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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 00:05

Henriette Le Dieu est la fille d’un capitaine des zouaves pontificaux. Son père, Henry Le Dieu, naît en Écosse, où sa famille avait émigré pendant la Révolution française. Il défend lui aussi des opinions royalistes légitimistes, se mettant au service du comte de Chambord, Henri, prétendant au trône et petit-fils de Charles X. Il combat pour défendre les États pontificaux contre les partisans de l’unité italienne. Battu par les piémontais à Castelfidardo (1860), il participe à la bataille de Mentana (1867) qui voit les Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi échouer dans leur tentative pour libérer Rome et en faire la capitale de l’Italie en cours d’unification. Sa mère, d’origine germano-italienne, Isabelle Kormann, aura sept enfants ; elle vivra avec elle pendant et après la première guerre mondiale.

Henriette épouse à Arras, en janvier 1898, un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un journal républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Arthur, né en 1855, était veuf, et Henriette poursuit avec lui l’éducation de leurs deux enfants, Henri et Albert. Elle lui donne deux filles, Lucie (1898) et Marietta (1902), avant qu’il ne meure d’apoplexie en 1907.

La vie de la jeune veuve va prendre un tour complètement différent du cadre bourgeois dans lequel elle s’était coulée. Elle liquide très vite la grande demeure familiale, prend un appartement et travaille comme professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc de la préfecture du Pas-de-Calais.

La guerre en 1914 va à nouveau bouleverser la famille ; Henri, le fils aîné d’Arthur, médecin, est mort en 1913 ; le cadet, Albert, juriste, décède des suites d’une maladie contractée pendant le conflit. Les quatre femmes sont forcées de fuir, la grand-mère Isabelle rejoint un couvent anglais à Bloxwich en compagnie de Marietta ; Henriette s’installe à Paris avec Lucie où elle devient responsable de la maison d’éducation pour jeunes filles du lycée Molière, dans le quartier de Passy (16e arrondissement).

Lucie va, après avoir travaillé à la Société des Nations à Genève, s’installer en Pologne avec son époux, Adam Rosé, économiste et futur ministre.

Marietta, de retour d’Angleterre, va s’installer dans la maison aménagée au sein du parc du lycée, et aura, pendant toute son existence, une relation extraordinaire avec sa mère. Intellectuelle brillante, polyglotte, Marietta est de santé fragile ; elle passera trois ans en sanatorium. Dès le début de la seconde guerre mondiale, elle s’engage dans la résistance et en meurt.

La vie d’Henriette est marquée par l’activité multiforme de sa fille cadette. Elle l’aide à mettre en forme ses ouvrages, négocie avec les éditeurs. Elle répond à ses courriers quotidiens pendant ses nombreux voyages à l’étranger, en particulier pendant son séjour de trois ans en sanatorium en Suisse. Elle assure également les ressources de la famille, par son travail au lycée et par les investissements immobiliers qu’elle s’efforce de faire dans un quartier en voie d’urbanisation.

L’arrestation de sa fille dans sa propre maison, par les forces allemandes, le 8 février 1942, va marquer une nouvelle étape tragique dans son existence. Henriette multipliera les démarches pour tenter de soulager sa fille, souffrante, pour essayer – sans guère de succès – de correspondre avec elle puis, après sa disparition, pour entretenir son souvenir et diffuser son œuvre.

Marietta Martin s’est engagée avec le réseau de résistance Hector, lié au mouvement Combat. Elle était une des animatrices du journal clandestin La France continue, un organe d’inspiration chrétienne et d’orientation gaulliste, lancé par le diplomate Paul Petit auquel elle s’associe dans l’action. La chambre de Marietta est devenue la salle de rédaction de ce journal, un des premiers vrais organes de presse clandestin. C’est sa mère qui cache les exemplaires du dernier numéro paru, au moment de son arrestation, avant de les détruire.

Après guerre, Henriette Martin Le Dieu publiera des souvenirs sur Marietta. Dans Ici Paris, l’hebdomadaire qui a pris la suite de La France continue avant de devenir peu après un magazine people, elle donne en juillet 1945 des articles alors qu’elle n’a pas reçu de nouvelles du sort de la résistante. Fin 1945, informée de sa mort tragique après sa condamnation par un tribunal allemand, elle publie un livre, Marietta Martin, morte au champ d’honneur.

La mère cherchera, en vain, à retrouver les écrits de Marietta pendant sa captivité ou ceux qui ont été saisis dans sa chambre. Elle parviendra cependant à faire publier certains ouvrages de sa fille, écrits avant le conflit, Adieu temps (1947) et les Lettres de Leysin (1948).

Sa fille aînée, Lucie Adam-Rosé, évoque la vie de sa mère dans la biographie qu’elle publie en 1955, La vie de Marietta Martin.

Le poète Fernand Gregh évoquait Marietta comme « un ange qui aurait pris une plume de ses ailes » pour écrire.

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Henriette avec Marietta et Lucie (à droite), photo M. Zuccato.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 00:11

Lucie naît le 18 octobre 1898 à Arras. Elle est la fille d’Henriette Le Dieu, originaire de milieux militaires et royalistes, et d’un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un quotidien républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Élevée avec deux grands frères, issus d’un précédent mariage du père, elle accueillera sa cadette, Marietta, en 1902.

Son père meurt quand elle n’a que 9 ans, en janvier 1907, d’une crise d’apoplexie à son bureau. Sa mère doit alors assurer la vie de la famille ; elle vend la maison familiale, prend un appartement et devient professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc, toujours à Arras. Les frères font alors leurs études à Lille ; Henri, l’aîné, médecin, meurt en 1913 ; Albert, le cadet, juriste, décède des suites d’une maladie contractée à la guerre.

Le premier conflit mondial en 1914 aura des conséquences directes sur la vie familiale. Lucie doit fuir avec sa mère ; elles s’installent à Paris où Lucie devient élève du lycée Molière (16e arrondissement) tandis que sa mère gère la maison d’éducation pour jeunes filles du même établissement. Marietta et sa grand-mère, Isabelle Le Dieu, embarquent pour l’Angleterre.

Lucie et sa sœur ont bénéficié de bourses d’études d’une fondation américaine, liée à l’université de Harvard. Après guerre, elle travaille à Genève, à la nouvelle Société des Nations. Elle épouse en 1921 Adam Rosé (1895-1951), économiste polonais et s’installe en Pologne avec lui.

Leur premier enfant, Stephen (dit Nino), naît en 1922. Il sera souvent malade, et Lucie fait appel à sa sœur, Marietta, pour l’aider à le soigner. Sa fille, Marie-France (1924-2007), dite Manette, deviendra ensuite, sous le nom de Marie-France Skuncke interprète notamment pour les américains au procès de Nuremberg en 1946, avant de travailler à Paris pour l’Unesco. Elle fut une des première à enseigner l’interprétation simultanée, et fut fondatrice et secrétaire générale de l’Association internationale des interprètes de conférence.

Spécialistes des questions agraires, qu’il enseigne dans les universités de Varsovie et de Lviv, Adam Rosé est appelé au ministère de l'économie en 1931 pour préparer des mesures anti-crise pour pallier à l'effondrement des marchés mondiaux. Il quitte ses fonctions en octobre 1935, suite à des désaccords avec le ministre de l'agriculture Juliusz Poniatowski. Mais, en août 1936, on fait de nouveau appel à lui et il est nommé vice-ministre de l'industrie et du commerce.

La défaite face à l’Allemagne provoque le départ vers la France. En 1940, après avoir coopéré à l'évacuation de l'armée polonaise, il devient consul à Toulouse du gouvernement polonais en exil. Secrétaire de la Croix-Rouge polonaise en France, il contribue à l’accueil des réfugiés. Mais, recherché par la Gestapo, il se réfugie à Genève (Suisse).

Après la guerre, Adam Rosé devient conseiller de Ludwik Grosfeld, ministre du commerce et représente la Pologne dans des commissions de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) qui vient d’être créée. Cependant, en désaccord avec le régime communiste qui s’installe, il émigre à nouveau et rejoint sa famille à Paris en 1949.

Lucie quant à elle s’efforçait, aux côtés de sa mère, de retrouver la trace de sa sœur, Marietta, poète et héroïne de la résistance. Arrêtée en février 1942 alors qu’elle n’avait publié qu’une partie de son œuvre, elle est jugée par un tribunal allemand et condamnée à mort. Elle décède d’épuisement dans une prison de Francfort-sur-le-Main le 11 novembre 1944.

L’édition des livres de Marietta Martin constituera une activité importante. Lucie participe à la publication de Adieu temps (1947), des Lettres de Leysin (1948) ainsi d’un Choix de textes (1961).  

Elle est également l’auteur d’une Vie de Marietta Martin, parue en 1955.

Dans ses souvenirs, sa mère évoque Lucie, bébé bruyant puis enfant modèle, citant notamment des passages du journal qu’elle écrivait pendant la première guerre mondiale. Lucie quant à elle parle de sa sœur comme d’un « autre moi », « cousue à son âme. »

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Lucie et son chien, photo M. Zuccato.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 00:08

Pour la première partie de cette note sur Marietta Martin, voir « Le soleil brille à Leysin »

L’expérience mystique de la poète Marietta Martin est marquée par une prescience de la mort et de l’engagement patriotique. Dans un cahier de 1936, elle écrit : « Nuit ! Nuit ! Non, pour toi, Nuit, il faut partir. Le soldat sait qu’il part demain. Il sait où il part ; il sait qu’il veut partir pour le lieu dont il ne sait pas le nom. Les convois de troupes vers le lieu de l’action montent en ligne pour une destination inconnue. Il n’en sait qu’une et il l’aime, il l’aime tellement, enfin ! »

Marietta Martin entre peu après le début de la guerre dans le Réseau Hector, un important groupe de combat et de renseignement de la zone nord de la France, animé par le colonel Alfred Heurteaux, officier du 2ème Bureau de l'Armée d'armistice.

Elle participe, à la demande du diplomate Paul Petit, au réseau « La France Continue », mouvement de résistance créé notamment par Henri de Montfort, journaliste et secrétaire de l’Institut de France, et Annie de Montfort. Cette dernière fut étudiante aux Langues orientales avec Marietta. On comptait également parmi les collaborateurs l’historien Émile Coornaert, Suzanne Feingold ainsi que le professeur du lycée Buffon Raymond Burgard. La chambre de Marietta, rue de l'Assomption à Paris (18e), devient la salle de rédaction du journal publié par le réseau.

La France Continue, un des premiers véritables journaux clandestins, connaîtra 12 numéros entre 1941 et 1942. Marietta Martin écrit pour le journal et assure, à bicyclette, la diffusion de numéros dans Paris. Elle en expédie également plusieurs milliers d’exemplaires par la poste.

A la suite d'une dénonciation, une perquisition a lieu dans sa chambre au cours de la nuit du 7 au 8 février 1942. Un ouvrage est saisi, intitulé « Avec Charles de Gaulle de Gaulle, avec l’Angleterre ». Il s’agirait selon le jugement rendu en 1943 d’un « écrit politique assez long, rédigé par elle et plusieurs fois remanié » ; il aurait été « mis en lieu sûr » par les autorités allemandes et n’a pas été retrouvé depuis.

Marietta Martin est inculpée de « rédaction et diffusion de publications clandestines » et accusée d'être une militante du mouvement Libération nationale. Incarcérée à la prison de la Santé, elle est déportée le 16 mars 1942 en Allemagne dans huit établissements pénitentiaires successifs. Elle est condamnée à mort le 16 octobre 1943 par le « tribunal populaire » (Volksgerichtshof) de Sarrebruck pour « complicité avec l'ennemi » en même temps que Paul Petit et Raymond Burgard.

Emprisonnée en attente de son exécution à la prison de Cologne elle est soignée par Gilberte Bonneau du Martray, dans la cellule voisine de celles d’Elizabeth Dussauze, Jane Sivadon, Hélène Vautrin et Odile Kienlen. Elle est transférée suite aux bombardements, sur une civière en raison de sa faiblesse, à Francfort-sur-le-Main. Elle y décède le 11 novembre 1944. En 1949, son corps est rapatrié à Paris. Elle est inhumée avec les honneurs militaires au cimetière de Clichy-sous-Bois, car elle a été nommée, à titre posthume, sous-lieutenant, au titre des Forces françaises combattantes.

Marietta a été décorée de la Légion d'honneur et de la Croix de guerre avec palmes. Elle a fait l’objet d’une citation à l'ordre du corps d'armée. La poète fait partie des 157 écrivains morts pour la France dont le nom figure au Panthéon de Paris. Une plaque est déposée sur son ancien domicile rue de l'Assomption à Paris (16e) et une rue du même arrondissement porte le nom de « Marietta Martin ».

Une école est baptisée de son nom dans sa ville d’origine, Arras et une plaque a été déposée sur sa maison natale.

Une allée de la Forêt des écrivains combattants a été baptisée en 1961 du nom de Marietta Martin dans la forêt des écrivains combattants au sein du massif montagneux du Caroux-Espinouse, situé sur le territoire des communes de Combes (Hérault).

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Marietta Martin dans sa chambre de la rue de l'Assomption (Paris, 16e) avant-guerre

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:03

Marietta Martin, née le 4 octobre 1902 à Arras (Pas-de-Calais), est la fille d’Arthur Martin, rédacteur en chef du quotidien d’Arras, le Courrier du Pas-de-Calais, et d’Henriette Martin-Le Dieu. Orpheline de père à l'âge de quatre ans, Marietta vit avec sa mère, professeur de piano à Arras et sa sœur, Lucie. Lors de l'offensive allemande dans le nord de la France en août 1914, sa mère et sa sœur se réfugient à Paris et s'installent dans le 16ème arrondissement, où Marietta les rejoindra après un séjour en Angleterre.

Elle fait ses études secondaires au Lycée Molière, où travaille sa mère, s'inscrit comme étudiante à la Faculté de médecine puis change de voie et prépare une licence de lettres et un doctorat. Elle parle couramment l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien, le polonais et le danois. Musicienne, elle joue du piano et du violon. Marietta voyage dans une bonne partie de l’Europe, malgré une santé très délicate, et fait notamment de longs séjours en Pologne, où vivent sa sœur et son beau-frère, Adam Rosé, diplomate et ministre. Ses voyages lui inspirent la rédaction d’un essai sur Marie-Thérèse Rodet Geoffrin, visiteuse française du roi de Pologne Stanislas Auguste à Varsovie en 1766.

En 1925, elle présente sa thèse de doctorat en littérature comparée sur la vie et l'œuvre d'un médecin allemand qui a eu Stendhal pour patient, le docteur Koreff, qu’elle qualifie d’aventurier intellectuel. Elle poursuit ses travaux par un mémoire sur le Saint-Simonisme qui fait l’objet de deux articles dans le Journal des débats en 1926.

Malade des poumons, Marietta Martin passe plusieurs années en Suisse, dans un sanatorium de Leysin (canton de Vaud) entre 1927 et 1931. Elle y écrit de nombreuses lettres, parfois poignantes, mais toujours gaies et optimistes. Dans un de ces courriers, elle résume sa pensée : « S’il faut lancer un message par le monde, il ne peut pas partir porteur de douleur pour augmenter cette douleur, il serait un faux message. Si c’est un message pour la terre, ce doit être un message de corps et d’esprit ; vivre comme il faut, selon toutes les règles, l’enseignement définitif est : soyez joyeux. Il ne faut pas rester dans le bizarre chemin qui y conduit. »

Elle publie en 1933 son premier ouvrage littéraire, Histoires du paradis. Comme l’ensemble de son œuvre, elle relève d’un style mystique. Marquée par sa culture chrétienne et son affirmation de l’amour comme sens de la mort, elle assure écrire du point de vue de Dieu. Elle écrit « J'ai du respect pour le Dieu qu'ils cachent en eux » et se décrit « J'ai tellement de soleil dans mon cœur que tout ce que je regarde en est illuminé. »

Bien que n’ayant pas d’engagement politique connu, elle accepte de travailler en 1936 pour rédiger les documents de propagande de la campagne électorale de Maurice Tailliandier (1873-1951), député sortant de la 2ème circonscription du Pas-de-Calais (Arras), membre du groupe Républicain et social (droite modérée). Il sera battu par un partisan du Front populaire

En 1938, Marietta Martin rédige en un recueil des poèmes qu’elle signe du pseudonyme de François Captif. Le livre, intitulé, Adieu temps, paraîtra en 1947. En 1939, elle rassemble la plupart de son œuvre, sauf les écrits universitaires, sous le titre d’Enfance délivrée.

(à suivre : Marietta Martin : « Nuit, il faut partir »)

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Marietta Martin

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 00:17

Attention, la date de cette rencontre a été modifiée !

La Société historique et littéraire polonaise et la Bibliothèque polonaise de Paris organisent le vendredi 5 octobre 2012 (17h-20h) une Journée d’études consacrée à Henri et Annie de Montfort.

À partir de leurs archives déposées à la Bibliothèque polonaise de Paris, il s’agit de présenter la vie et l’œuvre de ces deux écrivains Français qui se sont liés à la Pologne dès 1919 et ont contribué à développer les relations culturelles franco-polonaises. Henri (1889-1966) associe son épouse Annie (1897-1944) à toute son action, d’abord, comme envoyé spécial à Varsovie du quotidien Le Temps (1923-1932), puis comme directeur des services administratifs de l’Institut de France. Résistant dès 1940, il crée le journal clandestin La France continue (1941-1942) et agit au sein du réseau Kasanga. Annie, liée au réseau F2 polonais est arrêtée en mars 1943 à Grenoble et mourra à Ravensbrück en 1944. Leur œuvre commune la plus connue, préparée depuis 1930, le Guide Bleu de la Pologne, paraît en 1939.

Société historique et littéraire polonaise - Bibliothèque polonaise de Paris

Site : www.bibliotheque-polonaise-paris-shlp.fr

6, quai d’Orléans 75004 PARIS - Tél. 01 55 42 83 83 - b.skrzypek@bplp.fr

M°: Pont Marie, Saint-Paul, Maubert-Mutualité, Jussieu. Bus: ligne 67

Voir l’article consacré à Annie de Montfort :

Montfort Annie

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 00:07

Suzanne Archambault de Montfort, née Feingold, (1904-1977) est une résistante et patronne de presse française.

Suzanne est née le 2 janvier 1904 à Paris. Elle assure avant la seconde guerre mondiale la fonction de secrétaire de l'Alliance israélite universelle (AIU).

Suzanne Feingold participe à la création de La France Continue, un mouvement de résistance avec notamment Henri et Annie de Montfort, l’écrivain Paul Petit, l’historien Émile Coornaert et la poète Marietta Martin.

La France Continue édite un journal clandestin dont treize numéros paraissent entre juin 1941 et février 1942. Il accueille des contributions de Raymond Burgard tandis que Paul Petit rédige les éditoriaux. L’Alliance israélite universelle s'est intéressée financièrement à la publication. Pour Renée Poznanski, « La Francecontinue est, avec L'Université libre et Témoignage chrétien un des rares journaux résistants à dénoncer la situation faite aux juifs » (*).

Le réseau est démantelé en février 1942, avec l’arrestation suite à une dénonciation de plusieurs de ses membres comme Raymond Burgard, Marietta Martin et Paul Petit qui mourront en Allemagne. Annie de Montfort, arrêtée à Grenoble en 1943, meurt en déportation en 1944.

Suzanne Feingold poursuit son action clandestine, sous le pseudonyme de « Perrin ».

En 1944, elle participe à la reconstitution du secrétariat général de l’AIU, en tant que secrétaire des écoles. Elle est chargée de renouer le contact avec le Service des œuvres françaises à l’étranger (SOFE).

Avec René Cassin, un des dirigeants de l’AIU, Henri de Montfort et Suzanne Feingold font paraître l’hebdomadaire Ici Paris dans la continuité de La France continue.

Le premier numéro paraît le 13 juin 1945. Le nom a été choisi en référence au message d’ouverture de Radio Londres, station de la France libre basée en Angleterre : « Ici Londres, les Français parlent aux Français. »

Le professeur René Cassin, personnalité de l’Alliance israélite universelle, est associé à la fondation de la nouvelle revue dont il est actionnaire. Il rédige un article dans le premier numéro. Suzanne Feingold est présidente et directrice de la publication. En guise de maxime, Henri de Montfort a choisi une phrase de Georges Clemenceau : « Dans la paix comme dans la guerre, le dernier mot appartient à ceux qui ne se rendent jamais... »

Dès 1946, Ici Paris devient un journal populaire, sans contenu politique. L’évolution se fait sous l’impulsion de Suzanne Feingold, qui change complètement la formule, et publie par exemple des pages d'horoscopes, des confidences amoureuses, des échos sur la vie privée des vedettes (**).

Suzanne épouse en avril 1946 à Neuilly-Plaisance (actuellement en Seine-Saint-Denis) Henri de Montfort, qui devient secrétaire général de l’Académie internationale de science politique et d’histoire constitutionnelle. Elle participe à la fondation, en 1966, de l'association des Amis de Milosz‎, qui travaille à la diffusion de l’œuvre du poète français d’origine russe Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz.

Suzanne de Montfort est décédée le 1er mai 1977.

(*) Propagandes et persécutions. La résistance et le "problème juif", 1940-1944, Fayard, Paris, 2008.

(**) Louis Guéry Visages de la presse: histoire de la présentation de la presse française du XVIIe au XXe siècle Victoires, 2006.

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 00:01

Annie de Montfort, écrivain et résistante, est décédée au camp de concentration de Ravensbrück. Selon la plaque commémorative à son nom apposée dans la collégiale Saint-Martin de Montmorency (Val-d’Oise), elle est « morte pour la France et la Pologne. »

Annie, née Arthémise Deguirmendjian-Shah-Vekil, voit le jour le 16 décembre 1897 à Paris. Son père et sa mère, d’origine arménienne, son nés en Turquie et ont fui le pays suite au génocide de 1915. Annie fait des études de médecine et s’installe à Paris pendant le premier conflit mondial.

Elle épouse en 1919 Henri Archambault de Montfort, un spécialiste des questions de l'Est européen, professeur à l'Institut des hautes études internationales et au Centre d'études polonaises de Paris, avec lequel elle publiera plusieurs livres. Ils auront quatre enfants.

Visitant avec son époux l’Europe du Nord-Ouest, Annie de Montfort est co-fondatrice en 1919 de l'Association France-Pologne et en devient la déléguée générale.

Annie de Montfort s’engage très tôt dans la Résistance dès le début de la guerre avec son mari Henri de Montfort, alors directeur des services de l’Institut de France. Ils fondent un journal d’inspiration catholique, La France Continue avec plusieurs intellectuels, comme les écrivains Marietta Martin et Paul Petit, l’historien Émile Coornaert ou le professeur Raymond Burgard.

Douze numéros du journal paraissent entre juin 1941 et février 1942. Imprimé avec soin, au ton violemment anti-Vichy, le journal est un des premiers à évoquer avec précision le sort des Juifs. Son attachement aux valeurs chrétiennes fait qu’il touche, avec dix mille exemplaires diffusés clandestinement, un public différent des réseaux de gauche.

Le réseau est démantelé en février 1942, avec l’arrestation de plusieurs de ses membres. Raymond Burgard, Marietta Martin et Paul Petit mourront en prison en Allemagne en 1944, après avoir été condamnés à mort suite à un simulacre de procès.

Annie de Montfort, qui échappe à la rafle de 1942, continue son activité clandestine. Selon la Société historique et littéraire polonaise et la Bibliothèque polonaise de Paris, Annie est liée au réseau F2 polonais. Pour Henry Aurenche (*), « l'émigration polonaise restée en France s'était groupée, en grande partie, dans le département de l'Isère. Grenoble devint le centre de résistance polonaise et Annie de Montfort y avait de nombreux amis. »

Elle est arrêtée le 18 mars 1943 à Grenoble par la Gestapo italienne pour ses activités de résistance. Elle parvient, d’après Henry Aurenche à assurer la fuite d’un de ses fils, engagé comme lui dans la lutte anti-nazie, et à détruire les documents en sa possession.

Après quelques jours de détention à Grenoble, elle fut transférée à San Remo puis Marseille et Fresnes (Val de Marne) où elle arriva le 23 avril 1943. Elle y resta jusqu'au 22 janvier 1944, date de son transfert vers le camp de transit de Compiègne d’où elle part pour l'Allemagne le 31 janvier 1944.

Elle fait partie des 959 femmes déportées par le transport 175 vers le camp de Ravensbrück. Elle y porte le matricule 27576.

À Ravensbrück, Annie de Montfort participe à la mise en place de structures de résistance avec notamment Émilie Tillion, mère de Germaine Tillion, sociologue et habitante de Saint-Maur-des-Fossés. Les instigatrices du mouvement mènent une action d’éducation. Annie de Montfort organise des conférences sur le vieux Paris et sur l’histoire de la Pologne.

Malade, Annie de Montfort entre au Revier, le dispensaire du camp, le 6 novembre et y meurt le 10 novembre 1944. Germaine Tillion, également internée à Ravensbrück, témoigne qu’Annie de Montfort « quelques minutes avant sa fin, appelait un chauffeur imaginaire. »

Marietta Martin, autre femme écrivain, également engagée dans le mouvement La France Continue meurt le lendemain. La région parisienne était déjà libérée depuis trois mois.

Annie de Montfort a été décorée après sa mort, à titre militaire, de la Légion d’honneur et de la croix d’or polonaise du mérite avec glaives. Son nom figure au Panthéon de Paris, parmi ceux des écrivains morts pour la France.

Parmi les œuvres d’Annie de Montfort, on lira toujours avec intérêt et curiosité deux guides « Pologne », l’un publié chez Hachette, dans la collection « Les Guides Bleus » à Paris en 1939, l’autre repris aux Éditions Nagel à Genève et publié en 1964. Ils témoignent d’une époque où la Pologne avait une toute autre extension territoriale, et rend compte d’un patrimoine en partie disparu.

Elle témoignait d’un « haletant effort de création, continu et réfléchi » dans la Pologne de l’entre-deux guerres.

* Henry Aurenche, in Association des écrivains combattants : Anthologie des écrivains morts à la guerre (1939-1945), Albin Michel, Paris, 1960

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