Charles Jules Diot naît le 10 octobre 1880 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Claire Julie Olive Bérel et de son époux Henri Victor Diot, distillateur, qui exploitent un restaurant au 38, rue de Paris à Joinville.
Il effectue sa scolarité dans l’institution laïque privée du Parangon, à Joinville, au cours de laquelle il partage les récompenses avec son frère Marcel, notamment en 1888, 1896 et 1897.
Au sortir de l’école, Jules Diot devient, comme son frère comptable. Il effectue son service militaire à partir de novembre 1901 au 79e régiment d’infanterie à Sens (Yonne) puis est affecté comme conducteur automobile au 19e escadron du Train.
Reprenant l’activité de distillateur de son père, Jules Diot achète avec un associé de ce dernier, Schérer, la Compagnie sucrière d'Éclaron, fondée en 1868 dans la commune de Haute-Marne éponyme (act. Éclaron-Braucourt-Sainte-Livière), et exploitée depuis 1893 par la société Bourdon et compagnie. La société Schérer et Diot ajoute un atelier de distillation.
Charles Jules Diot épouse en février 1911 à Melun (Seine-et-Marne) Madeleine Marie Jenny Simonin, fille d’un médecin résidant à Antony. C’est en se rendant chez ce dernier, en octobre de la même année, que les nouveaux mariés sont victimes d’un accident de la circulation à Choisy-le-Roi (Seine, act. Val-de-Marne) ; ils sont blessés.
Pendant la première guerre mondiale, Jules Diot est mobilisé de nouveau dans un service automobile, au sein du 8e puis du 20e escadron du Train. Il est libéré en février 1919.
La production de sucre de la société Schérer et Diot à Éclaron, située dans une zone de guerre, cesse en 1914 et entre 1918 et 1930, l'usine est en sommeil, ne fonctionnant qu’environ 20 jours par an. Elle est alors louée à la Distillerie coopérative agricole de la région d'Éclaron qui achète les immeubles à MM. Diot et Schérer en 1937.
L’activité de Diot, qui se poursuit à Joinville, lui vaut quelques soucis avec la justice. Il est ainsi condamné en octobre 1924 à deux amendes de 200 et 500 francs pour falsification de prix, en vente de vins falsifiés et fraude aux droits de régie.
Charles Jules Diot meurt le 15 novembre 1967 à Joinville. Il était âgé de 87 ans.
Marcel Gaston Diot naît le 17 septembre 1879 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Claire Julie Olive Bérel et de son époux Henri Victor Diot, distillateur, qui exploitent un restaurant au 38, rue de Paris à Joinville.
Il effectue sa scolarité dans l’institution laïque privée du Parangon, à Joinville, au cours de laquelle il partage les récompenses avec son frère Jules, notamment en 1896 et 1897.
Devenu comptable, Marcel Diot est incorporé pour son service militaire en novembre 1900 au 45e régiment d’infanterie, mais il est réformé en avril 1901 pour bronchectasie.
Comme son père, conseiller municipal de la commune entre 1878 et 1912, Marcel Diot milite au parti radical-socialiste. Il est secrétaire-trésorier du comité radical-socialiste de Joinville en 1908. Il rend compte d’une conférence, organisée dans la commune le 11 avril, par deux membres du comité exécutif du parti, Balans et Dominique, qui débattent de l’activité des radicaux-socialistes en matière sociale et des rapports avec les socialistes. La réunion est l’occasion d’une contestation de la lutte des classes et de l’antimilitarisme d’Hervé, dirigeant de la SFIO. Un débat est engagé sur l’indemnité de 15 000 francs attribuée aux élus, que défend Dominique.
Au cours de la première guerre mondiale, il est mobilisé le 9 avril 1915 mais réformé dès le 18 du même mois. En mars 1921, il est reconnu atteint d’une tuberculose qui lui vaut une pension d’invalidité de 30%.
À partir de 1915, il réside à Paris (16e arr.), avenue Mozart, où il se marie en décembre 1930 avec Marie Catherine Loisier.
Marcel Diot meurt le 10 février 1965 à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne). il était âgé de 85 ans.
Marie Jeanne Madeleine Bour naît le 2 juillet 1880 à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne). Elle est la fille Madeleine Pfeiffer, journalière et de son compagnon Jean Bour, fileur puis employé de chemin de fer. Ses parents se marient en décembre 1884 à Saint-Maurice. Elle-même épouse, dans la même ville, en août 1903 Constant Gobert employé et commerçant qui réside dans la commune voisine de Joinville-le-Pont. à ce moment, elle est couturière.
Ils s’installent à Joinville, rue des Corbeaux (act. avenue des Canadiens), dans le Bois de Vincennes où Constant Gobert exploite en 1911 des boxes à chevaux, activité liée à l’hippodrome tout proche de Vincennes. À partir de 1912, et jusqu’à sa disparition en 1930, il devient conseiller municipal radical dissident de Joinville.
La société de l’Allaitement maternel, principale organisation humanitaire laïque, était depuis sa fondation en 1899, animée par des femmes proches des élus en place, la présidente, Hortense Voisin, n’étant autre que la femme du maire. Le remplacement de l’ancienne majorité radicale-socialiste par une coalition de radicaux dissidents, de libéraux et de socialistes SFIO, lors du scrutin municipal de mai 1912, va avoir des conséquences sur la vie associative. Le nouveau conseil d’administration comprend de nouveau une moitié de conjointes de conseillers municipaux ou adjoints de la nouvelle équipe.
Jeanne Gobert est membre du bureau en 1913 et secrétaire en 1918. Elle est présidente en 1922 et exerce toujours la fonction en décembre 1925. Elle cède son poste avant 1932 à Louise Graillat. L’association apporte une aide aux mères de jeunes enfants, sans tenir compte du fait qu’elles soient mariées ou qu’elles aient des convictions religieuses ou politiques.
Devenue veuve en mai 1930, Jeanne Gobert meurt le 31 mars 1962 à Joinville. Elle était âgée de 81 ans.
Pierre Allaire est né le 30 octobre 1894 à Paris (5e arr.). Il est le fils de Maria Vantuycom, professeur de piano et de son mari, Gabriel Allaire, agent d'affaires.
Pierre Allaire est instituteur en 1914, année où il devrait faire son service militaire, mais il est ajourné d’un an pour « faiblesse ». Il réside avec sa famille depuis une quinaine d’années à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), d’abord dans le quartier de Palissy, avenue Gille, puis dans celui de Polangis, rond-point de Polangis (act. place de Verdun).
Après le déclenchement de la première guerre mondiale, il s’engage pour la durée du conflit et est incorporé, en septembre 1914, au 78e régiment d’infanterie. Nommé caporal en novembre de la même année il est cité à l’ordre du régiment pour avoir, en avril 1915 à Flirey (Meurthe-et-Moselle) « participé courageusement à conquérir et conserver les tranchées ennemies ». Il est ensuite nommé sergent en mai.
Il est une première fois blessé à son poste de combat en septembre 1915, dans les combats du Labyrinthe, entre Neuville-Saint-Vaast et Écurie (Pas-de-Calais). Il a une plaie pénétrante au pied gauche, due à un éclat d’obus. En septembre 1916, il est sous-lieutenant et affecté au 90e régiment d’infanterie. Le 10 avril 1918, il a un poumon perforé par balle lors de sa troisième blessure dans des combats autour de la ferme de l’Espérance à Saint-Hilaire-le-Grand (Marne). Il est cité pour avoir entraîné « sa compagnie entière à l'assaut d'une tranchée ennemie au chant de la Marseillaise et s'en est emparé ». Il est promu en septembre 1918 et confirmé dans son grade à titre définitif en juin suivant. Il est mis en congé en septembre 1919.
Marié à Joinville le 25 février 1918 avec Jeanne Méresse, il est veuf dès le mois d’octobre. Pierre Allaire se remaria dans la commune le 26 septembre 1922 avec sa belle-sœur, Marthe Juliette Méresse. Il enseigne dans l’école publique de Joinville.
Du fait des lésions pulmonaires liées à sa blessure par balles, il obtient une pension en février 1929, au taux d’invalidité de 10%, porté à 30% en mars 1937 suite à une aggravation.
Il quitte la région parisienne pour s’installer, en 1931 à Daglan (Dordogne) puis à Bergerac, dans le même département, où il réside rue de Reims en 1936. Il revient à Joinville fin 1937 et enseigne dans la nouvelle école du quartier de Polangis, baptisée Jules-Ferry lorsqu’elle est inaugurée par Jean Zay, ministre du Front populaire, en 1938.
Sans doute mobilisé comme officier au début de la deuxième guerre mondiale, il est mis en non disponibilité début octobre 1939 et renvoyé dans ses foyers. Il s’engage dans la résistance et fut homologué au titre des Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Suite au conflit, il enseigne de nouveau au groupe scolaire de Polangis jusqu’en 1947.
Il est candidat en octobre 1947 sur la liste socialiste SFIO de Léon Berthet lors des élections municipales à Joinville-le-Pont. Elle s’oppose à une liste de droite et à une autre regroupant communistes et radicaux ; elle obtient un siège sur 27. Il devient conseiller municipal le 14 novembre 1951, en remplacement de Léon Berthet, démissionnaire.
Ses fonctions cessèrent dès le 19 janvier 1952 en raison de son état de santé. Il sera remplacé par Victor Hochet*. Le maire était alors le communiste Robert Deloche*.
Pierre Allaire est mort le 11 avril 1960 à Paris (13e arr.) où il était hospitalisé. Il était âgé de 63 ans et résidait toujours, avec sa seconde épouse, avenue des Lilas à Joinville.
Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 6 juin 1920 ; il était titulaire de la Croix de guerre avec étoile de bronze. La voie de Joinville où il résidait porte désormais le nom d’avenue Pierre Allaire. Il avait également reçu en février 1931 une mention honorable de la Mutualité comme collecteur de la Mutualité scolaire de Joinville.
Maria Louisa Élisa Clara Désirée Vantuycom naît le 16 octobre 1863 à Alger. Elle est déclarée comme étant de père et mère non dénommés. Sa mère est probablement Élisa Vantuycom, qui donnera naissance, en juillet 1869 Alger, toujours sans père nommé, à un garçon déclaré comme Henri Gustave Arthur Désiré Vantuycom.
Lauréate du Conservatoire de musique, devenue professeur de piano, Louise Vantuycom épouse en avril 1894 à Paris (5e arr.) Gabriel Marie Louis Allaire, agent de contentieux. Ils avaient déjà donné naissance à un fils, Paul Raymond Allaire, né en février 1893, et résidaient 23, quai de la Tournelle, dans le même arrondissement.
Outre ses cours, Mme Allaire accompagne fréquemment des manifestations publiques. Ainsi, en avril 1900, elle joue lors de la fête d'inauguration de La Jeunesse de Reuilly, association amicale des anciens élèves de l'école de garçons de la rue de Reuilly, à Paris (12e arr.) en présence de Louis Lucipia, président du Conseil municipal.
En octobre 1900, elle se voit offrir un prix par le président de la République au cours d’une assemblée de l'Association philomathique, dont son mari est un des responsables.
La famille Allaire s’étant installée à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), d’abord avenue Gille, dans le quartier de Palissy, puis dans le quartier de Polangis, Louise Maria Allaire va enseigner le chant dans les écoles et donne également des cours à l’Association philotechnique, une société d’enseignement populaire. Chaque année, elle donne un concert avec ses élèves et la société philarmonique municipale.
En avril 1905, elle participe, avec M. Lechevalier, à la création de l’Union artistique, pour faciliter l’organisation de soirées musicales. Elle donne par exemple un concert pour la caisse des écoles en février 1906, une soirée en faveur des familles des victimes de la catastrophe aux mines de Courrières en mars la même année ou pour les réfugiés de Sicile en janvier 1909.
Son engagement en faveur des écoles publiques lui vaut la sympathie des militants laïques. L’hebdomadaire Réveil socialiste titre ainsi en mars 1906 : « Bravo, madame Allaire, pour vos bonnes œuvres, bravo aussi pour tous les artistes, petits et grands. »
Louise Maria Allaire meurt le 19 mars 1926 à Joinville. Elle était âgée de 62 ans et résidait avenue du Château (future avenue Foch) dans le quartier de Polangis. Elle était titulaire des Palmes académiques comme officier d’académie depuis juillet 1901.
Ses deux fils furent instituteurs : Paul Allaire devint militant mutualiste ; Pierre Allaire s’illustra comme officier pendant la première guerre mondiale où il est sérieusement blessé, fut résistant pendant la deuxième guerre mondiale puis conseiller municipal de Joinville-le-Pont en 1951-1952. Il a été décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur et son nom a été donné une voie de Joinville-le-Pont, la rue Pierre-Allaire.
François Podevin naît le 8 juillet 1877 à Germigny (act. Germigny-sur-Loire, Nièvre). Il est le fils de Louise Lejot et de Jacques Podevin.
Après trois ans de service militaire de 1898 à 1901, François Podevin entre dans la police comme gardien de la paix en octobre 1902. Il est affecté à Paris (11e arr.).
Le 27 janvier 1905, Podevin est affecté au service d’ordre constitué par le préfet Louis Lépine pour encadre le meeting de la Confédération générale du Travail en réaction à la révolution en cours en Russie, et notamment aux évènements de Saint-Pétersbourg. Il est organisé dans la salle Tivoli-Vauxhall, rue de l'Entrepôt à Paris (11e arr.). Parmi les conférenciers, on note l’écrivain Anatole France, le pédagogue libertaire Sébastien Faure, le syndicaliste Alexandre Luquet ou la journaliste féministe Séverine.
Au cours de heurts avec les manifestants après le meeting, l’agent Podevin est atteint par balle à l’épaule droite, tirée par Gaston Roux, militant anarchiste. Il est transporté à l'hôpital Saint-Antoine. Le médecin-chef de la police parisienne veut l’obliger à reprendre immédiatement son service, alors qu’il en était manifestement incapable. Il est suspendu de ses fonctions et rayé de la police municipale, ce qui amène des protestations sur le comportement de l’administration vis-à-vis des policiers blessés. Par contre, il est décoré d’une médaille d'argent pour actes de dévouement. Il reprend ultérieurement son poste et est affecté en février 1907 comme gardien de la paix dans le 18e arrondissement.
En octobre 1903 François Podevin épouse à Maisons-Alfort (Seine, act. Val-de-Marne) Juliette Rapin, fille d’un employé. Après la mort de celle-ci, il se remarie en janvier 1908 à Paris (18e arr.) avec Marguerite Gransac, fille d’un palefrenier.
Resté en poste pendant la première guerre mondiale, Podevin prend sa retraite de la police fin mai 1921. Il s’installe alors à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il s’associe avec Louis Landier, propriétaire du Café de la Gare (ou Café de Paris, nom de la rue où il est installé). Il en reprend la gérance en 1924. Situé à l‘entrée du centre-ville de la commune et à proximité de l’hippodrome de Vincennes, dans le bois du même nom, et rattaché à ce moment à la commune de Joinville, le café est un des principaux établissements de la commune.
Landier connaît quelques soucis avec la justice. Il est condamné à une amende en juillet 1921 pour délit de courses et à une autre en octobre 1924 pour tentative de tromperie sur la marchandise. Ces deux délits sont amnistiés en mars 1926.
Comme avec son prédécesseur, le café Podevin accueille des manifestations liées au sport. Ainsi, la création de la section escrime de l’Espérance sportive de Joinville, en novembre 1930, se fait chez lui. Sa salle est engagée dans une compétition nationale de ping-pong en février 1935. L'assemblée générale de l'Association des entraîneurs du trotting se tient chez lui en août 1936.
En matière politique, le café sert de siège ou accueille des manifestations de différents bords. C’est le cas des Jeunesses patriotes (extrême droite en juillet et octobre 1927. La section de Joinville de la Ligue des droits de l'homme y tient une conférence publique sur « La guerre des gaz » en novembre 1930. Après une séance du conseil municipal, en juillet 1933, les élus de la municipalité du Cartel des gauches se retrouvent au café Podevin.
Régulièrement cité pour des actions caritatives, Podevin est également un membre actif de l’Union des commerçants et industriels de Joinville, qui a son siège social dans son café et dont il est trésorier en 1934, réélu en 1935.
En février 1935, Podevin est trésorier général du Comité d’union des républicains et d’action sociale, fondé en 1912, qui se transforme en Union des républicains. Groupement à vocation uniquement municipal, les fonctions exécutives sont incompatibles avec celles de membre du conseil municipal.
En avril 1935, l’Union des républicains lance un appel, signé par Podevin pour la « séparation de l’administration municipale et de la politique ». Il soutient un programme de « diminution des charges écrasantes, atténuation des dépenses publiques, simplification des rouages administratifs, application des lois sociales. »
Lors des élections municipales de mai 1935, François Podevin, débitant, est candidat sur la liste de l’Union des républicains, qui rassemble la droite locale. Au premier tour, la liste arrive en tête avec 35% des suffrages exprimés, devançant la municipalité sortante radicale-socialiste d’Émile Briolay, avec 28%, les communistes de Robert Deloche, 25%, et les socialistes, 13%. Au second tour, la liste de droite l’emporte avec 41% et 25 sièges, la liste communiste et socialiste de Front populaire recueillant deux élus et 39%, tandis que les radicaux quittent le conseil avec 20%.
Au premier tour, Podevin obtient 915 voix pour 2 856 suffrages exprimés (32%) sur 2 923 votants et 3 433 inscrits. Au second tour, 1 147 votes se portent sur son nom parmi les 2 899 exprimés (39,6%) au sein des 2 924 votants ; il est élu conseiller municipal. L’Union républicaine se félicite que « Les Joinvillais, dans le seul but de barrer la route aux communistes, ont apporté leurs suffrages en masse à la liste d’ordre de l’Union républicaine. Ils ont montré leur réprobation pour la turbulence et de la démagogie. »
Léon Lesestre, proche du Parti social français et des Jeunesses patriotes (extrême droite), est élu maire, tandis que Chaussée, Caillon, Béal et Kirbühler son adjoints. Podevin représente la commune au sein du conseil de discipline des personnels des communes suburbaines du département de la Seine à partir d’août 1935.
En février 1940, le conseil de préfecture prononce la déchéance de 162 conseillers municipaux communistes des communes de la Seine, dont les deux élus de Joinville (Robert Deloche et Paul Rouhaud). En février 1942, les autorités de Vichy nomment les membres d’un conseil municipal de 20 membres, conservant 14 des élus de 1935, dont le maire et les adjoints. Par contre, Podevin, comme le futur maire Georges Defert, n’est pas maintenu en fonction.
François Podevin meurt le 13 décembre 1962 à Pougues-les-Eaux (Nièvre), à proximité de son village natal. Il était âgé de 85 ans et avait eu au moins une fille avec sa deuxième épouse.
Pierre Louis Landier naît le 28 octobre 1875 à Paris (18e arr.). Il est le fils d’Idat Petit et de son époux, Pierre Landier marchands de vin et limonadiers.
Louis Landier effectue son service militaire dans un régiment de hussards, où il devient brigadier, en 1896-1899 puis séjourne pendant un an environ à Londres (Royaume-Uni).
En 1901, Louis Landier s’installe, avec ses parents, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où il exploite le Café de la Gare, situé à l’entrée de la rue de Paris, principal axe du centre-ville et à proximité du champ de courses hippiques, situé dans la partie du Bois de Vincennes dépendant alors de Joinville.
Le premier mariage de Louis Landier, en août 1904 à Joinville avec Madeleine Marie Boucher, fille d’un boucher résidant de l’autre côté de la rue, en face de son café, dure peu. Le divorce est décidé en mai 1907. Il se remarie en octobre 1910, toujours à Joinville, avec Marie Marthe Charton, couturière, fille d’un teinturier, communard, libre-penseur, militant socialiste-révolutionnaire à Joinville-le-Pont, qui fut conseiller municipal de Corbeil (Seine-et-Oise, act. Essonne) puis de Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne).
Pendant la première guerre mondiale, Landier est mobiisé d’abord dans le 13e régiment d’artillerie où il devient maréchal des logis, puis dans le 19e escadron du train. Il est affecté, début 1915, en tant qu’interprète auprès de l’armée anglaise. Démobilisé en février 1919, il reprend l’exploitation de son café.
L’établissement exploité par Landier, qui est désigné parfois sous le nom de Café de Paris, du nom de la rue où il est installé, accueille régulièrement des activités sportives. Ainsi, il est un point de contrôle fixe lors de la très longue épreuve pédestre Reims-Épernay-Paris en septembre 1910 (186 km). Le Syndicat des entraîneurs et jockeys de trot en France y établit son siège en 1919, l’hippodrome de Vincennes étant la principale piste en France pour ce type de courses.
Le café est également plusieurs fois mêlé à l’actualité politique et sociale. En février 1910, deux évènements concomitants sont en cours à Joinville. La grève des ouvriers métallurgistes de la compagnie du Bi-Métal et l’inondation d’une vaste partie de la commune par les eaux de la Marne. Émile Pataud, syndicaliste révolutionnaire, était venu à Joinville, soutenir, au nom de la CGT, les ouvriers tréfileurs. Après la conférence de soutien, et avant de reprendre le train vers Paris, il va au Café de Paris, au moment où deux entrepreneurs, Félix Valbonnet et Chéri Arnaud, ce dernier également conseiller municipal, viennent faire la quête au profit des victimes de la montée des eaux. Seul Pataud refusa de contribuer et critiqua la souscription : « Je ne sais pas où va l’argent » puis poursuivit une polémique bruyante. Landier demanda à son consommateur de cesser ou de sortir. Pataud répondant « Je suis quelqu’un », Landier, malgré sa petite taille (1 mètre 63), l’empoigna par les épaules et l’expulsa du café, tout en empêchant d’autres consommateurs de le frapper.
Émile Pataud, Cgt, 1910
En mars 1924, la salle Landier accueille une réunion publique de propagande du comité du Cartel des gauches de Joinville.
Membre actif du Groupement des industriels et commerçants avant-guerre, Landier prend part à sa reconstitution en tant qu’Union des commerçants et industriels de Joinville en juin 1923.
Ayant vendu en 1924 son commerce à François Podevin, avec lequel il était associé depuis 1921, Landier s’installa à Créteil (Seine, act. Val-de-Marne), où il résidait rue de Plaisance.
Louis Landier meurt le 6 mars 1934 à Créteil. Il était âgé de 59 ans et ne semble pas avoir eu d’enfant.
Paul Émile Mourlam naît le 19 décembre 1870 à Paris (10e arr.). Il est le fils d’Hortense Malaise et d’Émile Mourlam, alors gendarme à cheval. Médaillé militaire, ce dernier devient garde champêtre à Reims (51), où la famille réside en 1890. Il fait à trois reprises condamner des personnes pour des outrages à sa personne ; ainsi, en avril 1894, Claude Dumery, qui l’a traité de « badingueusard », parce qu’il porte la barbe des vieux troupiers de l’Empire, écope de huit jours de prison.
Pour faiblesse, Paul Mourlam est à deux reprises ajourné pour le service militaire, faisant ensuite un service raccourci en 1893-1894.
Devenu employé dans l’administration des postes et télégraphes à Reims, Paul Mourlam épouse en juin 1891 dans cette ville Jeanne Brevet, repasseuse lingère. Il s’implique dans la vie associative locale, notamment dans le Véloce-Sport Rémois, l'orphelinat des sous-agents des postes, télégraphes et téléphones et la Fanfare. Ces activités font qu’il reçoit une mention honorable en août 1907 puis est décoré des Palmes académiques comme officier d’académie en décembre 1912.
Devenu receveur, Mourlam est chargé du bureau de Fismes (Marne) en février 1919. Il est muté en décembre 1922 à Montlhéry (Seine-et-Oise, act. Essonne) puis un an plus tard à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Le bureau de poste est toujours situé à l’angle de la rue Vautier et du quai du Barrage, dans le quartier central. Il a deux activités particulières : la transmission des résultats des courses, puisqu’il est le plus proche de l’hippodrome de Vincennes, avant l’installation sur place de téléscripteur et de téléphones pour la presse ; et le paiement des salaires des personnels de l’école de gymnastique de Joinville, dans le Bois de Vincennes.
Ce sont ces deux particularités qui vont assurer une certaine notoriété à Paul Mourlam. En 1926, il se met à fréquenter assidûment les champs de courses. Face à de premières pertes importantes, en novembre 1926, il emprunte de l’argent à son gendre. Ensuite, il pise dans la caisse de son bureau. En septembre 1928, un contrôle de routine constate l’existence d’un trou important, chiffré à près de 300 000 francs. Le receveur est alors arrêté. Il reconnaît sa culpabilité, assure qu’il voulait rembourser et est jugé en juin 1929 par la cour d’assises de la Seine. Il est condamné, avec reconnaissance de circonstances atténuantes, à deux ans de prison, 500 francs d’amende et à l’interdiction d’exercer une fonction publique.
Portrait publié en 1928 par plusieurs quotidiens
L’enquête de police présente le prévenu comme bien noté par ses chefs, qui le considéraient comme « intelligent et zélé » et apprécié par ses voisins. Les témoignages, diffusés dans la presse de son épouse, relativisent un peu le tableau. Jeanne Mourlam estime que son mari « n'est pas tout à fait responsable » : « diabétique, fils d'alcoolique, il était parfois d'humeur bizarre ». Elle assurer en avoir « souvent ressenti les douloureux effets », évoquant sans doute ainsi des violences conjugales.
Défendu par Mes Gaston Weil et Charles Tilloy, Mourlam avait échappé aux de travaux forcés. Les évènements firent la Une de nombreux journaux, qui couvrirent également le procès. Paris-Midi, citant l’écrivain Jules Romains, parlait d'un bon fonctionnaire « saisi par la débauche », et comparait son attitude à celle de l’acteur Emil Jannings dans le film américain de Victor Fleming, Quand la chair succombe (1927).
Plusieurs journaux comme La Croix, relevaient le propos de l’accusé, « Les courses m'ont perdu ! »
La date de décès de Paul Mourlam n’est pas connue. Il avait eu trois enfants, dont un mort peu après sa naissance. Il était âgé de 58 ans au moment de sa condamnation.
Caricature de Roger Roy parue dans L’Œuvre, 23/06/1929
Adolphe Louis Breton naît le 27 février 1902 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Rosalie Eugénie Legout, veuve Coutable et de Charles Antoine Breton, emballeur, qui vivent rue du Viaduc.
Alors plombier, installé rue de la Liberté à Champigny-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne), Adolphe Breton se marie en avril 1922 avec Blanche Antoine. En avril 1941, il se remarie à Lyon (1er arr.) avec Clémence Marie Louise Chapelotte.
Résidant alors à Crançot (Jura, act. Hauteroche), où il est installateur sanitaire, Adolphe Breton est déporté le 29 février 1944 au camp de concentration de Dachau (Allemagne, act. Autriche). Il est transféré le 18 août 1944 à un autre camp de concentration, Mauthausen (Allemagne, act. Autriche). Le 31 août, il est affecté au commando Linz III, qui dépend de ce camp. Il est libéré le 5 mai 1945 et est rapatrié en France à Longuyon le 20 mai.
Adolphe Breton meurt le 9 mars 1992 à Paris (18e arr.). Il était âgé de 90 ans.
Mobilisé pendant la deuxième guerre mondiale, Duquenne se présente en mars 1943 comme « un Français qui revient d’Allemagne, et qui, soldat en 1939-40, a passé deux années dans les stalags. »
Des combats et de son séjour outre-Rhin, Duquenne revient avec un sentiment favorable au nouveau régime. Il rejoint en effet le Rassemblement national populaire (RNP), formation collaborationniste, fondée par Marcel Déat en février 1941 sur une ligne politique néo-socialiste et pro-allemande.
En novembre 1942, Duquenne est le délégué général du Front social du Travail (FST) pour la région parisienne. Il s’agit d’une structure interne au RNP, qui promeut une forme corporatiste d’organisation des forces productives. Il siège au comité directeur national du FST, dont il est délégué à l'organisation en février 1943. L’intervention de Duquenne est mentionnée dans une quinzaine de réunions publiques du RNP et du Front social du Travail, y compris dans plusieurs villes de province.
La section troyenne du RNP invite Duquenne, en mars 1943 pour animer une soirée cinématographique sur le thème « Un voyage en Allemagne » avec une causerie sur les conditions de vie des travailleurs allemands. Le quotidien Le Petit Troyen assure que « la salle du conseil municipal de l’hôtel de ville était comble ». La soirée commença avec des vues touristiques des villes, paysages et monuments allemands, dont « Munich, métropole de l’art allemand et berceau du national-socialisme » et « Berlin, capitale du Reich. »
Seul orateur, Duquenne explique qu’avant la guerre, il appartenait au parti SFIO, et pendant des années, il a mené le combat pour améliorer le sort des travailleurs. Dès 1938, il aurait, selon le compte-rendu « constaté l’effort des juifs et de la haute finance en vue de déchaîner un conflit qui eût pu être évité. »
Après tous ces évènements, M. Duquenne explique avoir voulu « connaître la vérité » et est allé en Allemagne.
On lui avait dit que, là-bas, la liberté n’existait plus ; que les valeurs intellectuelles étaient réduites au silence ; qu’une dictature impitoyable faisait tout ployer son joug ; que les classes laborieuses étaient réduites à l’esclavage. Duquenne assure que « Rien de plus faux que ces allégations. »
Arrivé en Allemagne, M. Duquenne indique avoir observé la vie de l’ouvrier. « Il a vu partout des êtres calmes, propres, bien vêtus et soignés de leur personne. Il a aussi apprécié la camaraderie dont font preuve les ouvriers allemands vis-à-vis des français, les premiers ne manifestant aucun sentiment de haine à l’égard des seconds. »
Poursuivant, Duquenne assure que « Là-bas, tout est propre, gai, accueillant, l’ordre règne et la comparaison sur l’état du travailleur n’est pas en faveur de notre pays ! L’ouvrier jouit en Allemagne d’une grande sécurité au point de vue de la défense de ses intérêts ». L’orateur fait ressortir « cette sorte de camaraderie qui règne entre les ouvriers et les directeurs des usines, qui souvent partagent les repas des travailleurs, à l’usine même ou dans les restaurants communautaires. »
En conclusion, Duquenne appelle à « combattre les efforts du Juif et du bolchévisme ; et de notre côté, lutter pour l’avènement du vrais socialisme. De l’autre côté de la frontière, on nous tend la main : le devoir des Français est de répondre à ce geste. Il ne faut plus que dans les deux pays, de nouveaux monuments aux morts soient élevés. Les architectes ont des tâches plus nobles à quoi s’adonner. Que tous nos efforts soient consentis vers le socialisme et vers la construction de la paix. »
Selon Le Petit Troyen, « des applaudissements répétés saluèrent la fin du discours de M. Duquenne ». Assez curieusement, la réunion se termina avec la projection d’un film « montrant la vie des fauves en liberté dans un jardin zoologique. »
En novembre 1943, Duquenne prend part aux « assises nationales du monde du travail » organisée par le FST en faveur d’une « véritable construction socialiste », qui se tienne au Palais de la Mutualité et à la Maison de la Chimie à Paris. Il est également de porte-parole d’une autre structure du RNP, l'Union des Vieux Travailleurs.
Outre ses fonctions au plan national, Duquenne est responsable de la section de Champigny-Joinville du RNP. La permanence du RNP se tient près de chez lui.
Malgré l’évolution de la situation en France, Duquenne reste fidèle à son engagement au sein de l’organisation de Marcel Déat même après l’arrivée des alliés en France. Il est ainsi l’orateur de réunions, qui se tiennent à Paris (19e et 10e arr.) les 7 et 8 juillet 1944, au cours desquelles doivent être « données les dernières informations politiques et les directives du Parti concernant la situation intérieure française. »
Albert Amédée Duquenne meurt le 2 février 1971 à Paris (15e arr.). Il était âgé de 68 ans, exerçait alors le métier de voyageur représentant placier, et demeurait rue Hippolyte-Maindron à Paris (14e arr.). Il était décoré de la Croix de guerre 1939-1940.