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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 00:01

Suite de la biographie de Gustave Charton

En janvier 1897, Gustave Charton s’inquiète, dans une lettre publiée dans l’hebdomadaire Voix des communes du sort des ouvriers de l’usine métallurgique du Bi-Métal à Joinville : « Il se produit en ce moment à la compagnie du Bi-Métal de Joinville (connue par la dernière grève et la déplorable catastrophe toute récente, où plusieurs personnes ont trouvé la mort), des faits absolument scandaleux. Les ouvriers employés dans cette usine gagnent de 0 fr. 35 à 0 fr. 40 de l’heure environ, et ne travaillent que la moitié de l’année à peu près, ainsi qu’en font foi quelques lettres qui sont en ma possession. C’est, il faut l’avouer, un assez maigre salaire et l’on se demande comment ces malheureux peuvent s’arranger pour vivre avec si peu de rétribution ; mais là ne s’arrête pas l’infamie capitaliste qui règne en souveraine maîtresse dans cette usine ; en effet, lorsque les ouvriers atteignent la soixantaine, et que la somme de travail produit commence à diminuer, on les jette à la porte comme des malpropres, ces termes sont tirés de la lettre criante de souffrance que m’adresse l’un de ces malheureux.  J’en connais qui depuis 15 et 20 ans travaillent sans discontinuer dans cette usine, et qui viennent de subir le sort accordé à tous ceux qui ont le malheur de voir leurs cheveux blanchir, et dont le travail ne concorde plus avec celui de l’ouvrier en pleine force l’âge. Et voilà ! On emploie des ouvriers, on les use, et lorsque la vieillesse les écrase de sa griffe, on les jette sur le pavé, sans se soucier de savoir s’ils n’ont plus qu’à choisir entre ces trois moyens de vivre : la mendicité, la prison ou l’hôpital. »

Le directeur de la Voix des communes, Gabriel Meynet, ancien maire d’Alfortville (Seine, act. Val-de-Marne), commente longuement l’article : « Charton qui, on le sait, est l’honnêteté et la droiture mêmes, en m’apportant l’article qu’on vient de lire, a tenu à me montrer les témoignages écrits des pauvres diables, mis brutalement à la porte, en plein hiver, comme on jette à la borne de vieilles savates hors d’usage. Ces serfs de l’usine où ils ont travaillé, à peine rétribué environ 1 fr. 75 par jour si l’on tient compte des chômages forcés dus sans doute à l’intermittence des commandes, sont plus mal traités que les esclaves antiques. Ceux-ci vieux, brisés, usés, avaient jusqu’au jour où ils crevaient dans quelques coins, la pâtée et un gîte. Ceux-là, comme dit Charton, ont pour perspective la mendicité, le vagabondage, l’hôpital, la prison.  On ne leur reprochera pas, j’aime à la croire, leur manque de prévoyance. Le pain de la vieillesse, eh, fichtre ! Comment le mettre de côté, quand celui du jour est à peine suffisant pour sa journée ? La bête humaine, dans sa nudité native est parfois singulièrement résistante. Arriver ainsi à la soixantaine, la dépasser et n’être pas si complètement déjetée qu’elle ne puisse dans son métier s’employer utilement ? Que M. le directeur n’aille pas s’imaginer que, de propos délibéré, je m’en prends à lui personnellement et à ses actionnaires de ces tristes conditions. (…) Toutefois, il me permettra de faire appel aux sentiments de solidarité, d’humanité qui sommeillent dans le cœur humain et qui, sous la pression des évènements terribles, en jaillissent en de splendides réveils. Il n’a pas oublié la lamentable catastrophe que rappelait Charton, il se souvient de ces morts et de ces vivants enfoncés sous les décombres, que fouillaient les ouvriers de l’usine au risque d’être écrasés par la chute d’un mur croulant. Ne fut-il pas lui-même parmi ceux que l’irréfléchi dévouement de ces hommes arracha à la mort ? N’en est-il pas parmi ceux qu’il vient de balayer qui ont contribué à ce magnifique sauvetage ? (…)

Le mois suivant, toujours dans le même journal, Charton dénonce des incidents avec un prêtre et la famille pendant la maladie de Robert, libre-penseur joinvillais.

De nouveau, en 1899, Charton vit à Joinville. Il est domicilié 8, rue du Pont, dans le même immeuble qu’un autre socialiste-révolutionnaire, Henri Martinet (1865-1932), ouvrier menuisier, syndicaliste, coopérateur, militant socialiste puis communiste et conseiller municipal de Champigny-sur-Marne (1908-1925).

Jean Gustave Charton meurt le 5 février 1900 à Joinville. Son décès est déclaré à l’état-civil par son fils Fernand Alfred Charton, 23 ans, sous-officier au 153e régiment de ligne en garnison à Toul et par Alexandre Isidore Hénocq, 42 ans, militant du POSR à Joinville.

Ses obsèques rassemblent une assistance nombreuse de militants républicains, socialistes révolutionnaires comme radicaux-socialistes, avec notamment le député radical Jules Ferdinand Baulard, le maire de Joinville Eugène Voisin ou Adolphe Aureau, ancien maire de Saint-Maur. La presse radicale commente son décès. Pour Voix des communes, « Charton était un bon et ferme républicain, un libre-penseur convaincu, qui appartenait depuis un certain nombre d’années au parti ouvrier socialiste révolutionnaire, il comptait beaucoup d’amis parmi les groupes de la démocratie, qui avaient été à même d’apprécier sa loyauté, sa bonne foi, en même temps que la bonté de son cœur et sa courtoisie habituelle ». Le quotidien Le Radical voit en lui un « camarade de combat. »

Une des filles de Charton, Clarisse, épouse en octobre 1901 Alphonse Doret, petit-fils d’Alphonse Demeestère, ancien dirigeant des radicaux de la circonscription. Le mariage est célébré par le maire de Joinville Eugène Voisin tandis que le député Jules Ferdinand Baulard prononce un discours.

Un atelier de l'usine Bi-Métal, Joinville

 

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 00:01

Suite de la biographie de Gustave Charton

Au cours de l'année 1887, Charton est le fondateur et secrétaire d’un Groupe d’études sociales et d’action politique de Joinville-Gravelle (un quartier de Saint-Maurice) ; il s’agit de la plus ancienne structure socialiste connue à Joinville. Le groupe a pour devise : « l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ». Les réunions mensuelles ont lieu au café Bausse, Grande-Rue à Saint-Maurice. L’hebdomadaire radical Voix des communes salue la création du groupe.

Lors des élections municipales de mai 1888, Gustave Charton est candidat sur la liste du comité électoral républicain radical-socialiste, conduite par Alphonse Demeestère, conseiller sortant, et qui comprend également un autre socialiste-révolutionnaire, le tourneur et syndicaliste Jean-Baptiste Boguet (1853-1897). Une réunion publique, avec 300 électeurs présents selon l’hebdomadaire radical, adopte et la liste des candidats le 2 mai.

La liste républicaine modérée du maire sortant, Gabriel Pinson, obtient 17 élus dès le premier tour, et un autre au second ; les radicaux sont trois à rentrer dans le conseil au deuxième tour, Diot, Demeestère et Vaudey. Charton et Boguet sont battus.

Le scrutin législatif partiel du 27 janvier 1889, voit le républicain Édouard Jacques, président du conseil général de la Seine, s’opposer au général Boulanger, qui remporte l’élection. Charton fait partie d’un groupe de Joinvillais ayant souscrit pour soutenir la candidature d’Édouard Jacques dans le journal La Lanterne.

Comme feue son épouse, Gustave Charton est un libre-penseur. Il participe au groupe anticlérical de la libre-pensée de Saint-Maur-des-Fossés en 1887, et est délégué par lui au congrès national en octobre 1891. Il est toujours affilié en 1899.

Ayant déménagé à Saint-Maur en 1892, il réside d’abord rue de La Varenne puis, en 1896, rue Bourdignon, dans le quartier du Parc. Charton milite au sein du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane (POSR). Il est candidat en mars 1896 lors d’élections municipales partielles, dans la 3e section électorale communale, qui couvre le quartier du Vieux Saint-Maur. Charton est élu au second tour avec trois autres socialistes-révolutionnaires.

Son mandat dure peu, puisqu’il est remis en jeu lors des élections municipales générales de mai 1896. Le réaménagement du sectionnement communal en trois secteurs au lieu de quatre fait que Charton se présente cette fois dans la 2e section (Saint-Maur Le Parc). Sa liste arrive en seconde position, derrière la liste républicaine progressiste (droite) mais devant les radicaux-socialistes. Les conservateurs emportent au second tour les huit sièges de la section et ont la majorité au conseil municipal avec 19 élus face à 8 radicaux.

A suivre

 

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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 00:01

Jean Gustave Charton naît le 1er octobre 1835 à Bordeaux (Gironde). Il est le fils de Marie Combes et de son époux Pierre Charton, teinturier. Il va exercer le même métier que son père.

Pendant la Commune de Paris (mars-mai 1871), Gustave Charton est à Paris. Il se présenta lui-même comme « clairon au 228e fédéré ».

Lors des procès qui suivent la fin de l’insurrection, le rôle de Charton est évoqué. Maguiabal, chef de bureau au ministère de l'instruction publique, déclare le 18 août 1871 qu'il a été arrêté le 13 avril par ordre du délégué de la Commune à ce ministère et d'un nommé Charton.

C’est dans le même ministère que Charton rencontre le peintre Gustave Courbet. Ce dernier le fit citer lors de son procès le 14 août 1871. Absent à l’audience pour cause d’indisposition subite, Charton transmit une lettre dans laquelle il rend hommage aux bons sentiments de Courbet, et rappelle les efforts qu'il a faits pour sauver le journaliste Gustave Chaudey. Dans son courrier, Charton ajoute que selon lui, Courbet n'a accepté des fonctions de la Culture que pour se rendre utile au monde des arts.

Si Charton n’est pas mis en cause personnellement, c’est peut-être par prudence qu’il s’éloigne de la capitale et va exercer son métier de teinturier à Corbeil (Seine-et-Oise, act. Corbeil-Essonnes, Essonne). Il est d’abord associé en 1872 à un italien d’origine, Antoine Molinaro, rue Saint-Spire, avant de monter sa propre teinturerie rue des Fossés.

En septembre 1872, Gustave Charton épouse à Paris (11e arr.) une autre teinturière, Alphonsine Léontine Girod, originaire de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Ils auront six enfants. Au moment de son mariage, les parents de Charton résident à Santiago du Chili. À partir de 1882, Charton se présente comme rentier ; il semble conserver la propriété de sa teinturerie.

Après le décès de sa femme à Joinville-le-Pont en mars 1885, Charton vient habiter cette commune. Deux de ses filles y sont élevées par une belle-sœur. Il réside en 1887 au 11, rue du Canal, en limite de la commune de Saint-Maurice.

A suivre

 

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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 00:01

Charles Alexandre Brillaux naît le 19 novembre 1827 à Champigny-en-Beauce (Loir-et-Cher). Il est le fils de Madeleine Rocheron et de son époux Jacques Brillaux, vigneron. Il épouse en septembre 1854, à Montrouge (Seine, act. Hauts-de-Seine), Joséphine Estelle Labitte. La famille s’installe, avant 1857, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où il réside rue de Paris, près de la future gare, qui ouvre en septembre 1859. En 1862, ils déménagent rue du Pont.

Comme l’un de ses frères, Charles Brillaux, qui est comptable, entre dans une société ferroviaire. En 1854, il est le chef d’exploitation de la compagnie du chemin de fer de Paris à Orsay, qui a repris l’année précédente l’exploitation de deux lignes en direction de Sceaux et de la vallée de Chevreuse, partant de la barrière d'Enfer (act. pl. Denfert-Rochereau) à Paris (14e arr.). Présidée par le polytechnicien Jean Claude Arnoux, la compagnie est incluse, en 1857 dans le réseau Paris-Orléans (PO).

Parallèlement à son activité d’administrateur, Charles Brillaux va déposer plusieurs brevets en France et en Belgique. En 1858, il présente avec Damême et Chrzanowski un signal continu de sûreté pour prévenir les rencontres sur les chemins de fer, qu’il améliore l’année suivante. En 1860, il représente Maurice Laudon qui brevète un système de machine locomotive à cylindres oscillants ainsi qu’un système de couverture en ardoises ou tuiles avec tavillons (tuiles de bois).

Faisant montre d’une attention aux questions sociales, Brillaux souscrit en février 1862 pour les ouvriers de Lyon et de Saint-Étienne, en août 1864 pour venir les incendiés de Limoges et, au cours de la guerre franco-prussienne, en septembre 1870, pour la Société de secours aux blessés militaires (act. Croix-Rouge).

À cette même date, Brillaux devient membre du conseil municipal. Il sera réélu dans l’assemblée communale en 1871 et 1874, puis 1881 et 1884 et siégera successivement avec Auguste Courtin (conservateur, maire 1858-1876), Louis Ferdinand Rousseau (bonapartiste, maire 1876-1878) puis Gabriel Pinson (républicain, maire 1878-1888).

Au sein du conseil, Brillaux joue un rôle actif. En janvier 1873, il aide Rousseau, alors adjoint au maire, à établir la liste des pertes subies par les habitants victimes des inondations de la Marne, en compagnie d’un autre conseiller municipal, Alexandre Burgain, et du secrétaire général de la mairie, Fontaine. Le quotidien Le Figaro avait lancé une souscription, qui aurait permis de secourir, selon le journal, 520 personnes à Joinville, soit plus d’un cinquième de la population totale (2 380 habitants en 1872) et plusieurs milliers dans toute la région.

En janvier 1876, Brillaux est délégué du conseil municipal, en compagnie du maître de forges Alphonse Pilté, à une réunion du groupe radical du conseil municipal de Paris qui prépare les élections sénatoriales. Il siège près de Victor Hugo, candidat à ce scrutin.

Suite à la démission de Courtin en septembre 1876, Rousseau devient maire et Brillaux est élu adjoint. Toujours aux côtés de Victor Hugo, Brillaux participe à une « souscription républicaine pour les prochaines élections » législatives, lancée dans le journal des milieux économiques, Le Temps. Il ne figure pas dans le conseil municipal élu en janvier 1878, bien que la quotidien Le Siècle assure qu’il est élu.

Pendant la période où il n’a pas de mandat, Brillaux reste président de la société de secours mutuels des sapeurs-pompiers de Joinville-le-Pont qu’il a fondée en décembre 1877 avec 21 participants et dont il reste responsable jusqu’à sa mort. Il est également désigné comme membre du bureau de bienfaisance communale en 1879.

Brillaux revient aux affaires municipales en 1881, le républicain Gabriel Pinson étant aux affaires avec un conseil où se retrouvent plusieurs radicaux-socialistes. Ils sont réélus en mai 1884, Brillaux figurant sur la liste républicaine du maire, qui recueille une moyenne de 310 voix, soit contre 56 à une liste qualifiée de réactionnaire par la presse radicale. Le score de Brillaux est de 339 votes.

Un conflit éclate en juillet 1884 entre la municipalité et le conseil de fabrique (administration de la paroisse catholique), à propos des sommes qui seraient indûment conservées par le curé sur les recettes des pompes funèbres. Brillaux fait partie, avec Moulinet, Martin et Carpentier, des quatre conseillers municipaux qui refusent de voter pour l’engagement des poursuites contre les gestionnaires paroissiaux.

Brillaux est sélectionné à trois reprises pour siéger dans des jurys de cour d’assises, en mars 1865, novembre 1872 puis février 1888, mais il meurt quelques jours avant cette dernière convocation. Il avait également été retenu comme candidat préfectoral pour des jurys d’expropriation en 1877 et 1886.

Charles Brillaux meurt le 24 janvier 1888 à Nice, où il séjournait à l’hôtel Beau-Rivage. Son décès est transcrit sur l’état-civil de Joinville. Il est enterré à Joinville le 29 janvier. Il avait 60 ans et siégeait depuis 18 ans au conseil municipal où il avait exercé 15 ans de mandat.

Le journaliste Henry Vaudémont, critique vis-à-vis de ses opinions politiques de droite, rend hommage dans l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes, aux « talents d’administrateur » de Brillaux.

Il était père d’une fille, Antoinette Marie Julie Brillaux, née en 1857, qui épousa en avril 1877 à Joinville le Dr Jean Barborin, médecin et initiateur d’une liste conservatrice lors des élections municipales de mai 1892.

Un train à Joinville en 1859

 

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 01:01

Léopold Nicolas Bellœil naît le 15 février 1850 à Tours (Indre-et-Loire). Il est le fils de Marie Anne Bouchot et de son époux, Nicolas Yves Bellœil, serrurier à Paris. Le père exploita une entreprise de meubles en fer dans le quartier de Ménilmontant, qui fit faillite en 1864, avant qu’un concordat soit signé en 1865 avec les créanciers.

Bien que le nom de Bellœil soit clairement confirmé par l’état-civil, l’orthographe « Belfoeil » est régulièrement utilisée, par exemple dans la des recensements de population ou dans l’activité professionnelle.

Mobilisé pendant la guerre franco-allemande de 1870, Léopold Bellœil sera décoré de la médaille commémorative 1870-1871.

Installé avec sa mère à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier du centre, Léopold Bellœil s’y marie en octobre 1878 avec Henriette Cécile Versy, fille d’un tonnelier. Entrepreneur de peinture à Tours avant son mariage, il s’associe avec son beau-frère Paul Eugène Versy dans l’entreprise Belfoeil-Versy, qui, outre les travaux de peinture, vend également du matériel de quincaillerie et de papeterie, y compris du verre à vitre et du papier peint. Elle est installée en 1903 route de la Brie, dans le quartier en développement de Polangis.

De nouveau en compagnie de son beau-frère, Bellœil est candidat lors des élections municipales de mai 1892 à Joinville-le-Pont. Il figure sur la liste d’opposition à la majorité sortante, républicaine et radicale-socialiste, conduite par le maire Eugène Voisin. Elle a été montée par Albert Bocquentin, négociant et conseiller municipal sortant avec le Dr Jean Barborin, médecin, et s’affiche nettement conservatrice. La liste de droite obtient une moyenne de 141 voix, soit 22,1% des 639 suffrages exprimés pour 644 votants ; elle a un élu, Honoré Moulinet, marchand de bois et conseiller municipal sortant, tandis que les radicaux en ont 16 au premier tour et emportent les six postes restants au second. Bellœil avait recueilli 78 votes (12,2%).

Léopold Bellœil meurt le 9 février 1912 à Joinville, âgé de 61 ans. Son épouse était membre de la section de Joinville d’une association humanitaire, la Société de l'allaitement maternel. Ils avaient eu une fille.

Médaille commémorative 1870-1871

 

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 01:01

Arthur Désiré Bethfort naît le 16 août 1827 à Saint-Quentin (Aisne). Il est le fils de Marie Marguerite Adélaïde Carpentier et de Pierre Auguste Quentin Bethfort, tous deux ouvriers, le second résidant à Dallon, Aisne, qui se marient en octobre.

Il s’engage en 1847 dans l’armée et servira dans les sapeurs-pompiers de Paris, qui dépendent de l’infanterie. En 1862, il est sergent. Il épouse en novembre 1866 à Paris (19e arr.) Henriette Célinie Louise Auvray, bardeuse de souliers. Il réside à la caserne de la rue Culture-Sainte-Catherine de Paris (4e arr.). Ils s’installent ensuite, dans le même arrondissement, rue de Sévigné. Ils avaient déjà donné naissance en décembre 1863 à une fille et auront ensuite quatre garçons.

La famille s’installe, vers 1874, à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), où Bethfort est garde-champêtre et sert dans les sapeurs-pompiers, dont la brigade est rattachée au régiment de Paris. Bethfort indique dans un document de 1891 en être l’instructeur et l’un des fondateurs. Les sapeurs-pompiers de Joinville étaient déjà signalés, à ce moment dans le cadre de la garde nationale, en 1868. Toujours en 1874, Bethfort obtient une pension de retraite pour 27 ans de services militaires, dont 12 ans en tant que sergent. Il est encore actif parmi les pompiers de Joinville en 1883 et peut-être jusqu’en 1891.

Bethfort participe à plusieurs souscriptions publiques, en novembre 1871 pour la reconstruction du palais de la Légion d'honneur, incendié lors de la Commune de Paris puis en septembre 1875, en faveur des victimes des inondations de la Marne.

Décoré en novembre 1869 de la médaille militaire, Bethfort obtient une médaille d'argent de sauvetage en mai 1880. Il est récompensé pour avoir, en janvier 1880 avec quatre autres pompiers de Joinville, « bravé tous les dangers de la débâcle des glaces de la Marne, pour porter secours aux personnes surprises par la crue subite des eaux. »

Son rêve est cependant de devenir titulaire de la Légion d'honneur. Il entreprend des démarches en ce sens. Une commission de la chambre des députés, saisie de sa requête, estime, en décembre 1883, qu’elle « aurait dû être adressée au Ministre compétent par la voie hiérarchique ». Le sénat fait de même, en mai 1884, estimant être « dans l'impossibilité de vérifier les assertions de cet ancien militaire. »

Arthur Désiré Bethfort meurt le 5 mars 1891 à Joinville, âgé de 63 ans, sans avoir obtenu le ruban qu’il convoitait. Par contre, deux de ses fils (Eugène et Henri), militaires de carrière, en seront décorés.

 

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 01:01

Jules François Gaconnet naît le 12 août 1843 à Saint-Maurice (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier de Gravelle. Il est le fils d’Anne Célestine Cavin et de son époux Jean Alexis Gaconnet, alors jardinier puis plus tard nourrisseur (éleveur laitier).

Un décret du 2 mai 1868 rattachera une partie du quartier de Gravelle à la commune de Joinville-le-Pont. Jules Gaconnet réside cependant toujours dans la partie saint-mauricienne du quartier en juin 1870 lorsqu’il se marie, à Villiers-sur-Marne (Seine-et-Oise, act. Val-de-Marne), avec Élisabeth Julie Parot, cultivatrice. Il est alors épicier.

Fin 1870, la population des communes riveraines de la Marne se réfugie à Paris pendant les combats de la guerre franco-allemande. Les municipalités de Charenton-le-Pont, Maisons-Alfort, Joinville-le-Pont ou Saint-Maur s’installent provisoirement à Paris, contrairement à celle de Saint-Maurice qui, seule de son voisinage, reste sur place en septembre 1870. Le premier enfant du couple, qui en aura sept, naît le 1er mars 1871 à Paris, avant le début de la Commune de Paris (18 mars), les réfugiés rentrant alors dans les villes et villages périphériques.

Plusieurs Gaconnet sont mentionnés en 1875 comme participant aux souscriptions pour les inondés, suite aux importantes crues de la Marne, récoltées par le commissaire de police de la circonscription de Joinville (qui s’étend sur plusieurs communes, dont Saint-Maurice).

Devenu, comme son père et son frère Paul, nourrisseur, Jules Gaconnet réside à Saint-Maurice jusqu’en 1879. En 1880, il est installé rue du Canal à Joinville-le-Pont. Il va ensuite vivre rue du Pont, au centre-ville, où il est en 1886.

C’est probablement Jules Gaconnet qui va participer de manière active à la campagne des élections législatives des 4 et 18 octobre 1885. Les sources ne mentionnent que le patronyme, il pourrait donc s’agir aussi de son père, Jean Alexis Gaconnet, qui réside également rue du Pont à Joinville ; cependant, son âge (74 ans) et sa faible éducation (il sait difficilement signer de son nom) rendent cette identification peu probable. Il meut d’ailleurs peu après, le 8 janvier 1886.

Peut-être Gaconnet fait-il partie des candidats conservateurs qui ont pris part aux élections municipales de mai 1884 à Joinville ; ils ont alors obtenu une moyenne de 56 voix, contre une moyenne de 310 voix pour les candidats républicains et radicaux, élus sur la liste du maire Gabriel Pinson, soit respectivement 15 et 85% des suffrages exprimés.

En septembre 1885, Gaconnet est signataire d’un appel du Comité conservateur de la Seine, qui se présente comme « l'opposition conservatrice » et soutient une liste de candidats qui réclame « le rétablissement de la paix religieuse », s’oppose aux conquêtes coloniales et réclame l'allègement des charges publiques. Deux autres joinvillais signent ce document, diffusé dans plusieurs journaux comme Le Gaulois et la Gazette nationale, Arnoux et Costes.

Les conservateurs avaient organisé une réunion de soutien à la liste d’Édouard Hervé  et du baron Haussmann le 29 septembre 1885 au cours de laquelle un de leurs candidats, Georges Berry, conseiller municipal de Paris, a pris la parole. Gaconnet intervient également. Les radicaux et républicains, qui constituaient – selon leur journal local Voix des communes – la majorité des assistants, assurent que, malgré une infructueuse tentative de scander « vive l’empereur », c’est aux cris de « vive la République ! » que l’assemblée se sépare. L’hebdomadaire radical assure que Gaconnet « s’agite beaucoup, dès qu’il est à la tribune. »

Le scrutin législatif montre une progression, dans la commune de Joinville, des votes conservateurs, avec 130 voix au second tour (90 au premier), contre 365 aux républicains et radicaux sur 518 exprimés (soit respectivement 25 et 70%). Henry Vaudémont, dans Voix des communes assure que, au vu de ces résultats, « Gaconnet jubile de plus en plus. »

Le dernier enfant de Jules Gaconnet naît en novembre 1887, mais meurt le 9 décembre. Lui-même décède le 15 décembre 1887 à Joinville. La proximité des deux dates peut faire penser à une maladie contagieuse ou à un accident domestique. Il était âgé de 44 ans.

Son épouse continuait, en 1891, l’exploitation laitière à la même adresse de la rue du Pont à Joinville, où elle résidait avec leurs cinq enfants survivants et deux domestiques.

Vue de la rue du Pont

 

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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 01:01

Louis Ferdinand Dehné naît le 20 avril 1846 à Metz (Moselle), où son père, Antoine Ferdinand Dehné, officier d’artillerie, est en casernement. Sa mère est Nanine Marie Cantaloube de Rivières.

Son père, commandant de la place de Strasbourg sous le second empire, s’illustre en Crimée et meurt en 1866. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Louis Dehné, combat à Strasbourg pendant 2 mois, est fait prisonnier, s’évade et rejoint l’armée de la Loire. Il tombe malade et en garde ensuite de « mauvaises jambes. »

Après la fin du conflit, Louis Dehné né dans un territoire annexé à l’Allemagne, opte pour la nationalité française en septembre 1872. Il réside à Paris et entre à la préfecture du département de la Seine comme commis-expéditionnaire dans plusieurs mairie d’arrondissement (20e, 4e, 8e) puis à la Caisse municipale et enfin au bureau des aliénés et enfants assistés.

En août 1880, il se marie à Paris (6e arr.) avec Mathilde Coudevilain, avec laquelle il avait eu un enfant l’année précédente. Ils résident dans l’arrondissement, d’abord rue du Dragon puis rue du Cherche-Midi. Ils migrent plus tard de l’autre côté de la Seine rue du Roule (1er arr.) et rue Geoffroy-Lasnier (4e arr.) mais reviennent, au début du 20e siècle, cour de Rohan (6e arr.).

En parallèle avec son activité de fonctionnaire, Louis Dehné mène une vie intense d’intellectuel. Il écrit sous pseudonyme dans plusieurs journaux depuis le milieu des années 1870. Surtout, il se veut auteur dramatique et chansonnier.

Il signe les paroles d’une trentaine de chansons populaires publiées entre 1885 et 1891, ainsi que d’une opérette, Simplice et Simplette, créée en mars 1887 à l’Éden-concert à Paris. Elle est représentée ensuite dans d’autres salles parisiennes : Les Ternes (1887), l'Eldorado (1888 et 1889), la Pépinière (1889), le Concert Européen (1890). On la joue aussi en province, par exemple à Romilly-sur-Seine et Troyes en 1887 ou Nogent-Ie-Roi en 1897. À l’étranger, Simplice et Simplette, est programmée à Montréal (Québec, Canada) au théâtre Le Montagnard en 1899.

La critique considère l’œuvre comme une « paysannerie (…) très lestement enlevée » » (Le Tintamarre, 1887), une « gentille bluette » mais « pleine de jolis détails. C'est une amourette en quelques pages, le roman naïf et champêtre de deux paysans partie en pèlerinage pour se guérir du mal d'amour et qui se guérissent l’un et l’autre dans un bon baiser campagnard » (Le Petit Caporal, 1889).

Dans ses différentes œuvres, Louis Dehné collabore notamment avec le compositeur Henri Chatau (mort en 1933), l’illustrateur et affichiste d’origine argentine Carlos Clérice (1860-1912) le compositeur né en Belgique Félix Chaudoir (1856-1904), le caricaturiste, peintre, lithographe et affichiste brésilien Cândido de Faria (1849-1911), le compositeur Léopold Gangloff (1859-1899), le parolier; chansonnier et journaliste Maxime Guy (1858-1902), l’auteur-compositeur et chansonnier Gaston Maquis (1860-1908) ainsi que le compositeur Tac-Coen (1844-1892).

Après sa retraite de l’administration en février 1895, alors qu’il n’a pas 49 ans, Louis Dehné va résider régulièrement à Dampmart (Seine-et-Marne), tout en conservant un appartement parisien. En août de cette année, il est mêlé à une affaire de tapage injurieux qui le conduit devant le tribunal de simple police de Lagny. Il est relaxé comme l’un des co-accusés, mais la troisième est condamnée à cinq jours de prison. Pendant trois ans, Dehné collabore au Journal de Seine-et-Marne où il insère des articles sur l’actualité locale ou des poèmes patriotiques. Il envoie également des contributions au quotidien Paris.

Vers 1900, Dehné s’installe à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il devient en août 1901 le correspondant attitré de l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes, prenant le relai de Félix Salmon, céramiste. Il est, après Henry Vaudémont et Salmon, le troisième titulaire de la rubrique et utilise le pseudonyme de Ludovic.

Son premier article est une critique de la méthode de gestion du maire, Eugène Voisin, pourtant soutenu par les radicaux-socialistes qui composent l’essentiel de sa majorité. Selon Dehné, Voisin « n’aime pas que ses administrés récriminent. Maître absolu dans son conseil, composé en grande majorité de républicains plus que modérés, qu’il fait voter au doigt et à l’œil, il n’admet pas la moindre contradiction, surtout si elle émane d’un radical ou d’un socialiste. »

Dans la tradition de la presse locale, Dehné polémique avec deux journaux basés à Saint-Maur-des-Fossés, le Réveil et Liberté, exprimant des positions plus conservatrices. Il explique pourquoi il ne signe pas de son nom : « J’ai pris un pseudonyme pour ne pas que le premier voyou venu vienne m’insulter dans la rue. Mais depuis près de 25 ans que je fais du journalisme, chacun sait que je me tiens toujours à la disposition de tout galant homme qui se trouverait offensé par l’un de mes articles ». En janvier 1902, il écrit à propos d’un de ses contradicteurs : « Jamais au lycée, au régiment, dans l’administration, personne n’a pu réussir à me faire taire. Il faudra au moins qu’il me tue ! »

Malade depuis décembre 1901, Louis Dehné suspend sa collaboration avec Voix des communes en août l’année suivante. Il meurt le 28 septembre 1902 à Paris (12e arr.) à l’hôpital Saint-Antoine, âgé de 56 ans. Il résidait toujours à Joinville, 34, rue de Paris. Décoré des Palmes académiques, il était officier d’académie et avait une fille. Gabriel Meynet, directeur de l’hebdomadaire radical, lui rend hommage le 4 octobre.

 

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12 juillet 2018 4 12 /07 /juillet /2018 01:01

Charles Francois Tirot naît vers 1801 à Juvigny (Aisne). Il est le fils de Marie Dupont et de son époux Charles Tirot.

En novembre 1822, Charles Tirot épouse à Paris Cécile Élisabeth Adrienne Jacquemart. Au décès de celle-ci, en février 1860, Charles Tirot est rentier et réside cité Boufflers (act. cité Dupetit-Thouars) dans le quartier des Enfants-Rouges à Paris (3e arr.).

Il s’installe ensuite à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) où il est nommé par décret membre du conseil municipal le 26 août 1865. Le maire est alors Auguste Courtin, conservateur. Il est élu conseiller municipal lors du scrutin du 25 septembre 1870, qui suit la proclamation de la 3e République et au début du siège de Paris. Auguste Courtin est toujours premier magistrat. Le lendemain où le jour suivant, l’ensemble de la population évacue la commune et se réfugie à Paris. Le siège de la mairie est transféré d’abord au 104, rue du Bac (7e arr.) puis en novembre au 105, boulevard Voltaire (11e arr.).

Le retour des habitants se fait avant le début de l’insurrection de la Commune de Paris, et le conseil municipal se réunit, pour la première fois à Joinville le 1er avril 1871. Le pont reliant les deux rives de la commune a été détruit pendant le siège en novembre 1870 et les combats de la bataille de Champigny, qui se déroulent en partie sur le terrain communal de Joinville à Polangis, font plus de 2 000 morts.

Suite à l’armistice signé le 28 janvier 1871, Joinville eut à loger 3 000 soldats allemands (Wurtembourgeois et Bavarois) jusqu’au 19 septembre 1871, avec un état-major général de brigade et 250 chevaux.

Lors des élections municipales du 29 juillet 1871, Charles Tirot n’est pas réélu.

Charles Francois Tirot meurt le 12 septembre 1874 à Joinville-le-Pont. Il était propriétaire, âgé de 73 ans et résidait 12, quai Beaubourg. Il avait eu au moins une fille et a été inhumé à l’église Saint-Ambroise à Paris (11e arr.).

Le pont de Joinville détruit après la bataille de Champigny

 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 01:01

Marc Félix Broutta naît le 24 novembre 1819 à Marquise (Pas-de-Calais). Il est le fils de Marie Louise Claudine Routtier et de son époux Armand Marc Antoine Fidel Broutta, notaire royal.

En octobre 1839, il est admis à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr (Seine-et-Oise, act. Yvelines) et suit sa scolarité avec la promotion de Mazagran. À la sortie, devenu sous-lieutenant, il choisit la cavalerie. Il sert au sein du 10e régiment de cuirassiers, est nommé lieutenant en 1845 puis capitaine en 1847 et commandant en 1848, en garnison à Vesoul (Haute-Saône), Amiens et Abbeville (Somme).

Ayant rejoint la Garde impériale à Compiègne en 1858, il devient chef d’escadron en 1860 intègre le 4e régiment de cuirassiers où il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1862. Il y est toujours en juin 1869 quand il est décoré officier de la Légion d’honneur. C’est sans doute peu après qu’il devient directeur de l'École de cavalerie de Saumur (Maine-et-Loire). Cependant, le lieutenant-colonel Broutta ne figure pas sur la liste des dirigeants de l’école publiée par le général de Fornel de La Laurencie dans sa monographie de 1935. C‘est probablement parce qu’il n’exerce son mandat que brièvement, Broutta rejoignant son régiment à l’été 1870 pour la guerre avec la Prusse et la confédération allemande.

Le 6 août 1870, lors des combats qui eurent lieu à Froeschwiller-Woerth (Bas-Rhin), la bataille Reichshoffen, Broutta commande en tant que chef d’escadron, le 4e régiment de cuirassiers qui subit de très lourdes pertes lors de charges, présentées ensuite comme héroïques, sur les positions allemandes de Morsbronn et d'Elsasshausen. Après la bataille, le maréchal Mac-Mahon aurait dit : « Des cuirassiers, il n'en reste plus ». Broutta lui-même fut blessé et amputé de l'avant-bras droit par un obus.

Il raconte ainsi son sort : « A Frœschwiller, lors de la grande charge des cuirassiers de la division de Bonnemains, le colonel Billet, qui commandait le 4e cuirassiers (…) était pris par un violent mal de gorge qui l’empêchait de parler. Au moment où nous reçûmes l’ordre de charger, le colonel me confia le commandement du régiment comme étant le plus ancien chef d’escadron. La charge eut lieu ; le colonel en tête. Quelques instants après, M. Billet était grièvement atteint. Moi-même, l’avant-bras droit emporté, je tombai sous les pieds des chevaux ». « Je fus, à la tête (…) renversé par plusieurs balles, qui m'enfoncèrent la poitrine, et par un éclat d'obus, qui m'emporta le bras droit. Le maréchal des logis Michel me trouva par terre presque sans connaissance. (…) Au milieu de cette malheureuse retraite, il me soutint et me porta sur ses épaules durant l'espace de sept kilomètres pour trouver une ambulance et un autre médecin. Fait prisonnier avec moi au village de Reichshoffen, il ne cessa de me donner des soins, couchant sur le carreau auprès de mon lit. »

Après sa libération, il est mis en non activité en mai 1871 pour infirmité et quitte officiellement en juin ses fonctions de commandant de l’école de cavalerie de Saumur. Il envisage d’abord de se fixer à Barèges (Hautes-Pyrénées) mais décide finalement de rejoindre Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne).

Au cours d’un conseil de guerre siégeant à Vincennes (Seine, act. Val-de-Marne) en février 1872, le lieutenant-colonel Broutta témoigne en faveur du maréchal des logis Michel, qui, ivre, avait insulté un adjudant avant la bataille de Reichshoffen. Bien que les faits n’aient pas été contestés, l’intervention de Broutta ayant soulevé une vive émotion, Michel fut acquitté au milieu des applaudissements de l'auditoire.

Les charges cuirassiers de Reichshoffen devinrent une épopée tragique, dont « l'héroïque Broutta » - comme le qualifiait le quotidien Le Gaulois – était un des rares survivants.

A suivre.

 

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