Louis Adolphe Mousseaux naît le 24 janvier 1816 à Saint-Mandé (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Anne Louise Savart et de son mari, Jean Pierre Mousseaux, cuisinier.
Ayant fait un service militaire, Adolphe Mousseaux est affecté dans la réserve de l’armée de terre en 1839. Cette année-là, il est menuisier à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où il vit dans le centre, rue de Paris. Il épouse, dans la commune voisine de Champigny-sur-Marne en décembre 1839, Élisabeth Reine, mercière et fille de merciers. Son activité artisanale semble assez florissante puisque, en 1847, il est inscrit au quinzième rang sur la liste des électeurs classés par rang d’imposition ; elle compte 96 noms à Joinville, soit un dixième des chefs de famille.
Lors des élections municipales de juin 1846 à Joinville, qui se tiennent au suffrage censitaire, il y avait 50 votants pour 67 inscrits et six postes de conseillers municipaux à pourvoir ; Mousseaux, avec 11 voix, arrive septième et n’est pas élu.
Sous la seconde République puis le second Empire, la situation économique de l’entreprise Mousseaux se détériore. En juillet 1851, il se déclare en faillite ; il obtiendra la mise en place d’un concordat avec ses créanciers en décembre de la même année. Cependant, en avril 1857, il est de nouveau contraint de déposer son bilan. Mais il peut reprendre son métier et est toujours en 1868 un des deux menuisiers de la commune. À l’été 1875, son épouse et sa fille cadette participent aux souscriptions pour les sinistrés des inondations de l’été.
Louis Adolphe Mousseaux meurt le 26 juillet 1880 à Joinville. Il était âgé de 64 ans et son épouse avait donné naissance à huit enfants. Son fils Émile poursuivra l’activité de menuiserie.
Amélie Damassine Blessel naît le 26 juin 1847 à Eurville (Haute-Marne, act. Eurville-Bienville). Elle est la fille de Marie Louise Simonnet et de son époux, Auguste Blessel, qui travaille dans les forges de la ville. Un sœur jumelle décède trois mois plus tard.
En 1871, Amélie Blessel vit à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où elle exerce la profession de sage-femme. Elle réside rue du Canal.
Le mariage d’Amélie Blessel avec Jean Henri Roche a lieu à Joinville en mars 1875. Son époux est originaire du Rhône et exerce la profession de rustiqueur, c’est-à-dire de maçon rocailler. Ils s’installent rue de Paris, dans le centre de la commune.
Dans le cadre de sa profession, Amélie Roche était fréquemment confrontée à des femmes lui faisant part de la détresse que leur procurait des grossesses non désirées, les méthodes de contraception étant fort peu répandues. L'article 317 du code pénal de 1810 fait de l'avortement un crime, relevant de la cour d’assise. Le fait qu’il soit pratiqué par un professionnel de santé constitue une circonstance aggravante.
Trois affaires successives vont mettre en scène Amélie Roche, qui sera traduite à chaque fois devant un jury populaire.
La première concerne Clotilde Villette née Giroux, épouse d’André Villette, jardinier du château de Polangis à Joinville, alors propriété de l’ancien maire de la commune, André Courtin. Clotilde Villette meurt à Joinville le 23 novembre 1880. La police soupçonne qu’elle ait pu être empoisonnée par des substances administrées par Amélie Roche, qui le conteste. Le cadavre est exhumé et une analyse chimique est organisée et la sage-femme est incarcérée dans l’attente de son procès. Défendue par Me Crochard, elle est acquittée.
La deuxième affaire concerne Julie Mousseaux, née Guyot, épouse de Louis Adolphe Mousseaux, menuisier à Joinville et sapeur-pompier dans la compagnie municipale. Mère de quatre enfants, elle aurait dissimulé sa cinquième grossesse selon l’enquête de police et aurait consulté la sage-femme Roche. Elle meurt le 15 novembre 1881. Arrêtée le 16 novembre, elle est jugée en avril 1882 et toujours défendue par Me Crochard. De nouveau, elle est acquittée.
Une dernière affaire aboutit devant la cour d'assises de la Seine en février 1883. Amélie Roche a alors quitté Joinville pour Paris. Cette fois c’est une veuve, tenant un café à Saint-Maur-des-Fossés, commune voisine de Joinville, Mme Charron, qui meurt en août 1882. Là aussi la sage-femme est inculpée. Le témoignage du fils de la veuve Charron, âgé de dix ans, venu dire que « la dame avait donné à maman une poudre à boire dans du lait » est jugé déterminant. Malgré la défense, toujours assurée par Me Crochard, Amélie Roche est condamnée du crime d'avortement, mais le jury enlève la circonstance aggravante de qualité de sage-femme et reconnaît au contraire des circonstances atténuantes. Elle est condamnée à cinq ans de prison.
Amélie Roche meurt le 30 décembre 1892 à Paris (12e arr.) où elle est hospitalisée. Elle était âgée de 45 ans et résidait dans le quartier de Montmartre, rue d’Orient (act. rue de l’Armée-d’Orient, Paris 18e arr.). Elle est désignée comme exerçant la profession de cuisinière. Elle est enterrée dans le cimetière parisien d’Ivry (Seine, act. Val-de-Marne).
Amélie Damassine Blessel naît le 26 juin 1847 à Eurville (Haute-Marne, act. Eurville-Bienville). Elle est la fille de Marie Louise Simonnet et de son époux, Auguste Blessel, qui travaille dans les forges de la ville. Un sœur jumelle décède trois mois plus tard.
En 1871, Amélie Blessel vit à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où elle exerce la profession de sage-femme. Elle réside rue du Canal.
Le mariage d’Amélie Blessel avec Jean Henri Roche a lieu à Joinville en mars 1875. Son époux est originaire du Rhône et exerce la profession de rustiqueur, c’est-à-dire de maçon rocailler. Ils s’installent rue de Paris, dans le centre de la commune.
Dans le cadre de sa profession, Amélie Roche était fréquemment confrontée à des femmes lui faisant part de la détresse que leur procurait des grossesses non désirées, les méthodes de contraception étant fort peu répandues. L'article 317 du code pénal de 1810 fait de l'avortement un crime, relevant de la cour d’assise. Le fait qu’il soit pratiqué par un professionnel de santé constitue une circonstance aggravante.
Trois affaires successives vont mettre en scène Amélie Roche, qui sera traduite à chaque fois devant un jury populaire.
La première concerne Clotilde Villette née Giroux, épouse d’André Villette, jardinier du château de Polangis à Joinville, alors propriété de l’ancien maire de la commune, André Courtin. Clotilde Villette meurt à Joinville le 23 novembre 1880. La police soupçonne qu’elle ait pu être empoisonnée par des substances administrées par Amélie Roche, qui le conteste. Le cadavre est exhumé et une analyse chimique est organisée et la sage-femme est incarcérée dans l’attente de son procès. Défendue par Me Crochard, elle est acquittée.
La deuxième affaire concerne Julie Mousseaux, née Guyot, épouse de Louis Adolphe Mousseaux, menuisier à Joinville et sapeur-pompier dans la compagnie municipale. Mère de quatre enfants, elle aurait dissimulé sa cinquième grossesse selon l’enquête de police et aurait consulté la sage-femme Roche. Elle meurt le 15 novembre 1881. Arrêtée le 16 novembre, elle est jugée en avril 1882 et toujours défendue par Me Crochard. De nouveau, elle est acquittée.
Une dernière affaire aboutit devant la cour d'assises de la Seine en février 1883. Amélie Roche a alors quitté Joinville pour Paris. Cette fois c’est une veuve, tenant un café à Saint-Maur-des-Fossés, commune voisine de Joinville, Mme Charron, qui meurt en août 1882. Là aussi la sage-femme est inculpée. Le témoignage du fils de la veuve Charron, âgé de dix ans, venu dire que « la dame avait donné à maman une poudre à boire dans du lait » est jugé déterminant. Malgré la défense, toujours assurée par Me Crochard, Amélie Roche est condamnée du crime d'avortement, mais le jury enlève la circonstance aggravante de qualité de sage-femme et reconnaît au contraire des circonstances atténuantes. Elle est condamnée à cinq ans de prison.
Amélie Roche meurt le 30 décembre 1892 à Paris (12e arr.) où elle est hospitalisée. Elle était âgée de 45 ans et résidait dans le quartier de Montmartre, rue d’Orient (act. rue de l’Armée-d’Orient, Paris 18e arr.). Elle est désignée comme exerçant la profession de cuisinière. Elle est enterrée dans le cimetière parisien d’Ivry (Seine, act. Val-de-Marne).
Maria Lucchi naît probablement en 1892 (ou début 1893) à Berceto, en Italie, dans la province de Parme et la région d’Émilie-Romagne. Elle est la fille aînée des quatre enfants de Francesco (dit François) Lucchi et de son épouse Luigia Maraffi (dite Louise).
Vers 1903, la famille (qui a alors trois enfants) émigre en France, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Tous adoptent à ce moment une graphie française pour leurs prénoms. Outre François, son frère Joseph (qui aura neuf enfants) et sa sœur Suzanne rejoignent également Joinville. Ils s’installent rue du Canal, où existent plusieurs usines métallurgiques, notamment le Bi-Métal et la Canalisation électrique, dans lesquelles les deux parents sont ouvriers.
Au début de l’année 1910, Maria Lucchi, qui a 17 ans, est employée comme cartonnière. La commune, et singulièrement leur quartier, sont touchés par de très importantes inondations de la rivière Marne.
En matière sociale, la situation est également difficile. Les ouvriers tréfileurs de l’entreprise Bi-Métal, dont son père et son plus grand frère, Jean, entament en janvier une très longue grève qui dure 101 jours, avec le soutien de la Confédération générale du travail (CGT), alors largement acquise aux thèses anarcho-syndicalistes. Le mouvement social est marqué par de violents affrontements avec des « jaunes », embauchés par le patronat pour tenter de remplacer les grévistes, et avec la police. Le 17 mars, après des échauffourées nocturnes, la police procède à cinq arrestations, dont celles du père, François Lucchi, et du frère, Jean.
Pour sa part, Maria Lucchi est « très gravement malade », selon le quotidien socialiste L’Humanité. Le journal, dirigé par le député Jean Jaurès, fondateur du Parti socialiste SFIO, va mettre à deux reprises le cas de la jeune fille à sa Une. Le 5 avril 1910, il dénonce une « situation intolérable », dénonçant des arrestations arbitraires dont celle de François Lucchi, qualifié comme « ouvrier tout à fait inoffensif ». L’Humanité indique que Maria risque la mort, comme l’atteste un certificat de médecin transmis le 2 avril et qu’elle réclamait son père et son frère, toujours incarcérés.
Maria Lucchi meurt à Joinville, au domicile familial, le 5 avril 1910, âgée de 17 ans. C’est son oncle, Joseph Lucchi, qui fait la déclaration à l’état-civil communal.
Encore en première page, L’Humanité titre le 8 avril « Le crime est maintenant accompli ». L’article est signé « A. L. », probablement pour Alexandre Luquet (1874-1930), syndicaliste et futur député, un des secrétaires de la CGT, qui tient la rubrique « vie économique et sociale » du quotidien. Le rédacteur se scandalise qu’elle soit « morte sans avoir pu embrasser son père » puisqu’il est toujours, comme son frère Jean, en prison préventive. Pour A. L., « Les geôliers sont sans pitié. En l'occurrence, ce furent des bourreaux. »
Il considère que « La souffrance morale de les savoir en prison provoqua ce dénouement fatal » et accuse « Un juge d'instruction en est responsable ». Il conclut : « Si ces gens avaient une conscience, leur sommeil serait agité par la vision du cadavre de cette fillette. »
Le père est remis en liberté provisoire, mais ne peut arriver que deux heures après l’enterrement de sa fille, selon un article plus tardif de L’Humanité (26 novembre).
Finalement, François Lucchi sera condamné à deux mois de prison, peine confirmée en appel pour « entrave à la liberté du travail, outrages aux agents, infraction à la loi sur les étrangers et port d'arme prohibée ». Jean, âgé de 14 ans mais qui avait également été incarcéré plusieurs jours, est acquitté le 12 avril, car « considéré comme ayant agi sans discernement. »
Les tables de succession, conservées aux Archives départementales du Val-de-Marne, mentionnent que Maria Lucchi est classée comme « indigente. »
Étienne Charles Joseph Lenugue naît le 6 février 1851 à Paris. Il est le fils de Mélanie Madeleine Thovain et de son époux Julien Émile Lenugue, piqueur des Ponts et Chaussées (surveillant de chantier).
Il s’engage, pendant la guerre franco-prussienne de 1870, dans la légion du génie de la Garde nationale de Paris, au sein de la dixième compagnie. Selon un de ses collègues, et beau-frère, René Talbert, ses états de services militaires portent la mention suivante : « Départ volontaire pour faire sauter un poste allemand installé sur la ligne de Paris-Mulhouse pendant la nuit du 20 octobre 1870 ». Il quitte l’armée en 1871 après la capitulation de Paris, sans doute avec le grade de sergent.
Comme son père, Étienne Lenugue devient piqueur des Ponts et chaussées dans l’administration municipale à Paris. Il est embauché probablement début 1874. Il souscrit, avec de nombreux membres de son service, en solidarité avec les victimes inondations en juillet 1875.
En juin 1874, Étienne Lenugue épouse à Paris (9e arr.) Célestine Élise Boin, femme de chambre originaire de Saint-Aignan-le-Jaillard (Loiret). La famille vit d’abord boulevard Rochechouart (9e arr.) puis rue de Lancry 10e arr.) où elle est installée en 1885.
En 1895, Étienne Lenugue adhère à la Société des Vétérans des armées de terre et de mer, organisme fondé en janvier 1893, qui a deux objectifs : verser des pensions de retraites à ses cotisants, après 25 années de versement (donc en principe à partir de 1918 pour les premiers participants) et assurer « le souvenir des souffrances endurées en 1870 71 » pendant la guerre contre l’Allemagne. En janvier 1896, Étienne Lenugue est élu membre du conseil général, instance d’administration de la société ; l’assemblée lui vote également des félicitations pour sa contribution à la préparation de la réunion.
Il est nommé délégué pour la formation de la section de Vétérans dans le 10e arrondissement de Paris, et en est élu président en novembre 1897. L’association compte 33 500 adhérents au moment de son assemblée générale de janvier 1898, quand Lenugue est réélu.
Particulièrement actif dans ses deux fonctions, on trouve dans les 403 exemplaires du journal parus de son vivant ou peu après sa mort au moins 1 078 mentions d’Étienne Lenugue. Le panégyrique prononcé après son décès par Joseph Sansbœuf (1848-1938), architecte d’origine alsacienne, président depuis 1903, mentionne : « Fort régulier aux séances du Conseil Général et de ses Commissions, il ne l'était pas moins à celles de nos Congrès annuels. Partisan convaincu de l'utilité des cérémonies patriotiques, il ne manquait aucune occasion de s'y rendre, le plus souvent accompagné d'une nombreuse délégation de sa Section. Souvent il y prenait la parole, soit au nom de ses Camarades, soit comme délégué du Conseil Général. C'est en ces moments que Lenugue donnait la mesure de son patriotisme éprouvé. »
Parallèlement à son engagement pour les Vétérans, Étienne Lenugue était un des administrateurs du Comité du 10e arrondissement de Paris de la Croix-Rouge Française depuis sa fondation en 1910. Il avait également rejoint le Touring-club de France en mars 1896. La famille acquière une résidence secondaire à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) qu’elle occupe sans doute principalement l’été. Le mariage de la fille du couple, Charlotte, est prononcé dans cette commune en juin 1909.
Devenu piqueur principal en janvier 1896, Étienne Lenugue prend sa retraite en mars 1911 avec le grade d’adjoint technique de classe exceptionnelle. Il s’installe alors, avec son épouse, définitivement à Joinville. Leur maison est située rue du 42e-de-Ligne, du nom d’un régiment de volontaires parisiens constitué par Charles Floquet pour défendre la capitale pendant le siège allemand de 1870. Elle se situe dans le quartier de Palissy, qui fut (avec le quartier voisin de Polangis) un des sites de la bataille de Champigny, en décembre 1870.
Après avoir déménagé à Joinville, Étienne Lenugue quitte la direction de la section des Vétérans du 10e arrondissement de Paris, dont il est nommé président d’honneur. Il continue de siéger au conseil général de la société, où il est réélu en mai 1914 par 59 051 voix sur 61 952 votants.
Étienne Lenugue meurt le 6 juin 1914 dans son domicile de Joinville-le-Pont. Il était âgé de 63 ans, père de trois enfants et malade depuis quelques mois. Son fils aîné, Julien, fut également piqueur des Ponts et chaussées à Paris mais mourut à 23 ans de maladie pulmonaire ; son deuxième garçon décéda à l’âge d’un an.
Le journal de la Société des Vétérans consacre deux pages entières de son numéro du 20 juin à sa nécrologie, agrémentée d’une photo, ce qui est rare dans cette publication austère. Dans ce texte, il est présenté comme « l'un des meilleurs serviteurs de la cause sacrée ». La société lui avait décerné un titre de « délégué honoraire avec médaille d'honneur. »
Titulaire de la médaille de 1870, Étienne Lenugue était décoré de la médaille de bronze de la mutualité depuis avril 1903, puis d’une médaille d’argent en juillet 1908. Toujours au titre de son activité associative, il avait reçu les Palmes académiques comme officier d'académie en janvier 1902 et officier de l’instruction publique en juillet 1908. Dans le domaine professionnel, il avait été fait chevalier du Mérite agricole en avril 1905 pour plus de 30 ans de services notamment comme magasinier comptable du camp retranché de Paris ; il a été promu officier en avril 1913. Il était également attributaire de la médaille du sauvetage et de celle du travail.
Portrait d’Étienne Lenugue, journal Le Vétéran, 20/06/1914
Albin Hippolyte Rousselet naît le 19 août 1857 à Orléans. Il est le fils de Faustine Scolastique Marceau et de son marié, Hippolyte Antoine Rousselet, tailleur d’habits.
Il entreprend des études de médecine à Paris et est, de ce fait, ajourné pour son service militaire. Du fait d’importants problèmes de vue, il est définitivement réformé en octobre 1880.
Au cours de cette décennie, il publie des articles scientifiques, fréquemment en collaboration avec Marie-Rose Astié de Valsayre, musicienne, publiciste et officière de santé, femme puis veuve en 1881 du docteur Astié, qui travaillait notamment pour la préfecture de police. Ils sont tous les deux pris à partie, en 1884, par un journaliste du quotidien Le Cri du peuple, qui critique notamment les positions féministes de cette dernière. À partir de 1886 et jusqu’en 1893, il sera son compagnon, la presse faisant état de leur mariage puis de leur divorce, qui furent tous deux purement symboliques et non légaux. Au début des années 1890, ils vécurent une partie du temps à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où sa compagne avait acquis un pavillon, rue de la Liberté.
En 1888, Albin Rousselet publie des Notes sur l'ancien Hôtel-Dieu de Paris, dans lesquelles il relate « la lutte des administrateurs laïques contre le pouvoir spirituel » et dénonce les « abus et désordres commis par les religieuses et les chapelains de 1505 à 1789 ». Ses propos seront prisés dans les milieux anticléricaux, et il fera une conférence en novembre 1895 sur ce thème devant le groupe Étienne-Dolet, cercle de la Libre-Pensée du cinquième arrondissement de Paris.
Il poursuit ses travaux au sein de la Policlinique de Paris en rédigeant, avec le docteur Bourneville, un Manuel de l’Assistance publique à Paris en 1889. Il plaide, en 1891, pour une révision de la législation relative aux aliénés. Pour mieux informer sur les questions d’assistance et d’hygiène, des institutions charitables et de prévoyance, il participe au sein de la Policlinique à la création d’un journal médical mensuel, baptisé L’Assistance. Il en deviendra le rédacteur-en-chef.
Après plusieurs articles en 1892 et une brochure sur les secours publics en cas d'accidents, il convainc de la nécessité d’une organisation d’un point de vue médical, et plus seulement dans les postes de police. Il est un des fondateurs de la Société des secouristes français, dont il sera le vice-président jusqu’à la fin de sa vie.
En 1890, Albin Rousselet avait été à l’initiative de la création de la première école d’ambulancières et d’ambulanciers. Il participe, en 1893, à l’organisation des écoles d’infirmiers et d'infirmières de Paris.
Albin Hippolyte Rousselet meurt le 20 décembre 1909 à Orléans. Il était âgé de 52 ans et décoré des Palmes académiques comme officier d'académie en 1892 puis comme officier de l’instruction publique en février 1896.
Il était l’auteur de six ouvrages sur l’histoire de l’Hôtel-Dieu de Paris (1888), la législation relative aux aliénés (1891), les asiles pour les femmes enceintes (1892), Théophraste Renaudot (1892), les secours publics en cas d'accidents (1892) et les ambulances urbaines (1894).
Victor Rogeaux naît le 22 juin 1862 à, Allennes-les-Marais (Nord), dans la Flandre française. Il est le fils de Marie Françoise Cabre, épicière et de son mari Auguste Rogeaux, cultivateur.
Victor est le plus jeune des huit enfants du couple. Comme au moins trois de ses six frères et son unique sœur, il est instituteur (deux autres garçons sont cultivateurs). Passé par l’école normale de Douai, il signe en 1882 un engagement de dix ans dans l’enseignement public, ce qui le dispense d’effectuer son service militaire.
Il épouse, en septembre 1890 à Lille Berthe Marie Delpierre, pl. du Théâtre, parents Lille. Contrat de mariage Me Desrousseaux, Lille. Témoins Charles Rogeaux, 45 ans, instituteur, Roubaix, frère, Émile Rogeaux, 37 ans, chef de bureau à la préfecture, frère, Félias Mazenghien, 54 ans, menuisier, Lille, oncle épouse, Gustave Vantieghem, 57 ans, tapissier, Lille, oncle épouse.
À l’issue de son contrat, il va à Paris où il est, à l’instar de son sixième frère, employé de préfecture en 1893, en tant que secrétaire suppléant dans les commissariats de police. Il est promu secrétaire, c’est-à-dire adjoint du commissaire, en juin 1894, affecté d’abord à Saint-Ouen (Seine, act. Seine-Saint-Denis), puis le mois suivant à Levallois (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il revient à Paris, affecté en avril 1896 au quartier de la Maison-Blanche (13e arr.).
Promu en septembre 1898 inspecteur principal des gardiens de la paix, il poursuit sa carrière en tant officier de paix dans le 20e arrondissement en avril 1899.
Le premier poste de commissaire de police des communes de la Seine de Victor Rogeaux est, en septembre la même année celui de Clichy-la-Garenne (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il doit y organiser en avril 1901 ce que Le Petit Journal appelle « Une chasse aux ours ». Deux plantigrades blancs s’étaient échappés de cages mal fermées, stationnés sur l'île Robinson, sur la Seine, dépendant de la commune de Clichy, et semblaient se diriger vers le fleuve. Le commissaire et ses six agents ne réussissaient pas à les en empêcher et les tirs qu’ils faisaient pour les effrayer semblaient les pousser à faire face. Alors que Rogeaux se décidait à les abattre, la propriétaire arriva et réussit à les ramener vers leurs enclos. Un agent fut, cependant, blessé, sans gravité, d’un coup de griffe.
Un escroc, qui se baptisait lui-même Le Messie est arrêté par Rogeaux en août 1901, après avoir escroqué de nombreuses victimes en prétendant être capable de pratiquer la magie noire.
Ce n’est pas un animal, mais un humain, qualifié de « fou furieux » par le quotidien La Politique coloniale, qui s’en prit, en juillet 1902, au commissaire Rogeaux. Il lui brisa deux doigts, armé d’un grand banc en bois et le frappa au bas-ventre. Il fallut six agents pour maîtriser le forcené.
Quittant le nord-ouest pour le sud-est du département, Rogeaux prend en janvier 1904 la suite de Napoléon Pacifique Orsatti en tant que commissaire de police à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Une trentaine de personnes étaient rattachées au commissariat, qui comprenait des communes plus importantes que la ville siège, comme Saint-Maur, Champigny, Nogent-sur-Marne, Le Perreux et Bry-sur-Marne.
Le mois suivant son arrivée, la grève des tramways est endeuillée par la mort d’un jeune garçon, écrasé par un non-gréviste, à La Varenne (Saint-Maur). Cinq cents personnes forment le convoi funéraire, parmi lesquelles se trouvent 360 grévistes en costume de travail, dont les membres du Comité syndical. Craignant des incidents, Rogeaux avait pris des mesures d'ordre très importantes. Mais la manifestation se déroula sans incident jusqu’au cimetière où Bounet, adjoint au maire de Saint-Maur et membre du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire prononça quelques paroles.
Devant de nouveau s’occuper d’animaux, M. Rogeaux récupéra en novembre 1904 un troupeau de mouton errant dans Joinville tandis que le berger, ivre, ne s’intéressait qu’à une pendule qu’il venait de dérober à un restaurateur.
La principale usine métallurgique de la région constatait la disparition de grandes quantités de matières premières. Deux inspecteurs de la Sûreté se firent embaucher pour quinze jours, déguisés en ouvriers et purent indiquer les voleurs au commissaire Rogeaux, qui arrêta huit personnes.
Promu au titre de commissaire de police de la Ville de Paris, Rogeaux prend en décembre la responsabilité du quartier des Enfants-Rouges (10e arr.). Il est remplacé à Joinville par Louis Defert.
Le commissaire est associé à une opération qui vise le syndicaliste Émile Pouget et son journal la Voix du Peuple en février 1906. Rogeaux se charge de visiter l’ancien siège de l'Association internationale antimilitariste, dont le militant anarchiste était proche.
Atteint d’une maladie de foie, Rogeaux quitte son service en juin 1907 et va suivre un traitement dans une propriété qu’il a à Madeleine-lez-Lille (Nord). Il y meurt le 27 août 1907, à l’âge de 45 ans. Le quotidien Le Journal vante « ses hautes qualités d’intégrité et de cordiale bienveillance. »
Le gourou-escroc de Clichy, arrêté par le commissaire Rogeaux
Napoléon Pacifique Orsatti naît le 25 septembre 1858 à Quenza (Corse, act. Corse-du-Sud). Il est le fils de Marie Rosine Balési et de son mari Augustin Orsatti, propriétaire. Les deux familles comptent parmi les notables du village, le père étant à sa naissance adjoint au maire. Napoléon Pacifique est le dernier des neuf enfants de la famille.
Un de ses frères étant mort en service, il est dispensé de service militaire. À l’exemple d’un autre membre de la fratrie, son aîné de six ans, Joseph Mathieu Orsatti (1852-1918), qui sera commissaire divisionnaire et chevalier de la Légion d’honneur, Napoléon Pacifique Orsatti vient vivre à Paris et est embauché à la préfecture de police comme inspecteur, gardien de la paix, en 1883.
Il devient secrétaire suppléant des commissariats de police en septembre 1890 puis, en mai 1892, secrétaire, fonction qui fait de lui l’adjoint du commissaire de police, à Gentilly (Seine, act. Val-de-Marne). Il est transféré en août 1893, dans la même fonction, au quartier du Faubourg du Roule à Paris (8e arr.). Il est promu en octobre 1897 inspecteur principal des gardiens de la paix.
Nommé commissaire de police des communes de la Seine, il obtient en octobre 1898 son premier poste à Saint-Ouen (Seine, act. Seine-Saint-Denis). Il prend ensuite en septembre 1901 la responsabilité du poste de Joinville-le-Pont où il succède à Maximilien Parnet. L’effectif du commissariat est d’une trentaine d’agents. Sa circonscription comprend des villes plus importantes que celle du siège : Bry-sur-Marne, Champigny, Nogent-sur-Marne, Le Perreux et Saint-Maur-des-Fossés.
En septembre 1902, il procède à ce que le Journal des débats qualifie comme une « épuration », procédant suite à « une battue » à l'arrestation de « vingt vagabonds et gens sans aveu. »
Le Petit Journal assure, en février 1902, qu’il résout un conflit agricole « avec une sagesse à rendre jaloux Salomon lui-même ». Une femme a fait paître, sans autorisation, son veau sur le champ d’un propriétaire de Champigny. Pour la faire partir, il frappe la dame avec un gourdin et la blesse ainsi à la tête, puis abat la bête avec le même instrument. Le mari arrivé aux cris de son épouse, atteint l’agresseur de son épouse dans les fesses avec une fourche. Une quarantaine de personnes, témoins et victimes, vociférantes, se présentent au commissariat. Pour son herbe, le propriétaire réclame 20 francs et demande que le mari soit poursuivi pour coups et blessures. Pour son veau, la femme veut 200 francs et exige que l’homme soit poursuivi pour l'avoir frappé. Orsatti les convainc tous qu’ils n'ont « aucun intérêt à se poursuivre mutuellement » et les renvoie devant le juge de paix du canton pour fixer le prix du dommage supporté par l'un et par l'autre.
Les obsèques, en mai 1902, de Laurent Graillat, conseiller municipal, de Saint-Maur-des-Fossés, juge prud’homme, syndicaliste et militant du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, provoquent l’inquiétude de la préfecture de de police. Orsatti a l’ordre de déployer un important service d’ordre. Il se rend à la maison mortuaire pour interdire le déploiement du drapeau rouge apporté par les militants, ce qui provoquera une légère bagarre. La cérémonie se déroulement cependant sans incidents supplémentaires, avec un cortège de 700 personnes, encadré par une soixantaine de policiers et des gendarmes.
En août 1902, Napoléon Pacifique Orsatti, qui vit dans rue du Pourtour-des-Écoles, épouse Anne Marie Léontine Colin, résidente dans la commune voisine de Saint-Maurice,
Suite au refus d'autorisation de leur établissement d'enseignement privé de Joinville, le commissaire Orsatti va porter en avril 1903 à la communauté catholique des frères de Saint-Gabriel une notification de devoir se disperser d’ici à début août.
Promu commissaire de police de la Ville de Paris, Orsatti laisse le commissariat de Joinville à Victor Rogeaux et prend en janvier 1904 la responsabilité du quartier du Pont-de-Flandre (19e arr.).
Le 5 avril 1904, Napoléon Pacifique Orsatti meurt à son domicile du 126, rue de Flandre. Il s’est suicidé, ce qui provoque un émoi attesté par des dizaines d’articles de la presse parisienne mais aussi de province. Le Journal des débats mentionne « une crise de neurasthénie ». L’Intransigeant raconte qu’il s’est tiré un coup de revolver dans la tête, assis dans un fauteuil de la chambre à coucher ; découvrant le cadavre, son épouse se serait saisie de l’arme et aurait voulu en faire usage contre elle, mais fut retenue par le concierge ; selon le quotidien, il laissait une lettre dans laquelle il disait simplement qu’il se tuait pour échapper aux soucis de la vie. Pour Le Radical, qui le décrit comme un « magistrat correct et courtois », ; selon ses intimes, « il refusait obstinément de se soigner » et leur aurait dit : « Je ne suis pas guérissable ; lorsque cela n'ira plus, je me ferai sauter la cervelle ! »
Après une cérémonie en l’église Saint-Jacques-Saint-Christophe de La Villette (19e arr.), il est inhumé au cimetière parisien de Pantin (Seine, act. Seine-Saint-Denis) en présence du préfet de police Louis Lépine. Le président du Conseil (premier ministre), Émile Combes, salua sa mémoire.
La dernière partie du mandat de maire de Claude Pierre Jacmart l’amène à présenter une requête au roi Louis-Philippe, qui vient d’accéder au trône le 9 août 1830, en faveur d’un changement de nom de la commune. En effet, depuis la formation de la commune en 1790, elle avait conservé l’appellation de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, peut commode et qui entraînait une confusion, tout en continuant d’encourager les demandes de sa voisine, Saint-Maur-des-Fossés, en faveur d’une réunification. Les notables du village imaginent proposer le nom de « Joinville », qui est celui de François, prince de Joinville, fils du nouveau monarque. L’historien Georges Poisson, tout en admettant que le nom porté par le village était « bizarre » estime que celui demandé était une « pure flagornerie. »
Un arrêté préfectoral, daté du 1er septembre 1830, nomme Laurent Nicolas Pinson maire de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur. Cependant, il ne sera installé que le 27 septembre, en remplacement de Claude Pierre Jacmart. C’est donc ce dernier qui, toujours en fonctions, conduit le 13 septembre 1830 la députation de la commune et de la garde nationale du Pont-de-Saint-Maur à une audience chez le souverain. Au nom des délégués, Jacmart dit : « Les habitants du Pont de Saint-Maur sont heureux de présenter au Roi l'expression de leur dévouement. Cet accès si facile près du trône resserre encore les liens qui unissent la nation à son chef. Les habitants feront, selon les formes, la demande que leur commune porte désormais le nom de son altesse royale le prince de Joinville, et ils osent espérer qu’elle sera favorablement accueillie ». Le roi répond : « J’examinerai cette demande. Je reçois votre adresse avec beaucoup de plaisir. J’en ai toujours beaucoup à recevoir les députations qui m’apportent l’expression de sentiments si agréables pour moi. Maintenir les institutions et assurer à tous les citoyens le libre exercice de leurs droits, sera le but constant de mes efforts. Je compte sur le concours de la garde nationale ». Jacmart est invité à dîner avec le Roi. Le changement de nom sera effectif le 16 août 1831, la commune devenant alors Joinville-le-Pont.
Un de ses derniers actes, en tant que maire, avait été sans doute la souscription « Pour les blessés, veuves et orphelins » des journées révolutionnaires de juillet 1830, qu’il apporte au quotidien Le Constitutionnel en novembre 1830.
En septembre 1827, trois des frères Jacmart avaient dissous la société de commerce de bois qu’ils avaient créées. Claude-Pierre Jacmart poursuit, en son nom propre, le négoce qu’ils faisaient ensemble. Il conserve sa maison et son activité à La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur mais dispose également d’une adresse à Paris (3e arr.), rue de Saintonge.
À partir de 1830, Claude-Pierre Jacmart s’investit dans des activités consulaires, étant à plusieurs reprises, jusqu’en 1839, désigné comme syndic dans des procédures de faillite. En 1836, toujours recensé avec son épouse à Joinville, rue de Paris, il change d’adresse à Paris, passant rue Meslay (3e arr.). Il quittera ensuite ces deux propriétés pour la rue Saint-Anastase à Paris (3e arr.) et la chaussée de l’Étang à Saint-Mandé (Seine, act. Val-de-Marne), où il meurt le 14 août 1862. Il était âgé de 80 ans et père de trois enfants.
Fin
Décret de changement de nom de Joinville-le-Pont en 1831 (Jacmart n’en est pas signataire)
Adrienne Louise Léonide Jadin naît le 27 janvier 1816 à Paris (10e arr.). Elle est la fille d’Annette de Molière et de son mari, Adolphe Jadin.
Fils du professeur de chant Georges Jadin, son père est né à Paris en 1794. Il fait une carrière militaire, en tant que capitaine dans l’infanterie, mais mène également, comme bon nombre de membres de sa famille, une activité artistique. Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre et de livrets pour des opéras-comiques mis en musique par son père. Il compose également de la musique et publie des articles et poèmes, notamment dans la presse pour enfants ou pour femmes.
En 1830, Adolphe Jadin est membre du conservatoire royal et publie, dans un recueil de Charles Lafillé, Le souvenir des ménestrels, une romance dédiée à Léonide intitulée Plus de bonheur. Au sein du même ouvrage, on trouve une chanson de cette dernière, Le souvenir suppliant, adressée à sa sœur Césarine, avec des paroles de son père. Plusieurs autres œuvres sont attribuées à Léonide, comme La Jouvencelle, ou le Chant chevaleresque. Elle épouse en juillet 1835 à Paris (9e arr.) un avocat, André François Borel d’Hauterive, historien et fondateur de la Revue historique de la noblesse de France.
Léonide Jadin avait été élevée au couvent royal de Versailles. Après des études à Paris, elle enseigna la musique.
Sa sœur cadette, Charlotte Louise, a épousé en août 1848 un employé de la préfecture de police de Paris et orateur régulier de la Société républicaine centrale, présidée par le dirigeant socialiste Louis-Auguste Blanqui, appelé Marie Alexandre Lucien Routier de Bullemont. C’est sans doute par l’intermédiaire de ce dernier qu’elle rencontre Joseph Timoléon Routier de Bullemont, lui aussi républicain engagé, arrêté après l’insurrection de juin 1848.
Il s’oppose au coup d'État du 2 décembre 1851, organisé par Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, pour se maintenir au pouvoir. Après avoir participé à une assemblée républicaine, rue d’Assas, il est incarcéré à la prison de Mazas, dans la capitale. La résistance, menée par les républicains et soutenue notamment par Victor Schœlcher et Victor Hugo, est un échec. Son frère Lucien lui rend visite dans sa cellule ; il lui conseille de choisir de s’exiler en Amérique pour sortir de prison. Libéré en janvier 1852 sur cette promesse, il obtient du futur empereur Napoléon III l’autorisation de passer neuf mois en Belgique auprès de sa famille avant de traverser l’Atlantique, suite à l’intercession en sa faveur de Léonide Jadin, à deux reprises, auprès du président de la République. Elle semble en effetbien introduite à l’Élysée.
Joseph Timoléon Routier de Bullemont épouse Claire Augustine Suleau en août 1852, à Paris (9e arr.). Mais c’était avec Léonide qu’il quitte la France le 8 novembre. Les deux exilés arrivent à San Francisco, le 31 mai 1853, en provenance du Havre et après avoir contourné le Cap Horn. Selon son témoignage, un juge ou un officiel, dont elle ne se rappelle plus la fonction exacte en 1898, les aurait alors mariés juste après leur arrivée. À ce moment-là, ils ont tous les deux des époux en France. La femme légitimede Joseph Timoléon meurt à Paris moins d’un mois plus tard, le 22 juin.
Par républicanisme, assurera-t-il, le fils d’aristocrate adoptera le nom de Joseph Routier pendant tout son séjour en Amérique. Au contraire de son nouveau compagnon, Léonide assure avoir conservé les sentiments royalistes et légitimistes de sa famille.
Immédiatement après leur débarquement, ils s’installent près de Sacramento, capitale de l’État de Californie, où Joseph Routier doit devenir intendant d’une vaste propriété appartenant au capitaine Joseph Folsom, pour y planter et entretenir une vigne et un verger. Les premières plantations ne peuvent être faites, les semences transportées par bateau ayant pourri. Folsom meurt quelques mois plus tard. Joseph Routier reste cependant sur place, reprenant la gestion et, plus tard la propriété du domaine.
Une cérémonie religieuse à Sacramento, en novembre 1863, officialise l’union de Joseph, devenu veuf, avec Léonide, bien qu’elle soit toujours légalement mariée en France. C’est en juillet 1876 qu’André Borel d’Hauterive fait constater, à Paris, la séparation de corps d’avec son épouse. Le divorce, aboli en France par la loi du 8 mai 1816, puis rétabli par une loi du 27 juillet 1884, fait l’objet d’un jugement par le tribunal civil de la Seine en juillet 1888 ; Léonide avait donc vécu, pendant 35 ans, dans une situation de polyandrie.
La famille Routier devient riche, avec la production de vin et de fruits, notamment des prunes et des abricots. Le domaine est souvent cité en exemple dans les publications agricoles. La construction d’une ligne ferroviaire amène une desserte par train, et la gare prend le nom de station Routier, tout comme la poste qui lui est attenante puis le petit village qui se forme. Joseph Routier figure parmi les personnalités éminentes de la communauté française, et Léonide ; elle-même recueille en septembre 1884, notamment parmi les émigrés, une souscription pour les victimes du choléra en France, dont le premier donateur est le gouverneur G. Stoleman.
Joseph Routier s’engage aussi dans la vie politique locale, devenant sénateur de l’État californien au cours des années 1880 avec l’étiquette de Républicain ; après la fin de son mandat, il rejoindra le parti Démocrate.
Au milieu des années 1890, les affaires des Routier périclitent : des sécheresse, et la montée de mouvements antialcooliques les obligent à mettre en vente une partie de leur propriété. À la mort de son mari, survenue en février 1898 à Sacramento après un accident, Léonide, qui ne parle pas l’anglais, assure être sans ressources. Avec l’aide d’amis de son époux, elle peut cependant s’installer dans une demeure plus petite, où elle décède quatre mois plus tard, le 25 juin 1898 à Sacramento.
Elle avait donné naissance à deux enfants pendant son union avec André Borel d’Hauterive : Charles Édouard Edmond (1838-1840) et Jeanne (décédée en 1870). Elle eut ensuite trois enfants de son mariage avec Joseph Routier de Bullemont, dont un seul survécut jusqu’à l’âge adulte, George Louis (1859-1888).