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2 août 2020 7 02 /08 /août /2020 00:01

Début de la biographie d’Auguste Courtin

Auguste Courtin est présumé né le 25 décembre 1825 à Rennes, Ille-et-Vilaine. Il faut cependant attendre un jugement du tribunal civil de la Seine, à Paris, en janvier 1846 pour que son état-civil soit établi et que le registre des naissances de Rennes soit modifié avec une mention marginale, mentionnant sa date et le lieu présomptifs de son origine, avec la mention de « parents inconnus ».

L’historien de Joinville Georges Bousquié indique qu’il était le fils adoptif du grammairien Charles-Pierre Chapsal et de son épouse Anne-Adélaïde, née Favray ; cette mention figure dans la déclaration faite à l’état-civil pour le décès de sa mère adoptive. Il hérite du domaine familial, le château de Polangis à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), mais aussi de la fonction de maire de ladite commune au décès de Chapsal en 1858. Un autre historien, Gérard Blanc-Césan, qualifie Auguste Courtin d’enfant naturel de Chapsal. L’acte d’état-civil de son mariage en mai 1848 mentionne des « parents non dénommés. »

Il faut certainement assimiler Auguste Courtin avec l’enfant désigné sous le nom d’Émile Chapsal dans les recensements conduits à Joinville en 1836 et 1841 et qui a le même âge. Les travaux généalogiques conduits par un de ses descendants, André Forgeot, lui attribuent le prénom d’usage d’Auguste Émile. Aucun « Émile Chapsal » n’est par ailleurs attesté.

Le château de Polangis avait été acquis en 1835 par Charles Chapsal auprès Jean-Claude Moynat (1763-1837), agent de change, notable de la ville de Paris en l’an 9 et conseiller municipal de Joinville-le-Pont (1834-1837). Auguste Courtin en sera l’héritier au décès de Mme Chapsal en février 1880. À l’époque, la rive gauche de la Marne à Joinville est très peu peuplée et le château en occupe une grande partie.

Riche, Charles Chapsal utilise ses moyens pour asseoir son autorité locale,

En mai 1848 à Joinville, c’est Charles Chapsal, en tant que maire, qui célèbre le mariage d’Auguste Courtin avec Anna Caroline Spooner, fille d’un chimiste citoyen des États-Unis. Parmi les témoins on compte Charles Favray, frère de sa mère adoptive, et Hippolyte Pinson, inamovible adjoint au maire de la commune. Ils auront cinq enfants.

À suivre

Auguste Courtin

 

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 00:01

Apollon Jean Baptiste Delaherche naît le 10 ventôse an 13 à Méru (Oise), soit le 1er mars 1805. Il est le fils de Marie Catherine Sophie Grenier et d’Apollon Delaherche, marchand épicier.

Avec son père, il a repris en décembre 1828 le commerce de Durosne jeune, distillateur du Roi, rue Saint-Martin à Paris (4e arr.) dans un établissement désigné comme « la maison gothique ». Ils commercialisent notamment un punch préparé avec du rhum de la Jamaïque.

En mai 1828 à Paris, Apollon Delaherche épouse en l’église Saint-Merry Louise Elisabeth Hanot.

La distillerie et fabrique de sirops est déplacée en 1837 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, dans le même arrondissement et se spécialise ensuite dans la production d’amidon et de fécule de pommes de terre. Déplacée rue Poliveau à Paris (5e arr.) en 1839, la fabrique de fécule est transférée à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) en 1841. En décembre cette même année, Apollon Delaherche a constitué une société avec Pierre Doucet, épicier à Paris, pour son activité de production d’amidon ; elle sera dissoute en mai 1844.

Toujours à Joinville-le-Pont, Delaherche exploite en 1847 une fabrique de glace.

En mars 1846, lors des élections générales des gardes nationales du département de la Seine, Delaherche est élu sous-lieutenant du 3e bataillon de chasseurs, une composante de la 4e légion de la banlieue, qui couvre Joinville-le-Pont. Le capitaine, réélu dans cette fonction, est Jean Louis Nicolas Lucot, conseiller municipal et entrepreneur de maçonnerie. M. Dufour a été promu lieutenant tandis qu’Auguste Courtin est élu comme Delaherche est élu sous-lieutenant.

La Garde nationale est composée des hommes Français âgés de 20 à 60 ans mais seuls sont appelés au service ordinaire ceux qui ont les moyens de supporter les frais d'habillement et d'armement et disposent du temps nécessaire pour le service. De fait, elle est donc réservée aux hommes aisés, ce qui lui donne un caractère de milice bourgeoise, rempart des propriétaires contre le désordre. L’élection des responsables des structures locales donne lieu à de véritables campagnes électorales.

Lors des élections municipales de Joinville de juin 1846, organisées au scrutin censitaire sous le régime de la monarchie de Juillet, Apollon Delaherche qui est la sixième personne la plus imposée du village, est élu conseiller municipal par 29 voix pour 50 votants sur 67 inscrits. Le maire est le grammairien Charles Pierre Chapsal.

Il est réélu, cette fois au suffrage universel masculin, en juillet 1848 lors du premier scrutin de la deuxième République. Charles Pierre Chapsal est réélu maire et Hippolyte Pinson est toujours adjoint au maire. Pour une raison inconnue, Chapsal cesse d’exercer la fonction de maire en décembre 1848 ; il est remplacé, à titre intérimaire, par Delaherche en tant que « conseiller municipal délégué », Pinson continuant d’être adjoint.

En mars 1850, après 15 mois d’intérim, Delaherche est élu maire.

La commune disposait, à un endroit inconnu, peut-être rue du Pont, d’un bâtiment faisant office de mairie. Delaherche fait demander, en janvier 1849 par la préfecture de la Seine,  de déclarer d'utilité publique la construction d'un bâtiment destiné à recevoir la mairie, les écoles et une salle d'asile. Le terrain fait 1 371 m². Le financement prévoit la vente de l’ancienne mairie, mise à prix pour 10 000 francs, et un budget supplémentaire de 6 000 francs. Le projet est approuvé par décret du ministère de l’intérieur en juillet 1849. Le terrain d’implantation appartient à Mathurin Lemaire, commerçant et ancien maire, ainsi qu’à Mmes Pommier et Acher. L’inauguration est faite en octobre 1851, en présence de Merruau, secrétaire général du département de la Seine et Reyneau, sous-préfet de Sceaux. La bénédiction est faite par le curé de Saint Maur, car il n’y a pas encore de paroisse à Joinville. Delaherche organise une distribution de livres et un banquet pour la population.

La mairie de Joinville, construite en 1851

Lors des dernières élections municipales de la République, qui est déjà sous le régime du prince-président Louis Napoléon Bonaparte, futur empereur Napoléon III, en juin 1852, Chapsal est de nouveau élu maire de la commune. La composition du conseil municipal n’est pas connue.

Delaherche semble avoir de bonnes relations avec lui, car il est associé en août 1852 à une cérémonie de mariage doté par le prince-président de 3 000 francs entre deux jeunes gens de Joinville et de la commune voisine de Saint-Maur choisis par les maires sur les critères « de l'honnêteté, de la probité et de la moralité ». Il est également témoin de la naissance en 1862 d’Alix Charles Émile Courtin, né d’Auguste Courtin, fils adoptif de Charles Chapsal.

Apollon Delaherche meurt le 11 octobre 1866 à Joinville. Il était âgé de 61 ans et résidait rue du Pont. Son décès est déclaré par Hippolyte Pinson, qui fut son adjoint au maire et était toujours en fonction. Il avait eu trois enfants.

Signature de Delaherche en 1849

 

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 00:01

Jean Arthur Combalet naît le 4 janvier 1855 à Saint-Cyprien (Dordogne). Il est le fils d’une lingère, Marie Combalet et d’un père inconnu ; sa mère le reconnaîtra comme son fils en 1888. La première année, il est élevé par Marguerite Bézat, boulangère à Saint-Cyprien.

En 1868, âgé de 13 ans, il fut envoyé à Bordeaux comme clerc d’huissier puis devint premier clerc. Il s’inscrit dans la classe de Gaston Sarreau, professeur de piano et de chant au conservatoire Sainte-Cécile. D’autres chanteurs réputés ont fréquenté le même enseignement, comme Jean-Alexandre Talazac, ténor et Solve, baryton du Théâtre-Lyrique.

Adoptant désormais le pseudonyme de Cobalet, il obtint le premier prix de chant en 1876. La conscription pour le service militaire se faisant par tirage au sort, Cobalet est incorporé, pour cinq ans, au 3e régiment d’infanterie de marine à Rochefort (Charente-Inférieure, act. Charente-Maritime). Dans la réserve, Cobalet est nommé sous-lieutenant en janvier 1888 puis lieutenant au début de l’année 1891.

Il poursuit cependant ses exercices lyriques durant sa période dans la marine puis, revenu à Bordeaux en 1881, il se perfectionne au conservatoire, chantant notamment la Damnation de Faust de Berlioz et le Paradis et la Péri de Schumann.

Cobalet par Nadar

Rejoignant son camarade de cours de chant, Talazac, il se rend à Paris, obtient une audition à l’Opéra-comique auprès de son directeur, Léon Carvalho, et est tout de suite engagé pour trois années. Il débute, en septembre 1881 dans le rôle de Max, dans l’opéra-comique d’Adolphe Adam, Le Chalet. Selon Charles-Emmanuel Curinier, rédacteur du Dictionnaire national des contemporains, il eut un rapide succès « amplement justifié par la puissance et la souplesse d’une superbe voix de basse-chantante-baryton, par ses qualités de diction, ses innovations savamment nuancées et par un jeu d’acteur très étudié et pourtant naturel. »

Il créa ensuite à l’Opéra-comique Lakmé de Léo Delibes (rôle de Nilakanta), la Perle du Brésil de Gabriel et Sylvain Saint-Étienne (l’Amiral), Manon de Massenet (le comte des Grieux), Proserpine de Camille Saint-Saëns (Renzo) et le Roi d’Ys de Lalo (le Roi). Il interpréta Mignon de Thomas (Lothario) qu’il joua près de 300 fois ; Carmen de Bizet (Escamillo, 200 fois) ; Esclarmonde de Massenet (l’Évêque) ; Roméo et Juliette de Gounod (Capulet) ; l’Étoile du Nord de Meyerbeer (Peters) ; la Damnation de Faust de Berlioz, etc.

Dimitri (le Prieur) ; Benvenuto Cellini (l’Évêque) ; le Déserteur (Courchemin) ; Philémon et Baucis, Mireille, la Jolie fille de Perth, le Barbier de Séville, la Dame Blanche, etc.

Le 25 mai 1887, un violent incendie détruisit pour la seconde fois dans l’histoire la salle Favart où était implanté l'Opéra-Comique. Le sinistre s’est déroulé pendant une représentation de Mignon, œuvre d’Ambroise Thomas. Il fit 84 morts, tandis que Cobalet en ressort blessé. Il conservera toute sa vie une claudication assez prononcée.

Le mariage de Cobalet avec Cécile Solve, elle-même cantatrice et fille d’un baryton issu de la même école bordelaise, eut lieu en août 1889 à Mérignac (Gironde) et fut un évènement mondain, largement évoqué par la presse.

Cobalet quitta l’Opéra-comique en 1891, pour entamer une carrière internationale et tourner en province. Son engagement au Grand-Théâtre de Marseille à l’automne 1891 tourna court rapidement. Il joua à Londres au théâtre de Covent-Garden, puis en Russie, en Roumanie, en Turquie, etc. Il interpréta pour la première fois en France, le rôle du Hollandais dans le Vaisseau-Fantôme de Wagner à Lille en 1892. Il se consacra principalement au répertoire du grand opéra à Anvers ou à Nice où, en 1895, il contribue à la création française d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski. En novembre 1896, il est au Théâtre des Arts de Rouen. Il joua aussi avec la troupe d'opéra d'Angoulême (Charente).

Dès 1885, Cobalet souffrait d’une maladie du cerveau. Sa santé et sa voix s’étant ensuite détériorées, il dut abandonner le théâtre. Vers 1895, il avait acquis une propriété à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), dans le quartier Schaken, avenue de Joinville. Il la baptisa « villa Lackmé ».

En novembre 1897, Cobalet s’était porté candidat à l’exploitation, en régie du Théâtre lyrique municipal auprès du conseil de Paris, mais il ne l’obtint pas.

Il avait commencé à donner des cours de chant, de déclamation lyrique, d’opéra et d’opéra-comique depuis 1893. Il fit partie de l’équipe de lancement du Nouveau cours, rue des Mathurins à Paris en 1899 mais réduisit son activité.

Lors des élections municipales de mai 1900 à Joinville-le-Pont, Cobalet fit partie de la liste présentée par la maire sortant, Eugène Voisin, républicain de tendance radicale-socialiste. Elle emporta, dès le premier tour, les 23 sièges à pourvoir.

En juin, c’est Cobalet qui organise un concert de la municipalité réunie chez Jullien, guinguette suitée sur l’île Fanac, au milieu de la Marne, tenue par l’adjoint au maire Honoré Jullien.

Arthur Cobalet mourut le 18 mai 1901 à Joinville. Il était âgé de 47 ans et n’avait pas d’enfant. Il était décoré des Palmes académiques en tant qu’officier d’académie depuis mai 1889.

Le peintre Raoul Boudier a réalisé un portrait de Cobalet, présenté au Salon des artistes français en 1886. Plusieurs photographes, dont Nadar, ont également réalisé son portrait.

Cobalet par Ferrand

 

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 00:01

Joséphine Modeste Bondu naît le 23 novembre 1841 à La Séguinière (Maine-et-Loire). Elle est la fille de Marie Augereau et de son époux Michel Bondu, laboureurs.

Elle fut d’abord bergère à douze ou treize ans, sans avoir fréquenté l’école. À 17 ans, elle entra au noviciat des sœurs franciscaines de Cholet (Maine-et-Loire) en avril 1859 sous le nom de sœur Agnès de Jésus. Elles assurent une fonction de gardes-malades. Dès 1864, la supérieure de la communauté étant paralysée, sœur Agnès fut appelée à la suppléer. Pour être capable d’assumer ses responsabilités, elle apprit à lire et à écrire grâce à la sous-prieure de la communauté. Au décès de la supérieure en 1867, elle prit officiellement le titre et devint mère Agnès.

Après la guerre franco-prussienne de 1870, un moine de l’abbaye de Solesmes, Dom Camille Leduc, décida de fonder une congrégation de servantes des pauvres, pour laquelle il adopta la règle de Saint-Benoit. Il mit à la disposition de la nouvelle œuvre la maison de la rue Saint-Eutrope, à Angers, dont il venait d’hériter au décès de son père. Il sollicita les franciscaines de Cholet, qui acceptèrent et, la nouvelle congrégation des Servantes des pauvres ouvrit en février 1872. Elle établit un noviciat au lieu-dit Les Plaines en août 1873 et reçut son approbation officielle en tant qu’ordre bénédictin en avec à sa tête mère Agnès en mai 1874.

Une laïque contribua à l’établissement de la nouvelle communauté. Françoise Jouin, veuve d’un ébéniste d’Angers, était mère de deux prêtres, Amédée Jouin, qui sera supérieur de l’ordre dominicain, et Ernest Jouin, alors vicaire à Angers et qui devint directeur spirituel des Servantes des pauvres.

En novembre 1883, l’abbé Ernest Jouin, devenu curé de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), sollicita les Servantes des pauvres d’Angers pour établir une communauté dans sa paroisse. Trois sœurs venues d’Angers vinrent s’y installer, baptisant leur maison du nom de  Sainte-Geneviève. La prieure en fut mère Agnès. Outre le service des malades, les sœurs s’attachent, sur les consignes de l’abbé Jouin à prêcher le cathéchisme ; il se réjouit ainsi qu’elles aient converti des agnostiques, une protestante, des juifs, un franc-maçon.

La maison des sœurs servantes des pauvres à Joinville-le-Pont

En conflit avec les autorités municipales, l’abbé Jouin quitte Joinville en 1886. Il assurera ensuite qu’un des motifs de ses mauvaises relations avec la municipalité radicale était l’établissement des sœurs.

L’annonce du départ de Joinville de l'abbé Jouin et de celle possible des sœurs provoqua une pétition, qui obtint 900 signatures, dans une commune qui comptait 3 800 habitants, et fut portée à l'Archevêché. Les sœurs gardes-malades restèrent sur place avec le soutien actif du nouveau curé, Alfred Roustan. Leur maison grandira, abritant 13 gardes-malades en 1936 et rayonnant sur certains quartiers des communes voisines de Saint-Maur et Champigny.

Devenu curé de Saint-Médard à Paris (5e arr.), l’abbé Jouin fait de nouveau appel aux Servantes des pauvres pour sa paroisse. Mère Agnès et trois autres religieuses quittent en novembre 1896 Joinville pour établir la première communauté parisienne de l’ordre. Lorsque le même abbé fut nommé à Saint-Augustin, en 1898, il fit encore une fois appel à elle et à la communauté qui s’y installa en 1901.

Le priorat de la Mère Agnès à Saint-Augustin dura huit années. En 1909, elle célébra le jubilé de ses 50 ans de vie religieuse. À la fin de l’année, malade, elle retourna à la maison-mère d’Angers.

Modeste Bondu meurt le 4 mars 1918 à Angers. Elle était âgée de 76 ans et fut enterrée à proximité du fondateur de l’ordre, Dom Leduc. La messe d’enterrement le 6 mars fut présidée par Mgr Rumeau, évêque d’Angers. Son éloge funèbre a été prononcé par Mgr Jouin, curé de Saint-Augustin à Paris et a été édité.

Le noviciat des Plaines à Angers

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 00:01

Yves Marie Le Page naît le 25 janvier 1844 à Brest (Finistère). Il est le fils de Marie Félicité Le Page, lingère, et de Pierre Ovide Bonheur, fusilier au 1er régiment d’infanterie marine. Ses parents ne sont pas mariés, mais ils procèdent à sa reconnaissance en novembre 1844 à Brest. Ensuite, Yves Marie utilisera le patronyme de Bonheur. Il vit avec sa mère à Landerneau (Finistère).

Il sert pendant plusieurs années, au moins entre 1867 et 1870, dans la marine de guerre, comme matelot chef de pièce dans l’artillerie de marine en 1867. Il est sur le bateau Le Jura en 1868. Devenu quartier-maître, il embarque sur le Rochambeau, cuirassé à coque en fer, construit à New-York, qui, avec 115 mètres, est le plus long navire jamais construit en bois. Enfin, il est second maître sur la frégate Thémis en 1870. En 1902, au moins six sommes qui lui étaient dues par la marine au titre de son activité militaire étaient non réclamées.

Le premier mariage de Bonheur a lieu en novembre 1867 à Landerneau (Finistère) pendant son service militaire à Landerneau. Il épouse Anne Marie Perrine Piton. Elle meurt l’année suivante, juste après avoir donné naissance à un fils, qui décède lui-même à 11 ans, toujours à Landerneau où il vivait chez sa grand-mère maternelle.

Sans doute sur les conseils de son oncle Louis Benoit Bonheur, garde-cimetière au Père-Lachaise, Yves Marie Bonheur vient à Paris après la guerre franco-prussienne et se fait embaucher également dans l’administration parisienne des cimetières. Il continuera d’exercer cette fonction jusqu’en juillet 1890. Il vit dans le 20e arrondissement, rue du Repos, (adjacente au cimetière du Père-Lachaise) puis en 1875 à Choisy-le-Roi (Seine, act. Val-de-Marne), route de Choisy (qui dessert le cimetière parisien de cette ville). Il épouse en juillet  1875 à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne) Léonie Catherine Thime, fille d’un cordonnier, libre-penseur et militant radical-socialiste, Eugin Thime (1830-1904). Ils vivent de nouveau rue du Repos.

Après sa retraite, Yves Marie Bonheur devient employé d’octroi en 1892 à Joinville-le-Pont. Il vit route de Brie (act. avenue Galliéni) dans le quartier de Polangis. Il a eu sept enfants avec sa seconde épouse.

Yves Marie Bonheur meurt le 8 janvier 1893 à Joinville. Il était âgé de 48 ans. La très longue nécrologie que lui consacre l’hebdomadaire radical-socialiste Voix des communes constitue, outre l’état-civil ou les données sur son activité militaire et professionnelle, la principale source d’information sur les engagements publics de Bonheur.

La notice est incluse dans la rubrique régulière intitulée Bulletin maçonnique et de libre-pensée, rédigée par Henry Vaudémont. Les obsèques de Bonheur, dont le lieu n’est pas précisé, eurent probablement lieu à Joinville. Elles furent organisées « suivant ses principes et en dehors de toute pompe mystique, d’une façon purement laïque ».

Henry Vaudémont, président du groupe La Raison du canton de Charenton, conseiller municipal de Joinville-le-Pont, a retracé la vie de cet « humble et digne », citant Proudhon : « Dieu, c’est le mal. »

Émile Pasquier, secrétaire-général de la Fédération française de la Libre-Pensée ainsi que de l'Union des républicains radicaux socialistes de Sceaux, a fait une allocution en tant que secrétaire du député Jules Ferdinand Baulard, radical-socialiste, « Bonheur, ce travailleur modeste, ce libre-penseur convaincu, avait su de bonne heure se débarrasser de tous ces vieux préjugés qui sont la négation de la dignité humaine. »

Brisson-Joly, ancien conseiller général de la Seine et animateur de la Fédération française de la libre-pensée a formulé des considérations qui « n’ont certes pas été du goût de tout le monde. Mais nul n’a eu la goujaterie de désapprouver bruyamment ». Vaudémont remarque que « C’est un grand, un immense progrès au point de vue moral. La tolérance s’acclimate décidément chez nous. Et les gens qui, au nom de leur liberté, réclament le droit de croire en dieu, commencent à nous reconnaître, à nous, le droit de ne pas y croire. »

Le cuirassé Rochambeau

 

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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 00:01

Eugène Auguste Delawarde naît le 12 mai 1848 à Paris (8e arr.). Il est le fils de Marguerite Julie Leconte et de son mari Jean Baptiste Marin Delawarde.

Engagé dans la marine de guerre impériale française, Delawarde embarque en 1867 sur la corvette Dupleix, commandée par le capitaine de vaisseau Bergasse Dupetit-Thouars. Le bateau arrive à Yokohama en février 1868, au cours de la révolution japonaise. Le 8 mars, une chaloupe à vapeur envoyée à terre à Sakai, près d'Osaka, est attaquée par des samouraïs du prince de Tosa. Un officier et dix marins sont tués. Dupetit-Thouars exige réparation. Mutsuhito, l’empereur du Japon (qu’on désigne alors en France sous le nom de Mikado), qui vient d’inaugurer l’ère Meiji et souhaite améliorer ses relations avec les pays étrangers, décide de lui donner satisfaction. Les coupables sont arrêtés et vingt d'entre eux sont condamnés à la peine capitale. L'exécution a lieu le 14 mars, cependant après la décapitation des onze premiers samouraïs, Dupetit-Thouars demande la grâce des autres. Il acquiert ainsi une réputation dans l’entourage du monarque, auquel le Dupleix rendra, pour la première fois de la part d’un navire occidental, les honneurs protocolaires réservés aux souverains le 16 avril 1868.

Bien que blessé, Delawarde réussit, avec un officier et quatre autres marins, à rejoindre le vaisseau. Il obtiendra un confortable dédommagement, se montant à 20 000 francs, somme très conséquente à cette époque (équivalente à environ 60 000 euros). Le ministre de la marine et des colonies leur confère en mai 1868 la médaille militaire « en récompense de la courageuse énergie dont ils ont fait preuve lors de l’agression. »

Toujours matelot sur le Dupleix, Delawarde apprend, alors qu’il est en Cochinchine (act. Vietnam), le lancement d'une souscription pour la reconstruction du palais de la Légion d'honneur, détruit lors de la révolution de la Commune de Paris le 23 mai 1871. Il décide de souscrire pour une somme de 500 francs, ce qui le place en tête d’une liste de souscription publiée le 8 décembre 1871 et fait sans doute de très loin de lui le plus gros contributeur, parmi les titulaires de la médaille militaire, gérée par la chancellerie de la Légion d'honneur. En effet, la plupart des dons des décorés de cette médaille se situent entre un et dix francs, ne dépassant que très rarement vingt francs.

Lorsque le grand chancelier, Joseph Vinoy, reçoit le courrier de Delawarde, il est incrédule s’étonnant qu’un matelot de 3e classe puisse avoir une telle somme. Il s’adresse au ministre de la marine et des colonies, Louis Pothuau, craignant une mystification. Finalement, c’est après leur retour en France en fin d’année 1871, le capitaine Dupetit-Thouars qui le conduit lui-même à la chancellerie, où il remet la somme au général Vinoy. Le quotidien Le Figaro fit un récit très détaillé de cette affaire le 9 décembre 1871.

Devenu serrurier, vit dans le quartier des fabricants de meubles à Paris (12e arr.) d’abord rue Beccaria puis rue Crozatier. Il épouse en juin 1872 Julia Hélène Eugénie Leclerc, âgée de tout juste 16 ans. Leur relation ne semble pas simple, car lors de la naissance de leur deuxième fille, en septembre 1875, l’état-civil le mentionne comme père mais précise « résidence inconnue. »

Il renoue cependant avec son épouse et s’installe dans le 18e arrondissement, boulevard Ornano. Eugène Jules Maurice Delawarde meurt le 8 décembre 1947 à Paris (18e arr.), un mois avant la naissance de son fils.

Ce dernier, Eugène Delawarde (1882-1947), est officier d’artillerie, graveur puis entrepreneur de transports. Il fut secrétaire général du Comité d’union républicaine et d’action sociale de Joinville-le-Pont (conservateur). Il a été décoré de la Croix de guerre et fait chevalier de la Légion d’honneur.

 

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 00:01

Didier Dessein naît le 6 juin 1825 à Chassigny (Haute-Marne). Il est le fils Jeanne Lejour et de son mari, Jean Baptiste Dessein, cabaretier.

Le premier mariage de Dessein se déroule à Paris (3e arr.), quelques jours avant le déclenchement de la révolution de février 1848 qui renverse la monarchie de Juillet et installe la deuxième République. Il épouse Anne Joséphine Adèle Grassot, fille du patron chez lequel il était apprenti ferblantier, et reprend cette même année la fabrique de jouets de son beau-père, qui avait été fondée en 1823. Cependant, sa femme meurt trois ans plus tard.

Les deuxièmes noces de Dessein ne dureront pas non plus. Marié en mai 1852 à Paris (3e arr.) avec Sophie Catherine Chalmard, il est de nouveau veuf en mars 1854. Dessein se remarie en avril 1855, toujours à Paris (3e arr.) avec Anne Augustine Symon.

Le magasin de bimbeloterie, rue des Gravilliers, vend notamment des petits soldats en métal ou des maisons de poupée ; il est déplacé en 1863 rue Chapon, toujours dans le 3e arrondissement. Il eut pendant longtemps beaucoup de peine à lutter contre la concurrence allemande. Cependant, la société se développa, fabricant de nouveaux produits comme des chemins de fer ou des bateaux à vapeur miniatures, qu’elle fut parmi les premières à vendre. La manufacture obtint une médaille d’or lors de l’exposition universelle de Paris en 1867.

En 1874, Didier Dessein déposa un brevet pour des « perfectionnements dans la fabrication des jouets mécaniques roulants », essentiellement pour des locomotives motorisées à roues.

Dessin extrait du brevet de Didier Dessein

En 1880, on comptait 200 ouvriers et ouvrières dans la fabrique ; elle exportait en Allemagne des articles que précédemment elle importait, par exemple de soldats de plomb d’infanterie ou de cavalerie, posés sur des supports en bois. Didier Dessein confia la direction à son beau-fils, Georges Potier, issu du premier mariage de sa troisième épouse. Ce dernier poursuivit l’exploitation, fondant la marque DS. Il fit breveter une méthode de fabrication par impression chromolithographique.

Au cours de l’exposition universelle de 1878 à Paris, Didier Dessein est membre du jury. Son entreprise reçoit de nouveau une médaille d’or. Après le décès de Georges Potier en mars 1884, la fabrique sera reprise par Edmond et Fernand Lefèvre et adoptera la marque FV-DS. À l’issue d’un regroupement avec cinq autres producteurs, la société Le Jouet de Paris (JEP) est fondée en 1901.

Les Dessein acquièrent, avant 1875, une résidence secondaire à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne), probablement située 6, rue Vautier dans une zone résidentielle du centre-ville. Didier Dessein contribue cette année-là aux secours aux victimes des inondations de la Marne.

Lors d’élections municipales partielles, organisées à Joinville en 1879 pour compléter le conseil suite à plusieurs démissions, D. Dessein est élu en compagnie de l’opticien Pierre Bigot (1820-1903) et du joailler Louis Legendre (1848-1894). Le maire est le républicain modéré Gabriel Pinson (1835-1888), restaurateur.

En septembre 1879, Dessein se range aux côtés du maire dans le conflit qui déchire le conseil municipal à propos d’une initiative d’Alphonse Demeestère, qui a lancé une souscription en faveur d’un ancien communard, libéré et malade, Alfred Morandy. La majorité de l’assemblée locale adopte une motion dans laquelle douze élus (sur 21) « blâment sévèrement le citoyen Demeestère » avec lequel se solidarisent, par contre, les élus les plus progressistes comme Diot et Vaudey.

Lors des élections municipales générales de 1881, Dessein n’est pas réélu à Joinville. Il est nommé administrateur du bureau de bienfaisance du 3e arrondissement de Paris et continuera d’exercer cette fonction les années suivantes.

Didier Dessein meurt le 6 juin 1885 à Paris (11e arr.), jour de son 60e anniversaire. Il résidait boulevard Voltaire dans cet arrondissement depuis qu’il avait cessé son activité industrielle en 1876. Il avait eu une fille avec sa troisième épouse.

Maquette de bateau à vapeur de l'atelier de Didier Dessein, vers 1860

 

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 00:01

Suite de la biographie de Jean-Marie Gille

 

Après 1860, l’activité de production de porcelaines de Gille continue de prospérer. Il est à l‘exposition de Besançon en 1860, à celle des arts industriels à Paris en 1861, où il est gratifié d’une médaille de 1e classe. Il est également médaillé à Londres lors de l’exposition universelle de 1862 avec notamment une Rêverie et une Tempérance. La presse relève que Gille fait 65% de son chiffre d’affaire à l’exportation. Enfin, il est à la nouvelle exposition universelle de Paris en 1867 avec entre autres sa statue de Bernard Palissy ou une grande autruche en porcelaine.

La popularité des œuvres de Gille fait qu’il est fréquemment copié. En voulant défendre ses droits, il va provoquer un débat juridique. En France, une loi de juillet 1793 protège la propriété des œuvres de l’esprit, donc des sculptures. Par contre, une loi de 1806, sur la propriété des dessins de fabrique, exige leur dépôt. Se pose donc la question de savoir si une statuette artistique, reproduite par des moyens mécaniques dans l’industrie, est une œuvre d’art (garantie par la loi de 1793) ou un dessin de fabrique qui aurait dû être déposé (loi 1806). Gille attaque un marchand allemand, Kossmann-Huber, fabricant de jouets, qui vend dans les deux pays des copies de statuettes de Gille, Prière du matin et Prière du soir. Il est débouté en première instance, mais en 1861 la cour impériale, saisie de l'appel, décide que les deux statuettes sont des objets d’art et non des produits purement industriels et mercantiles et donne satisfaction à Gille.

Tout en conservant ses ateliers à Paris, Gille fait construire un pavillon à Joinville-le-Pont, vers 1851. Sa villa, située rue de Paris, a une façade incrustée de porcelaine peinte, qui attire l’attention de la presse.

Lors des élections municipales de 1852, Gille devient membre du conseil municipal de Joinville dont le grammairien Charles Pierre Chapsal est le maire. Il offre en novembre de la même année, pour décorer la mairie inaugurée l’année précédente, le premier exemplaire du buste du prince-président, Louis Napoléon Bonaparte, qui deviendra l’empereur Napoléon III le mois suivant. La cérémonie se conclut au cri de « Vive l'empereur ! »

Gille achète également un vaste terrain sur la rive gauche de la Marne, alors très peu peuplée, puisqu’elle ne compte qu’un hameau près du pont ainsi que la ferme et le château de Polangis. Gille prend possession de la partie sud de cet espace, bordé par la Marne et la commune de Champigny et terminé, au Nord, par la route de la Brie, un des principaux axes entre Paris et l’Est de la France via le pont de Joinville.

Ayant décidé d’aménager son terrain afin d’y installer chalets et villas, Gille le nomme « villas Palissy », en hommage au maître de la porcelaine, Bernard Palissy. Il installe une maison-modèle, largement décorée de porcelaine. Pour lancer le lotissement, Gille aménage un square, dans lequel il installe une statue en porcelaine de Bernard Palissy de 2 mètres de hauteur.

Une vaste fête est organisée en septembre 1860 pour son dévoilement avec environ 500 invités, dont les ouvriers de Gille. Des textes de Palissy sont lus, dont celui-ci : « J'étois méprisé et moqué de tous. L'espérance que j'avois me faisoit procéder en mon affaire si virilement, que plusieurs fois pour entretenir les personnes qui venoyent me voir, je faisois mes efforts de rire, combien que intérieurement je fusse bien triste. J'ai été plusieurs années que, n'ayant rien de quoy faire couvrir mes fourneaux, j'étois toutes les nuits à la mercy des pluyes et vents sans avoir aucun secours, aide, ny consolation, sinon des chats-huants qui chantoyent d'un costé et des chiens qui hurloyent de l'autre... »

Statue de Bernard Palissy par Gille dans le square Palissy-Bir Hakeim à Joinville-le-Pont

 

La manufacture de Gille produit également le chemin de croix de l’église paroissiale Saint-Charles-Borromée, inaugurée en 1860, dont le dessin est dû à deux collaborateurs de Gille, Dajard et Grehant.

Jean Marie Gille meurt le juin décembre 1868 à Joinville. Il était âgé de 70 ans. Il est enterré dans le cimetière de Joinville qu’il avait contribué à créer. Il y repose dans une chapelle ornée de son buste en marbre. Il a donné son nom à une rue du quartier qu’il édifia, l’avenue Gille.

L’entreprise de porcelaine fut reprise par deux de ses anciens employés, Désiré Vion et Charles Baury, le principal modeleur, élève du sculpteur François Rude. Elle déménage en 1878 pour s’installer à Choisy-le-Roi (Seine, act. Val-de-Marne). Un neveu de Gille, Jules Émile, comptable, y collabore.

Fin

L'inauguration de la statue de Palissy, au coeur du quartier du même nom à Joinville-le-Pont (1860)

 

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 00:01

Suite de la biographie de Jean-Marie Gille

Bien qu’il n’ait pas, à notre connaissance, de formation particulière en matière scientifique ou technique, Jean Marie Gille, qui est toujours marchand de porcelaines et s’est installé rue du Temple à Paris (3e arr.), va déposer un grand nombre de brevets d’invention. L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) en comptabilise huit, plus deux améliorations de brevets déjà déposés. Le premier brevet, en août 1832, concerne un système de chauffage par la vapeur pour des fauteuils creux et des chauffe-pieds.

En septembre 1840, Gille fait breveter un réflecteur transparent destiné à éclairer les numéros des maisons (au moyen de lampes à huile), et un siphon ventilateur pour allumer le feu dans les cheminées. En 1850, il invente une application au feu de l'argenture sur la porcelaine dite biscuit.

C’est la décoration des pièces qu’il produit, puisqu’il est désormais fabricant depuis 1839, que Gille fait protéger en 1854 : « obtention, à l'aide du laminoir, de la presse emporte-pièce ou rouleau à main, de la broderie et de la gravure en porcelaine et autres ornements, tels que feuilles, fleurs, figures, etc. »

Il est à l’origine en 1856 d’une nouveauté qui connaîtra un certain succès, même si les supports métalliques émaillés ont une diffusion beaucoup plus grande : celle des plaques en porcelaine contenant l'indication du nom des rues et autres renseignements utiles.

La vie à l’intérieur des maisons l’intéresse également, avec le brevet déposé en août 1857 pour « application de la porcelaine blanche et décorée aux patères, servant à accrocher toute espèce de choses ». En juin 1862, c’est un curieux encrier-calendrier qui est le fruit de son imagination.

Enfin, il revient en novembre 1863 au décor sur porcelaine avec l’application de de diamants, perles et pierreries montés dans des chatons métalliques.

C’est en 1837 que Gille crée sa fabrique, qu’il installe rue Paradis-Poissonnière à Paris (10e arr., act. rue de Paradis) tout en conservant sa boutique de la rue du Temple. En 1844, elle emploie 160 ouvriers et est réputée pour la qualité du travail, qui concerne surtout des figures en biscuit et des pièces décoratives recouvertes d’une application d’argent. Cette même année 1844, il expose une cheminée en porcelaine « charmante pour les boudoirs ». Les marques utilisées sont « Gille Jeune Fabricant à Paris » en creux, ou bien un cachet en creux ou en pâte bleue au monogramme GJ. S’installant comme un producteur d’objets de luxe, Gille se fournit en matière première à Limoges et vend également du cristal de Sèvres. Ses productions acquièrent une réputation artistique, confortée par sa participation très fréquente à des salons. .

Gille participe, au moins à partir de 1843, aux expositions nationales organisées à Paris au palais des Champs-Élysées. Il y présente une Sainte-Famille d'après Murillo et un Paysage. En 1844, il revient avec une Tête de Christ, un tableau de fruits et un autre de fleurs. Toujours en 1844, il réalise pour un bateau à vapeur plusieurs tableaux représentant l’histoire de Gil-Blas, inspirée du roman picaresque du siècle précédent.

L’aspect technique du travail de l’atelier de Gille est souligné dans la presse, notamment professionnelle. Sa maîtrise de la cuisson fait qu’il produit des statuettes de grandes dimensions.

Pendant la période révolutionnaire de 1848, en attente d’une reprise du commerce, Gille réalise selon le quotidien Le Constitutionnel (1849/07/31) « des essais coûteux » afin d’incruster de porcelaine dans les meubles en bois ou à des objets en marbre et bronze ainsi que sur des lampes. Le 28 février, il avait été signataire d’une lettre de 17 négociants en porcelaine parisiens qui annonçaient qu’ils avaient « repris leurs travaux habituels », « afin de conserver ce travail aux ouvriers » et « pour raffermir l'ordre et la » confiance que tout bon citoyen doit appeler de tous ses vœux ». Puis, avec l’installation du régime napoléonien et le fort accroissement de la bourgeoisie, l’activité de Gille va connaître son apogée.

La première Exposition universelle à laquelle participe Gille est celle de Londres en 851. Il y obtient une médaille de seconde classe pour un chambranle en porcelaine. En août 1853, un incendie considérable détruit la fabrique Gille à Paris.

Probablement pour assurer sa publicité et conforter sa position, Gille réalise un buste de Louis Napoléon Bonaparte, d’après un modèle du sculpteur Jean-Auguste Barre, dont le premier exemplaire est installé, en novembre 1852, dans la mairie - achevée l’année précédente - de Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il est ensuite envoyé à celui devenu peu après l’empereur Napoléon III, puis exposé à l’Hôtel-de-ville de Paris lors d’un bal en février 1854.

Lors de l'Exposition universelle de Paris en 1855, Gille recueille une médaille de 1e classe, en particulier pour une Immaculée Conception grandeur nature et une Fontaine à tritons. Il est également fait chevalier de la Légion d’honneur, par l’empereur lui-même, selon le journal La Lumière. Sa nomination porte le motif suivant : « Ancien ouvrier – Progrès et développement dans l’industrie de la porcelaine, et services rendus à la classe ouvrière ». Elle correspond à l’idéologie de la monarchie, le prince Napoléon, président de la commission impériale, ayant déclaré : « chez nous, le soldat peut devenir général, grand industriel le simple ouvrier ! »

Membre du Conseil des Prud'hommes pour les produits chimiques déjà en 1855, et réélu encore en 1865 à cette fonction, Gille défend une conception sociale du monde ouvrier, en particulier pour la promotion de caisses de retraite pour la vieillesse avec certains autres employeurs, comme les sociétés de chemins de fer, la compagnie des Omnibus ou la manufacture de glaces de Saint-Gobain. Gille retient 5% des salaires de ses employés et double leurs cotisations de sa propre caisse.

En couronnement de son ascension sociale, Gille est nommé, en juillet 1858 fournisseur officiel de l’impératrice Eugénie

À suivre

Figurines de l'atelier Gilles Jeune

 

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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 00:01

Début de la biographie de Jean-Marie Gille

Jean Marie Gille naît le 16 fructidor an 6 (2 septembre 1798) à Paris (8e arr.). Il est le fils de Marie Catherine Nel (ou Vel) et de son époux Louis Gille.

La jeunesse de Gille a fait l’objet de plusieurs récits, au caractère peut-être partiellement légendaire. Charles Robin, dans son Histoire illustrée de l'exposition universelle de Paris en 1855 décrit son point de départ : « M. Gille fut un pauvre apprenti. Jusqu’à vingt-cinq ans, simple ouvrier bijoutier, qu’épouvantait surtout la peur de l’avenir. Un jour, sentant que ce n’était point sa vocation, il résolut de changer d’état. Pour toute fortune, il avait cinq francs. Acheter avec ses cinq francs des porcelaines fêlées, les revendre, tel fut son début. Un peu plus tard, il parvint à conquérir une échoppe. Avec le temps, la patience et le travail, l’échoppe devint une boutique, puis un magasin, puis une fabrique qui sera bientôt l’une des gloires du pays. »

Le journaliste du quotidien de Bordeaux La Gironde, P. Barrué, raconte en juillet 1867 : « Enfant, il a enduré toutes les souffrances qu’on put imaginer : la faim, le froid, la maladie. Le récit de ses années d’apprentissage arracherait des larmes aux moins compatissants. Faible, chétif, malingre, abandonné de tous, il eut un moment l’envie folle d’aller chercher le calme et le repos sous les flots verdâtres que la Seine roule au milieu de la grande cité. Par bonheur il était de la race des gens fortement trempés que l’adversité fait plier sans les abattre ; il détourna la tête, et revint dans sa mansarde, après s’être juré de lutter jusqu’au bout. »

L’état-civil de Paris, reconstitué après sa destruction en 1871, livre deux dates pour le mariage de Jean Marie Gille avec Didière Julie Anne Mercier à Paris, octobre 1825 ou janvier 1827. Ils vivent à ce moment rue du Temple à Paris (3e arr.), endroit où est situé le commerce de son frère aîné, Armand Gille. C’est probablement pour se différencier de lui que Jean Marie Gille se fit appeler « Gille jeune » dans sa carrière professionnelle.

Armand Gille (1794-1881) fait commerce d’articles de porcelaine et est également peintre. En février 1832, il s’adresse à la chambre des députés pour lui proposer de mettre en place une caisse de chômage, gérée et surveillée par la Banque de France, en utilisant le fait que les ouvriers doivent, en France, avoir un livret pour être employé. Chaque ouvrier toucherait un franc par jour sans emploi, sous forme d’avance sur son travail à venir. Lorsqu’il reprendrait une activité, une retenue serait faite sur ses journées. Gille suggère que le capital de départ de la caisse soit souscrit par des individus. Si l’assemblée qu’applaudir les vues philanthropiques d’Armand Gille, elle écarte le projet, dont le coût lui paraît élevé et par ce qu’elle craint que ce système aurait « pour résultat de détourner, au moins quelquefois, les ouvriers d’un travail fructueux ». Elle s’inquiète aussi du rôle de collecteur que l’on ferait jouer aux chefs d’ateliers.

Pour sa part, Jean Marie Gille, qui assiste son frère dans la boutique familiale, ouvre en 1829 un second point de vente, rue Meslay à Paris (3e arr.) où il fait du louage de porcelaines à domicile pour les noces, repas ou soirées, s’engeant à faire les livraisons deux heures après la demande.

À suivre

Buste de Jean-Marie Gille

 

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