Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 00:01

Joséphine Modeste Bondu naît le 23 novembre 1841 à La Séguinière (Maine-et-Loire). Elle est la fille de Marie Augereau et de son époux Michel Bondu, laboureurs.

Elle fut d’abord bergère à douze ou treize ans, sans avoir fréquenté l’école. À 17 ans, elle entra au noviciat des sœurs franciscaines de Cholet (Maine-et-Loire) en avril 1859 sous le nom de sœur Agnès de Jésus. Elles assurent une fonction de gardes-malades. Dès 1864, la supérieure de la communauté étant paralysée, sœur Agnès fut appelée à la suppléer. Pour être capable d’assumer ses responsabilités, elle apprit à lire et à écrire grâce à la sous-prieure de la communauté. Au décès de la supérieure en 1867, elle prit officiellement le titre et devint mère Agnès.

Après la guerre franco-prussienne de 1870, un moine de l’abbaye de Solesmes, Dom Camille Leduc, décida de fonder une congrégation de servantes des pauvres, pour laquelle il adopta la règle de Saint-Benoit. Il mit à la disposition de la nouvelle œuvre la maison de la rue Saint-Eutrope, à Angers, dont il venait d’hériter au décès de son père. Il sollicita les franciscaines de Cholet, qui acceptèrent et, la nouvelle congrégation des Servantes des pauvres ouvrit en février 1872. Elle établit un noviciat au lieu-dit Les Plaines en août 1873 et reçut son approbation officielle en tant qu’ordre bénédictin en avec à sa tête mère Agnès en mai 1874.

Une laïque contribua à l’établissement de la nouvelle communauté. Françoise Jouin, veuve d’un ébéniste d’Angers, était mère de deux prêtres, Amédée Jouin, qui sera supérieur de l’ordre dominicain, et Ernest Jouin, alors vicaire à Angers et qui devint directeur spirituel des Servantes des pauvres.

En novembre 1883, l’abbé Ernest Jouin, devenu curé de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), sollicita les Servantes des pauvres d’Angers pour établir une communauté dans sa paroisse. Trois sœurs venues d’Angers vinrent s’y installer, baptisant leur maison du nom de  Sainte-Geneviève. La prieure en fut mère Agnès. Outre le service des malades, les sœurs s’attachent, sur les consignes de l’abbé Jouin à prêcher le cathéchisme ; il se réjouit ainsi qu’elles aient converti des agnostiques, une protestante, des juifs, un franc-maçon.

La maison des sœurs servantes des pauvres à Joinville-le-Pont

En conflit avec les autorités municipales, l’abbé Jouin quitte Joinville en 1886. Il assurera ensuite qu’un des motifs de ses mauvaises relations avec la municipalité radicale était l’établissement des sœurs.

L’annonce du départ de Joinville de l'abbé Jouin et de celle possible des sœurs provoqua une pétition, qui obtint 900 signatures, dans une commune qui comptait 3 800 habitants, et fut portée à l'Archevêché. Les sœurs gardes-malades restèrent sur place avec le soutien actif du nouveau curé, Alfred Roustan. Leur maison grandira, abritant 13 gardes-malades en 1936 et rayonnant sur certains quartiers des communes voisines de Saint-Maur et Champigny.

Devenu curé de Saint-Médard à Paris (5e arr.), l’abbé Jouin fait de nouveau appel aux Servantes des pauvres pour sa paroisse. Mère Agnès et trois autres religieuses quittent en novembre 1896 Joinville pour établir la première communauté parisienne de l’ordre. Lorsque le même abbé fut nommé à Saint-Augustin, en 1898, il fit encore une fois appel à elle et à la communauté qui s’y installa en 1901.

Le priorat de la Mère Agnès à Saint-Augustin dura huit années. En 1909, elle célébra le jubilé de ses 50 ans de vie religieuse. À la fin de l’année, malade, elle retourna à la maison-mère d’Angers.

Modeste Bondu meurt le 4 mars 1918 à Angers. Elle était âgée de 76 ans et fut enterrée à proximité du fondateur de l’ordre, Dom Leduc. La messe d’enterrement le 6 mars fut présidée par Mgr Rumeau, évêque d’Angers. Son éloge funèbre a été prononcé par Mgr Jouin, curé de Saint-Augustin à Paris et a été édité.

Le noviciat des Plaines à Angers

 

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie de Joseph Sauvêtre

Peu avant le début de la première guerre mondiale, l'abbé Joseph Sauvêtre quitte la banlieue populeuse de Saint-Ouen pour retrouver la rive gauche parisienne et le quartier latin, en devenant curé de Saint-Etienne-du-Mont, église paroissiale de la montagne Sainte-Geneviève (5e arr.). Il prend la place du chanoine Lesêtre, intellectuel réputé. Le journal mondain Le Gaulois  remarque le contraste : « à un homme d'étude et de science, succède un homme d'œuvres ». C’est l'abbé Jouin, ancien vicaire de la paroisse, qui procède à son installation, soulignant que l'abbé Sauvêtre fut « son commensal » et, selon Le Figaro, lui vouait « tendresse, respect et dévouement. »

Pendant le conflit, l'abbé Sauvêtre mobilise ses paroissiens en invoquant Sainte Geneviève, patronne de Paris. Il publie, en septembre 1916, Sainte Geneviève et l'invasion allemande en 1914, brochure illustrée par Mlle Moreau-Wolff. Il réclame qu’une statue de la saine soit dressée près de la Seine. Dans Dieu et patrie (octobre 1916), il répond à la question : « La victoire de la Marne. Y a-t-il eu miracle ? ». Pour Joseph Sauvêtre, il s’agit « d'un miracle relatif, c'est-à-dire d'une volonté toute spéciale de la Providence qui a tout disposé pour permettre à nos armées de remporter la victoire ». Pour lui, « celle qui, en 451, éloigna, par sa prière Attila et ses Huns des murs de Lutèce » a permis que soient repoussés en septembre 1914 « le nouvel Attila et ses hordes barbares. »

En août 1920, l'abbé Sauvêtre émit le souhait d’apposer une plaque commémorant cette bataille qu’il voulait qu’elle comporte le texte suivant : « Le 6 septembre 1914, les armées allemandes étant aux portes de la cité, Paris recourut à son antique patronne. Trois jours durant, la foule vint prier devant la châsse. Sainte-Geneviève entendit ces supplications. Comme Attila, l’ennemi se détournant de la ville fut vaincu sur les bords de Marne. ». Le quotidien Le Cri de Paris rapporte la polémique qui s’ensuivit dans les services municipaux. Pouvait-on laisser dire que « Paris » avait invoqué sainte Geneviève ? L’administration des Beaux-Arts « opina que le clergé catholique n'avait pas qualité pour parler au nom de Paris. On demanda donc à M. le Curé de substituer au mot Paris l'expression collective les fidèles de Paris. Et M. le Curé, qui est un homme d'esprit, ne fit pas la moindre difficulté pour accepter ce distinguo. »

Après la légendaire défenseuse de Lutèce, l'abbé Sauvêtre, devenu chanoine honoraire, rend hommage aux prestigieux anciens paroissiens de Saint-Etienne du Mont. Il fait graver dans son église le portrait de Frédéric Ozanam, fondateur des Conférences de Saint-Vincent de Paul en décembre 1919. Il célèbre le tricentenaire de Pascal en présence d’autorités politiques et du bureau de l’Académie française en juin 1923. En décembre la même année, il salue la mémoire du cardinal de Richelieu.

En 1925, il met une chapelle de sa paroisse à la disposition de l’église syrienne de Paris, qui permette d’accueillir la population originaire du Liban et du Levant.

Malade, Joseph Sauvêtre quitte son poste de curé de Saint-Etienne du Mont en en février 1929 ; il est remplacé par Joseph Courbe, premier vicaire de Saint-François-Xavier à Paris.

Il quitte Paris et vit en 1936 à Hyères (Var). Il consacre à son ami, Ernest Jouin, mort en juin 1932, une biographie, au contenu hagiographique, qui montre ses talents d’écriture, parie en 1936 chez Casterman. Elle a été rééditée plusieurs fois. Joseph Sauvêtre tente également d’engager la béatification d’Ernest Jouin ; cependant, sa tentative pour promouvoir la cause du protonotaire pourfendeur de la franc-maçonnerie et antisémite n’aboutit pas.

Il s’installe à Vern-d'Anjou (act. Erdre-en-Anjou, Maine-et-Loire) où son frère cadet Eugène Sauvêtre est curé depuis 1911. En juin 1940, l’église paroissiale Saint-Gervais-et-Saint-Protais est endommagée par un bombardement allemand, puis réparée en 1941.

Joseph Sauvêtre meurt le 25 juillet 1949 à Vern-d'Anjou. Il était âgé de 87 ans et était prêtre depuis 64 ans. Il avait obtenu le prix Montyon de l’Académie française en 1937 pour sa biographie de Mgr Jouin.

Fin

 

 

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 00:01

Début de la biographie de Joseph Sauvêtre

Marie Joseph Sauvêtre naît le 27 mai 1862 à Chaudefonds-sur-Layon (Maine-et-Loire). Il est le fils de Françoise Piffard et de son époux Charles Sauvêtre, charron.

Vers 1873, Joseph Sauvêtre vit à Angers et fréquente le petit patronage paroissial de la cathédrale Saint-Maurice initié par le jeune vicaire Ernest Jouin. Il profite des promenades dans la campagne environnante. Il prend part également aux petits spectacles organisés dans ce cadre, La Grammaire d’Eugène Labiche ou l’opérette Les Deux petits Savoyards de Nicolas Dalayrac et gardera ensuite un goût évident pour la mise en scène. Joseph Sauvêtre restera toute sa vie très lié à l’abbé Jouin. Ce dernier raconte, en 1918, l’anecdote suivante : « Je lui avais donné sa première leçon de latin et j'y mis une telle chaleur qu'il faillit s'en évanouir d'émotion. Je cessai du coup mes fonctions pédagogiques. Dès lors, je suis devenu le pourvoyeur des écoles des petits et des grands séminaires. »

De fait, l’abbé Jouin étant devenu en 1875 vicaire de l’église Saint-Etienne du Mont à Paris, il fait venir Joseph Sauvêtre au petit séminaire de Notre-Dame des Champs, dont il fut un des plus brillants élèves selon la presse. Il poursuivit ses études au séminaire Saint-Sulpice, toujours à Paris puis fut ordonné prêtre en 1885.

À ce moment, l’abbé Jouin est curé de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Le tout nouvel abbé Sauvêtre, qui n’a pas de fonction officielle, le rejoint et s’occupe notamment du catéchisme dans la paroisse.

Toujours sans attribution bien définie, Sauvêtre suit Ernest Jouin, nommé second vicaire de l’église Saint-Augustin à Paris (8e arr.) en août 1886. Ce n’est que cinq ans plus tard, en mars 1891, qu’il est à son tour vicaire à Saint-Augustin. Au départ de l’abbé Jouin en 1894, il se voit confier la direction du patronage paroissial, fondé par ce dernier et qui a pris une certaine ampleur.

Retrouvant une cure, celle de Saint-Médard (Paris, 5e arr.), Ernest Jouin fait de nouveau appel à son disciple, et obtient qu’il soit nommé, en juin 1895, second vicaire de sa nouvelle paroisse. Il se charge d’œuvres caritatives. Il met également en scène les pièces musicales produites par l’abbé Jouin, notamment La Nativité et La Passion, des mystères chantés qui jouissent d’une certaine réputation, malgré les réticences d’une partie de l’épiscopat. Après le départ de Jouin pour la cure de Saint-Augustin en 1898, Sauvêtre, resté à Saint-Médard, poursuit ses représentations et est nommé premier vicaire.

Quittant le centre intellectuel de Paris, l'abbé Sauvêtre est nommé curé à Saint-Ouen (Seine, act. Seine-Saint-Denis) en janvier 1907. L’archevêque de Paris, le cardinal Richard, décide de dédoubler certaines paroisses des quartiers populaires du département de la Seine : Montreuil, Asnières, Clichy et le quartier de Clignancourt à Paris (18e arr.) sont concernées. Sauvêtre devient ainsi le premier curé de l'église neuve Notre-Dame du Rosaire. Le quotidien socialiste L’Humanité, qui note cette nomination alors qu’il n’évoque pas habituellement les mouvements du clergé, fait remarquer que « la séparation a libéré l'évêque de l'obligation de demander une autorisation » pour faire cette modification des circonscriptions du culte catholique, ce qui était le cas jusqu’en 1905.

Dans sa nouvelle paroisse, l'abbé Sauvêtre s’efforce de promouvoir le « théâtre chrétien », moyen selon lui de concourir « au relèvement moral de la classe ouvrière ». Il ouvre, en novembre 1908 la salle Jeanne-d'Arc. Il y représente de nouveau en décembre 1909 puis en janvier 1911 La Nativité et en mars 1910 La Passion. Le quartier culturel Comoedia remarque en voyant La Passion en avril 1911 qu’il s’agit d’un « spectacle, d'amateurs, qui, avec des facilités de mise en scène bien utilisées, a été non sans raison applaudi. »

Il accueille aussi en février 1910 une pièce sociale de Noyal-Méricour, Notre pain quotidien, qui raconte les épisodes d'une grève ou, en mars 1912, Joseph, opéra biblique d’Étienne Mehul.

Joseph Sauvêtre s’implique également dans le domaine social. Il fait ouvrir une chapelle, dédiée au Sacré-Cœur de Cayenne, dans un quartier très populaire où vivent de nombreux cheminots. Il lance, en décembre 1913 dans le quotidien conservateur L’Univers un appel en faveur des habitants de « la zone » : « Là, vivent un millier de familles, sans autre abri que des baraquements dont se contenteraient à peine des animaux. Là, dans une promiscuité funeste, vivent des familles de huit et dix personnes. Là, des vieillards abandonnés attendent vainement leur admission dans quelque asile; là, des orphelins, sollicitent d'être recueillis ; là, des femmes chargées de quatre, cinq et six enfants, demandent du pain et des vêtements pour leurs pauvres petits ». Il appelle « les désœuvrés et les riches » qui « passent dans leurs équipages et automobiles pour aller au champ de course » à soulager ces « misères sans nom. »

Il préside en avril 1914 une réunion de propagande de la section de Saint-Ouen du syndicat des employés, pilier de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et encourage ses paroissiens à se syndiquer.

À suivre

L'abbé Sauvêtre, 1931

 

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 00:01

Suite de la biographie d’Ernest Jouin

L’évêque d’Angers ayant accepté le départ d’Ernest Jouin pour Paris, il devient en 1875 vicaire de Saint-Étienne-du-Mont, église paroissiale de la montagne Sainte-Geneviève (5e arr.). C’est un quartier estudiantin, avec la Sorbonne, l’école Polytechnique, la faculté de droit ou le collège de France, ainsi que cinq collèges ou lycées. Deux années plus tard, il est chapelain de la basilique Sainte-Geneviève, toute voisine, où il se charge de prédication, tout en reprenant des études théologiques, qui lui permettront, en septembre 1879, d’obtenir le grade de maître en théologie et le diplôme de docteur, délivré à l’abbaye de Flavigny. La basilique devait être désacralisée et redevenir le Panthéon en 1880.

Atteint d’une pleurésie, l’abbé Jouin était en ce qui le concerne parti en convalescence à Arcachon (Gironde), où il assume quelques fonctions au sein de l’église Saint-Ferdinand pendant un séjour de 18 mois. De retour à Paris début 1882, L’abbé Jouin est nommé curé de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en juillet.

Il prend la succession de l’abbé Georges Moreau (1842-1897), prêtre et essayiste, qui allait ensuite, en tant qu’aumônier en prison acquérir une certaine réputation en affichant son opposition à la peine de mort et aux mauvais traitements dont étaient victimes les prisonniers. Le nouveau curé rejoint une paroisse récente, puisque créée en 1860. Il n’a probablement pas de vicaire, mais un de ses anciens élèves du patronage d’Angers, l’abbé Joseph Sauvêtre, vient le rejoindre, sans fonction officielle. Il restera son ami pendant toute sa vie et sera son biographe.

À Joinville-le-Pont, Ernest Jouin a affaire à plusieurs élus républicains et radicaux, comme le maire, Gabriel Pinson, le restaurateur Honoré Jullien ou Jules-Ferdinand Baulard, ancien ouvrier devenu industriel, un temps communard et ardent défenseur de la cause laïque. Conseiller municipal de Joinville depuis 1881, ce dernier devint conseiller général de Charenton en 1884, puis député en 1889. Les relations virent à la confrontation.

Le nouveau curé hérite d’un conflit, provoqué par un contrôle, en 1881, des comptes du conseil de fabrique qui gère les fonds de la paroisse par le secrétaire général de la mairie, Fontaine. Les élus municipaux trouvaient que les recettes des pompes funèbres, perçues par le prêtre, responsable de la morgue municipale, étaient maigres. L’audit établit qu’il manquait à l’appel 1 200 francs. Le curé répondit qu’il avait mis cette somme dans sa poche, « ainsi que ça se fait toujours ». Il refusa de reverser les fonds ; l’archevêque de Paris assura qu’il n’avait fait que « suivre un usage ancien commun aux paroisses suburbaines ». En conséquence de ce refus, la municipalité décida de supprimer l’indemnité de logement versée au prêtre, qui ne disposait pas d’un presbytère. Dans un souci d’apaisement, l’archevêque nomma, en juin 1882, l'abbé Moreau aumônier de l'hôpital militaire Beaujon à Paris.

Plutôt que de chercher la conciliation, l’abbé Jouin va se lancer dans un combat juridique épique, transformant son bureau en un cabinet de conseil. L’affaire des recettes des pompes funèbres sera clôturée par une lettre du ministère de l’intérieur et des cultes de mars 1884 : « il y a lieu de prendre acte de l’aveu de M. l’Archevêque qui reconnaît qu’une bonne comptabilité ne saurait admettre cet usage ». Cependant, l’administration conclut : « mais la restitution des sommes perçues soulèverait de nombreuses difficultés ». Par contre, plusieurs questions connexes occuperont les tribunaux parisiens.

À la demande du conseil municipal, le ministre décide de dissoudre en février 1885 le conseil de fabrique qui, outre le curé et le maire, membres de droit, comprend des deux délégués du préfet et trois personnes nommées par l’archevêque. Un nouveau conseil doit être composé et le préfet nomme sur proposition du maire, deux francs-maçons notoires, Jules Ferdinand Baulard et Honoré Jullien, tandis que l’archevêque tarde à nommer ses remplaçants. Ayant à faire approuver le budget, le curé convoque, en avril, le maire et les membres de l’ancien conseil révoqué. Mais le maire, Gabriel Pinson, vient avec les nouveaux désignés. La séance se termine par des cris et des échauffourées, qui l’amènent à porter plainte pour avoir été jeté à terre. Lors du premier procès en juillet 1885, Jules Ferdinand Baulard indiquera que les membres révoqués les ont traités de « canailles, libres-penseurs, francs-maçons, buveurs d'absinthe et de vermouth » tandis que l’abbé Jouin assure que le maire a qualifié ses supporteurs de misérables et de voleurs.

Un des fabriciens est condamné en première instance à six jours de prison, peine commuée en appel en novembre en 16 francs d’amende. Après cassation en janvier, ils écopent tous de 25 francs d’amende en février 1886. En dernière instance, le conseil d’État confirme les peines, la révocation des membres du conseil et la qualification de « rébellion contre la loi » de leur attitude.

Pendant les péripéties judiciaires, l’abbé Jouin avait diffusé une Lettre aux paroissiens, tandis que le conseil municipal répliquait en diffusant le courrier du préfet révoquant le conseil de fabrique, dont les anciens membres publiaient une Lettre à la population dénonçant des « cabales montées par M. le maire à tous les carrefours de la commune » et « un parti prix haineux. »

À côté de son combat contre les autorités municipales, l’abbé Jouin obtient l’installation, en novembre 1883, d’une communauté de Servantes des pauvres, venues d’Angers, sous la conduite de mère Agnès (Modeste Bondu). Les trois premières sœurs, en plus de leur fonction de garde-malades, auraient obtenu des conversions : « des agnostiques, une protestante, des juifs, un franc-maçon » selon le biographe d’Ernest Jouin.

Il est également proche des sœurs Céleste et Caroline Amiel, issues d’une famille qui a compté plusieurs conseillers municipaux et un célèbre peintre portraitiste. Elles font don à la paroisse d’une maison, devenue le presbytère.

Manifestement inquiet de la tournure prise par l’affrontement politique entre le curé et les élus, l’archevêque tente de convaincre l’abbé Jouin de demander son déplacement. Il finit par décider de le nommer vicaire de l’église Saint-Augustin à Paris en juillet 1886. Une pétition, diffusée en particulier par les sœurs Servantes des pauvres et les demoiselles Amiel et qui aurait eu 900 signatures, avait demandé son maintien.

Commentant, en 1917, son départ de Joinville, l’abbé Jouin l’interpréta ainsi : « Je fus chassé par une municipalité franc-maçonne pour avoir fondé les sœurs Servantes des pauvres. »

À suivre

Le cardinal Dubois et Ernest Jouin en 1928

 

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 00:01

Début de la biographie d’Ernest Jouin

Ernest Jouin naît le 21 décembre 1844 à Angers (Maine-et-Loire). Il est le fils de Françoise Cousin et d’Amédée Marin Jouin, artisan ébéniste.

Après le décès de son père quand il a quatre ans, Ernest Jouin est confié à sa grand-mère, à Bierné, puis à sa tante, à Ménil, jusqu’à ses sept ans. Il fut, comme ses deux frères, inscrit au réputé collège de Combrée (Maine-et-Loire), où il souffrit cependant, du fait d’une constitution fragile, des conditions spartiates de l’internat. Négligeant quelque peu le grec et le latin, s’intéressant plus à la littérature française, Ernest Jouin affirma sa vocation religieuse dès l’adolescence : « Aujourd'hui, 28 juillet 1861, moi, Jouin Ernest, âgé de seize ans, je me suis consacré au Cœur de Jésus. (…) De plus, aujourd'hui, j'ai fait à Jésus vœu de chasteté. »

Il décida, l’année suivante, de rejoindre son frère aîné Amédée, qui venait d’entrer comme novice dans l’ordre dominicain. Le noviciat était situé à l’abbaye Saint-Pierre de Flavigny-sur-Ozerain (Côte-d'Or) et Ernest Jouin y fut admis en septembre 1862. Il prit alors le nom de frère Mannès, son frère étant devenu le frère Augustin.

Pour son éducation religieuse, Ernest Jouin rejoignit ensuite le noviciat de Saint-Maximin (Bouches-du-Rhône), où il devint profès en septembre 1863, le même jour que son frère. Le régime conventuel ne lui réussissant guère en matière de santé, il séjournait l’été chez sa mère, puis revenait à Saint-Maximin avant d’être de nouveau affecté à Flavigny en 1865. Face à ses difficultés persistantes, il renonça en 1866, rentra à Angers et intégra le séminaire. Il fut ordonné prêtre en février 1868.

Toujours souffrant, il ne fut pas chargé d’un ministère plein, mais désigné comme surveillant des études du jeune François, fils du comte Roullet de la Bouillerie, dans son château de Lathan à Breil (Maine-et-Loire). Quand son élève intègre un collège jésuite, il fut nommé en juillet 1879 vicaire de Brézé, petite paroisse du Saumurois. Il retourne à Anger comme vicaire de la paroisse Saint-Joseph en avril 1871 puis, en septembre la même année, vicaire de la paroisse cathédrale Saint-Maurice. Pendant cette période, sa mère fut l’instigatrice de la création de la Congrégation des Servantes des Pauvres, vouée au service des malades indigents.

L’abbé Jouin crée un patronage pour les enfants, jouant quelques pièces de théâtre. Il a un succès limité, mais il accueille notamment Marie Joseph Sauvêtre, futur prêtre et qui restera toute sa vie le disciple et l’ami très proche de Jouin.

Selon sa correspondance, Ernest Jouin semble s’être beaucoup ennuyé pendant ces années en Anjou. Son frère Amédée était devenu prieur des dominicains à Lille, mais venait souvent à Paris pour les réunions de son ordre. Le second frère, Henry, handicapé, était entré dans l’Administration des Beaux-Arts, et sa mère l’avait rejoint à Paris. L’abbé Jouin obtint alors de son évêque d’être envoyé, lui aussi, dans la capitale. Ses deux frères furent décorés comme chevalier de la Légion d’honneur.

À suivre

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Polmorésie, blog d’histoire
  • : Histoire politique, économique, culturelle et sociale au travers des acteurs qui ont se sont engagés dans la vie publique.
  • Contact

Recherche

Liens