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28 mai 2023 7 28 /05 /mai /2023 01:01

Début de la biographie de Louis Soullière

Louis Marius Barnabé Soullière naît le 11 juin 1861 à Orange (Vaucluse). Il est le fils de Pauline Perrin et de son époux Jean Pierre Gustave Soullière, négociant en matériaux de construction (bois et pierre). Son père décède moins d’un an plus tard en mai 1862, à Serrières (Ardèche), où la famille était implantée.

Son grand-père paternel, Jean Marie Amédée Soullière (1783-1863) y meurt également peu après, en janvier 1863. Médecin, ancien chirurgien major, il avait accompagné l’empereur Napoléon Ier dans diverses campagnes, en Autriche, Prusse, Pologne, Espagne, Portugal, Russie et Saxe. En 1850, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur et était également titulaire de la médaille de Sainte-Hélène

Résidant alors à Marseille, probablement avec son frère aîné Jean Marie, il s’engage, à 18 ans, dans l’armée à Avignon en novembre 1879, devançant de deux ans l’appel du service militaire. Il rejoint le 38e régiment d’artillerie. Nommé brigadier en août 1880, il est promu maréchal des logis en octobre 1881 puis maréchal des logis chef en février 1884. Il quitte l’armée en novembre 1884. Dans la réserve, il est nommé sous-lieutenant en janvier 1885, affecté comme officier d’approvisionnement, il est promu ensuite lieutenant dans l'artillerie territoriale.

Il quitte la Provence après sa période militaire et rejoint Paris, où il est embauché comme commis dans la police municipale en février 1885. Il travaille comme secrétaire de M. Goron, chef de la Sûreté. Il est ainsi un des quatre cadres de ce service qui compte plus de 340 agents. En mars 1889, le journaliste Horace Valbel lui consacre un portrait dans le quotidien La Petite République ; « Depuis quatre ans, M. Soullière appartient au service de la Sûreté. Il a subi avec succès les examens exigés des secrétaires du commissariat. Très assidu à son travail, très dévoué à son chef, dont il est fort estimé, M. Soullière aura, j'en suis certain, un fort bel avenir. »

En avril 1889, il est chargé des soixante agents du service de sûreté qui sont détachés au Champ-de-Mars et à l'Esplanade des Invalides pendant toute la durée de l'Exposition universelle de Paris.

Nommé dans le grade de commissaire de police des communes de la Seine en juillet 1891, il est d’abord affecté à Courbevoie (Seine, act. Hauts-de-Seine) mais son poste est modifié et il rejoint finalement Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), en remplacement d’Armand Routier de Bullemont. Le commissariat, qui existe dans cette commune depuis 1874, a dans sa circonscription les villes de Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne et Saint-Maur-des-Fossés. Il comptait en 1883 14 agents : le commissaire, un secrétaire, un brigadier et onze sergents de ville. En mars 1887, son territoire est élargi à la commune du Perreux, qui vient de se détacher de Nogent.

En janvier 1891, le commissaire fait interpeller deux enfants de six à neuf ans qui s’étaient enfuis à pied du domicile de leurs parents, rue des Batignolles à Paris, et tentaient de traverser la Marne par un gué. Les agents voulurent les ramener chez leurs parents mais, selon la presse, ils refusèrent : « On nous maltraite, on nous roue de coups pour la moindre chose. Souvent on nous envoie coucher avec un morceau de pain et un verre d’eau. Quelquefois même nous passons la journée tout entière sans manger ». Ils assurent vouloir gagner Château-Thierry (Oise), où ils connaissaient « une famille honorable ». Ils racontent : « Nous avions sept sous à nous deux pour les frais du voyage [35 centimes] ; ce matin nous avons acheté un petit pain de deux sous ». Le commissaire dut les envoyer au Dépôt, après leur avoir donné un déjeuner et une paire de souliers neufs puis il fit prévenir les deux familles des garçons.

En décembre 1891 à Paris (17e arr.), Louis Soullière épouse Marie Thérèse Eugénie Fabre (1863-1939), pianiste, professeure de musique et compositrice, élève de César Franck et amie de Gabriel Fauré. Ce dernier est un des témoins du mariage, avec notamment le Jean comte de Montebello et le chef de la sûreté de Paris, François Marie Goron.

Au sein de son commissariat, pour faire face aux cambriolages dans les pavillons des bords de Marne, Soullière crée fin 1891 une brigade spéciale de sûreté, basée dans le poste de police de Saint-Maur. En juillet 1892, il doit gérer une affaire qui est mise en avant dans la presse comme relevant de la haute trahison, un en comptable de la manufacture de Bourges, employé chez un teinturier à Joinville s’étant vanté de pouvoir se procurer des armes et des munitions de guerre. Il avait pour maîtresse une domestique d’origine allemande. Une perquisition ne permit cependant de trouver qu’une seule cartouche, mais la police mit la main sur des objets volés chez les employeurs de la bonne. Tous deux ne furent écroués que sous l’inculpation de vol.

Le jour de Noël 1893, une femme complètement nue se présenta au commissariat, déclarant « être une fille naturelle du prince de Galles, se nommer Jeanne d'Arc et être envoyée par Dieu pour sauver la France de l’anarchie ! ». Selon la presse, elle était d’une rare beauté et voulait du commissaire « une lettre d'audience pour le président de la République ». Elle avait déjà été internée pour troubles psychiatriques et fut envoyée à l'infirmerie du Dépôt de la préfecture de police.

Dans un contexte d’attentats politiques, le commissaire Soullière fait arrêter, à La Varenne, quartier de Saint-Maur-des-Fossés, début juillet 1894, un jardinier de 16 ans, Joseph Léger, que son patron a dénoncé comme préparant des manipulations chimiques. Il fait procéder à une perquisition dans chambre du jeune homme, trouve une boîte cylindrique et des produits chimiques, en conclut qu’il s’agit donc d’un anarchiste préparant une bombe. Le garçon, orphelin, s’était enfui deux mois auparavant d’une ferme-école dans les Vosges. Il est incarcéré à la prison de Fontevraud (Maine-et-Loire) pendant 18 mois environ, bien qu’il ait nié toute intention de fabriquer un engin explosif, que le caractère inoffensif de ses produits ait été certifié et qu’il n’y ait pas trace d’un engagement dans un mouvement terroriste.

Les jours suivants, le commissaire fait arrêter plusieurs militants anarchistes dans les communes de sa circonscription : Naudé, à Saint-Maur, Albert Mainfroy, imprimeur, au Perreux et Didier Laurent sur le pont de Joinville, après qu’il ait crié « Vive l'anarchie ! Les bourgeois s'inclineront devant nous » et fait l'apologie des crimes commis par Ravachol, Vaillant, Émile Henry et Caserio.

Fin juillet 1894, Louis Soullière est remplacé en tant que commissaire de police de Joinville par M. Rougean et redevient simple commis à la Préfecture de police. Les motifs de cette disgrâce, qu’il partage avec cinq autres anciens de la Sûreté parisienne, dont son ancien chef et témoin de mariage, M. Goron, est constitué par des irrégularités découvertes par le service de contrôle, dans des comptes relatifs à l’année 1889. La presse évoque largement la rétrogradation. Pour L’Intransigeant, « ce n’est pas autre chose qu’une vengeance » du préfet de police Louis Lépine. Soullière tarde cependant à rejoindre son nouveau poste et réclame, selon Le Libéral, « contre la façon de procéder à son égard. Nommé commissaire de police par décret présidentiel, il estime que le préfet de police n'a pas le droit de toucher à [cette] décision ». Selon Le Soleil, il ne veut pas qu’on le rétrograde d’un « poste de 12 000 francs (…) à un emploi de 3 000 francs. »

Évoquant de nouveau l’affaire, en Une cette fois-ci, L’Intransigeant assure qu’il « proteste contre la mesure lépinière qui le frappe et principalement contre les procédés anticonstitutionnels du préfet (...) Il n’admet pas qu’un vulgaire préfet de police touche à une décision qu’une révocation ou une démission peut seule rendre nulle. Il ne veut pas permettre au préfet de défaire ce qu’a fait le président de la République ». L’Univers s’interroge : « Est-ce que les décisions du président de la République comptent devant la volonté du tout-puissant cancre du boulevard du Palais ? »

À suivre

Mairie de Joinville-le-Pont, où était installé le commissariat, années 1890

 

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26 mai 2023 5 26 /05 /mai /2023 01:01

Marie-Thérèse-Eugénie Fabre naît le 24 août 1863 en Avignon (Vaucluse). Elle est la fille de Thérèse Blanc et de son mari, Joseph Xavier Fabre, employé de préfecture.

Au début des années 1880, Marie Fabre suit au conservatoire de musique d’Avignon des cours de piano auprès de Mary Soullière, élève du chanteur, compositeur et pianiste français Théodore Ritter.

En rejoint Paris et vit, avec son père devenu attaché à la direction des cultes, rue des Acacias (15e arr.). Elle suit les cours de piano et de composition de César Franck (1822-1890) au Conservatoire de Paris, ainsi que probablement son enseignement d’orgue. En mars 1885, elle participe au concert, donné par son ancienne professeure d’Avignon à la salle Kriegelstein de la rue Charras à Paris (9e arr.). Le programme a été composé par César Franck et comprend des morceaux de Mendelssohn, Meyerbeer, Beethoven et Schubert, que Marie Fabre accompagne au piano avec César Franck. La Tarentelle de Louis Moreau Gottschalk, clôture la soirée, interprétée par Mlles Soullière et Fabre.

Le 20 mai 1887, Marie Fabre donne à Paris son premier concert. Le compositeur Guy Ropartz (1864-1955) commente ainsi dans L'Indépendance musicale sa prestation : « Elle avait, pour débuter, abordé la sonate en fa dièse mineur de Schumann, œuvre d’une extrême difficulté et qui demande une grande ampleur d’exécution ; la jeune artiste s’en est tirée tout à fait à son avantage, la première émotion, bien compréhensible, une fois passée. Différentes œuvres de Chopin, Heymann, Alkan, deux petites pièces d’elle, heureusement écrites pour l’instrument, ont fait ressortir ses bonnes qualités de mécanisme ; mais où elle a été supérieure, c’est dans la sonate pour piano et violon de C. Franck, que l’on entendait à Paris pour la seconde fois seulement. En résumé, Mlle Marie Fabre a beaucoup de doigts, une grande sûreté, beaucoup de nerf, trop peut-être ; son style n’est pas encore absolument défini, bien qu’elle donne déjà aux œuvres qu’elle interprète une certaine physionomie qui n’est pas celle de tout le monde : nous pouvons attendre d'elle une excellente artiste. »

Poursuivant ses cours au Conservatoire ans la classe de Mme Angot-Montier, elle participe aux concerts devant le jury d’examen, présidé par le compositeur Antonin Marmontel en janvier 1889 puis en mars 1890, la presse remarquant à ces occasions son interprétation.

Le 16 mars 1889, à la Société nationale de musique à Paris, Marie Fabre exécute avec le quatuor Heymann une Étude de Charles Valentin Alkan pour piano et quatuor à cordes, arrangée par César Franck.

En avril 1891, à l’occasion de l’inauguration de l’hôtel de la comtesse de Montebello, rue Barbet-de-Jouy, Marie Fabre donne un concert, en compagnie du violoncelliste Liégeois. Ils interprètent la sonate de Grieg, la Polonaise de Chopin, et la romance du prince Serge Walkonsky.

Frère de son ancienne professeure d’Avignon, Louis Soullière, commissaire de police à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), l’épouse à Paris (17e arr.) en décembre 1891. Les deux témoins qu’elle avait choisis sont le comte Jean de Montebello et le compositeur Gabriel Fauré. Elle poursuit son activité en tant que professeure de musique.

Le nouveau couple vit d’abord à Joinville puis, au gré des nominations du mari par la préfecture de police, à Paris, Saint-Ouen et Neuilly-sur-Seine (Seine, act. Hauts-de-Seine). Marie Soullière accouche, en octobre 1892, d’un enfant mort-né et n’aura pas de descendant.

Après le décès de son époux, en octobre 1934 à Boulogne-Billancourt (Seine, act. Hauts-de-Seine), où ils s’étaient installés après sa retraite rue de l’Est, Marie Soullière reste vivre dans la commune rue de Sèvres. Elle demande une pension au conseil général du département, qui la lui refuse, soulignant qu’elle percevait déjà une réversion de la retraite de son mari. Il lui avait légué, par testament, 50 000 francs.

Le 30 mars 1939, Marie Soullière meurt à Boulogne-Billancourt. Elle était âgée de 75 ans. Décorée des Palmes académiques, elle avait été faite officière d'académie en janvier 1900 puis officière de l’instruction publique en mars 1906 pour son activité de compositrice et de professeure de musique.

César Franck lui a dédié le manuscrit de la première page de sa symphonie en ré mineur, transcrite pour piano à quatre mains. Le journaliste Louis Schneider, dans le quotidien Le Gaulois, considérait, en novembre 1922, qu’elle avait été « une des meilleures élèves du maître. »

Symphonie en ré mineur de César Franck, offerte à Marie Soullière

 

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18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 01:01

Marie Armand Lucien Routier de Bullemont naît le 7 mai 1862 à Montrouge (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il est le fils d’Élisabeth Alexandrine Rocmont et de Marie Arthur Édouard Routier de Bullemont, alors commis principal à la préfecture de police de Paris. Ses parents se marieront en juillet 1865, toujours à Montrouge.

Un oncle paternel travaille également dans les forces de sécurité parisiennes : Alexandre Routier de Bullemont (1822-1904) sera secrétaire général de la préfecture de police de Paris.

Pour sa part, Armand Routier de Bullemont fait partie des quinze candidats admissibles après les examens pour devenir commissaire de police organisés à Paris en juillet 1885. Il est nommé secrétaire au quartier Saint-Lambert ; il passe dans la même fonction au commissariat du quartier Vivienne en octobre 1887.

C’est en juin 1888 qu’il devient officiellement commissaire de police dans la banlieue. Il rejoint en juillet son poste à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il remplace Charles Wilfrid Carpin. Sa circonscription comprend les communes de Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne et Saint Maur.

En juillet 1891, Routier de Bullemont, est promu en tant que commissaire de police à Paris. Il est remplacé à Joinville par M. Soulliére. Il est affecté au quartier des Ternes (17e arr.). Dans cette fonction, il doit gérer en septembre cette année-là une affaire d'avortement d’une jeune femme, interprète dans un grand magasin de confections du quartier de l'Opéra, droguée puis violée « par une bande de jeunes viveurs » et qui avait, seule, mis fin à sa grossesse dans le lit qu’elle partageait avec sa jeune sœur, âgée de 14 ans. Elle s’était débarrassée du fœtus et avait été dénoncée par une lettre anonyme.

Armand Routier de Bullemont meurt le 15 janvier 1894 à Paris (17e arr.), en fonction de commissaire. Il était âgé de 31 ans et n’était pas marié.

Son père mourut en février 1909 à Bois-Colombes, à 79 ans, après avoir constaté la disparition d’une grosse somme d’argent (9 500 francs). En janvier 1910, sa domestique fut jugée, en compagnie de sa sœur, aux assises de la Seine. Elle fut cependant acquittée, après avoir assuré que la somme était un don du vieillard.

Plusieurs de ses autres oncles paternels ont joué un rôle significatif aux États-Unis, en Belgique et en France. Joseph (1825-1898), d’abord militant républicain en France, deviendra agriculteur en Californie et membre du Sénat de cet État. Emmanuel (1836-1913) fut membre de la Société royale de botanique de Belgique et auteur de plusieurs ouvrages. Alfred (1840-1872), originaire de Belgique, a été critique d’art à Paris.

Le château de Warlus (Somme), demeure de la famille Routier de Bullemont, devenu une maison de la préfecture de police de Paris

 

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8 mai 2023 1 08 /05 /mai /2023 01:01

Charles Philippe Wilfrid Carpin naît le 28 décembre 1858 à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), au domicile de son grand-père maternel, rue des Bordeaux. Il est le fils de Julie Virginie Charlotte Boissenot et de son époux, Anthelme Carpin, commissaire de police, alors en poste à Bellac (Ain). La famille de son père possède des domaines agricoles, notamment viticoles, dans le même département, à Virignin. Peu après sa naissance, son père devient négociants en vin à Charenton.

Comptable dans une librairie de la rue Bonaparte, Charles Carpin doit prendre en charge en novembre 1878, sa mère et son frère, revenus des États-Unis où ils avaient suivi leur père. Le jeune Louis, qui aidait dans l’exploitation viticole de Greenville, en Caroline du Sud, avait attrapé une fièvre typhoïde. Ils vivent boulevard de Reuilly à Paris (12e arr.).

Pour éviter à Charles de devoir faire un service militaire et l’autoriser, ainsi, à continuer à contribuer à l’entretien de la famille, Luis, après son rétablissement, s’engage en mars 1879 dans l’armée.

La librairie qui employait Charles fait faillite en 1881 et, la même année, il est embauché comme secrétaire suppléant de commissariat de police, reprenant l’activité qui fut celle de son père, mais dans le ressort de la préfecture de police de Paris. En 1886, il est secrétaire du commissariat du quartier Saint-Merri à Paris (4e arr.). Il est nommé commissaire de police à Joinville-le-Pont en mars 1886. Il prend la succession de François Auguste Douçot, promu à Paris, selon la progression classique dans cette fonction.

Dans cette fonction, il aura notamment à gérer en septembre et octobre 1886 l’affaire Cabis, du nom d’un gendarme, Eugène Cabis. Ce dernier tue un jeune homme, Albert Dufeutrelle qui se promenait avec son amie dans un petit massif forestier annexe du Bois de Vincennes. L’évènement provoque un émoi considérable dans la presse. Cabis est traduit, comme militaire, devant un conseil de guerre, qui l’acquitte mais il est ensuite obligé de quitter la gendarmerie.

En tant que commissaire, Carpin interroge le gendarme après le meurtre et décide de ne pas l’arrêter. Son attitude lui vaudra des attaques virulentes d’une partie des journaux.

Le quotidien Gil-Blas commentait : « Que les gendarmes n'arrêtent pas les assassins, cela, est déjà désagréable, mais qu'on ne les arrête pas, du moins préventivement, lorsqu'ils assassinent, c'est peut-être un peu trop de condescendance à l'égard de leur baudrier. »

Un autre journal parisien est encore plus sévère. L'Intransigeant fustige la « négligence » du commissaire Carpin, qui n’a pas saisi le revolver de Cabis, et qu’il présente comme « un ami intime de l’assassin ». La publication, dirigée par Henri Rochefort, considère que « Carpin avait conduit l’enquête en dépit du bon sens ». Le 11 septembre, une lettre de Carpin est publiée, dans laquelle il assure ne pas avoir interrogé l’amie du jeune tué et ne pas être le supérieur de Cabis. La direction de L'Intransigeant maintient pourtant son point de vue, assurant pour conclure : « Vous feriez presque douter de votre intelligence, commissaire Carpin » mais assure s’en prendre plutôt « à l’institution policière, à ses vices, à ses scandaleuses complaisances, à ses indignes procédés de chantage sans nous soucier le moins du monde de l’obscur comparse dont nous ne faisions intervenir la mince personnalité que pour donner plus de relief à nos arguments. »

En juillet 1888, Carpin cède son poste à Marie Armand Routier de Bullemont tandis qu’il rejoint Neuilly-sur-Seine (Seine, act. Hauts-de-Seine). C’est dans cette ville qu’il épouse en décembre 1889 Marie Louise Roullier.

C’est en février 1894 qu’il sera promu à Paris (3e arr.), dans le quartier du Temple à Sainte-Avoye. Chargé en décembre 1898 du quartier Val-de-Grâce (Paris, 5e arr.), il y reste jusqu’en octobre 1911, date à laquelle il fait valoir ses droits à la retraite. En septembre 1895, son frère cadet Louis était également devenu commissaire de police à Paris.

Bien que travaillant toujours à Paris, Carpin acquiert une villa à Sarcelles (Seine-et-Oise, act. Val-d'Oise), rue de Paris. En mai 1909, la presse fait état d’un cambriolage chez le commissaire. Un journal local rectifiera en précisant que les malfaiteurs lui ont dérobé sept pigeons, mais n’ont pas touché aux poules et aux lapins tandis que Le Petit Parisien rectifiera son annonce précédente en précisant qu’ils n’ont « pu, malgré leurs efforts, pénétrer dans l'habitation. »

Après la mort de son épouse en janvier 1913 qui suit d’un an sa retraite, Carpin va s’installer avec son fils à Sarcelles, un bourg qui compte alors plus de 3 300 habitants.

Il participe, en novembre 1919, aux élections municipales dans la commune, sur une liste de concentration républicaine, comprenant l’Union républicaine (droite) et des personnes de centre-gauche. En l’absence du maire sortant, M. Dessaigne, elle est conduite par le Dr Galvani avec l’adjoint sortant, Daunard. Charles Carpin y figure en huitième position. La liste présente un programme limité : élever un monument aux morts, obtenir des améliorations pour le combustible, l’éclairage, le ravitaillement, la voirie, les lavoirs. Elle proclame soutenir l’Union dans le travail et la liberté. Une seule liste, incomplète, les concurrence, celle du Parti socialiste SFIO.

Lors du premier tour, la liste de concentration emporte 19 des 21 sièges à pourvoir avec de 297 à 473 voix sur environ 600 votants. Carpin est élu en septième place avec 371 suffrages. Les deux sièges en ballotage lui reviennent au deuxième tour.

Bien que le Dr Galvani ait mené la liste et soit arrivé très nettement en tête du vote, il ne se présente pas en tant que maire. Ses deux suivants, Lignez et Daunard seront élus adjoints, mais c’est Carpin qui devient maire. Il présidera en septembre 1920 aux obsèques du Dr Galvani et fera donner son nom à une voie de la commune.

En juin 1920, le nouveau maire s’émeut que « À Sarcelles, sur la place du Marais, se trouvent, depuis l’armistice, près de deux cents voitures du train et autant de cuisines roulantes et d’avant-trains de caissons. Tout cela pourrit et n’est point surveillé ». Il propose de vendre le matériel, dont, selon lui, « une grande partie pourrait être utilisée par les cultivateurs ou les entrepreneurs de transports de la région. »

Carpin inaugure en août 1921 le monument aux morts de sa commune. Il connaît une première épreuve politique en octobre la même année, avec, à l’occasion d’une élection municipale partielle pour remplacer deux départs du conseil, l’élection à des deux postes d’un communiste. Il démissionne d’une association culturelle, Tambours & clairons, dont il était membre honoraire, parce son président avait pris position pour ses opposants pendant la campagne.

Au cours d’un nouveau scrutin partiel, en avril 1923, ce sont trois radicaux-socialistes qui sont élus, tandis que la liste catholique qu’il soutenait n’arrive qu’en seconde position, talonnée par les communistes. S’estimant désavoué, le maire présente sa démission au préfet. Il est remplacé en juillet par son premier adjoint, Ernest Georges Langlois.

Charles Wilfrid Carpin meurt le 13 mars 1924 à Sarcelles. Il était âgé de 65 ans et décoré des Palmes académiques, comme officier de l’instruction publique, depuis janvier 1907.

La mairie de Sarcelles, vers 1911

 

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4 mai 2023 4 04 /05 /mai /2023 01:01

Marie Antoine Élysée Dermigny naît le 24 novembre 1829 à Noyon (Oise). Il est le fils de Marie Anne Basilide Lagant et de son époux, Marie François Dermigny, directeur des messageries (service postal).

En 1864, Dermigny vit à Paris, passage du Bois-de-Boulogne (act. Passage Brady, 10e arr.). Il est employé à la préfecture de police. Il épouse en mars à Paris (9e arr.) Sophie Céphise Duret, originaire de l’Aisne, autre département de Picardie, dont le frère, Charles Émile, est commissaire de police du quartier Rochechouart, dont il est secrétaire. Parmi leurs témoins, on compte un autre commissaire et un officier d’infanterie, mais aussi un négociant et un homme de lettres.

Ils vivent rue de l'Échiquier (10e arr.) et passage du Jeu de Boules (11e arr.) puis rue Patrel (10e arr.). Entre 1866 et 1875, Dermigny participe à plusieurs souscriptions en faveur de personnes inondées.

En 1872, Dermigny est désigné comme officier de paix, grade le plus élevé après celui de commissaire à la Préfecture de police. Il exerce la fonction dans le quartier de la Chaussée-d'Antin en 1874. Des sources de presse ultérieures (1888) mentionnent que, vers la fin de la décennie, Dermigny aurait eu une altercation avec un de ses subordonnés, ce qui fait qu’il aurait été « en disgrâce » et envoyé dans la banlieue.

Il est effectivement affecté à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), mais avec une promotion en tant que commissaire de police. Il y est en août 1879.

Le commissariat de Joinville compte alors onze sergents de ville, un brigadier et un secrétaire. Sa circonscription inclut, outre le chef-lieu, les communes de Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne et Saint-Maur-des-Fossés, avec la particularité que les trois dernières sont nettement plus peuplées.

En août 1883, Dermigny est nommé commissaire de police du quartier de Charonne à Paris (20e arr.), situé rue d’Avron.

Il est un des acteurs d’un fait divers, qui suscite de nombreux articles dans les journaux parisiens, en octobre 1888.

En conflit avec un de ses employés, l’inspecteur Jégou, il obtient sa mutation, mais le soupçonne d’avoir « fait contre lui des rapports diffamatoires » à M. Lozé, préfet de police. Quand Jégou vient au bureau de M. Dermigny pour toucher ses appointements du mois de septembre, un vif incident éclate entre les deux hommes. L’inspecteur déposa plainte, accusant le commissaire de l’avoir frappé.

Les quotidiens eurent une lecture différente de l’évènement. Le Gaulois évoque sobrement La colère du commissaire, tandis que L'Intransigeant parle de Scandale dans un commissariat et traite Dermigny de « fou furieux ». Pour La France et Le Parti ouvrier, qui titrent Brutalités d’un commissaire de police et signalent qu’il a pris comme avocat Me Alexandre Millerand, alors député de la Seine, de tendance radicale et futur président de la République, écrivent que « La démission de ce singulier magistrat s’impose ».

Le XIXe Siècle évoque Les suites d'une tripotée, assurant que M. Jégou avait « un œil au beurre noir ». Le Petit quotidien assure qu’il n'en était pas « à son coup d’essai » tandis que La Presse le traite de récidiviste. Par contre, Le Figaro relativise : « la scène de pugilat dont on a parlé se réduit donc à bien peu de chose. »

De fait, bien que le préfet ait entendu son adversaire, M. Dermigny ne semble pas avoir été sanctionné et reste à son poste.

En décembre 1889, il passe, dans les mêmes fonctions, au quartier de Javel (15e arrondissement). Il prend sa retraite à ce poste en mars 1894, à l’âge de 64 ans.

Marie Antoine Élysée Dermigny meurt le 31 mars 1903 à Montreuil (Seine, act. Seine-Saint-Denis) où il résidait rue Alexis-Lepère. Il était âgé de 73 ans, veuf et père d’une fille, Marguerite Marie Émilie, qui épousa aussi un commissaire de police, Henri François Fouquet.

Rue de Paris, à Joinville-le-Pont

 

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2 mai 2023 2 02 /05 /mai /2023 01:01

François Auguste Douçot naît le 31 mars 1836 à Voillans (Doubs). Il est le fils de Françoise Hème et de son époux Pierre Joseph Douçot, instituteur. Ses parents ne sont pas mariés, mais ils le deviendront, toujours à Voillans, en avril 1841.

En 1864, Douçot est embauché à la préfecture de police de Paris. Il est inspecteur de police en septembre 1869 quand il épouse à Paris (20e arr.), où il réside rue Delaitre, Apolline Hermance Millot, fille d’un sergent de ville.

Il est ensuite secrétaire de commissariat puis est nommé, en octobre 1880 commissaire de police à Saint-Cloud (Seine-et-Oise, act. Hauts-de-Seine). Il remplace en juillet 1883 Marie Antoine Élysée Dermigny dans la même fonction à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne).

Il doit conduire en mars 1884 une enquête suite au sac et à l'incendie de la sacristie de l'église de Saint-Charles-Borromée, la paroisse de cette commune. Les dégâts sont assez importants, mais ils n’empêchent pas la reprise du culte, assuré par l’abbé Jouin. Une bande de pilleurs d’églises est mise en cause.

Douçot est muté en mars 1886 en tant que commissaire de police du quartier de la Chapelle à Paris (18e arr.). Il est propriétaire d’un appartement la rue du Cher (20e arr.), dont il est exproprié pour l’agrandissement de la voie en janvier 1893.

François Auguste Douçot meurt le 14 février 1893 à Paris (18e arr.). Il est inhumé au cimetière parisien de Saint-Ouen (Seine, act. Hauts-de-Seine). Les journaux qui publient sa nécrologie précisent qu’il « n'avait plus que deux ans de service à accomplir avant d'avoir droit à sa retraite » et signalent qu’il est mort d'une congestion pulmonaire, « maladie dont il souffrait depuis assez longtemps ». Il était âgé de 56 ans.

L'église de Joinville-le-Pont

 

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30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 02:01

Jacques Luccioni naît le 4 juillet 1835 à Bonifacio (Corse, act. Corse-du-Sud). Il est le fils Marie de Marie Vincente Costa et de son époux François Luccioni, propriétaire. Il perd sa mère à l’âge de trois ans.

En 1862, il réside à Paris (17e arr.), rue Demours, et est employé de la préfecture de police où il est commis d'ordre. Il épouse en août cette année-là, dans le même arrondissement, Marie Pauline Uzanne, fille d'un ancien président de tribunal à Auxerre (Yonne). Ils habitent boulevard de Neuilly puis rue de L’Arc-de-Triomphe dans le même arrondissement et, en 1870 boulevard Saint-Michel toujours à Paris (5e arr.).

En 1872, Jacques Luccioni est commissaire de police de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne). Le commissariat de Saint-Maur a dans sa circonscription les communes de Bonneuil, Bry-sur-Marne, Champigny, Créteil, Joinville-le-Pont et Nogent-sur-Marne. Il doit faire face aux inondations qui recouvrent, en novembre et décembre, les quartiers de la boucle de la Marne. Selon le quotidien Le Figaro, « M. Luccioni est un homme énergique et bon, qui, secondé par trois agents très dévoués, a organisé le sauvetage avec beaucoup de courage et de présence d'esprit. Il nous signala la détresse de dix-neuf familles, sans asile et sans pain, chassées par l’eau de leurs maisons de la Varenne et de la Pie ». Une délégation du journal qui lui rend visite, remet pour les sinistrés de Saint-Maur « un secours fixe de trois cents francs, afin d’améliorer leur campement, et un autre secours de trois cents francs à titre de provision ». Luccioni escorte la délégation à Joinville, où elle offre une nouvelle aide dans les mains du secrétaire général de la mairie. Le débordement de la rivière avait nécessité que 11 000 personnes soient secourues, dont 3 000 dans la circonscription couverte par le commissariat. En septembre 1875, Jacques Luccioni participera à une souscription lancée en faveur des victimes d’une nouvelle inondation, plus importante encore, de la Marne.

À l’été 1874, le commissariat est déplacé dans la commune voisine de Joinville, plus petite mais plus centrale par rapport au territoire desservi. Luccioni en reste le chef jusqu’en mai 1877. Il est alors nommé à Paris au quartier Sainte-Marguerite (11e arr.), situé rue des Boulets.

En juillet 1878 Luccioni, qui devait partir dès la première heure pour une expédition, laissa sa lampe (probablement à gaz) allumée près de son lit, afin d'être prêt à l'heure. Pendant son sommeil, le prit aux rideaux et se communiqua bientôt à ses couvertures. En éteignant l'incendie, il eut les deux mains grièvement brûlées. Il fut contraint à un arrêt de travail de plusieurs semaines.

Lorsqu’il reprend son poste, il est transféré en septembre au quartier du Mail (Montmartre). Il y reste car, en octobre, il subit une suspension disciplinaire d’un mois pour avoir « procédé à une arrestation illégale » selon la presse, ayant visé une jeune fille. Suite à cette sanction, il est muté au quartier Necker (15e arr.), rue Blomet en décembre 1878.

Jacques Luccioni meurt le 22 juin 1885 à Paris (15e arr.). Il était âgé de 49 ans, père de trois filles et résidait boulevard de Vaugirard. Il est inhumé au cimetière de Montparnasse Paris 14 en compagnie de sa troisième fille, morte en 1875 à Joinville-le-Pont.

Sur la tombe figure un médaillon en bronze le représentant, mentionné dans plusieurs ouvrages d’histoire de l’art, œuvre du sculpteur Léon-Alexandre Delhomme.

Vue ancienne de Bonifacio, Corse

 

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28 avril 2023 5 28 /04 /avril /2023 02:01

Suite de la biographie de Mayer List

Installé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier du Centre, rue Chapsal en 1939 après son départ d’Espagne, Mayer List est dans une situation dangereuse après l’occupation allemande en juin 1940. Juif apatride, il ne parle pas le français à son arrivée en France ; cependant, comme il maîtrisait déjà six langues, il a sans doute une capacité à apprendre cette langue et, en 1943, il sera capable de l’écrire correctement.

Selon l’historien David Diamant (pseudonyme de David Erlich), c’est à l’automne 1941 que Mayer List apprend la formation de groupes juifs au sein de la Résistance communiste. Bien qu’il soit toujours en mauvaise santé, il intègre le 2e détachement de l'Organisation spéciale-MOI (main-d’œuvre immigrée), qui devient en 1942 les Francs-tireurs et partisans (FTP-MOI) ; il est membre du triangle de direction avec Samuel Weissberg et Léon Pakin. Il en devient le responsable politique et prend la direction opérationnelle en juin 1942, suite à l'arrestation de Léon Pakin. Dans la clandestinité, il utilise notamment le pseudonyme de Markus.

D’après Fabrice Bourrée, « Mayer List est à l’origine d’une ruse de guerre très efficace : des partisans organisent une diversion dans une rue voisine du lieu qui devait être attaqué. Les gardiens de police accourent, quittant leur poste. Pendant ce temps, un autre groupe s’approche rapidement de l’objectif et dépose les bombes à retardement. »

Selon un bilan établit par Boris Holban (pseudonyme de Baruch Bruhman, fondateur et chef militaire des FTP-MOI), entre le 8 juillet 1942 et le 31 mai 1943, le détachement de List a mené cinquante-huit actions contre les troupes d’occupation : incendies de camions, dépôts de bombes à retardement devant des hôtels occupés par des Allemands, grenadage de restaurants fréquentés par l'occupant, de détachements militaires...

Le site Paris révolutionnaire situe cinq opérations dans la capitale. En 1942, il répertorie quatre attaques à la grenade : le 2 décembre 1942, un bureau d’embauche allemand avenue de Breteuil (7e arr.) ; le 12 du même mois, un groupe de militaires allemands place de la Nation (11e arr.) ; encore le même mois, le jour de Noël, un camion allemand rue Desaix (8e arr.) ; le lendemain, 26 décembre, un restaurant fréquenté par des officiers allemands faubourg du Roule (8e arr.). Le détachement de Markus établit rue de Meaux (19e arr.), à la mi-mai 1943, une cache de matériel pour les FTPF, destinée à préparer des déraillements de trains.

Depuis fin avril 1943, des inspecteurs de la 2e brigade spéciale (BS2) de la police parisienne l’ont identifié, lui ont attribué le surnom « Lunettes », et procèdent à sa filature.

Mayer List est arrêté le 2 juillet 1943. Son arrestation a lieu, si l’on en croit le site Paris révolutionnaire, dans un bistrot de la rue aux Ours où il mangeait régulièrement. Mais Jean-Pierre Besse et Daniel Grason, qui signent sa biographie dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, l’interpellation a eu lieu vers 10h30 « alors qu’il se présentait au domicile de Régine Castellane (Ruchla Widerker), avenue Pauline à Joinville-le-Pont ». Des perquisitions infructueuses des furent faites dans les deux adresses de Joinville, rue Chapsal et avenue Pauline.

L’opération menée par la BS2 provoque 77 arrestations au sein des FTP-MOI. List est trouvé en possession d’une fausse carte d’identité française au nom d’Oscar Maguin, né à Teruel (Espagne), d’un certificat de travail et d’une feuille de démobilisation au même nom. Lors de son interrogatoire, le même jour, il donne son vrai nom et se déclare « de nationalité polonaise et de race juive », de profession tailleur d’habits, mais sans activité, domicilié rue Chapsal à Joinville-le-Pont. Il nie appartenir au parti communiste clandestin et à une organisation dite terroriste.

Mayer List est livré aux nazis et jugé par le tribunal militaire allemand du Gross-Paris rue Boissy-d'Anglas (6e arr.), avec quatre co-inculpés, le 20 septembre 1943, qualifiés comme lui d’israélites. Selon Fabrice Bourrée, « Les faits qui leur sont reprochés montrent qu’ils n’ont rien avoué si ce n’est des éléments déjà connus de la police. Mayer List ne cache rien de ses activités au sein des Brigades internationales mais reste muet quant à ses actions résistantes. »

Mayer List André Engros, Boruch Lerner et Nonnique Tuchklaper sont condamnés à mort et exécutés le 1er octobre 1943 au Mont-Valérien à Suresnes (Seine, act. Hauts-de-Seine). Le cinquième FTP, Hirsch Loberbaum, est condamné à une peine de déportation d’où il ne reviendra pas. Ruchla Widerker, déportée à Auschwitz, aurait survécu et émigré après-guerre en Argentine.

Avant d’être fusillé, Mayer List adresse une lettre à sa famille en Argentine. Elle est également destinée à sa femme. À ses parents, Mayer List indique « Ma femme s’appelle Lamba Bluss » et qu’elle réside à Riga (Union soviétique, act. Lettonie), ce qui permet de supposer qu’ils ne la connaissaient pas, et donc que, probablement, elle n’était pas avec lui en Argentine. Selon David Diamant elle s’appelait Louba Bluss Bliumas, native de Riga en 1907. Peut-être l’a-t-il connue au Brésil, si Mayer List y a séjourné ? Des personnes d’origine lituanienne portant les noms de Bluss et Bliumas y sont signalés. Il conclut à son attention « Ma chère Lamba, j’ai déjà dit que ce n’était pas de ma faute de ne pouvoir ensemble vivre et arranger notre vie heureuse, alors je te souhaite une vie félice et travaille pour pouvoir aider mon frère ». Vu le ton de ce courrier, on peut supposer qu’il l’encourage à poursuivre un engagement politique.

L’une des deux compagnies de Juifs polonais qui se constituèrent à la Libération au sein du bataillon 51/22 dit bataillon Liberté prit le nom de Markus, en souvenir de Mayer List.

La mention « Mort pour la France » lui est attribuée le 12 juillet 2007.

Fin

Communiqué FTP-MOI

 

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26 avril 2023 3 26 /04 /avril /2023 02:01

Suite de la biographie de Mayer List

Les frères List Izhak, Herschs, Mayer et Shlomo ont émigré tous les quatre de Pologne en Argentine en 1929, où ils se font désormais appeler Jacob, Marcos, Gregorio et Julio. Ils deviennent membres du parti communiste argentin (PCA) et d’organisations syndicales, poursuivant les activités dans lesquelles ils étaient engagées avant le coup d’État polonais de 1926, selon les informations de Chaja Palgon-Urlant, chroniqueur des Juifs originaires d’Ostrów Mazowiecka. Marcos (Mayer) devient éditeur d’un journal édité en yiddish.

Il est membre actif du PCA lors du coup d’État argentin de septembre 1930, qui porte au pouvoir le lieutenant-général José Félix Uriburu. Le nouveau dictateur fit interdire le PCA et voter une loi prévoyant l'expulsion des militants d'origine étrangère. Une « section spéciale de lutte contre le communisme » est chargé de la mise en œuvre de ces mesures.

D’abord arrêté, Marcos (Mayer) émigre ensuite en Uruguay, en compagnie notamment de son frère Jacob (Izhak). Ce dernier, rentré clandestinement en Argentine, organise en septembre 1931 une grève des ouvriers du bâtiment à Rosario de Santa Fe pendant laquelle il trouve la mort.

Revenu également de manière illégale à Buenos Aires, Marcos est arrêté à plusieurs reprises, incarcéré à la prison du quartier de Devoto où il est torturé, d’après le témoignage familial d’Ezequiel Goldberg. Il y conduit une grève de la faim pour y obtenir de meilleures conditions de détention.

Devenu influent au sein du PCA clandestin, Marcos List est à la tête d’un groupe de choc, qui prépare notamment une tentative révolutionnaire au Brésil. Cependant, le Bureau sud-américain de l’Internationale communiste jugera que cette opération était « mal coordonnée » et avait des « objectifs équivoques. »

En mars 1936, Marcos est expulsé d'Argentine en compagnie de plusieurs personnes, dont son frère Gregorio (Herschs) sur un bateau à destination de la ville libre de Dantzig (act. Gdansk, Pologne). Il s’évade lors d’une escale au Brésil mais est repris par la police locale et doit poursuivre son voyage. Il fuit une deuxième fois à l’occasion d’une autre escale à Vigo (Galice, Espagne). Il participe, en juillet 1936, aux manifestations organisées à Vigo pour protester contre le putsch du général Franco. Il est arrêté avec deux autres polonais. Ils obtiennent un sauf-conduit du consul polonais, sous prétexte de retourner en Pologne. Marcos List stoppe son trajet à Paris. Selon Jean-Pierre Besse et Daniel Grason, qui signent sa biographie dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Jean Maitron, il aurait demandé l’asile politique en France, qui lui aurait été refusé.

Il se rend au siège du parti communiste français pour s’engager dans les Brigades internationales qui viennent de se créer et luttent pour défendre le régime républicain espagnol contre les forces nationalistes. En septembre, il est envoyé à Valence.

Marcos List parlait plusieurs langues : l'hébreu, le yiddish, l'espagnol, le portugais, l'allemand et le russe. Il est recruté en tant qu’interprète au sein du Bataillon Dombrowski, constitué en octobre 1936 par 600 hommes, originaires de Pologne, placés sous le commandement de Stanislaw Ulanowski, et intégrés à la XIe Brigade Internationale puis en décembre à la XIIe.

Avec son bataillon, Marcos List combat sur les fronts de Motril (Andalousie), de Bilbao, de Santander, des Asturies, de Teruel et de Castellón. Il est blessé dans un accident à Valence et ensuite est employé au ministère de la Défense nationale.

La dissolution des Brigades internationales est décidée en septembre 1938 par le gouvernement républicain, suite à une décision de la Société des Nations. Les volontaires étrangers sont renvoyés dans leur pays. N’ayant plus de nationalité, Marcos List, qui ne peut retourner ni en Argentine, ni en Uruguay, dont il avait été expulsé auparavant, souhaite se rendre à Moscou. Cependant, le récit d’Ezequiel Goldberg assure que les cadres du parti communiste espagnol se méfiaient de lui, comme de beaucoup d'autres étrangers, considérés comme des espions ou des trotskistes. Il présentait d'excellentes références du PCA et du parti communiste d'Uruguay, mais son frère David List, qui était adhérent du parti bolchevique et membre d’un soviet de Moscou avait été, en novembre 1937, victime des purges staliniennes dans cette ville.

Marcos List entre clandestinement en France à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) au printemps 1939, réussissant à ne pas être repéré par les gardes-frontières. Selon l’historien David Diamant, il arrive sans papier et sans moyen de subsistance, dans la région de Toulouse. Il est contrôlé, couché dans un champ et à demi-évanoui, par des gendarmes, qui ne l’arrêtent pas, du fait de son état de santé, étant tuberculeux. Il gagne Paris.

À suivre

Photo Mayer List, arch. fam.

 

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24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 02:01

Début de la biographie de Mayer List

Mayer List naît le 7 octobre 1907 (ou le 10 juillet) en Pologne, dans le village de Małkinia, situé à une quinzaine de kilomètres de la ville d’Ostrów Mazowiecka, en Mazovie, dans le nord-est de l’actuelle Pologne. Il est le fils de Judes Liba Aida Kavouch ou Kaczorek, originaire de la ville proche de Łomża, et de son mari Israël (ou Srul) Berl List, chauffeur. Ils auront 9 enfants, 5 garçons et 4 filles.

Cette partie de la Pologne comporte une importante proportion de Juifs. Lors du recensement de 1897, la ville comptait 10 500 habitants dont 54% étaient Juifs.

Son prénom est parfois retranscrit en tant que Meier ou Mejer ; son surnom est orthographié Markus, Marcus ou Marcos. Son lieu de naissance est parfois désigné dans certains documents comme Ostrawa, localité polonaise de Basse-Silésie, mais l’origine familiale est bien située à Ostrów Mazowiecka, dont dépend le village de Małkinia.

D’après Chaja Palgon-Urlant, chroniqueur des Juifs originaires d’Ostrów Mazowiecka, Mayer List est, à 16 ans, ouvrier fabricant de chaussures dans une usine de sa ville et un membre actif du syndicat des chausseurs d’Ostrów Mazowiecka. Selon Ezequiel Goldberg, qui fait l’histoire familiale des Lis, Mayer est, comme sa famille, adhérent au Parti socialiste polonais (PPS), engagé dans la fraction soutenant l’Internationale communiste et impliqué dans le Secours rouge.

Il s’installe ensuite à Varsovie, devenu tailleur, et il y poursuit son activité syndicale. Le coup d’État de mai 1926, voit Józef Piłsudski, aidé de l'armée, imposer une dictature ; même s’il fut, à l’origine, soutenu par le PPS, le régime autoritaire oblige les militants communistes à passer dans l’illégalité. Arrêté, Mayer List est déchu de sa citoyenneté polonaise.

La famille List était soumise à deux menaces, étant engagée dans le mouvement ouvrier et, comme les autres Juifs, sujette à des persécutions. Tous vont quitter le territoire national entre 1923 et 1935. Son frère aîné Izhak dit Jacob part pour l’Argentine en 1923 et le troisième, David, passe la même année en Union soviétique, à Minsk (URSS, act. Biélorussie).

Pour sa part, Mayer List embarque le 4 août 1928 à Brème (Allemagne) à bord d’un paquebot de la compagnie Norddeutscher Lloyd à destination de Montevideo (Uruguay) via Baltimore (États-Unis). Il voyage en troisième classe, est mentionné comme apatride et résidant à Varsovie, exerçant le métier de compagnon tailleur.

Il passe en Argentine où il obtient le statut de réfugié politique d’après Ezequiel Goldberg. Il retrouve à Buenos-Aires son frère Izhak et sa sœur Fejga (Felisa). Son père ainsi que ses deux frères Herschs et Shlomo suivront l’année suivante. Ses trois autres sœurs viendront plus tard, tandis que sa mère fera le voyage en 1932.

À suivre

Photo Mayer List, arch. fam.

 

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