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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie d’Ernest Jouin

L’abbé Ernest Jouin, exfiltré de la cure de Joinville-le-Pont, est nommé second vicaire de église Saint-Augustin à Paris (8e arr.) en août 1886.

Il entreprit la rédaction de ses Explications logiques du Catéchisme, premier de ses nombreux essais. Il réalise également, en compagnie de l’abbé Joseph Sauvêtre, un voyage, au pas de course, en Scandinavie.

Devenu premier vicaire, l’abbé Jouin se lance également dans l’écriture de pièces chantées, en commençant par La Nativité (1893), pour laquelle il emprunte des musiques à Grieg, Berlioz ou Gounod notamment.

En l’abbé Jouin 1894, est de nouveau nommé curé, à l’église Saint-Médard (5e arr.), retrouvant ainsi le quartier latin de Paris. Il appelle à ses côtés l'abbé Joseph Sauvêtre, qui l’avait déjà suivi précédemment comme vicaire de Saint-Augustin et est, selon Le Figaro (1895/06/26), « le plus intelligent et le plus zélé des auxiliaires. »

C’est au cours d’une représentation de la Nativité en février 1895 à la salle des fêtes de Saint-Pierre de Chaillot (Paris, 16e arr.) que Mgr François Désiré Mathieu, évêque d'Angers, le nomme au chapitre de sa cathédrale à titre honorifique. La presse remarque qu’il « est assez rare de voir un évêque créer un prêtre chanoine sur les planches d'un théâtre ». En septembre la même année, Mgr Michel André Latty, évêque de Châlons (act. Châlons-en-Champagne, Marne), lui attribue la même distinction pour son propre diocèse.

Dans sa paroisse, il fonde, avec l’abbé Bossard, un patronage, qu’il emmène dans des randonnées en forêt et en montagne, y compris sur le Mont-Blanc. Il obtient l’installation d’une nouvelle maison des Servantes des pauvres, toujours sous l’autorité de mère Agnès. Comme celle de Joinville, c’est l’abbé Jouin qui en assume la charge. Se montrant souvent fort généreux, il dispose manifestement de ressources importantes dont même l'abbé Sauvêtre ignore l’origine. Il subventionne, par exemple, des fouilles archéologiques à Éphèse et la publication des six premiers volumes du Recueil des écrivains chrétiens orientaux, devenu ensuite une vaste œuvre scientifique.

En décembre 1898, après avoir cru qu’il serait nommé évêque du Mans, l'abbé Jouin, retourne à Saint-Augustin où il est cette fois nommé curé. Il ne quittera plus ce poste, où il restera en fonction pendant 34 ans ce qui, ajouté aux huit années de vicariat, fait qu’il aura séjourné 42 ans dans ladite paroisse. Un de ses collègues, l'abbé Schuster, remarquera en 1917 que « Saint-Augustin est le fief des curés décapités. »

Poursuivant la rédaction de ses spectacles édifiants, Ernest Jouin produit Notre-Dame de Lourdes (oratorio, musique d’Alexandre Georges, 1900), La Passion (musique d’A. Georges, 1902, version augmentée en 1906), Clotilde (1907), Bernadette (1908) et Jeanne d'Arc (musique d’A. Vivet, 1909). Seules La Nativité et La Passion eurent une diffusion importante.

On lit dans Notre-Dame de Lourdes :

Quelle est l'âme

Dont la flamme

A le parfum de l'encensoir ;

Si limpide,

Si candide

Que la Vierge descend la voir ?

Parallèlement, le chanoine Jouin lance la publication d’une revue mensuelle, Le Catéchisme, qui paraît de 1900 à 1908. Il est fait une fois de plus chanoine honoraire, de la cathédrale de Paris cette fois, en 1905.

L'abbé Jouin voulut combattre le modernisme, porté notamment par Alfred Loisy, en s’appuyant sur l'autorité des Pères de l'Église. Il tenta de mobiliser un groupe de prêtres parisiens autour de ce projet, qui resta inabouti.

Au début du XIXe siècle, le curé de Saint-Augustin est un des plus farouches opposants à la séparation de l’église et de l’État, mise en œuvre par la loi du 9 décembre 1905. Lors de l’inventaire des biens de l’église Saint-Augustin, réalisé en application de cette loi le 31 janvier 1906, l’abbé Jouin convoqua une « messe de deuil » et à l’instigation de son clergé, l’inspecteur en charge de cette opération fut empêché d’entrer dans la sacristie. S’adressant à ses paroissiens il leur déclare « Vous êtes la paroisse sous les armes (…) notre protestation est pacifique, mais je sais maintenant que, s'il faut demain une protestation plus énergique, vous serez là. »

Il met en place une « garde de l’église », se réservant pour lui la nuit et s'étant installé pour ce faire dans une des tours de l'église. Elle fonctionne pendant quatre mois. L’inventaire fut cependant fait en novembre et l’attitude du curé de Saint-Augustin lui valut d’être un des trois curés parisiens inculpé par un juge d’instruction en décembre 1906. Il convoque, le 12 décembre, une nouvelle « messe de deuil » qu’il appelle par un texte qui se finit comme ceci : « il faut que notre deuil, si triste et si profond qu'il puisse être, soit un deuil armé. Garder la foi ne suffit plus, nous devons la défendre. »

Il comparut le 12 avril 1907 devant la 9e chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Il assura que par armes, il entendait « les armures de la vérité et de la foi ». Défendu par Me Danet, il fut condamné à 16 francs d'amende, mais le verdict qualifiait également la loi de 1905 comme étant « d'exception exorbitante », ce qu’il présenta comme une victoire.

Ernest Jouin publia en 1921 un essai intitulé La Judéo-maçonnerie et la loi de séparation.

Comme à Joinville et à Saint-Médard, l’abbé Jouin recrute les Servantes des pauvres, qui s’implantent une fois encore avec pour supérieur la mère Agnès.

À suivre

 

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 00:01

Thérèse Litman naît le 30 octobre 1919 à Paris (18e arr.). Elle est la fille de fille Fanny Moscovitch et de Sroul Litman, tous deux tailleurs et d’origine roumaine, qui vivent rue Burq. Ils seront naturalisés français en janvier 1930.

Fanny Litman

En mars 1940, elle épouse à Paris (18e arr.) Maurice Kouznietzoff. Elle est alors modiste et ils vivent rue de la Folie Regnault, dans le 11e arrondissement.

Son époux est arrêté, le 20 août 1941, lors de la seconde grande rafle qui touche les juifs de la capitale, alors qu’il traversait à vélo la place de la République pour se rendre à son travail. Interné à Drancy, il fut déporté à Auschwitz le 22 juin 1942 ; il fait partie des 29 survivants sur les 999 personnes qui composèrent son convoi.

Thérèse Kouznietzoff est arrêtée sur dénonciation le 14 juillet 1944, alors qu’elle se rendait à une manifestation patriotique place de la République.

Comme son mari, elle est internée à Drancy, puis déportée par le dernier convoi à quitter le camp parisien pour Auschwitz le 31 juillet 1944, qui porte le n° 77. Thérèse Kouznietzoff compte parmi les 283 rescapés sur les 1300 personnes de son convoi en avril 1945.

Elle témoigne dans le documentaire de Guillaume Bruneton : « Le 14 juillet 1944, je me rappellerais toujours de la date. Je descendais la rue de la Roquette avec ma voisine d’en dessous. Je descendais au marché. Et le matin elle me dit, « Thérèse ! », puisque je m’appelle Thérèse, « Thérèse, on descend au marché ! », alors…moi je lui dis non, je n’avais rien à acheter, moi toute seule… alors elle me dit, « si, si, viens avec moi ! » enfin, et tout, et c’est là qu’il y a deux miliciens qui sont arrivés derrière moi et… qui m’ont arrêtée, ils m’ont demandé mes papiers, j’avais bien sûr des faux papiers mais… ils ont demandé à moi, mais ils n’ont pas demandé à la dame qui était avec moi. Et il m’a dit : de toute façon ça, ne sert à rien de dire non. J’avais été dénoncée. »

En compagnie de son époux, elle adhère à l’Association des Déportés internés, résistants et patriotes du Val-de-Marne (ADIRP). Il en est le trésorier à sa mort en 2003. Elle en est restée la secrétaire générale jusqu’à la dissolution de cette association, en novembre 2013.

Installée à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), Thérèse Kouznietzoff est secrétaire générale de la section de Joinville de l’ADIRP. En 2009, elle est membre du conseil d’administration de l’union départementale des associations d’anciens combattants (UDAC).

Elle a été nommée membre de la Commission nationale des déportés et internés politiques en 1998. Thérèse Kouznietzoff avait adhéré en 1999 à l’association des Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation (AFMD) présidée par Marie-Claude Vaillant-Couturier.

Toute menue, elle témoignait chaque fois qu’on la sollicitait dans les écoles et participait à toutes les manifestations du souvenir, avec sérieux, mais en apportant à chaque fois un sourire qu’on sentait plein d’espoir. Selon l’ancien président du conseil général du Val-de-Marne, Gaston Viens, lui aussi résistant, « Thérèse était une grande dame, fragile, mais forte. »

Thérèse Kouznietzoff meurt le 23 décembre 2013 à Créteil (Val-de-Marne). Elle était âgée de 94 ans et mère de deux filles. Elle est incinérée au crématorium de Champigny-sur-Marne, le 30 décembre ; ses cendres sont déposées au cimetière de Joinville-le-Pont.

Gaston Viens, ancien maire d’Orly, président du conseil général du Val-de-Marne et dernier président de l’association départementale des anciens déportés résistants et patriotes, lui a rendu hommage : « C’est comme résistante que Thérèse Kouznietzoff a été dénoncée et arrêtée en 1944 par la police de Vichy et c’est comme juive qu’elle a été déportée ». Viens, ancien déporté à Buchenwald, souligna son rôle dans la vie associative des anciens déportés et dans le témoignage, notamment dans les collèges. Il précisa également son rapport à la religion : « Elle était née juive, mais n’était pas croyante. Elle était laïque et républicaine. »

Un décret de mai 1999 l’avait faite chevalière de l’Ordre du mérite en tant que « membre d’une commission pour les déportés et résistants, 63 ans d’activités professionnelles et associatives. »

Thérèse Kouznietzoff

 

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 00:01

Maurice Kouznietzoff naît le 11 novembre 1914 à Paris (12e arr.). Il est le fils de Fanny Wald et de Salomon Kouznietzoff, cordonnier, qui se marieront en mai 1921 à Paris (11e arr.). Ils sont d'origine russe et polonaise et seront naturalisés français en 1926.

Employé de bureau, Maurice Kouznietzoff épouse Thérèse Litman en mars 1940 à Paris (18e arr.). Il est alors mobilisé dans l’armée française.

Maurice Kouznietzoff fut, selon son épouse (lettre, 14/11/2011) « arrêté à Paris le 20 août 1941, alors qu'il traversait en vélo la place de la République pour se rendre à la compagnie d'assurances où il travaillait, il fut arrêté par deux agents qui lui demandèrent ses papiers. Malheureusement pour lui, ils étaient marqués par le tampon qui avait été infligé pour tous les Juifs, les agents ne voulurent plus le laisser partir. Ce fut, hélas, le début de nos malheurs ». Il est pris dans la seconde grande rafle qui touche les juifs de la capitale, onze mois avant celle dite du Vel d'Hiv.

Odette Bagno raconte (Une rafle mal connue : le 20 août 1941, GenAmi, septembre 2004) : « Le 20 août 1941, toutes les entrées de stations de métro entre la place de la République et la Nation avaient été fermées et les voyageurs étaient prévenus que les rames ne desservaient pas les stations intermédiaires. Plus tard nous avons appris que les Juifs arrêtés avaient été conduits au camp de Drancy inauguré à cette occasion.

« Par la suite, il a été dit que cette rafle était la conséquence d'un attentat commis contre un membre de l'armée allemande. Le 11e arrondissement avait sans doute été choisi car, composé en grande partie d'immeubles vétustes, sans confort, habités par des ouvriers, il était supposé abriter beaucoup de communistes. »

Le 20 août et les jours suivants, il y aurait eu 4 232 arrestations, dont 1 500 citoyens français. Une autre rafle avait déjà eu lieu le 14 mai, et une autre suivra le 12 décembre 1941. Les trois débouchent sur l'arrestation et l'internement par la police française de 8 700 étrangers en zone occupée.

Interné à Drancy puis déporté à Auschwitz le 22 juin 1942, Maurice Kouznietzoff fait partie des 29 survivants sur les 999 personnes qui composèrent le convoi n° 3.

Son épouse, Thérèse Kouznietzoff témoigne (Guillaume Bruneton, Drancy 2007) : « Mon mari a ouvert le camp de Drancy après s’être fait arrêter dans le onzième [arrondissement de Paris]. Il n’y avait rien, c’était un bâtiment en construction pour les gendarmes. Il n’y avait rien, pas de cloisons, rien du tout et donc lui il a souffert terriblement. Il est resté un an à Drancy et puis après il a été déporté à Auschwitz, alors comme il a été dans les premiers déportés… donc il a souffert terriblement. »

Après son retour en d’Auschwitz en1945, il devient assureur conseil à Montreuil-sous-Bois (Seine, act. Seine-Saint-Denis). En 1962, il est secrétaire de la société L'Alliance mutualiste de Paris. Il est décoré à ce titre.

En compagnie de son épouse, il adhère à l’Association des Déportés internés, résistants et patriotes du Val-de-Marne (ADIRP). Il en est le trésorier en 2003.

Maurice Kouznietzoff meurt le 3 mai 2003 à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Il était âgé de 88 ans et était père de deux filles.

Son nom est inscrit sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah à Paris, mais de manière erronée en tant que « Moïse Kouznietzoff. »

Thérèse Kouznietzoff à Joinville-le-Pont en 2010

 

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 00:01

Suite de la biographie de Jacques Hollande

Après la fin de la Mission de Paris, le chanoine Jacques Hollande redevient curé de l’église de la Sainte-Trinité (Paris, 9e arr.) en novembre 1957. Lors de son installation par le cardinal Maurice Feltin le ministre de la justice Robert Lecourt est présent et l’orgue est tenu par le compositeur Olivier Messiaen.

Il sera le porte-parole du clergé parisien lors des travaux préparatoires au concile Vatican II en 1964. Après le concile, en 1965, les prêtres-ouvriers sont à nouveau autorisés.

En 1958, Hollande participe à une cérémonie du cinquantenaire de la paroisse de Sainte-Anne de Polangis, à Joinville-le-Pont, dont il avait été le curé pendant la deuxième guerre mondiale. Il avait gardé un lien avec cette paroisse, et c’est lui qui, en octobre 1953, avait installé le père Jean Lamour qui remplaçait l’abbé Bauller, lui-même successeur de Hollande.

En novembre 1953, le chanoine Hollande était le seul ecclésiastique figurant sur une liste de 50 personnes représentant « l’élément dynamique de la nation », selon l’hebdomadaire L’Express. Il figurait en compagnie du général de Gaulle, des sportifs Émile Allais et Maurice Herzog, du couturier Christian Dior, du comédien Jean-Louis Barrault, des éditeurs Gallimard et Julliard, du publicitaire Bleustein-Blanchet, de l’industriel Marcel Dassault et de deux femmes, dont l’écrivaine Simone de Beauvoir.

Les descendants d’Henri Dubois-Fournier organisaient des rencontres régulières et publiaient, dans les années 1950, un bulletin régulier, La Cordée du Patriarche. Jacques Hollande y participe régulièrement, assurant en juin 1956 « (…) Il y a un sens de l’autorité à maintenir dans la famille (…) La soumission loyale aux directives du Saint-Siège fait partie du trésor moral dont nous avons hérité. (…) Le sacrifice commence, écrivait le Patriarche [Dubois-Fournier] par « la grande loi du travail qui est celle de Dieu, celle de la nature. »

Il exerçait toujours son ministère paroissial en 1970.

Dans les nombreuses conférences et prêches qu’il avait donnés, l’abbé Hollande voulait mieux faire connaître le monde du travail au sein de l’église catholique. Devant les congrégations hospitalières et charitables, en juin 1948, il soutient « qu’un travail inhumain, à un rythme accéléré, appelle des loisirs violents et que si ce travail était plus humain, les loisirs populaires le seraient aussi ; car au fond, le régime économique actuel abrutit, animalise et tue l’esprit… » En octobre la même année, il veut ouvrir des perspectives « vers un monde nouveau » devant les Filles de Saint-François de Sales missionnaires. Pend l’avent 1949, il disserte sur « les pauvres jugent l’histoire ».

Le chanoine Jacques Hollande décède le 28 décembre 1991 à Paris (14e arr.). Il était âgé de 90 ans.

Fin

La Mission de Paris en janvier 1944 à Lisieux

 

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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 00:01

Suite de la biographie de Jacques Hollande

La Mission de Paris, dont Jacques Hollande va être le supérieur pendant 14 ans, est issue des réflexions du cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris, après sa lecture du livre de deux prêtres, Henri Godin et Yves Daniel,  La France, pays de mission ? (L’Abeille, Paris, 1943, rééd. 1962, 2014). Il fonde la Mission de France en juillet 1941 et l’installe à Lisieux ; elle implante des communautés dans les zones rurales. Le cardinal Emmanuel Suhard considère qu’« un mur sépare le monde ouvrier de l'Église, ce mur il faut l'abattre ». C’est ce qui le conduit, en juillet 1943, à décider de fonder la Mission de Paris. Selon l’historien Guillaume Cuchet, son objectif est « d’insérer un christianisme ‘très pur’ dans la culture ouvrière pour la ‘surélever’ et inciter la communauté chrétienne à purifier son propre christianisme. »

Après avoir sollicité six prêtres, qui n’acceptent pas, le cardinal Suhard nomme en novembre 1943 Jacques Hollande supérieur de la Mission de Paris. Quittant sa paroisse de Sainte-Anne de Polangis à Joinville-le-Pont, il prend son poste en janvier 1944, en compagnie de six autres prêtres. Il confiera au professeur Luc Perrin, de l'Université de Strasbourg « un peu gêné et quasi en confidence, qu'il était apparenté aux princes Murat, noblesse d'Empire certes mais fort loin du prolétariat. »

La Mission de Paris sera la matrice de la naissance des prêtres-ouvriers. L’abbé Hollande va, en décembre 1946, chercher l’appui du pape Pie XII qui l’assure « d’une paternelle compréhension ». Un de ses collaborateurs immédiats précise : « devant un tel enjeu, il faut oser courir certains risques afin de n’avoir pas à se reprocher de ne pas avoir tout fait pour le salut du monde ! »

En 1947, avec l’autorisation du pape, des ecclésiastiques décident d’aller travailler en usine ou sur des chantiers. Beaucoup d’entre eux s’engagent dans l’action sociale, devenant même parfois responsables de syndicats Cgt. L’engagement militant dans le Mouvement de la paix et les organisations proches des communistes va engendrer des tensions de plus en plus fortes, tant avec les autorités française qu’au sein de l’église catholique. En janvier 1954, le pape mettra fin provisoirement à l’expérience, provoquant de douloureux troubles parmi ceux qui exerçaient cette fonction.

Beaucoup d’entre refuseront de redevenir des prêtres ordinaires, et Jacques Hollande, qui n’était pas lui-même prêtre ouvrier, les défendra en restant à son poste à la tête de la Mission de Paris. Ils sont qualifiés d’« insoumis » au sein de l’église catholique. Élevé à la dignité de chanoine en 1948, Hollande fait partie des chrétiens qui s’opposent à la bombe atomique en 1949 autour de l’appel de Stockholm.

À suivre

Jacques Hollande, janvier 1944

 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 00:01

Suite de la biographie de Jacques Hollande

Le premier poste paroissial l’abbé Hollande est celui de vicaire de Saint-Joseph-des-Épinettes, dans le 17e arrondissement de Paris. C’est sans doute à ce moment qu’il devient aumônier de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

Du fait de ses liens familiaux et d’amitié, il est amené à célébrer plusieurs mariages mondains, comme celui en novembre 1931 de son frère cadet, Jean Hollande avec Jacqueline de Lesparda, également descendante, comme leur mère, de la noblesse d’empire.

Toujours vicaire, il rejoint Sainte-Jeanne d’Arc de Levallois-Perret (Seine, act. Hauts-de-Seine) en juin 1934. Il semble sensible aux thèmes politiques conservateurs, puisqu’il participe, en février 1936, dans le quotidien L’Écho de Paris, à une « souscription nationale pour l’organisation et la propagande politique. »

Au cours de la deuxième guerre mondiale, l’abbé Hollande est rappelé en août 1939 et affecté au 153e régiment d’artillerie à pied. Il est hospitalisé l’hôpital Legouest de Metz en novembre puis envoyé en convalescence. En mars 1940, il est rayé des cadres.

C’est sans doute vers ce moment qu’il est nommé premier vicaire de la paroisse parisienne de Notre-Dame-de-Lorette (9e arr.).

Après le décès en fonction du père Lucien Lachambre (1899-1942), Hollande devient en juillet 1942 curé de Sainte-Anne de Polangis à Joinville-le-Pont. La paroisse est à cheval sur les communes de Champigny et Joinville, où elle dessert également le quartier de Palissy. Il rencontre probablement deux figures des mouvements d’action catholique, Henri Melchior militant à la JOC et futur dirigeant du Secours catholique, qui vit alors à Joinville ou Paul Bacon, premier secrétaire général de la JOC, qui sera résistant, député et ministre, et qui réside dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés.

L’abbé Hollande quitta rapidement ce premier poste de responsable paroissial car, en janvier 1944, le cardinal Suhard, archevêque de Paris l’appelle à rejoindre la Mission de Paris qu’il vient de créer et le nomme supérieur de cette institution hors-normes en mars la même année.

À suivre

Jacques Hollande en 1944

 

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 00:01

Début de la biographie de Jacques Hollande

Jacques Hollande naît le 13 février 1901 dans le 16e arrondissement de Paris. Il est le fils de Ghislaine Berthier de Lasalle (1877-1935) et de Jules Edmond Louis Hollande (1866-1921). Par son père, il descend d’Henri Dubois-Fournier (1768-1844), commerçant du nord de la France qui mena de nombreuses missions pour le rétablissement de l’Église catholique après la Révolution française. Par sa mère, il était lié aux princes Murat. Son étoile le plaçait donc plutôt parmi les couches les plus aisées de la société française. De grande taille pour l’époque (1 mètre 85), il avait les yeux verts et les cheveux châtains.

Pendant la première guerre mondiale son père, officier, est fait prisonnier au tout début du conflit, en août 1914. Le pape Benoît XV ayant obtenu de l’Allemagne le transfert en Suisse de certains détenus malades, Jules Hollande est envoyé dans le sanatorium de Leysin (Vaud), atteint d’une pleurésie. Au nom de son frère et de ses deux sœurs plus jeunes, Jacques Hollande, âgé de 14 ans, écrit le 8 février 1916 une lettre au pape : « Nous sommes quatre enfants français très reconnaissants à Votre Sainteté de l'initiative que vous avez eu la paternelle bonté de prendre en faveur de prisonniers malades. Notre père, après dix-sept mois d'une dure captivité en Allemagne, ayant été atteint de pleurite, a été hospitalisé en Suisse. Comme il est le premier officier de l'armée française qui y ait été amené, nous considérons comme notre devoir de remercier Votre Sainteté de nous conserver la vie de notre père (…) ». Le journal du Vatican, Osservatore Romano, qui publie la lettre, estime qu’il s’agit d’« une fleur parmi les épines ». Plusieurs publications catholiques saluent un « beau geste d’enfants ». Jules Hollande, capitaine et décoré de la Croix de guerre, mourut dans le centre de convalescence de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) des suites de sa maladie en juillet 1921.

En novembre 1920, après deux ans à la Faculté des Lettres de l'Institut catholique de Paris, il entre au séminaire du diocèse catholique de Paris à Issy-les-Moulineaux (Seine, act. Hauts-de-Seine). La circonscription diocésaine comprenait à cette époque la ville-capitale ainsi que l’essentiel des trois actuels départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).

Bien qu’éligible à un sursis pour le service militaire, Hollande y renonce et est incorporé dans le 153e régiment d’artillerie à pied en mai 1922. Il est nommé brigadier en septembre puis maréchal des logis en mai 1923. Dans la réserve, il est promu sous-lieutenant en juillet 1925 puis lieutenant quatre ans plus tard.

Après la fin de sa période à l’armée, Jacques Hollande reprend ses études au séminaire et est ordonné prêtre le 18 décembre 1926 par le cardinal Dubois, archevêque de Paris. Il célèbre le lendemain sa première messe en l'église Saint-Honoré d'Eylau à Paris (16e arr.). Hollande poursuit des études de droit canonique à l'Institut catholique de Paris et est reçu comme lecteur en décembre 1931.

À suivre

Henri Dubois-Fournier, ancêtre de Jacques Hollande

 

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 00:01

Eugène Jules Maurice Delawarde naît le 9 janvier 1882 à Paris (12e arr.). Il est le fils posthume d’Eugène Auguste Delawarde (décédé le 8 décembre 1881, qui était serrurier) et de Julia Hélène Eugénie Leclerc, qui réside rue de Picpus. Son père, ancien marin, avait été un des acteurs des incidents de Sakai, qui opposèrent dans la baie de Yokohama un bateau français à des samouraïs nippons en 1868.

Devenu graveur, Eugène Delawarde, en tant que fils aîné de veuve, ne fait qu’un service militaire d’un an en 1903-1904 au 15e bataillon d’artillerie. Cependant, l’année suivante, il perd sa mère et se retrouve alors déchu de ses droits à dispense, pendant lequel il devient brigadier. Il doit donc faire un second service militaire, toujours dans l’artillerie ; il perd ses galons de brigadier et redevient canonnier. Il vit dans le 10e arrondissement de Paris, rue du Faubourg-Saint-Denis puis s’installe galerie de la Bourse, à côté de la boutique où il travaille.

Le premier mariage de Delawarde durera peu ; il est célébré en septembre 1908 à Paris (10e arr.) avec Charlotte Renée Pâquet, mais le divorce intervient dès juillet 1911. Il a une fille en août 1912 avec sa nouvelle compagne, Mathilde Célina Blot, qu’il épouse Paris (15e arr.) en mars 1913. Le mois suivant, Delawarde rachète le commerce de graveur héraldiste où il était employé et le transfère rue Croix-des-Petits-Champs.

Mobilisé dès le début de la première guerre mondiale, toujours dans l’artillerie, il retrouve dès novembre son grade de brigadier puis devient maréchal des logis en août 1915. Il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire en mai 1917 et embarque de Marseille pour rejoindre l’armée d’Orient avec le 109e régiment d’artillerie lourde. Après avoir été confirmé dans son grade, il est rapatrié en janvier 1919 et démobilisé en avril. Dans la réserve, il devient lieutenant en juin 1919.

Le comportement de Delawarde lui vaut deux citations à l’ordre du régiment en octobre 1916 puis en novembre 1918, ainsi qu’une autre à l’ordre de l’armée en décembre 1918. Il est décoré de la Croix de guerre.

Après-guerre, Delawarde déplace son atelier de graveur héraldiste et son logement rue de Paris, dans le centre de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il y est installé en 1925 et s’implique, cette année-là, dans la reconstitution du comité d’union et d’action républicaines dont Félix Soulié est le président. Il est membre de ce rassemblement local des conservateurs et libéraux, au côté de plusieurs personnalités locales, comme le futur adjoint René Kirbühler, ou Georges Defert, qui sera maire en 1953.

Dans sa nouvelle ville, Delawarde change de métier. Il devient entrepreneur de transport en 1926, obtenant en janvier 1928 le marché d’enlèvement des ordures ménagères grâce à sa proposition de remplacement des voitures hippomobiles par des automobiles pour accélérer le service. Cependant, il fait faillite en mars 1929. Il poursuivra ensuite le travail de camionneur.

En février 1935, le comité dont Delawarde est membre se transforme en Union des républicains, à vocation uniquement municipale. Une incompatibilité est édictée entre les fonctions de membre du bureau et de conseiller municipal. Kirbühler devient président et Delawarde, secrétaire général. Léon Lesestre, président sortant est nommé président d’honneur avant d’être élu deux mois plus tard maire.

L’Union des républicains de Joinville publie en avril un décide, en avril, « de rompre l’union précédemment établie avec les radicaux pour faire une liste composée en totalité d’éléments modérés et nationaux ». L’argument est de politique nationale, car elle dit se souvenir « des fusillades du 6 février, des scandales Stavisky et autres dans lesquels figurent des députés, des magistrats, d’anciens ministres, tous radicaux et maçons ». Elle présente un programme de diminution des « charges écrasantes », atténuation des dépenses publiques, simplification des rouages administratifs et « application des lois sociales. »

Delawarde s’implique dans la vie sociale locale. Il est secrétaire en 1934 de l’Union des commerçants et industriels dont Lucien Girard est le président. Il continue cette fonction en 1936. Il s’associe en mai 1934 à la création d’un comité de soutien aux chômeurs, mouvement humanitaire porté par des commerçants. En 1937, il contribue à la Société d’encouragement au dévouement, portée par des directeurs d’école.

L’activité de transport de marchandises de Delawarde va prendre un curieux tournant en 1936. Le quotidien communiste L'Humanité l’accuse, en novembre, de briser le blocus sur les exportations d’armes pour les belligérants de la guerre civile espagnole. Il convoie, via l’Italie de Mussolini, 80 tonnes de matériel de guerre, dont 40 obusiers et 4 000 obus, à destination des troupes rebelles du général Franco, insurgé contre le gouvernement républicain, sous une fausse destination soi-disant pour le Pérou.

Deux ans plus tard, en décembre 1938, c’est le quotidien royaliste Action française qui l’accuse au contraire de « trafic pour l'Espagne rouge ». Prétextant un chargement pour Rangoon, en Birmanie, douze camions affrétés par Delawarde emportent 600 tonnes de munitions à Marseille pour une destination que le journal d’extrême-droite estime être Barcelone, dernier bastion des troupes républicaines.

La circulation n’est pas sans danger. Eugène Delawarde blesse sérieusement aux jambes un agriculteur de Cannes-Écluse (Seine-et-Marne) en octobre 1937 alors qu’il circulait de nuit. Plus grave, en novembre 1938, près de Rouen, un camion de la maison Delawarde chargé de caisses d'obus prend feu. La déflagration fut très violente. Les maisons voisines, dont les habitants avaient pu être évacués à temps, ont été très endommagées. Les lignes téléphoniques ont été coupées pendant plusieurs heures. Il n’y eut cependant aucun blessé.

Pendant la deuxième guerre mondiale, le comité de Joinville d’assistance aux prisonniers, enregistre en février 1943 les dons de Delawarde l’année précédente.

Eugène Jules Maurice Delawarde meurt le 9 mai 1947 à Joinville. Il était âgé de 65 ans et père de quatre enfants. En décembre 1936, il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire pour ses 33 ans de services et 4 campagnes.

 

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 00:01

Albert Favin naît le 18 mars 1884 à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Alix Bathilde Bigé et de son époux, Victor François Favin, chauffeur mécanicien.

En 1904, Albert Favin exerce le même métier de chauffeur mécanicien et a déménagé avec ses parents dans la commune riveraine de Joinville-le-Pont. Il travaille à l’usine des eaux de la ville de Paris dans cette localité. Il y conduira toute sa carrière professionnelle, étant nommé en 1924 maître-chauffeur.

Le service militaire de Favin se déroule entre septembre 1905 et septembre 1907 dans la 7e section de Commis et ouvriers d'administration (COA). Pendant la première guerre mondiale, il est mobilisé dans la 24e section de Commis et ouvriers d'administration puis passe en décembre 1915 au 55e régiment d’infanterie avant d’être affecté en mai 1916 aux ateliers de construction de Puteaux (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il rejoint en juillet 1917 le 1er régiment de génie.

Lors des élections municipales qui suivent le conflit, en novembre 1919, Albert Favin est candidat en huitième position sur la liste socialiste unifiée (SFIO) conduite par Georges Laruelle, ancien conseiller municipal.

Au premier tour, la liste socialiste fait face à une liste conduite par Henri Vel-Durand (radicaux dissidents, radicaux-socialistes officiels et socialistes indépendants, dont plusieurs anciens de la SFIO) et à une liste libérale et conservatrice. Elle obtient une moyenne de 500 voix, soit 30,1% des 1 695 suffrages exprimés pour 1 715 votants sur 2 491 inscrits. Au second tour, face à la seule liste de Vel-Durand, la liste SFIO obtient 502, 34,3% des 1 518 suffrages exprimés pour 1 537 votants. Elle n’a pas d’élu. Favin avait obtenu 500 voix au premier tour (30,1%) et 496 au second (32,7%).

Comme l’ensemble de la section de Joinville de la SFIO, Favin adhère en décembre 1920 au parti communiste SFIC. Il souscrit, en avril 1921, en faveur du développement de la nouvelle formation.

Marié en juillet 1908 à Saint-Maurice avec une plumassière, Maria Prévost (née Stöcklé), il aura une fille et élèvera la fille d’un premier mariage de son épouse.

Après avoir reçu la médaille d’honneur communale en juillet 1929, Favin prend sa retraite en tant que brigadier-chauffeur en avril 1939.

Peut-être est-ce lui qui, en 1971, contribue à la solidarité syndicale dans le journal des retraités des services publics du syndicat CGT, La Voix des anciens.

Albert Favin meurt le 1er septembre 1974 à Créteil  (Val-de-Marne). Il résidait probablement encore à Joinville et était âgé de 90 ans.

La rue du Canal à Joinville-le-Pont

 

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 00:01

Ernest Barberolle naît le 16 octobre 1861 à Paris (5e arr.). Il est le fils Marie Dauphin, couturière, et de son mari époux Marie Barberolle, employé. Il est d’abord sertisseur puis joailler rue de Turbigo à Paris (3e arr.). Il épouse, vers 1890, Jeanne Marie Camille Desportes.

L’activité sportive de Barberolle commence à l’aviron en 1881. Après avoir été rameur, Barberolle est barreur dès le printemps 1882 pour les équipes de la Société nautique de la Marne (SN Marne), installée sur l’île Fanac à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dont les couleurs sont bleu et blanc. Il pèse alors 49 kilos, un poids qu’il dépassera un peu au cours de sa carrière, mais en 1936, il est encore mesuré à 52 kilos. Il est de taille réduite (1 m. 55) et était surnommé Petit Barberolle, son faible poids et la sûreté de son coup d'œil en firent un barreur émérite selon ses camarades. Dans le « monde léger » des barreurs, il est considéré comme un roi par Germain Chaussat en 1921.

Barberolle, 1901, à gauche

Entre 1893 et 1897, se réoriente vers le cyclisme sur route comme sur piste, de nouveau avec un club de Joinville-le-Pont, le Vélo-Club de Joinville. Il est sprinter, remportant un course sur piste au vélodrome de l’Est à Paris en juillet 1897.

Pour se rapprocher de son lieu d’entraînement, la famille Barberolle déménage à Joinville et s’installe sur l’île Fanac en 1910 ou 1911. Barberolle revient à l’aviron.

La SN Marne est une des plus prestigieuses formations de l’aviron français. Un des moments forts de la saison est le match par bateaux de huit rameurs et un barreur, qu’elle dispute au printemps contre le Rowing club de Paris. En 1938, la presse calcula que Barberolle avait gagné deux fois le match en qualité de rameur, barré vingt et une fois le huit de la SN Marne et obtenu quatorze fois à la victoire.

Sélection aux Jeux olympiques d'été de 1920 à Anvers, Ernest Barberolle dispute avec Gabriel Poix et Maurice Bouton l'épreuve d’aviron de deux avec barreur. Ils remportent la médaille d'argent. Il est alors âgé de 58 ans. Les journaux le qualifient de scientifique, rusé et fougueux. Vers cette époque, Barberolle abandonne son activité de joailler.

Au cours des années 1930, avec son avancée en âge, la popularité de Barberolle augmente. Il est qualifié de maître barreur par une athlète, Mlle Chevassus, dont il barre l’embarcation. La presse remarque qu’il est inamovible, soulignant la façon dont il coordonnait ses rameurs en hurlant dans son porte-voix. L’âge n’empêche pas Barberolle d’avoir un comportement sanguin. Ainsi, après le match à huit rameurs entre la SN Marne et le Rowing-Club de Paris en 1936, remporté par les joinvillais, Boutteny, président du Rowing-Club, reproche à Barberolle d'avoir légèrement coupé la ligne du bateau du Rowing après le pont de Saint-Cloud. En réplique, le barreur frappa le dirigeant d'un coup de poing. Selon les journaux, « l'incident n'eut pas de suite, mais Barberolle mit assez de temps à se calmer. »

À 78 ans, Barberolle participe encore au match annuel de mai 1938. C’est semble-t-il sa dernière participation à une course officielle.

Déjà en 1926, le quotidien La Presse considérait que « l’ancêtre est chaque année plus jeune ». Dans un long portrait qu’il lui consacre en octobre 1927, H. Coutance, dans le même journal, considère que « Barberolle c'est tout le rowing parisien ». Il passe sa vie sur l’eau, « quelquefois en canoë, d'autrefois il se contente d'une barquette qu'on dirait construite pour un enfant », il est « affable, gai luron. »

Ernest Barberolle meurt le 5 septembre 1948 à Joinville. Il était âgé de 86 ans et avait eu deux filles. Outre sa médaille olympique, Ernest Barberolle avait obtenu une médaille d'or de l'Éducation physique en mai 1938.

Son neveu, Lucien Barberolle (1885-apr. 1950), graveur-ciseleur, fut conseiller municipal de Joinville-le-Pont (1925-1929), de tendance républicain socialiste indépendant (centre-droit) ; il était également peintre et sculpteur, décoré de la Croix de guerre.

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