la plume de B. Delbos : « Heureux l'arrondissement où Parisot, dit Papillon, installera son théâtre. (…) Quand les enfants de Châtillon, ou d'Arcueil-Cachan, ou de Villejuif, le voient arriver avec sa caravane de guimbardes bariolées, trainées par des rosses étiques, ils crient : « vive Papillon ! vive notre Papillon ! » (…) Depuis plus de trente ans qu'il fait les fêles des environs de Paris, il n'a eu que des succès. (…) Cet homme commande à quatorze artistes de drame et de comédie, à une dizaine de musiciens (…),  à trois ou quatre pitres et à une demi-douzaine de danseuses ; ce grand homme ne rougit pas d'opérer lui-même. Il fait la parade devant le théâtre, il danse, il cabriole, il lâche d'épouvantables calembours (…) Aussi peut-il se permettre avec ce peuple reconnaissant les plus audacieuses privautés. C'est lui qui disait, l'an dernier, aux naturels d'Aubervilliers-Ies-Verlus : ‘’Entrez à la Grâce de Dieu, entrez, entrez ! Si vous ne pleurez pas comme des veaux, je vous prouverai que vous êtes des ânes’’. Allez, la musique ! »

En mai 1897, le Journal de Saint-Denis salue le Théâtre Papillon, habitué de la fête du Landy dans cette commune : « l’interprétation est irréprochable et M. Parisot est entouré d’une pléiade d’artistes de talent dont les états de service sur les principaux théâtres sont une nouvelle garantie de succès ». Le Figaro, en juillet la même année remarque le « chauvinisme » d’une de ses pièces, Les Martyrs de Strasbourg ou l’Alsace en 1870.

La Presse, autre quotidien parisien, commente : « Au-delà des fortifications, nous signalerons la présence de deux estimables théâtres forains, très connus dans la banlieue parisienne, le théâtre des Beaux-Arts et le théâtre Papillon, qui font de louables efforts pour donner à leur clientèle l'idée des pièces en vogue du répertoire moderne. »

Henri Parisot meurt le 3 juillet 1899 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il donnait probablement une représentation dans le cadre des fêtes de la ville. Il était domicilié à Montreuil-sous-Bois (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Grimaud-Carrel. Veuf pour la deuxième fois depuis février 1892, il était père d’un enfant et avait six petits-enfants.

Sa disparition fut mentionnée dans de nombreux journaux. La Presse titre La fin d'un banquiste (terme désignant alors les saltimbanques) et assure « Il savait faire rire jusqu'aux larmes ses auditeurs ». La Justice voit en lui « le pitre qui pendant plus de soixante ans réjouit tous les amateurs de parade » et relève que ses obsèques ont eu lieu à Joinville au milieu d'une grande affluence de personnes. Le Petit Journal rend hommage à « un vieux forain connu de toutes les populations de la banlieue parisienne ». Pour Le Gaulois, il était le doyen de la banque et « Personne mieux que le père Papillon ne savait adresser un boniment au public. »

Un spectacle musical, Mamzelle Pioupiou, d’Alexandre Bisson sur une partition de Jean-Baptiste William Chaumet, s’inspire d’Henri Parisot, reprenant même son pseudonyme. Le quotidien Le Soleil rend compte de la première en juin 1889, au théâtre de la Porte Saint-Martin : « L’illustre Papillon, banquiste, jongleur et prestidigitateur, promène par le monde une maigre troupe de paillasses et hercules de la décadence. »

Affiche de Mamzelle Pioupiou, s’inspirant de la vie d’Henri Parisot

 

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