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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 00:07

Les articles qui inaugurent cette série ont paru, en 2011, dans le blog Joinville-le-Pont au jour le jour. Ils ont cependant été remaniés pour être plus en phase avec la vocation historique de cette publication. Ils permettent d’illustrer la vie d’une usine métallurgique dans le contexte d’une banlieue populaire : les ingénieurs et leurs soucis, la dangerosité des machines, la grève et le syndicalisme révolutionnaire, la guerre et la bourse…

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Usines cinématographiques, traitement des eaux, métallurgie, verre, lunetterie… La commune de Joinville-le-Pont (Val de Marne) a un passé significatif en matière industrielle, même s’il n’en reste plus aujourd’hui grand-chose sur le plan économique.

Une de ces entreprises a pour nom Bi-Métal. L’ingénieur Edouard Martin, d’origine lyonnaise s’attaque à un problème né avec le développement du télégraphe (à partir de 1851) puis, un quart de siècle plus tard, le début du téléphone (1879) : le poids des lignes électriques portant ces communications.

Deux métaux étaient jusqu’ici utilisés : le fer était très résistant, mais il fallait des fils de gros diamètres, donc très lourds, car il a une faible ductilité. Le cuivre était un excellent conducteur, mais il avait une faible résistance à la traction ; il fallait donc grossir le fil, ce qui entraînait une dépense considérable.

La Société Martin, Ducamp et Cie exploitait les fonderies et tréfileries de Joinville-le-Pont, situées quai des Usines (l’actuel quai Pierre Mendès-France, aux limites de Saint Maurice et Maisons-Alfort. Edouard Martin, qui dirigeait l’entreprise, a conçu un fil bimétallique mêlant cuivre et acier. L’expérience montra l’efficacité de ce mélange, un peu moins conducteur que le cuivre seul, mais plus résistant que l’acier.

Selon les calculs fait, non seulement le nouveau fil était moins lourd et plus efficace, mais il était bien moins cher, car il utilisait bien moins de matière première : un kilomètre de fil de cuivre pesait 43,7 kilos et coûtait 91,75 francs, tandis que la même longueur de fil bimétallique ne faisait que 25,35 kilos pour un prix de 48,15 francs (*).

Le début de la production industrielle se fit en 1891. L'administration française des postes et télégraphes, qui avait testé le procédé pendant deux ans, fut un important client. Dès le départ l’usine de Joinville exporta ses produits : Suède, Espagne, Angleterre, Grèce, Suisse, Italie, Hollande et même Mexique équipent ainsi leurs réseaux nationaux.

En 1892, Édouard Martin et André Ducamp cèdent leurs brevets à une nouvelle société, la Compagnie française du Bi-Métal, qui exploitera l’usine de Joinville et un établissement à Alfortville puis s’implantera à l’étranger, notamment en Belgique.

(*) La Science française, n° 79, 1er septembre 1892

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 00:05

Henriette Le Dieu est la fille d’un capitaine des zouaves pontificaux. Son père, Henry Le Dieu, naît en Écosse, où sa famille avait émigré pendant la Révolution française. Il défend lui aussi des opinions royalistes légitimistes, se mettant au service du comte de Chambord, Henri, prétendant au trône et petit-fils de Charles X. Il combat pour défendre les États pontificaux contre les partisans de l’unité italienne. Battu par les piémontais à Castelfidardo (1860), il participe à la bataille de Mentana (1867) qui voit les Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi échouer dans leur tentative pour libérer Rome et en faire la capitale de l’Italie en cours d’unification. Sa mère, d’origine germano-italienne, Isabelle Kormann, aura sept enfants ; elle vivra avec elle pendant et après la première guerre mondiale.

Henriette épouse à Arras, en janvier 1898, un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un journal républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Arthur, né en 1855, était veuf, et Henriette poursuit avec lui l’éducation de leurs deux enfants, Henri et Albert. Elle lui donne deux filles, Lucie (1898) et Marietta (1902), avant qu’il ne meure d’apoplexie en 1907.

La vie de la jeune veuve va prendre un tour complètement différent du cadre bourgeois dans lequel elle s’était coulée. Elle liquide très vite la grande demeure familiale, prend un appartement et travaille comme professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc de la préfecture du Pas-de-Calais.

La guerre en 1914 va à nouveau bouleverser la famille ; Henri, le fils aîné d’Arthur, médecin, est mort en 1913 ; le cadet, Albert, juriste, décède des suites d’une maladie contractée pendant le conflit. Les quatre femmes sont forcées de fuir, la grand-mère Isabelle rejoint un couvent anglais à Bloxwich en compagnie de Marietta ; Henriette s’installe à Paris avec Lucie où elle devient responsable de la maison d’éducation pour jeunes filles du lycée Molière, dans le quartier de Passy (16e arrondissement).

Lucie va, après avoir travaillé à la Société des Nations à Genève, s’installer en Pologne avec son époux, Adam Rosé, économiste et futur ministre.

Marietta, de retour d’Angleterre, va s’installer dans la maison aménagée au sein du parc du lycée, et aura, pendant toute son existence, une relation extraordinaire avec sa mère. Intellectuelle brillante, polyglotte, Marietta est de santé fragile ; elle passera trois ans en sanatorium. Dès le début de la seconde guerre mondiale, elle s’engage dans la résistance et en meurt.

La vie d’Henriette est marquée par l’activité multiforme de sa fille cadette. Elle l’aide à mettre en forme ses ouvrages, négocie avec les éditeurs. Elle répond à ses courriers quotidiens pendant ses nombreux voyages à l’étranger, en particulier pendant son séjour de trois ans en sanatorium en Suisse. Elle assure également les ressources de la famille, par son travail au lycée et par les investissements immobiliers qu’elle s’efforce de faire dans un quartier en voie d’urbanisation.

L’arrestation de sa fille dans sa propre maison, par les forces allemandes, le 8 février 1942, va marquer une nouvelle étape tragique dans son existence. Henriette multipliera les démarches pour tenter de soulager sa fille, souffrante, pour essayer – sans guère de succès – de correspondre avec elle puis, après sa disparition, pour entretenir son souvenir et diffuser son œuvre.

Marietta Martin s’est engagée avec le réseau de résistance Hector, lié au mouvement Combat. Elle était une des animatrices du journal clandestin La France continue, un organe d’inspiration chrétienne et d’orientation gaulliste, lancé par le diplomate Paul Petit auquel elle s’associe dans l’action. La chambre de Marietta est devenue la salle de rédaction de ce journal, un des premiers vrais organes de presse clandestin. C’est sa mère qui cache les exemplaires du dernier numéro paru, au moment de son arrestation, avant de les détruire.

Après guerre, Henriette Martin Le Dieu publiera des souvenirs sur Marietta. Dans Ici Paris, l’hebdomadaire qui a pris la suite de La France continue avant de devenir peu après un magazine people, elle donne en juillet 1945 des articles alors qu’elle n’a pas reçu de nouvelles du sort de la résistante. Fin 1945, informée de sa mort tragique après sa condamnation par un tribunal allemand, elle publie un livre, Marietta Martin, morte au champ d’honneur.

La mère cherchera, en vain, à retrouver les écrits de Marietta pendant sa captivité ou ceux qui ont été saisis dans sa chambre. Elle parviendra cependant à faire publier certains ouvrages de sa fille, écrits avant le conflit, Adieu temps (1947) et les Lettres de Leysin (1948).

Sa fille aînée, Lucie Adam-Rosé, évoque la vie de sa mère dans la biographie qu’elle publie en 1955, La vie de Marietta Martin.

Le poète Fernand Gregh évoquait Marietta comme « un ange qui aurait pris une plume de ses ailes » pour écrire.

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Henriette avec Marietta et Lucie (à droite), photo M. Zuccato.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 00:07

Selon Natasha Tinsley, professeur à l’université de Montréal, Ida Faubert avait une « grâce aduste », c’est-à-dire brûlée par le soleil.

Fille unique du président haïtien Lysius Salomon, Ida Faubert est née à Port-au-Prince (Haïti) le 14 février 1882. Elle passe sa petite enfance dans le palais présidentiel. Mais en 1888 sa famille s'exile en France, où la jeune fille fera ses études. Après un premier mariage, qui donne naissance à une fille, Jacqueline, décédée très jeune, Ida revient à Port-au-Prince en 1903 pour épouser André Faubert et a un fils, Raoul, né en 1906.

Ida Salomon Faubert est une grande dame de la haute société de Port-au-Prince. Elle fait partie de la première génération de poétesses haïtiennes. Ses premiers poèmes paraissent en 1912 dans la revue Haïti littéraire et scientifique. Cependant, malgré des succès sociaux et littéraires, Ida Faubert a du mal à s'adapter à l'esprit conservateur de l'élite haïtienne dont elle critique l'étroitesse des idées.

Je t’ouvrirai mon cœur que le soleil inonde,

            Tu connaîtras mon âme et ses désirs ardents,

            Et tu ne sauras rien de la vie et du monde 

            Sinon que je  t’adore et que c’est le printemps ! 

(Douceur, Cœur des îles)  

À la recherche d'une liberté personnelle qu'on qualifie de féministe, Ida Faubert s'établit à Paris en 1914. Elle divorce et s'installe dans un appartement rue Blomet. Le Bal Nègre met le quartier dans les rythmes antillais tous les samedis. On y trouve les ateliers d’artistes surréalistes comme André Desnos ou Juan Miró. Les littérateurs haïtiens à Paris lui font des visites tels Léon Laleau ou Jean Price-Mars, mais aussi des Français comme Jean Richepin, Jean Vignaud, ou Anna de Noailles.

Outre ses recueils de poèmes, Ida Faubert publie en 1959 des récits, Sous le soleil caraïbe. Elle meurt en 1969 à Joinville-le-Pont, où elle vivait et est enterrée.

Bibliographie :

  • 1939 : Cœur des Îles, éditions René Debresse, Paris ;
  • 1959 : Sous le soleil caraïbe, O.L.B, Paris ;
  • 2007 : Anthologie secrète : poèmes et récits, Mémoire d'encrier, Montréal.

Un site Internet, présenté par son petit-fils, Jean Faubert, présente ses livres et sa généalogie.

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 21:54

Arthur Martin naît le 16 juin 1855 à Bar-sur-Aube (Aube).

Il travaille comme publiciste (on dirait aujourd’hui journaliste) à partir de 1879 pendant neuf ans à La Vraie France, publication royaliste, légitimiste et catholique de Lille (Nord). Il collabore ensuite pendant dix-neuf ans au Courrier du Pas-de-Calais, un quotidien catholique édité à Arras. Il en est rédacteur en chef à partir de 1888.

Arthur Martin défend des positions conservatrices, favorables à l’ordre et opposées à la jeune troisième République. Comme une bonne partie de la droite d’alors, ses écrits sont parfois à connotation antisémite. Ainsi, après les affrontements meurtriers du 1er mai 1891 à Fourmies (Nord), il condamne « l'esprit épais et férocement égoïste de la bourgeoisie républicaine » et excuse l'armée, accusée d’être responsable de la fusillade. Il met en cause, en des termes très proches de ceux de l’écrivain d’extrême-droite Édouard Drumont, des fonctionnaires : « Il y a, dans le drame sanglant de Fourmies, un acteur qu’il est nécessaire de mettre en pleine lumière : c’est le sous-préfet d’Avesnes, un sieur Isaac, un juif pur-sang. Un peu plus haut dans la hiérarchie administrative, nous trouvons un autre sémite, ou du moins semi-sémite, M. Vel-Durand, préfet du Nord ». Il est cependant non clérical.

Arthur Martin aura quatre enfants. D’un premier mariage, Henri, médecin, meurt en 1913. Albert, juriste, décède des suites d’une maladie contractée pendant la Première Guerre mondiale. Il épouse en secondes noces Henriette Le Dieu à Arras en 1898. Professeur de piano, elle élèvera leurs deux filles après sa disparition en travaillant au pensionnat Jeanne d’Arc d’Arras puis, à partir de la guerre et de l’évacuation des civils de la ville d’Arras, au lycée Molière à Paris. Lucie (née en 1898) travaille à la Société des Nations à Genève (Suisse). Elle épouse en 1921 Adam Rosé (1895-1951), diplomate puis ministre en Pologne. Marietta (1902-1944), écrivain, est active dans la Résistance intérieure française, notamment en contribuant au journal La France continue.

Henriette Martin-Le Dieu et Lucie Adam-Rosé publieront toutes deux des biographies de Marietta Martin dans lesquelles elles évoquent la vie d’Arthur Martin.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 00:11

Lucie naît le 18 octobre 1898 à Arras. Elle est la fille d’Henriette Le Dieu, originaire de milieux militaires et royalistes, et d’un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un quotidien républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Élevée avec deux grands frères, issus d’un précédent mariage du père, elle accueillera sa cadette, Marietta, en 1902.

Son père meurt quand elle n’a que 9 ans, en janvier 1907, d’une crise d’apoplexie à son bureau. Sa mère doit alors assurer la vie de la famille ; elle vend la maison familiale, prend un appartement et devient professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc, toujours à Arras. Les frères font alors leurs études à Lille ; Henri, l’aîné, médecin, meurt en 1913 ; Albert, le cadet, juriste, décède des suites d’une maladie contractée à la guerre.

Le premier conflit mondial en 1914 aura des conséquences directes sur la vie familiale. Lucie doit fuir avec sa mère ; elles s’installent à Paris où Lucie devient élève du lycée Molière (16e arrondissement) tandis que sa mère gère la maison d’éducation pour jeunes filles du même établissement. Marietta et sa grand-mère, Isabelle Le Dieu, embarquent pour l’Angleterre.

Lucie et sa sœur ont bénéficié de bourses d’études d’une fondation américaine, liée à l’université de Harvard. Après guerre, elle travaille à Genève, à la nouvelle Société des Nations. Elle épouse en 1921 Adam Rosé (1895-1951), économiste polonais et s’installe en Pologne avec lui.

Leur premier enfant, Stephen (dit Nino), naît en 1922. Il sera souvent malade, et Lucie fait appel à sa sœur, Marietta, pour l’aider à le soigner. Sa fille, Marie-France (1924-2007), dite Manette, deviendra ensuite, sous le nom de Marie-France Skuncke interprète notamment pour les américains au procès de Nuremberg en 1946, avant de travailler à Paris pour l’Unesco. Elle fut une des première à enseigner l’interprétation simultanée, et fut fondatrice et secrétaire générale de l’Association internationale des interprètes de conférence.

Spécialistes des questions agraires, qu’il enseigne dans les universités de Varsovie et de Lviv, Adam Rosé est appelé au ministère de l'économie en 1931 pour préparer des mesures anti-crise pour pallier à l'effondrement des marchés mondiaux. Il quitte ses fonctions en octobre 1935, suite à des désaccords avec le ministre de l'agriculture Juliusz Poniatowski. Mais, en août 1936, on fait de nouveau appel à lui et il est nommé vice-ministre de l'industrie et du commerce.

La défaite face à l’Allemagne provoque le départ vers la France. En 1940, après avoir coopéré à l'évacuation de l'armée polonaise, il devient consul à Toulouse du gouvernement polonais en exil. Secrétaire de la Croix-Rouge polonaise en France, il contribue à l’accueil des réfugiés. Mais, recherché par la Gestapo, il se réfugie à Genève (Suisse).

Après la guerre, Adam Rosé devient conseiller de Ludwik Grosfeld, ministre du commerce et représente la Pologne dans des commissions de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) qui vient d’être créée. Cependant, en désaccord avec le régime communiste qui s’installe, il émigre à nouveau et rejoint sa famille à Paris en 1949.

Lucie quant à elle s’efforçait, aux côtés de sa mère, de retrouver la trace de sa sœur, Marietta, poète et héroïne de la résistance. Arrêtée en février 1942 alors qu’elle n’avait publié qu’une partie de son œuvre, elle est jugée par un tribunal allemand et condamnée à mort. Elle décède d’épuisement dans une prison de Francfort-sur-le-Main le 11 novembre 1944.

L’édition des livres de Marietta Martin constituera une activité importante. Lucie participe à la publication de Adieu temps (1947), des Lettres de Leysin (1948) ainsi d’un Choix de textes (1961).  

Elle est également l’auteur d’une Vie de Marietta Martin, parue en 1955.

Dans ses souvenirs, sa mère évoque Lucie, bébé bruyant puis enfant modèle, citant notamment des passages du journal qu’elle écrivait pendant la première guerre mondiale. Lucie quant à elle parle de sa sœur comme d’un « autre moi », « cousue à son âme. »

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Lucie et son chien, photo M. Zuccato.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 00:08

Pour la première partie de cette note sur Marietta Martin, voir « Le soleil brille à Leysin »

L’expérience mystique de la poète Marietta Martin est marquée par une prescience de la mort et de l’engagement patriotique. Dans un cahier de 1936, elle écrit : « Nuit ! Nuit ! Non, pour toi, Nuit, il faut partir. Le soldat sait qu’il part demain. Il sait où il part ; il sait qu’il veut partir pour le lieu dont il ne sait pas le nom. Les convois de troupes vers le lieu de l’action montent en ligne pour une destination inconnue. Il n’en sait qu’une et il l’aime, il l’aime tellement, enfin ! »

Marietta Martin entre peu après le début de la guerre dans le Réseau Hector, un important groupe de combat et de renseignement de la zone nord de la France, animé par le colonel Alfred Heurteaux, officier du 2ème Bureau de l'Armée d'armistice.

Elle participe, à la demande du diplomate Paul Petit, au réseau « La France Continue », mouvement de résistance créé notamment par Henri de Montfort, journaliste et secrétaire de l’Institut de France, et Annie de Montfort. Cette dernière fut étudiante aux Langues orientales avec Marietta. On comptait également parmi les collaborateurs l’historien Émile Coornaert, Suzanne Feingold ainsi que le professeur du lycée Buffon Raymond Burgard. La chambre de Marietta, rue de l'Assomption à Paris (18e), devient la salle de rédaction du journal publié par le réseau.

La France Continue, un des premiers véritables journaux clandestins, connaîtra 12 numéros entre 1941 et 1942. Marietta Martin écrit pour le journal et assure, à bicyclette, la diffusion de numéros dans Paris. Elle en expédie également plusieurs milliers d’exemplaires par la poste.

A la suite d'une dénonciation, une perquisition a lieu dans sa chambre au cours de la nuit du 7 au 8 février 1942. Un ouvrage est saisi, intitulé « Avec Charles de Gaulle de Gaulle, avec l’Angleterre ». Il s’agirait selon le jugement rendu en 1943 d’un « écrit politique assez long, rédigé par elle et plusieurs fois remanié » ; il aurait été « mis en lieu sûr » par les autorités allemandes et n’a pas été retrouvé depuis.

Marietta Martin est inculpée de « rédaction et diffusion de publications clandestines » et accusée d'être une militante du mouvement Libération nationale. Incarcérée à la prison de la Santé, elle est déportée le 16 mars 1942 en Allemagne dans huit établissements pénitentiaires successifs. Elle est condamnée à mort le 16 octobre 1943 par le « tribunal populaire » (Volksgerichtshof) de Sarrebruck pour « complicité avec l'ennemi » en même temps que Paul Petit et Raymond Burgard.

Emprisonnée en attente de son exécution à la prison de Cologne elle est soignée par Gilberte Bonneau du Martray, dans la cellule voisine de celles d’Elizabeth Dussauze, Jane Sivadon, Hélène Vautrin et Odile Kienlen. Elle est transférée suite aux bombardements, sur une civière en raison de sa faiblesse, à Francfort-sur-le-Main. Elle y décède le 11 novembre 1944. En 1949, son corps est rapatrié à Paris. Elle est inhumée avec les honneurs militaires au cimetière de Clichy-sous-Bois, car elle a été nommée, à titre posthume, sous-lieutenant, au titre des Forces françaises combattantes.

Marietta a été décorée de la Légion d'honneur et de la Croix de guerre avec palmes. Elle a fait l’objet d’une citation à l'ordre du corps d'armée. La poète fait partie des 157 écrivains morts pour la France dont le nom figure au Panthéon de Paris. Une plaque est déposée sur son ancien domicile rue de l'Assomption à Paris (16e) et une rue du même arrondissement porte le nom de « Marietta Martin ».

Une école est baptisée de son nom dans sa ville d’origine, Arras et une plaque a été déposée sur sa maison natale.

Une allée de la Forêt des écrivains combattants a été baptisée en 1961 du nom de Marietta Martin dans la forêt des écrivains combattants au sein du massif montagneux du Caroux-Espinouse, situé sur le territoire des communes de Combes (Hérault).

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Marietta Martin dans sa chambre de la rue de l'Assomption (Paris, 16e) avant-guerre

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:03

Marietta Martin, née le 4 octobre 1902 à Arras (Pas-de-Calais), est la fille d’Arthur Martin, rédacteur en chef du quotidien d’Arras, le Courrier du Pas-de-Calais, et d’Henriette Martin-Le Dieu. Orpheline de père à l'âge de quatre ans, Marietta vit avec sa mère, professeur de piano à Arras et sa sœur, Lucie. Lors de l'offensive allemande dans le nord de la France en août 1914, sa mère et sa sœur se réfugient à Paris et s'installent dans le 16ème arrondissement, où Marietta les rejoindra après un séjour en Angleterre.

Elle fait ses études secondaires au Lycée Molière, où travaille sa mère, s'inscrit comme étudiante à la Faculté de médecine puis change de voie et prépare une licence de lettres et un doctorat. Elle parle couramment l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien, le polonais et le danois. Musicienne, elle joue du piano et du violon. Marietta voyage dans une bonne partie de l’Europe, malgré une santé très délicate, et fait notamment de longs séjours en Pologne, où vivent sa sœur et son beau-frère, Adam Rosé, diplomate et ministre. Ses voyages lui inspirent la rédaction d’un essai sur Marie-Thérèse Rodet Geoffrin, visiteuse française du roi de Pologne Stanislas Auguste à Varsovie en 1766.

En 1925, elle présente sa thèse de doctorat en littérature comparée sur la vie et l'œuvre d'un médecin allemand qui a eu Stendhal pour patient, le docteur Koreff, qu’elle qualifie d’aventurier intellectuel. Elle poursuit ses travaux par un mémoire sur le Saint-Simonisme qui fait l’objet de deux articles dans le Journal des débats en 1926.

Malade des poumons, Marietta Martin passe plusieurs années en Suisse, dans un sanatorium de Leysin (canton de Vaud) entre 1927 et 1931. Elle y écrit de nombreuses lettres, parfois poignantes, mais toujours gaies et optimistes. Dans un de ces courriers, elle résume sa pensée : « S’il faut lancer un message par le monde, il ne peut pas partir porteur de douleur pour augmenter cette douleur, il serait un faux message. Si c’est un message pour la terre, ce doit être un message de corps et d’esprit ; vivre comme il faut, selon toutes les règles, l’enseignement définitif est : soyez joyeux. Il ne faut pas rester dans le bizarre chemin qui y conduit. »

Elle publie en 1933 son premier ouvrage littéraire, Histoires du paradis. Comme l’ensemble de son œuvre, elle relève d’un style mystique. Marquée par sa culture chrétienne et son affirmation de l’amour comme sens de la mort, elle assure écrire du point de vue de Dieu. Elle écrit « J'ai du respect pour le Dieu qu'ils cachent en eux » et se décrit « J'ai tellement de soleil dans mon cœur que tout ce que je regarde en est illuminé. »

Bien que n’ayant pas d’engagement politique connu, elle accepte de travailler en 1936 pour rédiger les documents de propagande de la campagne électorale de Maurice Tailliandier (1873-1951), député sortant de la 2ème circonscription du Pas-de-Calais (Arras), membre du groupe Républicain et social (droite modérée). Il sera battu par un partisan du Front populaire

En 1938, Marietta Martin rédige en un recueil des poèmes qu’elle signe du pseudonyme de François Captif. Le livre, intitulé, Adieu temps, paraîtra en 1947. En 1939, elle rassemble la plupart de son œuvre, sauf les écrits universitaires, sous le titre d’Enfance délivrée.

(à suivre : Marietta Martin : « Nuit, il faut partir »)

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Marietta Martin

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:40

Jacques Hollande naît le 13 février 1901 dans le 16ème arrondissement de Paris. Par son père, Jules, il descend d’Henri Dubois-Fournier (1768-1844), commerçant du nord de la France qui mena de nombreuses missions pour le rétablissement de l’Église catholique en France après la Révolution française. Par sa mère, Ghislaine Berthier de Lasalle (1877-1935), il était lié aux princes Murat. Son étoile le plaçait donc plutôt parmi les couches les plus aisées de la société française.

Il choisit pourtant de devenir prêtre puis de s’engager résolument aux côtés la classe ouvrière. Luc Perrin, maître de conférences à la faculté de théologie catholique de l'Université de Strasbourg, livre en 2009 un témoignage sur ce parti-pris : « Je me souviens du chanoine Hollande qui avait été chargé par le cardinal Suhard de les diriger les prêtres ouvriers à Paris et qui me confiait, un peu gêné et quasi en confidence, qu'il était apparenté aux princes Murat, noblesse d'Empire certes mais fort loin du prolétariat. »

C’est en 1926 que Hollande devient prêtre à Issy-les-Moulineaux. Le diocèse de Paris couvrait à cette époque la ville-capitale, mais aussi l’essentiel des trois départements actuels de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne). Il sera ensuite vicaire de Saint-Joseph-des-Épinettes, dans le 17e arrondissement ; c’est sans doute à ce moment qu’il devient aumônier de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

Toujours vicaire, il rejoint Levallois-Perret en 1934 puis comme premier vicaire Notre-Dame-de-Lorette (9e arrondissement).

Il est nommé curé en pleine guerre, se voyant attribuer la charge de la paroisse Sainte-Anne de Polangis à Joinville-le-Pont en juillet 1942. La paroisse avait été créée en 1910 et la petite église aurait dû être remplacée par un nouvel édifice, « Notre-Dame du cinéma », projet arrêté avec le conflit et mondial et jamais repris ensuite.

Sa présence sur les bords de Marne restera assez brève. En effet, en novembre 1943, le cardinal Suhard le nomme supérieur de la Mission de Paris. Six autres prêtres venaient de refuser la fonction.

Archevêque de Paris depuis 1940, Mgr Suhard, se préoccupe de la déchristianisation et notamment celle des couches populaires. Il fonde la Mission de France en juillet 1941 puis  la Mission de Paris en juillet 1943. L’objectif que se donnent les six prêtres regroupés autour de Jacques Hollande est « d’insérer un christianisme ‘très pur’ dans la culture ouvrière pour la ‘surélever’ et inciter la communauté chrétienne à purifier son propre christianisme » d’après l’historien Guillaume Cuchet (*).

La Mission de Paris sera la matrice de la naissance des prêtres-ouvriers. C’est en 1947 que, sur autorisation du pape, des ecclésiastiques décident d’aller travailler en usine ou sur des chantiers. Beaucoup d’entre eux s’engagent dans l’action sociale, devenant même parfois responsables de syndicats Cgt. En 1953, le pape mettra fin provisoirement à l’expérience, provoquant de douloureux troubles parmi ceux qui exerçaient cette fonction.

Beaucoup d’entre refuseront de redevenir des prêtres ordinaires, et Jacques Hollande, qui n’était pas lui-même prêtre ouvrier, les défendra en restant à son poste à la tête de la Mission de Paris. Ils sont qualifiés d’« insoumis » au sein de l’église catholique. Élevé à la dignité de chanoine en 1948, Hollande fait partie des chrétiens qui s’opposent à la bombe atomique en 1949 autour de l’appel de Stockholm.

Après la fin de la Mission de Paris, il redevient curé de la Trinité (Paris, 9e) en 1957. Il sera le porte-parole du clergé parisien lors des travaux préparatoires au concile Vatican II en 1964. Après le concile, en 1965, les prêtres-ouvriers sont à nouveau autorisés.

Le chanoine Hollande décède le 28 décembre 1991 dans le 14e arrondissement de Paris.

(*) Guillaume Cuchet : Nouvelles perspectives historiographiques sur les prêtres-ouvriers (1943-1954) in Vingtième Siècle, n° 87, juillet-septembre 2005, p. 177-187

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Jacques Hollande

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 00:04

Henri Lebègue (1856 – 1938), est un paléographe français, directeur d’études à l'École pratique des hautes études.

Henri Lebègue est né le 27 février 1856 à Nogent sur Marne, alors dans le département de la Seine, aujourd’hui dans le Val-de-Marne. Il est le fils de Gustave Lebègue, chef d’une institution d’enseignement laïque de la commune et de Louise Pontier. La commune a dédié une de ses rues a=à son père. Il a pour frère Ernest Lebègue (1862-1943), historien français. Il est également le neveu de l’éditeur et publiciste de Bruxelles Alphonse-Nicolas Lebègue (1814-1885).

Henri épouse en 1884 Jeanne Lhuillier, dont il a plusieurs enfants, notamment Francis Lebègue (1886-1914), mort pendant la première Guerre mondiale.

Officier de l’instruction publique, attaché à la bibliothèque de l’université de Paris (La Sorbonne) de novembre 1882 à octobre 1888, Henri Lebègue entre à l'École pratique des hautes études en novembre 1891 en qualité de chef des travaux paléographiques. Il intègre la section des sciences historiques et philologiques.

Le chercheur fait œuvre de traducteur et publie les textes des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules. Henri Lebègue rédige également des livres d’exercices grecs. Il répertorie et traduit en partie des manuscrits alchimiques grecs conservés à Paris (les Parisini).

Sa dernière œuvre sera une nouvelle traduction du Traité du sublime de Longin, qui paraît après sa mort en 1939.

Membre de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France, Henri Lebègue était considéré comme « un des maîtres de la paléographie grecque en France » (*).

Henri Lebègue a été fait chevalier de la Légion d’Honneur en janvier 1923. Il décède le 19 octobre 1938 à Paris (5e).

(*) Les Études classiques: Volume 10 Facultés universitaires Notre-Dame-de-la-Paix (Namur, Belgique)

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 00:09

Marie Talet naît le 14 décembre 1884 à Bordeaux, seconde d’une famille de cinq enfants. Après l’école normale supérieure de Sèvres, elle devient enseignante. Elle est directrice en 1940 du collège de jeunes filles Joachim-du-Bellay, situé à Angers (Maine-et-Loire).

Les locaux de son établissement sont utilisés par les troupes d’occupation allemandes et le collège doit se réfugier à l’école normale des garçons, rue de la Juiverie (devenue rue Anne Frank).

Des membres de l’équipe forment un groupe de résistance, aidant notamment des centaines de réfugiés et des jeunes filles juives. Marie Talet en fait partie avec l’économe, Lucienne Simier et quatre enseignantes : Anne-Marie Baudin, professeur d’anglais ; Marthe Mourbel, professeur de philosophie ; Jeanne Letourneau, professeur d'arts plastiques ; et Marie-Madeleine James.

Les six femmes sont dénoncées, peut-être par des parents d’élèves, et arrêtées le 5 février 1943. La directrice est accusée d’avoir un « esprit anti-allemand ». Incarcérée à la prison du Pré-Pigeon (Angers), elle est ensuite transférée à Romainville, puis à Compiègne d’où elle est déportée vers Ravensbrück avec ses collègues du lycée. D’anciennes élèves les y rejoindront, comme Paule Robinet-Laurier.

Au sein même du camp, Marie Talet continue son activité de résistante. Consciente des difficultés immenses auxquelles allaient se heurter les femmes après la libération prévisible des camps, elle décide de former une organisation. Elle le fait avec Émilie Tllllon (du Groupe du musée de l'Homme, mère de l’ethnologue Germaine Tillion et résidente à Saint-Maur-des-Fossés), Yvonne Leroux (du réseau Johnny de Brest) et Annie de Montfort (du mouvement La France continue). Elles veulent préserver l'amitié qui les a unies dans les camps mais aussi apporter à toutes les déportées un appui durable au niveau du travail et de la santé. Cependant, la plupart d’entre elles ne reviendront pas.

Annie de Montfort meurt d’épuisement le 10 novembre 1944. Marie Talet décède de la dysenterie dans le camp le 14 décembre 1944. Anne-Marie Baudin est empoisonnée ou gazée ; Émilie Tllllon est assassinée par le gaz le 2 mars 1945.  Marthe Mourbel décède dans un hôpital sur le chemin du retour le 15 mai 1945, après la libération du camp par les troupes alliées. Lucienne Simier, Jeanne Letourneau et Marie-Madeleine James reviennent à Angers le 18 avril 1945.

La ville d’Angers a donné le nom de l’ancienne directrice à un groupe scolaire. Marie Talet, Marie-Madeleine James et Marthe Mourbel ont chacune une rue portant leur nom dans la même commune.

Lucienne Simier a publié son témoignage dans Deux ans au bagne de Ravensbrück, collection L'Écho de leurs voix, Éditions Hérault, Maulévrier, 1992. Jeanne Letourneau a publié Clichés barbares : mes récits de Ravensbrück, 1945-2005, Archives départementales de Maine-et-Loire, 2005.

Marie Talet, Anne-Marie Baudin et Marthe Mourbel (ph. lycée du Bellay)

Talet_Marie.jpg  Baudin_Anne-Marie.jpg  Mourbel_Marthe.jpg

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