Arthur Désiré Bethfort naît le 16 août 1827 à Saint-Quentin (Aisne). Il est le fils de Marie Marguerite Adélaïde Carpentier et de Pierre Auguste Quentin Bethfort, tous deux ouvriers, le second résidant à Dallon, Aisne, qui se marient en octobre.
Il s’engage en 1847 dans l’armée et servira dans les sapeurs-pompiers de Paris, qui dépendent de l’infanterie. En 1862, il est sergent. Il épouse en novembre 1866 à Paris (19e arr.) Henriette Célinie Louise Auvray, bardeuse de souliers. Il réside à la caserne de la rue Culture-Sainte-Catherine de Paris (4e arr.). Ils s’installent ensuite, dans le même arrondissement, rue de Sévigné. Ils avaient déjà donné naissance en décembre 1863 à une fille et auront ensuite quatre garçons.
La famille s’installe, vers 1874, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où Bethfort est garde-champêtre et sert dans les sapeurs-pompiers, dont la brigade est rattachée au régiment de Paris. Bethfort indique dans un document de 1891 en être l’instructeur et l’un des fondateurs. Les sapeurs-pompiers de Joinville étaient déjà signalés, à ce moment dans le cadre de la garde nationale, en 1868. Toujours en 1874, Bethfort obtient une pension de retraite pour 27 ans de services militaires, dont 12 ans en tant que sergent. Il est encore actif parmi les pompiers de Joinville en 1883 et peut-être jusqu’en 1891.
Bethfort participe à plusieurs souscriptions publiques, en novembre 1871 pour la reconstruction du palais de la Légion d'honneur, incendié lors de la Commune de Paris puis en septembre 1875, en faveur des victimes des inondations de la Marne.
Décoré en novembre 1869 de la médaille militaire, Bethfort obtient une médaille d'argent de sauvetage en mai 1880. Il est récompensé pour avoir, en janvier 1880 avec quatre autres pompiers de Joinville, « bravé tous les dangers de la débâcle des glaces de la Marne, pour porter secours aux personnes surprises par la crue subite des eaux. »
Son rêve est cependant de devenir titulaire de la Légion d'honneur. Il entreprend des démarches en ce sens. Une commission de la chambre des députés, saisie de sa requête, estime, en décembre 1883, qu’elle « aurait dû être adressée au Ministre compétent par la voie hiérarchique ». Le sénat fait de même, en mai 1884, estimant être « dans l'impossibilité de vérifier les assertions de cet ancien militaire. »
Arthur Désiré Bethfort meurt le 5 mars 1891 à Joinville, âgé de 63 ans, sans avoir obtenu le ruban qu’il convoitait. Par contre, deux de ses fils (Eugène et Henri), militaires de carrière, en seront décorés.
Adolphe Eugène Jules Leblanc naît le 28 octobre 1863 à Paris. Il est le fils de Félicie Honorine Lecestre et de son époux, Ernest Désiré Gustave Leblanc.
En janvier 1887, probablement aux Lilas (Seine, act. Seine-Saint-Denis), il épouse Louise Zéphirine Célina Huché. Ils vivent en 1891 à Paris (19e arr.), rue de Meaux. Adolphe Leblanc est caissier-comptable à la société française de fabrication de bébés et jouets. Ils eurent une fille.
À la fin du 19e siècle, ils s’installent dans le quartier en cours de développement de Polangis, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où ils vivent avenue du Parc.
En octobre 1909, Leblanc fait partie d’un groupe de résidents du même quartier qui constituent une société de secours mutuels, l’Assurance fraternelle de Joinville-Nogent. Chéri Arnaud (1875-1931), sellier, négociant puis industriel, conseiller municipal de Joinville-le-Pont (1908-1929), en est le président et Leblanc le vice-président. Le bureau complété par le trésorier Ambroise Denis (1870-1950), qui exploite un café avenue Pauline, et le secrétaire Eugène Constant Broudin (né en 1873), gardien de la paix.
Le but de l’association est de fournir un capital à la famille en cas de décès. En 1936, la société compte 300 membres et est affiliée à l’Union mutuelle nationale pour l’assurance.
Avant 1924, Leblanc devient président de l’Assurance fraternelle. Il cesse cette fonction en 1928 et est alors remplacé par Paul Louis Alfred Jouve.
Décoré de la médaille du travail en août 1924, Leblanc obtient également des récompenses au titre de son action dans la mutualité : médaille de bronze en décembre 1924 puis médaille d’argent en mars 1926.
Adolphe Leblanc meurt le 16 mai 1931 à Joinville. il était âgé de 66 ans.
Pierre Dalbavie naît le 6 mai 1842 à Domme (Dordogne). Il est le fils de Marie Laurier et de son époux Jean Dalbavie, bottier. Il vient à Paris où il travaille dans la confection, en tant que tailleur d’habits en 1880. Cette année-là, il épouse une couturière, Marie Aurélie Maximilienne Deflers, originaire de Beauvais (Oise). Elle est veuve depuis l’année précédente de Pierre François Xavier Gobin, typographe. En 1892, la famille obtient que les trois enfants de ce premier mariage, Eugène, Victor et Amédée, puissent porter le nom de Dalbavie en sus de leur patronyme. Ils adopteront définitivement l’appellation de Dalbavie et travailleront tous, comme le fils de Pierre Dalbavie, Alexandre, dans la mode et les tissus.
Employé initialement rue des Filles du Calvaire à Paris (3e arr.), Pierre Dalbavie implantera un atelier rue Ramey (18e arr.), qui sera repris par les enfants du couple.
À la fin du 19e siècle, Pierre Dalbavie s’installe avec son épouse, son dernier fils et un petit-enfant avenue Dagoty, dans le quartier de Palissy à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). En 1901, il a cessé son activité professionnelle et vit de ses rentes.
Lors des élections municipales de mai 1900, Dalbavie est candidat sur la liste républicain conduite par le maire Eugène Voisin et soutenue par les radicaux-socialistes. Elle emporte les 23 sièges, face à la seule concurrence de quelques membres du comité électoral socialiste-révolutionnaire. Dalbavie est élu en 16e position avec 529 voix, pour 1 096 inscrits (48,3% des inscrits).
Pendant son mandat, Dalbavie va s’inscrire dans la minorité conservatrice du conseil. En mai 1911, il préside une réunion antidreyfusarde de soutien au mouvement La Patrie française d’Henri Rochefort. L’assemblée fustige « l’ignoble équipe gouvernementale, les agissements des sectaires francs-maçons, des dreyfusards et des sans-patrie » plaidant pour une « République nationale. »
Lors d’un vote en juin 1902, la majorité locale, nettement anticléricale, se prononce par 13 voix contre l’autorisation de l’activité des Sœurs enseignantes de la Providence. Dalbavie fait partie des cinq qui votent pour, avec Cosson, Moulinet, Provin et Boileau.
Lors du scrutin municipal de mai 1904, Dalbavie va rejoindre une liste beaucoup plus marquée à droite que celle de la majorité municipale. Elle rassemble quatre conseillers sortants, Moulinet, Provin, Dalbavie, Raoult face à la liste du maire, clairement soutenue par les radicaux-socialistes, et à une liste socialiste (Lacroix, Lebègue).
Le député radical-socialiste, Jules Ferdinand Baulard, analyse le résultat du premier tour comme « une réprobation énergique du nationalisme et du cléricalisme ». Eugène Voisin fait élire 22 conseillers municipaux sur son nom, la liste de droite n’ayant qu’un élu, Moulinet. Dalbavie a recueilli 395 voix, soit 35,3% des 1119 votants pour 1363 inscrits au premier tour.
Si Dalbavie n’est pas candidat lors des élections municipales générales de 1908 ni lors du scrutin partiel de 1911, il joue cependant un rôle important dans la vie politique locale. En mars 1909, il préside une réunion de soutien à la candidature de Blondont, qui tente de remplacer le radical Adolphe Maujan, élu sénateur. C’est un autre radical, Amédée Chenal qui l’emporte, devançant le socialiste Albert Thomas dans la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux. Le journal radical Voix des communes qualifie Dalbavie de « réactionnaire militant. »
Sur le plan local, Dalbavie participe à une opération de contestation de la gestion du maire vieillissant de de la majorité radicale-socialiste, qui réunit les socialistes, les libéraux, des conservateurs et quelques dissidents, prenant prétexte de de l’entretien d’une voie communale de Palissy et d’un conflit entre un directeur d’école et une mère d’élève dans une école de Polangis. Elle aboutit à la victoire d’une improbable coalition d’opposants lors d’une élection partielle en octobre 1911.
Émile Victor Moutier naît le 10 août 1891 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’Adèle Gabrielle Thépin, blanchisseuse et de son époux, Victor Moutier, livreur, qui habitent rue du Pont.
Émile Moutier est orphelin de père en 1901. Il vit avec sa mère rue de Paris, dans le centre de Joinville, et devient comptable. Il fréquente la société symphonique de Joinville.
Appelé au service militaire avec la classe 1911, il est incorporé en novembre 1912. À la déclaration de guerre en août 1914, il est sergent-major au 272e régiment d’infanterie. Il devient lieutenant en avril 1916. Son comportement est salué par une citation à l’ordre de la brigade le 1er novembre 1915.
Le 28 juillet 1916, le lieutenant Moutier est tué face à l‘ennemi à Belloy-en-Santerre (Somme) ; il était âgé de 25 ans. Son supérieur, le capitaine Hénaux, témoigne dans une lettre à un de ses amis, publiée dans l’hebdomadaire Voix des communes, « Le brave Moutier a reçu un obus en pleine poitrine le 28 juillet à 23h. Moutier était un chef aimé, adoré de ses hommes, un camarade excellent, un subordonné très estimé ; il est mort en brave. Il est enterré à Assevillers (Somme). »
Il fait l’objet d’une nouvelle citation, à l’ordre l'armée cette fois, le 31 août 1916 : « officier de haute valeur morale. Le 28 juillet 1916, a été tué à la tête de sa section, en marchant à l'attaque d'un village fortement organisé ». Le futur maire de Joinville, Émile Briolay (radical-socialiste) salue « La mort d’un héros ». La société symphonique de Joinville le nomme membre d’honneur. En juin 1920, il est fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume. Le décret d’attribution parle d’un « officier de haute bravoure morale. »
Une délibération du conseil municipal de Joinville, le 15 janvier 1922, a décidé d'attribuer la dénomination « Émile-Moutier » à une voie publique de la commune, l’ancienne rue des Cliquettes, dans le quartier du centre. Elle est confirmée par décret du 8 juillet 1922.
Si l'hommage public est unanime, la débaptisation de rue des Cliquettes est critiquée par l’historien Georges Bousquié. Le nom évoquait en effet le souvenir des lépreux, enfermés au 13e siècle, dans une maladrerie installée à cet endroit.
Le gymnase situé dans cette rue, détruit en 2018, portait initialement le nom « Émile-Moutier » avant d’être rebaptisé « Pierre François ».
Louis Ferdinand Dehné naît le 20 avril 1846 à Metz (Moselle), où son père, Antoine Ferdinand Dehné, officier d’artillerie, est en casernement. Sa mère est Nanine Marie Cantaloube de Rivières.
Son père, commandant de la place de Strasbourg sous le second empire, s’illustre en Crimée et meurt en 1866. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Louis Dehné, combat à Strasbourg pendant 2 mois, est fait prisonnier, s’évade et rejoint l’armée de la Loire. Il tombe malade et en garde ensuite de « mauvaises jambes. »
Après la fin du conflit, Louis Dehné né dans un territoire annexé à l’Allemagne, opte pour la nationalité française en septembre 1872. Il réside à Paris et entre à la préfecture du département de la Seine comme commis-expéditionnaire dans plusieurs mairie d’arrondissement (20e, 4e, 8e) puis à la Caisse municipale et enfin au bureau des aliénés et enfants assistés.
En août 1880, il se marie à Paris (6e arr.) avec Mathilde Coudevilain, avec laquelle il avait eu un enfant l’année précédente. Ils résident dans l’arrondissement, d’abord rue du Dragon puis rue du Cherche-Midi. Ils migrent plus tard de l’autre côté de la Seine rue du Roule (1er arr.) et rue Geoffroy-Lasnier (4e arr.) mais reviennent, au début du 20e siècle, cour de Rohan (6e arr.).
En parallèle avec son activité de fonctionnaire, Louis Dehné mène une vie intense d’intellectuel. Il écrit sous pseudonyme dans plusieurs journaux depuis le milieu des années 1870. Surtout, il se veut auteur dramatique et chansonnier.
Il signe les paroles d’une trentaine de chansons populaires publiées entre 1885 et 1891, ainsi que d’une opérette, Simplice et Simplette, créée en mars 1887 à l’Éden-concert à Paris. Elle est représentée ensuite dans d’autres salles parisiennes : Les Ternes (1887), l'Eldorado (1888 et 1889), la Pépinière (1889), le Concert Européen (1890). On la joue aussi en province, par exemple à Romilly-sur-Seine et Troyes en 1887 ou Nogent-Ie-Roi en 1897. À l’étranger, Simplice et Simplette, est programmée à Montréal (Québec, Canada) au théâtre Le Montagnard en 1899.
La critique considère l’œuvre comme une « paysannerie (…) très lestement enlevée » » (Le Tintamarre, 1887), une « gentille bluette » mais « pleine de jolis détails. C'est une amourette en quelques pages, le roman naïf et champêtre de deux paysans partie en pèlerinage pour se guérir du mal d'amour et qui se guérissent l’un et l’autre dans un bon baiser campagnard » (Le Petit Caporal, 1889).
Dans ses différentes œuvres, Louis Dehné collabore notamment avec le compositeur Henri Chatau (mort en 1933), l’illustrateur et affichiste d’origine argentine Carlos Clérice (1860-1912) le compositeur né en Belgique Félix Chaudoir (1856-1904), le caricaturiste, peintre, lithographe et affichiste brésilien Cândido de Faria (1849-1911), le compositeur Léopold Gangloff (1859-1899), le parolier; chansonnier et journaliste Maxime Guy (1858-1902), l’auteur-compositeur et chansonnier Gaston Maquis (1860-1908) ainsi que le compositeur Tac-Coen (1844-1892).
Après sa retraite de l’administration en février 1895, alors qu’il n’a pas 49 ans, Louis Dehné va résider régulièrement à Dampmart (Seine-et-Marne), tout en conservant un appartement parisien. En août de cette année, il est mêlé à une affaire de tapage injurieux qui le conduit devant le tribunal de simple police de Lagny. Il est relaxé comme l’un des co-accusés, mais la troisième est condamnée à cinq jours de prison. Pendant trois ans, Dehné collabore au Journal de Seine-et-Marne où il insère des articles sur l’actualité locale ou des poèmes patriotiques. Il envoie également des contributions au quotidien Paris.
Vers 1900, Dehné s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il devient en août 1901 le correspondant attitré de l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes, prenant le relai de Félix Salmon, céramiste. Il est, après Henry Vaudémont et Salmon, le troisième titulaire de la rubrique et utilise le pseudonyme de Ludovic.
Son premier article est une critique de la méthode de gestion du maire, Eugène Voisin, pourtant soutenu par les radicaux-socialistes qui composent l’essentiel de sa majorité. Selon Dehné, Voisin « n’aime pas que ses administrés récriminent. Maître absolu dans son conseil, composé en grande majorité de républicains plus que modérés, qu’il fait voter au doigt et à l’œil, il n’admet pas la moindre contradiction, surtout si elle émane d’un radical ou d’un socialiste. »
Dans la tradition de la presse locale, Dehné polémique avec deux journaux basés à Saint-Maur-des-Fossés, le Réveil et Liberté, exprimant des positions plus conservatrices. Il explique pourquoi il ne signe pas de son nom : « J’ai pris un pseudonyme pour ne pas que le premier voyou venu vienne m’insulter dans la rue. Mais depuis près de 25 ans que je fais du journalisme, chacun sait que je me tiens toujours à la disposition de tout galant homme qui se trouverait offensé par l’un de mes articles ». En janvier 1902, il écrit à propos d’un de ses contradicteurs : « Jamais au lycée, au régiment, dans l’administration, personne n’a pu réussir à me faire taire. Il faudra au moins qu’il me tue ! »
Malade depuis décembre 1901, Louis Dehné suspend sa collaboration avec Voix des communes en août l’année suivante. Il meurt le 28 septembre 1902 à Paris (12e arr.) à l’hôpital Saint-Antoine, âgé de 56 ans. Il résidait toujours à Joinville, 34, rue de Paris. Décoré des Palmes académiques, il était officier d’académie et avait une fille. Gabriel Meynet, directeur de l’hebdomadaire radical, lui rend hommage le 4 octobre.
Émile Berthelot naît le 4 avril 1862 à Paris (11e arr.). Il est le fils de Thérèse Jeanne Rousseau, marchande de vins, et de son époux François Berthelot, ébéniste. Émile Berthelot va travailler dans une maison de bourse. Il épouse en avril 1886 à Paris (12e arr.) Marie Désirée Rosalie Gaucher, fille de marchands de fruits. Berthelot résidait alors avec son père à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Ils s’installent chez les parents de son épouse.
Au cours des années 1890, la famille s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier nouveau en cours de développement de Polangis, avenue Jamin. Ils ont semble-t-il une certaine aisance et hébergent, outre leur jeune fille, le père François Berthelot.
Sensible aux questions sociales, Émile Berthelot participe, en septembre 1895, à une Souscription organisée par le journal la Petite République au profit des « affamés de Carmaux » qui recueille dans la commune de Joinville des dons de plus de 260 personnes en faveur des grévistes de la verrerie. La récolte est assurée par la coopératrice Victoria Vaudémont et un militant radical-socialiste, Pierre Jules Tireau avec le journaliste Henry Vaudémont. Deux mois plus tard, Berthelot réalise une quête en faveur des victimes de la catastrophe de l'usine de Bi-Métal de Joinville-le-Pont, où une explosion de chaudière a fait quatre victimes et a mis les 200 ouvriers au chômage.
C’est une évolution législative qui va bouleverser la vie d’Émile Berthelot. En juin 1898, une réorganisation du marché financier de Paris est initiée par un amendement du député du Rhône député Henry Fleury-Ravarin, inspiré par Georges Cochery, ministre des Finances du gouvernement Jules Méline. Ce texte transforme le privilège des agents de change en un monopole exclusif, les maisons de coulisse ou d’arbitrage de la place de Paris étant en conséquence forcées de mettre fin à leurs opérations.
Le rapporteur général du budget, Camille Krantz, député des Vosges, minimisait l’impact social de cette mesure à la tribune de l’Assemblée nationale : « Messieurs, on exagère... Nous ne devons pas ajouter foi aux petits papiers qui nous sont envoyés à profusion, touchant la situation des salariés ». Le quotidien financier La Cote de la Bourse, citant Jean de La Fontaine, y voit une forme de mépris des employés, « canaille, sotte espèce. »
En application des nouvelles règles, Émile Berthelot, âgé de 37 ans, est congédié pour le 1er juillet. Il n’attendra pas cette date et se suicide le 17 juin 1898, se pendant le soir dans son logement à Joinville. Il est découvert le matin par sa famille. Le Syndicat des employés de bourse et de banque, auquel il était affilié, annonce son décès dans un lettre ouverte au ministre, signée de son président, E. Payne, et de son secrétaire, Georges Astruc, conseiller municipal, antinationaliste d'Asnières (Seine, act. Hauts-de-Seine) : « C'est la première victime de la disparition du marché libre ». Le syndicat menait campagne depuis janvier 1897 contre ce qu’il estimait être une « atteinte au marché financier français par des mesures qui, du même coup, atteindraient cinq mille familles d'employés et renforceraient un monopole contraire en son principe à la doctrine républicaine et aux idées libérales dans toutes leurs nuances. »
Le quotidien de Clémenceau, La Justice y voit la « conséquence immédiate et navrante » de la réorganisation du marché : « Émile Berthelot (..) avait une situation qui paraissait brillante. Mais il avait une famille : sa femme, ses enfants. La maison de coulisse qui l'occupait, fermée par la volonté de Cochery le remercia. Il chercha un emploi et n'en trouva nulle part. La misère allait s'installer à son foyer ». La Cote de la Bourse considère qu’il s’agit du « premier résultat (…) d’une mesure qui n’a rien de progressiste. »
La fille d’Émile Berthelot, Blanche, se maria avec Henri Drevet, tapissier, résistant à l’occupation allemande de la France pendant la deuxième guerre mondiale et adjoint au maire de Joinville à la Libération et jusqu’en 1950.
Émile Victor Simonard naît le 12 novembre 1875 à Paris (7e arr.) Il est le fils de Marie Céline Tisserandet et d’Émile Anatole Simonard, employé.
Employé lui aussi, il est en 1894, membre actif du Syndicat des employés du commerce, un des plus anciens mouvements professionnels français, fondé en 1887 et qui fut à l’origine de la constitution de la Cftc (Confédération française des travailleurs chrétiens) avant de participer à sa transformation en Cfdt (Confédération française démocratique du travail).
Devenu prêtre, Émile Simonard est nommé aumônier de l'institution de Saint-Nicolas, à Issy (Seine, act. Hauts-de-Seine) en juillet 1901. Un an plus tard, il est affecté, comme vicaire, à Saint-Jean-Baptiste de Belleville à Paris (19e arr.). Dans cette paroisse, il participe régulièrement aux rencontres de la section de Belleville de son ancien syndicat. Il les exhorte par exemple en 1904 à former un cercle d'études consacré aux questions économiques et professionnelles. Il célèbre la messe pour la fête de la Saint-Michel, patron du syndicat, le 25 septembre à l’église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles. L’abbé Simonard est proche de Jules Zirnheld (1876-1940), dirigeant du syndicat et futur président de la Cftc.
Un syndicaliste, Louis Bosler, décrit ainsi l’abbé Simonard en octobre 1904 : il « nous a parlé véritablement en ancien, en militant, en prêtre convaincu des nécessités de son temps, partageant ses grandes aspirations en ce qu'elles ont de légitime et de conforme à la justice : Ayons dans l'idée syndicale une foi qui déborde, et attachons-nous à la culture professionnelle et au développement de la valeur humaine. »
Lors d’une réunion des prêtres s'occupant d'œuvres en février 1905, l'abbé Laudat, vicaire à Ivry, défend les inconvénients des associations professionnelles, tandis que l'abbé Simonard parle au contraire de leurs avantages.
Le 2e Congrès national des anciens élèves des frères et des écoles et institutions libres catholiques, tenu à Paris en octobre 1905, voit Simonard jouer un rôle conséquent, le compte-rendu mentionnant plus d’une dizaine de ses interventions, sur les programmes, la défense des syndicats professionnels catholiques, le système de retraite, les mutuelles, le recrutement des enseignants, l’édition du bulletin et même le choix de la ville où se tiendra le prochain Congrès.
Le congrès des sections du Syndicat du commerce, en avril 1906, est l’occasion pour l'abbé Simonard de formuler des conseils : « Le syndicat doit être pour vous un procédé et non un moyen Déployez, chers amis, pour faire aboutir vos légitimes revendications toute l'intelligence et toute la décision dont vous êtes capables ; que les sections soient comme les membres du corps syndical. Combien de services ne peuvent-elles pas rendre! Soyez des apôtres ; profitez des leçons de l'expérience, afin de toujours aller de l'avant avec audace et prudence ; soyez avant tout des hommes d'action, sachant mettre à profit le présent. L'heure n'est plus aux amusements frivoles ; ménagez votre temps, c'est l'étoffe dont la vie est faite, sachez l'employer efficacement et soyez certains que Dieu récompensera toujours vos laborieux efforts ». Il les encourage à « ne pas se désintéresser du grand courant social. »
L’inauguration du nouveau siège social syndical, 14bis, boulevard Poissonnière à Paris (9e arr.) est bénie en juin 1907 par l'abbé Simonard.
Devant le Congrès de la protection de la jeune fille, qui se tient à Dijon en juin 1910, Émile Simonard corrobore la description du baron de Montenach, député de Fribourg (Suisse), sur les « logis antisociaux, insalubres, immoraux qui, avec leurs escaliers de service et la promiscuité de leur sixième étage, sont un danger permanent pour tous, et pour les jeunes bonnes en particulier. »
Après son départ en 1911, pour devenir vicaire de Saint-Ambroise à Paris (11e arr.), il poursuit son œuvre d’aumônier syndical, contribuant à la relance de la section syndicale Saint-Ambroise ou faisant une allocution pour les futurs soldats. En 1912, il les exhorte ainsi : « Vous devez avoir, mes chers amis, la foi patriotique, parce que vous êtes soldats, et la foi syndicaliste. »
Antonine de La Chassaigne de Sereys naît le 10 août 1835 à Issoire (Puy-de-Dôme). Elle est la fille d’Anne Marie Pralong et de son époux, Isidore de La Chassaigne de Sereys, propriétaire. La famille de La Chassaigne de Sereys est d’ancienne noblesse auvergnate, remontant au 13e siècle et disposant d’un titre comtal.
Antonine épouse en mai 1855, dans la même ville, un membre de l’aristocratie bourbonnaise, Christophe Ernest Potrolot de Grillon. Sa sœur, Agathe Elisabeth, s’était mariée deux ans plus tôt, toujours à Issoire, à un cousin de son époux, Gilbert Jules Potrolot de Grillon. Cependant, le mariage ne va pas durer, suite à la disparition précoce de Christophe de Grillon. Deux jumelles naissent, en 1856 de cette union à Cournon (act. Cournon-d’Auvergne), où Christophe de Grillon est chef de la gare de Sarliève, mais une seule survit.
Malgré son contexte familial, mais peut-être du fait de la disparition de son mari, Antonine de Grillon devient fonctionnaire des Postes en 1863. Elle prend la direction du bureau de poste de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) – qui existe déjà en 1865 – fonction qu’elle occupe au moins à partir de 1868 et où elle restera jusqu’à sa retraite en 1896 avec le titre de receveuse. À la fin du Second empire, les lettres sont distribuées lors de quatre tournées, une le matin, deux l’après-midi et encore une en soirée.
La receveuse vit en 1870 le siège de Paris, la bataille de Champigny, la destruction du pont reliant les deux rives de la commune et l’évacuation des habitants et administrations, transférées à Paris, puis en 1871, les combats de la Commune de Paris ainsi que l’occupation de Joinville par les armées allemandes. À la fin de la même année, elle épouse à Joinville le lieutenant-colonel Marc Félix Broutta, amputé d’un bras depuis sa blessure l’année précédente, et présenté comme un des héros de la bataille de Reichshoffen. Il venait de s’installer, quai Beaubourg (act. quai du Barrage), à très peu de distance du bureau de poste.
L’après-guerre voit le bureau de poste élargir ses services. En décembre 1872, un bureau télégraphique y est ouvert. Le bureau de Joinville est classé « à service limité », c’est-à-dire qu’il fonctionne de 7h (ou 8h en hiver) jusqu’à 18h. Il passe en 1893 « à service complet », avec une ouverture jusqu’à 21h.
L’activité la plus marquante de la nouvelle Mme Broutta sera l’installation dans la ville du téléphone en novembre 1893. Encore peu répandu, avec de l’ordre de 10 000 abonnés alors, le téléphone vient d’être nationalisé en 1889 et rattaché aux Postes et Télégraphes. La presse relève qu’il y a de nombreuses pétitions réclamant le raccordement au réseau parisien. En juillet 1892, la municipalité radicale de Joinville lance cet appel dans l’hebdomadaire Voix des communes « On cherche des gens qui, s’y intéressant, consentiraient à avancer gracieusement à la commune les 3 000 francs nécessaires à son installation. »
Un an plus tard, le même journal peut annoncer que « Le téléphone va fonctionner prochainement. Les amateurs désireux de le posséder chez eux sont officiellement priés de le faire savoir, afin qu’on puisse l’installer chez eux en même temps que la cabine publique. »
En novembre 1893, c’est l'inauguration de la ligne téléphonique reliant Joinville à Paris, en passant par le champ de courses de Vincennes. Plusieurs journaux font état de cette cérémonie, citant la présence du maire, Eugène Voisin, de ses deux adjoints, Jullien et Couppé, de plusieurs conseillers municipaux, notamment Blaize, Demeestère et Chapuis, ainsi que de Soulière, commissaire de police. Mme Broutta, directrice des postes est au côté de son mari, lieutenant-colonel de cuirassiers en retraite.
Mais c’est ce dernier qui réagit dans le quotidien XIXe siècle, précisant que « l'ouverture du téléphone au bureau de Joinville n'a été faite en présence de personne, cela ne regardant ni la municipalité, ni la police ; l'administration des postes, chatouilleuse avec raison, trouverait mauvais cette réclame qui pourrait nous être attribuée ».
Le couple quitte Joinville mi-septembre 1896, quand Antonine Broutta prend sa retraite. Ils vont s’installer à Saumur, Maine-et-Loire, rue du Roi-René, à proximité de la fille d’Antonine. Cette dernière, Marie Elizabeth vit au Coudray-Macouard ; elle est mariée avec Alphonse Desfaudais, ancien saint-cyrien et général de brigade.
Antonine Broutta meurt le 27 mai 1913 à Saumur. Elle était âgée de 77 ans. La messe d’enterrement a lieu au Coudray.
Paul Eugène Henry Jodelay naît le 5 avril 1884 à Malakoff (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il est fils d’Alix Jeanne Charlot, couturière, et de son époux Eugène Jean Baptiste Paul Jodelay, piqueur des ponts et chaussées.
Embauché en décembre 1899 par la préfecture de la Seine, à l’âge de 15 ans, Paul Jodelay y travaille comme commis dessinateur au service des chemins de fer métropolitains. Il est en 1920 au Service de la voie publique, du nettoiement, de l'éclairage et des plantations puis en 1921 au service d'Architecture. Il réussit le concours de conducteur des travaux de Paris en 1927, affecté au bureau de la comptabilité de la direction des services d'Architecture et des Promenades.
Ayant effectué un service militaire en 1903-1904, Paul Jodelay est lieutenant de réserve en 1934. Son frère, Jean Isidore, a été tué pendant la première guerre mondiale.
Installé avec ses parents dans le Bois de Vincennes à la Ferme de la Faisanderie de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en 1902, Jodelay dispose d’un logement personnel dans la commune, rue de Paris, en 1909. Il se marie en avril de cette année à Paris (19e arr.) avec Rachel Amélie Massé, puis est veuf dès novembre 1911. Il se remarie avec Lucie Isabelle Guillaume.
Le club cycliste Joinville Sportif confie en avril 1924 le poste de secrétaire général à Jodelay, en remplacement de René Henri Graillat. Ses deux frères, Eugène et Henri, seront eux-aussi administrateurs du club. Il est vice-président en 1929 et réélu à ce poste en octobre. Il en est le président en 1933.
C’est sans doute son père Eugène Jodelay (mais ce peut également être Paul) qui est candidat lors des élections municipales de novembre 1919 sur la liste libérale du Bloc indépendant conduite par Jules Beauvais, conseiller municipal. La liste n’a pas d’élu et se retire au second tour, qui voit la victoire d’Henri Vel-Durand, élu maire.
Lors des élections municipales partielles d’octobre 1934, Paul Jodelay est candidat sur la liste des républicains indépendants, proche de la majorité municipale de cartel des gauches, et menée par Antoine Liou. Elle s’oppose à une liste de concentration républicaine, plus marquée à droite, et à deux listes communiste et socialiste. Jodelay recueille 602 voix sur 2 297 suffrages exprimés (26,2%) pour 2 360 votants et 3 225 inscrits. La liste n’a pas d’élu et se retire au second tour devant celle de concentration républicaine.
L’année suivante, avec les élections municipales générales de mai 1935, Jodelay rejoint la liste de l’Union des républicains, dont Frédéric Bautsch est le promoteur. Face à la municipalité sortante de centre-gauche, dirigée par Georges Briolay, et aux listes communiste et socialiste, l’Union des républicains, nettement marquée à droite, est en tête au premier tour. Jodelay obtient 937 voix sur 2 856 suffrages exprimés (32,8%) pour 2 923 votants et 3 433 inscrits. Elle emporte au second tour, marqué par l’union des candidatures de gauche, 25 des 27 sièges à pourvoir, les communistes en ayant deux. Jodelay est élu après avoir enregistré 1 171 voix sur 2 899 suffrages exprimés (40,4%) pour 2 924 votants. Emile Lesestre est élu maire.
Paul Eugène Jodelay décède le 6 décembre 1936 à Joinville. Il était âgé de 52 ans et veuf de sa deuxième épouse depuis mars 1934. Il vivait dans le quartier de Palissy, avenue Galliéni. Son fils Roger Eugène Paul (né en 1913), orphelin, obtient un secours du conseil municipal de Paris 1937. Sergent pendant la deuxième guerre mondiale, il est fait prisonnier et détenu au camp de Charleville dans les Ardennes françaises. C’est probablement lui qui, ingénieur chimiste, rejoint en 1958 l’Association des anciens de la météorologie militaire. Est-ce lui le Roger Jodelay, décorateur de cinéma sur plusieurs films (La Communication, de Domingue Rollin ou Topaze, de Marcel Pagnol) et productions télévisuelles (Vieille France d’André Michel ou Les Enquêtes du commissaire Maigret) ?
Paul Jodelay était titulaire de plusieurs décorations : médaille d’honneur communale en décembre 1927, chevalier du Nichan el-Anouar au titre de l’exposition coloniale en mai 1933, médaille d'argent de l’éducation physique en septembre 1934.
Eugène Jean Baptiste Jodelay naît le 16 février 1853 à Paris (10e arr.). Il est le fils d’Appoline Mottu, couturière, et de son époux, Félix Alexandre Jodelay, jardinier, originaire de l’Indre.
Devenu piqueur des ponts et chaussées pour la mairie de Paris (agent technique, surveillant de travaux), Jodelay épouse en mai 1876 à Paris (1er arr.) Marguerite Orlhac, lingère ; elle décède en janvier 1880, après avoir donné naissance à une fille. Jodelay se remarie, en avril 1881 à Paris (7e arr.) avec une cousine germaine, Alix Jeanne Charlot, couturière. Elle met au monde 12 enfants entre février 1882 et avril 1896, dont trois fois des jumeaux.
Travaillant d’abord au service de la Voie publique il passe à celui des Promenades et plantations en 1886, devient agent comptable du dépôt de matériaux de la rue des Bernardins en 1890, à la direction des services d'Architecture en 1901 et prend sa retraite en 1903 en qualité d’adjoint technique principal des Promenades et plantations.
Si son salaire est celui d’un contremaître de la fonction publique, Jodelay semble avoir des difficultés à loger sa grande famille. Il réclame et obtient plusieurs secours entre 1899 et 1901. Les Jodelay déménagent fréquemment, puisqu’on leur connaît douze adresses entre 1876 et 1902, dans les arrondissements du sud de Paris, à Malakoff (Seine, act. Hauts-de-Seine), à Saint-Mandé (Seine, act. Val-de-Marne) puis à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où ils se fixent dans la Ferme de la Faisanderie, au sein du Bois de Vincennes. Eugène Jodelay y élève ses enfants après le décès de sa femme en 1909 ; son frère, Jules Alexandre, également ancien piqueur des ponts et chaussées pour la mairie de Paris, réside avec lui.
Parallèlement à son activité d’employé, Jodelay est également un inventeur. Il est félicité et récompensé par le conseil municipal de Paris en mai 1894 pour avoir mis au point un nouveau collier de joints de tuyaux d'arrosage à la lance, invention dont il laisse le bénéfice à la Ville, ne voulant en tirer aucun profit personnel. C’est le fournisseur de la commune, Dalifol et Cie, qui prend, en son propre nom, un brevet d’invention. Il fonde en 1895 la société Laurens, Jodelay et Tournel, qui exploite un système d'arrosage antiseptique (brevet d’avril 1894) et un procédé de mélange automatique de liquides avec de l'eau sous pression (brevet de juillet 1894). Les brevets sont protégés dans de nombreux pays (États-Unis, Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Espagne). Ils font l’objet de commentaires favorables lors du premier congrès d’assainissement et de salubrité, tenu à Paris en 1897.
Pendant la première guerre mondiale, Jodelay devient vice-président du Comité d’action agricole, mis en place à l’initiative de Chavignot, ingénieur et propriétaire du domaine de Polangis à Joinville. Formé en avril 1917, le comité attribue des parcelles de 300 à 400 m² aux habitants de la commune souhaitant mettre en place des jardins potagers. Toutes les demandes ont pu être satisfaites et environ 200 jardins sont établis dont 198 sur les terres de Chavignot. Ils couvrent 6,16 ha, plus 5,58 ha attribués aux soldats soit au total près de 12 hectares. En juillet la même année, le ministre de l’agriculture, Fernand David, vient visiter les jardins et leur fait attribuer du fumier de l’armée.
Eugène Jodelay participe à la distribution des lots et prodigue des conseils notamment dans l’hebdomadaire la Gazette de l’Est, où il tient une rubrique régulière. Il était, depuis juillet 1911, chevalier du mérite agricole.
C’est sans doute Eugène Jodelay (mais ce peut également être son fils Paul) qui est candidat lors des élections municipales de novembre 1919 sur la liste libérale du Bloc indépendant conduite par Jules Beauvais, conseiller municipal. La liste s’oppose à celle d’Henri Vel-Durand, radical dissident, qui rassemble des radicaux-socialistes et des socialistes indépendants, et à celle de parti socialiste SFIO. Au premier tour, Jodelay a 431 voix sur 1 694 suffrages exprimés (25,4%) pour 1 715 votants et 2 491 inscrits. La liste n’a pas d’élu et se retire au second tour, qui voit la victoire d’Henri Vel-Durand, élu maire.
Eugène Jodelay meurt le 13 février 1927 à Joinville. Il était âgé de 73 ans. Parmi ses 13 enfants les 4 garçons auront un rôle public.
L’aîné de ses fils, Paul (1884-1936), préside le club Joinville Sportif, se présente à plusieurs reprises lors d’élections municipales et est élu en 1935. Son deuxième garçon, Jean Isidore (1891-1914), comptable, meurt au début de la première guerre mondiale le 10 décembre 1914 à Zillebeke, en Flandre-Occidentale (Belgique).
Ses deux derniers fils, les jumeaux Henri Marcel (1896-1969) et Eugène André (1896-1968) seront tous deux également administrateurs de Joinville Sportif. Le premier est, comme son père, un inventeur, faisant breveter en avril 1930 un moteur à explosion à propulsion circulaire. Le second est fonctionnaire au ministère des affaires sociales, au secrétariat général de la main-d’œuvre.