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11 juin 2023 7 11 /06 /juin /2023 01:01

Cécile Élisabeth naît le 12 décembre 1866 à Paris (14e arr.) et est déclarée par la sage-femme à l’état-civil sous le nom de « Baptiste », un des prénoms de sa mère, couturière qui se nomme en réalité Jeanne Baptiste Virginie Badoz ; son père n’est pas dénommé. Sa mère, qui ne la reconnaît pas alors, vit rue du Géorama (act. rue Maurice Ripoche).

En juillet 1875, sa mère, qui est marchande de chaussures à Levallois-Perret (Seine, act. Hauts-de-Seine), rue Saint-Louis, est déclarée en faillite. Redevenue couturière et vivant rue de La Glacière à Paris (14e arr.), elle épouse en octobre 1878 à Paris (13e arr.) Alexandre Jérôme Marcou, charpentier. Près de trois ans plus tard, en août 1881, les deux époux reconnaissent Cécile Élisabeth comme leur fille. Elle prend alors, à 14 ans, le nom de Marcou.

À l’âge de 16 ans, Cécile Marcou rentre à l’administration des Postes en mai 1883. Elle travaille à la poste centrale de Paris, rue du Louvre.

En septembre 1889 à Paris (14e arr.), elle se marie avec Lismon Tamisier, également postier. Elle change de fonction en entrant à la direction de la Caisse nationale d’épargne, qui dépend de la même administration. Son salaire continue, de manière régulière à augmenter, de 1 100 francs en 1888 à 1 900 en 1898.

Lors de la constitution des conseils de discipline des services postaux centraux, en mai 1907, Cécile Tamisier fait partie des trois élues de l’instance qui couvre la Caisse nationale d’épargne.

En janvier de la même année, son mari a été promu receveur des postes et nommé à l'Isle-sur-Sorgue (Vaucluse). Elle le suit quelques temps plus tard et est affectée dans la même ville comme employée de la poste, mais son salaire a été considérablement baissé, puisqu’il est fixé à 1 500 francs en 1909. Ils résident avec leurs deux filles quai Rouget-de-l’Isle. Madeleine, l’aînée a épousé à l'Isle-sur-Sorgue, en septembre 1912, Émile Eugène Jouvent, également employé des postes, qui, sergent dans un régiment de génie, sera tué au combat en dans l’Aisne en juillet 1917.

Cécile Tamisier (arch. fam.)

Lismon Tamisier est muté en 1913 à Saint-Just-en-Chaussée (Oise). Trop âgé pour être mobilisé pendant la première guerre mondiale, il est promu en 1917 au bureau de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime).

Après le conflit, la famille revient en région parisienne ; ils sont installés, en 1921, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où les deux parents travaillent dans le bureau local. Leur fille aînée, Madeleine, devenue mère et veuve, vit avec eux et est aussi employée des postes. Leur fille cadette, Suzanne, épouse à Joinville en mars 1921 le beau-frère de sa sœur, Léon Stanislas Jouvent, tailleur, et ils vivent dans une rue voisine.

Le service postal est assuré à Joinville-le-Pont par le bureau central, quai du Barrage, et une annexe, dans le quartier de Polangis, avenue du Parc. En octobre 1923, Lismon Tamisier fait valoir ses droits à une pension de retraite et la structure auxiliaire de Joinville Polangis devient un bureau de plein exercice. En quittant sa fonction, la famille doit déménager. Ils vont résider à Paris (12e arr.), rue Taine, toujours avec leur fille aînée et leur petit-fils, tandis que leur fille cadette occupe l’appartement voisin.

Cécile Tamisier poursuit sans doute son activité. Elle était probablement retournée à la Caisse d’épargne, en tant que surveillante, fonction dans laquelle elle prend sa retraite en 1925.

Elle décède le 22 octobre 1936 à Paris (12e arr.), dans son logement. Elle était âgée de 69 ans.

Voir aussi Lismon Tamisier, receveur des postes et mutualiste provençal

Bureau de poste de Joinville-le-Pont

 

 

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7 juin 2023 3 07 /06 /juin /2023 01:01

Suite de la biographie de Claude Pierre Jacmart

La dernière partie du mandat de maire de Claude Pierre Jacmart l’amène à présenter une requête au roi Louis-Philippe, qui vient d’accéder au trône le 9 août 1830, en faveur d’un changement de nom de la commune. En effet, depuis la formation de la commune en 1790, elle avait conservé l’appellation de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, peut commode et qui entraînait une confusion, tout en continuant d’encourager les demandes de sa voisine, Saint-Maur-des-Fossés, en faveur d’une réunification. Les notables du village imaginent proposer le nom de « Joinville », qui est celui de François, prince de Joinville, fils du nouveau monarque. L’historien Georges Poisson, tout en admettant que le nom porté par le village était « bizarre » estime que celui demandé était une « pure flagornerie. »

Un arrêté préfectoral, daté du 1er septembre 1830, nomme Laurent Nicolas Pinson maire de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur. Cependant, il ne sera installé que le 27 septembre, en remplacement de Claude Pierre Jacmart. C’est donc ce dernier qui, toujours en fonctions, conduit le 13 septembre 1830 la députation de la commune et de la garde nationale du Pont-de-Saint-Maur à une audience chez le souverain. Au nom des délégués, Jacmart dit : « Les habitants du Pont de Saint-Maur sont heureux de présenter au Roi l'expression de leur dévouement. Cet accès si facile près du trône resserre encore les liens qui unissent la nation à son chef. Les habitants feront, selon les formes, la demande que leur commune porte désormais le nom de son altesse royale le prince de Joinville, et ils osent espérer qu’elle sera favorablement accueillie ». Le roi répond : « J’examinerai cette demande. Je reçois votre adresse avec beaucoup de plaisir. J’en ai toujours beaucoup à recevoir les députations qui m’apportent l’expression de sentiments si agréables pour moi. Maintenir les institutions et assurer à tous les citoyens le libre exercice de leurs droits, sera le but constant de mes efforts. Je compte sur le concours de la garde nationale ». Jacmart est invité à dîner avec le Roi. Le changement de nom sera effectif le 16 août 1831, la commune devenant alors Joinville-le-Pont.

Un de ses derniers actes, en tant que maire, avait été sans doute la souscription « Pour les blessés, veuves et orphelins » des journées révolutionnaires de juillet 1830, qu’il apporte au quotidien Le Constitutionnel en novembre 1830.

En septembre 1827, trois des frères Jacmart avaient dissous la société de commerce de bois qu’ils avaient créées. Claude-Pierre Jacmart poursuit, en son nom propre, le négoce qu’ils faisaient ensemble. Il conserve sa maison et son activité à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur mais dispose également d’une adresse à Paris (3e arr.), rue de Saintonge.

À partir de 1830, Claude-Pierre Jacmart s’investit dans des activités consulaires, étant à plusieurs reprises, jusqu’en 1839, désigné comme syndic dans des procédures de faillite. En 1836, toujours recensé avec son épouse à Joinville, rue de Paris, il change d’adresse à Paris, passant rue Meslay (3e arr.). Il quittera ensuite ces deux propriétés pour la rue Saint-Anastase à Paris (3e arr.) et la chaussée de l’Étang à Saint-Mandé (Seine, act. Val-de-Marne), où il meurt le 14 août 1862. Il était âgé de 80 ans et père de trois enfants.

Fin

Décret de changement de nom de Joinville-le-Pont en 1831 (Jacmart n’en est pas signataire)

 

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5 juin 2023 1 05 /06 /juin /2023 01:01

Début de la biographie de Claude Pierre Jacmart

Claude Pierre Jacmart naît le 4 octobre 1781 à Villiers-sur-Marne (act. Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Catherine de La Motte (ou Delamotte) et de son époux, Pierre Noël Jacmart, entrepreneur de bâtiment. Il est l’aîné des 13 enfants du couple, qui vit sans discontinuer à Villiers.

Claude Pierre Jacmart exerce, comme l’a fait son père et plusieurs de ses frères, la profession de marchand de bois. Il est désigné comme adjoint au maire de Villiers, Henri de Saint-Martin, inspecteur de division militaire, fonction dont il demande, en août 1809 à être déchargé dans une lettre au préfet de la Seine-et-Oise « du fait de ses occupations et ses fréquents voyages. »

Continuant à résider à Villiers, il exerce en 1813 à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (Seine, act. Val-de-Marne), commune distante de 6 kilomètres de Villiers qui sera renommée Joinville-le-Pont en 1831. Le village est alors un port important pour le flottage du bois.

Son père vit à Paris à sa mort en mai 1815. Claude Pierre Jacmart assume alors la responsabilité de la famille. Il est nommé, en remplacement de Saint-Martin, maire de Villiers en 1815.

Il exerce la fonction pendant deux mois, succédant à Saint-Martin. Pendant les Cent-Jours, après le retour au pouvoir de Napoléon Ier, un décret du 20 avril 1815 restaure, pour les communes de moins de 5 000 habitants, la loi de décembre 1789, qui prévoit l’élection au suffrage censitaire des maires et des conseillers. Les élections ont lieu en mai. Mais, en juillet, les maires écartés sont rétablis dans leur fonction par l’administration du roi Louis XVIII sous la seconde Restauration. Henri de Saint-Martin reprend alors son poste et l’occupera jusqu’en 1825.

Sa mère meurt en décembre 1816. Il est recensé à Villiers en 1817 avec quatre de ses frères, dont le plus jeune a 14 ans, et une sœur de 18 ans ; ils hébergent également un commis et un domestique. Le formulaire indique qu’il quitte la commune. Il s’installe alors à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur avec une partie de sa fratrie. En mai 1819, il épouse à Pontoise (Seine-et-Oise) Marie Victoire Boissy, fille de marchands de farine et ils résident à Pont-de-Saint-Maur.

La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur a été érigée en commune en 1790, à partir d’un village dépendant de la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés. Elle est incluse dans l’arrondissement de Sceaux du département de la Seine et compte 418 habitants en 1820.

Depuis la Restauration, la vie politique municipale est agitée avec cinq maires en quatre ans. Après la mort de Laurent François Pinson, marchand de bois, en 1814, la succession est assurée par Mathurin Lemaire, commerçant Jacques-Roch Vingdlet, carrier Jean Baptiste Louis Besançon, traiteur puis l’avocat Jean Joseph Robin qui est installé en avril 1818.

Un fonctionnaire de la préfecture de la Seine demande, en juin cette même année, le remplacement de deux membres du conseil municipal, René Neveu, adjoint en fonction et Pierre Alexandre, ancien adjoint, du fait de la « négligence avec laquelle la commune de La Branche du Pont de Saint-Maur était administrée ». En août, Claude Pierre Jacmart est nommé adjoint au maire en remplacement de René Neveu, son expérience administrative semblant avoir prévalu sur son ancienne allégeance au régime bonapartiste.

Mentionnant son mauvais état de santé, Jean Joseph Robin envoie, en septembre 1821 sa démission au sous-préfet de l’arrondissement. Ce dernier prend alors un arrêté désignant Claude Pierre Jacmart pour exercer la fonction de maire de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, mentionnant qu’il est marié, a deux enfants et dispose d’une fortune de 3 000 francs, ce qui lui permet d’être électeur dans le dispositif du suffrage censitaire. Laurent Nicolas Pinson, fils de l’ancien maire Laurent François Pinson, devient adjoint au maire en octobre 1821, tandis que son cousin, Charles Hippolyte Pinson, menuisier, rentre au conseil municipal en janvier 1827.

Le rôle des maires fait question sous la Restauration. Lors d’un débat au parlement en 1818, le ministre de l’Intérieur Joseph-Henri-Joachim Lainé, qui appartient au parti des ultras, défend la conception du maire en tant que fonctionnaire, chef de localité. Face à lui, le chef de file des libéraux, François Guizot, considère qu’il s’agit d’un notable, porte-parole qu’il faut choisir parmi les conseillers municipaux élus au suffrage censitaire.

Lorsque Claude Pierre Jacmart entame son mandat, les parcelles du territoire de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, séparées par la Marne, ne sont plus reliées par un pont. La rive gauche, qui comprend notamment la ferme et château de Polangis est séparée du bourg, depuis la destruction, le 30 mars 1814, du pont de Saint-Maur lors des combats avec armées d’Autriche, du Wurtemberg et les cosaques de Russie.

Les travaux de reconstruction du pont constituent l’élément marquant du début de la mandature de Claude Jacmart. En 1822, on entame la restauration de cinq des sept arches du pont. À l’achèvement de celle-ci, en 1824, le dernier moulin à grains du pont est démoli.

Entre 1826 et 1835, le pont est reconstruit sous la direction de l’ingénieur Alphonse Baude (qui construira en 1840 avec Victor Lenoir la gare de l’Ouest à Paris, future gare Montparnasse). Le nouveau pont, qui fait 436 mètres de long, comporte trois arches sur le petit bras de la Marne, deux sur l'île Fanac et six sur le grand bras.

La réouverture du pont va permettre un développement démographique de la commune. La population du village passe à 584 habitants en 1831.

À suivre

Signature de C. P. Jacmart

 

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3 juin 2023 6 03 /06 /juin /2023 01:01

Charles Joseph Ferdinand Léger naît le 19 octobre 1877 à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il est le fils de Marie Marguerite Bague et de son époux, Eugène Auguste Léger, architecte. Ils vivent rue de Lodi. Son père meurt deux ans plus tard, en décembre 1879, à Levallois-Perret (Seine, act. Hauts-de-Seine).

Sa mère, institutrice à Létra (Rhône), décède en janvier 1893, alors qu’il a 15 ans. Il est alors placé sous la tutelle de Victor Eugène Joseph Droulans, agent d’assurance, résidant à Paris (15e arr.), rue de Cambronne, natif de Douai, âgé de 33 ans, qui ne semble pas lui être apparenté. Joseph Léger est placé en tant qu’apprenti jardinier dans la ferme-école du Beaufroy, à Mirecourt (Vosges), en juillet 1893. Il s’enfuit nuitamment de l’établissement en avril 1894, muni d’un faux certificat qui lui sert à se faire embaucher, en mai chez M. Breton, propriétaire à La Varenne-Saint-Hilaire, dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne), rue Denfert-Rochereau.

Le 3 juillet 1894, Joseph Léger, alors âgé de 16 ans, est arrêté par des agents et interrogé par Louis Soullière, commissaire de police à Joinville-le-Pont, siège du bureau de la circonscription. Il a été dénoncé par le propriétaire, qui se serait inquiété de l’avoir vu préparer des manipulations chimiques dans son logement.

Dans un contexte où la crainte d’attentats était forte en France, la presse s’empare du sujet. On retrouve dans les quotidiens archivés en ligne une trentaine de journaux parisiens ou de province qui consacrent des articles, souvent assez longs avec parfois des reportages sur le sujet.

Une perquisition est faite dans la chambre de Joseph Léger, qui permet d’identifier « une boîte cylindrique en fer-blanc » ainsi que « des tas de petits paquets contenant des substances explosibles », selon ce que rapporte une grande partie des journalistes. La tonalité majoritaire des papiers s’accorde pour estimer que Joseph Léger était en train de préparer une bombe.

Les titres consacrés au fait-divers parlent de « La bombe de la Varenne » ou de « Joinville-le-Pont », du « jardinier anarchiste ». Plusieurs titres assurent que Léger « avoue ses convictions anarchistes », mais sans en préciser la teneur ; L’école de Mirecourt est qualifiée de « repaire d'anarchistes » tandis que Léger aurait « dénoncé ses deux maîtres en anarchie » qui sont désignés en tant que « L. et K. (ou B.) » et que la police annonce vouloir surveiller.

Les articles mentionnent cependant les dénégations du jardinier. Ainsi La Démocratie du Cher écrit « quand on lui parle de sa bombe, il se met à rire : — C’était pour faire lever mes petits pois, dit-il goguenard, c’était une expérience d’horticulteur ». Le Soir mentionne : « Mais, se récria le jeune homme, je ne suis nullement anarchiste et je n’ai jamais eu l’intention de jeter une bombe ! Comme la fête nationale a lieu dans quelques jours et que mes ressources pécuniaires ne me permettent pas d’acheter des pétards et des feux du Bengale, j’ai voulu en fabriquer moi-même. Voilà tout le secret de mes manipulations chimiques. »

Un quotidien parisien, Le Soleil, a demandé à son correspondant particulier à Épinal (Vosges) de visiter la ferme-école. Il raconte que « Joseph Léger y entra en juillet 1893 ; il était d'abord de caractère docile, mais il fut gangrené par un autre de ses camarades, fils de juge de paix, dont son père n’avait pu rien faire et qui fut expulsé pour insultes à ses maîtres et pour différents vols ». Le reporter indique que « Au sujet de la propagande anarchiste dans l’école, l'administration n’a jamais rien vu ». Quant aux cours de chimie, il est précisé que ce qui est enseigné à l’école, ce sont « les éléments de chimie agricole ; ils ne sont pas suffisants pour permettre de fabriquer des bombes. »

Dans La Lanterne, on trouve un net rejet de ce qui apparait comme la thèse officielle : « Nous avions bien raison de nous montrer sceptique ». Le journal anticlérical rapporte : « Joseph Léger, interrogé, déclara que jamais il n'avait été anarchiste, qu'il ne se sentait aucune disposition pour le devenir, et qu'enfin il n'avait pas fabriqué de bombe. Croyant que la fête nationale aurait lieu, et comme ses, ressources pécuniaires ne lui permettaient pas d'acheter des pétards et des feux de bengale, il avait cru plus économique d'en fabriquer lui=même. Maigre ces explications, le magistrat ne fut pas convaincu et envoya le soi-disant anarchiste au Dépôt et la prétendue bombe au Laboratoire municipal. Celle-ci a été jugée inoffensive. »

La fiche anthropométrique élaborée lors de son arrestation mentionne comme motif « fabrication d’engins explosifs ». Malgré son jeune âge, il est transféré à la prison installée dans l’ancienne abbaye de Fontevraud, en Maine-et-Loire, où il reste environ 18 mois. Il ne semble pas avoir été jugé, et aucune condamnation ne figurera dans son dossier militaire.

L’hebdomadaire radical-socialiste local Voix des communes, rapportant son arrestation, avait commenté : « Chacun sait qu’on peut arrêter des anarchistes, même où il n’y en a pas. La recette est bien simple : faute de grives, on prend des merles, faute d’anarchistes, on prend des socialistes. Nous ignorons si c’est le cas cette fois. Mais que M. Soullière, le commissaire de Joinville, qui a procédé à l’arrestation se tranquillise ; s’il s’est trompé – ce que nous ne souhaitons pas – on ne lui en sera pas mauvais gré en haut lieu… peut-être bien tout au contraire. »

En 1896, Joseph Léger serait revenu en région parisienne, mais il la quitte rapidement pour s’installer aux alentours de Lyon, d’abord à La Flachère (Isère) en 1897. Appelé au service militaire en novembre 1898, Léger est mobilisé au sein du 20e régiment de chasseurs, où il reste jusqu’en septembre 1901. Un certificat de bonne conduite lui est accordé et il fait plusieurs périodes au titre de son placement dans la réserve, en 1904 et 1907.

Après sa période militaire, Léger s’installe Décines (Rhône). Il y exerce toujours en 1902 la profession de jardinier.

En 1904, Léger voyage dans le Sussex, en Angleterre, à Cranleigh. Après son retour en France, il devient imprimeur à Amplepuis (Rhône) dans l’usine du maire de la commune, Henri Flessel. Puis il reprend ses activités de jardinier à Saint-Bonnet-le-Troncy (Rhône) en 1905. Il épouse dans cette dernière ville, en décembre 1905, Marie Émilie Schuehmacher, couturière, issue d’une famille ayant quitté l’Alsace après l’occupation allemande. Ils résident chez les parents de la mariée, avant de rejoindre Lyon en 1912, avenue Berthelot puis rue Faidherbe. Ils s’installent définitivement en 1913 à Poule-les-Écharmeaux (Rhône).

Dès le début de la première guerre mondiale, Joseph Léger est mobilisé au sein du 3e escadron du train des équipages. Il meurt le 17 août 1917 des suites de ses blessures dans un hôpital militaire à Mont-Notre-Dame (Aisne). Il a été victime du bombardement par des avions allemands du parc d’engins de sa compagnie et est déclaré mort pour la France. Un secours de 150 francs est accordé, en octobre, à sa veuve. Le couple avait eu un enfant mort-né en 1911.

Photo anthropométrique de Joseph Léger par Alphonse Bertillon.

Collection Gilman. Métropolitan museum of art, New-York

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30 mai 2023 2 30 /05 /mai /2023 01:01

Suite de la biographie de Louis Soullière

Sa disgrâce terminée, Soullière est de nouveau nommé commissaire à Aubervilliers (Seine, act. Seine-Saint-Denis) en mars 1897, mais il est transféré immédiatement dans la commune voisine de Saint-Ouen où il inaugure, en janvier 1898 un nouveau commissariat de police. En octobre la même année, il rejoint Neuilly-sur-Seine (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il y crée une brigade d'agents cyclistes, qui est à l’origine de l’arrestation de malfaiteurs qui s’attaquaient aux promeneurs dans le bois de Boulogne, désignés comme la bande du « Grand Caïman ».

En août 1901, Soullière, ouvre une enquête suite au cambriolage du Pavillon des Muses, propriété située boulevard Maillot de Robert de Montesquiou, alors en villégiature à Capvern, dans les Pyrénées. Le comte, poète, dandy et critique d'art, était très proche du milieu littéraire de son époque. Il entretint une abondante correspondance avec Marcel Proust, pour lequel il fut un des inspirateurs d’un des personnages de La Recherche du temps perdu, le baron de Charlus.

Promu commissaire de police de la ville de Paris, Soullière est chargé du quartier de Javel (15e arr.) en mai 1902. Il devient commissaire-chef deux ans plus tard et est nommé à la tête de la première brigade des recherches, dite brigade des jeux. Il organise de très nombreuses opérations de police dans les Cercles de jeux parisiens. Mais il conduit également des enquêtes sur l’exercice illégal de la médecine ou le trafic de drogue. En avril 1906, il réalise une perquisition au siège du Comité antimaçonnique et chez son président, l’abbé Joseph Tourmentin, s’attirant une protestation dans les milieux catholiques.

Le quartier Le Soleil, commente son attitude en juin 1906 dans les Propos d’une parisienne : « Il y a des magistrats qui ont du tact et savent à l’occasion se montrer conciliants, voire même courtois en certaines circonstances. (…) M. Soullière, par exemple ! l’intelligent commissaire de la première brigade des jeux. Dernièrement encore il faisait une descente dans un cercle mixte, quand il s’aperçut qu’à son entrée une femme très élégante, en robe décolletée, avait brusquement saisi l'enjeu et l'avait vivement caché dans son corsage, puis... simulant un évanouissement, s'était laissé tomber dans un fauteuil. Le tenancier du cercle, avec un air de circonstance, cherchant à attendrir M. Soullière, lui demanda l’autorisation de faire conduire Mme X... à sa voiture. (…) Le spirituel commissaire des jeux, moins farouche et plus humain que celui de Longchamp, mais ne voulant pas laisser croire qu’il était dupe de la comédie, se tourna vers ses agents et d’un geste plein de convoitise : Messieurs, leur dit-il, laissez passer la cagnotte. »

Avant les législatives, Soullière produit en avril 1910 un rapport sur « La Ligue patriotique des Françaises et les élections », une institution qu’il surveille depuis deux ans. Il souligne le rôle des jésuites dans la mobilisation féminine selon l’historienne Magali Della Sudda, qui relève la « bonne connaissance de l’association et de l’inquiétude que suscite la compagnie de Jésus » à une époque où le « péril clérical » reste un thème politique important, le gouvernement et la presse voyant dans les jésuites une « Internationale noire (…) aux ordres d’une puissance étrangère. »

En avril 1911, tout en restant chargé du service des jeux, M. Soullière est nommé commissaire divisionnaire. Il fait partie, en novembre 1912 de la commission chargée d’étudier la réglementation des séances publiques de boxe. Il fait également saisir la comptabilité du Sou du Soldat et de nombreux documents dans les bureaux de la Fédération communiste anarchiste, rue Henri-Chevreau, en mai 1913.

Après la première guerre mondiale, durant laquelle il dirige un des districts de la police de Paris, M. Soullière, est chargé en décembre 1919 du service des locataires expulsés et des réfugiés. Le journaliste et écrivain Gabriel Reuillard, proche du romancier Henri Barbusse, l’interroge pour le quotidien socialiste L’Humanité qui publie leurs longs échanges le 26 janvier 1920 :

« - Ce que je fais des personnes qui viennent me demander un domicile, nous dit-il, je les héberge, actuellement, boulevard Jourdan, en des masures dont je suis en quelque sorte le gérant.

- Sont-elles nombreuses et habitables ?

- Euh !... On doit en trouver d'autres plus vastes et mieux aménagées, car les solliciteurs sont nombreux et je suis accablé de requêtes.

- Prévoyez-vous que la crise actuelle puisse avoir une fin prochaine ?

- Hélas ! je te voudrais ; mais je n'y vois pas de solution possible avant des années ! Car les raisons qui l'ont provoquée et qui ne cessent de l'entretenir sont loin de disparaître, La crise provient de la congestion de Paris pendant la guerre Les régions libérées ne sont pas reconstruites et un grand nombre de réfugiés ne peuvent regagner encore des pays dévastés et que l'on ne se hâte pas, il faut le dire, de reconstruire. C'est difficile, je le sais : pas de transports, de matériel, de machines et peu de main-d’œuvre. Alors... Alors...

- Alors, il faudra des années ?

- Des années... Du moins, c'est à craindre... Ce sont aussi les expropriations de plus en plus importantes et de plus en plus nombreuses de maisons d'habitation à cinq, six ou sept étages, en vue de l'agrandissement de tel ou tel grand magasin ou pour souscrire à la folie d'édification de cafés, de dancings, de restaurants, de cinémas ou de boites à spectacles ou à plaisirs, qui aggravent le mal. Le gouvernement devrait autoriser les administrations qu'il a chargées de chercher des remèdes à cet état de choses, à employer des mesures énergiques.

- Lesquelles ?

- Elles sont très simples. Ce ne sont, pas les logements inhabités qui manquent. Tel ou tel grand appartement que je pourrais citer abrite depuis 7, 8, 9 ou 10 ans, le mobilier de familles qui se sont retirées au bord de la mer ou à la montagne. Ce système de garde-meubles est onéreux, me dites-vous. Ces personnes-là sont riches. Quelques milliers de francs par an de plus ou de moins, n'est-ce pas, pour elles !...

Et les maisons entières, les maisons d'exhibition ou de rendez-vous, les garçonnières de toutes sortes !...

Il faudrait pouvoir réquisitionner tous ces logements et distribuer les locaux disponibles à ceux dont la mauvaise volonté de certains propriétaires intransigeants a l'ait comme une espèce nouvelle de vagabonds...

Il faudrait, il faudrait que l'on nous autorise à prendre des mesures énergiques. »

Et M. Soullière ajoute :

« - Tout le mal provient de ce que certains ont trop de moyens et de ce que d'autres n'en ont pas assez. De là le déséquilibre constant entre les situations, les heurts de plus en plus fréquents, de plus en plus violents, de plus en plus pénibles, entre les individus de catégories diverses. Les uns ont trois ou quatre appartements spacieux, les autres n'en ont pas du tout. Et pour tout, c'est la même chose ! »

L’écrivain pacifiste conclut : « La conclusion de cette juste argumentation ? M. Soullière ne pouvait la formuler : le caractère et l'essence même de ses fonctions le lui interdisent, on le comprend. Mais son impression pessimiste demeure et l'on s'explique combien il est difficile, impossible même, de trouver une solution : équitable à la crise des loyers dans l'état actuel de notre société bourgeoise. »

Louis Soullière prend sa retraite en octobre 1920. Il meurt le 22 octobre 1934 à Boulogne-Billancourt, où il résidait rue de l'Est. Il était âgé de 73 ans.

Un médecin, ami de longue date de la famille, rapporte, dans la Revue métapsychique en 1935, que le décès de Louis Soullière fut pour lui l’objet, la veille, d’une « monition de mort ». Il raconte sa disparition : « M. Soullière qui avait été bien portant, gai et allant le 21 octobre, fut réveillé le lundi 22 octobre, à 2h moins le quart, par une crise d’étouffement, accompagnée d’un vomissement. Il dit « J’étouffe, comme j’étouffe ! ». Sa femme envoya de suite sa bonne chercher un docteur dans le voisinage. Celui-ci arriva et lui mit des ventouses. M. Soullière dit : « S'il me faut encore souffrir comme ça, j'aime mieux mourir. » Et il expira à trois heures moins le quart. »

Le commissaire Soullière était officier dans l’ordre de l'Étoile noire du Bénin (Dahomey) depuis mai 1900, commandeur dans celui du Medjidié (empire Ottoman) depuis février 1905, décoré des Palmes académiques comme officier d'académie en décembre 1905. Il était chevalier de l'ordre de Victoria, dont la croix lui avait été remise en mai 1906 par le roi d'Angleterre Edouard VII. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en février 1919.

Son épouse avait accouché d’un enfant sans vie en octobre 1892. Par testament rédigé en 1925, il lui avait légué 50 000 francs. Elle sollicita, mais n’obtint pas, une aide du conseil général du département, en sus de sa pension de réversion.

Fin

Un cercle de jeux à Paris

 

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28 mai 2023 7 28 /05 /mai /2023 01:01

Début de la biographie de Louis Soullière

Louis Marius Barnabé Soullière naît le 11 juin 1861 à Orange (Vaucluse). Il est le fils de Pauline Perrin et de son époux Jean Pierre Gustave Soullière, négociant en matériaux de construction (bois et pierre). Son père décède moins d’un an plus tard en mai 1862, à Serrières (Ardèche), où la famille était implantée.

Son grand-père paternel, Jean Marie Amédée Soullière (1783-1863) y meurt également peu après, en janvier 1863. Médecin, ancien chirurgien major, il avait accompagné l’empereur Napoléon Ier dans diverses campagnes, en Autriche, Prusse, Pologne, Espagne, Portugal, Russie et Saxe. En 1850, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur et était également titulaire de la médaille de Sainte-Hélène

Résidant alors à Marseille, probablement avec son frère aîné Jean Marie, il s’engage, à 18 ans, dans l’armée à Avignon en novembre 1879, devançant de deux ans l’appel du service militaire. Il rejoint le 38e régiment d’artillerie. Nommé brigadier en août 1880, il est promu maréchal des logis en octobre 1881 puis maréchal des logis chef en février 1884. Il quitte l’armée en novembre 1884. Dans la réserve, il est nommé sous-lieutenant en janvier 1885, affecté comme officier d’approvisionnement, il est promu ensuite lieutenant dans l'artillerie territoriale.

Il quitte la Provence après sa période militaire et rejoint Paris, où il est embauché comme commis dans la police municipale en février 1885. Il travaille comme secrétaire de M. Goron, chef de la Sûreté. Il est ainsi un des quatre cadres de ce service qui compte plus de 340 agents. En mars 1889, le journaliste Horace Valbel lui consacre un portrait dans le quotidien La Petite République ; « Depuis quatre ans, M. Soullière appartient au service de la Sûreté. Il a subi avec succès les examens exigés des secrétaires du commissariat. Très assidu à son travail, très dévoué à son chef, dont il est fort estimé, M. Soullière aura, j'en suis certain, un fort bel avenir. »

En avril 1889, il est chargé des soixante agents du service de sûreté qui sont détachés au Champ-de-Mars et à l'Esplanade des Invalides pendant toute la durée de l'Exposition universelle de Paris.

Nommé dans le grade de commissaire de police des communes de la Seine en juillet 1891, il est d’abord affecté à Courbevoie (Seine, act. Hauts-de-Seine) mais son poste est modifié et il rejoint finalement Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), en remplacement d’Armand Routier de Bullemont. Le commissariat, qui existe dans cette commune depuis 1874, a dans sa circonscription les villes de Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne et Saint-Maur-des-Fossés. Il comptait en 1883 14 agents : le commissaire, un secrétaire, un brigadier et onze sergents de ville. En mars 1887, son territoire est élargi à la commune du Perreux, qui vient de se détacher de Nogent.

En janvier 1891, le commissaire fait interpeller deux enfants de six à neuf ans qui s’étaient enfuis à pied du domicile de leurs parents, rue des Batignolles à Paris, et tentaient de traverser la Marne par un gué. Les agents voulurent les ramener chez leurs parents mais, selon la presse, ils refusèrent : « On nous maltraite, on nous roue de coups pour la moindre chose. Souvent on nous envoie coucher avec un morceau de pain et un verre d’eau. Quelquefois même nous passons la journée tout entière sans manger ». Ils assurent vouloir gagner Château-Thierry (Oise), où ils connaissaient « une famille honorable ». Ils racontent : « Nous avions sept sous à nous deux pour les frais du voyage [35 centimes] ; ce matin nous avons acheté un petit pain de deux sous ». Le commissaire dut les envoyer au Dépôt, après leur avoir donné un déjeuner et une paire de souliers neufs puis il fit prévenir les deux familles des garçons.

En décembre 1891 à Paris (17e arr.), Louis Soullière épouse Marie Thérèse Eugénie Fabre (1863-1939), pianiste, professeure de musique et compositrice, élève de César Franck et amie de Gabriel Fauré. Ce dernier est un des témoins du mariage, avec notamment le Jean comte de Montebello et le chef de la sûreté de Paris, François Marie Goron.

Au sein de son commissariat, pour faire face aux cambriolages dans les pavillons des bords de Marne, Soullière crée fin 1891 une brigade spéciale de sûreté, basée dans le poste de police de Saint-Maur. En juillet 1892, il doit gérer une affaire qui est mise en avant dans la presse comme relevant de la haute trahison, un en comptable de la manufacture de Bourges, employé chez un teinturier à Joinville s’étant vanté de pouvoir se procurer des armes et des munitions de guerre. Il avait pour maîtresse une domestique d’origine allemande. Une perquisition ne permit cependant de trouver qu’une seule cartouche, mais la police mit la main sur des objets volés chez les employeurs de la bonne. Tous deux ne furent écroués que sous l’inculpation de vol.

Le jour de Noël 1893, une femme complètement nue se présenta au commissariat, déclarant « être une fille naturelle du prince de Galles, se nommer Jeanne d'Arc et être envoyée par Dieu pour sauver la France de l’anarchie ! ». Selon la presse, elle était d’une rare beauté et voulait du commissaire « une lettre d'audience pour le président de la République ». Elle avait déjà été internée pour troubles psychiatriques et fut envoyée à l'infirmerie du Dépôt de la préfecture de police.

Dans un contexte d’attentats politiques, le commissaire Soullière fait arrêter, à La Varenne, quartier de Saint-Maur-des-Fossés, début juillet 1894, un jardinier de 16 ans, Joseph Léger, que son patron a dénoncé comme préparant des manipulations chimiques. Il fait procéder à une perquisition dans chambre du jeune homme, trouve une boîte cylindrique et des produits chimiques, en conclut qu’il s’agit donc d’un anarchiste préparant une bombe. Le garçon, orphelin, s’était enfui deux mois auparavant d’une ferme-école dans les Vosges. Il est incarcéré à la prison de Fontevraud (Maine-et-Loire) pendant 18 mois environ, bien qu’il ait nié toute intention de fabriquer un engin explosif, que le caractère inoffensif de ses produits ait été certifié et qu’il n’y ait pas trace d’un engagement dans un mouvement terroriste.

Les jours suivants, le commissaire fait arrêter plusieurs militants anarchistes dans les communes de sa circonscription : Naudé, à Saint-Maur, Albert Mainfroy, imprimeur, au Perreux et Didier Laurent sur le pont de Joinville, après qu’il ait crié « Vive l'anarchie ! Les bourgeois s'inclineront devant nous » et fait l'apologie des crimes commis par Ravachol, Vaillant, Émile Henry et Caserio.

Fin juillet 1894, Louis Soullière est remplacé en tant que commissaire de police de Joinville par M. Rougean et redevient simple commis à la Préfecture de police. Les motifs de cette disgrâce, qu’il partage avec cinq autres anciens de la Sûreté parisienne, dont son ancien chef et témoin de mariage, M. Goron, est constitué par des irrégularités découvertes par le service de contrôle, dans des comptes relatifs à l’année 1889. La presse évoque largement la rétrogradation. Pour L’Intransigeant, « ce n’est pas autre chose qu’une vengeance » du préfet de police Louis Lépine. Soullière tarde cependant à rejoindre son nouveau poste et réclame, selon Le Libéral, « contre la façon de procéder à son égard. Nommé commissaire de police par décret présidentiel, il estime que le préfet de police n'a pas le droit de toucher à [cette] décision ». Selon Le Soleil, il ne veut pas qu’on le rétrograde d’un « poste de 12 000 francs (…) à un emploi de 3 000 francs. »

Évoquant de nouveau l’affaire, en Une cette fois-ci, L’Intransigeant assure qu’il « proteste contre la mesure lépinière qui le frappe et principalement contre les procédés anticonstitutionnels du préfet (...) Il n’admet pas qu’un vulgaire préfet de police touche à une décision qu’une révocation ou une démission peut seule rendre nulle. Il ne veut pas permettre au préfet de défaire ce qu’a fait le président de la République ». L’Univers s’interroge : « Est-ce que les décisions du président de la République comptent devant la volonté du tout-puissant cancre du boulevard du Palais ? »

À suivre

Mairie de Joinville-le-Pont, où était installé le commissariat, années 1890

 

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26 mai 2023 5 26 /05 /mai /2023 01:01

Marie-Thérèse-Eugénie Fabre naît le 24 août 1863 en Avignon (Vaucluse). Elle est la fille de Thérèse Blanc et de son mari, Joseph Xavier Fabre, employé de préfecture.

Au début des années 1880, Marie Fabre suit au conservatoire de musique d’Avignon des cours de piano auprès de Mary Soullière, élève du chanteur, compositeur et pianiste français Théodore Ritter.

En rejoint Paris et vit, avec son père devenu attaché à la direction des cultes, rue des Acacias (15e arr.). Elle suit les cours de piano et de composition de César Franck (1822-1890) au Conservatoire de Paris, ainsi que probablement son enseignement d’orgue. En mars 1885, elle participe au concert, donné par son ancienne professeure d’Avignon à la salle Kriegelstein de la rue Charras à Paris (9e arr.). Le programme a été composé par César Franck et comprend des morceaux de Mendelssohn, Meyerbeer, Beethoven et Schubert, que Marie Fabre accompagne au piano avec César Franck. La Tarentelle de Louis Moreau Gottschalk, clôture la soirée, interprétée par Mlles Soullière et Fabre.

Le 20 mai 1887, Marie Fabre donne à Paris son premier concert. Le compositeur Guy Ropartz (1864-1955) commente ainsi dans L'Indépendance musicale sa prestation : « Elle avait, pour débuter, abordé la sonate en fa dièse mineur de Schumann, œuvre d’une extrême difficulté et qui demande une grande ampleur d’exécution ; la jeune artiste s’en est tirée tout à fait à son avantage, la première émotion, bien compréhensible, une fois passée. Différentes œuvres de Chopin, Heymann, Alkan, deux petites pièces d’elle, heureusement écrites pour l’instrument, ont fait ressortir ses bonnes qualités de mécanisme ; mais où elle a été supérieure, c’est dans la sonate pour piano et violon de C. Franck, que l’on entendait à Paris pour la seconde fois seulement. En résumé, Mlle Marie Fabre a beaucoup de doigts, une grande sûreté, beaucoup de nerf, trop peut-être ; son style n’est pas encore absolument défini, bien qu’elle donne déjà aux œuvres qu’elle interprète une certaine physionomie qui n’est pas celle de tout le monde : nous pouvons attendre d'elle une excellente artiste. »

Poursuivant ses cours au Conservatoire ans la classe de Mme Angot-Montier, elle participe aux concerts devant le jury d’examen, présidé par le compositeur Antonin Marmontel en janvier 1889 puis en mars 1890, la presse remarquant à ces occasions son interprétation.

Le 16 mars 1889, à la Société nationale de musique à Paris, Marie Fabre exécute avec le quatuor Heymann une Étude de Charles Valentin Alkan pour piano et quatuor à cordes, arrangée par César Franck.

En avril 1891, à l’occasion de l’inauguration de l’hôtel de la comtesse de Montebello, rue Barbet-de-Jouy, Marie Fabre donne un concert, en compagnie du violoncelliste Liégeois. Ils interprètent la sonate de Grieg, la Polonaise de Chopin, et la romance du prince Serge Walkonsky.

Frère de son ancienne professeure d’Avignon, Louis Soullière, commissaire de police à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), l’épouse à Paris (17e arr.) en décembre 1891. Les deux témoins qu’elle avait choisis sont le comte Jean de Montebello et le compositeur Gabriel Fauré. Elle poursuit son activité en tant que professeure de musique.

Le nouveau couple vit d’abord à Joinville puis, au gré des nominations du mari par la préfecture de police, à Paris, Saint-Ouen et Neuilly-sur-Seine (Seine, act. Hauts-de-Seine). Marie Soullière accouche, en octobre 1892, d’un enfant mort-né et n’aura pas de descendant.

Après le décès de son époux, en octobre 1934 à Boulogne-Billancourt (Seine, act. Hauts-de-Seine), où ils s’étaient installés après sa retraite rue de l’Est, Marie Soullière reste vivre dans la commune rue de Sèvres. Elle demande une pension au conseil général du département, qui la lui refuse, soulignant qu’elle percevait déjà une réversion de la retraite de son mari. Il lui avait légué, par testament, 50 000 francs.

Le 30 mars 1939, Marie Soullière meurt à Boulogne-Billancourt. Elle était âgée de 75 ans. Décorée des Palmes académiques, elle avait été faite officière d'académie en janvier 1900 puis officière de l’instruction publique en mars 1906 pour son activité de compositrice et de professeure de musique.

César Franck lui a dédié le manuscrit de la première page de sa symphonie en ré mineur, transcrite pour piano à quatre mains. Le journaliste Louis Schneider, dans le quotidien Le Gaulois, considérait, en novembre 1922, qu’elle avait été « une des meilleures élèves du maître. »

Symphonie en ré mineur de César Franck, offerte à Marie Soullière

 

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18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 01:01

Marie Armand Lucien Routier de Bullemont naît le 7 mai 1862 à Montrouge (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il est le fils d’Élisabeth Alexandrine Rocmont et de Marie Arthur Édouard Routier de Bullemont, alors commis principal à la préfecture de police de Paris. Ses parents se marieront en juillet 1865, toujours à Montrouge.

Un oncle paternel travaille également dans les forces de sécurité parisiennes : Alexandre Routier de Bullemont (1822-1904) sera secrétaire général de la préfecture de police de Paris.

Pour sa part, Armand Routier de Bullemont fait partie des quinze candidats admissibles après les examens pour devenir commissaire de police organisés à Paris en juillet 1885. Il est nommé secrétaire au quartier Saint-Lambert ; il passe dans la même fonction au commissariat du quartier Vivienne en octobre 1887.

C’est en juin 1888 qu’il devient officiellement commissaire de police dans la banlieue. Il rejoint en juillet son poste à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il remplace Charles Wilfrid Carpin. Sa circonscription comprend les communes de Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne et Saint Maur.

En juillet 1891, Routier de Bullemont, est promu en tant que commissaire de police à Paris. Il est remplacé à Joinville par M. Soulliére. Il est affecté au quartier des Ternes (17e arr.). Dans cette fonction, il doit gérer en septembre cette année-là une affaire d'avortement d’une jeune femme, interprète dans un grand magasin de confections du quartier de l'Opéra, droguée puis violée « par une bande de jeunes viveurs » et qui avait, seule, mis fin à sa grossesse dans le lit qu’elle partageait avec sa jeune sœur, âgée de 14 ans. Elle s’était débarrassée du fœtus et avait été dénoncée par une lettre anonyme.

Armand Routier de Bullemont meurt le 15 janvier 1894 à Paris (17e arr.), en fonction de commissaire. Il était âgé de 31 ans et n’était pas marié.

Son père mourut en février 1909 à Bois-Colombes, à 79 ans, après avoir constaté la disparition d’une grosse somme d’argent (9 500 francs). En janvier 1910, sa domestique fut jugée, en compagnie de sa sœur, aux assises de la Seine. Elle fut cependant acquittée, après avoir assuré que la somme était un don du vieillard.

Plusieurs de ses autres oncles paternels ont joué un rôle significatif aux États-Unis, en Belgique et en France. Joseph (1825-1898), d’abord militant républicain en France, deviendra agriculteur en Californie et membre du Sénat de cet État. Emmanuel (1836-1913) fut membre de la Société royale de botanique de Belgique et auteur de plusieurs ouvrages. Alfred (1840-1872), originaire de Belgique, a été critique d’art à Paris.

Le château de Warlus (Somme), demeure de la famille Routier de Bullemont, devenu une maison de la préfecture de police de Paris

 

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8 mai 2023 1 08 /05 /mai /2023 01:01

Charles Philippe Wilfrid Carpin naît le 28 décembre 1858 à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), au domicile de son grand-père maternel, rue des Bordeaux. Il est le fils de Julie Virginie Charlotte Boissenot et de son époux, Anthelme Carpin, commissaire de police, alors en poste à Bellac (Ain). La famille de son père possède des domaines agricoles, notamment viticoles, dans le même département, à Virignin. Peu après sa naissance, son père devient négociants en vin à Charenton.

Comptable dans une librairie de la rue Bonaparte, Charles Carpin doit prendre en charge en novembre 1878, sa mère et son frère, revenus des États-Unis où ils avaient suivi leur père. Le jeune Louis, qui aidait dans l’exploitation viticole de Greenville, en Caroline du Sud, avait attrapé une fièvre typhoïde. Ils vivent boulevard de Reuilly à Paris (12e arr.).

Pour éviter à Charles de devoir faire un service militaire et l’autoriser, ainsi, à continuer à contribuer à l’entretien de la famille, Luis, après son rétablissement, s’engage en mars 1879 dans l’armée.

La librairie qui employait Charles fait faillite en 1881 et, la même année, il est embauché comme secrétaire suppléant de commissariat de police, reprenant l’activité qui fut celle de son père, mais dans le ressort de la préfecture de police de Paris. En 1886, il est secrétaire du commissariat du quartier Saint-Merri à Paris (4e arr.). Il est nommé commissaire de police à Joinville-le-Pont en mars 1886. Il prend la succession de François Auguste Douçot, promu à Paris, selon la progression classique dans cette fonction.

Dans cette fonction, il aura notamment à gérer en septembre et octobre 1886 l’affaire Cabis, du nom d’un gendarme, Eugène Cabis. Ce dernier tue un jeune homme, Albert Dufeutrelle qui se promenait avec son amie dans un petit massif forestier annexe du Bois de Vincennes. L’évènement provoque un émoi considérable dans la presse. Cabis est traduit, comme militaire, devant un conseil de guerre, qui l’acquitte mais il est ensuite obligé de quitter la gendarmerie.

En tant que commissaire, Carpin interroge le gendarme après le meurtre et décide de ne pas l’arrêter. Son attitude lui vaudra des attaques virulentes d’une partie des journaux.

Le quotidien Gil-Blas commentait : « Que les gendarmes n'arrêtent pas les assassins, cela, est déjà désagréable, mais qu'on ne les arrête pas, du moins préventivement, lorsqu'ils assassinent, c'est peut-être un peu trop de condescendance à l'égard de leur baudrier. »

Un autre journal parisien est encore plus sévère. L'Intransigeant fustige la « négligence » du commissaire Carpin, qui n’a pas saisi le revolver de Cabis, et qu’il présente comme « un ami intime de l’assassin ». La publication, dirigée par Henri Rochefort, considère que « Carpin avait conduit l’enquête en dépit du bon sens ». Le 11 septembre, une lettre de Carpin est publiée, dans laquelle il assure ne pas avoir interrogé l’amie du jeune tué et ne pas être le supérieur de Cabis. La direction de L'Intransigeant maintient pourtant son point de vue, assurant pour conclure : « Vous feriez presque douter de votre intelligence, commissaire Carpin » mais assure s’en prendre plutôt « à l’institution policière, à ses vices, à ses scandaleuses complaisances, à ses indignes procédés de chantage sans nous soucier le moins du monde de l’obscur comparse dont nous ne faisions intervenir la mince personnalité que pour donner plus de relief à nos arguments. »

En juillet 1888, Carpin cède son poste à Marie Armand Routier de Bullemont tandis qu’il rejoint Neuilly-sur-Seine (Seine, act. Hauts-de-Seine). C’est dans cette ville qu’il épouse en décembre 1889 Marie Louise Roullier.

C’est en février 1894 qu’il sera promu à Paris (3e arr.), dans le quartier du Temple à Sainte-Avoye. Chargé en décembre 1898 du quartier Val-de-Grâce (Paris, 5e arr.), il y reste jusqu’en octobre 1911, date à laquelle il fait valoir ses droits à la retraite. En septembre 1895, son frère cadet Louis était également devenu commissaire de police à Paris.

Bien que travaillant toujours à Paris, Carpin acquiert une villa à Sarcelles (Seine-et-Oise, act. Val-d'Oise), rue de Paris. En mai 1909, la presse fait état d’un cambriolage chez le commissaire. Un journal local rectifiera en précisant que les malfaiteurs lui ont dérobé sept pigeons, mais n’ont pas touché aux poules et aux lapins tandis que Le Petit Parisien rectifiera son annonce précédente en précisant qu’ils n’ont « pu, malgré leurs efforts, pénétrer dans l'habitation. »

Après la mort de son épouse en janvier 1913 qui suit d’un an sa retraite, Carpin va s’installer avec son fils à Sarcelles, un bourg qui compte alors plus de 3 300 habitants.

Il participe, en novembre 1919, aux élections municipales dans la commune, sur une liste de concentration républicaine, comprenant l’Union républicaine (droite) et des personnes de centre-gauche. En l’absence du maire sortant, M. Dessaigne, elle est conduite par le Dr Galvani avec l’adjoint sortant, Daunard. Charles Carpin y figure en huitième position. La liste présente un programme limité : élever un monument aux morts, obtenir des améliorations pour le combustible, l’éclairage, le ravitaillement, la voirie, les lavoirs. Elle proclame soutenir l’Union dans le travail et la liberté. Une seule liste, incomplète, les concurrence, celle du Parti socialiste SFIO.

Lors du premier tour, la liste de concentration emporte 19 des 21 sièges à pourvoir avec de 297 à 473 voix sur environ 600 votants. Carpin est élu en septième place avec 371 suffrages. Les deux sièges en ballotage lui reviennent au deuxième tour.

Bien que le Dr Galvani ait mené la liste et soit arrivé très nettement en tête du vote, il ne se présente pas en tant que maire. Ses deux suivants, Lignez et Daunard seront élus adjoints, mais c’est Carpin qui devient maire. Il présidera en septembre 1920 aux obsèques du Dr Galvani et fera donner son nom à une voie de la commune.

En juin 1920, le nouveau maire s’émeut que « À Sarcelles, sur la place du Marais, se trouvent, depuis l’armistice, près de deux cents voitures du train et autant de cuisines roulantes et d’avant-trains de caissons. Tout cela pourrit et n’est point surveillé ». Il propose de vendre le matériel, dont, selon lui, « une grande partie pourrait être utilisée par les cultivateurs ou les entrepreneurs de transports de la région. »

Carpin inaugure en août 1921 le monument aux morts de sa commune. Il connaît une première épreuve politique en octobre la même année, avec, à l’occasion d’une élection municipale partielle pour remplacer deux départs du conseil, l’élection à des deux postes d’un communiste. Il démissionne d’une association culturelle, Tambours & clairons, dont il était membre honoraire, parce son président avait pris position pour ses opposants pendant la campagne.

Au cours d’un nouveau scrutin partiel, en avril 1923, ce sont trois radicaux-socialistes qui sont élus, tandis que la liste catholique qu’il soutenait n’arrive qu’en seconde position, talonnée par les communistes. S’estimant désavoué, le maire présente sa démission au préfet. Il est remplacé en juillet par son premier adjoint, Ernest Georges Langlois.

Charles Wilfrid Carpin meurt le 13 mars 1924 à Sarcelles. Il était âgé de 65 ans et décoré des Palmes académiques, comme officier de l’instruction publique, depuis janvier 1907.

La mairie de Sarcelles, vers 1911

 

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4 mai 2023 4 04 /05 /mai /2023 01:01

Marie Antoine Élysée Dermigny naît le 24 novembre 1829 à Noyon (Oise). Il est le fils de Marie Anne Basilide Lagant et de son époux, Marie François Dermigny, directeur des messageries (service postal).

En 1864, Dermigny vit à Paris, passage du Bois-de-Boulogne (act. Passage Brady, 10e arr.). Il est employé à la préfecture de police. Il épouse en mars à Paris (9e arr.) Sophie Céphise Duret, originaire de l’Aisne, autre département de Picardie, dont le frère, Charles Émile, est commissaire de police du quartier Rochechouart, dont il est secrétaire. Parmi leurs témoins, on compte un autre commissaire et un officier d’infanterie, mais aussi un négociant et un homme de lettres.

Ils vivent rue de l'Échiquier (10e arr.) et passage du Jeu de Boules (11e arr.) puis rue Patrel (10e arr.). Entre 1866 et 1875, Dermigny participe à plusieurs souscriptions en faveur de personnes inondées.

En 1872, Dermigny est désigné comme officier de paix, grade le plus élevé après celui de commissaire à la Préfecture de police. Il exerce la fonction dans le quartier de la Chaussée-d'Antin en 1874. Des sources de presse ultérieures (1888) mentionnent que, vers la fin de la décennie, Dermigny aurait eu une altercation avec un de ses subordonnés, ce qui fait qu’il aurait été « en disgrâce » et envoyé dans la banlieue.

Il est effectivement affecté à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), mais avec une promotion en tant que commissaire de police. Il y est en août 1879.

Le commissariat de Joinville compte alors onze sergents de ville, un brigadier et un secrétaire. Sa circonscription inclut, outre le chef-lieu, les communes de Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne et Saint-Maur-des-Fossés, avec la particularité que les trois dernières sont nettement plus peuplées.

En août 1883, Dermigny est nommé commissaire de police du quartier de Charonne à Paris (20e arr.), situé rue d’Avron.

Il est un des acteurs d’un fait divers, qui suscite de nombreux articles dans les journaux parisiens, en octobre 1888.

En conflit avec un de ses employés, l’inspecteur Jégou, il obtient sa mutation, mais le soupçonne d’avoir « fait contre lui des rapports diffamatoires » à M. Lozé, préfet de police. Quand Jégou vient au bureau de M. Dermigny pour toucher ses appointements du mois de septembre, un vif incident éclate entre les deux hommes. L’inspecteur déposa plainte, accusant le commissaire de l’avoir frappé.

Les quotidiens eurent une lecture différente de l’évènement. Le Gaulois évoque sobrement La colère du commissaire, tandis que L'Intransigeant parle de Scandale dans un commissariat et traite Dermigny de « fou furieux ». Pour La France et Le Parti ouvrier, qui titrent Brutalités d’un commissaire de police et signalent qu’il a pris comme avocat Me Alexandre Millerand, alors député de la Seine, de tendance radicale et futur président de la République, écrivent que « La démission de ce singulier magistrat s’impose ».

Le XIXe Siècle évoque Les suites d'une tripotée, assurant que M. Jégou avait « un œil au beurre noir ». Le Petit quotidien assure qu’il n'en était pas « à son coup d’essai » tandis que La Presse le traite de récidiviste. Par contre, Le Figaro relativise : « la scène de pugilat dont on a parlé se réduit donc à bien peu de chose. »

De fait, bien que le préfet ait entendu son adversaire, M. Dermigny ne semble pas avoir été sanctionné et reste à son poste.

En décembre 1889, il passe, dans les mêmes fonctions, au quartier de Javel (15e arrondissement). Il prend sa retraite à ce poste en mars 1894, à l’âge de 64 ans.

Marie Antoine Élysée Dermigny meurt le 31 mars 1903 à Montreuil (Seine, act. Seine-Saint-Denis) où il résidait rue Alexis-Lepère. Il était âgé de 73 ans, veuf et père d’une fille, Marguerite Marie Émilie, qui épousa aussi un commissaire de police, Henri François Fouquet.

Rue de Paris, à Joinville-le-Pont

 

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