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10 mai 2023 3 10 /05 /mai /2023 01:01

Louis Carpin naît le 27 janvier 1861 à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), au domicile de son grand-père maternel, rue des Bordeaux. Il est le fils de Julie Virginie Charlotte Boissenot et de son époux, Anthelme Carpin, négociant en vin et ancien commissaire de police dans l’Ain, la Sarthe et la Haute-Vienne. La famille de son père possède des domaines agricoles, notamment viticoles à Virignin (Ain).

La famille émigre aux États-Unis en 1876, « pour essayer de reconquérir la fortune que lui avait fait perdre la guerre de 1870 », d’abord en Floride, puis, après que différents sites ont été examinés, elle rejoint le Piedmont de Caroline du Sud, près de Greenville. Le père acquier un domaine boisé à cinq kilomètres au nord-ouest de la ville, qu’il transforme en exploitation viticole à la française tout en utilisant des cépages locaux. Louis, qui a alors 15 ans, aide son père dans la propriété, baptisée Mammoth. Cependant, Louis tombe malade de fièvre typhoïde et sa mère, qui craint pour sa vie, rentre avec lui en France. Il son hébergé par un de ses frères aînés, Charles, boulevard de Reuilly à Paris (12e arr.).

Ce dernier, comptable dans une librairie, assure la subsistance de la famille. Pour éviter que sa mère se retrouve sans ressource, Louis, après son rétablissement, s’engage en mars 1879 pour cinq ans dans l’armée, ce qui permet à son frère d’être dispensé de ses obligations militaires. Il sert dans le 123e de Ligne, à Valenciennes (Nord). Devenu caporal, puis sergent fourrier, Louis Carpin finira sa période sous les drapeaux en tant que secrétaire copiste à la préfecture du département Nord, dans le bureau chargé du recrutement. Il est démobilisé en septembre 1883.

En 1881, son frère Charles, qui avait perdu son emploi de comptable du fait de la faillite de la librairie qui le salariait, est embauché comme secrétaire de commissariat à la préfecture de police de Paris. Louis fait de même, dès sa sortie du régiment, en novembre 1883. Il est affecté à Paris, dans le quartier de la Porte Saint-Martin (10e arr.), comme secrétaire suppléant. Il est titularisé en décembre 1884 et affecté dans sa commune natale, Charenton-le-Pont. Il raconte y avoir été félicité par le secrétaire général de la préfecture pour son « attitude et initiative à l’occasion d’une manifestation organisée par Louise Michel, tombée actuellement dans l’oubli, et pour cause… ». Il mentionnait l’écrivaine, militante anarchiste et oratrice du mouvement ouvrier. Nommé, un an plus tard au commissariat du quartier Vivienne, toujours secrétaire, il est de nouveau apprécié pour son rôle au cours de l’incendie de l’Opéra-Comique, qui fit 84 morts en mai 1887.

Le mois précédent, à Anzin (Nord) en avril 1886, Louis Carpin épousait Noémie Céline Victorine Farez, fille d’un vétérinaire, dont la famille exploitait une sucrerie et avait joué un rôle significatif du côté républicain pendant la révolution française de 1789. Il avait probablement rencontré son épouse, native de Valenciennes, lors de son séjour dans le Nord à l’armée.

Promu officier de paix en août 1889, Louis Carpin sert d’abord dans le 19e puis le 12e arrondissement, où il doit surveiller les grèves des terrassiers et des conducteurs de la compagnie des Omnibus (ancêtre de la RATP).

Nommé commissaire du quartier de la Monnaie (6e arr.), en septembre 1895 ; il écrit : « je n’y suis resté que dix mois parce qu’il n’y avait rien à faire », si ce n’est la surveillance de bâtiments officiels. Il revient alors Porte-Saint-Martin, où son équipe assure la surveillance de la salle Rivoli-Vauxhall, qui accueille des rencontres de révolutionnaires, notamment espagnols. Mais il se mobilise aussi pour empêcher une manifestation royaliste en saisissant des photos du duc d’Orléans, ce que la justice considèrera comme illégal.

Son poste suivant est celui du quartier le plus chargé de France, selon ses dires, celui de Clignancourt (18e arr.), qu’il rejoint en juin 1898. Après la séparation de l’Église catholique et de l’État, en 1905, il doit procéder à l’inventaire des lieux de culte qui deviennent propriété des pouvoirs publics, notamment Notre-Dame de Clignancourt, Saint-Pierre de Montmartre et la basilique du Sacré-Cœur.

Dans le même poste, Carpin eut à procéder en 1909 à l’arrestation de Detollenaere, dit Delaunay, voleur et assassin de deux policiers. L’homme se suicida quand il entrait dans son repaire.

Après avoir assumé pendant 14 ans la responsabilité de ce commissariat, une durée inhabituellement longue, il est nommé en septembre 1912 dans le quartier du Faubourg-Montmartre (9e arr.), situé rue de la Folie-Méricourt.

Le 16 mars 1914, il procède à l’interrogatoire d’Henriette Caillaux, qui vient de tirer dans son bureau sur le directeur du Figaro, Gaston Calmette, lequel mourra ensuite de ses blessures. Elle se disait exaspérée par l’intense campagne de presse lancée par le quotidien contre son mari, Joseph Caillaux, ancien président du conseil et président du parti radical. Alors ministre des finances, il préparait l’introduction de l’impôt sur le revenu dans le droit français, et le journal, comme l’opinion de droite, contestait ce projet, y compris en attaquant Joseph Caillaux sur sa vie privée, notamment qu’il avait eues avec sa future épouse, alors qu’ils étaient encore mariés à d’autres personnes. La meurtrière avait déclaré « Il n’y a pas de justice… je la fais moi-même. »

Lors du procès de Mme Caillaux devant la Cour d'assises de la Seine, Louis Carpin fut amené à témoigner le 20 juillet 1914. Répondant à la question sur l'attitude de Mme Caillaux le soir du drame, il assura « Mme Caillaux fut d'abord très calme, elle devint nerveuse un peu plus tard ». Interrogé ensuite sur son opinion concernant la sincérité de Mme Caillaux qui avait dit qu'elle ne croyait pas avoir tué M. Calmette, il assura « Cette déclaration me parut sincère et spontanée ». La déposition de Carpin, jointe à d’autres témoignages, contribua à écarter la préméditation, ce qui permit de faire acquitter Henriette Caillaux, le jury retenant la thèse d’un crime passionnel.

Peu après le début de la première guerre mondiale, en septembre 1914, Carpin mit à disposition du sous-préfet de Senlis (Oise) une propriété qu’il avait dans cette ville pour y installer ses bureaux et accueillir des officiers et sous-officiers blessés. La sous-préfecture venait d’être détruite par les bombardements allemands lors de la première bataille de la Marne.

Louis Carpin prit sa retraite de la police en septembre 1917. Le quotidien Le Gaulois assura alors qu’il « détient le record pour le nombre des affaires traitées et plus particulièrement pour les affaires sensationnelles ». La Presse écrivit : « il sut toujours exercer avec équité ses délicates fonctions. »

Ayant quitté l’administration, Carpin devint inspecteur chargé d’enquête de la compagnie d’assurances Foncière Transport, fondée en 1879. Il résidait alors rue Baudin à Paris (9e arr.). En 1927, il s’installe à Saint-Maur-des-Fossés, boulevard des Corneilles. Il était toujours actif dans cette fonction en 1931, à ses 70 ans. Selon Police Magazine, qui lui consacre un long article en juin 1933, il était président du déjeuner trimestriel des commissaires de police en retraite de la Ville de Paris et du département de la Seine.

Louis Carpin meurt le 21 février 1941 à Saint-Maur-des-Fossés. Il était veuf et âgé de 80 ans. Son fils était décédé quatre ans plus tôt, tandis que son gendre, Eugène Lucien Dupuis, fut également commissaire de police à Paris.

Titulaire de nombreuses décorations, Louis Carpin avait été fait officier de l’Ordre du Cambodge en mars 1899, officier de l’instruction publique en février 1903 et chevalier du Mérite agricole en décembre la même année pour sa « contribution à la répression des fraudes sur les denrées alimentaires ». Il était décoré de la médaille de bronze de la Mutualité en mars 1907, avait reçu celle du Courage et du dévouement en juillet 1909. Enfin, il était devenu chevalier de la Légion d’honneur en décembre 1925, après avoir multiplié les démarches pour ce faire.

Portrait de Louis Carpin, Police magazine, juin 1933

 

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6 mai 2023 6 06 /05 /mai /2023 01:01

Anthelme Carpin naît le 15 juillet 1827 à Virignin (Ain). Il est le fils de Marie Moisset et de son époux Jean (dit Anthelme) Carpin, cultivateur. La famille exploite dans le village un domaine important, le mas du Cry, acquis en juin 1821 par Anthelme Carpin, père de Jean. Ils exploitent également des terres dans le village voisin de Lassignieux.

Lieutenant, probablement dans Légion étrangère, c’est peut-être lui qui, désigné dans la presse sous son seul patronyme en tant que cultivateur-légionnaire résidant à Virignin, fait partie des douze membres du conseil municipal de Belley, la ville voisine, qui n'ont pas voulu accepter la prorogation de leurs pouvoirs décidée par une loi. Ce texte se situe dans le contexte de la fin de la seconde République.

En janvier 1853, Anthelme Carpin est initié à Paris dans la franc-maçonnerie au sein de la loge l’Amitié, rattachée à l’Orient de Paris.

Devenu commissaire de police, il est nommé en janvier 1855 à Culoz (Ain), il épouse Julie Virginie Charlotte Boissenot à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en octobre la même année. L’année suivante, il officie à Oyonnax, dans le même département. Il le quitte pour un poste à Mamers (Sarthe) en 1857 avant d’être muté un an plus tard à Bellac (Haute-Vienne).

Démissionnaire en novembre 1858, Anthelme Carpin et sa famille s’installent à Charenton, d’abord avec les beaux-parents, rue des Bordeaux, puis rue de la Cité-de-Conflans, dans le quartier de Bercy qui sera partiellement rattaché à la ville de Paris en 1860. Il devient négociant en vins. Il s’implique probablement aussi dans l’exploitation familiale de Virignin.

Selon le témoignage d’un de ses fils, Louis, il émigre en 1876 aux États-Unis via la Floride, « pour essayer de reconquérir la fortune que lui avait fait perdre la guerre de 1870 », accompagné de son épouse et d’au moins un de ses fils. Après avoir étudié plusieurs terroirs, il s’installe à Greenville, en Caroline du Sud, dans la zone du Piedmont pour y développer une activité viticole. Décidé à créer une exploitation sur un mode français, il acquiert une quarantaine d’hectares dans une zone de collines boisées, à cinq kilomètres au nord-ouest de la ville, utilisant des cépages locaux. Sa propriété prend le nom de Mammoth ; c’est le domaine viticole le plus étendu de l’État. À la fin de la décennie, il produit environ 180hl d’un vin qu’il baptise Bordeaux. Il considère qu’il produit plus que dans les terres qu’il cultivait en France. Son épouse était retournée en France, soigner son fils Louis, malade de typhoïde.

À la fin des années 1880, une année très humide puis l’essor du mouvement préconisant la prohibition de l’alcool vont réduire la prospérité du vignoble de Greenville, jusque là florissant. En décembre 1886, une publication de Caroline du Sud, The Southern Cultivator and Industrial Journal, consacre un reportage à « l’immense vignoble » de Carpin. Début 1887, la Cour suprême de Caroline du Sud déboute M. Bouland, avec lequel il s’était associé en 1881, et qui réclamait une part plus importante des revenus de la terre.

En avril 1887, Anthelme Carpin est présenté, lors du mariage d’un de ses enfants à Paris, comme propriétaire et viticulteur à Greenville. Mais il rentre en France quelques mois plus tard et meurt le 23 mars 1888 à Paris (10e arr.) où il était hospitalisé. Il était âgé de 60 ans, veuf depuis deux ans et résidait rue d’Enghien dans le même arrondissement ; il est désigné comme vigneron. Père de six enfants, il voit deux de ses garçons devenir eux aussi commissaires de police, l’un avant son décès, l’autre peu après.

À Greenville, une voie publique porte le nom de Carpin Drive.

Propriété Mammoth à Greenville, Caroline du Sud, États-Unis

 

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28 janvier 2023 6 28 /01 /janvier /2023 00:01

René Basile Henry naît le 3 septembre 1903 à Artins (Loir-et-Cher). Il est le fils de Blanche Hénault et de son mari Basile Jules Henry, cultivateurs.

Selon Sabine et Xavier Campion, éditeurs d’un blog d'information de la vallée du Loir, Le Mille-Pattes, René Henry aurait été « très doué pour les études » et obtint une bourse pour aller au collège. Mais il dut abandonner en 1917 pour travailler à la ferme, à 14 ans, en l’absence des hommes partis pour la guerre.

Installé avec sa famille à Trôo, village contigu de son lieu de naissance, René Henry est herbager, c’est-à-dire éleveur qui s'occupe de l'engraissement des bovins.

Il adhère, en 1922, à la Société archéologique du Vendômois puis, en 1927, à la Société préhistorique de France. Il est également membre de la Société française d'archéologie en 1932. En 1929, il organise une excursion archéologique à Trôo. Il épouse, en octobre 1928 à Saint-Calais (Sarthe) Marguerite Marie Henriette Lévèque.

Parallèlement à son activité agriculturale et à son intérêt pour la préhistoire, René Henry suit des cours par correspondance, passe son bac en 1935, suit une licence de sciences à Poitiers et fait enfin des études de médecine à Tours. Il réussit son doctorat en 1943 et s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Polangis, avenue Gounod.

C’est dans cette ville également qu’Henry s’engage dans la résistance à l’occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale. il est à la Libération, au sein du Comité local de Libération de Joinville, le représentant du mouvement Libération. Créé par Christian Pineau, cette organisation rassemble notamment des personnes de sensibilité socialiste, des membres de la SFIO et des syndicalistes non communistes.

Lors de la désignation, le 26 septembre 1944, par le préfet du département de la Seine, d’une délégation spéciale chargée d'administrer provisoirement la commune de Joinville, Henry est sur la liste proposée par le comité local de Libération, après avis du comité parisien de la Libération. Il fait donc fonction de conseiller municipal. Le maire est le communiste Robert Deloche et l’assemblée comprend des radicaux-socialistes, des socialistes et des indépendants.

En avril 1945, le premier scrutin municipal voit à Joinville-le-Pont la victoire de la liste d’Union résistante et démocratique, conduite par Deloche, qui obtient une moyenne de 61,7% des suffrages exprimés et emporte les 27 sièges à pourvoir. Le conseil élu comptabilise 7 communistes, 6 socialistes, 5 radicaux et 9 indépendants de gauche. Henry est élu et doit probablement être compris dans le groupe des socialistes SFIO. Son mandat se termine en octobre 1947.

En complément de son activité médicale, le docteur Henry, qui devient spécialiste en proctologie, reprend l'exploitation agricole familiale, élevant des génisses et cultivant de la vigne à Trôo et à Poncé-sur-le-Loir (Sarthe).

Adepte d’un savoir-vivre œnologique et gastronomique, René Henry fonde, en 1956 à Trôo, la confrérie du Franc-Pinot, du nom d’un cépage blanc des vallées du Loir et de la Loire, dénommé aujourd’hui comme le Chenin dont il est désigné comme le Grand Maître. Il adhère en 1970 à l’Association des amis de Rabelais et de la Devinière. Il est alors domicilié à Paris (3e arr.), rue Beaubourg.

René Henry meurt le 15 janvier 1985 à Montoire-sur-le-Loir (Loir et Cher). Il est inhumé au cimetière de Trôo, dans le même département. Âgé de 81 ans, il était père de trois enfants. En janvier 1961, il a été fait chevalier de la Légion d’honneur. Selon Sabine et Xavier Campion, il serait également décoré de la médaille de la Résistance ; cependant, il ne figure pas dans le répertoire mis en ligne par l’Ordre de la Libération.

Une de ses petites filles, Florence Henry, analyste financière et gestionnaire de fortune, est l’épouse d’Éric Woerth, homme politique, ancien dirigeant du parti Les Républicains (droite), qui a été ministre, député de l’Oise, conseiller régional de Picardie et maire de Chantilly. Leurs noms ont été cités dans l’affaire d’abus de faiblesse envers la milliardaire Liliane Bettencourt.

René Henry, arch. familiales

 

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21 décembre 2022 3 21 /12 /décembre /2022 00:01

Germaine Augustine Gigot naît le 13 mars 1903 à Valigny (Allier). Elle est la fille de Marie Armance Déternes et de son époux, Antoine Gigot, tailleur de pierres. Ils vivent dans le hameau des Bruyères. Ses parents seront ensuite propriétaires exploitants agricoles.

En janvier 1925, Germaine Gigot épouse à Valigny Henri Alibert, également fermier. Son mari sera en 1928 le secrétaire d’un syndicat de paysans-travailleurs, dont Pénot, le maire communiste du village est le président.

L’historienne Annie Pennetier, dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, les décrit comme « une famille paysanne anticléricale et communiste. »

Fin 1936, la famille quitte Valigny pour s’installer à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le centre-ville, quai Beaubourg (act. quai du Barrage). Henri Alibert devient chauffeur de chaudières à vapeur à l’hospice de Bicêtre (Kremlin-Bicêtre, Seine, act. Val-de-Marne).

Ils déménagent en 1939 dans la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés, rue de l’Écluse.

Selon son fils, dont le témoignage est repris par Annie Pennetier, Germaine Alibert est mouleuse de dents en porcelaine chez Novecta à Saint-Maur. Elle adhère à la section de Joinville du parti communiste.

Après-guerre, les Alibert reviennent à Joinville.

Germaine Alibert meurt le 28 avril 1949 ; son décès est retranscrit sur l’état-civil de Joinville-le-Pont, où elle résidait toujours. Elle était âgée de 46 ans et mère d’un enfant. Son époux a également été militant communiste, de même que son fils qui fut adjoint au maire de Valenton (Val-de-Marne).

Carte postale de Valigny (Allier)

 

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19 décembre 2022 1 19 /12 /décembre /2022 00:01

Henri Alibert naît le 18 août 1898 à Lurcy-Lévy (Allier, act. Lurcy-Lévis). Il est le fils de Marguerite Friaud et de son époux Pierre Alibert, cultivateurs.

Il est domestique de culture quand il est mobilisé dans l’armée, au cours de la première guerre mondiale, en mai 1917. Il sert dans le 14e bataillon de chasseurs à pied (BCP). Affecté au 7e BCP en juin 1919, il rejoint le 110e régiment d’infanterie en août la même année, avant d’être démobilisé en octobre.

Après-guerre, il devient propriétaire d’une petite ferme à Valigny (Allier), Henri Alibert épouse en janvier 1925 dans ce village Germaine Augustine Gigot, fille d’un autre propriétaire exploitante. Ils vivent dans le hameau des Bruyères.

Selon le témoignage de son fils, Albert, recueilli par l’historienne Annie Pennetier pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, il est militant communiste à Valigny et anticlérical. Peut-être est-ce lui qui est mentionné comme Henri Alibert dans le quotidien L’Humanité dans une souscription du parti socialiste SFIO en octobre 1919 puis dans une autre du parti communiste, qui lui a succédé, en mai 1924.

En décembre 1928, le maire communiste, Pénot, préside une réunion de 60 personnes à Valigny, qui conduit à la création d’un syndicat agricole couvrant également la commune d’Isles. Pénot en est le président et Alibert le secrétaire. En 1929, il participe à un « concours d’abonneurs » du journal Voix paysanne. C’est lui qui représente son syndicat lors de la constitution de l’union départementale des paysans-travailleurs, mouvement proche du parti communiste, en mai 1930 à Villefranche-d’Allier. Il est nommé membre de la commission de contrôle.

Fin 1936, la famille quitte Valigny pour s’installer à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le centre-ville, quai Beaubourg (act. quai du Barrage). Henri Alibert devient chauffeur de chaudières à vapeur. Il travaille à l’hospice de Bicêtre (Kremlin-Bicêtre, Seine, act. Val-de-Marne) pour l’Assistance publique, qui gère notamment les hôpitaux de Paris et d’une partie de la banlieue. Il déménage, en 1939, rue de l’Écluse dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés, voisine de Joinville.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, Henri Alibert est d’abord maintenu à son poste professionnel puis mobilisé en février 1940 mais très vite renvoyé vers son activité hospitalière en avril. En 1949, il réside de nouveau à Joinville.

Henri Alibert meurt le 23 décembre 1986 à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Son épouse a également été militante communiste, de même que son fils qui fut après-guerre adjoint au maire de Valenton (Val-de-Marne).

Carte postale de Valigny (Allier)

 

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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 00:01

Edmond Carlos Désiré Eeckhout nait le 28 mars 1883 à Paris (11e arr.) Il est le fils d’Henriette Désirée Marie Bonduelle et de son mari Carlos Joseph Eeckhout, mécanicien, qui vivent cour Truillot.

Faisant son service militaire au 3e régiment de génie, à partir de novembre 1904, Edmond Eeckhout devient caporal en mai 1905 puis sergent en novembre 1905. Il retourne à la vie civile en février 1907.

Devenu directeur d’un établissement horticole à Vitry-sur-Seine (Seine, act. Val-de-Marne), Edmond Eeckhout épouse dans cette ville Louise Eugénie Goix, comptable.

Au cours de la première guerre mondiale, Edmond Eeckhout est mobilisé en août 1914 au 1er puis au 10e régiment de génie. Pour son comportement en avril 1915, il est cité à l’ordre de l’armée : « ayant reçu l'ordre d'effectuer le débourrage d'un fourneau allemand, a conduit ce travail périlleux avec énergie et sang-froid, a réussi dans sa mission malgré l'explosion d'un camouflet ennemi qui a tué un sapeur et l'a projeté lui-même à terre : s'est aussitôt porte au secours du sapeur dans une atmosphère rendue irrespirable par les gaz délétères. »

Il devient adjudant en août 1915 puis est nommé sous-lieutenant en août la même année et affecté au 4e régiment de génie. Il rejoint l’état-major de la 77e division d’infanterie en décembre 1916 puis est nommé lieutenant en juillet 1917. Eeckhout est de nouveau cité à l’ordre de l’armée en novembre 1918 : « Officier ayant fait preuve en toutes circonstances des plus belles qualités militaires, bravoure, activité, dévouement. A toujours accompli avec succès les missions qui lui étaient confiées. A notamment en octobre 1918, au cours de l’offensive des Flandres, exécuté des reconnaissances délicates, sous de violents bombardements ». Il est démobilisé en mars 1919. Dans la réserve, il devient capitaine en décembre 1925.

Après la guerre, la famille Eeckhout vit d’abord au Mans (Sarthe), route de Paris, où il est horticulteur. Puis ils reviennent en région parisienne, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où Edmond Eeckhout ouvre en 1933 une graineterie avenue Galliéni, dans le quartier de Palissy.

Suite à la deuxième guerre mondiale, il s’implique dans la vie politique de sa commune. Il est candidat, en novembre 1947, sur la liste soutenue par le Rassemblement du peuple français (RPF, gaulliste) pour les élections municipales. Conduite par Pierre Perly, elle arrive en tête avec 44% des voix mais avec 13 sièges, elle est à égalité de l’Union républicaine et résistante du maire sortant, Robert Deloche (43,3%) ; c’est le choix du seul élu socialiste SFIO qui permet à ce dernier d’être reconduit.

À la fin du mandat, les deux camps se divisent : une scission se produit au sein de la droite, Georges Defert (Rassemblement des gauches républicaines ou RGR, centre-droit) et Perly faisant défection. Eeckhout reste fidèle au RPF dont Pierre Calmon devient le chef de file. À gauche, le parti communiste exclut Deloche ; faute d’entente à droite, c’est cependant une communiste, Amélie Trayaud, qui est élue maire pour deux mois en mars 1953.

Lors des élections municipales d’avril 1953, Eeckhout figure sur la liste RPF, qui arrive en troisième position, devancée par les communistes et les dissidents de droite. Elle obtient six élus, dont Edmond Eeckhout qui a 1 391 voix pour 6 748 suffrages exprimés (20,6%) sur 6 979 votants et 8 482 inscrits.

Avec les autres élus gaullistes et la section de Joinville du RPF, Eeckhout demande la révision du procès de l’Affaire Rosenberg, du nom des espions condamnés à mort aux États-Unis. Le conseil municipal vote, à l’unanimité, un vœu en ce sens. Un comité est créé avec les communistes, certains MRP et le clergé d’une des paroisses. Une manifestation, où l’on retrouve le curé et ses trois vicaires, se tient en juin 1953 sur le pont de Joinville avec 200 participants.

Sans doute malade, Eeckhout se fait excuser aux séances du conseil municipal à partir de fin juillet 1956.

Edmond Carlos Désiré Eeckhout meurt le 31 juillet 1957 à Joinville, en cours de mandat. Il était âgé de 74 ans. Décoré de la Croix de guerre avec palmes, il était chevalier de la Légion d’honneur depuis octobre 1930 et chevalier du Mérite agricole depuis janvier 1931.

Edmond Eeckhout, sergent en 1915 (L'Illustration)

 

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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 00:01

Alfred Bruillard naît le 8 octobre 1895 à Lavans-Quingey (Doubs). Il est le fils d’Adèle Marie Eugénie Robardet et de son époux Constant Léon Bruillard, cultivatrices. Le petit village se situe dans la vallée de la Loue. Au tournant du siècle, la famille est installée dans le village voisin de Pointvillers (act. Le Val). Comme les autres des neuf enfants du couple, Alfred aide aux cultures. Il s’oriente ensuite vers la fromagerie et travaille, toujours dans la vallée de la Loue, à Chassans, auprès de Joseph Cousin.

Un peu après le début de la première guerre mondiale, Alfred Bruillard est mobilisé en décembre 1914 au 42e régiment d’infanterie. Sa santé souffre manifestement beaucoup puisqu’il est évacué pour maladie et hospitalisé à cinq reprises (juillet 1915, janvier 1916 (deux fois), octobre 1916, avril 1918) ; il est en outre blessé par une balle à la cuisse gauche en janvier 1917 au Mont-Cornillet, en Champagne, au cours de la bataille de la Marne. Atteint d’une pleurésie, il est envoyé en convalescence pendant plusieurs mois. Il sera attributaire d’une pension de 10% en 1924.

Au cours d’une des période de repos, Alfred Bruillard épouse en septembre 1917 à Palantine (Doubs) Suzanne Marie Julie Cousin, fille du fromager chez lequel il travaille. Le couple et ses deux enfants vont beaucoup changer de domicile. Ils sont en 1922 à Osselle puis en 1925-1926 à Chenecey-Buillon (Doubs). Ils passent dans le département voisin du Jura en 1931 à Condamine.

On les trouve en 1932 d’abord à Pont-Audemer (Eure). Ils se fixent ensuite en région parisienne, d’abord toujours en 1932 à Pantin (Seine, act. Seine-Saint-Denis), où Alfred Bruillard est chauffeur automobile. Ils vivent rue François-Arago puis rue Saint-Louis. Après un passage à Clamart (Seine, act. Hauts-de-Seine), rue de la Voie-Verte, en 1937, la famille s’installe en 19396 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), avenue de l’Île, dans le quartier de Polangis. Alfred Bruillard est devenu employé d’octroi pour la mairie de la commune voisine de Saint-Maur-des-Fossés.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, Alfred Bruillard reçoit une affectation spéciale du fait de son emploi dans les services fiscaux.

Il s’engage dans la résistance à l’occupant allemande et est reconnu comme ayant été membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Ses deux fils, Robert Bruillard (1919-1988) et André Bruillard (1920-1987) furent aussi résistants pendant la guerre.

Un commando de la résistance entre, le 20 août 1944, dans la mairie de Joinville-le-Pont qui devient ainsi une des premières à être libérée en Île-de-France. La municipalité, nommée par les autorités de Vichy avec à sa tête Léon Lesestre, est arrêtée et sera transférée, après le départ des forces allemandes, au camp de Drancy. Sur proposition du comité local de Libération et après avis du comité parisien de la Libération, le préfet de la Seine nomme une délégation spéciale chargée d'administrer provisoirement la commune par arrêté du 26 septembre 1944. Alfred Bruillard en fait partie et fait donc fonction de conseiller municipal. Robert Deloche est président de la délégation, faisant fonction de maire, aux côtés d’adjoints radicaux-socialistes, socialistes ou divers droite et gauche. Le mandat de la délégation prend fin après les élections municipales du 29 avril 1945.

Pour le sixième anniversaire de la Libération, célébré le 26 août 1950 à Joinville, Bruillard représente les anciens membres de la délégation spéciale avec André Lemaire, aux côtés de représentants des formations politiques ou associations locales.

Professionnellement, Alfred Bruillard est employé par la mairie de Saint-Maur où il devient, en 1946, surveillant de travaux.

Alfred Bruillard meurt le juillet octobre 1987 à Sens (Yonne), où il vivait déjà en 1979.

Barricade pendant les combats de la Libération à Joinville, août 1944

 

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18 août 2021 3 18 /08 /août /2021 00:01

Mise à jour de la biographie de Géant, parue le 24/09/2017

Jean Fiacre Géant naît le 1er novembre 1741 à Limeil (act. Limeil-Brévannes, Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Aimée Nanteau et de son mari, Jean Géant, jardiniers. Le patronyme est parfois orthographié Gian, Géan ou Jehan dans les documents paroissiaux, mais son père comme lui signent systématiquement « Géant ». La famille vit ensuite à Lésigny (act. Seine-et-Marne).

Plusieurs historiens (Galtier, Pouvereau et Noly notamment) le prénomment « Jean Jacques », cependant son deuxième prénom est bien Fiacre, comme le confirment sa signature ainsi que les registres paroissiaux et documents d’état-civil.

En 1767, Jean Fiacre Géant est le concierge du marquis de Livry, François Hippolyte Sanguin, dans son château familial de Livry (act. Livry-Gargan, Seine-Saint-Denis). Il épouse, en mai à Chennevières-sur-Marne, Marie Jeanne Laviron, fille d’un maître menuisier de cette commune. Ils auront au moins trois enfants.

La famille réside d’abord à Livry, où naît son premier fils en 1769, puis à Chennevières, où des enfants naissent entre 1770 et 1774. Jean Fiacre Géant est, à cette période, présenté comme bourgeois ou bourgeois de Paris dans leurs actes de baptême.

Il est mentionné à partir de 1784 et jusqu’en novembre 1793 dans les registres paroissiaux de La Varenne (paroisse Saint-Hilaire), alors dans la province d’Île-de-France (act. partie de Saint-Maur-des-Fossés, Val-de-Marne).

Géant est alors cultivateur et laboureur ; il loue avant la Révolution une ferme et des terres dans la boucle de la Marne pour 700 livres de rentes annuelles auprès du duc de Bourbon.

Géant est troisième signataire du cahier de doléances des « habitants de la paroisse de Varenne-Saint-Maur-les-Fossés », rédigé en prévision des états généraux et daté du 14 avril 1789.

Pour l’historien Henri Pouvereau, ce texte « formule des plaintes naïves — le roi tout puissant n'est-il pas une manière de Dieu? — à propos des inondations de la Marne qui déracinent tous les grains et transportent de la vase et du sable ; des années de sécheresse, qui sont plus redoutables encore; du terrain sablonneux qui rend les charrois trop pénibles. — Ah! Si Sa Majesté faisait construire « un pavé» comme tout irait mieux!

Par contre, le ton devient plus âpre quand se trouvent relatés les multiples dégâts occasionnés par le gibier et par « Messieurs les gentilshommes » invités du prince de Condé qui saccagent à plaisir et se rient des poursuites judiciaires. Que justice égale soit rendue aux petits comme aux grands! Que le droit de chasse soit limité!

« Enfin, et pour tant de malheurs, qu'une diminution d'impôts soit accordée à la paroisse. »

Le village de La Varenne est au centre de la péninsule, en réalité presque vide, qui constitue aujourd’hui le territoire de Saint-Maur-des-Fossés. La paroisse Saint-Hilaire, dont il est le siège, compte pour environ 99% du territoire de la future commune. Mais par rapport aux 560 habitants de Saint-Maur et aux 410 de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (future Joinville-le-Pont), les 80 résidents de La Varenne ne pèsent guère, même en y ajoutant les autres hameaux comme celui du Port de Créteil.

Une grande partie de la population se prononce en faveur d’une union des deux paroisses de Saint-Maur et La Varenne, au cours d’une assemblée tenue le 30 janvier 1790, où Géant est élu conseiller municipal de Saint-Maur. En juillet, Géant et Maurice Bouillon pétitionnent avec le maire de Saint-Maur, Richard, pour que le chef-lieu de canton soit situé dans cette commune et non à Charenton.

Mais, malgré le vœu en faveur fusion, Géant défend l’indépendance du territoire de La Varenne, arguant de sa taille malgré sa faible population. Selon Henry Pouvereau (Autour d'un Clocher, Le Vieux Saint-Maur, 1963) « l'argument suivant avait porté: L'autonomie est justifiée par la superficie du territoire de La Varenne, 2824 arpents, alors que Saint-Maur compte seulement 39 arpents, La Varenne ‘paraissait un limaçon portant sa coquille sur le dos’ ». Géant est élu maire de La Varenne le 14 novembre 1790, devenant le premier édile de la nouvelle commune à nouveau séparée de Saint-Maur. Il est remplacé dans cette fonction le 3 novembre 1791 par Bouillon ; Géant devient procureur de la commune.

Le 5 décembre 1791, le Directoire du département de Paris  « Arrête que la commune de La Varenne-Saint-Hilaire restera définitivement réunie avec celle de Saint-Maur ». Géant ne figure pas dans la nouvelle municipalité réunifiée.

Deux ans plus tard, en novembre 1793, Jean Fiacre Géant est le témoin du décès du dernier curé de Saint-Hilaire, le père Jean Baptiste Duval, 60 ans. Cet épisode marque la fin de la paroisse et de l’existence autonome de La Varenne sur le plan spirituel et administratif, après sa disparition politique. Géant a alors 52 ans.

À l’occasion du mariage de sa fille Marie Adélaïde en juin 1793 à La Queue (act. La Queue-en-Brie, Val-de-Marne), il est désigné comme cultivateur à La Varenne tandis que son épouse est mentionnée comme résidant à La Queue.

Lorsque son autre fille, Marie Jeanne, se remarie en janvier 1807, Jean Fiacre Géant et son épouse Marie Jeanne sont signalés comme demeurant à Ozoir-la-Ferrière (act. Seine-et-Marne). Ils ont alors respectivement 65 et environ 70 ans. Quand ladite fille contracte un troisième mariage, en juin 1829 à Brunoy (act. Essonne), sa mère est notée comme décédée tandis qu’il est mentionné à propos de son père qu’il est absent et qu’on en « ignore l’existence. »

Sa date de décès n’est pas connue.

Ancienne église de La Varenne Saint-Maur

 

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

À la fin de l’année 1911, Eugène Voisin, qui reste très apprécié d’une partie de la population, est un maire diminué sur le plan physique, souffrant des jambes, et très affaibli politiquement parlant. Lorsqu’il faut, en novembre de cette année, inaugurer l’agrandissement de la mairie et deux ponts desservant les communes voisines, Voisin doit charger son adjoint, M Villain, de lire son discours. Il reçoit plusieurs témoignages de reconnaissance, comme des pompiers en octobre.

Par contre, les huit élus sur vingt-trois qui composent désormais la minorité du conseil municipal l’attaquent vivement, dans l’assemblée comme dans la Revue de Saint-Maur, qui devient leur organe. Ils insinuent que, comme entrepreneur, il avait intérêt à rester maire et contestent l’attribution des aides sociales par le bureau de bienfaisance, tout en estimant qu’il serait « au bout du rouleau ». La pratique de l’obstruction des contestataires fait qu’il faut quatre séances du conseil pour examiner le compte administratif.

Les élections municipales de mai 1912 sont l’occasion d’une opération inhabituelle sur le plan politique. Les trois tendances d’opposition à la municipalité radicale-socialiste décident de passer un pacte, prenant prétexte de leur soutien à la représentation proportionnelle. Les radicaux dissidents, les conservateurs et libéraux ainsi que les socialistes unifiés de la SFIO conviennent donc de fusionner leurs listes au second tour, au prorata du score obtenu. Par contre, les radicaux-socialistes officiels décident de se présenter seul.

Eugène Voisin, élu depuis 45 ans et maire depuis 24, décide de ne pas se représenter. Il laisse la place à son adjoint Émile Briolay. Le comité radical-socialiste de Joinville tente de retrouver l’unité de ses membres, mais échoue. La liste radicale sera battue et c’est un dissident, Ernest Mermet, qui devient maire tandis qu’un autre est adjoint, Henri Vel-Durand, et un conservateur, Pierre Dalbavie aussi.

Eugène Voisin meurt le 18 juillet 1914 à Joinville. Il était âgé de 80 ans et père d’une fille, Maria Pauline Louise Voisin, mariée à un entrepreneur du bâtiment, Alexandre Pâquet. Leur fils, Charles Pâquet, fut architecte et animateur d’une association historique à Vincennes.

Bien qu’il ait été radical-socialiste, Voisin ne partageait manifestement pas toutes les opinions anticléricales de la majeure partie des radicaux joinvillais. Il ne se montra jamais en première ligne dans les évènements organisés par les libres-penseurs. Il fut inhumé au cimetière de Joinville après une cérémonie à l’église Saint-Charles, le 22 juillet, quelques jours avant le début de la première guerre mondiale.

Eugène Voisin était titulaire de nombreuses décorations. À titre militaire, il portait la médaille 1870-1871. Il avait obtenu une mention honorable de la mutualité en janvier 1896, la médaille de bronze en janvier 1900, celle d'argent en mars 1907 et l’or en janvier 1908. Les Palmes académiques lui avaient été accordées comme officier d’académie puis officier de l’instruction publique en avril 1899. Il avait été fait chevalier du Mérite agricole en décembre 1904 puis officier. La médaille d'or de l’Encouragement au bien lui avait été accordée. Enfin, il avait été créé chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1903.

Une rue de Joinville a été baptisée Eugène-Voisin en janvier 1920 ; c’est l’ancienne rue des Marronniers, où il avait vécu. Un médaillon en bronze portant le portrait de Voisin avait été apposé en juin 1911 dans la mairie agrandie. Son nom figure également sur la plaque des bienfaiteurs de la commune, du fait d’un don fait en 1888.

Parmi les nécrologies publiées, on remarquera celle du quotidien sportif L’Auto, qui remarqua que le disparu « avait fait beaucoup pour la natation. Il avait réussi à faire partager ses idées sportives à la municipalité et avait encouragé toutes les épreuves nautiques qui se disputèrent dans sa ville. »

Fin

 

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20 avril 2021 2 20 /04 /avril /2021 00:01

Suite de la biographie d’Eugène Voisin

Les élections municipales de mai 1908 se déroulent dans un climat qui a évolué depuis le précédent scrutin. Il n’y a plus, a proprement parler, de liste conservatrice. Voisin est à la tête d’une liste estampillée par le comité radical-socialiste, sous l’égide de son président Albert Gallas ; elle intègre cependant des personnalités beaucoup plus libérales, comme Jules Beauvais. En face, une liste est présentée par le comité socialiste évolutionniste. Formée par des indépendants socialistes, elle comprend également d’anciens radicaux et des personnalités de centre-droit. Le parti socialiste SFIO, qui s’est formé en 1905, présente une liste très incomplète, toujours avec Lacroix et Lebègue. Il y a aussi des candidats indépendants, dont Jean Baptiste Gripon, médecin.

Les radicaux et Eugène Voisin mettent en avant « une gestion sage et une administration prudente des finances de la commune ». Ils projettent de réaliser des économies, d’encourager les œuvres laïques d’instruction, d’éducation, d’assistance et de solidarité. Ils affirment leur opposition à de nouveaux impôts et confirment leur volonté de réaliser un compte-rendu de mandat annuel.

Au premier tour, six de ses candidats sont élus, avec Voisin à leur tête. Au second tour, les radicaux laissent un siège aux socialistes évolutionnistes (François Provin) et au docteur Gripon. Ils remportent tous les autres, mais le premier adjoint sortant, Honoré Jullien, est battu. Ce sera Émile Briolay qui le remplacera, au côté de Villain et Voisin. Cependant, le comité radical-socialiste est déçu par la défaite de Jullien, qui en était un des piliers.

Même en l’absence d’une représentation forte des opposants, le conseil municipal va connaître une vie agitée. Le Dr Gripon, qui s’était fait élire pour se défendre d’accusations portées par un autre médecin, attaque le maire sur sa gestion du bureau de bienfaisance, accusation reprise par les socialistes évolutionnistes qui disposent alors d’un journal local, l’Indépendant. Une enquête préfectorale écartera les accusations de Gripon.

Préoccupés d’hygiène, les élus du conseil municipal décident, pour la première fois en mai 1909, l’envoi d’enfants de Joinville à la montagne, en l’occurrence en Ardèche. Voisin défend devant les maires voisins le rôle et l’importance de l’école de gymnastique du Bois de Vincennes. Il installe également un portique dans la caserne des pompiers.

Le climat politique local se tend fortement à partir de la fin de l’année 1909. Le premier prétexte est le mauvais état d’un chemin du quartier de Palissy, abîmé par le passage de charrettes transportant des boues déposées au port de la commune, sur la Marne, par des péniches et transportées ensuite vers des terrains d’épandage. Les riverains se plaignent de la détérioration de leur rue, tandis que l’entrepreneur et la mairie n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’entretien de la voie.

La considérable inondation de toutes les zones basses de la commune, en janvier 1910, du fait de la crue record de la Marne mobilise énormément Voisin, son équipe municipale et les employés. Pendant le désastre, selon le chroniqueur Louis Rey, également conseiller municipal, « La municipalité se décuplait. Les rivalités, les haines politiques disparaissaient ». Il relève que 100 ha sur 300 et 53 rues sur 89 ont été atteintes. Mais la répartition des secours amène de nouvelles tensions, certains des opposants de 1908 tentant de profiter de l’occasion pour mettre en cause les gestionnaires. Ainsi, Théophile Leteuil constitue un comité intercommunal des inondés, dont il se proclame président. Il en profite pour critiquer la gestion de la caisse des écoles communale, ce qui s’avèrera sans fondement. En mai 1911, une affaire de comportement dans l’école publique de Polangis attisera encore plus les animosités entre élus.

À la fin de l’année 1910, la santé de Voisin se dégrade ; il est de plus en plus régulièrement éloigné des activités publiques. Il ne peut pas participer à la réunion de compte-rendu de mandat du conseil municipal qui se tient en février 1911. Elle est l’occasion où se manifeste publiquement la scission de la majorité municipale. D’un côté, les fidèles du maire sont rassemblés autour des adjoints Villain et Briolay et de Louis Rey, chimiste et principal animateur des radicaux-socialistes de la commune. De l’autre, quatre dissidents (Vel-Durand, Mermet, Watrinet et Arnaud) qui prétendent cependant rester membres du parti radical.

Un journal de droite de Saint-Maur, le Courrier libéral, assure que l’affrontement a débuté lors d’une réunion du comité radical de Joinville. Le chroniqueur, Louis Gallas, avocat joinvillais, assure que les dissidents « ne veulent plus obéir servilement aux injonctions de la franc-maçonnerie ! » Il note qu’ils se rapprochent du parti socialiste unifié (SFIO) dont le responsable, Émile Lebègue, graveur sur acier, critique énergiquement la municipalité et en particulier Rey. Avec les dissidents, ils se plaignent de l’apathie supposée de la municipalité. Louis Gallas conclut que « la municipalité, par un défaut de cohésion, est incapable de gérer plus longtemps les affaires de la commune ; c’est que notre maire Voisin n’a malheureusement plus les forces nécessaires pour guider la trirème municipale. La démission collective du conseil municipal s’imposerait. »

À défaut d’un retrait des élus de la majorité, ce sont les dissidents, que deux autres élus ont rejoints, qui démissionnent et, à la faveur de plusieurs autres départs d’élus de 1908, provoquent des élections municipales partielles en octobre 1911. Dans les deux camps, les attaques personnelles se multiplient. Lors du scrutin, les dissidents se représentent, tandis que la mairie laisse René Martin, président de l’Union des commerçants de Joinville, tenter de leur barrer la route. Au soir du second tour, la liste de protestation emporte les sept sièges à pourvoir. Un correspondant de Voix des communes avait présenté de cette façon l’enjeu : « Les élections sont un épisode d’un plan longuement préparé pour renverser l’honorable maire de Joinville et prendre sa place. Les électeurs ont à se prononcer entre deux hommes, Voisin et Vel-Durand. Le corps électoral saura choisir entre l’homme qui l’a toujours servi et l’homme qui s’est toujours servi de lui. »

À suivre

 

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