Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 00:05

La Compagnie française du Bi-Métal, fondée en 1892, emploie au tournant du siècle 240 ouvriers à Joinville-le-Pont (Val de Marne), produisant du fil mélangeant cuivre et acier pour le téléphone, et réalisant également des produits en laiton ou du cuivre rouge pour l’industrie.

Après la catastrophe de 1895, une explosion qui tue quatre personnes et en blesse six autres, l’usine va à nouveau prouver qu’elle est une installation non sans risques. Le 5 avril 1899, un violent incendie se déclare dans la nuit, à 3 heures, dans un des bâtiments de l'usine. Grâce à la mobilisation d’importantes forces de sapeurs-pompiers, le feu qui menaçait de prendre des proportions considérables, est éteint après deux heures de travail.

Mais les accidents industriels ne sont pas les seuls risques pour l’entreprise. En 1904, la direction de l’usine constate la disparition quotidienne de grandes quantités de cuivre et autres métaux. Elle chiffrera le préjudice subi à près de cent mille francs (350 000 €). La Sûreté (préfecture de police de Paris) décide d’enquêter d’une façon originale. Deux inspecteurs MM. Vigneron et Augier, se font embaucher début 1905 comme mécaniciens et travaillent en tant qu’ouvriers pendant quinze jours.

Les policiers masqués identifient alors un certain Charles B., ajusteur, âgé de quarante-deux ans, qui habite Joinville. Une perquisition, opérée le 27 janvier 1905 à son domicile par le commissaire de police de Joinville, M. Rogeaux, permet de découvrir du cuivre et des pièces détachées, pour une valeur de 1 000 francs, et 7 000 francs en liquide, provenant d'une vente de matières volées. Six ouvriers, qui sont désignés comme ses complices, ont été priés de se tenir à la disposition de la justice.

Le directeur de l’usine, M. Franklin, allait avoir une surprise : le lendemain de l'arrestation de ses sept ouvriers, les fuites de matière n’ont pas cessé. Le 28 janvier, les inspecteurs reviennent et se saisissent cette fois de deux charretiers, nommés Jules H. et Eugène L. ; ils emportaient dans leur voiture, dissimulés sous des détritus, plusieurs volumineux sacs de rognures de cuivre.

Constatant qu'ils sont filés, ils tentent de se débarrasser de leurs colis en les jetant à la Marne. Ils sont interpellés avant d’y arriver.

Un siècle plus tard, le vol de matières premières est la plaie des autoroutes et autres réseaux. C’est une des explications de l’abandon, depuis plus deux ans, de la voie auxiliaire des autoroutes A4 et A86 toujours à hauteur de Joinville-le-Pont.

Ø      Pour en savoir plus : Le Matin, 28 et 29 janvier 1905.

Un atelier de l’usine Bi-Métal (source : BNF)

1910_Bi-metal_atelier4.jpg

Partager cet article
Repost0
9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 00:03

Le 8 février 1895, une chaudière explosait à l’usine du Bi-Métal à Joinville-le-Pont (Val de Marne), faisant d’importants dégâts matériels mais surtout quatre morts et six blessés.

Les assurances couvriront les frais de réparation, environ 40 000 francs (136 000 €). Mais l’accident provoque une importante série de commentaires, parmi les ingénieurs en particulier. Plusieurs dizaines d’articles sont publiés sur le sujet, et notamment par la Société des ingénieurs civils de France ou la revue Le Génie civil.

L’analyse la plus fouillée est sans doute celle faite par Michel Hervier, ingénieur civil des Mines, diplômé des Arts et métiers, né en 1842 à Moulins (Allier) (*).

Il commence d’abord par tordre le cou à ce qu’il appelle une « légende » : l'explosion serait la faute du chauffeur, qui aurait laissé la chaudière manquer d'eau. Outre qu’il assure que ce ne fut pas le cas, Hervier démontre que si cette idée est « inscrite dans tous les traités de physique », elle n’est pas applicable aux chaudières à vapeur.

L’ingénieur s’attaque ensuite à une autre rumeur : le chauffeur aurait calé les soupapes de sûreté. L’ingénieur remarque que des ouvriers « ont été trop souvent accusés à tort de cette manœuvre » aussi improbable qu’inutile. Ce n’est donc pas parmi les salariés qu’il faut chercher la cause de la catastrophe.

Michel Hervier revient ensuite sur les calculs, base de son métier. Selon la théorie, il faudrait, pour assurer la sécurité des chaudières du type de celle de Joinville, des tôles d’une épaisseur de 2 millimètres. Mais pour le spécialiste, si ce modèle est admis, son résultat « parait grotesque ». D’ailleurs, aucun industriel ne s’en contente. En général, ils ont des épaisseurs au moins quatre fois plus grandes ; les chaudières de Joinville, avec des tôles de 12 millimètres, était six fois plus épaisses que ce que les calculs préconisaient.

Notre savant remarque que, malgré le respect des normes et même bien plus, il arrive que les chaudières explosent, comme l’exemple de Joinville le montre. Certains ingénieurs ont d’ailleurs essayé de formuler des hypothèses, qu’il qualifie de bizarres, justifiant ces marges de sécurité.

Hervier, qui sera décoré de la Légion d’honneur en 1911, s’inquiète de la fausseté de ces raisonnements, polémiquant avec leurs auteurs les ingénieurs Hirsch, Richard et Bâclé. Il les accuse de proposer une « sécurité illusoire ». Il appelle à lancer des recherches sérieuses sur les véritables causes de ces explosions.

Au dix-neuvième siècle déjà, la sécurité industrielle était un sujet qui traversait la société.

(*) La Science française, 1er et 15 mars 1895.

Un atelier de l’usine Bi-Métal (source : BNF)

1910_Bi-metal_atelier3.jpg

Partager cet article
Repost0
2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 00:01

En 1894, la Compagnie française du Bi-Métal connaît un fort développement. Son procédé de fabrication de fils de cuivre et d’acier, sur des brevets d’Édouard Martin, est médaillé d’argent à l’exposition internationale de Lyon. L’usine de Joinville-le-Pont (Val de Marne) tourne bien.

L’usine est vaste (elle occupe 8 000 m²) ; à l’entrée on trouve à gauche, les bâtiments de la direction ; à droite la loge du concierge ; l'usine est en face précédée d'une grande cour.

Une machine à vapeur d'environ deux cents chevaux est reliée à deux générateurs composés chacun d’une chaudière à vapeur enfermée dans un fourneau en maçonnerie placé sur le sol. Les chaudières, contrôlées par l’administration, fonctionnent correctement depuis quatre ans.

Le vendredi 8 février 1895 est un jour normal. À midi, les ouvriers quittent l’usine pour aller déjeuner ; à une heure moins dix, le chauffeur, M. Madinot, donne le premier coup de sifflet pour les avertir du prochain redémarrage de l’activité. Il vérifie que la pression des machines est bonne, puis s’assoit près de la machine.

Une explosion formidable se produit à ce moment : la chaudière de droite passe devant lui comme une flèche, traverse l'usine et la cour pour aller tomber sur la loge du concierge, qu’elle démolit entièrement. Le haut de la machine s’arrache, et est projetée sur le bâtiment de la direction.

Il y aura quatre morts : le concierge Charles Muck est tué sur le coup tandis sa femme, Marie, ne survit que peu de temps après avoir mis au monde, avant terme, un enfant mort-né. Le comptable, M. Mourgues, meurt le lendemain. Un charretier, M. Goézou, décède des suites de ses blessures.

Parmi les blessés figurent Jeanne, trois ans, fille des concierges, grièvement atteinte, M. Heurtel, le directeur, M. Pinaud, employé aux écritures et trois autres personnes. Par contre, le chauffeur Madinot, qui a assisté de très près à la catastrophe, n'a pas eu une contusion ni une brûlure.

Les ouvriers de l'usine, qui arrivaient au moment de l’explosion, s'empressèrent de porter secours aux blessés. Ils se retrouvent au chômage, l’usine cessant de fonctionner.

La catastrophe provoque un grand mouvement de solidarité. La municipalité lance une souscription, qui recueille 19 000 francs (environ 64 500 €), dont 5 000 viennent de la société et 1 500 du cardinal Richard, archevêque de Paris. L’essentiel est versé aux enfants et familles des victimes, une partie servant à aider les blessés et les ouvriers au chômage.

Les obsèques ont lieu le 15 février 1895, drainant une foule considérable. Elles sont présidées par Eugène Voisin, maire de Joinville-le-Pont. Des élèves de l'école militaire de gymnastique et d'escrime (l’ancêtre du Bataillon de Joinville et de l’INSEP) forment la garde d'honneur. La mairie et l’église sont drapées de noir. Toutes les associations locales sont rassemblées.

Ø      À lire la presse quotidienne qui rend compte abondamment de la catastrophe, et notamment : La Croix, 12 février 1895, La Presse, 15 février, Le Petit Parisien, 20 novembre.

 

1910_Bi-metal_atelier2.jpg

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 00:07

Les articles qui inaugurent cette série ont paru, en 2011, dans le blog Joinville-le-Pont au jour le jour. Ils ont cependant été remaniés pour être plus en phase avec la vocation historique de cette publication. Ils permettent d’illustrer la vie d’une usine métallurgique dans le contexte d’une banlieue populaire : les ingénieurs et leurs soucis, la dangerosité des machines, la grève et le syndicalisme révolutionnaire, la guerre et la bourse…

---

Usines cinématographiques, traitement des eaux, métallurgie, verre, lunetterie… La commune de Joinville-le-Pont (Val de Marne) a un passé significatif en matière industrielle, même s’il n’en reste plus aujourd’hui grand-chose sur le plan économique.

Une de ces entreprises a pour nom Bi-Métal. L’ingénieur Edouard Martin, d’origine lyonnaise s’attaque à un problème né avec le développement du télégraphe (à partir de 1851) puis, un quart de siècle plus tard, le début du téléphone (1879) : le poids des lignes électriques portant ces communications.

Deux métaux étaient jusqu’ici utilisés : le fer était très résistant, mais il fallait des fils de gros diamètres, donc très lourds, car il a une faible ductilité. Le cuivre était un excellent conducteur, mais il avait une faible résistance à la traction ; il fallait donc grossir le fil, ce qui entraînait une dépense considérable.

La Société Martin, Ducamp et Cie exploitait les fonderies et tréfileries de Joinville-le-Pont, situées quai des Usines (l’actuel quai Pierre Mendès-France, aux limites de Saint Maurice et Maisons-Alfort. Edouard Martin, qui dirigeait l’entreprise, a conçu un fil bimétallique mêlant cuivre et acier. L’expérience montra l’efficacité de ce mélange, un peu moins conducteur que le cuivre seul, mais plus résistant que l’acier.

Selon les calculs fait, non seulement le nouveau fil était moins lourd et plus efficace, mais il était bien moins cher, car il utilisait bien moins de matière première : un kilomètre de fil de cuivre pesait 43,7 kilos et coûtait 91,75 francs, tandis que la même longueur de fil bimétallique ne faisait que 25,35 kilos pour un prix de 48,15 francs (*).

Le début de la production industrielle se fit en 1891. L'administration française des postes et télégraphes, qui avait testé le procédé pendant deux ans, fut un important client. Dès le départ l’usine de Joinville exporta ses produits : Suède, Espagne, Angleterre, Grèce, Suisse, Italie, Hollande et même Mexique équipent ainsi leurs réseaux nationaux.

En 1892, Édouard Martin et André Ducamp cèdent leurs brevets à une nouvelle société, la Compagnie française du Bi-Métal, qui exploitera l’usine de Joinville et un établissement à Alfortville puis s’implantera à l’étranger, notamment en Belgique.

(*) La Science française, n° 79, 1er septembre 1892

1910_Bi-metal_atelier.jpg

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Polmorésie, blog d’histoire
  • : Histoire politique, économique, culturelle et sociale au travers des acteurs qui ont se sont engagés dans la vie publique.
  • Contact

Recherche

Liens