Adolphe Eugène Meslin naît le 31 décembre 1876 à Paris (11e arr.). Il est le fils de deux ouvriers cartonniers, Élisa Joséphine Jeanne Petitpas et son époux Paul Louis Alfred Meslin.
Devenu artisan doreur sur cuir et résidant 5, rue de Montmorency à Paris (3e arr.), Adolphe Eugène Meslin épouse en février 1904 dans ce même arrondissement Marie Germaine Granger. Ils auront au moins deux filles.
La famille est installée à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en 1925. Meslin intervient en août lors de l’assemblée générale de la caisse des écoles pour critiquer le caractère onéreux d’un voyage à Versailles. En octobre, il est élu trésorier de la section socialiste SFIO, qui a probablement été reconstituée en 1924, après le passage de la totalité de ses membres en 1920 au parti communiste. Le secrétaire est Georges Roger, futur adjoint au maire ; Claude Noizat, délégué aux Fédérations, complète le bureau.
Peut-être Meslin figure-t-il sur la liste de cartel des gauches constituée avec les radicaux-socialistes et des socialistes indépendants pour les élections municipales de mai 1925. La liste recueille une moyenne de 648 voix, soit 28,4% des 2275 suffrages exprimés pour 2310 votants sur 2761 inscrits. La liste du cartel devance celle des communistes (480 voix, 21,1%) et arrive derrière l’Union républicaine (1080 voix, 47,5%). Au second tour, après le retrait des communistes, l’Union républicaine d’Henri Vel-Durand remporte les 27 sièges à pourvoir.
Adolphe Eugène Meslin meurt le 2 décembre 1938 à Joinville. Il était âgé de 61 ans et résidait avenue du Bac, dans le quartier de Polangis.
Eugène Pierre Farges naît le 1er août 1888 à Paris (15e arr.). Il est le fils de Rosalie Fabre et de son époux, André Farges, marchands de vins, rue de Vaugirard.
En février 1913, Pierre Farges épouse Geneviève Vilnat à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ses deux frères André et Maurice étaient déjà installés dans le quartier de Polangis, avenue Pauline.
Lors des élections municipales de novembre 1919 à Joinville, Pierre Farges, qui n’était pas candidat au premier tour, figure au second tour sur la liste socialiste SFIO conduite par Georges Laruelle. Il obtient 497 suffrages pour 1518 exprimés (32,7%). Il y avait 2491 inscrits et 1537 votants. La liste socialiste n’a pas d’élu, la liste dirigée par Henri Vel-Durand, comprenant des radicaux dissidents, des radicaux-socialistes et de socialistes indépendants, emporte tous les sièges.
En 1936, Pierre Farges, qui réside alors à Aubervilliers (Seine, act. Seine-Saint-Denis), est président de l’Union des anciens combattants et victimes de la guerre de la région parisienne. Il reçoit une mention honorable au titre de son activité mutualiste.
Pendant la deuxième guerre mondiale, Pierre Farges est un résistant engagé dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
Pierre Farges meurt le 19 février 1959 à Vierzon (Cher). Il était âgé de 70 ans.
Henri Ernest Désiré Ridoux naît le 24 novembre 1897 à Calais, Pas-de-Calais. Il est le fils de Marie Noyelle, ménagère, épouse d’Édouard Henry Ridoux, employé.
En septembre 1912 à Pantin, il se marie avec Fernande Émilie Lhirondelle.
Ridoux s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en 1927 et exerce la profession d’employé de banque.
En mai 1935, Henri Ridoux est candidat aux élections municipales de Joinville sur la liste des Gauches républicaines, conduite par le maire sortant Georges Briolay, et qui comprend des radicaux-socialistes et des socialistes indépendants. La liste revendique le bilan de la municipalité sortante, avec selon elle d’importants travaux d’amélioration et d’embellissement ; elle explique la hausse des impôts locaux par l’aggravation des charges imposées à la commune (contingent, chômage, moins-values sur les recettes). La liste propose un programme axé sur l’assainissement et les travaux de viabilité, souhaitant faire pression auprès des pouvoirs publics pour la réalisation des grands travaux d’outillage national (élargissement du pont de Joinville, suppression du passage à niveau) afin de réduire le chômage.
Au premier tour, le 5 mai 1935, la liste de centre-gauche arrive en seconde position derrière la liste de droite de l’Union des républicains du futur maire Léon Lesestre qui obtient 32,6% des 2856 suffrages exprimés pour 2923 votants sur 3433 inscrits. La liste du Groupement des gauches républicaines recueille une moyenne de 765 voix, soit 26,8%. Elle devance la liste communiste du futur maire de Joinville, Robert Deloche (23,5%) et celle des socialistes (12,3%), qui s’uniront au second tour. Ridoux avait obtenu 749 votes.
Le second tour le 12 mai 1935 voit une sérieuse baisse des suffrages de la liste maintenue, face aux deux concurrentes, la droite obtenant 1160 des 2826 suffrages exprimés, soit 41% et 25 sièges, tandis que la gauche unie la talonne avec 1100 votes, soit 39%, et 2 élus. La liste des sortants se contente de 566 voix en moyenne, soit 20%, et n’a pas de conseiller municipal. Ridoux a 540 votes. Cet échec des radicaux, qui intègreront le Front populaire l’année suivante, marque la fin d’une période où le parti dominait la vie politique locale.
Henri Ridoux résidait avenue du Bac, dans le quartier de Polangis.
Il émigre, avec son épouse et son fils Serge aux États-Unis, où il meurt en 1942, âgé de 44 ans ; il est enterré au cimetière Saint-Marys-of-the-Lake à Lakewood, New Jersey.
Raymond Vialatelle naît le 27 décembre 1912 à Paris (4e arr.) en même temps que sa sœur jumelle Raymonde. Ils sont les enfants de Marie Mélanie Marcaud et de son époux Philippe Vialatelle, marchands de vins d’origine auvergnate.
La famille va connaître un sort peu enviable. Philippe Vialatelle, le père est blessé deux fois pendant la première guerre mondiale. Il rachète en avril 1924 l’ancienne salle Masson, hôtel, café, restaurant, tabac situé 28, avenue Pauline, dans le quartier de Polangis à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il meurt cependant en 1930, à 46 ans. Son épouse, Marie Vialatelle poursuit l’exploitation avec ses deux enfants survivants, car elle avait perdu une fille en jeune âge. Mais la jumelle Raymonde meurt en février 1934.
Le fiancé de cette dernière, Georges Meunier, un voisin, décide de se suicider en entraînant avec lui dans la mort la mère de Raymonde, qu’il suppose désespérée. Il la blesse mortellement à coup de revolver en juillet 1934 et est lui-même très gravement atteint.
Seul survivant, Raymond Vialatelle poursuit l’exploitation de l’établissement qui devient, de février 1935 à octobre 1938, le lieu d’accueil de très nombreuses manifestations politiques ou sociales, notamment communistes.
La salle Vialatelle héberge notamment des réunions des Amis de l'Urss, du Secours rouge international, de l’Union des comités de chômeurs de la région parisienne. La Cgt y tient la permanence de sa section métallurgique et lors d’un grand meeting contre le lock-out des personnels des usines Pathé-cinéma, en août 1937, le quotidien L’Humanité voit « plus d'un millier d'auditeurs » restés dans la rue faute de place à l’intérieur. Le Pcf y tient des réunions de cellules ou des comités de diffusion de L’Humanité et les organisations membres du Front populaire s’y retrouvent.
Sans parler des permanences régulières, la presse socialiste et communiste mentionne une vingtaine d’évènements dans la salle Vialatelle en quatre ans.
Raymond Vialatelle s’était marié en décembre 1934 à Joinville avec Marie Louise Françoise Louis.
Mobilisé pendant la deuxième guerre mondiale, comme canonnier au 118e régiment d'artillerie, il est grièvement atteint par des éclats de bombe le 15 juin 1940, alors qu'il creusait une tranchée à Vaux-les-Palameix (Meuse). Il est amputé du bras gauche et perd l’usage de l'œil gauche. En août 1941, il est décoré de la médaille militaire.
Raymond Vialatelle meurt le 28 juin 1992 à Chevry-Cossigny (Seine-et-Marne). Il était âgé de 79 ans.
Étienne Clément Pégon naît le 19 avril 1893 à Paris (12e arr.). Il est le fils de Marie Louise Brun, couturière et de son époux, Clément Pégon, chaudronnier. Lui-même devient ouvrier chaudronnier sur cuivre.
Incorporé au service militaire en novembre 1913, il est engagé dans la campagne avec l’Allemagne dès le déclenchement de la guerre le 2 août 1914. Servant dans l’artillerie, il est blessé grièvement en mars 1915, puis intoxiqué la bataille de la Somme au deuxième semestre 1916 et grièvement atteint à nouveau le 8 juin 1917 par un éclat d’obus lors des combats du Chemin des Dames. Victime d’une fracture cervicale et à la colonne vertébrale, il est évacué à l’hôpital des Invalides à Paris. Libéré du service en juin 1919, il n sera plus en mesure de retravailler.
Installé à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) dès sa sortie de l’hôpital, il épouse Marie Delphine Bois, infirmière, en juin 1920 dans cette commune. Pégon réside d’abord dans le quartier de Palissy, avenue Gille, puis dans celui de Polangis, avenue Marie-Louise. Il rejoint la Société des mutilés, anciens combattants, réformés et veuves de guerre, dont la section de Joinville fut fondée en 1918 par Gabriel Bureau et qui avait son place de Verdun. Il en est le secrétaire jusqu’à sa mort.
Cité à l’ordre du régiment et à l’ordre de l'armée pendant la première guerre mondiale, Étienne Pégon est décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire en septembre 1917. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1921 puis officier en 1932.
Étienne Pégon décède le 11 mai 1941 à Joinville. il était âgé de 48 ans et n’avait pas d’enfant. La rue de son domicile est rebaptisée « avenue Étienne Pégon » après la deuxième guerre mondiale.
Moins de deux semaines après le scrutin municipal de mai 1912 à Joinville, Hainsselin est nommé juge de paix à Chambon (Creuse). Cependant, son prédécesseur refusant de rejoindre sa nouvelle affectation à Saint-Girons (Ariège), Hainsselin demande et obtient ce nouveau poste. Au moment de son départ en mars 1918, le journal local L’Express du Midi, saluera « la fermeté et la justice avec lesquelles il accomplit, toujours, ses délicates fonctions. »
À la fin de la première guerre mondiale, il bénéficie d’une promotion et est nommé à Saint-Omer (Pas-de-Calais), près de la zone occupée par l’Allemagne et de la ligne de front. En mars 1920, il est à Creil (Oise). Enfin, en octobre 1924, il est enfin affecté à une commune de la région parisienne, comme il le souhaitait, à Montreuil (Seine, act. Seine-Saint-Denis), où il s’installe avenue du président Wilson.
Eugène Hainsselin meurt le 6 avril 1933 à Montreuil, à l’âge de 67 ans. Il était titulaire de plusieurs médailles : officier d’académie en 1901 pour avoir pris part à l'exposition de la classe des machines-outils lors de l’Exposition universelle de Paris en 1900 ; officier de l’instruction publique en 1907 en tant que conseiller prud'homme ; Mérite agricole en 1913 pour avoir obtenu plusieurs récompenses dans les concours pour appareils agricoles ; enfin, chevalier de la Légion d’honneur en juin 1931.
Quatre enfants sont nés de son mariage avec Anne Archambaudière. L’aîné, Paul travaille dans l’industrie du cinéma et sera élu en 1929 puis en 1935 au conseil municipal de Joinville. Le second, Marcel, est employé au ministère des finances. Le troisième, Georges, est tué à l’ennemi le 17 mai 1915 à Steenstraete (Flandre occidentale, Belgique). Germaine, la cadette, vit à Montreuil quand ses parents viennent s’y installer.
En prévision de la fin de son mandat de conseiller prud’homme, Hainsselin, qui a abandonné son métier d’ouvrier scieur, entreprend des démarches pour se trouver une activité rémunérée. En 1904, il sollicite un emploi d'inspecteur du travail auprès du conseil général. En 1908, il espère devenir secrétaire du conseil de prud’hommes. Dans l’attente, et comme l’édition du journal L’Indépendant ne lui rapporte certainement presque rien, Hainsselin devient l’architecte de la société des Prévoyants de Polangis, coopérative de construction d’habitations à bon marché sur le boulevard de Polangis, sur un terrain acheté par Pathé-Cinéma.
L’objectif principal d’Hainsselin est cependant de devenir juge de paix, possibilité offerte aux personnes ayant présidé pendant trois ans un conseil de prud’hommes. L’attente d’un tel poste justifie la cessation de la publication de son journal L’Indépendant. Le commissaire de police de Joinville donne un avis favorable au ministre de la justice, Aristide Briand, sollicité par Hainsselin qui avait partagé au moins une estrade de meeting avec lui. En juillet 1909, il est nommé juge de paix à Pondichéry (Inde). Il s’y installe le 10 août et sa femme ainsi que ses quatre enfants le rejoignent en septembre. Les établissements français dans l'Inde comptent alors 283 000 habitants.
Le séjour colonial ne semble guère enchanter la famille. Les deux aînés rentrent en juillet 1910, les autres accompagnent Hainsselin qui rentre en mars 1911, après qu’il se soit vu accorder « un congé de convalescence de six mois à passer en France ». Rentré seul fin octobre, Hainsselin, se voit à nouveau octroyer en février 1912, un nouveau congé de convalescence de trois mois. Il n’y reviendra pas et est remplacé en juin 1912.
L’état de santé, pas plus que son statut judiciaire, ne dissuadent Hainsselin de prendre part à la campagne des élections municipales de mai 1912 à Joinville, où il est revenu s’installer avenue Pauline, dans le quartier de Polangis. Il rejoint la liste de radicaux dissidents conduite par Achille Ernest Mermet. Au second tour, cette liste fusionne avec celle des libéraux et des socialistes unifiés, pour s’opposer aux radicaux-socialistes qui, après le retrait du maire sortant Eugène Voisin, sont conduits par Georges Briolay. Hainsselin siègera sans doute très peu au conseil municipal, car il quitte la commune et sera considéré comme démissionnaire en 1915.
Les travaux d’extension de la gare Montparnasse avaient provoqué l’expropriation du logement loué par Hainsselin, 47, rue du Château à Paris (14e arr.) en juin 1899. Il s’installe alors à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où il renoue avec une action politique publique. En février 1906, il participe dans la commune voisine de Champigny à une réunion de soutien au candidat du parti socialiste SFIO pour l’élection législative, Pédron. Hainsselin, qui s’affiche comme conseiller prud'homme, est chargé de développer le programme du parti, créé l’année précédente.
Mais Hainsselin s’écarte rapidement de la SFIO, dirigée localement par Émile Lebègue, reprochant à ses membres « de banqueter à la table de M. Maujan », le député radical de la 2e circonscription de l’arrondissement Sceaux. Il constitue, fin 1907 avec Théophile Leteuil, un comité socialiste indépendant. Il obtient un certain succès, puisque qu’il réunit 400 participants le 21 novembre, suscitant l’étonnement devant l’attelage des « deux fondateurs, l’un radical, l’autre révolutionnaire » dans l’hebdomadaire Voix des communes. La présidence est confiée à un entrepreneur de mécanique, Félix Valbonnet.
Hainsselin provoque aussi la création d’un éphémère comité d’action sociale en mars 1908 tandis que Leteuil monte un « comité ouvrier », en réalité animé par les cadres de l’usine Pathé-Cinéma, principal employeur de la ville. Le responsable nationaliste Nectoux propose au comité d’action sociale 12 places sur les 23 de la liste qu’il voulait constituer pour les élections municipales de mai, ce qui provoque une crise au comité socialiste indépendant et une tension entre Hainsselin et Leteuil. Ils constituent finalement une liste socialiste évolutionniste, conduite par François Provin, serrurier, et comprenant notamment René Martin, Leteuil, Valbonnet et Hainsselin.
Dans le cadre de la campagne, Hainsselin s’illustre, selon ses adversaires radicaux : « Il possède la science infuse, il excelle dans tous les genres, c’est un artiste complet » Il est présenté comme « Un don Quichotte haineux avec pour rossinante un vélo ». Il a lancé en 1907 un journal, L’Indépendant, dont il est à la fois le rédacteur, le gérant et même le dessinateur sous le pseudonyme de Croque-Bille. Diffusé à environ 200 exemplaires, centré sur Joinville, le journal s’ouvre ensuite aux communes voisines de Saint-Maur, Nogent, Champigny et Créteil. Il cesse de paraître en mars 1909.
Avec 604 voix en moyenne (65%) au premier tour des élections municipales de mai 1908, les radicaux-socialistes obtiennent 6 élus au premier tour et 15 au second ; les évolutionnistes, qui n’ont que 17 candidats, recueillent 500 voix en moyenne (28%) et ont un élu au second tour, Provin ; les 5 socialistes SFIO candidats ont 252 voix en moyenne (5%). Un isolé est également élu. Hainsselin obtient 441 voix au premier tour et 432 au second ; il n’est pas élu.
Le comité socialiste évolutionniste présente un candidat lors de l’élection au conseil d’arrondissement pour le canton de Saint-Maur en juin 1908, René Martin, fabricant de spiritueux, qui est battu par Henri Vel-Durand, radical-socialiste. Hainsselin démissionne en juillet 1908 du comité évolutionniste, suite à l’entrée de l’ancien président du comité d’action sociale, Vernière, cadre de la maison Pathé, avec lequel il se réconcilie cependant quelques jours après. En octobre, sur le pont de Joinville, Hainsselin accuse Georges Briolay, adjoint au maire, de « vivre des fonds communaux » et reçoit une gifle de sa part. Début 1909, Hainsselin, de concert avec les socialistes SFIO, les évolutionnistes et les libéraux, utilise le mécontentement des riverains du chemin de Brétigny, qui dessert le port de Joinville, pour mener une opération de déstabilisation de la municipalité radicale-socialiste.
Les conseils de prud'hommes, instances discrètes jusqu’au début de la troisième République, étaient devenues en 1882 un enjeu électoral au sein du mouvement ouvrier. Le parti possibiliste de la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF) voulut les investir pour appliquer les principes socialistes sur la rémunération du travail manuel. Il a pour concurrent des blanquistes et la Fédération des chambres syndicales indépendantes. En décembre 1890, sur 69 prud'hommes ouvriers parisiens, il y avait 47 possibilistes, 21 socialistes indépendants et un blanquiste-boulangiste. Le développement du syndicalisme va changer la donne. En 1896, en tant que responsable syndical, Hainsselin fait campagne pour Tavernier, candidat dans la quatrième catégorie du bâtiment. En novembre 1899, il se porte lui-même candidat, en compagnie de Chariot, charpentier. Il est élu pour trois ans le 3 décembre par 425 voix sur 657 suffrages exprimés pour 1 241 inscrits.
Lorsqu’il se représente en 1902, Hainsselin est en butte à des accusations de Morice, ouvrier charpentier, qui obtient, le 8 novembre, le soutien des chambres syndicales des scieurs à la mécanique et des charpentiers. Mais, dans des réunions à Paris, au Pré-Saint-Gervais et à Saint-Denis (Seine, act. Seine-Saint-Denis), Hainsselin réussit à retourner les scieurs en sa faveur. Arrivé en tête au premier tour, avec 228 voix sur 541 votants pour 1 130 inscrits, Hainsselin devance Morice (209 voix) et Gardery (Solidarité des ouvriers charpentiers, 102 voix). Il l’emporte au second tour en décembre grâce à 255 votes sur 532 et est élu pour six ans. La chambre syndicale des charpentiers précise que, si elle combattait la candidature Hainsselin, « c'était l'homme qui était visé et non le syndicat. »
Les relations d'Hainsselin avec ses mandants se détériorent de nouveau. Le 10 juillet 1904, sur rapport d’une commission d'enquête au sujet de la Société coopérative des scieurs découpeurs du département de la Seine, l'assemblée générale décide « de radier de la chambre syndicale le nommé Hainsselin » et « lui retire la confiance de la corporation ». Devant ce qu’elle considère comme des « faits scandaleux », elle « le somme de donner sa démission de conseiller prud'homme. »
En décembre 1905, Hainsselin soutient victorieusement la candidature de son ancien concurrent Gardery face à celle de Chariot, soutenue officiellement pas les deux syndicats de charpentiers et de scieurs. Tirant avantage de son expérience, Hainsselin va régulièrement présider le conseil de prud’hommes en alternance avec la partie patronale. En mai 1907, un Comité de vigilance unique du bâtiment est constitué, pour dénoncer le « clan spécial » qui a participé à l'élection d'Hainsselin, comprenant, outre Gardery, cinq autres conseillers Riom, Tréfaut, Bazetoux, Dartois et Dubief ainsi que d’autres militants, Durr, Pichon, Mathieu, Guellob et Carrière.
En décembre 1908, se déclarant représentant, Hainsselin sollicite le renouvellement de son poste aux élections prud'homales, mais cette fois chez les employés de commerce et non plus dans le bâtiment. Avec 99 voix pour 345 votants et 663 inscrits, Hainsselin est cependant distancé, arrivant en 4e position pour deux sièges à pourvoir et se retire avant le second tour. Il se plaint d’une « campagne de mensonges et de calomnies », à cause de sa décoration (il est officier de l’instruction publique). Selon lui, « tout citoyen décoré est pour les sectaires du syndicalisme un traître et un vendu. »
Continuant son activité d’ouvrier scieur, Hainsselin est victime d'un accident de travail qui a nécessité l'amputation de trois doigts et a provoqué une incapacité de travail de neuf semaines. Il fait appel en mars 1898 à la solidarité des libres-penseurs, arguant qu’il doit subvenir à l'existence de ses trois enfants en bas âge. Il reçoit une aide prise sur la trésorerie de la Fédération et une souscription est lancée à son profit. Dans un article sur les accidents du travail après la loi française du 9 avril 1898, Paul Dramas (Le Mouvement socialiste, 1899/06/15) remarque que « les professions qui ont le plus de victimes ne sont pas celles où le développement mécanique est le plus grand. Il est certain qu'il y a moins de victimes chez les mécaniciens ou les tourneurs que chez les couvreurs ou les charretiers ». Cependant, il remarque qu’il y a une exception, celle des scieurs à la mécanique, dont il écrit, citant Hainsselin, que « 90% sont mutilés. »
Hainsselin, en tant que secrétaire général de la chambre syndicale des scieurs, découpeurs et mouluriers à la mécanique, intervient devant 1 500 ouvriers ébénistes, boulevard de Picpus, à Paris, en octobre 1898, pour soutenir leurs revendications et préconiser la grève générale de l’ameublement. En mai 1899, il est un des orateurs d’un meeting de protestation au Cirque-d’Hiver de Paris contre l'ajournement de la loi sur les accidents du travail, présidé par le député de la Guadeloupe, Hégésippe Légitimas. Parmi les intervenants, on note Marcel Sembat et Aristide Briand. En juin, il interrompt une réunion professionnelle pour emmener les participants à une manifestation pro-dreyfusarde à Longchamp (ouest de Paris) « Contre les Césarions de tout poil » et « Pour le triomphe de la République. »
Il est nommé en novembre 1899 membre de la commission mixte de patrons et d'ouvriers de sa profession, chargée de donner un avis sur le taux des salaires et durée normale de la journée de travail à Paris. C’est le début d’un long parcours dans les instances du paritarisme social français.
Quinze cents charpentiers travaillant sur les chantiers de l'Exposition universelle de Paris au Champ-de-Mars et à l’esplanade des Invalides se mettent en le 26 juin 1900. Hainsselin, qui vient d’être élu conseiller prudhomme, joue un rôle actif dans la négociation pour trouver une solution au conflit. Les ouvriers demandent que le caractère périlleux de leur travail soit reconnu et que le prix de l'heure de travail passe de 90 centimes à 1 franc. Les charpentiers jugent que leur rôle « est exceptionnellement dangereux. En effet, nous travaillons sur des pavillons qui dépassent l'élévation ordinaire des édifices; Le travail du bas n'est pas moins dangereux, car, l'exécution des pavillons étant en retard, on travaille à la fois au haut et au bas. À chaque instant, les ouvriers du rez-de-chaussée reçoivent des matériaux et des outils qui tombent de la partie supérieure ». Une sentence arbitrale rendue le 29 janvier donnant satisfaction aux revendications, la grève prend fin le même jour sur proposition de Chariot, secrétaire de la chambre syndicale des charpentiers, Baumann et Hainsselin. Les 1 200 charpentiers présents à l’assemblée générale votent la fin du conflit à l'unanimité.
Présenté en mars comme candidat au conseil supérieur du travail pour les industries du bois et bâtiment par sa chambre syndicale, Hainsselin est devancé lors du scrutin en mai par plusieurs candidats et se retire. Le 12 juin 1900, il est suspendu de ses fonctions de secrétaire de la chambre syndicale, décision confirmée par l’assemblée générale extraordinaire du 30 juin qui le remplace par Alexandre Pinson.