André Viault naît le 20 juin 1883 à Paris (10e arr.). Il est le fils de Marie Ida Euphrasie Sinot et de son mari Charles Arthur Viault, tous deux employés. Ils vivent faubourg Poissonnière.
Alors employé de commerce et vivant boulevard Voltaire avec son père, négociant, André Viault épouse en avril 1910 à Paris (3e arr.) Marthe Élise Émilie Servo.
Il monte alors son entreprise de tournage et découpage sur bois et autres matériaux, produisant notamment des isolants pour l’électricité. Elle est installée dans le 12e arrondissement, rue Fabre-d’Églantine.
Au cours des années 1920, ils s’installent à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ils résident en 1926 dans le quartier de Polangis, avenue du Château (act. avenue Foch).
En juillet 1925, Viault participe à une souscription lancée par le mouvement royaliste Action française Pour la veuve et les enfants d'Ernest Berger, militant tué dans le métro de Paris. Sa participation est transmise par la section de Joinville du parti, alors en cours de constitution.
Lors des élections municipales de mai 1929, André Viault est candidat sur la liste d’Union républicaine et démocratique du maire sortant, Stephen Durande (divers-droite). Devancée au premier tour par la liste d’Union des gauches (radical-socialiste, socialistes SFIO et socialistes indépendant), elle n’emporte que cinq sièges sur 27 au second tour malgré le maintien de la liste communiste. Viault recueille au premier tour 890 voix pour 2 126 suffrages exprimés (41,9%) sur 2 491 inscrits ; il n’est pas élu.
En novembre 1932, il est désigné comme trésorier du Comité d’union républicaine et d’action sociale, alors présidé par Émile Lecuirot, dirigeant d’un club d’aviron. Le comité regroupe la plupart des personnes engagées dans les organisations libérales et conservatrices dans la ville. Il devient vice-président de l’Union régionale, le groupement qui en prend la succession à partir de 1935.
En avril 1935, Viault est réélu membre du bureau de la Mutualité scolaire de Joinville. Présidée l’électricien par Ernest Gillot, la mutualité verse des aides aux familles qui ont cotisé et aident les enfants à épargner en vue de leur retraite.
André Viault meurt le 23 novembre 1937 à Joinville. Il était âgé de 74 ans et père de deux enfants.
L’hebdomadaire libéral Union régionale lui délivre les qualificatifs suivants : « Aimable, sympathique, conscience, honnêteté ». Ses obsèques sont célébrées en l’église Sainte-Anne de Polangis. Il est précisé qu’il était conseiller curial et qu’il aurait mené une « vie très chrétienne ». Le maire, Léon Lesestre, lui rend hommage en présence notamment de plusieurs adjoints et de l’ancien ministre Adolphe Chéron. Il est inhumé dans le caveau familial, au cimetière parisien du Père-Lachaise.
Louis Gaston Marie Léon Richard naît le 15 janvier 1896 à Paris (20e arr.) Il est le fils de Léontine Geneviève Philomène Letertre et de son époux, Louis Marie Richard, employé de chemin de fer. Ils résident rue de Pixérécourt.
Devenu comme son père cheminot, Louis Richard s’engage dans l’armée pour quatre ans au cours de la première guerre mondiale. Il est affecté au 135e régiment d’infanterie. En juillet 1917, il est intoxiqué par les gaz dans le bois d’Avocourt (Meuse), au cours de la bataille de Verdun. À partir de mai 1919, il est affecté spécial à la quatrième section de chemin de fer. Il est démobilisé en septembre 1919. Pour son comportement, il a été cité à l’ordre du régiment en novembre 1918.
Alors domicilié avec ses parents rue Compans à Paris (19e arr.), Louis Richard épouse quelques jours après la fin de sa période militaire, en octobre 1919 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), Germaine Louise Letertre, fille d’un maréchal-ferrant et d’une restauratrice de la commune. Ils s’installent dans le quartier de Polangis à Joinville, avenue Oudinot. Louis Richard est employé par les chemins de fer de la Ceinture de Paris puis par la compagnie Paris-Orléans. Après la fusion des réseaux, il sera salarié de la SNCF, Société nationale des chemins de fer français.
Il est adhérent du Syndicat des employés du commerce et de l'industrie, organisation fondatrice de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). En mars 1926, il publie une annonce dans le mensuel syndical L'Employé, indiquant : « Famille catholique prendrait enfant deux ou trois ans en garde. »
Au cours des années 1920, c’est probablement Louis Richard qui, désigné sous son seul nom, est impliqué dans la vie politique de Joinville. Richard est désigné, en janvier 1927 comme électeur sénatorial sur la liste du maire, Henri Vel-Durand (radical dissident, divers droite). Lors des élections municipales partielles qui suivent le décès de ce dernier, en septembre et octobre 1928, Richard est candidat, avec Émile Lecuirot et Thévenin, sur la liste étiquetée Union nationale (droite), qui s’oppose à l’Union de gauche (radical-socialiste, socialiste SFIO et socialiste indépendant), dirigée par Georges Briolay et à un liste communiste, sous la houlette de Roger Bénenson, qui comprend une candidate (Mme Martin), laquelle sera déclarée inéligible. La liste des gauches emporte les trois sièges au second tour. Richard recueille 581 voix pour 1 667 suffrages exprimés (34,9%) sur 1 677 votants et 2 995 inscrits ; il n’est pas élu.
Lors des élections municipales générales de mai 1929, s’il n’est pas candidat, un bulletin est cependant exprimé sur le nom de « Louis Richard ». Richard est membre, en novembre 1932, du Comité d’union républicaine et d’action sociale, structure fondée en 1912 à Joinville et qui rassemble la plupart des membres des formations de droite républicaines dans la commune. Il participe à la transformation de cette organisation en Union des républicains en mars 1935 et siège toujours dans son bureau. À cette occasion, la droite rompt son alliance électorale avec les radicaux-socialistes qui contrôlent la mairie depuis 1929, sous l’argument « des fusillades du 6 février [1934], des scandales Stavisky et autres dans lesquels figurent des députés, des magistrats, d’anciens ministres, tous radicaux et maçons ». Elle décide de présenter aux élections municipales de mai 1935 une liste « composée en totalité d’éléments modérés et nationaux ». L’Union des républicains fait « appel à la séparation de l’administration municipale et de la politique ». Son programme comprend la « diminution des charges écrasantes, l’atténuation des dépenses publiques, la simplification des rouages administratifs, l’application des lois sociales ». Richard fait partie des signataires.
Après la victoire de l’Union des républicains aux élections municipales de Joinville, où elle remporte 25 des 27 sièges à pourvoir, contre deux aux communistes, Léon Lesestre est élu maire. L. Richard publie un communiqué, dans l’hebdomadaire Union régionale, au nom du comité des Jeunesses patriotes : « C’est avec satisfaction que les Jeunesses patriotes et les membres du Front national de Joinville enregistrent la victoire de la liste nationale sur celle du maire sortant. À cet effet, les JP se félicitent de l’active campagne de propagande qu’ils menèrent et qui réussit à faire élire la grande majorité des nationaux et en même temps de nombreux membres de la ligue. Plus que jamais, nous encourageons nos nombreux camarades et amis à poursuivre une incessante propagande et à faire triompher le programme de Révolution nationale. »
Active depuis 1933 à Joinville la Ligue des Jeunesses patriotes, mouvement d’extrême-droite présidé par Pierre Taittinger, considère Lesestre comme « un ami ». Le dirigeant local est Jean Tallet qui, avant le scrutin, avait publié une prise de position dans le même journal : « Le devoir des JP, des membres du Front national et des nationaux est de barrer la route au Front commun et faire bloc sur la liste d’Union républicaine. »
Au cours de la deuxième guerre mondiale, selon sa fiche signalétique militaire transmise à la SNCF en mai 1966, Louis Richard est un « agent occasionnel des Forces françaises combattantes du premier octobre 1943 au 30 septembre 1944 ». Il est précisé qu’il s’agit de « services non validés comme service militaire actif. »
Louis Richard meurt le 10 juillet 1971 à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), commune voisine de Joinville où il était toujours domicilié. Il était âgé de 75 ans et père de deux enfants. En mai 1952, il avait été décoré de la Médaille militaire.
Lucien Fernan Barbier naît le 30 novembre 1863 à Villers-Outréaux (Nord). Il est le fils de Firmie Zoé Stéphanie Letient et de Louis Joseph Henri Barbier, tisseur. Ses parents sont originaires de Gouy (Aisne). Ils tiendront ensuite une auberge à Villers-Outréaux, commune du Cambrésis.
Devenu cordonnier, Lucien Barbier épouse Augustine Delamotte en avril 1887 à Banteux (Nord). Ils vivent à Walincourt (Nord), auront une fille et divorceront en 1902. Augustine Delamotte se remarie, toujours à Banteux, en octobre 1904 avec Jean Louis Estenave, adjudant. Celui-ci la tuera le 1er février 1923 à Paris (16e arr.) où il était employé municipal, déclarant l’avoir étranglée alors qu’elle le menaçait après une scène de jalousie dont elle aurait été coutumière. Il se pend alors qu’il est incarcéré à la prison de Fresnes le 22 février.
Exerçant désormais la profession d’employé, Lucien Barbier vit rue André-del-Sarte à Paris (18e arr.) où il épouse en septembre 1903 Laure Berne. Ils s’installent d’abord rue Boutarel (4e arr.) puis, à partir de 1906, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Ils sont installés dans le quartier de Polangis, avenue des Lilas (act. avenue Pierre-Allaire).
Lucien Barbier enseigne la grosse caisse, la batterie et la caisse claire à Paris en 1905. À Joinville, il rejoint la société symphonique, présidée par Édouard Clément. Il en est le directeur dès le premier concert de la société en décembre 1906. Il associe, en mars 1906, à une souscription lancée par le quotidien Le Matin en faveur des sinistrés de la catastrophe minière de Courrières (Pas-de-Calais). La société cesse son activité pendant la première guerre mondiale.
Après le conflit, Lucien Barbier est un militant actif de la section de Joinville du parti socialiste SFIO. Il n’est pas candidat au premier tour des élections municipales de novembre 1919, mais il figure cependant sur la liste, légèrement remaniée, présentée par cette formation pour le second tour, qui l’oppose à l’Union républicaine et sociale d’Henri Vel-Durand (radical dissident). Il obtient 507 voix pour 1 518 suffrages exprimés (33,4%) sur 1 537 votants et 2 491 inscrits et n’est pas élu.
Lors du renouvellement du bureau de la section socialiste de Joinville, en février 1920, il intègre le bureau en tant que trésorier-adjoint ; le secrétaire est le cheminot André Flambard. Il participe en mai la même année à une souscription « Pour les victimes de la grève et des violences gouvernementales. »
En décembre 1920, Barbier est désigné comme chef de la philharmonie constituée au sein du groupe artistique de la Jeunesse socialiste de Joinville-le-Pont. Sans doute, comme l’ensemble des membres de la SFIO à Joinville, rejoint-il le nouveau parti communiste ce même mois.
Toujours en décembre 1920 Lucien Barbier épouse à Levallois-Perret (Seine, act. Hauts-de-Seine) Eugénie Alphonsine Juliette Leclercq, couturière. Il était veuf depuis mars 1915. Il cesse son activité d’employé de commerce, qu’il exerçait encore en 1926, et reprend son métier initial de cordonnier qu’il exerce comme artisan indépendant à Joinville en 1931.
En 1936, Lucien Barbier, qui est retraité, vit en Dordogne à La Force, avec son épouse et son fils. Il y est toujours en 1938 où il semble continuer une activité musicale et est alors âgé de 74 ans. La date de son décès n’est pas connue.
Pour son activité artistique, Lucien Barbier a été décoré des Palmes académiques, comme officier d’académie en mars 1913 puis comme officier de l’instruction publique en février 1938.
Au cours des élections municipales générales de mai 1912, le maire sortant, Eugène Voisin, âgé et malade, ne se représente pas. Le comité radical-socialiste accorde son soutien à son adjoint, Georges Briolay. Trois autres listes sont en course : les dissidents de 1911, conduits par Achille Mermet ; les libéraux, parmi lesquels Beauvais ; et les socialistes SFIO. Ces trois groupes ont conclu un pacte de fusion, sur la base des résultats proportionnels du premier tour. On retrouve donc au second tour une liste composée de dix radicaux dissidents, six libéraux et conservateurs et sept socialistes SFIO. Elle emporte la totalité des 23 sièges et Mermet est élu maire.
Au sein de l’assemblée, Beauvais, résident du quartier de Polangis, est souvent sollicité sur les problèmes que rencontre ce quartier. Dès le mois d’août, on lui rappelle sa promesse d’intégrer dans la voirie communale les rues du quartier de Polangis, alors classées encore comme des voies privées. Il s’oppose à la création d’une troisième classe à l’école maternelle de Polangis, dont il craint qu’elle attire trop d’élèves de la commune voisine de Champigny.
Auprès des commerçants, Beauvais sert d’intermédiaire quand un conflit éclate, encore en août 1912, au sujet d’une banderole annonçant le championnat du monde de natation, signée du journal l’Auto, que le bureau municipal avait fait décrocher et pour laquelle il avait émis une amende.
Désigné électeur sénatorial en février 1914, Beauvais qui, du fait de son âge, n’est pas mobilisé pendant la première guerre mondiale, fait partie de la dizaine de conseillers municipaux qui font tourner l’administration municipale. C’est lui qui, en l’absence du maire et des deux adjoints, est chargé de lire, le samedi 1er août 1914, le décret d’appel à la mobilisation générale dans les rues du Haut de Joinville, tandis qu’un autre conseiller municipal, Watrinet, le proclame en mairie.
En janvier 1915, l’hebdomadaire radical Voix des communes estime que « Beauvais s’emploie comme il peut, il assiste le maire dans son cabinet et dans ses visites aux marchés ». Mais le même journal sera plus critique en juin 1916, considérant alors que « Beauvais ne veut rien faire. »
Au sein de l’assemblée, il fait partie de ceux qui soutiennent, en février 1916, l’augmentation du prix du gaz, réclamée par la compagnie concessionnaire, contre l’avis de la minorité socialiste et des opposants radicaux.
Quand une polémique éclate, en février 1916, entre le maire Mermet et les radicaux-socialistes, qui l’accusent d’utiliser sans contrôle les fonds qui lui sont confiés par l’usine du Bi-Métal, Beauvais se solidarise avec lui en signant une lettre ouverte : « Nous sommes vos collaborateurs, vos complices ! Non seulement nous approuvons votre manière de faire, mais nous y applaudissons. »
La même année, en mai, Beauvais est le premier client de la boucherie municipale, créée pour vendre de la viande congelée, une nouveauté dans la commune.
Après le conflit mondial, Beauvais prend la tête de la liste dite du Bloc indépendant, qui regroupe les libéraux et conservateurs. Elle concurrence celle des sortants, conduits par Henri Vel-Durand, qui s’est rapproché des radicaux-socialistes tout en restant indépendant, et une liste socialiste SFIO. Il est également président d’un des deux bureaux de vote de la commune. La liste Beauvais obtient une moyenne de 26,2% des suffrages exprimés, contre 29,0% pour les socialistes et 44,8% pour la liste Vel-Durand. Beauvais lui-même est crédité de 457 voix pour 1 694 exprimées (27%) pour 1 715 votants sur 2 491 inscrits. Il retire sa liste, et le second tour voit la nette victoire de Vel-Durand, qui est élu maire.
Le contexte électoral change en 1925. Pour les élections municipales joinvillaises, le maire, Vel-Durand, se sépare des radicaux-socialistes, qui prennent la tête d’une liste de groupement des gauches, avec des socialistes SFIO et des indépendants, tandis que les communistes s’alignent eux-aussi. Plusieurs personnalités de droite rallient la majorité municipale, dont Jules Beauvais et celui qui l’accompagna lors de sa démission de 1911, Charles Provin.
L’Union républicaine pour la défense des intérêts communaux arrive en tête au premier tour, avec 47,5% des votes, devant le cartel des gauches (28,4%) et les communistes (21,1%). Elle l’emporte au second tour et envoie ses 27 candidats dans l’assemblée locale. Vel-Durand est réélu maire et Stephen Durande premier adjoint. François Provin devient le deuxième adjoint tandis que Jules Beauvais est désigné au poste, nouvellement créé, de troisième adjoint.
Jules Beauvais meurt le 15 janvier 1926 à Joinville. Il est inhumé à Paris, au cimetière du Père-Lachaise. Il était âgé de 65 ans et père de deux enfants.
L’éloge funèbre de Jules Beauvais, mort en fonction, est prononcé pendant la séance du 23 février du conseil municipal de Joinville.
Il avait reçu en 1910 et 1911 deux récompenses pour les actes de courage et de dévouement qu’il avait réalisés pendant les inondations du premier trimestre 1910. En août 1924, il avait été décoré des Palmes académiques comme officier d’académie pour son rôle d’administrateur de la caisse des écoles de Joinville.
Son fils aîné, Julien Beauvais (1895-1968), directeur de banque, fut blessé pendant la première guerre mondiale et prisonnier en Allemagne pendant deux ans et neuf mois. Il vivait à Joinville au moment de son décès.
Le cadet de ses enfants, Louis Beauvais (1896-1977), après avoir été employé de banque, dirigea un atelier de sellerie. Il fut blessé, malade des bronches et eut les pieds gelés pendant la première guerre mondiale. Prisonnier en Allemagne pendant sept mois, il fut cité à deux reprises, obtint la Croix de guerre, la Médaille militaire et fut fait chevalier de la Légion d’honneur.
Jules Frédéric Julien Beauvais naît le 16 juin 1860 à Rouen (Seine-Maritime). Il est le fils d’Aimable Marie-Jeanne Louise Lefranc et de Julien Louis Beauvais. Ses parents vivent à Paris, où il est baptisé en décembre la même année. Ils résident rue Meslay (1er arr.).
Orphelin de père à sept ans, Jules Beauvais fait probablement un service militaire réduit en 1881. Il est bijoutier et vit rue de la Fontaine-au-Roi (11e arr.). Il épouse en décembre 1897 dans son arrondissement Hernestine Mary, originaire de La Bastide-Murat (Lot). Peu après, ils s’installent à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ils vivent en 1901 dans le quartier de Polangis, avenue Jamin.
Lors des élections municipales de mai 1908, Jules Beauvais figure sur la liste présentée par le comité radical-socialiste de Joinville et conduite par le maire sortant, Eugène Voisin. Elle fait face à une liste socialiste SFIO et à une liste soutenue par un comité socialiste évolutionniste, qui regroupe des radicaux dissidents et des socialistes indépendants. Au second tour, les radicaux-socialistes emportent 21 des 23 sièges à pourvoir, en laissant un aux évolutionnistes et un autre à un indépendant. Eugène Voisin est reconduit en tant que maire. Beauvais recueille, au deuxième tour, 606 voix pour 1 188 suffrages exprimés (51%) et est élu.
Si comme les autres candidats, Beauvais a adhéré au comité radical-socialiste, un de ses membres, le chimiste Louis Rey, assura « qu’il n’avait jamais fait de politique républicaine, que ses tendances étaient plutôt réactionnaires », contrairement à la majorité du groupe, situé nettement plus à gauche.
En août 1908, Beauvais critique la construction d’une cheminée par la société cinématographique Pathé, qui est devenue depuis un des emblèmes visuels de la commune. Le conseil municipal autorise cependant l’usine à augmenter son stock de celluloïd, sous réserve de précautions.
La première prise de distance avec la majorité municipale a lieu en juillet 1909. Alors qu’un élu, qui passe pour le stratège du groupe radical-socialiste, Louis Rey, plaide pour le fait que les élus rendent compte de leur mandat auprès de leurs électeurs, Beauvais, en compagnie de six autres, proteste et estime qu’ils doivent s’adresser à tous les habitants.
Une autre faille s’ouvre, fin 1909, avec la querelle autour de l’entretien d’une voie communale, le chemin de Brétigny. Un entrepreneur y fait passer de lourds charrois depuis le port sur la Marne, endommageant la chaussée. Plusieurs opposants et dissidents profitent de l’exaspération de certains riverains pour la tourner contre l’ensemble du conseil municipal.
Les graves inondations de la rivière Marne, en janvier 1910, mettent un terme provisoire aux polémiques. Beauvais distribue les secours de la mairie aux centaines de réfugiés, en tant que membre du bureau de bienfaisance.
Alors que, après la fin de l’inondation, la querelle sur le chemin de Brétigny, Beauvais démissionne du conseil municipal en février 1911, en compagnie de Charles Provin. Le climat local se tend encore, autour d’une affaire de mœurs dans une école, dénoncée par le responsable radical Rey, au grand dam de beaucoup d’autres élus qui auraient préféré que la question ne soit pas portée sur la place publique. Cinq autres conseillers municipaux démissionnent en mars, provoquant une élection municipale complémentaire et une crise grave au sein du groupe radical-socialiste. Par la voie de Paul Guelpa, également conseiller municipal et dirigeant national du parti radical, les radicaux fustigent les démissionnaires : « Le vaniteux Mermet, l’obscur Beauvais, l’incapable et prétentieux croquemort Watrinet. Association d’intérêts personnels et mesquins fondée sur la trahison. »
Le scrutin voit s’opposer d’un côté une liste autour de René Martin, président de l’Union des commerçants de Joinville, et de l’autre l’ensemble des démissionnaires. Ces derniers obtiennent le soutien de l’Action libérale, formation réactionnaire, ainsi que du parti socialiste SFIO. Cinq d’entre eux, dont Beauvais, sont réélus dès le premier tour, les deux autres le sont au second. Guelpa, dans l’hebdomadaire radical Voix des communes s’interroge : « Leur réélection effacera-t-elle leur trahison ? Ils ne sont les élus que d’une fiction. Les dissidents sont les élus de la réaction avouée ; le comité radical-socialiste veut-il les conserver ? »
En mai, la tension monte d’un cran : un mannequin couvert d’emblèmes maçonniques est exposé sur le marché mais, selon Louis Rey, franc-maçon notoire, « La peur du commissaire a empêché l’autodafé du bonhomme de paille ». Au sein du conseil municipal, les relations sont houleuses. Dans la presse locale, les invectives se poursuivent, Beauvais étant une des cibles favorites de radicaux. Son activité de loueur de logements bon marché est aussi critiquée. Beauvais se saisit des mécontentements liées aux indemnités versées aux anciens inondés. Il critique la gestion du bureau de bienfaisance, où il ne siège plus.
À suivre
Inondations à Polangis en 1910 (Joinville-le-Pont)
Félix Armand Penneret naît le 20 septembre 1869 à Paris (20e arr.), Il est le fils de Marie Charlotte Petitbled et de son époux Philippe Félix Penneret, distillateurs, qui vivent rue de Palikao. En 1887, la famille est installée à Fontenay-sous-Bois (Seine, act. Val-de-Marne).
Il s’engage, en novembre 1888, dans l’armée et est affecté au 32e régiment d’infanterie. Nommé caporal en mai 1889, il suit une école d’officiers de réserve. Après avoir fini son service militaire en novembre 1889, il est nommé sous-lieutenant en mars 1892 et affecté au 66e régiment d’infanterie. Il devient lieutenant en juillet 1901. Il démissionne de sa fonction d’officier de réserve en mars 1914.
Devenu marchand de bois et installé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Polangis, il se marie à Fontenay en décembre 1898 avec Louise Dulac, fille de distillateurs de la commune. Les nouveaux mariés vivent à Joinville, route de Brie (act. avenue du Général-Galliéni), où se situe l’entreprise. Penneret est membre, en 1906-1907 du bureau de la Chambre syndicale des bois de sciage et d'industrie de Paris.
Le commerce du bois était une activité traditionnelle de Joinville, dominante au début du 19e siècle, mais reste importante ensuite. L’atelier Penneret est important, ce qui lui vaut d’être qualifié d’entrepreneur. Lors des grandes inondations de la Marne en janvier 1910, Penneret met à disposition des madriers pour assurer une circulation sur les trottoirs submergés. Il recevra des remerciements du conseil municipal en novembre la même année.
En mai 1910, Penneret est nommé membre de la Commission locale de la commune de Joinville-le-Pont chargée, en vertu de la loi du 18 mars 1910, d'examiner les demandes de prêts à consentir aux commerçants, industriels et artisans victimes des inondations. Il fit cependant part de son empêchement au préfet, qui le remplace à ce poste en juin.
Les élections municipales de mai 1912 voient la fin du mandat d’Eugène Voisin, maire radical-socialiste de la commune, depuis 25 ans, qui ne se représente pas.
Quatre listes se présentent : les fidèles du maire, emmenés par son adjoint Georges Briolay, un groupe de dissidents radicaux rejoints par des socialistes indépendants, conduits par Achille Mermet et Henri Vel-Durand, des libéraux et conservateurs derrière Pierre Dalbavie, enfin les socialistes SFIO derrière Émile Lebègue. Les trois dernières listes ont conclu un accord pour constituer, sur une base proportionnelle à leurs résultats du premier tour, une liste commune de second tour. La fusion permet à la coalition d’emporter les 23 sièges à pourvoir, les sortants n’en ayant aucun. Penneret figurait sur la liste des radicaux dissidents, qui obtient probablement dix sièges, les socialistes SFIO en ayant 7 tandis que les libéraux et conservateurs recueillent les 6 restants. Félix Penneret est élu.
En 1913, il est chargé de suivre la remise en état des voies conduisant au port sur la Marne, qu’il devait utiliser pour son approvisionnement en bois. Le mauvais état de ces rues a été un des arguments utilisés contre la municipalité sortante.
Pendant la première guerre mondiale, à cause de son âge, Penneret n’est pas mobilisé. Il fait partie de la dizaine de conseillers municipaux qui assument le travail de l’administration locale. S’il a été élu sur une liste dissidente, Penneret ne semble pas avoir eu d’animosité personnelle envers l’ancien maire Eugène Voisin. Après la mort de ce dernier, en juillet 1914, Penneret fait adopter un vœu pour nommer une voie communale en son honneur. Il rappelle sa demande en janvier 1915.
En février 1916, Penneret se prononce, avec le socialiste Henri Lacroix, contre l’augmentation du prix du gaz demandée par la compagnie gestionnaire, tandis qu’elle est approuvée par les huit membres présents de la majorité municipale. Il se solidarise avec le maire, Mermet, le même mois, quand ce dernier est accusé par le journal radical-socialiste Voix des communes d’utiliser sans contrôle des moyens financier qui lui ont été remis par l’usine du Bi-Métal. Dénonçant « diffamation et calomnie », douze élus, dont Penneret, écrivent : « Nous sommes vos collaborateurs, vos complices ! Non seulement nous approuvons votre manière de faire, mais nous y applaudissons. »
Pour répondre à la cherté du combustible servant au chauffage, et pour devancer une initiative prise par les radicaux-socialistes, Penneret propose avec un autre conseiller municipal, Barreau, l’achat d’un stock de 600 tonnes de charbon à vendre 25 francs la tonne. Le conseil adopte son projet en mars 1916.
Ensuite, la participation de Penneret à la vie municipale semble décliner. L’hebdomadaire Voix des communes range les élus dans trois catégories : 8 sont soldats, 7 assistent aux séances hebdomadaires du conseil et les 7 autres non. Il commente : « Penneret ne vient plus perdre son temps devant les fourneauteries de Dalbavie et face à l’ahurissement du maire devant la mauvaise foi de Watrinet », mentionnant ainsi les deux adjoints.
Lors des élections municipales d’après-guerre, en novembre 1919, Penneret n’est pas candidat à Joinville. Tout en ayant conservé son atelier dans cette ville, il était revenu en 1911 dans la commune proche de Fontenay-sous-Bois, avenue Marigny ; il sera ensuite domicilié avenue de la Belle-Gabrielle.
S’il n’exerce plus de fonctions électives, Penneret est cependant le représentant patronal pour la commission élaborant la liste électorale des élections prud’homales de 1932.
Felix Penneret meurt le 25 février 1936 à Fontenay-sous-Bois. Il était âgé de 66 ans et était père de trois enfants.
Raymond Aubry naît le 18 décembre 1906 à Nogent-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Isabelle Pion et de son époux, Mathurin Joseph Aubry, boulangers, qui vivent rue de Montreuil. Sa mère est d’origine parisienne, tandis que son père est natif de Saint-Brieuc (Côtes du Nord, act. Côtes-d’Armor).
Pendant la première guerre mondiale, son père est mobilisé. Après le conflit, la famille est installée dans la commune voisine de Joinville-le-Pont, quartier de Polangis, avenue Henri et Mathurin Aubry travaille dans une boulangerie de Saint-Maur-des-Fossés. Raymond, alors âgé de 14 ans, est également employé de boulangerie en 1921 et l’est toujours en 1926.
Le mariage de Raymond Aubry avec Clémence Tachet, employée de banque, est célébré à Joinville en janvier 1927. Elle réside dans le même quartier, quai de Béthune, où ils vont s’installer. Il devient également employé de banque en 1928.
Vivant au bord du canal, dit rivière de Polangis, Raymond Aubry s’implique dans le Groupe de défense des riverains. Construit au moment du lotissement du quartier par l’ancien propriétaire, pour attirer des acheteurs voulant canoter, le canal souffre d’un défaut d’entretien et d’un statut incertain. En janvier 1931, le groupement rappelle au maire, Georges Briolay, un engagement électoral pris en 1928 de faire le curage. Il s’étonne que le maire n’ait pas engagé de poursuites contre l’ancien propriétaire, M. Chavignot, et ait obligé les riverains à constituer un syndicat. La lettre ouverte conclut : « Vous vous êtes fait le protecteur de M. Chavignot contre les 125 riverains ». Elle est signée du secrétaire François Galabert, conseiller municipal, élu en tant que socialiste SFIO sur la liste du cartel des gauches en 1925, comme Briolay (radical-socialiste), mais qui s’est depuis éloigné de la SFIO et s’oppose violemment au maire sur plusieurs dossiers, comme celui du chômage. Aubry est membre du bureau du groupement et c’est lui qui polémique dans la presse avec Claude Noizat, chroniqueur de l’hebdomadaire de droite Gazette de l’Est ; il soutient que « Les riverains s’aperçoivent un peu tard qu’ils sont encore roulés ». Noizat lui répond que « Le syndicat n’ayant pas été constitué, il n’y a plus de subvention possible du conseil général. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, les riverains vont en faire la triste expérience. »
Sans doute mobilisé pendant la deuxième guerre mondiale, Raymond Aubry reste à Joinville après le conflit. Au début de la cinquième République, il s’implique dans la vie politique en étant candidat sur la liste divers-droite du maire sortant, Georges Defert, pour les élections municipales de mars 1959 à Joinville. Le maire, étiqueté RGR (Rassemblement des gauche républicaines, droite) s’oppose pour ce scrutin à une alliance centriste (gaullistes de l’UNR, démocrates-chrétiens du MRP et socialistes SFIO) et à une liste communiste ainsi qu’à une candidature d’intérêt local. Sa liste est en tête au premier tour avec une moyenne de 3 084 voix sur 7 488 suffrages exprimés (41,2%) pour 7 780 votants sur 10 276 inscrits. Malgré le maintien de l’alliance centriste, les colistiers de Defert emportent au second tour les 27 sièges à pouvoir avec 52,4% des votes en moyenne.
Dans une configuration semblable, en mars 1965, la liste Defert remporte également le scrutin, mais sans concurrence à droite et au centre au second tour. Raymond Aubry devient adjoint au maire et Defert est reconduit.
Lors des élections municipales de mars 1971, les candidats de Georges Defert n’ont plus comme concurrents que les communistes. Ils l’emportent dès le premier tour, avec une moyenne de 64,2% des suffrages exprimés. Raymond Aubry est reconduit dans son poste d’adjoint au maire.
Après la mort, en octobre 1975, de Georges Defert, le premier adjoint, Jean-Pierre Garchery (divers-droite) devient maire, et Raymond Aubry conserve sa fonction. Lors des élections municipales suivantes, en mars 1977, alors que Jean-Pierre Garchery ne se présentait pas en tête de liste au premier tour, ses successeurs font face à plusieurs concurrents issus de la droite. Au deuxième tour, la gauche emporte tous les sièges à pourvoir.
Raymond Aubry meurt le 7 mai 1979 à Créteil. Il était âgé de 72 ans et résidait toujours à Joinville.
Son fils Pierre Aubry est élu conseiller général de Joinville en 1982 et devient maire de Joinville en 1983, le restant jusqu’en 2008. Il est également député du Val-de-Marne de 1997 à 2002. Quant à son petit-fils, Olivier Aubry, il est maire-adjoint auprès de son père de 2001 à 2008. Entre 2008 et 2020, il est conseiller municipal d’opposition (UMP puis divers-droite). La famille aura ainsi siégé au conseil municipal de Joinville sur une durée de 61 ans, avec une interruption de six ans seulement.
Raymond Aubry n’avait pas de lien avec Gustave Aubry, conseiller municipal radical-socialiste de Joinville de 1919 à 1925.
Gustave Émile Aubry naît le 4 novembre 1868 à Paris (19e arr.). Il est le fils d’Élisa Augustine Thiébault et de son mari François Aubry, journalier.
Il fait son service militaire à partir d’octobre 1889 au 30e régiment d’artillerie, mais est réformé en janvier 1892, étant atteint de syphilis.
Il est mécanicien et vit à Paris (11e arr.), où il épouse en mars 1894 Céline Adèle Bidault. Ils vont s’installer à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ils résident en 1911 avenue Bourguignon (act. rue des Frères-Lumière) dans le quartier de Polangis.
Pendant la première guerre mondiale, Gustave Aubry est maintenu dans sa position et continue à faire fonctionner son atelier. Il s’installe après le conflit dans une rue voisine, avenue du Parc.
En novembre 1919, Gustave Aubry est candidat aux élections municipales sur la liste d’Union républicaine et sociale, conduite par Henri Vel-Durand, adjoint au maire sortant, radical dissident, qui rassemble également les radicaux-socialistes et des socialistes indépendants. Elle fait face à une liste libérale et à une autre socialiste SFIO. Au premier tour, elle arrive en tête. Aubry obtient 764 voix pour 1 694 suffrages exprimés (45,1%), avec 1 715 votants sur 2 491 inscrits. Après le retrait des libéraux, la liste remporte les 23 sièges à pourvoir au second tour et Vel-Durand est élu maire.
Aubry est désigné électeur sénatorial en décembre 1919. L’union entre la majorité du conseiller municipal et les radicaux-socialistes se fragilise au cours du mandat. En mars 1923, Aubry se joint à plusieurs conseillers municipaux de gauche, Roux, Augros, Graillat et Georges Briolay, futur maire de la commune, pour créer une section de la Ligue de la République à Joinville. Cette organisation veut grouper tous les partis de gauche pour « faire échec à la réaction ». Outre les radicaux et des socialistes indépendants, elle regroupe des militants qui rejoignent la SFIO, en voie de reconstitution dans la commune, après le passage de l’ancienne section au parti communiste en 1920.
En mars 1925, Aubry marque son soutien au Cartel des gauches, étiquette sous laquelle se présente, en mai, la liste conduite par Georges Briolay lors des élections municipales. Aubry figure probablement comme candidat. La liste obtient au premier tour une moyenne de 648 voix pour 2 275 suffrages exprimés (28,4%) sur 2 310 votants pour 2 761 inscrits ; elle devance les communistes (21,1%) mais est distancée par l’Union républicaine du maire sortant (47,5%), qui est désormais soutenu par la droite. Au second tour, le cartel des gauches est battu, malgré le retrait des communistes, et n’a aucun élu.
Gustave Aubry meurt le 5 mars 1927 à Joinville. Il était âgé de 59 ans et n’a pas eu d’enfant, mais a élevé la fille d’un premier mariage de sa femme. Il avait été décoré en tant que chevalier du Mérite agricole en février 1923. Il n’a pas de lien avec Mathurin Aubry, aïeul de deux maires-adjoints (Raymond et Olivier Aubry) et d’un député-maire de Joinville (Pierre Aubry).
André Jean Pierre Calmon naît le premier août 1898 à Figeac (Lot), dans la maison du garde au Roc de la Clouque. Il est le fils d’Anaïs Pradier (ou Pradié), giletière, et de son mari Hubert Jean Alphonse Calmon, gardien de la paix. La famille réside à Paris.
Pendant la première guerre mondiale, Pierre Calmon, qui appartient à la classe 1918 pour son service militaire et aurait donc dû rejoindre l’armée en 1919, est mobilisé de manière anticipée. Il sert probablement dans l’artillerie. Dans la réserve, il est nommé maréchal des logis en août 1931.
Devenu employé à la Bourse, Pierre Calmon, qui réside à Paris (15e arr.), rue Blomet, épouse dans cet arrondissement en octobre 1923 Marguerite Chédin, employée de bureau, originaire de Bourges (Cher).
La famille s’installe vers 1925 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Polangis, avenue du Bac (act. avenue Guy-Môquet). Il continue de travailler à la bourse mais est, semble-t-il, sans emploi en 1936.
Au cours de la deuxième guerre mondiale, Calmon est de nouveau mobilisé. Un « Pierre Calmon » sans aucune indication précise est identifié par le Service historique de la défense dans les Dossiers administratifs de résistants, mais il n’est pas possible de faire le lien avec lui.
Après le conflit, Pierre Calmon s’engage dans l’action politique au sein du mouvement du général de Gaulle, le Rassemblement du peuple français (RPF). Il figure en seconde position derrière Pierre Perly. Avec 3 066 voix en moyenne pour RPF sur 6 974 suffrages exprimés (44%) pour 7 073 votants et 8 376 inscrits, la liste arrive en tête, devant celle du maire sortant, communiste, Robert Deloche à 3 017 voix (43,3%), mais les deux listes sont à égalité avec 11 sièges. Les socialistes SFIO ont un seul élu avec 452 voix (6,5%) ; il vote en faveur de Deloche, qui est réélu.
En tant que président de la section RPF de Joinville, Calmon fait célébrer en novembre 1951 dans l’église Saint-Charles-Borromée de la ville, la grand-messe en mémoire du maréchal Leclerc.
Candidat sur les listes RPF pour les élections législatives de mai 1951, en sixième position derrière Louis Vallon dans le 4e secteur de la Seine, puis pour les élections sénatoriales en mai 1952 dans le même département, en quinzième place derrière Edmond Michelet, Pierre Calmon n’est pas élu.
Au sein du conseil municipal de Joinville-le-Pont, la démission du maire Deloche, exclu du parti communiste, va provoquer en avril l’élection, pour un mois, d’un nouveau maire. 25 des 27 élus participent au scrutin. La communiste Amélie Trayaud obtient 12 voix, Pierre Calmon en a 8 tandis qu’un groupe dissident, dont Georges Defert est le porte-parole, obtient 5 voix pour la candidature de Pierre Perly. Ces derniers, malgré leur score, refusent de soutenir Calmon, soutenant la légitimité de Perly, tête de liste en 1947. Trayaud est élue.
La droite se présente désunie aux élections municipales de mai 1953. Pierre Calmon conduit la liste RPF qui obtient six sièges avec 1 334 voix en moyenne pour RPF sur 6 748 suffrages exprimés (19,8%) pour 6 979 votants et 8 482 inscrits ; avec le même nombre d’élus, elle est devancée par la liste divers-droite (22,1%) et par les communistes (35,6%), qui ont dix postes. Les socialistes SFIO avec trois sièges (12,3%) et les démocrates-chrétiens du MRP, deux élus (9,2%) complètent le tableau. C’est le choix de ces derniers qui permet à Georges Defert (Rassemblement des gauches républicaines, RGR, divers-droite) d’être élu maire, même si sa liste avait eu Pierre Perly en tête. Calmon devient premier adjoint.
Toujours en mai 1953, Pierre Calmon, qui se présente alors comme journaliste, est candidat en quatrième position sur la liste RPF pour le conseil général. La liste a trois élus.
En juin et juillet 1953, le RPF et ses élus, dont Calmon, s’associent à une demande de révision du procès Rosenberg aux États-Unis, votée à l’unanimité au conseil municipal. Une manifestation est organisée dans la ville et une motion envoyée par le RPF.
Comme une grande part du RPF, Calmon s’éloigne de la position en faveur d’une union des droites. Ainsi, en mars 1954, à l’occasion d’une élection législative partielle en Seine-et-Oise, il publie avec plusieurs parlementaires de son mouvement, un manifeste en faveur de ta candidature d’un socialiste SFIO contre un RGR « moralement disqualifié. »
Le ministre de la justice, Edmond Michelet, appelle Pierre Calmon comme attaché à son cabinet. S’étant séparé du maire sortant, Calmon conduit une liste concurrente en alliance entre le parti gaulliste, rebaptisé UNR (Union nationale pour la République), le MRP et la SFIO. Elle obtient 23,5% des voix au premier tour et 13,1% au second et n’a pas d’élus. Defert est réélu maire.
Lors de l’élection cantonale de mars 1959, Calmon est de nouveau battu par Defert. Il obtient au premier tour 2 872 voix sur 14 827 suffrages exprimés (19,4%) pour 15 369 votants et 21 457 inscrits dans le canton qui comprend une partie de Saint-Maur-des-Fossés et Joinville. Il se retire avant le deuxième tour.
En septembre 1959, encore journaliste, Pierre Calmon est nommé maire du 4e arrondissement de Paris en remplacement de M. Mouly, récemment décédé. Le poste n’est pas électif à ce moment-là.
Il accueille dans sa mairie en janvier 1960 le banquet annuel de l'amitié figeacoise, sa ville d’origine. Calmon quitte son poste en février 1969 et est alors nommé maire honoraire.
Pierre Calmon meurt le 29 janvier 1987 à Créteil, il est inhumé à Joinville où il résidait toujours probablement. Il était âgé de 86 ans et a eu un fils. Il était décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire ; il était officier de la Légion d’honneur depuis juillet 1968.
Charlotte Annette Étiennette Fruton naît le 25 avril 1898 à Paris (6e arr.). Elle est la fille d’Annette Dupré et de son époux, Étienne Joseph Fruton, employé de commerce. Ils vivent rue Mayet.
En 1911, la famille est installée à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), avenue Ratel, dans le quartier de Polangis. Étienne Fruton est devenu ouvrier dans les usines cinématographiques Pathé, situées dans le même quartier, tandis qu’Annette Fruton travaille au grand magasin parisien Le Bon Marché.
Une bourse d’internat à l’école primaire supérieure et professionnelle de Melun (Seine-et-Marne) est accordée à Charlotte Fruton pour l’année scolaire 1913-1914. Ayant obtenu un diplôme d’institutrice, elle ouvre après-guerre une institution privée, installée en 1922, toujours dans le quartier de Polangis, quai de Béthune. Elle intègre la formation musicale dans son école qui fonctionne toujours en 1932. Proche des milieux chrétiens, elle est par exemple la correspondante du centre de vacances de la Maison Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, aux Sables-d’Olonne (Vendée).
Elle reprend ensuite des études, pour devenir médecin. Elle soutient sa thèse en 1938, présentant un ouvrage court mais remarqué sur Mérimée et la médecine, éditée ensuite chez un imprimeur de Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne). L’écrivain André Billy apprécie dans Le Figaro en juillet 1939 : le romancier Prosper Mérimée « avait une grande préoccupation de sa santé et faisait l'analyse de ses troubles physiques avec autant de lucidité que celle de ses sentiments et de son caractère. C'est ce qui a permis au docteur Charlotte Fruton de porter sur ses maladies des diagnostics si bien motivés ». Dans la Revue d'histoire littéraire de la France, le romancier Pierre Trahard, spécialiste de l’auteur de Colomba, remarque que la Faculté de Médecine a non seulement « conféré le grade de docteur à Mlle Fruton, mais elle lui a attribué un prix, soulignant ainsi la valeur scientifique de son travail ». Il considère que « la santé d'un écrivain peut avoir une influence sur son œuvre », citant notamment Edgar Poe, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Émile Verhaeren. Et il s’interroge : « Le goût de Mérimée pour l'étrangeté, le mystère, la violence, les mœurs primitives et sauvages, l'instinct brutal, l'amour physique, est surtout intellectuel et volontaire. N'y entrerait-il pas néanmoins des éléments d'ordre physiologique ? » Il rend ensuite hommage au travail de Charlotte Fruton, « à sa précision scientifique et à l'élégance de ses analyses, qui dépassent déjà l'étude médicale et abordent avec sûreté la psychologie de l'homme. »
Au cours de la deuxième guerre mondiale, le Dr Fruton a établi son cabinet dans son logement de Joinville. Elle a une spécialisation en stomatologie et exerce dans les hôpitaux de Brévannes (Limeil-Brévannes) et d’Ivry (tous deux act. Val-de-Marne). Elle est la seule femme parmi les dix praticiens de la commune.
En février 1944, Charlotte Fruton se marie à Paris (13e arr.) avec l’ingénieur Joseph Turco, originaire de Tunisie et naturalisé français en août 1933.
Après le conflit mondial, Charlotte Turco-Fruton est membre du Mouvement populaire des familles. C’est un mouvement d'action catholique qui s’est radicalisé sur le plan politique à la fin des années 1940 et auquel l'épiscopat catholique retirera son mandat à l'automne 1949 pour créer l'Action catholique ouvrière (ACO). Pendant la guerre, le curé de la paroisse Sainte-Anne de Polangis était l’abbé Jacques Hollande, supérieur à partir de 1944 de la Mission de Paris et fondateur des prêtres-ouvriers.
Une autre personnalité des milieux chrétiens engagés socialement, Henri Melchior, syndicaliste et plus tard délégué permanent du Secours catholique pour Paris et la banlieue, vit également à proximité. Comme Melchior, Charlotte Turco-Fruton adhère au Mouvement républicain populaire (MRP, démocrate-chrétien).
En août 1950, elle fait partie des organisateurs de l’anniversaire de la Libération célébré dans la commune, avec les responsables des partis de gauche, les anciens combattants de la Résistance et deux autres mouvements féminins, l’Union des Femmes françaises (proche des communistes) et les Jeunes filles de France. Avec Mme Fabre, Charlotte Turco-Fruton représente le Mouvement populaire des familles.
Lors des élections municipales de mai 1953, elle figure en cinquième position sur la liste du MRP à Joinville. Le MRP obtient deux sièges, derrière les communistes qui en ont dix, deux listes de droite (six chacune) et les socialistes SFIO avec trois élus. Le MRP avait recueilli, en moyenne, 620 voix pour 6 748 suffrages exprimés soit 9,2%, la liste communiste ayant 35,6%, les gaullistes du RPF 19,3%, les divers-droite 19,7% et les socialistes 12,3%. C’est Georges Defert, membre du Rassemblement des gauches républicaines, élu sur la liste divers droite, qui devient maire, avec l’appui du MRP.
Le scrutin de mars 1959 se déroule avec un nouveau scrutin majoritaire. Le MRP figure sur une liste commune avec la RPF gaulliste et les socialistes SFIO, mais Charlotte Turco-Fruton a rejoint le maire sortant, Georges Defert qui emporte, au second tour avec 52,4%, les 27 sièges à pourvoir devant les communistes (34,1%), l’alliance perdant un grande partie de ses voix du premier tour à 13,1%. Mme Turco entre au conseil municipal, qui ne compte que deux femmes, plus petit chiffre depuis qu’elles sont éligibles. Defert est réélu maire.
Charlotte Turco-Fruton meurt le 15 mai 1985 à Cannes (Alpes-Maritimes). Elle était âgée de 87 ans et est inhumée à Joinville. Elle n’avait pas eu d’enfant.