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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 00:01

Suite de la biographie de Jean-Marie Gille

Bien qu’il n’ait pas, à notre connaissance, de formation particulière en matière scientifique ou technique, Jean Marie Gille, qui est toujours marchand de porcelaines et s’est installé rue du Temple à Paris (3e arr.), va déposer un grand nombre de brevets d’invention. L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) en comptabilise huit, plus deux améliorations de brevets déjà déposés. Le premier brevet, en août 1832, concerne un système de chauffage par la vapeur pour des fauteuils creux et des chauffe-pieds.

En septembre 1840, Gille fait breveter un réflecteur transparent destiné à éclairer les numéros des maisons (au moyen de lampes à huile), et un siphon ventilateur pour allumer le feu dans les cheminées. En 1850, il invente une application au feu de l'argenture sur la porcelaine dite biscuit.

C’est la décoration des pièces qu’il produit, puisqu’il est désormais fabricant depuis 1839, que Gille fait protéger en 1854 : « obtention, à l'aide du laminoir, de la presse emporte-pièce ou rouleau à main, de la broderie et de la gravure en porcelaine et autres ornements, tels que feuilles, fleurs, figures, etc. »

Il est à l’origine en 1856 d’une nouveauté qui connaîtra un certain succès, même si les supports métalliques émaillés ont une diffusion beaucoup plus grande : celle des plaques en porcelaine contenant l'indication du nom des rues et autres renseignements utiles.

La vie à l’intérieur des maisons l’intéresse également, avec le brevet déposé en août 1857 pour « application de la porcelaine blanche et décorée aux patères, servant à accrocher toute espèce de choses ». En juin 1862, c’est un curieux encrier-calendrier qui est le fruit de son imagination.

Enfin, il revient en novembre 1863 au décor sur porcelaine avec l’application de de diamants, perles et pierreries montés dans des chatons métalliques.

C’est en 1837 que Gille crée sa fabrique, qu’il installe rue Paradis-Poissonnière à Paris (10e arr., act. rue de Paradis) tout en conservant sa boutique de la rue du Temple. En 1844, elle emploie 160 ouvriers et est réputée pour la qualité du travail, qui concerne surtout des figures en biscuit et des pièces décoratives recouvertes d’une application d’argent. Cette même année 1844, il expose une cheminée en porcelaine « charmante pour les boudoirs ». Les marques utilisées sont « Gille Jeune Fabricant à Paris » en creux, ou bien un cachet en creux ou en pâte bleue au monogramme GJ. S’installant comme un producteur d’objets de luxe, Gille se fournit en matière première à Limoges et vend également du cristal de Sèvres. Ses productions acquièrent une réputation artistique, confortée par sa participation très fréquente à des salons. .

Gille participe, au moins à partir de 1843, aux expositions nationales organisées à Paris au palais des Champs-Élysées. Il y présente une Sainte-Famille d'après Murillo et un Paysage. En 1844, il revient avec une Tête de Christ, un tableau de fruits et un autre de fleurs. Toujours en 1844, il réalise pour un bateau à vapeur plusieurs tableaux représentant l’histoire de Gil-Blas, inspirée du roman picaresque du siècle précédent.

L’aspect technique du travail de l’atelier de Gille est souligné dans la presse, notamment professionnelle. Sa maîtrise de la cuisson fait qu’il produit des statuettes de grandes dimensions.

Pendant la période révolutionnaire de 1848, en attente d’une reprise du commerce, Gille réalise selon le quotidien Le Constitutionnel (1849/07/31) « des essais coûteux » afin d’incruster de porcelaine dans les meubles en bois ou à des objets en marbre et bronze ainsi que sur des lampes. Le 28 février, il avait été signataire d’une lettre de 17 négociants en porcelaine parisiens qui annonçaient qu’ils avaient « repris leurs travaux habituels », « afin de conserver ce travail aux ouvriers » et « pour raffermir l'ordre et la » confiance que tout bon citoyen doit appeler de tous ses vœux ». Puis, avec l’installation du régime napoléonien et le fort accroissement de la bourgeoisie, l’activité de Gille va connaître son apogée.

La première Exposition universelle à laquelle participe Gille est celle de Londres en 851. Il y obtient une médaille de seconde classe pour un chambranle en porcelaine. En août 1853, un incendie considérable détruit la fabrique Gille à Paris.

Probablement pour assurer sa publicité et conforter sa position, Gille réalise un buste de Louis Napoléon Bonaparte, d’après un modèle du sculpteur Jean-Auguste Barre, dont le premier exemplaire est installé, en novembre 1852, dans la mairie - achevée l’année précédente - de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est ensuite envoyé à celui devenu peu après l’empereur Napoléon III, puis exposé à l’Hôtel-de-ville de Paris lors d’un bal en février 1854.

Lors de l'Exposition universelle de Paris en 1855, Gille recueille une médaille de 1e classe, en particulier pour une Immaculée Conception grandeur nature et une Fontaine à tritons. Il est également fait chevalier de la Légion d’honneur, par l’empereur lui-même, selon le journal La Lumière. Sa nomination porte le motif suivant : « Ancien ouvrier – Progrès et développement dans l’industrie de la porcelaine, et services rendus à la classe ouvrière ». Elle correspond à l’idéologie de la monarchie, le prince Napoléon, président de la commission impériale, ayant déclaré : « chez nous, le soldat peut devenir général, grand industriel le simple ouvrier ! »

Membre du Conseil des Prud'hommes pour les produits chimiques déjà en 1855, et réélu encore en 1865 à cette fonction, Gille défend une conception sociale du monde ouvrier, en particulier pour la promotion de caisses de retraite pour la vieillesse avec certains autres employeurs, comme les sociétés de chemins de fer, la compagnie des Omnibus ou la manufacture de glaces de Saint-Gobain. Gille retient 5% des salaires de ses employés et double leurs cotisations de sa propre caisse.

En couronnement de son ascension sociale, Gille est nommé, en juillet 1858 fournisseur officiel de l’impératrice Eugénie

À suivre

Figurines de l'atelier Gilles Jeune

 

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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 00:01

Début de la biographie de Jean-Marie Gille

Jean Marie Gille naît le 16 fructidor an 6 (2 septembre 1798) à Paris (8e arr.). Il est le fils de Marie Catherine Nel (ou Vel) et de son époux Louis Gille.

La jeunesse de Gille a fait l’objet de plusieurs récits, au caractère peut-être partiellement légendaire. Charles Robin, dans son Histoire illustrée de l'exposition universelle de Paris en 1855 décrit son point de départ : « M. Gille fut un pauvre apprenti. Jusqu’à vingt-cinq ans, simple ouvrier bijoutier, qu’épouvantait surtout la peur de l’avenir. Un jour, sentant que ce n’était point sa vocation, il résolut de changer d’état. Pour toute fortune, il avait cinq francs. Acheter avec ses cinq francs des porcelaines fêlées, les revendre, tel fut son début. Un peu plus tard, il parvint à conquérir une échoppe. Avec le temps, la patience et le travail, l’échoppe devint une boutique, puis un magasin, puis une fabrique qui sera bientôt l’une des gloires du pays. »

Le journaliste du quotidien de Bordeaux La Gironde, P. Barrué, raconte en juillet 1867 : « Enfant, il a enduré toutes les souffrances qu’on put imaginer : la faim, le froid, la maladie. Le récit de ses années d’apprentissage arracherait des larmes aux moins compatissants. Faible, chétif, malingre, abandonné de tous, il eut un moment l’envie folle d’aller chercher le calme et le repos sous les flots verdâtres que la Seine roule au milieu de la grande cité. Par bonheur il était de la race des gens fortement trempés que l’adversité fait plier sans les abattre ; il détourna la tête, et revint dans sa mansarde, après s’être juré de lutter jusqu’au bout. »

L’état-civil de Paris, reconstitué après sa destruction en 1871, livre deux dates pour le mariage de Jean Marie Gille avec Didière Julie Anne Mercier à Paris, octobre 1825 ou janvier 1827. Ils vivent à ce moment rue du Temple à Paris (3e arr.), endroit où est situé le commerce de son frère aîné, Armand Gille. C’est probablement pour se différencier de lui que Jean Marie Gille se fit appeler « Gille jeune » dans sa carrière professionnelle.

Armand Gille (1794-1881) fait commerce d’articles de porcelaine et est également peintre. En février 1832, il s’adresse à la chambre des députés pour lui proposer de mettre en place une caisse de chômage, gérée et surveillée par la Banque de France, en utilisant le fait que les ouvriers doivent, en France, avoir un livret pour être employé. Chaque ouvrier toucherait un franc par jour sans emploi, sous forme d’avance sur son travail à venir. Lorsqu’il reprendrait une activité, une retenue serait faite sur ses journées. Gille suggère que le capital de départ de la caisse soit souscrit par des individus. Si l’assemblée qu’applaudir les vues philanthropiques d’Armand Gille, elle écarte le projet, dont le coût lui paraît élevé et par ce qu’elle craint que ce système aurait « pour résultat de détourner, au moins quelquefois, les ouvriers d’un travail fructueux ». Elle s’inquiète aussi du rôle de collecteur que l’on ferait jouer aux chefs d’ateliers.

Pour sa part, Jean Marie Gille, qui assiste son frère dans la boutique familiale, ouvre en 1829 un second point de vente, rue Meslay à Paris (3e arr.) où il fait du louage de porcelaines à domicile pour les noces, repas ou soirées, s’engeant à faire les livraisons deux heures après la demande.

À suivre

Buste de Jean-Marie Gille

 

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 00:01

Lucien Barberolle naît le 11 octobre 1885 à Corbeil (Seine-et-Oise, act. Essonne). Il est le fils de Sophie Debacker et de son époux Albert Jean Barberolle, graveur sur métaux. Son oncle, Ernest Barberolle, barreur d’aviron avec la Société nautique de la Marne (Seine, act. Val-de-Marne) a été médaillé d’argent aux Jeux olympiques de 1920 à Anvers (Belgique).

Devenu également graveur-ciseleur, après son service militaire (1906-1908), Barberolle épouse en octobre 1909 à Paris (14e arr.) Jeanne Marguerite Descoins, couturière. Ils s’installent dans le 3e arrondissement, rue Commines puis rue des Filles-du-Calvaire, et auront trois enfants.

Pendant la première guerre mondiale est mobilisé comme caporal dans l’infanterie, puis comme sergent fourrier. Il est cité à l’ordre du régiment en avril 1915 en tant que « Agent de liaison qui n’a cessé sous un feu très intense et très meurtrier d’assurer son service ». Il est décoré de la Croix de guerre. À partir de novembre 1915, il est détaché dans plusieurs usines : Chambeyre à La Guéroulde (Eure), Delage à Courbevoie puis Sanglet à Villeneuve-la-Garenne (Seine, act. Hauts-de-Seine). Il est ensuite affecté à des fonctions administratives et démobilisé en avril 1919.

Après-guerre, l’activité de Barberolle se développe et il se présente désormais comme industriel. Il est présenté, en 1925, comme l’inventeur de la combinaison d'une photographie vitrifiée et d'un miroir, qu’il intitule « photo-émail-miroir » et qui est appréciée par la presse spécialisée. Il installe son activité rue de Saintonge, toujours à Paris (3e arr.).

En octobre 1924, Barberolle prend en location une maison en bord de Marne à Joinville-le-Pont, quai Hector-Bisson (act. quai Gabriel-Péri), dans le quartier de Palissy. Il s’implique rapidement dans la vie locale. Il soutient l’activité du Club athlétique de Joinville (CAJ), pour lequel il finance un plongeoir pour son bassin de natation, situé quai Hector-Bisson. Il crée également un Challenge Lucien Barberolle, course d’une heure par relais de trois nageurs, organisé à Joinville de 1927 à 1929.

Lors des élections municipales de mai 1925 à Joinville, Barberolle est candidat sur la liste d’Union républicaine pour la défense des intérêts communaux, conduite par le maire sortant Henri Vel-Durand (radical dissident), qui comprend essentiellement des personnalités libérales et conservatrices. Son programme veut que les lois de laïcité soient « appliquées sans rigueur et sans sectarisme », se prononce pour le maintien de l’octroi appliqué pour l’entrée des marchandises dans la commune, et appelle à l’économie dans les dépenses budgétaires. La liste fait face à deux concurrents : le Cartel de gauche, rassemblant radicaux-socialistes et socialistes SFIO, conduit par Georges Briolay, et la liste du Boc ouvrier et paysan (BOP, communiste). Au premier tour, l’Union républicaine obtient 1 080 voix soit 47,5% des 2 275 suffrages exprimés pour 2 310 votants sur 2 761 inscrits. Le cartel des gauches en a 648 (28,4%) et les communistes 480 (21,1%). Au second tour, malgré le retrait de la liste communiste, l’Union républicaine emporte les 27 sièges à pourvoir avec 1 078 voix. Barberolle est élu conseiller municipal.

Pour les élections cantonales (pour le conseil général du département de la Seine) de juin 1925, Barberolle est candidat dans la 2e circonscription de Saint-Maur-des-Fossés, qui comprend les communes de Créteil, Bonneuil, Joinville et une partie de Saint-Maur. Sous l’étiquette de républicain indépendant, Barberolle recueille au 1er tour 163 voix soit 5,8% des 2 814 suffrages exprimés pour 2 842 votants sur 5 553 inscrits. Il ne se présente pas au second tour où est élu le républicain de gauche (centre-droit) Naudin devant le radical-socialiste Avet et le communiste Muller.

À l’automne 1927, Barberolle le bail de sa maison de Joinville et s’installe à son atelier, rue de Saintonge. Il est candidat pour les élections législatives d’avril 1928, sous l’étiquette de républicain socialiste indépendant (centre droit) dans son arrondissement, se présentant comme commerçant. Il collecte au 1er tour 115 voix soit 0,7% des 15 910 votants sur 18 981 inscrits. Il ne se présente pas au second tour où est élu le républicain de gauche (droite) Louis Puech.

Ayant quitté la région parisienne pour Toulouse en 1933, Lucien Barberolle y est élus en novembre de la même année vice-président et délégué à la propagande de la 17e légion des Croix de guerre dont Louis Deffès, mutilé de guerre et titulaire de la Médaille militaire, est le président.

Après la deuxième guerre mondiale, Lucien Barberolle est membre en tant que sculpteur-graveur de la société des Artistes occitans indépendants. Il participe à plusieurs salons, notamment en 1947 et 1950 à Toulouse. Il présente des panneaux gravés et ciselés, des sculptures en cire et en bronze ainsi que des peintures. Une de ses œuvres, exposée en 1947, s’intitule Le Maquisard.

Barberolle vit rue des Polinaires à Toulouse. La date de son décès n’est pas connue.

 

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 00:01

Suite de la biographie de Louis Rey. (mise à jour)

Rentré en 1873 d’un service militaire marqué par la guerre contre l’Allemagne en 1870 et une expédition en Algérie l’année suivante, Louis Rey retourne en Ardèche, dans le village de ses parents, Le Cheylard. Il est cuisinier quand il épouse, en mai 1875 à Lyon (2e arr.) Marie Louise Eulalie Vénard, cafetière dans cette ville, originaire de Fay-le-Froid (act. Fay-sur-Lignon, Haute-Loire).

Rey vient à Paris cette même année 1875. En 1879, il est embauché comme secrétaire-archiviste à la Chambre syndicale des marchands de vin. Il s’inscrit la même année aux cours du soir des Arts-et-métiers. Il a pour professeur de chimie Charles Boutmy, membre de la Société des ingénieurs civils de France et M. Robinet, ce qui lui permet ensuite d’exercer le métier d’expert chimiste, toujours pour la Chambre syndicale.

Devenu un spécialiste des vins, Rey fait plus de 1 000 expertises par an selon un témoignage de 1908. À la tête de son laboratoire syndical, il oppose au laboratoire municipal parisien. En mars 1889, il demande le changement du directeur de cette institution, qu’il accuse d’incompétence, dans le quotidien La Lanterne. Deux mois plus tôt, ce même journal avait noté que de nombreux débitants de vin s’adressaient à lui après avoir voté pour le général Boulanger lors d’élections législatives partielles, en espérant qu’il allait les débarrasser du laboratoire municipal, et en ayant constaté que ce n’était pas le cas.

S’intéressant beaucoup à la législation viticole, Rey s’oppose notamment aux mesures visant à interdire le mouillage des vins avec de l’eau, une pratique courante, selon lui, mais critiquée par les viticulteurs du Midi de la France. Les marchands parisiens y voient au contraire un moyen de proposer un vin à meilleur marché avec un titrage d’alcool inférieur, pour des productions venant d’Espagne ou d’Algérie.

Sa réputation fait qu’il est nommé en 1905 par les ministres de l’agriculture et du commerce membre de la commission extra-parlementaire chargée d’examiner le règlement d’administration publique pour la répression des fraudes dans les denrées servant à l’alimentation des hommes et des animaux. Désigné également comme expert auprès du tribunal de la Seine, il refuse d’y siéger, faisant état d’un excès de travail.

Constructeur d'appareils scientifiques, Louis Rey est notamment l’inventeur d’un sulfatomètre de poche et à étagère en 1890 et, deux ans plus tard, d’un œnomètre. Il réunit instrument les deux modes les plus usités de dosage de l'alcool, alambic et ébullioscope.

Rey fut le fondateur en 1890 du Syndicat des chimistes et essayeurs de France. Il est en 1904 également le fondateur et administrateur d’une société d’assurance décès et d’achats en commun appelée Les Mille débitants et basée à son bureau du 32, quai des Célestins à Paris.

Les activités professionnelles de Louis Rey lui valent de nombreuses récompenses. Il participe à l’exposition universelle de Paris en 1889 et reçoit une médaille d'or en tant que collaborateur des syndicats. Également partie prenante de l’exposition universelle de Paris en 1900, il cumule une médaille d'argent d’économie sociale et une médaille de bronze pour publication. C’est également pour son travail dans le milieu vinicole que Rey est fait chevalier du mérite agricole en 1891 puis officier en 1904, décoré à chaque fois par les ministres en poste, Develle puis Mougeot.

À suivre.

L'œnomètre de Rey

 

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 00:01

Marcel Miot naît le 18 mars 1897 à Paris (11e arr.). Il est le fils d’Adèle Auberting, blanchisseuse, et de son mari Théophile Miot, sellier, qui vivent passage Saint-Bernard. Il exerce la profession de tapissier.

Mobilisé pendant la première guerre mondiale en août 1916, Miot sert dans le 33e régiment d’infanterie. Il est grièvement blessé par balle et par éclats d’obus en octobre 1917 à Het Sas, dans le quartier de Boezinge de la ville d'Ypres (Flandres occidentale, Belgique). Il est réformé en juin 1918 et bénéficie d’une pension qui sera augmentée à plusieurs reprises et portée à 85% en mars 1939.

Son comportement pendant le conflit lui vaut de recevoir la croix de guerre avec palmes ainsi que la médaille militaire en février 1918. Il est décrit ainsi : « Très bon soldat, plein d’énergie et d’initiative, qui s’est remarquablement conduit en toutes circonstances. »

Exerçant le métier de fabricant de chaises, Marcel Miot épouse en novembre 1923 à Paris (11e arr.) Blanche Joséphine Girey, représentante en broderie. Ils divorceront à Pontoise en octobre 1928.

Résidant désormais rue de Charonne, Marcel Miot se remarie en juillet 1932 à Paris (12e arr.) avec Olga Martin. Ils s’installent à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Polangis, où ils vivent avenue du Parc.

Lors des élections municipales partielles, convoquées en octobre 1934 pour pourvoir à la vacance de dix postes de conseillers municipaux suite à des démissions ou décès, Marcel Miot est candidat sur la liste des républicains indépendants conduite par Henri Pélissier. La liste arrive en seconde position, avec 25,5% des suffrages exprimés, derrière une liste de droite, menée par Charles Chaussée (37%) devant les deux listes de gauche, les communistes de Robert Laforest (17,8%) et les socialistes SFIO de Robert Derivière (17,6%). Miot obtient 584 voix pour 2297 exprimées (25,4%) sur 2360 votants pour 3225 inscrits.

Avant le second tour, la liste des républicains indépendants se retire au profit de la concentration républicaine, qui l’emporte face aux communistes qui bénéficient du désistement des socialistes.

Au cours des élections municipales générales de mai 1935, Miot rejoint cette fois l’Union des républicains, fortement marquée à droite, revendiquant rassembler des « hommes d’ordre et d’action. »

Conduite par Léon Lesestre, la liste de droite arrive en tête au premier tour (32,6%) devant celle du groupement des gauches d’Émile Briolay (radical-socialiste, 26,8%), les communistes de Robert Deloche (23,5%) et les socialistes SFIO de Robert Derivière 12,3%). Miot obtient 922 voix pour 2856 exprimées (32,3%) sur 2923 votants pour 3433 inscrits.

Le second tour voit la fusion des listes de gauche et le maintien des deux autres. L’Union des républicains remporte 41% des votes et 25 des sièges à pourvoir, en laissant deux aux communistes (39%), les radicaux étant éliminés (20%). Miot est élu avec 1155 voix pour 2899 exprimées (39,8%) sur 2924 votants.

L’entreprise de fabrication de sièges de Miot, située rue Godefroy-Cavaignac à Paris (11e arr.) connaît des difficultés et est placée en liquidation judiciaire par jugement en décembre 1936. En avril l’année suivante, Miot signe un concordat avec ses créanciers pour rembourser en six ans 70% du montant des créances.

Marcel Miot meurt le 1er octobre 1942 à Joinville. Il était âgé de 45 ans et ne semble pas avoir eu d’enfants.

 

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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 00:01

Marcel Gaston Jougla naît le 23 mars 1886 à Nogent-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne), en même temps que sa sœur jumelle Joséphine Cécile. Ils sont les enfants de Joseph Marc Jougla, négociant et de son épouse Marie Schmit. Il est orphelin de mère en juillet 1887, année où disparaît également l’associé de son père et témoin de sa naissance, Émile Graffe, fondateur d’une entreprise de production de plaques photographiques et de films, que reprend son père.

Engagé pour trois ans dans l’armée en octobre 1905, servant au 31e régiment d’infanterie, Gaston Jougla est mis en disponibilité en septembre 1906 en tant qu’étudiant en pharmacie.

Après avoir développé l’activité de la société Jougla, Joseph Jougla a installé son usine à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en 1902. Elle devient un important acteur du secteur de l’image avec les plaques Omnicolore, premières à permettre la photographie en couleur, et l’appareil Sinnox. Pour pouvoir peser face aux américains de Kodak, la société fusionne avec sa concurrente, Lumière, basée à Lyon. L’Union photographique industrielle (Établissements Lumière et Jougla réunis) conserve ses deux usines de Lyon (confiée aux Lumière) et de Joinville, dont Gaston Jougla devient le directeur au côté de son père, son oncle Zacharie Jougla quittant sa fonction de responsable technique.

Au cours de la première guerre mondiale, Gaston Jougla est d’abord affecté à la 22e section d’infirmiers puis nommé pharmacien aide-major de 2e classe auprès du gouvernement militaire de Paris. Il prend part à la création en mai 1915 de la Section photographique de l’armée (SPA), dirigée par Pierre Marcel Lévi, critique d’art parisien, professeur à l’école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Elle fusionne en 1917 avec la Section cinématographique de l’armée (SCA).

Au sein de la section, qui emploie 59 photographes, Jougla est chargé de la mise en place des laboratoires. La SPA vise à collecter des clichés, notamment pour répondre à la propagande allemande en direction des pays neutres. Maintenu dans son grade après-guerre, Jougla deviendra capitaine de réserve en décembre 1933.

Un an après l’armistice, Gaston Jougla, redevenu directeur de la société Jougla, épouse Jeanne Eugénie Claire Frager le 11 novembre 1919 à Paris (6e arr.).

Fondé en 1922, l’association Joinville sportif, à la recherche de soutiens, fait appel à Gaston Jougla qui en devient président d'honneur en 1923 ce qui, selon le quotidien La Presse, « fut un gros appoint pour le club cycliste ». Il est remplacé dans cette fonction en 1925 par Delaunay.

En décembre 1923, Gaston Jougla participe, avec notamment Louis Lumière et Léon Gaumont, l’initiative en vue de la création d’une école professionnelle de photographie et de cinématographie. Elle verra le jour de manière concrète en 1926 et sera installée rue de Vaugirard à Paris. Elle est aujourd’hui installée à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) et porte le nom de Louis-Lumière. Gaston Jougla est membre du conseil d’administration en 1930.

Si l’usine de Joinville est d’abord consacrée à des activités techniques, Gaston Jougla est proche de certains artistes du milieu du cinéma, par exemple le réalisateur Jean Vigo.

Après la mort de son père en 1927, Gaston Jougla reste dans la direction de l’entreprise, rebaptisée Lumière. Il semble cependant être principalement actif au siège social, basé rue de Rivoli à Paris (1er arr.) et s’est installé boulevard Raspail (6e arr.).

Lors des élections municipales de mai 1935, le quotidien communiste L’Humanité met en cause « les candidats réactionnaires et Croix de feu de l'Union des républicains, agents des gros industriels, de Pathé-Natan, des frères Jougla, etc. »  C’est cependant la liste de droite de Léon Lesestre qui remporte le scrutin.

La date de décès de Gaston Jougla n’est pas connue. Il est vivant en 1936 et probablement mort en lors du remariage de Jeanne Frager en avril 1945 à Paris (6e arr.), cette dernière étant présentée ultérieurement comme veuve. Ils n’ont semble-t-il pas eu d’enfants.

Au titre du ministère du commerce, Gaston Jougla avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en février 1934, comme son père.

 

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8 décembre 2019 7 08 /12 /décembre /2019 00:01

Zacharie François Jougla naît le 12 février 1852 à Eycheil (Ariège). Il est le second fils de Marie Justine Peyrat et de François Jougla, dit Magré, instituteur primaire. Bien que peu fortunée, la famille est issue d’une lignée noble. Le titre de baron de Paraza, du nom du village de la Narbonnaise (Aude) dont la famille était issue au 16e siècle, était porté par son arrière-grand-père Henri Elisabeth Jougla (1745-1801), également baron de Lignac. Le fils aîné de ce dernier étant mort sans descendance masculine, c’est son neveu, François Jougla, qui devenait le successeur légitime, puis, à sa mort en 1852, son premier fils, Joseph, frère aîné de Zacharie. Ce dernier reprendra le nom « de Paraza. »

Zacharie Jougla devient vite orphelin, son père mourant en octobre 1852 dans le village de Sentaraille (act. Lorp-Sentaraille, Ariège) et sa mère s’éteignant en septembre 1854 dans le bourg proche de Saint-Girons.

Après un service militaire peu après la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Zacharie Jougla de Paraza est nommé sous-lieutenant de réserve en juillet 1878.

Il devient conducteur des Ponts-et-Chaussées, entrant dans l’administration vers 1879 et sera ultérieurement ingénieur. C’est également à la même période qu’il épouse Joséphine Marie Célestine Pujolas, probablement dans le Gard. Elle est native de Sabran, commune de ce département. La famille vit à Alzon, également dans le Gard.

La famille est installée en 1891 à Alfortville (Seine, act. Val-de-Marne). Elle déménage dans la ville voisine de Charenton-le-Pont en 1892. Ses ressources semblent limitées, et elle obtient en 1893 une bourse de demi-pensionnat au lycée Charlemagne à Paris pour le fils aîné, Émile.

Tout en poursuivant son activité dans les Ponts-et-Chaussées, Zacharie Jougla s’associe à son frère Joseph Jougla en 1894, lorsque celui-ci reprend les rênes de la société Graffe et Jougla, après la mort de son fondateur Émile Graffe ; Zacharie Jougla assure la direction technique, tandis que Joseph est en charge de la partie commerciale. Produisant des plaques photographiques et des pellicules pour le cinéma, la société, rebaptisée Jougla en 1898, est installée au Perreux (Seine, act. Val-de-Marne). La famille de Zacharie Jougla s’y installe.

Le développement de l’activité nécessite la construction d’une nouvelle usine, qui est installée en 1902 dans le quartier de Polangis à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Elle va compter jusqu’à 600 ouvriers et être la première à commercialiser, avec la marque Omnicolore, un système de photographie en couleur en 1907. Un appareil photographique, le Sinnox, est aussi produit à Joinville.

Avec son épouse et ses enfants, Zacharie Jougla vit à proximité de son entreprise, d’abord route de la Brie (act. avenue Galliéni) puis avenue du Château (act. avenue Foch). Il assure la comptabilité de la société.

La mauvaise santé de Zacharie Jougla lui vaut, en février 1910, congé de trois mois de son poste de sous-ingénieur des ponts et chaussées de 1e classe, attaché dans le département de la Seine, au service du contrôle de l'exploitation technique du réseau des chemins de fer d'Orléans. Il prend sa retraite de son poste en novembre de la même année.

En avril 1911, pour pouvoir faire face au développement de l’américain Kodak, Joseph Jougla décide de fusionner sa société avec celle des frères Lumière, établie à Lyon. L'Union Photographique industrielle, établissements Lumière et Jougla réunis, société anonyme au capital de 6 720 000 francs, dont le siège est à Paris, 82, rue de Rivoli prend la succession de la société Jougla. L’apport de Jougla est de 24% au nouvel ensemble.

Zacharie Jougla quitte alors ses fonctions et la direction de l’usine de Joinville est confiée à Gaston Jougla, fils de Joseph.

Quittant la région parisienne, Zacharie Jougla et ses plus jeunes enfants retournent dans le Gard et s’installent d’abord à Bagnols-sur-Cèze en 1912 puis à Carmes où il disposait d’une propriété.

Zacharie François Jougla meurt le 14 mai 1914 à Carmes (Gard). Il était âgé de 62 ans et avait eu six enfants. Au moins trois de ses enfants seront officiers, et deux d’entre eux, Émile et Roger Jougla furent décorés de la Légion d’honneur. Le quatrième, Henri Jougla de Morenas, fut l’auteur de plusieurs livres sur la noblesse française.

 

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6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 00:01

Suite de la biographie de Joseph Jougla.

Faisant face à un besoin d’expansion, Joseph Jougla déplace son usine du Perreux à la commune proche de Joinville-le-Pont, dans le quartier de Polangis. Il appelle à ses côtés son frère Zacharie Jougla de Paraza, ingénieur des Ponts-et-Chaussées. En 1907, les premières plaques couleurs du monde, les Omnicolore, sortent de son usine qui produit quarante mille plaques photographiques par jour. Elle exploite un brevet de Raymond de Bercegol, neveu et collaborateur de Ducos du Hauron. L’usine produit également un appareil photographique, le Sinnox. Elle emploie jusqu'à 600 ouvriers dans un terrain de deux hectares, dont 4 000 m² couverts.

Après le décès en juillet 1902 au Perreux de sa seconde épouse, Joseph Jougla s’installe à Joinville, avenue de l’Horloge (quartier de Polangis) avec ses deux plus jeunes enfants, les jumeaux Joséphine Cécile et Gaston, étudiant en pharmacie.

En avril 1911, pour pouvoir faire face au développement de l’américain Kodak, Jougla fusionne sa société avec celle des frères Lumière , établie à Lyon. L'Union Photographique industrielle, établissements Lumière et Jougla réunis, est une société anonyme au capital de 6 720 000 francs, dont le siège est à Paris, 82, rue de Rivoli. L’apport de Jougla est de 24% au nouvel ensemble. La direction des usines de Lyon a été confiée à Auguste et Louis Lumière, celle des usines de Joinville à M. Joseph et Gaston Jougla, son fils.

Joinville-le-Pont devient un important centre pour le cinéma français. Joseph Jougla conseille à Charles Pathé d’installer ses ateliers également sur le bords de Marne, ce qu’il fait dans le quartier voisin de Palissy, toujours à Joinville.

En 1913, le ministre du commerce entend décorer Joseph Jougla de la Légion d’honneur. Mais un courrier, anonyme, transmis à la chancellerie va retarder l’attribution de la décoration. La dénonciation prétend parler « au nom des actionnaires ruinés aux dépens desquels Joseph Jougla s’est enrichi ». L’affaire n’aura pas de suite, malgré une campagne de presse dans le quotidien Le Bien Public, et Jougla sera décoré en juillet 1925 pour les récompenses qu’il a obtenu à l’étranger comme en France et pour « 58 années de pratique industrielle. »

Après avoir passé le relais opérationnel à son fils Gaston, Joseph Jougla se consacre notamment au développement international de l’entreprise.

Joseph Jougla meurt le 21 mars 1927 à Joinville. Il était âgé de 79 ans et est inhumé dans le cimetière de la commune. Outre la Légion d’honneur, il était titulaire des Palmes académiques, en tant qu’officier d’académie depuis janvier 1905. Il avait obtenu de nombreuses distinctions lors de manifestations internationales, comme une médaille d'or à l’exposition universelle de Paris en 1900, un grand-prix à Hanoï (Indochine, Vietnam) en 1903 puis fut généralement placé hors concours dans les expositions ultérieures.

La société prend alors le seul nom des Frères Lumière, mais Gaston Jougla en reste le directeur. Jusqu'à la fermeture de l’usine en 1966, des appareils photographiques y seront fabriqués.

La rue où habitait Joseph Jougla et où se trouvait son usine à Joinville, l’avenue de l’Horloge, est rebaptisée « avenue Joseph-Jougla » en 1932.

Les essayistes scientifiques Danièle et Jean-Claude Clermontel ont classé, dans un livre paru en 2009 (Chronologie scientifique, technologique et économique de la France, Éd. Publibook), Joseph Jougla dans leur liste d’émigrés célèbres, mentionnant qu’il serait originaire de Hongrie. Il s’agit cependant d’une confusion, la provenance de ses familles maternelle et paternelle étant clairement située en Occitanie depuis plusieurs siècles.

Fin.

 

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 00:01

Début de la biographie de Joseph Jougla.

Joseph Marc Jougla naît le 25 avril 1847 à Eycheil (Ariège). Il est le fils de Marie Justine Peyrat et de François Jougla, dit Magré, instituteur primaire. Bien que peu fortunée, la famille est issue d’une lignée noble. Le titre de baron de Paraza, du nom du village de la Narbonnaise (Aude) dont la famille était issue au 16e siècle, était porté par son arrière-grand-père Henri Elisabeth Jougla (1745-1801), également baron de Lignac. Le fils aîné de ce dernier étant mort sans descendance masculine, c’est son neveu, François Jougla, qui devenait le successeur légitime, puis, à sa mort en 1852, son premier fils, Joseph.

En 1867, Joseph Jougla devient conducteur de travaux des Ponts-et-Chaussées et travaille à Foix, préfecture de l’Ariège. Il continuera de revendiquer cette fonction, même après en avoir démissionné en 1889.

Orphelin et aîné, Jougla est dispensé de service militaire Il est cependant volontaire lors du conflit franco-prussien de 1870 et devient officier d’état-major du génie. Il garde son titre d’officier de réserve jusqu’en 1882.

Toujours à Foix, Joseph Jougla épouse en avril 1874 Marie Joséphine Schmit.

En 1883, Jougla s’associe avec Émile Graffe pour fonder une société de fabrication de plaques photographiques, installée dans un quartier de Nogent-sur-Marne (Seine, act. Val-de-Marne) qui sera rattaché, l’année suivante, à la nouvelle commune du Perreux, avenue de Bellevue. Il réside à proximité, rue des Corluis. En 1887, la société produit les premières pellicules photographiques en celluloïd, ce qui contribue au démarrage de l’industrie du cinéma. À la mort de Graffe en mars 1894 Jougla reprend seul l’exploitation de la société, rebaptisée en 1898 Société des plaques, pellicules et papiers photographiques Joseph Jougla.

Après le décès de sa première épouse en 1887, Joseph Jougla s’était remarié, en février 1890 à Saint-Girons (Ariège) avec Hélène Marthe Jalbert. Il est membre correspondant de la Société d'histoire naturelle de Toulouse depuis 1874 et jusqu’en 1896.

À suivre.

Appareil de prise de vue Jougla, 1901

 

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 00:01

Début de la biographie de René Martin

René Charles Martin naît le 27 janvier 1877 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils de Maxence Berthe Martin et d’Eugène Martin, négociant en vins, qui est en même temps son oncle et son époux. Entre 1870 et 1900, Eugène Martin sera conseiller municipal de Joinville pendant 23 ans, se positionnant au centre-droit.

Si les opinions de Martin semblent résolument conservatrices, sa première intervention publique connue se fait dans un hebdomadaire radical-socialiste, Voix des communes, qui critiqua parfois vertement son père. Le 26 juin 1897, il fait publier un article sur « Le privilège de la Banque de France », qu’il critique. Son argumentation tortueuse laisse entendre que les élus de l’extrême-gauche parlementaire (socialistes et la tendance progressiste des radicaux-socialistes), en s’opposant à l’élection de banquiers à la chambre des députés, favoriseraient les actionnaires privés de la Banque de France, dont ils conforteraient ainsi le privilège : « Le voilà bien le mouvement social, le voilà bien. Il marche à pas de géant, d’un géant, hélas !... qui serait écrevisse. »

Dans le numéro suivant, le directeur du journal, Gaston Meynet, ancien maire d’Alfortville, réagit après avoir compris que la personne visée était en fait Jules Ferdinand Baulard, député radical-socialiste de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux, qui couvre Alfortville et Joinville notamment. Meynet assure que, trompé par la critique de la Banque de France, le texte avait « échappé à [son] contrôle habituel ». Il rectifie les propos de Baulard, qui voulait « que la Chambre fût uniquement composée de gens honnêtes et fermement attachés aux principes de la démocratie ».

Le 10 juillet, René Martin réplique que « Le peuple, plus éclairé, ne se laissera plus prendre au piège de vos pompeuses banalités ». Meynet conclut : « on ne saurait (…) avouer plus clairement que ne l’a fait M. René Martin ses tendances réactionnaires et l’intention bien arrêtée de placer, au mépris de la vérité et des plus simples convenances, une plaisanterie de fort mauvais goût contre un homme digne de respect. »

Engagé volontaire pour trois ans dans l’armée, servant au 82e régiment d’infanterie à partir de novembre 1897, il quitte cependant le service dès septembre 1898, en tant qu’élève diplômé des Hautes études commerciales (HEC), où il avait été admis en 1894. Il a le grade de caporal. Dans la réserve, il devient sergent en avril 1899, sous-lieutenant en juillet 1901 puis officier d'administration de 3e classe dans l’intendance en février 1906 et officier d'administration de 2e classe dans les subsistances en avril 1908.

Martin, qui a repris l’activité de distillateur de son père et dispose d’une évidente aisance, acquiert en juin 1900 le célèbre restaurant d’Honoré Jullien sur l’île Fanac, à Joinville, ainsi qu’un hôtel rue des Corbeaux (act. av. des Canadiens), en bordure du Bois de Vincennes.

Il investit, avec un autre distillateur joinvillais et conseiller municipal radical-socialiste, Henri Diot, dans la sucrerie de Baron, dans l’Oise. Avec Schérer, il fait partie en 1911-1913 des trois associés de cette raffinerie.

A suivre

La sucrerie de Baron, Oise

 

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