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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 00:01

Berthe Kapoustiansky naît le 6 décembre 1901 à Nicolaiev ou Nicolaeff (Николаев, Russie, act. Mykolaïv Миколаїв, Ukraine). Elle est la fille de Roucla Kapoustiansky et de son mari Samuel Kapoustiansky.

La famille arrive en France vers 1904. Pendant la première guerre mondiale, Berthe Kapoustiansky et ses quatre frère et sœurs (plus jeunes) participent, en mars 1916, à une souscription de la Société de secours aux juifs victimes de la guerre en Russie dont le baron Edouard de Rothschild est le premier donateur.

En 1920, la famille Kapoustiansky vit à Puteaux (Seine, act. Hauts-de-Seine), quai National, où le père est forgeron. Berthe épouse en mai de cette année Raoul Amar, employé de bureau.

Pendant la deuxième guerre mondiale, selon le récit de la journaliste Stéphanie Trouillard (Si je reviens un jour, Des Ronds Dans L'o, 2020), qui cite le témoignage de leur fille Claude Amar, ils doivent quitter leur commerce en raison des lois anti-juives, mais restent à Joinville. Ils y reçoivent, à l’été 1943, la famille Pikovsky dont la fille, Louise a laissé une série de lettres qui forment la matière du roman graphique de Stéphanie Trouillard. Les Pikovsky sont déportés à Auschwitz (Allemagne, act. Pologne) en février 1944 et y sont gazés.

Peut-être la famille Amar accueille-t-elle leur neveu, Bernard Vozlinski après l’arrestation de leurs parents, Maurice et Mina Vozlinski, la sœur de Berthe, qui vivaient rue Marceau à La Varenne, dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés, avant leur arrestation et leur déportation également à Auschwitz en juillet 1942. Leur autre neveu, Jean Vozlinski décède dans le maquis en 1944 à Sarlat (Dordogne).

Comme son époux Raoul, Berthe Amar s’engage dans la résistance à l’occupation allemande de la France.

Berthe Amar meurt le 13 septembre 1999 à Baugé (Maine-et-Loire). Elle était âgée de 98 ans et est inhumée à Courbevoie, au cimetière des Fauvelles, dans une sépulture de la Société fraternelle israélite Courbevoie-Puteaux.

La famille Pikovsky, dessin d’après photo prise lors de leur réception par la famille Amar à Joinville, été 1943

Stéphanie Trouillard (Si je reviens un jour, éd. Des Ronds dans l'O, 2020)

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 00:01

Jeanne Marie Alexandrine Frappier naît le 21 mars 1880 à Paris (8e arr.). Elle est la fille de Jeanne Barat et de son époux, Jean Auguste Alexandre Frappier, concierges. Elle utilisera le prénom de Suzanne.

En novembre 1909, Jeanne Suzanne Frappier épouse à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) le comédien Henri Louis Ravet. Ils vivent sur l’île Fanac, accessible en bateau au milieu de la Marne. Au premier trimestre, une très importante inondation les oblige à évacuer leur maison et à se faire héberger par les parents de Suzanne.

Si son mari est réputé être sportif, Jeanne Suzanne Ravet semble partager le même goût. En janvier 1912, le quotidien culturel Comoedia rend compte d’une randonnée à vélo dans l’Esterel en quatre jours entre Toulon (Var) et Monte-Carlo (Monaco). On les cite régulièrement dans la presse comme participant, ensemble ou séparément, à des évènements mondains liés au monde du spectacle.

Pendant la première guerre mondiale, son mari est garde de voies de chemin de fer à Asnières (Seine, act. Hauts-de-Seine), mais il est aussi régulièrement, comme sociétaire de la Comédie-Française, sollicité pour l’organisation de spectacles en faveur des soldats. Restée à Joinville, Jeanne Suzanne Ravet préside l'Œuvre de Patronage et d'hospitalisation des enfants et des orphelins. Fondée en avril 1915, elle est hébergée au château du Parangon, dans l’école dirigée par le docteur Henri Rousseau avec l’assistance de l’écrivaine Louis Rousseau, née Delalonde. Le statuaire et graveur de médailles, Jules Édouard Roiné, en est le vice-président.

En avril 1917, l'Œuvre, qui accueille des orphelins de guerre et leur offre une formation professionnelle le cas échéant, doit quitter le domaine du Parangon, réquisitionné pour devenir un hôpital, mais reste basée à Joinville. Jeanne Suzanne Ravet organise des levées de fonds et participe à des évènements, comme par exemple le déjeuner de la Ligue antiallemande en décembre 1917. Fin 1921, n’ayant plus que deux pupilles, l'Œuvre cesse son activité.

Toujours en matière sociale, Mme Ravet est, en juillet 1917, membre du conseil d’administration de l’Œuvre philanthropique de la cinématographie française.

Ayant probablement déjà été actrice avant-guerre, Jeanne Suzanne Ravet poursuit sa carrière après le conflit, avec cependant une activité limitée. En novembre et décembre 1919, elle accompagne la tournée de son mari sur la Côte d'Azur en jouant quelques petits rôles. En octobre 1920 Jeanne Suzanne Ravet interprète le rôle de Mercédès dans Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, toujours avec Louis Ravet jouant Dantès. La dernière interprétation répertoriée se situe en février 1928, au Théâtre des Arts où Jeanne Suzanne Ravet est une femme de chambre pour la pièce de Lucien Descaves, Les fruits de l’amour.

L’action sociale de Mme Ravet se poursuit, par exemple par une souscription pour la reconstruction de Reims en juillet 1919. Son activité mondaine est fournie. Elle est au restaurant Marguery pour le banquet des auteurs de films en juin 1923. Elle est au côté de son époux lors du dîner de gala donné à Vienne (Autriche) par le comte Glauzel, ambassadeur de France, en l'honneur de l’actrice Cécile Sorel. Elle accompagne cette dernière à New-York début 1927 puis en tournée avec son mari en Égypte au premier semestre 1930. Elle participe aux activités de l’American Women's Club de Paris.

Dans la presse, Jeanne Suzanne Ravet s’attache à défendre le point de vue de son mari, y compris après sa disparition en avril 1933.

Jeanne Suzanne Ravet, meurt le 12 juillet 1974 à Meaux (Seine-et-Marne). Elle était âgée de 94 ans. Elle ne semble pas avoir eu d’enfant.

Le Caire, 1930. Cécile Sorel, Mlle Revonne Louis & Jeanne Suzanne Ravet

 

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 00:01

Joseph Py naît le 26 juin 1898 à Bucarest (Roumanie), probablement d’un père roumain.

Il vite en 1925 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), quai de la Marne, et dispose de la nationalité française, puisqu’il est inscrit à cette date sur les listes électorales de la commune. Il exerce la profession d’ajusteur, étant identifié en 1926 comme mécanicien au ministère de la guerre.

Si Joseph Py ne semble pas s’être marié, il a une compagne qui partage son logement joinvillais en 1931, Blanche Serrent, soudeuse.

Lors des élections municipales de mai 1935, Joseph Py est candidat en quatorzième et dernière position sur la liste soutenue par le parti socialiste SFIO et dirigée par Robert Derivière ; incomplète, la lite obtient 12,5% des suffrages exprimés. Py recueille 337 votes pour 2 856 exprimés (11,8%) et 2 923 votants sur 3 433 inscrits. Au second tour, la SFIO rejoint les communistes de Robert Deloche dans une liste d’union, conduite par le responsable de l’Association républicaine des anciens combattants, André Blocher. Dix socialistes y figurent, mais pas Py. La droite l’emporte avec 25 sièges, en laissant deux aux communistes ; les sortants radicaux-socialistes sont battus. Émile Lesestre est élu maire.

Deux autres Py sont mentionnés à Joinville en même temps que Joseph : Maurice Gaston Victor Py est épicier et réside rue de Paris avec sa famille en 1936, dont son fils Maurice Marius Marcel (1919-1957), mort pendant la guerre d’Algérie ; Maurice Py est sergent-chef instructeur à l’école des sports de Joinville, située dans le Bois de Vincennes. Ils ne semblent pas apparentés. L’un des deux est, pour la fin de l’année 1935, un des donateurs du vestiaire municipal constitué pour les pauvres.

En 1942, Joseph Py est contremaître à la sous-direction de l'Afrique du Nord du service des fabrications dans l'industrie. Il est « relevé de ses fonctions, par application de l'article 1er de la loi du 17 juillet 1940 » le 2 février 1942. Ledit article stipule que « Nul ne peut être employé dans les administrations de l'État, des départements, communes et établissements publics s'il ne possède la nationalité française, à titre originaire, comme étant né de père français. »

Séjournant peut-être en Algérie, Joseph Py rejoint les Forces françaises combattantes. Son décès est transcrit, le 27 mai 1942, sur l’état-civil de Joinville-le-Pont. Il était âgé de 43 ans et est reconnu comme ayant participé à la résistance à l’occupation allemande en France. Cependant, son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Joinville, ce qui fait supposer qu’il n’est pas décédé au cours de combats.

Joinville, quai de la Marne

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 00:01

Henri Frédéric Marie Olivier Puiseux naît le 7 juillet 1899 à Paris (6e arr.). Il est le fils de Laurence Élisa Marie Béatrice Bouvet et de son mari, Pierre Henri Puiseux, professeur à l’université de Paris. Les témoins déclarant sa naissance furent l’historien Henri Wallon, sénateur inamovible, ancien ministre de l’instruction publique, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles lettres, commandeur de la Légion d’honneur (qui lui était apparenté) ainsi qu’Henri Alpy, membre du conseil municipal de Paris et du conseil général de la Seine.

Le père, Pierre Puiseux, était un astronome réputé, cartographe de la Lune ; le grand-père, Victor Puiseux avait également été astronome, mathématicien et alpiniste. Olivier Puiseux est le dernier des six enfants de la famille. Un de ses frères, Robert Puiseux, gendre d'Édouard Michelin, devint cogérant de la société de pneumatiques Michelin puis président de la société des automobiles Citroën. Une de ses sœurs, Marie Marguerite Puiseux, épouse également d’un héritier de la famille Michelin, Jean, fut une résistante à l’occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale, déportée à Ravensbrück et militante d’action catholique.

La mère d’Olivier Puiseux, Béatrice Bouvet, fille d’un négociant, conseiller général et député du Jura, est portraiturée, à l’âge de trois ans, par Gustave Courbet. Le tableau figure au musée de Cardiff (Pays de Galles, Royaume-Uni). La famille vit dans son arrondissement natal, rue Le Verrier.

Béatrice Puiseux (coll. Corpet)

Les études secondaires d’Olivier Puiseux se déroulent dans deux établissements parisiens réputés, les lycées Henri IV et Louis-le-Grand. Pendant la première guerre mondiale, il s’engage volontairement juste après ses dix-huit ans, et est affecté au 59e régiment d’artillerie. À la fin de la guerre, il est nommé brigadier en octobre 1918 puis, un an plus tard, maréchal des logis. Affecté à ce moment à la 20e section d’état-major, il aurait été affecté, selon la chronique familiale rédigée par Jean Corpet (2012), d’abord au cabinet de Georges Clémenceau, président du conseil des ministres jusqu’au 18 janvier 1920 puis à celui de son successeur, Alexandre Millerand, qui lui succède jusqu’au 23 septembre 1920, date à laquelle il devient président de la République.

Olivier Puiseux (coll. Corpet)

Olivier Puiseux, démobilisé en novembre 1920 entame des études et obtient sa licence en droit en 1923. Il est alors embauché à la Banque Nationale de Crédit.

Le mariage d’Olivier Puiseux et de Simone Marie Madeleine de Froissard-Broissia se fait à Domblans (Jura) où la famille de la mariée dispose d’un château, proche de la demeure familiale des Puiseux à Frontenay. Le beau-père, le comte Simon Georges Jean de Froissard-Broissia, colonel, est décoré de la croix de guerre et commandeur de la Légion d'honneur.

Le couple participera en 1931-1932, à plusieurs représentations de charité en octobre 1931 et 1932 à Poligny (Jura), au profit de la Croix-Rouge française en compagnie des familles descendantes de la noblesse locale, à laquelle ils sont souvent apparentés.

Après la naissance de trois filles, Olivier et Simone Puiseux se séparent en 1934 ; la mère et les trois filles s’installent, chez la grand-mère maternelle au château de Blandans à Domblans, tandis qu’Olivier Puiseux loge à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le Centre, rue de Paris. Il devient cadre des établissements Lemoine, société produisant des pièces automobiles, installée à Ivry-sur-Seine (Seine, act. Val-de-Marne). Il se présente comme ingénieur (bien que n’ayant pas fait d’études techniques) et industriel.

Avant le début de la deuxième guerre mondiale, dès juillet 1939, Olivier Puiseux est affecté, sur décision de l’autorité militaire, en tant comptable à la société Gnome et Rhône, qui fabrique des moteurs d’avions à Paris (13e arr., boulevard Kellermann). Lors de l’invasion de la France par l’armée allemande, en mai 1940, Olivier Puiseux quitte la France pour l’Angleterre. Il se rend ensuite au Canada, à Sorel (act. Sorel-Tracy, Québec), ville industrielle de la Montérégie.

En application d’une loi du 23 juillet 1940, le conseil des ministres de l’État français, dirigé par le maréchal Philippe Pétain, décide, par un décret du 29 octobre 1940, de déchoir Olivier Puiseux de sa nationalité française. La loi prévoit ce cas de figure pour « Tout Français qui a quitté le territoire français métropolitain entre le 10 mai et le 30 juin 1940 pour se rendre à l'étranger sans ordre de mission régulier émanant de l'autorité compétente ou sans motif légitime sera regardé comme ayant entendu se soustraire aux charges et aux devoirs qui incombent aux membres de la communauté nationale ». Plusieurs autres décrets concerneront des personnalités de premier plan, dont le général Charles de Gaulle. Le décret du 29 octobre concerne notamment le cinéaste René Clair, André Meyer, directeur de la Banque Lazard ou Henri Torrés, avocat et ancien député. Selon la juriste Catherine Kessedjian, « Cette mesure vise les personnes qui ont rejoint le général de Gaulle à Londres. »

La présence de Puiseux est signalée à Montréal en octobre 1940, en compagnie de l’industriel Henri Reichenbach, fondateur des magasins Prisunic, du docteur Sylvain Mossé et du publiciste Pierre Lazareff, futur directeur de France-Soir. Une ordonnance du tribunal civil de la Seine de décembre 1940 place sous séquestre les biens d’Olivier Puiseux.

Après la fin du conflit, Olivier Puiseux, dont la santé est très dégradée, fait un séjour dans un sanatorium près de Paris, puis prend pension dans un hôtel boulevard Raspail. Il rend visite à sa femme et ses filles à Domblans.

Olivier Puiseux meurt le 28 janvier 1947 à Rueil-Malmaison (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il était âgé de 47 ans.

Château de Blandans à Domblans

 

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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 00:01

Servan Marie Louichon naît le 14 octobre 1876 à Mont-Dol (Ille-et-Vilaine). Il est le fils de Marie Hardy et de son époux Laurent Louichon, cultivateur.

Peut-être après avoir fait un service militaire, Servan Louichon vit en région parisienne. Il est maréchal-ferrant et vit à Aubervilliers (Seine, act. Seine-Saint-Denis), avenue de la République, en septembre 1905. Il épouse alors, à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) Françoise Anne Marie Lebas, originaire du village de Baguer-Pican, voisin de celui de ses parents.

Le couple s’installe comme marchands de vin à Paris (19e arr.), rue de Crimée puis, vers 1914, rue Saint-Maur (11e arr.).

L’activité de Servan Louichon pendant la première guerre mondiale n’est pas connue. Après le conflit, il poursuit son commerce puis, vers 1924, devient chauffeur et s’établit à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) dans le quartier de Palissy, avenue du Président-Wilson.

Les Louichon ont acquis trois petites villas avec jardin qu’ils mettent en location. Pendant la deuxième guerre mondiale, leur fils est prisonnier à Hohenstein en Allemagne. Pour sa part, Servan Louichon a dénoncé l'un de ses locataires, réfractaire du travail obligatoire.

Il est condamné à dix ans de réclusion le 11 juin 1945 par la Cour de justice de la Seine, à la confiscation générale de ses biens et à la dégradation nationale pour « intelligence avec l’ennemi. »

Cependant, lui, ou sa famille, met en vente, en août 1947 un véhicule dans un journal issu de la Résistance, Le Franc-tireur.

Servan Louichon meurt le 15 août 1954 à Joinville. Il était âgé de 77 ans et père d’un enfant.

Joinville, quartier de Palissy

 

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 00:01

Suite de la biographie d’Henri Thomas

Après avoir cessé ses fonctions dans les municipalités de Gentilly puis du Kremlin-Bicêtre, Henri Thomas, veuf depuis 1888 et toujours maréchal ferrant en 1896, va réorienter son activité professionnelle. Il quitte le Kremlin-Bicêtre, où il était domicilié rue des Coquettes, au début du 20e siècle. Il est buraliste, receveur des contributions indirectes, à Franconville (Seine-et-Oise, act. Val-d’Oise) en janvier 1912.

Reprenant une activité politique, Henri Thomas est candidat sur une liste radicale-socialiste dans sa nouvelle résidence de Franconville lors des élections municipales de mai 1912. Il est battu, dès le premier tour par M. Leredu.

Cependant, c’est son comportement dans son ancienne commune qui lui vaudra plus d’une trentaine d’articles dans la presse quotidienne parisienne comme de province. Inscrit sur les listes électorales de Franconville, Henri Thomas n’avait pas été radié de celle du Kremlin-Bicêtre, bien qu’il eût quitté la ville depuis une dizaine d’années. Son frère, maire en fonction et confronté à une élection très serrée, lui fit parvenir une carte électorale. En conséquence, Henri Thomas vint participer au second tour du scrutin au Kremlin-Bicêtre, le 12 mai, après avoir voté à Franconville la semaine précédente. Eugène Thomas, membre de la SFIO (socialiste), l’emporta de 13 voix. Cependant, un électeur de la commune, parmi ses opposants, candidat sur la liste radicale-socialiste, avait aperçu Henri Thomas et porta plainte pour fraude électorale.

Lors du procès, Henri Thomas reconnut les faits, mais prétendit qu’il avait interprété l’envoi de la carte par son frère comme un ordre et fit remarquer qu’il n’avait pas voté, le même jour, dans les deux communes. L’avocat du plaignant soutint que l’on avait fait voter également d’autres personnes qui ont quitté la commune, des militaires et deux défunts. Le substitut du procureur de la République rétorqua : « C'est classique ! ». Henri Thomas fut condamné à 200 francs d’amende, mais le vote ne fut pas annulé.

Devenu, en 1914, buraliste à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne), il est rattaché à la recette des contributions indirectes de Joinville-le-Pont, commune où il s’installe après avoir épousé à Bessancourt (Seine-et-Oise, act. Val-d’Oise) en mai 1919, Marie Pascau, originaire des Hautes-Pyrénées. Il exploite un tabac dans le centre de la commune, rue de Paris.

Poursuivant son engagement politique, toujours au parti radical-socialiste, Henri Thomas est candidat pour être électeur sénatorial sur une liste du Cartel des gauches en mars 1925 à Joinville, mais il n’est pas élu. Il est peut-être également candidat, sous la même étiquette, lors des élections municipales de mai 1925 qui voient la reconduction d’Henri Vel-Durand, radical dissident allié aux mouvements de droite.

Les membres du Comité républicain radical et radical-socialiste le désignent en décembre 1928 comme vice-président, au côté de Gustave Féret, président. Lors des élections municipales de mai 1929, la liste du maire, Stephen Durande, qui a remplacé Vel-Durand, décédé, fait face à celles du parti communiste et à un groupement des gauches, où l’on retrouve les radicaux-socialistes, le parti socialiste SFIO et des socialistes indépendants.

Conduite par Georges Briolay, ancien adjoint au maire, la Concentration des gauches arrive en seconde position, avec 35;9% des suffrages, contre 42,6% pour la liste d’Union nationale et 16% pour les communiste. Cependant, elle emporte au second tour 22 sièges sur 27, malgré le maintien des candidats du PCF avec une moyenne de 45,9% contre 41,6% pour la droite et 12,5% pour les communistes. Henri Thomas avait obtenu au premier tour 766 voix sur 2 126 suffrages exprimés (36%) pour 2 969 inscrits. Il est élu au deuxième tour.

En février 1931, Henri Thomas est reconduit en tant que vice-président du Comité républicain radical et radical-socialiste de Joinville, dont le maire, Georges Briolay, est devenu président. Il est désigné comme membre du Conseil d'administration de l'Office public d'habitations à bon marché de Joinville en avril 1931.

À compter de 1932, l’activité de Thomas semble décliner, puisqu’il est mentionné comme excusé à six séances du conseil municipal d’avril 1932 à janvier 1935. Il n’est pas candidat au renouvellement de son mandat en mai 1935.

En mars 1930, Thomas est nommé receveur-buraliste à Saint-Ouen-Batignolles (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Il semble cependant ne pas quitter Joinville, où il est recensé en 1931. Il est domicilié à Fontenay-sous-Bois (Seine, act. Val-de-Marne), rue Roland- Nungesser, en 1935.

Henri Thomas meurt le 21 janvier 1936 à Paris (13e arr.) où il était hospitalisé. Il résidait toujours à Fontenay-sous-Bois. Si son veuvage de Léontine Audiger est bien mentionné dans son acte de décès, ce n’est pas le cas de son mariage avec Marie Pascau. Âgé de 81 ans, il était décoré des Palmes académiques en tant qu’officier d’académie en janvier 1912 puis officier de l’instruction publique en février 1935. Il était père d’un enfant, né de son premier mariage, prénommé comme lui Henri Alexandre. Il avait siégé, pendant un total de 15 ans, dans trois assemblées municipales différentes.

Fin

Un tabac, rue de Paris à Joinville

 

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 00:01

Début de la biographie d’Henri Thomas

Henry Alexandre Thomas naît le 7 octobre 1854 à Noizé (act. Plaine-et-Vallées, Deux-Sèvres). Il est le fils d’Orélie Eulalie Henry et de son époux Alexandre Charles Thomas, menuisier.

Devenu maréchal ferrant, Henri Thomas épouse Marie Léontine Audiger, couturière, en février 1880 Saint-Martin-le-Beau (Indre-et-Loire), village où réside son frère cadet, Eugène Thomas, menuisier. Le couple s’installe à Gentilly (Seine, act. Val-de-Marne), route de Fontainebleau, dans le quartier du Kremlin-Bicêtre.

La vie municipale est marquée par un débat sur la séparation des deux entités de la commune, le vieux Centre de Gentilly et le nouveau quartier du Kremlin-Bicêtre, devenu le plus peuplé. Lors des élections municipales de juin 1888, la liste soutenant la séparation emporte les 14 sièges de la section du Kremlin-Bicêtre, tandis que les représentants du Centre ont 13 sièges. Charles Clément devient maire, Henri Thomas est premier adjoint et Étienne Malet deuxième adjoint.

Après les démissions des élus du Centre, un scrutin partiel est organisé ; les électeurs portent les noms de Sadi Carnot, président de la République, Charles de Freycinet, président du conseil ou Eugène Poubelle, préfet de la Seine, qui sont donc proclamés élus, avant l’annulation du scrutin. Un nouveau vote en juin 1891 donne des résultats comparables, avec par exemple la pseudo-élection de Jean Casimir-Perier, ancien ministre.

Lors des élections municipales générales de mai 1892, le quartier du Centre réélit des conseillers fictifs (Carnot, de Freycinet, Cavaignac, Poubelle…) tandis que l’équipe municipale sortante est reconduite par les électeurs du Kremlin-Bicêtre. Clément reste maire, Thomas et Malet adjoints. Il faut attendre septembre 1892 pour que de véritables conseillers municipaux soient élus dans le quartier du Centre.

Si la querelle territoriale reste dominante, la municipalité essaie tout de même d’avoir une action sociale. Elle lance ainsi une souscription pour financer des crèches municipales en janvier 1893.

La grande affaire, dont Thomas à la charge, est celle des zoniers. Les anciennes fortifications entourant Paris, toujours classées « zone militaire » mais non utilisées, ont vu surgir de nombreuses cahutes misérables avec notamment de petits commerces. En janvier 1894, le ministre de la guerre, le général Mercier, prit la décision d’expulser les familles installées dans ces lieux.

Ayant pris en main la cause des zoniers, Thomas multiplie les démarches, notamment auprès du ministère de la guerre. Il est reçu, à sa demande, le 4 mai 1895 par le président de la République, Jean Casimir-Perier. Il obtient, à plusieurs reprises, un délai pour repousser les expulsions des zoniers et leur permettre de rester sur place « après avoir aménagé eux-mêmes leurs baraquements conformément aux exigences réglementaires » selon la presse nationale, qui couvre largement l’évènement.

Le frère d’Henri, Eugène Thomas, est venu également s’installer à Gentilly. Il devient le responsable local du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, réformiste, dirigé par Jean Allemane.

Lors des élections municipales de mai 1896, les deux frères Thomas sont sur des listes opposées. Eugène conduit, dans les deux sections, une liste du parti ouvrier qui s’oppose à la séparation. Dans celle du Kremlin-Bicêtre, la liste des sortants séparatistes, sur laquelle figure Henri, obtient 17 des 19 sièges à pourvoir. Thomas est reconduit comme premier adjoint, Clément comme maire et Malet comme deuxième adjoint. Eugène Thomas n’est pas élu, même si sa liste emporte deux sièges.

Le 13 décembre 1896, une loi décide la séparation des deux parties du territoire et transforme le quartier du Kremlin-Bicêtre en une municipalité distincte. Tirant les conséquences de la scission, Une délégation spéciale est créée pour remplir les fonctions de conseil municipal. Charles Clément, en tant que président, fait fonction de maire, tandis qu’Henri Thomas et Étienne Malet, vice-présidents, conservent leur rôle d’adjoint.

Les premières élections municipales de la nouvelle commune du Kremlin-Bicêtre ont lieu en février 1897. Trois listes sont en concurrence : la liste républicaine de la municipalité élue en 1896, sur laquelle se retrouve sans doute Henri Thomas, une liste des intérêts économiques, composée de commerçants et de rentiers, et la liste du parti ouvrier, conduite par Eugène Thomas. Cette dernière obtient tous les sièges à l’issue du second tour, et Eugène Thomas devient maire du Kremlin-Bicêtre jusqu’à son décès en 1919 ; il est également conseiller général du canton de Villejuif. Il obtient une certaine notoriété par son activité anticléricale, interdisant les processions et le port de la soutane dans sa ville par arrêté.

À suivre

La zone du Kremlin-Bicêtre (Rol)

 

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 00:01

Suite de la biographie de Chamba Balinov

L’activité de Chamba Balinov pendant la période de la deuxième guerre mondiale est documentée par plusieurs textes, complétant les quatre notices biographiques connues. Un ensemble de six lettres, publiées en mai 2020, ont été expédiées, en 1949-1950 à un professeur de musique, Nikolay Vasilievich Matviychuk, né en 1890 à Tarnopol (Pologne autrichienne, act. Ternopil, Ukraine) et résident aux États-Unis. Un long entretien réalisé en octobre 1950 par un certain A. D. dans le cadre d’un programme d’enquête sur le système social soviétique, conduit par l’université américaine de Harvard ; il a été diffusé en 2007. Enfin, on compte des données enregistrées par l’Organisation internationale des réfugiés et par la Sûreté générale en France. Les lettres sont en russe, tandis que l’entretien est transcrit en anglais, bien que réalisé en russe également. Les lettres comme l’entretien prennent évidemment en compte le résultat du conflit et sont écrites dans un contexte où Balinov veut émigrer en Amérique ; cependant, les faits évoqués, confirmés par les autres données dont on dispose, apparaissent généralement crédibles.

En commençant son entretien, Balinov indique : « J'ai travaillé avec les Allemands avant la guerre ». Il situe ses contacts avec un représentant de la Wehrmacht venu à Paris pour lui parler de l'organisation du sabotage et de la propagande contre l'URSS en avril ou mai 1939. Soulignant qu’il était « toujours prêt à lutter contre le bolchevisme », Balinov envisage, avec l’appui allemand, de publier un magazine à Prague, en liaison avec des groupes opérant en Roumanie et en Bulgarie. Il se rend en Allemagne durant l'été 1939. Cependant, le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 fait que les Allemands n’ont plus besoin de lui. Il réside cependant toujours en Allemagne et retourne en France en 1940, après l’occupation du pays par les troupes hitlériennes.

L’enclenchement de la guerre germano-soviétique, le 22 juin 1941, provoque la satisfaction de Balinov et de ses amis qui pensent qu'Hitler visait la « libération des peuples réduits en esclavage par l'URSS ». Il assure : « J'ai immédiatement fait savoir que j'étais prêt à travailler pour vaincre les Soviétiques ». Mais il note que les Allemands lui ont répondu : « nous n'avons pas besoin de vous ». Il continue donc à séjourner en région parisienne.

En novembre 1941, Balinov reçoit la visite d'un soldat allemand qui lui demande d'aller à Berlin. Là, il se voit proposer un poste à l'arrière de l'Armée rouge : avec des groupes de partisans kalmouks, qu’il va devoir recruter, il est prévu qu’il soit parachuté en territoire kalmouk. Baptisée opération Zeppelin, l’entreprise est contrôlée par le quartier général de la flotte allemande. Elle démarre à Simferopol en décembre 1941 (Crimée, act. Ukraine de jure et Russie de facto) par l’apprentissage des techniques de sabotage. Balinov fait le tour des camps de prisonniers de guerre et sélectionne des kalmouks. L’opération, prévue en avril 1942, est repoussée suite à une panne de l’avion qui devait les transporter. L’occupation de la République de Kalmoukie par les Allemands en juin 1942 rend inutile l’expédition.

Étant retourné à Berlin, la Wehrmacht détache Balinov auprès du ministère des territoires de l'Est, dirigé par Alfred Rosenberg. Cette administration, mise en place en juin 1941, entend constituer des unités spéciales, regroupant « 30 à 40 anciens émigrants respectés des petites nations » dont ils étaient originaires, dont les kalmouks. Chamba Balinov est désigné comme chef du Comité national Kalmouk. Il est envoyé sur place en octobre 1942 pour établir l'administration locale. Balinov, qui affirme avoir eu un « enthousiasme pro-allemand » assure que « le nouveau voyage m'a vraiment refroidi ». Arrivé en décembre 1942 à Elista, capitale de la Kalmoukie, il s’estime soumis à une sorte d'assignation à résidence. Alors que l'Armée Rouge avance et que les Allemands commencent à battre en retraite, Balinov dit avoir été placé en état d'arrestation pendant une semaine dans un hôtel de la ville le 31 décembre 1942, avant d’être transféré à Stavropol, où se trouvait le quartier général de l’armée allemande où il est libéré.

Au début de 1943, Balinov travaille à l’organisation du Comité national Kalmouk. Il estime qu’il comprenait « bon nombre de carriéristes se sont adaptés aux revendications allemandes » mais peu de nazis notoires ; cependant, un des adjoints de Balinov, Stepanov, fonda en 1943 à Prague un « Parti nazi cosaque ». Le comité disposait de deux pièces, dans un immeuble qu’il partageait avec quatre autres comités nationaux, et employait une vingtaine de salariés. Le comité éditait un mensuel, bilingue kalmouk et russe, et disposait d’une radio ; cependant, selon Balinov, si elle avait 4 ou 5 employés, personne ne l’écoutait. La propagande insistait sur le fait que l’Allemagne allait vaincre et qu’elle serait un protecteur décent ; ainsi, la Kalmoukie obtiendrait la liberté vis-à-vis du bolchévisme et des ploutocraties occidentales.

Selon le témoignage de Balinov, les comités n’auraient pas été très productifs. Ils constituaient « un écran et un outil de propagande, un organe contrôlé par le ministère de l'Est. Il n'y avait aucun projet d'indépendance ». Selon Balinov, il espérait que ces structures pourraient améliorer les conditions de vie épouvantables dans les camps de prisonniers de guerre et parmi les travailleurs orientaux utilisés par l’Allemagne. Pour lui, « C'était un mariage de convenance. »

La retraite des troupes allemandes entraîne le départ de 5 000 hommes et femmes du territoire de la République de Kalmoukie. Un Corps de cavalerie kalmouk (KKK), de 4 000 personnes, est constitué. Il sera utilisé par les Allemands pour combattre des partisans en Pologne en 1944, ce que Balinov dit avoir contesté, polémiquant avec le chef de ce corps, le Dr Doll, et faisant rappeler environ un millier de soldats opérant alors en Pologne.

Parmi les comités nationaux fondés par les Allemands, Balinov estime que ceux-ci s'intéressaient peu aux Kalmouks, un petit peuple, contrairement au Comité du Turkestan par exemple. Il explique avoir rarement vu des personnes occupant des postes élevés. Concernant son pays, Balinov remarque que, s’il n’a pas rencontré de véritables bolcheviks parmi les Kalmouks, Mais il y avait un « patriotisme soviétique », surtout chez les jeunes, qui se félicitaient d’avoir une république autonome, une nouvelle capitale (Elista), des écoles et une situation économique qu’ils trouvaient plus favorable.

Basé à Berlin, Balinov est employé par le journal Khalmag à partir de mai 1943. Le 27 décembre 1943, le chef de l’État soviétique, Joseph Staline, ordonne la dissolution de la République de Kalmoukie et la déportation de sa population en Sibérie et en Extrême-Orient.

En 1943-1944, seul parmi les différents comités nationaux, Balinov prend contact avec Andreï Vlassov, ancien général de l’Armée rouge, qui a fondé l’Armée de libération russe après s’être rallié à l’Allemagne. Il discute avec lui, à trois reprises, de comment continuer la lutte antisoviétique, même sans le soutien de l’Allemagne. En visitant les camps de prisonniers, Balinov tente de rallier des Kalmouks aux forces de Vlassov.

Selon les archives du Fichier central de la Sûreté générale (dit fonds de Moscou), Balinov, mentionné avec son adresse à Joinville-le-Pont, aurait été membre de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF), créée le 8 juillet 1941. Il est à ce titre mentionné (même si son nom est partiellement masqué) dans l’ouvrage de l’historien Dominique Lormier, Les 100 000 collabos (2018).

À suivre

Chamba Balinov en uniforme, sd

 

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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 00:01

Suite de la biographie de Chamba Balinov

Après la défaite du général Piotr Nikolaïevitch Wrangel, successeur du général Anton Denikine à la tête de l’armée blanche, les troupes cosaques et la population kalmouke qui lui était liée quittent les steppes du Don pour un exil, via Istanbul, qui les mène en Bulgarie ou en Tchécoslovaquie.

Arrivé en 1920 en Tchécoslovaquie, pris en charge en tant que réfugié, Chamba Balinov suit des cours d'agriculture et de mécanique automobile pour l’entretien des tracteurs. Cependant, il semble plus intéressé par des travaux intellectuels. Il traduit en langue kalmouke des ouvrages du romancier russe Alexandre Pouchkine ainsi que les Essais sur l'histoire des Kalmouks du professeur Palmov. Balinov contribue à la grammaire kalmouke du professeur Kotvych (Kotwich, Kotwicz). Il participe également à la publication du manuel Honho (Honkho), anthologie de textes kalmouks.

Associé à plusieurs étudiants également d’origine kalmouke, Chamba Balinov devient secrétaire de la Commission des travailleurs culturels kalmouks. À partir de 1927, il travaille à la rédaction du magazine Вольное казачество (Wolnoje kazaczestwo, Cosaques libres). Soutenant l’idée que les intérêts du nationalisme cosaque ont complètement fusionné avec l'idéologie du nationalisme kalmouk, Balinov appuie la lutte pour l'indépendance cosaque. Plusieurs de ses articles sont édités de manière séparée, comme par exemple Sur l'origine des cosaques, diffusé en 1931.

Bien que certains textes parlent d’une arrivée en France au milieu des années 1920, le départ de Prague est sans doute plus tardif, postérieur à l’émission du passeport Nansen, qui attestait du statut de réfugié de Chamba Balinov. Ce document a été délivré dans la capitale tchécoslovaque en mars 1930.

En France, une colonie kalmouke assez importante se fixe à partir de 1924. Elle s’installe principalement autour de la ville industrielle de Couëron (Loire-Inférieure, act. Loire-Atlantique) pour les réfugiés ayant transité par la Bulgarie et en région parisienne, notamment dans les communes de Joinville-le-Pont, Saint-Maurice, Saint-Maur-des-Fossés et Alfortville (Seine, act. Val-de-Marne) où on aurait compté environ 500 personnes, venues notamment de Tchécoslovaquie. La famille Balinov s’installe sur les bords de Marne ; Chamba réside en 1931 avec une amie polonaise, Nadieja Szyray, à Joinville, avenue de Joinville, et est manœuvre à Saint-Maurice ; le père, Nudel, est aussi manœuvre à Saint-Maurice et décède, âgé de 59 ans, en septembre 1934. En 1936, Chamba Balinov, journaliste noté comme étant sans emploi, dans le même quartier, rue du Chemin-Creux (voie disparue, située à proximité des actuels boulevard de l’Europe et rue Henri-Barbusse). Il réside en 1936 avec son frère cadet Marckoss (ou Markhous), ouvrier à Saint-Maurice, peut-être dans une tréfilerie, et son épouse Zanc. Ils sont tous les deux nés en Russie en 1900.

Poursuivant sa collaboration avec Cosaques libres, dont il est le représentant à Paris, Chamba Balinov va également publier en France deux journaux, Kovylnye Volny (Vagues de plumes) et Kazachiy Golos (Voix cosaque). Il collabore également aux revues Prométhée, qui se présente comme un organe de défense nationale des peuples du Caucase et de l'Ukraine et du Turkestan et Kaukasus (Le Caucase), qui se veut un organe de la pensée nationale indépendante et est basé à Berlin (1937-1939).

Lors de son séjour en France, Balinov se présente en porte-parole du mouvement des Cosaques libres mais ne met pas en avant la revendication d’indépendance portée par certains d’entre eux. Il plaide en janvier 1933 pour « une union plus étroite de tous les peuples opprimés de l'Orient de l'Europe afin de lutter plus efficacement contre l'impérialisme russe, rouge ou blanc. »

Présenté comme directeur de la colonie Kalmouke de Joinville de Joinville-le-Pont, Chamba Balinov est, avec le grand-prêtre bouddhiste Bakcha Nimbouchev, l’organisateur, en décembre 1937, d’une fête organisé en l’honneur du Noyon Nicolas Toundoutoff, fils et héritier du prince Danzan, mort tragiquement après son retour au pays. La cérémonie fait l’objet d’un long reportage dans l’hebdomadaire Le Monde illustré. Nicolas Toundoutoff réside avec sa mère, journaliste, à Joinville-le-Pont.

En 1936, Balinov était membre d’un Comité de réinstallation, qui avait été constitué en vue d’une implantation des Kalmouks en Mandchourie, en Chine. Il présidait l’organisation Khalmag Tanġčin Tug (Drapeau kalmouk). À partir de cette année, il se met en retrait des groupements politiques cosaques, ne soutenant plus les revendications d’indépendance posées par certains d’entre eux, comme Galzkov. Balinov concentra désormais son activité sur sa vision des intérêts du peuple kalmouk.

À suivre

Le prince héritier Nicolas Toundoutoff, noyon des Kalmouks et ses amis de la communauté de Joinville

 

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28 janvier 2021 4 28 /01 /janvier /2021 00:01

Début de la biographie de Chamba Balinov

Chamba Nudelich Balinov [Шамба Нюделич Балинов] naît le 5 mai 1895 à Novo-Alekseevskaya, Kraï de Krasnodar, région du Don, Russie. Il est le fils d’Ilyina Bembish [ou Hijin Bembich] et de son mari Nudel Balinov [ou Nudil Balinoff], une famille d’un milieu social modeste. La translittération de son nom sous la forme Chamba Balinov est la plus courante. On trouve également, principalement dans les sources anglo-saxonnes, Shamba Balinoff, Szamba Balinow en polonais et différentes variantes comme Balynov pour son nom et Samba ou Schamba pour son prénom. Plusieurs notices mentionnent une naissance en 1894, cependant la date de 1895 est confirmée par des documents officiels français et une lettre de Balinov.

La famille de Chamba Balinov est d’origine kalmouke, venant de la tribu de Jakamul (Dzhakamul), du groupe Ho Buch (Kho Bukh, Khoshuuds ou Khoshut), au sein de la région Remzhinken parmi les kalmouks du Don. Les hommes de cette communauté étaient intégrés au sein de l’armée des cosaques du Don.

Le village de Novo-Alekseevskaya est extérieur à l’actuelle République de Kalmoukie, constituée au sein de la fédération de Russie, et, selon le recensement russe de 2002, ne comprend plus de population kalmouke notable.

Ayant suivi les cours de l'école de son village natal, Chamba Balinov en ressort diplômé. En 1897, un recensement estimait que 4% des kalmouks savaient lire, un niveau bien inférieur à ceux d’autres peuples de la Russie, comme les Tatars (16%) ou les Russes (29%). Ultérieurement, Balinov sera présenté comme un autodidacte.

Chamba Balinov commence son service militaire au cours de la première guerre mondiale en tant que greffier du conseil d'administration du district de Sal, dans la ville de Salsk. De mi-1915 à avril 1917, il sert dans le 36e régiment de cosaques de Don sur le front allemand. Après la révolution, il poursuit dans le même régiment jusqu'à la fin de 1917, toujours dans la région du Don. Il rejoint un escadron basé à Salsk en juin 1918, qui a combattu avec les bolcheviks. En septembre 1918, il est affecté au 3e régiment de kalmouks du Don, qui opère dans la région. Il tomba malade en janvier 1919, et passa un mois dans un hôpital de Novotcherkassk puis obtient une permission de convalescence d’un mois. À partir d’avril 1919 et jusqu’en novembre de la même année, Chamba Balinov est traducteur de la langue kalmouk au conseil de district du district de Salsk. On le nomme, en novembre 1919, chef de la garde de la 5e section du district de Sal.

Selon l’historien Oleg Olegovich Antropov, « Dans la première moitié de 1918, l'anarchie régnait sur les vastes étendues des steppes kalmoukes, s'étendant entre la Volga et le Don, accompagnée d'éclats périodiques de conflits atteignant des massacres sanglants entre les villages cosaques, les nomades kalmouks et les villages russes. »

Territoire frontalier, la steppe kalmouke était prise en sandwich entre la région bolchevique de la Volga et le Caucase du Nord, qui était une arène de lutte acharnée entre l'armée blanche, les Soviétiques, les autorités cosaques et les gouvernements des nouvelles entités nationales.

À l'été 1918, la Grande Armée du Don déclara un État cosaque souverain tandis que l'armée allemande, occupait une partie de la région du Don, cherche à influencer certaines des nouvelles entités étatiques (Ukraine, Géorgie et Azerbaïdjan), tout en soutenant les groupes monarchistes abrités à Kiev. Le noyon (prince) Danzan Toundoutoff, ancien adjudant du Grand-Duc Nicolas, 27 ans, après avoir été élu chef des kalmouks au sein de l'armée d'Astrakhan, quitte le territoire pour la fin mai 1918 pour la Géorgie puis l'Allemagne où l'empereur Guillaume II propose de le soutenir dans la création d’une armée antibolchevique. Revenu dans son territoire, le noyon Toundoutoff tente de constituer l'Union du Sud-Est Don-Caucase, proto-État allié de l'Allemagne, mais il n’arrive pas à convaincre les autres dirigeants des peuples voisins de se rallier à lui. De plus, l'armée d'Astrakhan se trouve en concurrence, pour le recrutement des anciens officiers russes, avec l'Armée des Volontaires de Dénikine, autre chef antibolchévique. L’arrêt des financements allemands, en août 1918, conduit à un rapprochement avec les monarchistes, basés à Kiev (Ukraine).

De septembre 1918 à février 1919, le 3e régiment (celui de Balinov), défendit le district de Salsk contre les unités de l'Armée rouge opérant dans les steppes kalmoukes et assura le flanc droit de l'armée du Don, mise en difficulté par la baisse de ses ressources et des rivalités internes entre kalmouks et cosaques. Plusieurs dirigeants kalmouks devinrent partisans d’une alliance avec les bolcheviks et l'armée d'Astrakhan est dissoute dans les forces antibolchéviques de l'Armée des Volontaires le 1er mars 1919.

À suivre

Le prince Danzan Toundoutoff, noyon des Kalmouks

 

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