Émile Denis naît le 13 mai 1889 à Veneux-Modon (Seine-et-Marne, act. Moret-Loing-et-Orvanne). Il est le fils de Zoé Albertine Lamoureux et de son mari Joseph Théophile Denis, employé de chemin de fer, tous les deux originaires de l’Yonne.
Travaillant alors à Angers (Maine-et-Loire) comme garçon de café mais domicilié chez ses parents à Cézy (Yonne), Émile Denis est convoqué dans ce département pour son service militaire en octobre 1910. Il est cependant réformé à Toul (Meuse) une semaine plus tard pour « hydrocèle double volumineuse, lésion testiculaire » et renvoyé dans ses foyers.
En octobre 1911, vivant à Saint-Mandé (Seine, act. Val-de-Marne), avenue Quihou, alors employé de commerce (sans doute dans un restaurant du Bois de Vincennes, le Chalet du Lac) Émile Denis épouse Henriette Marie Bonnet, native de l’Yonne.
Au début de la première guerre mondiale, compte tenu de son état de santé, Émile Denis n’est pas mobilisé. Sa situation est réexaminée en mai 1917 et il est alors affecté au 117e régiment d’infanterie. Cependant, le mois suivant, il est de nouveau réformé définitivement pour « épididymite vacillaire double. »
Après le conflit, les époux Denis s’installent à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), rue Chapsal, où ils exploitent un restaurant en 1926.
Dès janvier 1927, la maison Denis est un des principaux lieux de réunion d’organisations de gauche : le Secours rouge, l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC), la cellule locale du parti communiste, l’union cantonale du parti socialiste SFIO ainsi que la section de Joinville de ce parti, qui a d’ailleurs son siège chez Denis.
Membre de la SFIO, Émile Denis participe en 1927-1928 à plusieurs souscriptions lancées pour soutenir son journal, Le Populaire ou pour acquérir le siège national du parti.
Émile Denis meurt le 23 mai 1947 à La Queue-en-Brie (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne). Il était âgé de 58 ans et père d’un enfant.
Un autre établissement a porté le même nom, la Maison Denis, située avenue Paulien, dans le quartier de Polangis à Joinville. Elle accueillait également des réunions du parti socialiste SFIO entre 1909 et 1914 et était exploitée par Ambroise Denis, qui n’a pas de lien familial avec Émile Denis.
Ambroise Denis naît le 04 décembre 1870 à Paris (11e arr.). Il est le fils de Rosalie Ernot, chapelière et de Guillaume Denis, tourneur qui vivent rue de Montreuil et ne sont alors pas mariés. Ils s’épouseront en mai 1875 à Paris (12e arr.).
Son père est de nationalité belge puis acquit la nationalité française après la loi de juin 1889. En conséquence, Ambroise Denis est appelé à faire son service militaire en 1893, mais obtient un sursis de trois mois en novembre cette année-là, étant malade. Il est incorporé en février 1894 au 115e régiment d’infanterie mais réformé en novembre, sa tuberculose ayant été détectée.
Il exerce la profession de tourneur sur bois et vit d’abord dans le 11e arrondissement de Paris, rue Saint-Bernard, puis dans le 12e rue de Reuilly, ensuite passage Montgallet et enfin rue Érard. Il a pour compagne Marie Louise Moerman, corsetière de nationalité belge, avec laquelle il a trois enfants entre 1897 et 1901, dont il reconnaît être le père.
Devenu débitant de boisson et restaurateur, Ambroise Denis gère en 1909 un établissement situé avenue Pauline à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Entre cette date et 1914, la salle Denis accueille notamment cinq réunions du parti socialiste SFIO et une autre d’une coopérative, La Travailleuse de Champigny-Joinville.
Lors de la constitution de la société de secours mutuels Assurance fraternelle de Joinville-Nogent, en octobre 1909, Denis en est le trésorier. Le président est Chéri Arnaud, industriel, alors conseiller municipal et futur adjoint au maire de Joinville.
En 1911, Marie Louise Moerman et Ambroise Denis sont installés tous deux à Joinville, mais dans des résidences séparées, elle rue du Cimetière, dans le quartier de Palissy, lui avenue Pauline, dans le quartier de Polangis. Leurs enfants sont recensés aux deux adresses.
Au cours de la première guerre mondiale, Ambroise Denis est mobilisé pour effectuer un service non armé, d’abord à Joinville-le-Pont puis à Vincennes. Il a cessé d’exploiter le restaurant, qui est repris par Nouyrit en 1915 et continue d’abriter des réunions d’associations et de formations politiques, socialistes et communistes. Après sa reprise par Masson puis par Raymond Vialatelle, l’établissement restera toujours un lieu important de la vie politique locale jusqu’en 1936.
Après-guerre, Ambroise Denis reprend son activité de tourneur sur bois. Il vit toujours en 1921 avenue Pauline, avec son frère aîné Henri, également tourneur sur bois. Puis il s’installe dans le centre-ville, avenue Molette où il est installé en 1931 et 1936. Il est sans emploi à cette dernière date.
Ambroise Denis meurt le 16 avril 1950 à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne). Il résidait probablement encore à Joinville.
Un autre établissement a porté le même nom, la Maison Denis, située rue Chapsal, dans le centre-ville de Joinville et accueillait également des réunions du parti socialiste SFIO entre 1927 et 1929. Elle était exploitée par Émile Denis, qui n’a pas de lien familial avec Ambroise Denis.
La Maison Denis, avenue Pauline à Polangis (Joinville-le-Pont)
Théodore François Santerre (fils) naît le 8 février 1776 à Paris, paroisse Saint-Paul (act. Saint-Paul-Saint-Louis, 4e arr.). Il est le fils de Marie Marguerite Sallé et de son époux Théodore François Santerre (père), raffineur de sucre, domicilié à Bercy (Seine, act. Paris 12e arr.).
Pendant la Révolution française de 1789, son père et un de ses oncles, jouent des rôles politiques significatifs dans les instances républicaines. Son père est administrateur du département de Paris et officier municipal de la commune de Bercy (Seine, ac. Paris 12e arr.). Le général Antoine Joseph Santerre participe à la prise de la Bastille, commande une partie de la garde nationale à Paris et pendant la guerre de Vendée.
Comme son père, Théodore François Santerre (fils) est d’abord raffineur de sucre au Faubourg Saint-Marcel à Paris. Puis, en l’an 10 (1802), il est propriétaire de deux moulins sur le Pont-de-Saint-Maur, sur la Marne, dans le village qui porte le nom de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (Seine, act. Joinville-le-Pont, Val-de-Marne). Il exerce la profession de meunier, avec trois employés. À cette date, il a pour compagne une certaine Marie Claire selon les données du recensement.
Les moulins du Pont-de-Saint-Maur étaient construits sur deux étages et couverts de chaume. Ils reposaient sur les premières arches, rive droite. L’un d’eux, qui existait en 1553, était un moulin à blé, servant à moudre le grain. L'autre, daté de 1678, actionnait une machine hydraulique, dite pompe de Gourville ; elle avait notamment alimenté en eau, sous l’ancien régime, les jardins du prince de Condé, à Saint-Maur.
Dans le même village de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, Théodore François Santerre épouse en vendémiaire an 13 (octobre 1804) Marie Thérèse Opportune Dupuis, dont les parents marchand de bas. Parmi les témoins figure le général Santerre.
En septembre 1807, Théodore François Santerre vend les deux moulins du Pont-de-Saint-Maur à François Trotier, meunier. À partir de la même année, la famille vit à Paris puis, en 1814, à Bercy, lieu des activités de son père. En 1829 on le retrouve à Ivry (Seine, act. Ivry-sur-Seine, Val-de-Marne), de nouveau raffineur de sucre, résidant route de Choisy. Il est fabricant de gélatine en 1837.
Théodore François Santerre meurt le 24 avril 1843 à Vaugirard (Seine, act. Paris 15e arr.). Il était âgé de 67 ans et père de cinq enfants.
À gauche, les deux moulins du Pont-de-Saint-Maur sur la Marne (actuel pont de Joinville) ; gravure du 17e siècle ; à droite, l’actuelle île Fanac (repr. Pouvereau)
Jean Louis Ancelet naît le 27 floréal an 10 (soit le 16 mai 1802) à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (act. Joinville-le-Pont, Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Françoise Corbin et de Louis François Ancelet, voiturier. Ce dernier meurt en mars 1809, quand Jean Louis Ancelet n’a que six ans, et sa mère se remarie, en mai 1811, dans le même village, avec Pierre Bauche, marchand de vin.
Devenu marchand de vin comme son beau-père, Jean Louis Ancelet épouse en avril 1827 à Villiers-sur-Marne (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne) Geneviève Louise Angélique Petit, issue d’une famille de vignerons. Ils vivent à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, qui change de nom pour devenir Joinville-le-Pont en 1831.
Lors d’élections municipales complémentaire en mai 1837, qui se tiennent au suffrage censitaire, Ancelet obtient des voix, mais il n’est pas élu. Par contre, il l’est en juin 1840 lors du scrutin suivant, toujours avec le même mode de vote. Il obtient 25 voix pour 43 votants et 64 inscrits. Le nombre d’électeur est de 10% de la population totale.
Au début du mandat, le maire est Laurent Nicolas Pinson, en poste depuis 1830. Pinson n’ira pas tout-à-fait au bout de son mandat commencé en 1837. Il démissionne et s’en explique dans une lettre du 6 février 1843 : un « riche propriétaire, membre du conseil » est « venu jeter le trouble » dans la commune et le conseil municipal. Le grammairien Charles-Pierre Chapsal, propriétaire du château de Polangis, avait demandé sa radiation et celle de son adjoint, Pierre Bainville (également démissionnaire), devant le tribunal de la Seine le 8 janvier. Pinson estime ne pas avoir les moyens de mener la lutte sur le plan légal. Chapsal, élu conseiller municipal en 1840, considérait les deux édiles comme incapables.
À la fin de son mandat, en juin 1846, Jean-Louis Ancelet se représente et est réélu avec 38 voix pour 50 votants et 67 inscrits. Charles-Pierre Chapsal est de nouveau maire ; il quittera cependant sa fonction en 1848, après la révolution qui a renversé le roi Louis-Philippe, remplacé par Apollon Delaherche, qui était conseiller municipal. Chapsal redevient maire, après l’élection de Louis Napoléon Bonaparte, en 1852.
Sous le second Empire, Jean-Louis Ancelet est nommé conseiller municipal en août 1863. Il avait probablement continué de siéger depuis 1852.
Jean Louis Ancelet meurt le 1er mars 1867 à Joinville, âgé de 64 ans et père de trois enfants. Il siégeait toujours au conseil municipal, sans doute depuis 27 ans. Il est remplacé en janvier 1869 dans sa fonction par Pierre-Victor Reclus.
Pendant la durée de son mandat, Joinville s’est transformé, accueillant une ligne de chemin de fer et une gare, un bureau de poste, une église et se dotant d’une nouvelle mairie. Orientée vers le commerce du bois et l’agriculture, dans les années 1830, le village devient dans les années 1860 une destination touristique pour les parisiens qui fréquentent les bords de Marne le dimanche.
Paul Guillaume Bars naît le 5 mai 1898 à Paris (12e arr.). Il est le fils de Marie Louise Binzenbach, blanchisseuse et de son époux Alexis Eugène Bars, ébéniste. Ils vivent rue Érard puis s’installent l’année suivante à Champigny-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne) puis dans la commune voisine de Joinville-le-Pont où ils résident en 1914 rue du Port, sur la rive gauche de la Marne.
De petite taille (un mètre cinquante-quatre), Paul Bars effectue un service militaire d’un an au sein du 9e régiment de zouaves à partir d’octobre 1920. Il est envoyé pendant huit mois en Algérie.
En septembre 1929, Paul Bars épouse à Joinville Claire Antoinette Trichaud, téléphoniste à la mairie de Paris. Ils s’installent dans le quartier de Polangis, avenue Oudinot.
Il est au cours du mois de juin 1934, l’un des organisateurs du banquet annuel du Comité d’union républicaine et d’action sociale, l’organisation qui rassemble la plupart des membres des organisations de droite dans la commune de Joinville. Fondé en 1912, ce comité se transforme en mars 1935 en Union des républicains de Joinville. Bars devient le trésorier-adjoint lors e l’assemblée générale constitutive, René Kirbühler étant président.
Durant l’année 1935, Bars, qui travaille comme représentant de commerce, est adhérent à l’Union des commerçants de Joinville.
L’Union des républicains de Joinville, avait conclu, en octobre 1934, un accord électoral avec les radicaux-socialistes. Mais elle décide de le rompre avant les élections municipales générales, en avril 1935 : « L’Union des républicains, se souvenant des fusillades du 6 février, des scandales Stavisky et autres dans lesquels figurent des députés, des magistrats, d’anciens ministres, tous radicaux et maçons, a décidé de rompre l’union précédemment établie avec les radicaux pour faire une liste composée en totalité d’éléments modérés et nationaux ». Face à une liste d’union socialiste et communiste et à une liste radicale-socialiste, la coalition de droite remporte 25 des 27 sièges à pourvoir au conseil municipal.
Bien que non membre du conseil, Bars est désigné comme électeur sénatorial par la majorité de droite en septembre 1935.
Au cours de la deuxième guerre mondiale, Paul Bars est affecté à une compagnie d’ouvriers puis mis à disposition du ministère de l’armement et affecté à Bourges (Cher).
Après le conflit, Paul Bars est membre du parti gaulliste, le Rassemblement du peuple français. Il est candidat sur la liste du RPF au cours des élections municipales de novembre 1947. Arrivée en tête avec 3 066 voix en moyenne pour 6 974 suffrages exprimés (44%) sur 7 073 votants et 8 376 inscrits, la liste conduite par Pierre Perly, alliée aux autres formations de droite, obtient 13 sièges, soit le même nombre que l’Union républicaine et résistante (communistes et radicaux-socialistes, 43,3%), le dernier siège échéant à la SFIO (socialiste, 6,5%) tandis que les démocrates-chrétiens du MRP n’ont pas d’élu (5,8%). Bars est élu conseiller municipal mais, du fait du choix de l’élu SFIO, c’est le maire sortant Robert Deloche (communiste) qui est reconduit.
Collaborant à l’hebdomadaire conservateur Nouvelle Union régionale, Paul Bars qualifie ainsi en mai 1951 le budget de l’année : « Quel travail, messeigneurs ! On croule sous les taxes ». Dans le même organe, il s’inquiète des nombreux accidents de la circulation en novembre la même année, puis des risques d’éboulement en février 1953. Il rend compte en décembre de cette année de la messe pour le maréchal Leclerc, organisée en l’église Saint-Charles de Joinville.
Au cours des élections municipales de mai 1953, la droite s’est scindée en deux. Le RPF a constitué une Liste d'Action municipale et sociale, conduite par Pierre Calmon, sur laquelle figure Bars ; elle recueille en moyenne 1 334 voix pour 6 748 suffrages exprimés (19,8%) sur 6 979 votants et 8 482 inscrits. Mais les dissidents font un peu mieux à 22%, même s’ils ont autant de sièges. Avec dix élus, les communistes sont en tête (35,6%) et ont le soutien des socialistes SFIO (12,2%, 3 sièges). Ce sont cependant les démocrates-chrétiens du MRP qui feront la différence (9,2%, 2 sièges). Georges Defert (RGR) est élu maire et Bars reste au conseil municipal.
En juillet 1953, la section RPF de Joinville vote une motion de protestation à propos de l’affaire Rosenberg, qui secoue alors les États-Unis ; Bars et les autres élus gaullistes s’y associent. En janvier 1957, le conseil municipal de Joinville vote un secours aux hongrois, soumis à l’occupation des troupes de l’Union soviétique. La majorité bénéficie alors du soutien des élus SFIO, contre les communistes.
Lors des élections municipales suivantes, le RPF présente des listes de coalition avec le MRP et la SFIO, contre celle du maire sortant. Avec 23,5% en 1959 puis 13,1% en 1965, ces candidatures sont nettement devancées tant par la droite RGR que par les communistes ; le retour au scrutin majoritaire fait qu’il n’y a plus de représentant des trois formations coalisées dans le conseil.
Paul Bars meurt le 19 novembre 1985 à Joinville. Il était âgé de 87 ans et père de deux enfants.
Sa fille cadette Nicole Marie Henriette Bars, épouse Tardu (1931-2010) a également été élue conseillère municipale de Joinville-le-Pont en décembre 1975. Une élection partielle avait été convoquée suite au décès du maire, Georges Defert, pour compléter le conseil. La liste de droite, sur laquelle Nicole Tardu figurait, a remporté les quatre sièges à pourvoir et Jean-Pierre Garchery (divers droite) a été élu maire. En mars 1977, la gauche a emporté la mairie avec une liste d’union conduite par le communiste Guy Gibout.
Ernest Émile Masson naît le 31 mai 1874 à Dampierre-sur-Salon. Il est le fils de Berthe Jeanne Eugénie Maillot et de son mari, Célestin Adrien Masson, gendarme.
Travaillant comme journalier, il s’engage en 1892, âgé de 18 ans, dans l’armée pour quatre ans à Besançon (Doubs). Il sert dans le 9e bataillon d’artillerie de forteresse. À la fin de son service militaire, en novembre 1896, il s’installe d’abord à Champigny-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne). Il épouse en janvier 1899 dans cette commune Berthe Jeanne Eugénie Maillot, originaire de Seine-et-Oise et fille de cheminots. Ils vivent dans plusieurs quartiers de Paris avant de revenir à Champigny en 1900, de nouveau dans la Grande-Rue puis en 1912 rue du Clos-Bellot et en 1914 rue de Joinville.
Au cours de la première guerre mondiale, rappelé à l’armée, Ernest Masson est classé pour un service auxiliaire du fait de son obésité (115 kilos), liée à un emphysème des boulangers, ainsi que du fait d’une arthrite sèche au genou gauche. Il est renvoyé dans ses foyers en juin 1915.
Après le conflit, Ernest Masson prend la gestion de l’hôtel, café, restaurant, tabac Au Rocher Fleuri, situé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Polangis, avenue Pauline.
La salle Masson est un des principaux lieux de réunion d’organisations de gauche dans la commune.
En 1919-1920, le parti socialiste SFIO et sa jeunesse s’y réunissent trois fois. À partir de 1921, transformé en parti communiste, ce sont les structures culturelles et de jeunesse qui y tiennent leurs assemblées. La Jeunesse communiste y a installé son siège et y donne des cours d’algèbre, de géométrie et de dessin industriel en 1921. Elle organise en janvier 1922 un meeting dédié aux communistes allemands Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht. Les Fêtes populaires, groupe interne à la section communiste s’y réunissent aussi à partir de février 1921 puis le groupe artistique en 1923. À partir de janvier 1923, la section communiste locale y tient également des réunions.
Composé d’anciens communiste ayant quitté le parti communiste lorsque l’interdiction d’appartenir à la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et à la franc-maçonnerie a été édictée, l’Union fédérative socialiste (UFS) utilise aussi la salle Masson comme site de réunion à compter de mars 1923. C’est également le cas de la LDH. En mars 1923, l’Association républicaine des anciens combattants organise chez Masson un « Grand meeting contre la guerre et l’occupation de la Ruhr », avec le soutien de la LDH et de l’UFS.
Le Rocher fleuri accueille également d’autres manifestations, comme l’annuel banquet des sapeurs-pompiers de la commune, en décembre 192 ou l’assemblée générale de la société mutualiste Assurance fraternelle en janvier 1924.
En avril 1924, l’établissement de l’avenue Pauline est vendu à Raymond Vialatelle (1912-1992). Il sera également dans le même lieu hébergeur de manifestations sociales et politiques entre 1935 et 1938.
La famille quitte Joinville. Ernest Émile Masson meurt le 26 mars 1926 à Malakoff (Seine, act. Hauts-de-Seine), où il résidait route de Montrouge. Il était âgé de 51 ans.
Déplacé sur l’avenue Galliéni, le Rocher fleuri était toujours exploité à Joinville en 2020.
Le restaurant Denis, voisin du restaurant Masson à Joinville-le-Pont
André Firmin Élisée Lemaire naît le 16 octobre 1896 à Saint-Rémy-en-l’Eau (Oise). Il est le fils de Marie Eveline Poiret, giletière couturière, et de son époux Ernest Léon Eugène Lemaire, garde particulier du château.
Du fait de la première guerre mondiale, André Lemaire, alors marchand beurre et œufs à Saint-Rémy, est mobilisé pour ses obligations militaires de façon anticipée. Il est incorporé en avril 1915 au 2e bataillon de canonniers, où il est nommé brigadier en novembre 1916. Malade en septembre 1918, il est évacué pour un mois et demi, passe au 5e régiment de génie en décembre et est alors nommé maréchal des logis. À la fin de son service militaire en mai 1919, il est affecté aux chemins de fer du Nord, compagnie dans laquelle il travaille désormais.
Son comportement pendant le conflit lui vaut une citation à l’ordre du régiment en juin 1918 : « très bon brigadier, très brave, assure d’une façon parfaite les fonctions de brigadier de tir et fait preuve à maintes reprises durant les combats d’intelligence, de calme et de volonté. »
En octobre 1921 à Saint-Rémy, André Lemaire épouse Madeleine Lucie Dégroux, couturière giletière, originaire de Saint-Quentin (Aisne) et veuve d’un soldat mort à la guerre. Ils s’installent en 1924 à Joinville-le-Pont, dans le quartier de Palissy, quai Moisson (act. quai Gabriel-Péri). Ils reprennent une activité de crémier. Ce commerce lui vaudra des soucis avec la justice, puisqu’il est condamné, en février 1926 par la 10e chambre du tribunal civil de la Seine, à 500 francs d’amende pour tentative de tromperie sur la qualité de la marchandise. André Lemaire sera, en outre, condamné en janvier 1934 par la 10e chambre du tribunal correctionnel de Melun (Seine-et-Marne) pour blessure involontaire le mois précédent.
Après la deuxième guerre mondiale, André Lemaire est nommé le 26 septembre 1944 membre de la délégation spéciale qui administre la commune de Joinville sur proposition du Comité local de Libération. Il fait ainsi fonction de conseiller municipal. Le conseil municipal en place pendant la période d’occupation a été chassé le 25 août 1944, quand le Comité de Libération a occupé la mairie, sous la direction de Robert Deloche (communiste).
Au cours des élections municipales d’avril 1945, André Lemaire figure sur la liste d’Union républicaine et résistante, conduite par Deloche, avec l’étiquette du Front National (FN, mouvement de résistance). Il est élu en tant qu’apparenté (indépendants de gauche).
Lors des élections municipales de novembre 1947, André Lemaire est de nouveau candidat aux côtés de Deloche. La liste de ce dernier obtient une moyenne de 3 017 voix pour 6 974 suffrages exprimés (43,3%) sur 7 073 votants et 8 376 inscrits et a 11 sièges, dont celui de Lemaire. Elle est légèrement devancée, en suffrages, par la liste du mouvement gaulliste RPF (44%) qui bénéficie d’autant d’élus cependant. C’est le seul socialiste SFIO, qui a recueilli 6,5% des votes, qui permet à Deloche de conserver son poste de maire.
En août 1950, Lemaire, en tant qu’ancien conseiller à la Libération, fait partie des organisateurs de l’anniversaire de celle-ci.
Après la démission de Deloche, mis en cause par le parti communiste pour son comportement personnel, le conseil municipal élit Amélie Trayaud comme maire en février 1953. Elle cesse son mandat en avril. Lors des élections municipales, la coalition des listes de droite et du centre permet à Georges Defert (RGR, droite) de devenir maire. Lemaire n’est pas réélu.
André Lemaire meurt le 22 mai 1964 à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne). Il était âgé de 67 ans, résidait probablement toujours à Joinville et était père de deux enfants. Il avait été décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze pour son comportement pendant la première guerre mondiale.
Eugène Hindermeyer naît le 8 février 1864 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Caroline Louise Moitié, blanchisseuse, et de son mari, Eugène Hindermeyer. Installée rue du Four, à la limite de Joinville-le-Pont, la famille Hindermeyer se partage entre ces deux communes. Son grand-père était ébéniste, métier qu’exerça d’abord son père avant de devenir scieur à la mécanique.
Par sa grand-mère paternelle, Eugène Hindermeyer est issu de la famille Destouches, des marchands de vin qui siégèrent au conseil municipal de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur puis Joinville-le-Pont (nouveau nom du village en 1831) entre 1790 et 1843. La première femme de son père, Françoise Éléonore Rousseau, descendait également de cultivateurs, élus de la même commune entre 1818 et 1843.
Devenu plombier, Eugène Hindermeyer épouse en juillet 1890 à Saint-Maur Louise Charlotte Grand. Ils s’installent à Paris, d’abord dans le 11e arrondissement, rue Rochebrune, puis dans le 3e, rue Michel-le-Comte et rue de Turbigo. Elle meurt en mars 1911.
Après la première guerre mondiale, Eugène Hindermeyer s’installe à Joinville, rue du Pont (act. rue Jean-Mermoz). Il cohabite avec sa cousine, Virginie Hindermeyer.
Ayant alors pris sa retraite, il est candidat en mai 1925 sur la liste Union républicaine pour la défense des intérêts communaux, conduite par le maire sortant, Henri Vel-Durand (radical dissident), qui a le soutien des formations de droite et fait face à une liste de groupement des gauches (radical-socialiste, socialiste SFIO et socialiste indépendant) et à une liste communiste. Son programme veut que les lois de laïcité soient appliquées « sans rigueur et sans sectarisme », il défend le maintien de l’octroi, et prône des économies dans les dépenses budgétaires. Au premier tour, la liste de droite était en tête avec 47,5% des suffrages exprimés, devant le cartel des gauches (28,4%) et les communistes (21,1%). Malgré le retrait de ces derniers, elle emporte les 27 sièges à pourvoir et Vel-Durand est réélu. Il meurt en 1928 et est alors remplacé par Stephen Durande.
Au côté de ce dernier, Hindermeyer est candidat à sa réélection en mai 1929. Dans une configuration comparable à celle de 1925, la liste d’Union nationale arrive en tête au premier tour, avec 42,6% des suffrages exprimés suivie de la Concentration des gauches (35,9%) et des communistes (16%). Hindermeyer obtient 916 voix pour 2 126 suffrages exprimés (43,1%) sur 2 969 inscrits. Au second tour, malgré le maintien de la liste communiste, c’est la liste radicale-socialiste et socialiste SFIO qui emporte 22 sièges, contre 5 à la droite. Hindermeyer n’est pas réélu. Georges Briolay (radical-socialiste) devient maire.
En juin 1935 E. Hindermeyer participe à une souscription du mouvement royaliste Action française pour les élections législatives de l’année suivante.
La propriété qu’il partage avec sa cousine rue du Pont à Joinville est expropriée, en septembre 1938, pour permettre l’élargissement du pont de Joinville et l’agrandissement de la route d’accès, qui deviendra la Nationale 4.
Eugène Hindermeyer meurt le 21 février 1951 à Angers (Maine-et-Loire). Il était âgé de 77 ans. Il avait eu au moins un enfant.
Son fils Paul Hindermeyer (1898-1982), prisonnier pendant la première guerre mondiale puis interprète auprès de l’armée anglaise, fut, entre 1927 et 1936, un militant du mouvement royaliste Action française. Il présidait en 1933-1925 le groupe Arts-et-Métiers dans le troisième arrondissement et résidait rue de Turbigo. Il a livré un témoignage sur la manifestation du 6 février 1934, où il était présent.
Julien Périn naît le 4 avril 1869 à Paris (3e arr.). Il est le fils de Jeanne Marie Paissant et de son mari Auguste Périn mécanicien. Le nom de Périn est très fréquemment orthographié fautivement « Perrin ».
Il exercera lui-même le métier de mécanicien. En mars 1890, Julien Périn s’engage pour trois ans dans l’armée. Il est affecté à la première compagnie d’ouvriers d’artillerie. Cependant, il est libéré du service militaire dès décembre 1891, étant devenu soutien de famille. Il vit dans le 11e arrondissement de Paris, d’abord passage Piver puis rue Morand.
En avril 1895 à Paris (20e arr.), Julien Périn épouse Zoé Françoise Thomas, polisseuse. Ils s’installent rue Julien-Lacroix puis, en 1905, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne).
Il s’installe où il rejoint le Parti socialiste unifié SFIO. En avril 1911, il est un des deux orateurs, avec le secrétaire de la section Émile Lebègue, qui développe le programme du parti à l’occasion d’élections municipales complémentaires. Il est nommé membre de la commission exécutive en novembre la même année.
En mars 1912, il figure sur la liste socialiste qui fusionne au second tour avec des radicaux dissidents et des libéraux et bat la municipalité radicale-socialiste sortante.
Les socialistes sont sept à entrer au conseil municipal, dont Périn aux côtés de Laruelle, Lebègue, Flambard, Lacroix, Petit et Scornet ; ce sera la plus forte présence socialiste dans l’assemblée locale jusqu’en 1977.
Pendant la première guerre mondiale, Périn est mobilisé dans un atelier à Champigny, puis chez lui, à Joinville où il travaille pour l’armement. Il peut de ce fait continuer à siéger au conseil municipal. La maladie du maire, Ernest Mermet, et celle d’un de ses adjoints ainsi que l’absence de nombreux élus enrôlés dans l’armée renforce son rôle.
Le conseiller municipal monte une boucherie communale, qui approvisionne la population en viande congelée. Il s’occupera également de l’acquisition, toujours pour les besoins de la population, d’un stock de charbon. Périn suit également la création de jardins partagés dans un grand domaine mis à disposition par le propriétaire du domaine de Polangis.
Périn s’exprime régulièrement dans les journaux locaux, Gazette de l’Est et Voix des communes. Il présente ainsi son rôle : « le charbon, Y’a bon, comme disent nos amis sénégalais ». Il s’éloigne des socialistes SFIO, dirigés à Joinville par Émile Lebègue, qui le considèrent comme « trop indépendant », selon l’hebdomadaire radical Voix des communes. Il prend publiquement la défense du maire quand il est attaqué par les radicaux-socialistes.
Après avoir travaillé comme contremaître, responsable de l’équipe de nuit, dans l’usine de munitions Royer à Champigny-sur-Marne, Périn monte un atelier chez lui à Joinville, où il réside dans le quartier de Palissy, rue de Brétigny (act. avenue du Président-Wilson). Suite à une plainte de son ancien patron, Périn est condamné à 2 mois de prison et 200 fr. d’amende pour vol d’outils en première instance en octobre 1916. Il est acquitté en appel en juillet 1917.
Julien Périn est à nouveau élu en novembre 1919 sur une liste d’union républicaine et sociale conduite par l’ancien premier adjoint, Henri Vel-Durand, qui rassemble les radicaux dissidents, les radicaux-socialistes (Georges Briolay) et des socialistes indépendants (Scornet). Elle s’oppose aux socialistes SFIO, conduits par Laruelle, et aux libéraux. La liste remporte les 23 sièges et Périn devient premier adjoint.
Au début 1922, Périn entre en conflit avec le maire. Il est d’abord exclu de certains organismes municipaux, comme le syndicat d’initiative, puis, en juin 1923, il est radié du conseiller municipal et démis de sa fonction d’adjoint par le préfet, sous prétexte d’absentéisme aux séances officielles en application de l’article 60 de la loi du 5 avril 1884. Il proteste vivement et dénonce de « louches combinaisons » du second adjoint et futur maire Stephen Durande. Le socialiste indépendant Georges Scornet prend sa défense, au nom de « nombreux d’habitants », soulignant que Périn était « toujours là, prêt à rendre service » quand on le sollicitait.
Périn était membre du club cycliste Joinville sportif et vice-président de la Société de secours mutuels des sapeurs-pompiers de la commune. Il est un des fondateurs du Club du chien de défense et de police de Saint-Maur-des-Fossés.
En juillet 1920, Julien Périn avait reçu une lettre de félicitations pour actes de courage et de dévouement. Il quitte Joinville vers 1924.
Installé en 1926 à Villecresnes (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne), dans le lotissement de la Gare (qui devient ensuite rue Guynemer), Périn est toujours mécanicien et gère, avec son épouse, une pension de famille. Il devient débitant de tabac et aménage un café dans les années 1930. Il accueille dans son établissement des réunions du Parti socialiste SFIO, de l’ARAC (anciens combattants) ou des permanences de syndicats. Julien Périn meurt à Villecresnes le 16 janvier 1936. Il était âgé de 66 ans et père d’une fille. Son épouse continue à exploiter le tabac.
Paul Henry Mottheau naît le 26 février 1851 à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le neuvième des dix enfants de Pauline Emélie Mabille et de son mari Philippe Joseph Mottheau, épiciers.
Devenu boucher, Henry Mottheau est installé à Joinville-le-Pont en 1877 où il exploite un commerce dans le quartier du Centre, rue de Paris. Sa sœur Hortense a épousé en 1860 Eugène Voisin, entrepreneur de bals, qui est alors conseiller municipal puis devient en 1878 adjoint au maire avant d’être, pour 24 ans, élu maire en 1888. Son frère Ernest, fabricant de bronze, s’installe également à Joinville où il réside en 1891.
En octobre 1877 à Créteil, Henry Mottheau épouse Emélie Maria Blonde.
Comme d’autres commerçants, Henry Mottheau fait partie de la commission permanente des fêtes de Joinville en 1891.
Peut-être est-ce lui, sinon son frère Ernest ou éventuellement son neveu Eugène, qui est candidat sur la liste de droite d’opposition à la majorité locale, lors des élections municipales de mai 1892 à Joinville-le-Pont. Elle est conduite par le Dr Jean Barborin et l’industriel Albert Bocquentin et s’oppose à Eugène Voisin, candidat avec le soutien du comité radical-socialiste. Mottheau recueille 164 voix soit 25,7% des 639 suffrages exprimés. La liste Bocquentin-Barborin n’obtient qu’un seul des 23 sièges à pourvoir et Mottheau est battu.
C’est Henry Mottheau qui organise à l’automne 1895 une quête en faveur des victimes de la catastrophe de l'usine de la société du Bi-Métal, entreprise métallurgique de Joinville dont une chaudière a explosé, faisant quatre morts.
Octave Rollin se porte acquéreur, en novembre 1897 de la boucherie que vend Henry Mottheau ; elle employait au moins cinq personnes. Il a alors 46 ans.