Suite de la biographie d’Aimos, alias Raymond Caudrilliers
À côté de son travail artistique, Aimos s’intéresse en particulier à la boxe. Il est le président du Ring de Pantin (Seine, act. Seine-Saint-Denis), qui revendique le titre de premier club pugilistique français chez les amateurs. Une coupe à son nom sera délivrée à partir de 1944.
Pendant la deuxième guerre mondiale, Aimos ouvre, rue Montmartre à Paris, un restaurant pour les enfants nécessiteux, baptisé L'Œuvre des Gosses. Il mobilise Charles Trenet, qui y interprète La cigale et la fourmi pour récupérer des fonds pour la cantine. Plusieurs auteurs comparent son engagement aux Restaurants du cœur de Coluche.
Son principal engagement, c’est cependant dans la lutte contre l’occupation allemande en France. Aimos rejoint le mouvement Libération-Nord. Il est membre du groupe Sébastopol, affilié au mouvement Résistance, qui s’appuie sur d’anciens cadres de Jeune République, un parti chrétien d’avant-guerre. Le groupe avait son siège à la pharmacie Canonne, boulevard Sébastopol à Paris et se retrouvait au restaurant Le Grillon, dans la même artère.
Le groupe est actif dans la lutte contre la déportation et l'aide aux aviateurs alliés. En août 1944, en lien avec le groupe Cloche des Halles, le groupe Sébastopol participe aux combats pour la libération de Paris et compte alors une soixantaine de membres.
C’est le 20 août, au cours d’échanges de tirs avec des soldats allemands, qu’Aimos va trouver la mort, près de la gare du Nord.
Une quinzaine de membres du groupe Sébastopol, soit un quart, sont disparus pendant les combats de la Libération.
Transporté à la morgue de l’hôpital Saint-Louis, son cadavre ne fut identifié, par la Croix-Rouge, que plusieurs plus tard, suite à des annonces publiées dans la presse par sa mère.
Aimos se vit reconnaître à titre posthume, en 1947, le grade de caporal dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Suite de la biographie d’Aimos, alias Raymond Caudrilliers
Bien avant-guerre, Raymond Caudrilliers avait démarré une carrière artistique. Il prit le pseudonyme d’Aimos, qui devint son nom d’usage, et s’engagea en tant que chanteur lyrique dans le music-hall.
C’est cependant dans le cinéma qu’il fit l’essentiel de sa carrière. Si une légende lui attribue une participation au film des frères Lumière, L’Arroseur arrosé, elle est évidemment fausse, car il avait alors 4 ans, tandis que les deux personnages du film tourné en 1895 sont des adultes. D’autres sources lui attribuent, à 12 ans (donc vers 1903), une apparition dans une courte bande de Georges Méliès, mais elle n’est pas confirmée.
Le premier court-métrage où sa présence est documentée est Pendaison à Jefferson City de Jean Durand (1910) montrant la cruauté quotidienne de la vie de l'Ouest américain. Avec le même réalisateur, il participe à une série de petits films, autour du personnage d'Onésime créé par Ernest Bourbon (1912 à 1914).
Entre les deux guerres, Aimos va devenir un second rôle populaire du cinéma français, d’abord dans le muet. Il apparaît dès 1922 dans le long-métrage Vingt ans après, adaptation du roman d'Alexandre Dumas par Henri Diamant-Berger.
En juin 1923, Aimos qui vit avec sa mère avenue Ledru-Rollin à Paris (11e arr.), épouse Pauline Madeleine Botté.
C’est avec le parlant que la carrière d’Aimos s’accentue. On le voit dans le premier film de cette catégorie tourné par René Clair, Sous les toits de Paris. Il enchaînera ensuite une centaine de films.
Il tourne avec Gaby Morlay dans Accusée, levez-vous de Maurice Tourneur (1930). À côté de nombreuses productions commerciales, où il tient souvent des petits rôles comiques, on voit Aimos au générique de quelques chefs-d’œuvre et grands classiques.
Il est ainsi Charles dans 14 Juillet de René Clair, Marcel dans Sous la griffe de Christian-Jaque, Marcel Mulot dans La Bandera de Julien Duvivier, Raymond dit Tintin dans La Belle Équipe de Julien Duvivier encore, Dix-de-Der dans Titin des Martigues de René Pujol, La Ficelle dans Chéri-Bibi de Léon Mathot, Quart-Vittel dans Quai des brumes de Marcel Carné ou Agénor dans Ils étaient neuf célibataires de Sacha Guitry.
Pendant la deuxième guerre mondiale, il continue à tourner et on le voit comme le valet de François-Ferdinand dans De Mayerling à Sarajevo de Max Ophüls, Cupidon dans Monsieur La Souris de Georges Lacombe, Ernest dans Lumière d'été de Jean Grémillon ou dans Les Petites du quai aux fleurs de Marc Allégret.
Un de ses plus beaux rôles se situe dans La Belle Équipe où il incarne le plus optimiste des cinq copains qui choisirent de mettre en commun leurs gains à la loterie pour construire une guinguette au bord de la Marne. Il tourne le film à Joinville-le-Pont, aux côtés notamment de Jean Gabin et Charles Vanel, en 1936, période d’optimisme social et politique qui allait peu durer.
Il divorce en 1938 de Pauline Madeleine Botté et va vivre sur les bords de Marne à Chennevières (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne) avec sa mère et Renée Lefèvre, présentée parfois comme son épouse mais avec laquelle il ne semble pas s’être marié.
Début de la biographie d’Aimos, alias Raymond Caudrilliers
Raymond Arthur Caudrilliers naît le 28 mars 1891 à La Fère (Aisne). Il est le fils de Blanche Armance Cloës et de son mari, Joseph Caudrilliers, bijoutier.
La famille s’installe en région parisienne dans la première décennie du vingtième siècle. Elle réside en 1910 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne), avenue Krüger, dans le quartier du Parc. Cette même année, Raymond Caudrilliers est condamné, en janvier, à quatre mois de prison pour vol par le tribunal correctionnel de la Seine. Il effectuera sa peine dans la colonie correctionnelle de Gaillon, Eure, prison pour enfants où il est présenté comme résident en 1911. Son père meurt en février 1911 à Saint-Maur.
Son frère aîné, Robert Caudrilliers (1888-1959), est un pionnier de la photographie aérienne, d’abord à titre civil à partir de 1908, puis dans l’armée. Il couvrira ensuite principalement l’actualité sportive.
C’est cette même année 1911 que Raymond Caudrilliers aurait dû effectuer son service militaire. Cependant, il est déclaré insoumis en janvier 1913 comme « manquant à la convocation de son ordre d’appel. »
Lors de la première guerre mondiale, Caudrilliers se présente volontairement en août 1914 et est incorporé au 113e régiment d’infanterie. De ce fait, et grâce à la loi d’amnistie du 5 août 1914, il est rayé de la liste des insoumis. Il sera présenté, entre juillet 1915 et février 1929, 11 fois devant des commissions de réforme, qui toutes concluront à sa mauvaise santé pour cause d’une tuberculose pulmonaire, antérieure à son incorporation. Après les 11 premiers mois, il ne reprend une activité militaire qu’un mois lors de l’été 1916. Les commissions constatent que sa voix est altérée et son état général médiocre ; il obtient une pension correspondant à un taux d’invalidité de 50%.
Caudrilliers réside un temps en 1917 à Marseille avant de revenir, en juillet de cette même année, à Saint-Maur.
Après-guerre, Raymond Caudrilliers est une nouvelle fois traduit en justice ; il écope d’un mois de prison pour port d’arme prohibée devant le tribunal correctionnel de la Seine.
L’influence d’Alphonse Demeestère est attestée par plusieurs témoignages.
Gaston Meynet, qui fut maire radical-socialiste d’Alfortville (Seine, act. Val-de-Marne) considère que Demeestère était « l’honneur et l’orgueil » de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux. Selon Meynet, « nul n’apporta jamais, dans la vie privée et dans la vie publique, plus de simplicité, de dignité, de bonté et de désintéressement que ce militant intègre, dévoué de la République et des réformes sociales (…) passionné de justice et de solidarité. Il était l’âme de l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton, dont il avait été un des fondateurs, et dont il fut, pas sa puissance d’attraction, le président perpétuel ». Meynet décrit ses convictions : il était républicain, socialiste, libre-penseur. Il estime qu’il « fut le chef vénéré et incontesté de notre grande famille démocratique de la deuxième circonscription. »
Henry Vaudémont, journaliste et militant radical, critique à son égard au début des années 1880 devint ensuite un de ses plus proches compagnons. « Demeestère ne fut point un médiocre, loin de là. Il fut un modeste, ce qui est fort différent. Jamais, en effet, Demeestère n’eut d’autre ambition que de défendre ses idées et son parti. Ses idées on les connaît : ce sont les grandes idées démocratiques d’incessant et rapide progrès, l’expérience scientifique opposée à la révélation divine, le droit humain proclamé et opposé triomphalement à cette immense et infâme fumisterie qui a nom droit divin. Son parti, c’est le parti radical-socialiste ; il en était dès 1848 : il en resta jusqu’à sa mort, toujours à l’avant-garde, toujours sur la brèche. (…) Demeestère, en ces temps-là [trois ans de lutte contre le césarisme] marchait non seulement avec nous, mais en tête de nous tous, président de l’Union des radicaux-socialistes de la circonscription de Charenton, il multipliait les convocations, faisant lui-même fonction de secrétaire et de trésorier pour avancer l’argent des affiches et de la location des salles. Et pour rien au monde, il n’aurait manqué une de ces réunions où sa haute stature, sa barbe et ses cheveux blancs lui donnaient une autorité dont les plus stupidement buttés subissaient l’influence malgré eux. »
Vaudémont continuait : « Pendant que ce vieillard multipliait ses efforts grâce auxquels la banlieue dut de garder un coin de terre non souillé par les pitres à la Laguerre et à la Mermeix [responsables boulangistes], combien se pelotonnaient tranquillement sous leurs couvertures se disant : faut-il être bête pour s’occuper de politique par le temps qui court. De quelque côté que ça tourne, je saurai bien toujours me retourner ! »
« Demeestère était un de ces hommes tout d’une pièce, qui ne changent point, ne reculent jamais d’une semelle et ne se déplacent que pour marcher de l’avant. Tel il était à 20 ans, tel il était à 60, libre-penseur, athée, partisan de tous les progrès et toujours sur la brèche, pour aider à la conquête d’une liberté ou lutter contre un danger menaçant cette République, qui lui était aussi chère que la vie. Ce n’était pas que ses moyens fussent puissants : Demeestère n’avait point une instruction transcendante ; mais il avait beaucoup lu et du d’Helvétius, du Diderot, du Voltaire, du Jean-Jacques Rousseau, du Voney, du P-L. Courier, du Michelet, du Louis Blanc de préférence au Paul de Kock. »
« Il n’était pas riche non plus. (…) Cependant, s’il fallait de l’argent pour publier une circulaire, pour des affiches et convoquer une réunion publique, Demeestère se trouvait toujours là, à point nommé. Il rédigeait et envoyait les convocations personnelles, arrêtait la salle, disposait tout et ouvrait la séance. Il était là le premier et partait le dernier. Je l’ai vu, car j’étais à ses côtés, revenir de Charenton à Joinville à 1h du matin, avec Thime, le bottier, et moi, par un pied de neige. Demeestère avait alors 70 ans (…) Il fut (…) un de ces divisionnaires auxquels on doit une bonne part de la victoire. »
Marcel Louis Gaucher naît le 29 septembre 1894 à Paris (12e arr.). Il est le fils de Juliette Mathiot et de son époux Louis François Gaucher, instituteur, qui résident à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne).
Au début de la première guerre mondiale, Marcel Gaucher est étudiant en droit et réside chez ses parents à Bagnolet (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Il est incorporé en août 1916 au 153e régiment d’infanterie. Il devient caporal en mai 1917 puis sergent le mois suivant. Pour son attitude pendant les combats, il est cité à l’ordre du régiment en novembre 1918. Gaucher est affecté en mai 1919 à la 20e section état-major et est mis en congé en septembre de la même année.
Il s’installe alors à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), avenue du Bac. Juste après la fin de sa période militaire, il épouse dans cette ville Raymonde Mathilde Rigaud en septembre 1919. Il est contremaître dans l’entreprise de coupe de verre et de glaces, dirigée par son beau-père, Eugène Rigaud, et située à son adresse dans le quartier de Polangis. Il participe au bureau de la Société symphonique de Joinville dont il est archiviste en 1925.
Vers 1925, Marcel Gaucher devient rédacteur à la préfecture de police de Paris. Il y préside une société musicale, la Symphonie, qu’il fusionnera en 1935 avec le Salon artistique de la même administration, en une Association artistique s’occupant à la fois de musique et de peinture. Marcel Gaucher est lui-même peintre, orienté vers le paysage, et expose au salon annuel de la préfecture en 1934, 1937 et 1938.
La famille Gaucher s’est installée à Fontenay-sous-Bois (Seine, act. Val-de-Marne), d’abord rue Squéville puis rue Castel. En juillet 1932, Marcel Gaucher remporte un prix au Grand concours politique organisé par le quotidien l'Œuvre.
Pendant la deuxième guerre mondiale, Gaucher est affecté spécialement à la préfecture de police. Il est démobilisé de fait le 25 juin 1940. Le 6 septembre 1941, le Journal officiel publie une « Liste des dignitaires (hauts gradés et officiers de loges) de la franc-maçonnerie » dans laquelle Marcel Gaucher est présenté comme responsable de la loge L'Effort. En conséquence de cette dénonciation, l'amiral Bard, préfet de police, dans un arrêté du 26 septembre 1941, relève Marcel Gaucher de ses fonctions de sous-chef de bureau à la direction du personnel, du budget et du matériel.
Marcel Gaucher avait fondé, dès juin 1940, le premier groupe clandestin contre l’occupant à la préfecture. Il s’occupe de faux papiers et de l’organisation de dépôts d’armes.
Après son renvoi, il est recruté le 1er octobre 1941 comme agent P1 au sein du réseau Hector, mouvement de résistance fondé par Alfred Heurteaux et lié au service de renseignement de l’armée de l’air française. Le 9 octobre, il est nommé agent P2, chargé de mission 3e classe, ce qui lui vaut un grade de sous-lieutenant homologué au titre des Forces françaises combattantes.
Le réseau est démantelé au cours de l’opération Porto par l’Abwehr, service de renseignement de l'état-major allemand à Paris. 119 personnes sont arrêtées, dont 77 seront maintenues en détention, dans des lieux gardés secrets au nom de la nouvelle classification Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard).
En compagnie de son fils Jacques, également résistant, Marcel Gaucher est arrêté le 9 octobre 1941. Il est déporté depuis la gare de l’Est à Paris le 15 décembre 1941, cinq jours après son enfant. Il est successivement interné dans les prisons de Hagen, de Cologne, de Wittlich (Rhénanie-Palatinat), de Wolfenbüttel (Basse-Saxe) et de Hambourg. Il est enfin transféré au camp de concentration de Gross-Rosen (Allemagne, act. Pologne, près de Rogoźnica), où il meurt le 24 décembre 1944. Il était alors âgé de 50 ans. Son fils mourut également en déportation en avril 1945.
Pour son activité civile, Marcel Gaucher avait obtenu la médaille de bronze de la mutualité en août 1929. Il était décoré des Palmes académiques en tant qu’officier d’académie en janvier 1931 et comme officier de l’instruction publique en février 1937.
Au nom de son engagement dans la Résistance, et à titre posthume, Marcel Gaucher a obtenu la médaille de la Résistance en avril 1946 et a été fait chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1947. Il a été cité à l’ordre de la Nation le 21 juin 1947 par le ministre de l’intérieur, Édouard Depreux.
Le nom de Marcel Gaucher figure sur la plaque commémorative des victimes civiles, située au carrefour des Martyrs-de-la-Résistance à Fontenay-sous-Bois. La même commune a baptisé une de ses voies « rue Marcel et Jacques Gaucher » ; il s’agit d’une ancienne partie de la rue Castel, où il résidait. Un arrêt de bus de la RATP porte le nom « Mallier-Gaucher » ; il est desservi par la ligne 524.
Les archives municipales de Fontenay-sous-Bois conservent des toiles peintes par Marcel Gaucher.
Bords de mer, Marcel Gaucher (arch. Fontenay-sous-Bois)
Au cours des élections municipales de mai 1892, Demeestère est de nouveau candidat, sur la liste du maire Eugène Voisin qui a le soutien des radicaux-socialistes. Face à une liste de droite, conduite par Barborin et Bocquentin, Demeestère n’arrive au premier tour qu’au 25e rang des candidats alors qu’il y a 23 sièges à pourvoir, avec 249 voix pour 639 suffrages exprimés (39%) et 644 votants. Il est cependant élu au second tour, du fait du retrait de la liste conservatrice.
Henry Vaudémont explique la contre-performance de Demeestère par « les petits papiers anonymes », alors qu’il considère qu’il est « l’un des plus travailleurs du conseil. »
En juillet 1893, toujours en compagnie de Vaudémont, Demeestère adhère au Congrès des conseillers municipaux socialistes qui se tient à Saint-Denis (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Pourtant, la division entre les socialistes et les radicaux commence à devenir nette, et la présence de radicaux à ce congrès étonne. En août, il prend la présidence du comité qui soutient la réélection de Baulard au poste de député.
Alphonse Demeestère meurt le 5 février 1894 à Joinville-le-Pont, à l’âge de 77 ans. Il siégeait depuis 14 ans au conseil municipal. Il est incinéré lors de funérailles civiles au cimetière du Père-Lachaise à Paris, en présence d’un grand nombre d’amis, de citoyens du canton, de libres-penseurs et de radicaux. Ces cendres furent ramenées au cimetière de Joinville.
Pour lui rendre hommage, Théodore Brisson-Joly, qui fut conseiller municipal de Paris, conseiller général de la Seine et conseiller d’arrondissement, propose en novembre 1894 de baptiser une rue de Joinville et de Champigny, la rue des Ormes-Grande-Allée, du nom de Demeestère. L’idée est reprise par Vaudémont, qui fait signer une pétition auprès de 79 personnes, mais le conseil municipal ne donne pas suite.
L’enterrement de la veuve de Demeestère, Philiberte Jojot, décédée le 21 août 1902, sera l’occasion d’un dernier hommage public au couple, qui avait été marié plus d’une cinquantaine d’année. Un de ses petits-fils, Henri Doret, fut secrétaire général de la mairie de Joinville-le-Pont, puis, après sa retraite, conseiller municipal radical-socialiste de Joinville-le-Pont (1929-1930).
En janvier 1891, Alphonse Demeestère annonce sa démission du poste de président de l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton, qu’il exerçait depuis cinq ans. Il invoque son âge, 74 ans, en précisant que si ce travail n’est pas au-dessus de ses forces à cette date, il craint qu’elles ne le trahissent. Il soutient également que « dans l’intérêt du groupe et aussi au point de vue démocratique que la présidence ne s’éternise pas dans les mêmes mains. »
À sa demande, la lettre de démission est publiée dans le journal Voix des communes. J. Menu, de Saint-Maurice, est élu président : il rend hommage, en mars, à son prédécesseur : le « sympathique citoyen Demeestère, qui jouit, vous le savez, de l’estime et de la considération de tout le monde sans exception, parce que le citoyen Demeestère, par son esprit conciliant, son aménité parfaite, a su inspirer à nos adversaires le respect de ses convictions franchement républicaines ». Dans ses remerciements, Demeestère, souligne « la progression rapide de l’influence politique de notre groupe » qu’il attribue à l’union et à la discipline.
S’il a quitté sa fonction exécutive, Demeestère reste très présent, aussi bien au conseil municipal que dans le comité radical de Joinville ou l’union cantonale. Il anime ainsi, avec Vaudémont, une campagne pour la création d’un omnibus desservant les quartiers de Polangis et Palissy depuis la gare. En septembre 1891, il préside la réunion de compte-rendu de mandat du député, Baulard.
Surtout, il est fier d’organiser le 17 octobre une réunion où le conseil municipal rend compte de son mandat en séance publique. Il explique que « jamais pareille chose en s’était produite depuis que la vieille branche de Saint-Maur » et y voit une rupture avec la tradition « monarchiso-orléaniste » de la commune. Demeestère fait un exposé de la situation financière de la commune : « Quoiqu’il arrive, le conseil aura la satisfaction, à l’expiration de son mandat, de laisser la commune dans une situation nette et dégagée des vieilles dettes qui l’obéraient et la contraignaient à ne rien entreprendre. »
Au sein de l’union radicale-socialiste, Demeestère plaide pour une réforme de l’impôt, qui devrait, selon lui, devenir progressif.
Conformément à ses convictions de libre-penseur, Demeestère prend position en faveur de la crémation et soutient une souscription lancée en avril 1892 par Vaudémont et le Dr Bitterlin pour construire un four crématoire intercommunal à Saint-Maur.
En 1891, 1892 et 1893, Demeestère participe aux « banquets gras », anticléricaux, organisés le vendredi-saint au restaurant chez Tilly, 40, rue de Paris à Joinville. Il participe au Congrès national de la libre-pensée en novembre 1892.
Le trio joinvillais Demeestère, Baulard et Vaudémont, s’appuyant notamment aussi sur Gaston Meynet, ancien maire d’Alfortville et directeur de Voix des communes, va faire de cette partie du département de la Seine, pendant quelques années, un bastion du mouvement radical, sensiblement plus à gauche que ne penche globalement le futur parti, et un îlot de résistance à l’antidreyfusisme ou au boulangisme.
Demeestère fut l’organisateur du groupe politique ; Baulard constitua l’élu le plus en vue, d’abord conseiller municipal, puis conseiller général et député ; Vaudémont enfin s’affirmait comme l’idéologue et le propagandiste.
En octobre 1888, Demeestère constitue un groupe des Droits de l’homme qui planifie des conférences anti-boulangistes à Charenton. Il convainc le conseil municipal de Joinville de s’associer à une manifestation en mémoire d’Alphonse Baudin, médecin et député à l'Assemblée de 1849, tué sur une barricade alors qu'il s'opposait au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. Il plaide également pour l’établissement d’une boulangerie municipale intercommunale avec les deux communes voisines de Saint-Maur et Saint-Mandé.
Le Congrès universel des libres penseurs, qui se tient à Paris en septembre 1889, accueille notamment Demeestère et Vaudémont comme délégués du canton de Charenton. Il affirme « La libre-pensée a été, est et sera la véritable émancipation de l’humanité ». Lorsqu’elle aura accompli son œuvre, « nous pourrons voir notre idéal se réaliser, c’est-à-dire voir : la paix internationale, la paix intérieure, l’outil à l’ouvrier, la terre au laboureur, enfin la fortune publique à tous, la Liberté, l’Egalite, la Fraternité ne plus être de vains mots, et la République être triomphante ».
Le même mois, Demeestère soutient la candidature de Jules Ferdinand Baulard à l’élection législative dans la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux, qui comprend la totalité du canton de Charenton. Baulard arrive en seconde position, derrière l’avocat partisan du général Boulanger, Guillaume Silvy. Il devance un autre radical, Brialou, député sortant du Rhône et plusieurs maires, radicaux également, de Charenton (Marvillet) ou du Perreux (Navarre). Au second tour, Demeestère organise le retrait des candidats radicaux et obtient également soutien des deux candidats socialistes en faveur de Baulard, qui est élu avec 53,1% des suffrages exprimés.
En 1890, Demeestère continue son travail d’organisation de l’Union des radicaux, rassemblant plus de 700 personnes pour fêter l’élection de Baulard, instaurant une cotisation, faisant adopter des statuts et une déclaration de principes.
Il s’implique également fortement sur les questions sociales, demandant par exemple que les employés aient le même droit que les ouvriers à un abonnement annuel sur les trains pour Paris. Il défend l’école laïque privée qui dessert les quartiers de Polangis et Palissy ainsi que celui de la Fourchette à Champigny, en attendant la création d’une école communale.
Avec Diot et Vaudémont (élu lors d’un scrutin partiel en avril 1890), Demeestère organise novembre 1890 un compte-rendu de son mandat de conseiller municipal, à forte tonalité sociale et anticléricale.
En août de cette même année 1890, c’est chez Demeestère qu’un groupe affilié à la Fédération française de la libre pensée est constitué. Il s’agira d’une subdivision de La Raison, société de libre-pensée du canton de Charenton que préside Henry Vaudémont.
En prévision des élections municipales de mai 1888, Demeestère et le comité radical-socialiste décident de se désolidariser de la municipalité sortante et s’associent avec les quelques militants socialistes-révolutionnaires de la commune au cours d’une réunion préparatoire, rassemblant 250 électeurs le 11 avril. Le comité issu de cette réunion décide d’interpeller les élus sortants et de les convoquer pour répondre à cinq questions : « 1) vous représentez-vous ? 2) avez-vous voté les poursuites contre le curé ? 3) êtes-vous partisan d’un sénat ? 4) [si changement législatif] maintien des appointements du curé ? 5) réunions du conseil municipal le soir ou l’après-midi ? »
Lors de la réunion du 18 avril, seuls Demeestère et Diot viennent. Ils assurent qu’ils se représentent, ont voté les poursuites, sont contre le sénat, pour affecter le budget des cultes à des travaux d’utilité publique et préfèrent des réunions le soir.
Tandis que le maire, Gabriel Pinson, se représente avec l’ensemble des conseillers sortants, sauf quatre, Demeestère constitue une liste clairement située à gauche. On y retrouve Diot, conseiller sortant, Vaudey, ancien conseiller municipal, deux socialistes-révolutionnaires, Charton, rentier et Boguet, mécanicien, ainsi que la plupart des militants radicaux, sauf le journaliste Henry Vaudémont qui reste encore spectateur du débat électoral. Une réunion de près de 300 électeurs le 2 mai, selon le journal de Vaudémont, Voix des communes, soutient le programme et sa liste.
Cependant, le scrutin de premier tour est décevant pour les radicaux. La liste républicaine modérée de Pinson emporte 17 sièges sur 21 à pourvoir. Elle recueille une moyenne de 302 voix. Chez les radicaux Diot en a 259, Demeestère 220, Vaudey 207 et Camus 190. Au second tour, Diot, Demeestère et Vaudey sont élus, tandis que Pinson retrouve son mandat de maire dans une séance que préside Demeestère, doyen d’âge.
L’échec partiel des radicaux a des conséquences dans la vie de leur groupe. Le chroniqueur pour Joinville, et futur rédacteur en chef de l’hebdomadaire Voix des communes, Henry Vaudémont qui signe alors du pseudonyme de Gringoire, publie une série d’articles intitulés Mes rêves et un autre dans lequel il annonce Ma grève. Il explique « Mon dégoût était si intense et ma ferme volonté de tout envoyer à tous les diables si sincère (…) Baulard et Demeestère s’unissent et, à la suite d’une conversation de près d’une heure me firent promettre de continuer à mener le bon combat. J’ai promis, je tiendrai. »
Mais le décès de Gabriel Pinson, le maire réélu, va remettre dans le radicalisme au premier plan dans la commune, tandis qu’il continue de se renforcer à l’échelle de la circonscription législative et du canton (qui sont identiques).
En août 1888, Eugène Voisin et Honoré Jullien deviennent respectivement maire et adjoint. Ce sont certes deux élus de la liste Pinson, mais Jullien, qui tient un restaurant sur l’île Fanac, deviendra un pilier du mouvement radical local tandis qu’Eugène Voisin, proche de Demeestère, sera dorénavant constamment allié au radicalisme. Il a écarté pour ce faire plusieurs prétendants plus modérés, notamment Jules Rousseau, directeur de l’école privée laïque du Parangon.
Le comité radical-socialiste de Joinville décide, en mai 1886 de proposer la candidature de Jules Ferdinand Baulard, ancien entrepreneur et militant républicain dès 1848, pour l’élection au conseiller général du canton de Charenton, rendu vacant par la mort de son titulaire, le docteur Decorse. Deux délégués de Joinville sont désignés pour faire partie du comité cantonal, Demeestère et Thime.
Jules Ferdinand Baulard, ancien ouvrier devenu entrepreneur, militant républicain en 1848 et sous l’empire, recueille au premier tour 39% des suffrages exprimés, face à un candidat de droite et à deux autres radicaux-socialistes. Il l’emporte au second tour avec 46%, un des deux radicaux s’étant maintenu.
Lors d’une réunion à Joinville en juin, le journaliste Henry Vaudémont plaide pour « l’alliance du parti ouvrier avec le parti radical-socialiste » afin d’assurer le succès de Baulard. En juillet, l’Union des républicains radicaux-socialistes du canton de Charenton décide d’admettre les citoyens qui déclarent adhérer à l’un des trois programmes sur lesquels se sont faites les élections de 1885 : programme de la presse radicale-socialiste, du comité central des groupes radicaux-socialistes de la Seine ou du parti ouvrier. Demeestère, devient président du comité cantonal. L’hebdomadaire Voix des communes le décrit comme « un des vieux lutteurs de la démocratie socialiste, homme modeste s’il en fut. »
En décembre 1886, toujours sous la présidence de Demeestère, l’Union cantonale lance un manifeste exposant son programme pour l’élection cantonale. Le thème central est la demande du retour à un statut de droit commun pour le département de la Seine, en séparant le conseil général départemental du conseil municipal de Paris. Mais le texte postule également « que le cumul des fonctions électives est en contradiction formelle avec les principes de la démocratie. »
En mars 1887, les commerçants pétitionnent en faveur des courses de chevaux, qui se tiennent sur les deux rives de la Marne à proximité immédiate de Joinville, dans le Bois de Vincennes et le parc du Tremblay. Le maire, Gabriel Pinson, et son premier adjoint, Eugène Voisin, démissionnent pour les soutenir (mais ils n’iront pas au bout de cette démarche). Demeestère et Diot se démarquent, soutenant que, au point de vue moral, tous les radicaux sont les adversaires jurés de ce jeu.
En décembre de la même année, l’Union des radicaux-socialistes du canton de Charenton adhère à la Fédération des groupes radicaux-socialistes de la Seine et demande à Jules Ferdinand Baulard d’être à nouveau candidat au conseil général.
Très engagé dans le mouvement de la libre-pensée et l’action anticléricale, Demeestère fait voter en mars 1888 un vœu au conseil municipal pour « que les communes puissent disposer, à leur gré, des sommes qui leur sont imposées par l’État pour le budget des cultes, soit en affectant ces sommes au service du culte ou à tout autre service de la commune qu’elles jugeront convenable ». La séparation de l’Église et de l’État interviendra 17 ans plus tard.