Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 01:01
Honoré Moulinet, un conservateur, 24 ans au conseil municipal de Joinville

Honoré François Moulinet naît le 28 février 1836 à Saint-Jouin-de-Blavon (Orne). Il est le fils de Jean François Moulinet de son épouse Anne Jacqueline Jardin.

Il s’établit comme marchand de bois à Joinville-le-Pont (anc. Seine, Val-de-Marne), où cette activité est traditionnellement importante, et épouse en juillet 1882 à Levallois-Perret Cornélie Morin, veuve de Jean François Hauducoeur. Ils vivent dans le quartier nouvellement créé de Polangis, sur la rive gauche de la Marne (route de la Brie puis avenue du Parc).

Moulinet est élu dès le premier tour le 7 mai 1884 sur la liste du maire sortant républicain de Joinville, Gabriel Pinson. Il obtient 385 voix sur environ 450 suffrages exprimés, face à une liste qualifiée de réactionnaire qui en recueille 56 en moyenne. Tous les candidats de sa liste sont élus. Moulinet est, avec Gobin et Bleunard, un des trois représentants du nouveau quartier de la villa Palissy, sur la rive gauche de la Marne, dont le lotissement a débuté en 1860, parmi les 21 membres du conseil municipal. En 1891, ce quartier compte près de 600 personnes recensées sur un total municipal de 3 850 environ.

Un conflit éclate entre la municipalité et le conseil de fabrique (administration de la paroisse catholique), qui démarre en juillet 1884 à propos des sommes qui seraient indûment conservées par le curé sur les recettes des pompes funèbres. Moulinet fait partie, avec Brillaux, Martin et Carpentier, des quatre conseillers municipaux qui refusent de voter pour l’engagement des poursuites contre les gestionnaires paroissiaux.

Le scrutin de mai 1888 voit s’opposer une liste républicaine, dirigée par Gabriel Pinson, et une autre soutenue par le comité radical-socialiste, dont le plus en vue est Demeestère. La liste de la municipalité sortante emporte 18 sièges, dont 17 au premier tour, les radicaux-socialistes complétant le conseil avec trois élus. Moulinet avait recueilli 345 votes, soit plus que la moyenne de la liste Pinson sur laquelle il figurait (302).

Lors d’une réunion de compte-rendu de mandat en avril 1892, Moulinet et un conseiller élu lors d’un scrutin partiel en 1890, Bocquentin, se désolidarisent de la municipalité, désormais conduite par Eugène Voisin, qui a remplacé Pinson, décédé en 1888. Ils vont susciter une liste conservatrice, conduite par le docteur Jean Barborin, tandis que le maire obtient l’appui des radicaux-socialistes. Moulinet jouit d’une certaine popularité, et Henry Vaudémont, journaliste dans l’hebdomadaire radical Voix des communes, et candidat sur la liste du maire estime que Moulinet « est sympathique à tout le monde ». Il sera le seul de sa liste à entre au sein de la nouvelle assemblée, recueillant dès le premier tour 327 voix sur 639 suffrages exprimés (51%) pour 644 inscrits, bien au-dessus de la moyenne de sa liste (141, soit 22%).

Le scrutin suivant, en mai 1896, voit Moulinet rejoindre la liste d’Eugène Voisin, qui est élue sans opposition. Henry Vaudémont, qui le range parmi les « braves gens » considère qu’il s’occupe surtout de son bois, c’est-à-dire de ses affaires professionnelles.

Réélu en mai 1900 toujours sur la liste du maire, Moulinet figure au quatrième rang, derrière les deux adjoints. Il obtient à nouveau un score important, ses 663 suffrages le plaçant en second derrière le maire (704). Lors d’un vote pour l’autorisation d’un établissement des Sœurs enseignantes de la Providence, en juin 1902, Moulinet fait partie des cinq élus qui votent pour (avec Dalbavie, Cosson, Provin et Boileau), contre la majorité, nettement anticléricale.

La division va perdurer lors de la constitution des listes pour le scrutin suivant. Quatre des dissidents (Dalbavie, Raoult, Provin et Moulinet) constituent une liste qualifiée de réactionnaire par les radicaux-socialistes du maire sortant (auquel Boileau fait allégeance). Au cours du vote, la liste radicale d’Eugène Voisin remporte dès le premier tour 15 des 23 sièges à pourvoir dès le premier tour, et en ajoute sept au second. Moulinet est à nouveau le seul de sa liste à retourner siéger au conseil. Pour 1363 inscrits et 1119 votants au premier tour, il obtient 431 voix (38,5%), soit plus que la moyenne de sa liste qui se situe à 31,9%, derrière la liste radicale de Voisin (50,2%) et devant la liste socialiste incomplète (Lacroix, Lebègue) à 14,9%.

Alors qu’il siégeait depuis 24 ans au conseil municipal, il ne se représente pas en 1908.

Honoré François Moulinet meurt le 14 août 1913 à Joinville. Il était âgé de 77 ans.

Partager cet article
Repost0
28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 01:01

Jean Barborin naît le 27 janvier 1844 à Lembeye (Basses-Pyrénées, act. Pyrénées-Atlantiques) ; il a une sœur jumelle, Françoise. Ils sont les enfants de Claire Larroque et de son époux Pierre Barborin, négociant.

Il fait des études de médecine à Paris et devient externe en 1867. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, il prend part à la création de la première ambulance volontaire internationale de la Société de secours aux blessés, la future Croix-Rouge. Il soutient sa thèse de doctorat en 1876 sur « l’immobilité par le plâtre associée à la cautérisation transcurrente dans le traitement des tumeurs blanches. »

Installé à Joinville-le-Pont, il y ouvre un cabinet rue du Pont. Outre son activité de généraliste, il est le médecin des rameurs de la Société nautique de la Marne. Il est également inspecteur médical des écoles de Joinville et d’une partie des communes de Saint-Maurice et Saint-Maur. Il épouse en avril 1877 à Joinville Antoinette Marie Julie Brillaux, fille d’un ancien adjoint au maire de la commune, Charles Alexandre Brillaux.

Sa première prise de position politique connue se situe en octobre 1877, quand il participe à une « souscription républicaine » pour les élections législatives organisée par le quotidien La Presse.

En avril 1888, il participe à une réunion publique préparatoire aux élections municipales de Joinville, organisée par les radicaux-socialistes, mais ne se présente pas. Par contre, en mai 1892, il est à la tête d’une liste d’opposition de droite au maire radical Eugène Voisin, avec deux conseillers municipaux sortants, Bocquentin et Moulinet.

Les candidats de sa liste obtiennent en moyenne 141 voix, soit 27% des 639 suffrages exprimés ; la liste radicale recueille en moyenne 360 votes, c’est-à-dire 70%. Elle a 22 élus sur 23, contre un seul aux opposants (Moulinet). Barborin lui-même glane 169 suffrages (26%) au premier tour, et est battu au second.

En janvier 1899 Barborin adhère à Ligue de la Patrie française, organisation française, nationaliste, composée d’intellectuels antidreyfusards mais refusant l’antisémitisme (François Coppée, Jules Lemaître, Paul Bourget, Maurice Barrès, Edgar Degas, Auguste Renoir, Jules Verne, José-Maria de Heredia, Pierre Louÿs, Vincent d'Indy, Caran d'Ache, Frédéric Mistral, etc.).

Pendant la première guerre mondiale, il participe à une souscription pour des soldats démunis, organisée par L’Homme enchaîné. Il continue d’exercer son activité médicale après-guerre à Joinville.

La date et le lieu de son décès ne sont pas connus ; il est postérieur à 1919, date à laquelle il avait 75 ans.

Partager cet article
Repost0
26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 01:01
Paul Mourier, homme de lettres républicain

Paul Mathieu Alexandre Mourier naît le 8 mars 1821 à Paris. Il est le fils de Jean Baptiste Mourier et de son épouse Marie Pauline Lepoix (ou Lepoy). Il se présente comme homme de lettres et collaborera probablement au journal quotidien La France.

Marié en mai 1856 à Paris avec Angélique Arvi dite Larivière, veuf en mars 1871, il se remarie en avril 1872 avec 1872. Il vit alors boulevard Poissonnière à Paris, après avoir résidé rue Pigalle.

Il s’installe ensuite à Joinville-le-Pont, dans la rue de Créteil du quartier du Centre. En janvier 1878, il est élu conseiller municipal. Le nouveau maire est alors Gabriel Pinson, républicain.

Lors d’une réunion publique, le 7 décembre 1878, Mourier, a prononcé des paroles patriotiques et porté un toast « À la République et au succès des élections sénatoriales ». La presse remarque que l'année précédente, le maire de l’époque, Louis Ferdinand Rousseau ne voulait pas entendre prononcer le mot de République.

En septembre 1879, Mourier se désolidarise du maire qui, après s’être opposé à une collecte organisée par un conseiller municipal (Demeestère) en faveur d’un ancien communard nécessiteux (Morandy), fait voter un blâme par l’assemblée locale contre l’élu quêteur. M. Mourier, dont le nom figurait sur l’affiche de dénonciation de Demeestère, proteste et affirme qu’il a refusé sa signature.

Paul Mourier meurt pendant son mandat le 29 mars 1880 à Joinville-le-Pont. Il était âgé de 59 ans.

Partager cet article
Repost0
14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 01:01

Georges Paul Élie Bitterlin naît le 1er décembre 1864 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, act. Val-de-Marne). Il est le fils d’un médecin, Élie Laurent Bitterlin et de son épouse Julie Héloïse Chaure.

Son père, médecin à Saint-Maur, a été le fondateur en 1870 du comité local de la Société de secours aux blessés militaires (future Croix-Rouge), particulièrement actif pendant la guerre franco-prussienne notamment durant la bataille de Champigny. Il publiera un ouvrage d’hommage à l’action de son père en 1912, après sa disparition trois ans plus tôt.

Georges Bitterlin est élève au collège Stanislas à Paris. Il fait ensuite des études d’histoire et est diplômé en avril 1891, après avoir soutenu une thèse sur l’étiologie de la tuberculose chez les enfants. La même année, il épouse en mai à Coulommiers Ernestine Jeanne Marie Piat, fille d’un banquier. Il s’installe rue Pasteur à Joinville-le-Pont, rue limitrophe de la commune de Saint-Maur. Ils auront quatre enfants, dont les deux garçons (Charles et Jean) seront également médecins.

En tant que médecin, le Dr Bitterlin s’implique dans la vie locale, s’interrogeant sur la crémation en 1892, participant aux commissions municipales sur les logements insalubres ou l’enfance en bas âge et produisant un rapport sur les risques liés à un projet d’usine de vaseline en 1894. Il intervient pour porter les premiers secours avec deux confrères lors de l’explosion dramatique d’une chaudière au sein de l’usine Bi-Métal en février 1895.

Au cours de l’année 1908, il s’oppose à la municipalité lors d’un conflit entre elle et un autres médecin, le Dr Gripon et publie une lettre à ce sujet dans deux journaux l’Indépendant (organe d’un groupement d’opposants joinvillais) et l’Écho républicain (proche des milieux conservateurs à Saint-Maur). Après les graves inondations de la Marne en janvier et février 1910, le Dr Bitterlin participe à l’organisation du service de désinfection.

Georges Bitterlin s’engage au cours du scrutin municipal de Joinville en mai 1912. Il est élu au second tour sur une liste regroupant des radicaux dissidents, des socialistes unifiés (Sfio) et des libéraux, qui remporte les 23 sièges à pourvoir face à la municipalité radical-socialiste sortante. Pour ses adversaires, Bitterlin est avec Louis Gallas et Pierre Dalbavie, un des représentants du parti réactionnaire auprès du nouveau maire, Ernest Mermet.

Médecin aide-major de l’armée de terre, versé dans la réserve en été 1892, Bitterlin va reprendre une activité comparable à celle de son père lors de la guerre précédente, en étant affecté à l’hôpital militaire auxiliaire numéro 5, implanté dans la propriété du Petit Bourbon à Saint-Maur. Des incidents sont signalés dans la gestion de cet établissement en novembre 1916. Dans une lettre rendue publique en février 1917 dans un hebdomadaire régional, La Gazette de l’Est, le Dr Georges Bitterlin explique qu’il a « été débarqué de ma fonction de médecin-chef de l’hôpital auxiliaire n° 5, par la commission exécutive du comité de Saint-Maur de la Croix-Rouge 9/01, pour cause de mauvais accord avec l’administrateur, Greiss ». Selon lui, il avait subi « une pression religieuse mesquine, tracassière et puérile » qui a blessé sa « conscience de catholique sincère mais tolérant ». Il dénonce des « actes arbitraires et brutaux vis-à-vis d’infirmières » et qualifie son renvoi de « décision absolument inique. »

Du fait de la proximité géographique, Bitterlin continue de siéger au conseil municipal pendant la période de guerre. Il prend part, en soutien au maire, à la querelle qui l’oppose en février 1916 à Louis Rey, ancien conseiller municipal, et rédacteur du journal radical-socialiste Voix des communes, à propos de la gestion des fonds recueillis pour les nécessiteux. Il anime des collectes humanitaires et participe à des manifestations patriotiques.

Le Dr Bitterlin est intégré dans différents organismes de santé publiques, comme la commission du dispensaire départemental d'hygiène sociale et de préservation antituberculeuse (juillet 1918), le conseil de surveillance de l'Office public d'hygiène sociale (juillet 1921), le comité départemental des mutilés et réformés de guerre (de 1924 à 1939). Il participe à la Mutualité maternelle de Joinville, que préside son épouse, après avoir accompagné au début du siècle à l’œuvre de l’Allaitement maternel.

Il se rend à Lourdes en 1925 et publiera deux ouvrages ; le premier, la même année, pour observer au point de vue médical les faits qu’il a constatés lui-même. Le second, en 1929, pour discuter du cas de Mme Angault, de Craon (Mayenne) guérie en août 1926 par la disparition subite d'un fibrome utérin.

Bitterlin continue son action politique. Il est candidat lors des élections municipales de Joinville en novembre 1919 sur la liste libérale du Bloc indépendant de Jules Beauvais, qui s’oppose à celle des socialistes Sfio et à une autre, regroupant radicaux dissidents, radicaux-socialistes et socialistes indépendants, qui remporte tous les sièges au second tour et désigne Henri Vel-Durand, radical dissident, comme nouveau maire.

La Ligue d'Action Française crée en avril 1920 une section de la région nogentaise dont Bitterlin est un des fondateurs. Son fils Jean Bitterlin y contribue également. Lors des élections législatives de mai 1924, Georges Bitterlin est candidat en 16e position sur la liste Action française et Union Nationale révisionniste dans le département de la Seine, conduite par Georges Valois qui préconise la suppression du parlement. Il organise le 19 avril une réunion publique à Champigny, mais l’auditoire est composé aux trois-quarts de sympathisants communistes. La formation d’extrême-droite est nettement distancée par les communistes de Paul Vaillant-Couturier (9 sièges), les républicains sociaux (droite) de Maurice Bokanowski (5 sièges) et le Cartel des gauches conduit par Pierre Laval (5 sièges également). Les candidats d’Action française, qui n’ont pas d’élus, obtiennent 3,3% des suffrages exprimés dans l’ensemble du département et 4,3% à Joinville.

Georges Bitterlin, qui n’avait plus d’action politique publique, va cependant être nommé conseiller municipal de Joinville par arrêté préfectoral du 20 février 1942, pris en exécution de la loi du 16 novembre 1940. La municipalité désignée par les autorités vichystes conserve le maire Léon Lesestre, tandis que les deux élus communistes ont été démis et que la moitié des élus de 1935 en est exclue. Elle est dissoute par le comité local de Libération en août 1944 et une délégation spéciale prend sa suite avec l’arrêté préfectoral du 26 septembre.

Georges Bitterlin, qui avait obtenu un accessit en histoire au concours général en 1884, était un des fondateurs de l’association des Amis du Vieux Saint-Maur, qui publie la revue Le Vieux Saint-Maur ; il en était vice-président à sa disparition.

Georges Bitterlin meurt accidentellement le 4 septembre 1946 à Paris (12e arr.), à l’âge de 81 ans. Il avait obtenu plusieurs récompenses, dont en 1929, une médaille d’or de la mutualité pour services rendus aux œuvres de prévoyance sociale.

Partager cet article
Repost0
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 00:01
Louis Joseph Mercier, ouvrier anarchiste

Louis Joseph Mercier, naît le 23 mars 1851 à Châteauneuf (Cher). Il est le fils de Suzanne Guillot et de son mari, Pierre Mercier, tréfileur.

Lui-même exercera la profession paternelle, à l’instar de son frère Alexis et comme le fera ensuite son fils aîné Gaston. Il semble mal maîtriser l’écriture, au vu de sa signature.

Mercier travaille d’abord à Bourges (Cher) où il épouse en juin 1877 Marie Berthe Beauvais avec laquelle il avait sept enfants vivants en 1895. À cette date, il vit à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) et travaille à l’usine métallurgique du Bi-Métal, située dans la commune sur les bords du canal, toujours comme tréfileur. L’usine a connu deux évènements importants récemment : entre octobre et décembre 1894, une grève de 52 jours de tréfileurs permet de limiter à 11% la réduction du salaire des tréfileurs décidée par la direction, qui voulait qu’elle soit de 25%. Le 8 février 1895, une explosion de chaudière fait cinq morts et plusieurs blessés dans l’usine.

La famille Mercier est proche du trésorier du syndicat et animateur du mouvement gréviste, Hilaire Prieur, qui est témoin de la naissance de sa fille Jeanne Mélanie en avril 1895. Il réside dans le quartier du Canal, à proximité de l’usine.

Six mois après une manifestation comparable d’un chimiste originaire de l’empire russe, Joseph Epeler, dans la même rue, Louis Joseph Mercier, selon les comptes-rendus de presse, donne, le 12 septembre 1895, une conférence improvisée sur des thèmes anarchistes dans un café de la rue de Paris, au centre de Joinville. Puis il sort dans la rue et crie « Vive Ravachol ! Gloire à Caserio ! », faisant ainsi l’apologie de deux anarchistes récemment condamnés, l’un pour des attentats à Paris, l’autre pour l’assassinat du président Sadi Carnot.

Malgré une vive résistance, Mercier est arrêté. Il est cependant rapidement relâché et poursuit son activité professionnelle. Il vit en 1900 à Saint-Maurice, commune voisine de Joinville. Il est alors âgé de 49 ans. La date de son décès n’est pas connue.

Partager cet article
Repost0
26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 01:02

Plan de la boucle de la Marne, 1865

Fils cadet d’une compositrice et salonnière, la comtesse Anaïs Pilté (voir Anaïs Pilté, comtesse du pape), et d’un très riche pionnier du gaz à Paris, Pierre Pilté (mort en 1853), Alphonse va se lancer dans une aventure industrielle.

Alphonse Louis Pilté naît le 4 novembre 1838 à Paris (10e arr.). Il est le fils d’Anne Laure Joséphine Hurel, qui sera connue en tant que comtesse Anaïs Perrière-Pilté, et de son époux, Pierre Pilté, industriel et directeur de théâtre.

Une forge a été créée vers 1834 sur le territoire de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), qui vient tout juste d’échanger son ancien nom de « La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur » pour celui d’un fils du roi Louis-Philippe en 1831. Elle occupe un espace situé sur le tracé de l’actuel quai Pierre Mendès-France, à l’angle de la rue Henri Barbusse, à proximité du canal nouvellement créé et près du futur pont de Maisons-Alfort (qui sera construit trois-quarts de siècle plus tard).

La forge utilise une chute d'eau de 4 mètres qui actionne une roue, produisant une force de 40 à 50 chevaux. Sous le nom de « Forges de Saint-Maur », la société produit du fer de riblon, c’est-à-dire du métal fait à partir de ferraille de récupération. À l’époque, la lutte contre le gaspillage était d’actualité.

Elle est, avec celle de Grenelle, une des deux forges du département de la Seine présente à l'exposition des produits de l'industrie française, qui tient sa dixième édition en 1844. Les Forges disposent également d’un stand lors de l’exposition universelle de Paris en 1855.

Alphonse Pilté séjourne à Joinville pendant la guerre de 1870 contre la Prusse. Brigadier à cheval dans une unité de volontaires (l’escadron Franchetti) pendant le siège de Paris, en 1870, il combat aux alentours du carrefour Pompadour, puis est affecté à la garde de l’état-major du général Ducrot, installé dans le château de Polangis, pendant la grande bataille de novembre et décembre, dite de Champigny, qui se déroule entre le pont de Joinville et la plaine du Tremblay.

Après-guerre, celui que le journal Le Figaro qualifie de « jeune et intelligent industriel », prend la direction des forges « après bien des vicissitudes ». Elles comptent alors plus d’une cinquantaine d’ouvriers et employés. Fin novembre 1872, la Marne connaît une très importante inondation. L’usine sera fermée pendant 25 jours. Le journal a ouvert une souscription en faveur des inondés, et des secours sont versés à 520 personnes de Joinville-le-Pont, dont les ouvriers de la forge, qui ont perdu toute rémunération pendant cette période. Le quotidien leur attribue 3 000 francs (équivalent en pouvoir d’achat actuel à 10 000 euros), ce qui représente un tiers des salaires perdus par les ouvriers.

Après l’eau, c’est la crise qui touche l’entreprise avec un « ralentissement considérable des affaires depuis le commencement de juin 1873, et par conséquent la gêne que subissent les ouvriers par le manque de travail », selon Alphonse Pilté, qui s’exprime toujours dans Le Figaro. Il n’y a, à l’époque, ni allocation de chômage, ni assurance sociale et que les salaires dépendent des heures travaillées.

Le maître de forges réside à Joinville. Il s’implique dans la vie locale, et affiche des convictions républicaines, même si sa famille a été annoblie par le pape Pie IX en 1869. En novembre 1874, il participe à la constitution d’une liste républicaine pour les élections municipales, première incursion connue des clivages poltiques dans les scrutins municipaux. Trois des sept candidats connus de cette liste se font élire, Louis Benoit, Antoine Cambier et Pilté ; un autre colistier, battu cette fois-ci, Alphonse Demeestère, sera ensuite le fondateur du comité radical-socialiste de la 2e circonscription de l’arrondissement Sceaux (Seine). La majorité des 16 membres du conseil municipal élu en novembre 1874 est conservatrice, avec Auguste Courtin, rescapé du second empire, qui démissionne en 1876. Il est remplacé par Louis Ferdinand Rousseau, qui échoue à la tête d’une liste bonapartiste en 1878. Alphonse Pilté est réélu dans la nouvelle majorité républicaine, qui désigne Gabriel Pinson, premier maire franchement républicain de Joinville.

Lors d’une élection au conseil général de mars 1876, Pilté, avec l’ancien adjoint au maire, Hippolyte Pinson, fait partie du comité de soutien au Dr Béclard, qui obtiendra à leur demande l’investiture du comité de la gauche républicaine pour le canton de Charenton.

Venu d’un milieu très introduit dans la grande société parisienne, Alphonse Pilté n’en a pas moins une vie assez éloignée des règles de l’époque. Ainsi, Louise Françoise Pain lui donne deux filles hors mariage en 1868 et 1875, avant leurs noces à Paris en mai 1880. L’élu profère alors, sous serment, un gros mensonge. Son frère et lui déclarent que leurs parents « sont décédés et qu’ils ignorent le lieu de leur décès et leur dernier domicile. »

Ils seraient bien les seuls du Tout-Paris à méconnaitre que la comtesse, leur mère, habitait un splendide hôtel particulier, 57, rue de Babylone à Paris, devenu depuis le siège du conseil régional d’Île-de-France. Ils le savaient d’autant plus que c’est Alphonse lui-même qui a effectué, auprès de la mairie du 7e arrondissement, la déclaration du décès de sa mère, tout juste un an et demi plus tôt… Mais sans doute, peu soucieux des démarches administratives, voulait-il éviter d’avoir à fournir un certificat de décès.

Alphonse Pilté n’est pas réélu à Joinville en 1881. Il demeure depuis 1880 à Paris où il meurt, à l'âge de 52 ans, le 2 février 1891.

L’usine des forges pouruivra son activité. En 1879, elle est devenue Aciéries de Seine-et-Rhône, dirigée par un autre élu municipal, Émile Deiber. Elle sera rebaptise en 1892 Compagnie du Bi-Métal et sera reprise, dans les années 1960, par la société Pirelli après avoir emmenagé de l’autre côté du canal, à Saint-Maurice.

Plan de Joinville, avec indication des forges, en 1865.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Polmorésie, blog d’histoire
  • : Histoire politique, économique, culturelle et sociale au travers des acteurs qui ont se sont engagés dans la vie publique.
  • Contact

Recherche

Liens