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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 31/07/2023)

S’intéressant toujours à la médecine, Astié de Valsayre qui avait été mordue en juillet 1878 par un chien enragé à son domicile de la rue Saint-Jacques, avait elle-même cautérisé ses plaies au fer rouge, selon son témoignage, avec l’aide de son mari d’après ce dernier. Le docteur Astié meurt en juin 1881. Il lui lègue un certain capital.

Suivant, dans la presse, les travaux de Louis Pasteur, elle lui propose, en novembre 1884, soit plus de six mois avant qu’il n’en fasse les premiers essais sur la rage, de lui inoculer son vaccin antirabique. Le chimiste lui répond : « Il serait très dangereux, madame, de tenter l'épreuve ». Elle insiste, sans succès, en mettant les journaux au courant de ses démarches.

En avril 1886, ayant entendu que le docteur Gruselbach, de l'Université d'Uppsala (Suède) aurait mis au point un dispositif de conservation d’être humain en les plongeant dans le froid pendant plusieurs années (cryonie) elle lui écrit pour se porter candidate. Elle n’aura pas de réponse.

Marie Rose Astié de Valsayre publie dans la seconde partie des années 1880, des textes littéraires généralement courts, comme Le retour de l'exilé, poème patriotique, qu’elle signe Jean Misère, en 1887 ou une épître, la Deuxième aux Pharisiens, la même année où elle s’adresse au grand quotidien, Le Petit Journal, en lui demandant de cesser de publier des annonces mercantiles pour les « somnambules et tireuses de cartes. »

L’intérêt d’Astié de Valsayre pour le sport, joint à sa préoccupation de l’émancipation féminine et à son patriotisme, vont provoquer sa notoriété d’une manière spectaculaire.

En octobre 1884, un journaliste du quotidien le Cri du Peuple, ayant traité Astié de Valsayre de « Veuve vautour », elle lui demanda une réparation par les armes. Mais le publiciste, nommé Polignac refusa de se battre avec une femme ; en compagnie de deux personnes, dont son compagnon Albin Rousselet, elle le roua de coups dans un café.

En décembre 1885, reconnaissant que ce qu’elle avait écrit dans Les Amazones du siècle pouvait être considéré comme une offense à certaines des personnes visées, Astié de Valsayre se mit à leur disposition si elles voulaient se battre et le signifia notamment à Eugénie Pierre. Cette dernière refusa : « Je suis absolument contre le duel, et le sexe des combattants ne changerait pas mon opinion. Le duel, ce reste de barbarie, n’a jamais rien prouvé. Si Mme de Valsayre a pu m'offenser, elle m'a loyalement demandé de lui tendre la main en signe de pardon, ce que j'ai fait. »

C’est au tour d’une Américaine, miss Shelby, de se frotter, en mars 1886, à la vindicte belliqueuse d’Astié de Valsayre. Lors d’une conversation, la féministe américaine affirme la supériorité dés doctoresses françaises sur les doctoresses américaines. Comme Astié de Valsayre conteste l’affirmation, elle la traite d’idiote ; la française lui jette alors son gant au visage. Elles conviennent de régler leur différend à l’épée, sur le champ de bataille de Waterloo (Belgique). N’ayant pas trouvé de français acceptant ce rôle, les quatre témoins seront tous américains. Au second engagement, l’Américaine a été légèrement touchée au bras ; puis elle présente ses excuses à Astié de Valsayre, qui salue alors la noblesse de son comportement.

Un mois plus tard, elle s’en prend à la maréchale Booth, anglaise et responsable en France de l'Armée du Salut. Elle lui reproche les « doctrines pernicieuses » de son organisation et lui intime de quitter la France ou d’accepter son défi. La missionnaire protestante refuse de se battre, et se dérobe également au débat public que la militante laïque française veut lui imposer.

Quelques semaines après, Astié de Valsayre tint seule, et devant un petit public, une conférence sur L’escrime et la femme mettait en avant son opinion que la pratique de l’escrime contribuait à leur réhabilitation physique tout en renforçant leur rôle central de leur mission en tant que mères.

Une pétition contre « l’abus des droits paternels » est adressée à la chambre des députés en janvier 1887 par Maria Martin, militante féministe qui la signe au nom du « suffrage des femmes », et Astié de Valsayre, qui s’exprime « pour les mères de France. »

C’est toujours sous la forme pétitionnaire auprès des élus du peuple que Astié de Valsayre soulève, en juillet 1887 une autre question qui va provoquer une considérable masse d’articles dans la presse. Elle y demande, pour les femmes, « la liberté du costume ». L’assemblée charge une commission d’étudier les arguments. Elle explique : « Dans toutes les bagarres de terre ou d'eau, la femme, en raison de son costume, est une victime prédestinée à la mort, et les accidents de tramways survenant pour le même motif sont quotidiens. À la seule pensée des malheureuses ainsi empêchées de fuir lors de l'incendie de l'Opéra-Comique, il semble logique et humain d'éliminer la loi routinière qui interdit aux femmes de porter le costume masculin, tout aussi décent, quoi qu'on en puisse dire, surtout incontestablement plus hygiénique. Au nom de celles qui ne sont pas esclaves du luxe, je viens vous prier, messieurs, de bien vouloir décréter la liberté du costume, liberté qui, après tout, ne peut nuire à personne. »

Un an plus tard, la 17e commission de la Chambre des députés considère « qu'il n'y a pas matière à œuvre législative » du fait que « Aucune loi n'impose aux femmes les vêtements compliqués dont elle se recouvrent et le port de l'habit masculin n'est interdit aux femmes que par mesure de police. »

Poursuivant son engagement, Astié de Valsayre rejoint une des premières organisations socialistes, l'union fédérative du centre, adhérente à la Fédération des Travailleurs socialistes de France (FTSF). Elle participe au congrès d’août 1887 en tant que déléguée du groupe le Droit des femmes, qui se présente comme une société du suffrage des femmes. Elle intervient pour défendre l’existence de l'Assistance publique, en se félicitant de sa laïcisation. La FTSF, de tendance possibiliste, est dirigée par Paul Brousse. Astié de Valsayre interviendra désormais régulièrement dans ses débats.

A suivre

Astié de Valsayre

 

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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 01:01

Suite de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise de la première publication du 29/07/2023)

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Marie Rose Astié de Valsayre, qui était mère d’un garçon de deux ans et venait de perdre une fille de quatre mois, était sans doute encore professeure de musique. Elle décide de s’engager auprès des troupes françaises combattant l’avancée des allemands en tant qu’ambulancière. Lors des combats sur le plateau d'Avron (Seine, act. Seine-Saint-Denis), qui durèrent d’octobre à décembre 1870, elle est a eu le lobe de l'oreille entamé par une balle. Elle en gardera une surdité partielle.

Il est probable qu’elle ne s’est pas impliquée dans la Commune de Paris, le régime socialiste qui prit le contrôle de la ville en refusant la capitulation devant les troupes germaniques. Mais elle est liée à Henry Louis Champy, ouvrier coutelier, élu au Conseil de la Commune, déporté en Nouvelle-Calédonie après la défaite de l’insurrection en mai 1871. À son retour, il adhère au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Plusieurs dizaines de journaux les prétendirent mariés en 1891, ce qu’elle démentit.

En avril 1872, Astié de Valsayre donne naissance à son quatrième enfant.

Si les compositions musicales de celle qui se faisait alors appeler Marie de Valsayre lui avaient déjà apporté une certaine notoriété, ce sont ces études qui la mirent en avant dans la presse parisienne. En novembre 1874, venant de recevoir un certificat de grammaire, elle se présente devant une commission d’inspecteurs de l'Académie, parmi 36 candidats, pour suivre un cursus médical. Son examen a porté sur l’appréciation critique du Misanthrope, pièce de Molière. Le Soleil indique qu’il y eut dix reçus et qu’elle fut « en première ligne ». C’était quelques années plus tôt, en 1868, que le droit de s’inscrire pour des études médicales avait été ouvert aux femmes, mais aucune n’avait encore été diplômée comme médecin. Astié de Valsayre publia une brochure en 1874, Certificat de grammaire, à l’usage des officiers de santé et pharmaciens, qui était une sorte de guide pour préparer l’examen.

Pendant une dissection dans un cours d'anatomie, elle se piqua et fut amputée d'une phalange de la main gauche. Une autre agression vint, en juillet 1878, d’un chien enragé qui la mordit aux deux mains. Elle cautérisa elle-même les plaies au fer rouge, avec l’aide de son mari, le docteur Astié. Ce sont cependant les suites de sa blessure de guerre qui la conduisirent à abandonner, en 1879, la voie qui aurait pu l’amener au titre de docteur. Camille Delaville, dans Le Constitutionnel (1887/02/14) explique : « Mme Astié est fort savante, mais sourde, elle n'entend que la moitié des questions des examinateurs et aime mieux être refusée que d'avouer cette innocente infirmité. »

Cependant, ayant réussi les trois années de scolarité requises, elle eut le titre d’officier de santé, équivalent à celui d’infirmier actuellement et put exercer comme sage-femme.

Elle se tourne vers la presse, devenant secrétaire d’Émile de Girardin, patron du quotidien La Presse. Elle écrit également des articles scientifiques dans Civilisation, par exemple en 1880 sur le Père Galien d'Avignon, sous le titre La Science et le clergé, ou sur l’astronome allemand Pierre Ungeschick. L’hebdomadaire La Femme de France publie un texte d’elle sur La Femme et la science, en septembre 1879. Elle soutient que « être mère de par la nature, c’est-à-dire involontairement, n’est rien ; tandis qu’être mère de par l’instruction est une œuvre grandiose » et elle appelle : « mes sœurs, continuez à secouer le joug avilissant de l’homme ! » Un de ses lecteurs s’étonne « Mme Astié de Valsayre ne serait-elle pas un homme caché sous un pseudonyme féminin ? Je dois vous l’avouer, j’ai fait une enquête dans votre quartier ; j’ai appris que vous existiez réellement, ce qui m’a stupéfié. »

Les publications scientifiques se poursuivent, sur la Cuisine physiologique en juin 1880 puis une tentative en anthropologie au sujet du Croisement des races en octobre la même année.

Astié de Valsayre est associée aux travaux du groupe de l'enseignement secondaire des jeunes filles, qui fait suite à l’adoption en décembre 1880 de la proposition de loi du député Camille Sée. Le texte législatif institue les collèges et lycées publics de jeunes filles, mais « les dispense de certaines études pour faire place aux travaux et aux occupations de leur sexe ». Les langues mortes sont exclues, la morale tient lieu de philosophie et l'enseignement scientifique reste élémentaire. Au contraire, Astié de Valsayre dépose en mars 1883 un Mémoire sur l'enseignement secondaire des jeunes filles et la question du latin, plaidant pour leur accès à un baccalauréat identique à celui des garçons. Elle envoie en mai 1883 aux députés un Mémoire sur l'utilité de l'enseignement de grammaire dans l'instruction de la femme. Elle explique que, malgré son titre universitaire, on ne lui permet pas d’enseigner aux jeunes filles. Elle soutient également que, si ces dernières pouvaient apprendre le latin, on cesserait de les discriminer en matière salariale dans les institutions éducatives.

Sous un pseudonyme masculin, Jehan des Étrivières, Astié de Valsayre publie en 1882 un pamphlet, Les Amazones du siècle, sous-titré les Gueulardes de Gambetta. Elle y attaque Louise Michel, Léonie Rouzade ou Eugénie Potonié-Pierre, toutes féministes dont elle sera ensuite proche. En décembre 1885, après de vifs échanges, elle reconnaîtra dans L’Événement qu’elle les avait « sottement attaquées. »

À suivre

Astié de Valsayre

 

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27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 01:01

Début de la biographie d’Astié de Valsayre (reprise complétée de la première publication du 27/07/2023)

Claire Léonie Ferdinande Tastayre naît le 30 août 1846 à Paris. L’acte originel de sa naissance fait partie des documents détruits par le feu lors de l’incendie de l’hôtel de ville de Paris en 1871. Elle est, d’après l’enregistrement de son mariage à l’état-civil de Paris en juin 1869, la fille naturelle non reconnue de Claire Rosalie Tastayre. Elle n’utilisera pas ses prénoms officiels et préfèrera ceux de Marie, parfois de Marie Rose.

Son père n’est pas dénommé dans ce même acte état-civil. Cependant, son biographe, Eutrope Lambert (1842-1916) le décrit ainsi, sans le désigner par son nom : « Son père, d'une famille noble et ruinée par les révolutions, donnait des leçons de droit, — et la médiocrité, pour ne pas dire la misère, régnait au logis. Hélas ! chaque fois que le gentilhomme pauvre arrêtait son regard sur le petit berceau qui contenait toutes ses espérances, il devenait triste et songeait à conquérir une fortune. Si bien qu'un jour il s'embarqua pour l'Amérique, d'où il ne revint jamais. La fièvre l'avait emporté quelques jours après son arrivée ! » Pour le journaliste Jean Bernard (Express, 1900/06/01), son procréateur était un avocat breton.

Il est très vraisemblable que le géniteur de Marie ait été Ferdinand Jacques de Valsères. Un acte reconstitué de l’état-civil parisien atteste de la naissance de Louise Berthe Zulyme Léonie de Valsères, née en juin 1845 à Paris. Ferdinand Jacques de Valsères est présenté dans comme docteur en droit, marié avec Claire Rosalie Tastayre et père de leur fille. Ils résidaient rue Christine (act. 6e arrondissement de Paris). Il est possible que, comme une partie des aristocrates au début du 19e siècle, ils aient célébré un mariage religieux mais sans qu’il soit déclaré à l’état-civil, contrairement aux lois en vigueur.

Il est peu probable qu’on puisse l’assimiler à Jacques de Valserres, avocat, professeur, publiciste et agronome, spécialiste du droit rural. Son portrait fait dans l’atelier du photographe Nadar indique qu’il serait né en 1812 et décédé en 1882. Selon le ministère de l'instruction publique, qui répertorie ses travaux historiques en 1888, il serait mort en novembre 1882, à l'âge de 71 ans et serait le pseudonyme de Jules Jacques.

La mère de Marie, Claire Rosalie Tastayre, fut, selon le journaliste Jean Bernard (Express, juin 1900), institutrice et était « d’une vieille famille du Pas-de-Calais », et « née à Coblence pendant l’émigration » ; une partie de l’aristocratie français se réfugia dans cette ville pendant la révolution. Mais elle voit le jour en réalité à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) en avril 1806. La famille vivait en 1798 et en 1805 à Paris où ses deux sœurs aînées ont vu le jour.

Eutrope Lambert – un poète qui lui voua une grande admiration -, décrit l’enfance de Marie : « Les premières années de Marie de Valsayre [un pseudonyme qu’elle adopta dès 1862] s'écoulèrent comme les flots bruyants d'un fleuve qui court vers la mer. L'impatience semblait mêlée au sang de cette enfant. Il fallait qu'elle courût avec les petits drôles du quartier, qu'elle se déchirât, qu'elle battit les chats et les chiens, qu'elle crevât les yeux aux petits oiseaux et qu'elle fit enrager sa mère, — sa pauvre mère qui s'imposait tant de travail et de privations pour l'élever. — Cependant, il y avait quelque chose qui calmait le petit démon, quelque chose qui la rendait douce — elle, la méchante, — la musique ! — Oh ! comme elle s'arrêtait au milieu de ses innocentes cruautés quand les vibrations d'un piano arrivaient jusqu'à elle ou que la musique militaire passait sous ses fenêtres. Alors elle devenait toute sérieuse et son regard semblait inspiré ; puis elle courait dans un coin de la chambre, revenait traînant une vieille guitare, — le seul de ses jouets qui eût survécu, — et, la posant devant elle, pinçait les cordes pour en tirer des accords. Sa vocation était trouvée et sa mère lui fit donner des leçons de solfège et de piano. L'étude calma un peu sa turbulence sans la faire disparaître. Ses progrès furent rapides, et à six ans, dans les petites solennités classiques, c'était toujours elle qu'on choisissait pour chanter ou tenir le piano. Ce n'est pas tout : Marie voulut aussi apprendre à jouer du violon, et, bon gré mal gré, il fallut lui donner un maître italien. Puis elle perfectionna son chant avec Duprez ; déjà les romances qu'elle chantait prenaient cette expression ravissante qui est le charme de son talent. Elle semblait aimer plus particulièrement ce genre de musique qui est le plus sympathique et le plus beau ; mais de fréquents vomissements de sang survinrent, et elle y renonça pour s'adonner entièrement à l'étude de l'harmonie, de la fugue et du contre-point. A treize ans, Marie de Valsayre entrait dans le monde des artistes et était reçue membre de plusieurs sociétés musicales. Une schotisch : Follette, — composée à cinq ans et corrigée par elle, — venait de paraître chez Meissonnier. Son talent sur le violon la faisait rechercher. Digne émule des jeunes sœurs Milanollo, elle exécutait sur cet instrument, avec une pureté et une délicatesse infinies, les morceaux les plus difficiles. »

Élève du Conservatoire de musique de Paris, Marie de Valsayre devient ensuite professeur de violon. À partir de 1862, quand elle a donc 15 ans, et jusqu’en 1866, elle publie des romances, chœurs ou opérettes, notamment sur des textes d’Eutrope Lambert, Joseph Gouverneur et Théodore Leclerc. Ces œuvres lui valent une certaine notoriété, dans la société aristocratique et bourgeoise parisienne.

En avril 1863, elle donne un premier récital, jouant au piano des œuvres de Beethoven et les siennes. Elle en donne un autre, sur l’Hippodrome d’Auteuil, en août la même année. Le Conseiller des artistes salue, en février 1864, sa « musique intelligente et sentimentale ». Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse qualifie ses mélodies de « pleines de sensibilité ». Cependant, en août 1865, La Semaine musicale considère à propos d’une de ses compositions, Un Ange, que « Le chant ne manque pas de charme mais la prosodie est très-défectueuse ». Les personnes auxquelles elle dédicace ses œuvres sont des artistes, comme son professeur Eugène Gérard, ainsi que des personnes de la bonne société parisienne, notamment des aristocrates.

C’est également à 15 ans que Marie de Valsayre assure s’être mariée ; cependant, la célébration officielle à la mairie du cinquième arrondissement n’aura lieu que sept ans plus tard.

Sa mère, qui partageait alors la vie d’un lithographe d’origine suisse, Marcelin Maggi, meurt quand Marie a 18 ans, en janvier 1865.

Sous le nom de Marie de Valsairre, identifiée comme rentière et vivant rue Clauzel (act. 9e arrondissement de Paris), elle met au monde en août 1866 un fils, de père non dénommé, et inscrit comme Maxime Gustave Christian de Valsairre sur les registres parisiens. Il meurt en décembre 1867 et est enterré au cimetière de Montparnasse avec la mère de Marie, qui vit alors rue du Val de Grâce (5e arr.).

Son deuxième garçon Octave, né en février 1868 sera reconnu à l’occasion de mariage de Marie en juin 1869 à Paris (5e arr.) avec Louis Charles Astié, docteur en médecine Son époux est originaire du Tarn. Dans un entretien paru en 1892, elle raconte : « j'ai toujours fait, douloureusement et consciencieusement, mon devoir d'épouse » mais assure que « par malheur », « le docteur Astié, était alcoolique ». Elle adopte le patronyme « Astié de Valsayre », auquel elle ajoute parfois, mais rarement, les prénoms Marie Rose. Une fille, Anne, nait deux mois après les épousailles légales mais ne vivra que quatre mois.

La famille vit rive gauche à Paris (5e arr.), d’abord rue du Val-de-Grâce puis rue Saint-Séverin.

Astié de Valsayre

 

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20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 10:54

Mise à jour de la biographie publiée le 12/03/2022

Adolphe Alexandre Clément naît le 11 décembre 1864 à La Ferté-Saint-Cyr (Loir-et-Cher). Il est le fils de Philomène Blanchard et de son époux, Adolphe Blaise Clément, marchand de charbon. Ils vivent au faubourg de Bretagne.

Son père meurt en octobre 1874, lorsque Adolphe a 9 ans. Sa mère se remarie en juin 1877 à La Ferté-Saint-Cyr avec Silvain Jean Pierre Lecomte, vigneron dans le village voisin de Montlivault, mais décède à son tour en avril 1880 à La Ferté, son fils ayant 15 ans.

En 1876, le jeune Adolphe n’était pas recensé à La Ferté-Saint-Cyr où sa mère résidait avec ses trois autres enfants. Il est recensé pour ses obligations militaires en 1884 et réside alors à Melun (Seine-et-Marne), où il est garçon épicier. En tant que fils aîné d’orphelins (deux frères et une sœur), il est dispensé de service militaire. Il fait cependant plusieurs périodes dans la réserve de l’armée en avril 1888, avril 1891, octobre 1897 et mai-juin 1900.

Il réside à Paris et Neuilly-sur-Seine entre 1886 et 1891. Devenu employé de commerce et vivant en 1893 à Saint-Denis (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Lannes, Adolphe Clément y épouse en mai 1894 Marie Goutal, domestique, native du Cantal. Ils s’installent à Paris (18e arr.) où ils exploitent une épicerie, rue Jean-Robert. Ils ont un commerce à Stains (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Carnot en 1898 puis en 1902 dans le même département à Montreuil.

En 1911, ils sont à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où ils sont toujours épiciers, rue de Paris, dans le centre-ville, à proximité de la gare. Après la première guerre mondiale, ils déménagent pour la rue du Viaduc, dans le même quartier, où ils vont créer un hôtel meublé.

Lors des élections municipales de mai 1925 à Joinville, Adolphe Clément est candidat sur la liste du maire sortant, Henri Vel-Durand (radical dissident), qui a le soutien des mouvements libéraux et conservateurs de la ville. Le programme de la liste vouait l’application des lois de laïcité « sans rigueur et sans sectarisme », le maintien de l’octroi pour l’entrée des marchandises à Joinville et des économies dans les dépenses budgétaires. Face à une liste du cartel des gauches (radicaux-socialistes, socialistes SFIO et socialistes indépendants), qui obtient 28,4% des suffrages exprimés et une liste communiste, qui a 21,1%, la liste des sortants arrive nettement en tête avec 47,5%. Au second tour, elle remporte les 27 sièges à pourvoir et Clément est élu conseiller municipal. Vel-Durand est réélu maire. Après son décès, il est remplacé en octobre 1928 par Stephen Durande (conservateur).

Au cours du scrutin de mai 1929, il n’est pas candidat.

Adolphe Clément meurt le 22 janvier 1938 à Joinville. Il était âgé de 74 ans et père de deux enfants.

Il n’a pas de lien familial avec Édouard Clément (1843-1922), président de société musicale et candidat de centre-droit aux élections municipales de Joinville-le-Pont (1904-1911) ni avec Lucien Clément (1885-1955), conseiller municipal conservateur de la même ville (1934-1944).

Joinville-le-Pont, rue de Paris, l'épicerie Clément est sur la droite

 

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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 00:01

Louis Philippe Huardeau naît le 2 février 1754 à La Varenne et est baptisé dans l’église Saint-Hilaire. Il est le fils de Marie Marguerite Prunier et de son époux Louis Aimable Huardeau, voiturier. Le hameau de La Varenne Saint-Hilaire occupe la majeure partie du territoire de la presqu’île de Saint-Maur-des-Fossés ; il est annexé en 1790 par cette dernière commune (act. Val-de-Marne).

Devenu voiturier comme son père, Louis Huardeau épouse en avril 1782, à la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur, Marguerite Bizouard. Les époux ne savent pas signer.

Au début de la révolution française de 1789, les époux vivent dans le village de Pont-de-Saint-Maur, qui dépend également de la paroisse Saint-Nicolas mais se constitue, en novembre 1790, en tant que commune distincte sous le nom de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur et deviendra, en 1931, Joinville-le-Pont.

Lors de la mise en vente en brumaire an 5 (novembre 1796) des biens nationaux, qui appartenaient antérieurement à des aristocrates ayant quitté le territoire ou à des congrégations religieuses, quatre résidents de la commune se portent acquéreurs pour un total de sept hectares de terres. Parmi eux, Edme Lheureux (1733-1798) cultivateur et marchand de bois, premier maire de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (1790-1792), Jean Acher (1752-1837), épicier puis marchand de bois, procureur, agent municipal faisant fonction de maire (1795-1800) et Jacques Roch Vingdlet (1754-1824), carrier, conseiller municipal, adjoint et maire (1790-1824). Louis Huardeau, acquiert trois arpents de terre (soit un hectare et demi) au prix de quatre livres.

La famille Huardeau réside rue du Pont, une des principales artères du village où se trouve la mairie et une chapelle, Saint-Léonard.

Au cours des années 1810, la famille vit de nouveau dans le bourg de Saint-Maur. Louis Huardeau meurt le 27 février 1823 dans cette commune. Il était âgé de 79 ans et son épouse avait donné naissance à treize enfants, dont six ou sept sont morts en bas âge.

Annonce de la mise en vente des biens nationaux

 

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26 mars 2026 4 26 /03 /mars /2026 00:01

Mise à jour de l'article publié le 6 mai 2013

Claude Pierre Aubert naît vers 1732 à Précy-sur-Marne (act. Seine-et-Marne) ; il est baptisé dans la paroisse Saint-Pierre de Précy, qui dépend du diocèse de Meaux. Il est le fils de Catherine Boulet (ou Boullé) et de son époux Pierre Aubert.

Claude Pierre Aubert épouse en novembre 1773 en l’église Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés (act. Val-de-Marne) Geneviève Poirier, d’une vingtaine d’années sa cadette ; ils auront six enfants.

La famille réside rue Saint-Maur, dans le village de Pont-de-Saint-Maur, qui se constitue en tant que commune séparée en novembre 1790 et prend le nom de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur. Il deviendra Joinville-le-Pont en 1831. Pierre Aubert exerce la profession de journalier (ouvrier ou artisan travaillant à la tâche, en général dans l’agriculture ou le transport de marchandise).

Aubert participe en tant que notable à la municipalité de La Branche du Pont de Saint-Maur constituée en l’an 2 (4 avril 1793).

La commune, qui avait 409 habitants en l’an 3, a une administration composée de cinq membres du conseil général, dits notables, élus pour deux ans, et de six personnes formant le conseil municipal exécutif, autour du maire. Pendant le mandat de Pierre Aubert, le maire est d’abord Nicolas Lheureux puis Charles-Laurent Parvy (22 pluviôse an 2 - 10/02/1794).

À partir du 4 frimaire an 3 (23/11/1794), Aubert est signalé comme exerçant la fonction d’agent national, qui était précédemment celle de Jean Guigneré.

L’agent national est instauré le 28 brumaire an 2 (18/11/1793) par Jacques Nicolas Billaud-Varenne au nom du Comité de salut public. Il représente le gouvernement révolutionnaire auprès de la commune, en remplacement du procureur.

Suivant l'article 14 du décret du 4 frimaire an II, l’agent national est « chargé de requérir et de poursuivre l'exécution des lois, ainsi que de dénoncer les négligences apportées dans cette exécution, et les infractions qui pourraient se commettre ». Il doit parcourir son territoire, pour surveiller et s'assurer que les lois sont exactement exécutées. Il a une fonction de contrôle aussi bien des autorités constituées que des particuliers. Après la chute de Robespierre le 9 thermidor an 2 (27/07/1794), les agents nationaux sont supprimés le 28 germinal an 3 (17/04/1795).

Un certain « Charles Aubert » est mentionné comme notable, membre de la municipalité élue en fructidor an 9 (août 1801) à La Branche du Pont de Saint-Maur. Il est noté comme « absent pour le service public », c’est-à-dire qu’il sert dans l’armée ou a été envoyé en mission. Il s’agit vraisemblablement de Pierre Aubert, seul de son nom (avec sa fille) à être recensé en l’an 10 dans la commune.

Pierre Aubert meurt le 10 avril 1807 à La Branche du Pont de Saint-Maur. Il avait environ 74 ans. Son décès est déclaré par son neveu Jean Mathurin Lemaire, 36 ans, marchand épicier, qui deviendra huit années plus tard maire de la commune, et par Edme Lheureux, 38 ans, journalier, fils d’un ancien maire, Nicolas Lheureux, et neveu d’un autre ancien maire, Edme Lheureux.

Jacques Nicolas Billaud-Varenne, dit « le Tigre » (1753-1819), créateur des agents nationaux

 

Billaud-Varenne_Jean_Nicolas.jpg

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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 00:01

Suite de la reprise de la biographie parue 28/06/2022

En 1939, le peintre Jean Lauze, qui a quitté l’Espagne, où il combattait aux côté des communistes, est de nouveau à Alger. Au déclenchement de la deuxième guerre mondiale, il est mobilisé en septembre 1939 dans le 27e escadron du train des équipages. Il est démobilisé le 10 avril 1940. À Alger, il va notamment retrouver Bernasconi et Tona qui y reviennent également. Il réside en 1941 chez Bernasconi, rue Lys du Pac.

Une exposition personnelle de Jean Lauze est organisée en mars 1941, à la Galerie Pompadour, rue Michelet, en plein centre d’Alger L’Écho d’Alger apprécie : « Ses vues du port d'Alger, traitées dans une harmonie finement nuancée dans les gris, présentent des qualités de construction et de couleur fort appréciables. »

Il participe, dans la même galerie, en juillet 1941 à une exposition de groupe où l’on retrouve Bernasconi et Tona ainsi que E. Gross, Icart-Vernet, R. Domon et Barbichon.

En décembre de la même année, Jean Lauze fait une seconde exposition individuelle dans le même lieu. L'Écho d'Alger aime sa Vue de Kouba : « arbres à contre-jour comme auréolés, au ciel s'épanouissant en blancheur au-dessous de la basilique : c'est un matinal moment de limpidité, d'enfance, d'élection. »

On retrouve Lauze, Tona et Bernasconi, toujours à La Pompadour à Noël 1941, cette fois avec Mlle Paté, Mme Eug. Spielman, Louise Bosserdet, Terracciano, Ventre, Ferrari et Reynier, qui constituent selon La Dépêche algérienne « Un groupe de jeunes a mis en commun ses efforts et ses espoirs. »

Le 42e Salon des artistes algériens et orientalistes, en avril 1942 subit une profonde transformation par rapport aux éditions précédents. L'Écho d'Alger y voit un « fameux progrès », décrivant l’évènement comme « une intéressante mostra provinciale », et attire l'attention notamment sur les envois de Bernasconi et Lauze. Le mois suivant, tous les deux sont également partie prenante du premier Salon des petits tableaux, dans la salle de l’Artisan du Home, encore à Alger.

Une troisième présentation individuelle des œuvres de Jean Lauze se fait, en février 1943, à la Galerie du Minaret d’Alger. Il est qualifié de « peintre populaire de la réalité » et L'Écho d'Alger lui réserve de nouveau un accueil favorable, considérant que le Séminaire de Kouba est « baigné d'une lumière véritablement spirituelle » ou que les Terrasses d'Alger sont « d'un si juste sentiment spatial. »

En juillet 1943, Jean Lauze est rappelé pour combattre au sein des Forces françaises libres. Il est affecté au 27e régiment du train des équipages. La commission de révision, réunie à Blida (Algérie) en juin 1944 le retire des combattants pour l’affecter à un services auxiliaire, du fait des « séquelles de pleurésie purulente gauche ayant évolué en 1920 ». Il reçoit une affectation spéciale pour le deuxième semestre 1944 au titre du commissariat à l’information. Il est dessinateur Office français d’édition (Rafales), installé dans le lycée Fromentin d’Alger, sur décision du commissariat à la guerre. Dans le cadre de ses fonctions, il rencontre l’écrivain et résistant André Malraux, selon Laurent Ghirardi, son petit-neveu. Il est démobilisé fin juin 1945.

Après la fin de l’occupation allemande, Jean Lauze revient en France métropolitaine et est présenté, en juillet 1945, dans la Galerie de la Cité, quai de l’Horloge à Paris (1er arr.). Le quotidien de Louis Aragon, Ce Soir, apprécie : « Les ciels clairs, une mer bleue, le toit blanc de la mosquée, tout cela est vu avec amour ». À l’insu de son mari, Marguerite Lauze écrit à Picasso pour l’inviter au vernissage, lui rappelant que Jean Lauze avait rapporté à Picasso un dessin que lui avait confié leur ami commun, Soto. Elle met en avant le fait que son époux et elle sont membres du parti communiste.

En 1954, Jean Lauze vit dans le 20e arrondissement de Paris, rue de la Py. Il semble conserver ses relations avec le parti communiste et choisit son quotidien, L’Humanité, pour publier une petite annonce de vente de moto en avril cette année-là.

François Jean Lauze meurt le 22 janvier 1957 à Villejuif (Seine, act. Val-de-Marne), où il est hospitalisé à cause d’un cancer, selon sa famille. Il est inhumé, deux mois plus tard, au cimetière de Charonne à Paris (20e arr.).

Fin

Jean Lauze, Le Port d’Alger et la mosquée de la Pêcherie

 

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 00:01

Début de la reprise de la biographie parue 28/06/2022

François Jean Lauze naît le 31 décembre 1904 à Mustapha, commune de l’agglomération d’Alger (Algérie). Ses parents sont Marie Duteil et son mari François Lauze. Son père est infirmier, employé comme concierge à l’hôpital civil de Mustapha. Ils sont domiciliés avenue dans l’établissement.

François Lauze (1857-1919), originaire de l’Aude, a été soldat dans le corps expéditionnaire français en Algérie (1881-1882). Il est responsable d’associations horticoles et d’originaires de son département natal, franc-maçon.

La mère de Jean meurt en février 1906 lorsqu’il a un an ; son frère aîné Gaston disparaît quelques mois plus tard, à 15 ans, et sa sœur Marguerite l’année suivante, au même âge. Son père décède dans un accident ferroviaire en novembre 1919, à Rouïba, dans la banlieue d’Alger. Jean a alors 14 ans. Son frère Pierre, qui a 23 ans, devient son tuteur légal.

Lors d’un premier recensement en vue du service militaire, en 1923, Jean Lauze est ajourné pour « faiblesse » ; en 1925, il est exempté, du fait d’une « faiblesse irrémédiable ». Il sera pourtant reclassé en septembre 1928 comme pouvant faire un service armé, bien que soit mentionné une « constitution moyenne » avec un poids de 50 kilos et une taille de 1 mètre 63 ; il ne paraît pas avoir été reconvoqué pour remplir ses obligations militaires.

D’abord attiré par la sculpture, Jean Lauze fait des études à l’école des Beaux-Arts d’Alger, où il est inscrit en 1923. Il obtient un premier prix de modelage en juin 1924. Il s’oriente ensuite vers la peinture et le dessin et s'inscrit à l'académie Arts, rue Burdeau, que fondent en 1926 deux catalans diplômés de l'école des Beaux-Arts de Barcelone, le peintre Alfred Figueras et le sculpteur et affichiste Rafel Tona.

La première exposition en tant que peintre de Jean Lauze se fait avec deux autres jeunes artistes, Roger Domon et Louis Bernasconi, en décembre 1927, salle Lacroix, rue des Chevaliers-de-Malte, à Alger. La presse apprécie son travail pour son originalité. La Vie algérienne commente « Son Fort l'Empereur, sujet ingrat et inattendu, montre l'effort d'un jeune peintre devant la nature. L'inévitable Jardin d'essais est représenté par un bouquet de palmiers plein de poésie, traité presqu'en grisaille ». L’Écho d’Alger commente : « Leur peinture est spontanée, claire de conception, naturellement distinguée (…) . Lauze fait preuve d'une vision sensible et d'un sentiment exact des valeurs, surtout dans sa Vue de la darse dont il faut apprécier les premiers plans solidement établis et sa Nature morte qui témoigne d'une décision déjà remarquable. Mais mes préférences vont à sa Banlieue par ce qu'elle présente de sensibilité et d'harmonie dans son écriture simple et expressive. (…) Enfin, chez tous trois, mieux que des promesses. »

Louis Bernasconi et Lauze sont très liés ; le dentiste, amateur d’art et peintre Georges Ollivier, qui les accueille très souvent dans sa maison, les appelle « les deux Ajax ». Ils se lient à Rafel Tona, qui est a fait un tour d’Afrique du Nord.

En 1929, Bernasconi. Lauze et Tona partent ensemble pour Paris. Il vit d’abord dans le cinquième arrondissement, rue de l’Abbé de l’Épée. En 1931, les trois peintres sont recensés ensemble à la pension tenue par Victorine Durand et ses deux filles, rue du Chemin-Vert à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne). Lauze et Bernasconi déclarent lors du recensement de cette année-là, qu’ils travaillent comme peintres pour les studios de cinéma Paramount, qui sont installés dans la commune, à la limite de Joinville-le-Pont. Quant à Tona, il indique être employé pour l’exposition coloniale internationale de Paris qui se tient dans le bois de Vincennes de mai à novembre 1931. Joinville comme Saint-Maurice sont limitrophes du bois. La pension Durand accueille également plusieurs autres collaborateurs des studios Paramount, dont la fille cadette de la logeuse, qui est habilleuse, une traductrice, un autre peintre (Lucien Le Glau) et un machiniste.

En avril 1931 Jean Lauze, qui assure résider rue du Pont à Joinville, épouse dans cette ville, Marguerite Paule Tribondeau, secrétaire dans une société cinématographique et syndicaliste. Ils s’installent d’abord route de Villiers, dans la commune voisine de Champigny-sur-Marne, puis en 1936 sont domiciliés avenue Jean-Jaurès, de nouveau à Joinville, dans le centre-ville. Lauze travaille comme décorateur, selon les indications du recensement de 1936, sans doute pour les studios de cinémas Paramount (où travaillent aussi son épouse et Bernasconi) ou ceux de Pathé à Joinville (où a officié Tona)

Le même jour que Jean Lauze se marie avec Marguerite Tribondeau, et à Joinville aussi, Rafel Tona convole avec Paule Tribondeau, la sœur cadette de Marguerite.

Comme son épouse, Jean Lauze, qui est membre du parti communiste et militante syndicaliste, s’engage dans l’action politique. Il se rend à Barcelone, en Espagne, avec son épouse, où ils arrivent le 4 mai 1937 et, selon celle-ci, participe à la guerre d’Espagne dans le cadre des Brigades internationales. Il retrouve certainement Rafel Tona, qui est revenu dans son lieu de naissance, a ouvert une agence publicitaire et participe activement à la propagande de la formation communiste locale, le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC). Marguerite Lauze, est secrétaire du représentant du parti communiste français auprès du PSUC.

Jean Lauze se lie avec Àngel Fernández de Soto, secrétaire du Syndicat des artistes, peintres et sculpteurs Catalogne et ami de Pablo Picasso. Jean Lauze prend part, en février 1937 dans la capitale catalane, à une exposition antifasciste intitulée No pasaran !

À suivre

Jean Lauze (à g.), devant son frère Pierre, à côté de son père François et de sa sœur Jeanne, arch. fam.

 

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17 mars 2026 2 17 /03 /mars /2026 00:01

Henri Stanislas Parisot naît le 25 septembre 1822 à Paris (6e arr.). Il est le fils de Marie Caroline Marchal et de son époux, Joseph Parisot. Son père est un ébéniste et passementier (producteur et vendeur d’ornements textiles ou décoratifs) forain. Henri Parisot travaille comme ébéniste et vit rue de la Tixéranderie (7e arr., rue aujourd’hui disparue quand la rue de Rivoli a été tracée).

Lors de son premier mariage, en juin 1844 à Paris (4e arr., quartier de Saint-Merry), il dit exercer le métier de passementier. Il prend pour femme une très jeune fille, Clara Augustine Letellier, couturière, âgée de 16 ans. Ils sont installés rue de la Vieille-Tannerie (4e arr.). La mariée meurt à peine un an plus tard, en juillet 1845, elle a alors 17 ans et ils sont domiciliés rue Moreau (8e arr.).

Retourné vivre chez sa mère, qui est séparée de son père, rue de la Coutellerie (7e arr.), Henri Parisot, qui se déclare de nouveau ébéniste, se remarie en mars 1846 à Paris (7e arr.) avec Delphine Jeanne Gachet, marchande de quatre saisons dans la même rue. Peu après leurs noces, ils s’orientent vers des activités artistiques. Selon le quotidien Le Droit (22 avril 1859) « En 1847, Stanislas Parisot était chanteur comique dans un de ces cafés où les consommateurs sont obligés, bon gré mal gré, d’avaler avec leur limonade ou leur grog, une romance, une cavatine ou une chansonnette » ; son épouse est également devenue musicienne.

Au cours de cette même année 1847, rencontre Marguerite Choland, épouse de Jean Pierre Doumene, dont elle a un fils, sourd-muet ; elle est sensiblement plus âgée qu’Henri, ayant alors environ 44 ans, quand il en a 25. Tous les deux quittent leurs conjoints et vivent ensemble avec l’enfant.

Mme Doumene gagnait alors sa vie comme culottière et, suivant l’enseignement de Parisot, devient comédienne. Lui se réoriente vers la prestidigitation ; grâce à l’épargne de sa compagne, le couple achète une grande voiture de saltimbanque et tout le matériel nécessaire pour se produire dans les fêtes et les foires.

S’ils poursuivent leur relation jusqu’à la fin des années 1850, elle ne semble pas exclusive, puisqu’en septembre 1856, à Marseille, Henri Parisot déclare à l’état-civil la naissance d’un fils de son épouse légitime. Il se présente comme ébéniste et indique qu’il réside avec son épouse Grand Chemin d’Aix.

La rupture des relations entre Parisot et Marguerite Doumene donne lieu à un procès en avril 1859 devant le Tribunal civil de la Seine à Paris. Il demande que le matériel de l’activité foraine lui soit attribué, tandis que Marguerite accepte de le lui donner, à condition qu’il revienne vivre avec elle ; Les juges rejettent la revendication Parisot et le condamne aux dépens. Les échanges de lettres entre les deux anciens compagnons, publiées par Le Droit, sont reprises dans l’hebdomadaire L'Illustration. Les deux journaux ont, semble-t-il, scrupuleusement respecté l’orthographe. Le chroniqueur de ce dernier titre, Henrys, commente, considérant que les deux ont répondu au « cri de l’indépendance bohémienne ». Lorsque Marguerite fut abandonnée pour « les yeux d’une autre belle », elle « écrivit à l’infidèle une lettre capable d’attendrir un rocher, et ornée d’une orthographe à tirer les larmes des yeux ». Il cite la conclusion : « Mon bien aimés jatans un peus despoir ce qui me fera survivre quelque jour de plus ta femme celle qui taime jusque au tonbaux. Margeurite. Tu ces que rin que nous deux pouvons gagnes de largens tu le cet demain ci tu veux, tu le cet tu ne peut travailles avec dautre comme à nous deux. »

Au cours des années 1880, la carrière de Parisot atteint un sommet. S’il joue principalement dans la banlieue parisienne, il a des admirateurs en province. Ainsi, en le Journal de Fourmies, raconte en juillet 1882, sous la plume de B. Delbos : « Heureux l'arrondissement où Parisot, dit Papillon, installera son théâtre. (…) Quand les enfants de Châtillon, ou d'Arcueil-Cachan, ou de Villejuif, le voient arriver avec sa caravane de guimbardes bariolées, trainées par des rosses étiques, ils crient : « vive Papillon ! vive notre Papillon ! » (…) Depuis plus de trente ans qu'il fait les fêles des environs de Paris, il n'a eu que des succès. (…) Cet homme commande à quatorze artistes de drame et de comédie, à une dizaine de musiciens (…),  à trois ou quatre pitres et à une demi-douzaine de danseuses ; ce grand homme ne rougit pas d'opérer lui-même. Il fait la parade devant le théâtre, il danse, il cabriole, il lâche d'épouvantables calembours (…) Aussi peut-il se permettre avec ce peuple reconnaissant les plus audacieuses privautés. C'est lui qui disait, l'an dernier, aux naturels d'Aubervilliers-Ies-Verlus : ‘’Entrez à la Grâce de Dieu, entrez, entrez ! Si vous ne pleurez pas comme des veaux, je vous prouverai que vous êtes des ânes’’. Allez, la musique ! »

En mai 1897, le Journal de Saint-Denis salue le Théâtre Papillon, habitué de la fête du Landy dans cette commune : « l’interprétation est irréprochable et M. Parisot est entouré d’une pléiade d’artistes de talent dont les états de service sur les principaux théâtres sont une nouvelle garantie de succès ». Le Figaro, en juillet la même année remarque le « chauvinisme » d’une de ses pièces, Les Martyrs de Strasbourg ou l’Alsace en 1870.

La Presse, autre quotidien parisien, commente : « Au-delà des fortifications, nous signalerons la présence de deux estimables théâtres forains, très connus dans la banlieue parisienne, le théâtre des Beaux-Arts et le théâtre Papillon, qui font de louables efforts pour donner à leur clientèle l'idée des pièces en vogue du répertoire moderne. »

Henri Parisot meurt le 3 juillet 1899 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il donnait probablement une représentation dans le cadre des fêtes de la ville. Il était domicilié à Montreuil-sous-Bois (Seine, act. Seine-Saint-Denis), rue Grimaud-Carrel. Veuf pour la deuxième fois depuis février 1892, il était père d’un enfant et avait six petits-enfants.

Sa disparition fut mentionnée dans de nombreux journaux. La Presse titre La fin d'un banquiste (terme désignant alors les saltimbanques) et assure « Il savait faire rire jusqu'aux larmes ses auditeurs ». La Justice voit en lui « le pitre qui pendant plus de soixante ans réjouit tous les amateurs de parade » et relève que ses obsèques ont eu lieu à Joinville au milieu d'une grande affluence de personnes. Le Petit Journal rend hommage à « un vieux forain connu de toutes les populations de la banlieue parisienne ». Pour Le Gaulois, il était le doyen de la banque et « Personne mieux que le père Papillon ne savait adresser un boniment au public. »

Un spectacle musical, Mamzelle Pioupiou, d’Alexandre Bisson sur une partition de Jean-Baptiste William Chaumet, s’inspire d’Henri Parisot, reprenant même son pseudonyme. Le quotidien Le Soleil rend compte de la première en juin 1889, au théâtre de la Porte Saint-Martin : « L’illustre Papillon, banquiste, jongleur et prestidigitateur, promène par le monde une maigre troupe de paillasses et hercules de la décadence. »

Affiche de Mamzelle Pioupiou, s’inspirant de la vie d’Henri Parisot

 

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 00:01

François Lauze naît le 20 mai 1857 à Saint-Julia-de-Bec (Aude). Il est le fils d’Anne Rougé et de son mari Jean Baptiste Lauze. Son père est cordonnier ; selon son arrière-arrière-petit-fils, Laurent Ghirardi, en tant qu’artisan, le cordonnier Lauze « demandait à ses ouvriers qu'ils changent chaque semaine de main pour travailler afin qu'en cas d'accident ils puissent continuer à travailler. »

Lors de son enregistrement pour ses obligations militaires en 1877, François Lauze est noté comme étant de religion catholique et exerçant aussi la profession de cordonnier dans le village de Fitou (Aude). Il va faire quatre ans de service, étant incorporé à Narbonne au sein du 81e régiment d'infanterie en novembre 1878. Il part avec son unité en avril 1881 en Algérie où, selon son livret militaire, il « A fait partie des colonnes appelées à réprimer les mouvements insurrectionnels sur le territoire algérien ». Il revient en métropole en novembre 1882 et est démobilisé le mois suivant.

Reparti en Algérie à titre personnel, il est domicilié en 1883 à Souk-Ahras, dans la province de Constantine. Il rejoint rapidement Alger où il est élève infirmier de l’école professionnelle située dans l'hôpital de Mustapha, commune de l’agglomération algéroise. Il est promu infirmier de 1e classe en novembre 1887. Il va effectuer toute sa carrière au sein de cet établissement civil, exerçant depuis au moins 1892 la fonction de concierge. Selon Laurent Ghirardi (son arrière-petit-fils), il était de ce fait « une personne importante, des personnes s'adressaient à lui par courrier pour obtenir un rendez-vous auprès de médecins de l'hôpital ! »

En août 1888 François Lauze épouse à Mustapha Marie Duteil, couturière, qui vit dans la même ville et est originaire de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Ils résident au sein même de l’hôpital.

La cinquième pandémie de choléra, qui se déclenche en 1881 dans le delta du Bengale (Inde) se propage en Afrique et en Europe et arrive en Algérie en 1896. François Lauze est chargé de la garde de l'ambulant d'El-Kettar (quartier d’Alger, situé au-dessus de Bab El Oued). Il obtiendra pour cela la médaille de bronze des Épidémies en août 1896.

Chargé de la garde de l’établissement civil le plus important d’Algérie, François Lauze se prend d’intérêt à l’aménagement de son espace. Il adhère en 1895 à la Société d’horticulture d’Alger et sera l’un des fondateurs de l’Amicale des jardiniers et horticulteurs. Le quotidien La Dépêche algérienne décrit ainsi son rôle (9 août 1898) : « le concierge, M. François Lauze, qui entretient avec un soin jaloux les deux petits parterres situés à l’entrée même de l'hôpital. Chaque saison est un changement de décor et la mise en scène est aussi brillante que variée. Roses au printemps, verveines, hibiscus, cannas en été, chrysanthèmes en automne et pensées en hiver, attirent les regards des passants, malades ou visiteurs, qui ne peuvent s’empêcher d’admirer le bon goût de M. Lauze et le féliciter de son savoir en horticulture. »

François Lauze tenait également la buvette de l’hôpital « ce qui lui permettait de connaître beaucoup de personnes et surtout d’augmenter ses revenus », selon Laurent Ghirardi.

Dans le domaine social, François Lauze est mis en cause en février 1899 par le quotidien antisémite L'Express algérien qui prend le titre de L’Antijuif, qui lui reproche de réunir les ligueurs dans une des salles de la mairie de Mustapha ; la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen a été fondé l’année précédente, dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Mais, affichant également son patriotisme, François Lauze souscrit, le même mois pour la construction du sous-marin « L’Algérie » destiné à la marine nationale. Il est en avril 1899 secrétaire du conseil d'administration de la Bourse du travail de Mustapha, le regroupement local des syndicats. Il est l’un des sociétaires de l'Association amicale et de prévoyance des employés civils de l'Algérie en 1911. Il sera en 1919 président du Syndicat des travailleurs de l’Assistance publique.

Lauze s’engage également dans de très nombreuses autres activités civiques. Depuis 1895 et jusqu’au moins 1906, il est membre de la Société protectrice des animaux. En 1919, il est vice-président de la Société coopérative des patrons limonadiers La Fourmilière, également vice-président de la Société amicale Les Enfants de l’Aude.

Parallèlement à son engagement social, François Lauze est franc-maçon et participe aux travaux de la loge Le Delta dont il est mentionné comme participant en 1906 et le reste en 1919.

Du fait de son statut social, les deuils familiaux qui touchent François Lauze son largement relayés, en particulier dans la franc-maçonnerie. C’est le cas du décès de son épouse, en février 1906, de son fils aîné Gaston en septembre 1906 puis de son deuxième enfant, sa fille Marguerite en mai 1907. À la disparition de sa femme, François Lauze avait la charge de cinq enfants, dont le plus jeune, Jean, alors âgé de deux ans, va devenir peintre.

Libéré des obligations militaires depuis novembre 1903, François Lauze n’est pas mobilisé pendant la première guerre mondiale ; son deuxième fils, Pierre, sert dans l’aviation.

François Lauze meurt le 27 novembre 1919 à Kouba, commune de la proche banlieue sud-est d'Alger, dans un accident ferroviaire.

Plusieurs articles rendent compte de l’accident, notamment dans les quotidiens algérois La Dépêche algérienne, L’Écho d’Alger et Les Nouvelles. Selon leur récit, François Lauze rendait visite à sa fille Jeanne, institutrice un jeudi (jour non travaillé dans les écoles) à Beni-Amrane, ville kabyle à une soixantaine de kilomètres d’Alger. En arrivant en gare de Rouïba, aidant une jeune fille à descendre des paquets, il fait une chute, et est écrasé par un wagon. Outre le faire-part de la famille, six institutions rendent compte du décès dans la presse le même jour : La Fourmilière, Les Enfants de l’Aude, la Société d’horticulture, l’Amicale des jardiniers, le Syndicat des travailleurs de l’Assistance publique et la loge maçonnique Le Delta.

Âgé de 62 ans, François Lauze était père de six enfants, dont trois étaient encore vivants. Il avait été décoré de la médaille de bronze de l’Assistance publique en décembre 1912.

François Lauze, arch. fam.

 

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