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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 00:02

Nous l’avons vu, le septième et dernier signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Riquety » sur le manuscrit de ce document. C’est le seul dont l’identification pose un véritable problème : il ne s’agit – contrairement à des interprétations d’historiens – pas d’un des Mirabeau (leur nom de famille étant Riquetti) mais très probablement Louis-Philippe Riguet.

Son nom est orthographié « Riquet » par Annie Noly (Saint-Maur-des-Fossés sous la Révolution in Le Vieux Saint-Maur, 1972). La même erreur se retrouve à plusieurs reprises sur les registres d’état-civil de Saint-Maur.

Né à Courtry, en Seine-et-Marne, le 6 avril 1751, Louis-Philippe-Gabriel Riguet est le fils d’un cultivateur de Courtry. Il est laboureur et dispose de deux baux dans la presqu’île de Saint-Maur pour plus de 21 arpents de terre (une douzaine d’hectares) en 1784-1785. Il réside au Port de Créteil, un hameau rattaché administrativement à La Varenne.

Bien que les listes de membres de des instances municipales de La Varenne ne soient pas connues, il est probable que Louis-Philippe Riguet fait partie des municipalités élues en 1790 et 1791. On le retrouve membre, en tant que procureur, du conseil unifié mis en place en décembre 1791 après la fusion définitive de La Varenne et de Saint-Maur. Ce poste en fait un des plus importants responsables de la commune, après le maire, Jean-Hubert Richard.

Il a en l’an II (1794) un premier enfant avec Marie-Jeanne Laurent, de 17 ans sa cadette. Alors qu’ils ne sont pas mariés, c’est cependant lui qui déclare l’enfant, ce qui est inhabituel ; il le prénomme de manière très révolutionnaire : Brutus. Riguet aura ensuite une vie plus traditionnelle, se mariant avec Marie-Jeanne Laurent en l’an V (1797) à Saint-Maur puis en ayant dans les mêmes lieux quatre nouveaux enfants entre l’an VI et 1808.

Louis Philippe Riguet meurt le 3 novembre 1810 à Saint-Maur. Il était alors âgé de 59 ans.

Outre la proximité nominale et son profil très comparable à celui des autres rédacteurs du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur, l’argument principal pour l’assimiler au septième signataire est précisément sa signature manuscrite. On la trouve dans les archives du Val-de-Marne sous deux formes : courte (« Riguet ») en l’an II (1794) et longue « Louis-Philippe-Gabriel Riguet » en l’an XI (1803). Dans le premier cas, on constate que la boucle de la queue du G est très peu accentuée, permettant une confusion avec un Q ; enfin, dans les deux cas, le T final est agrémenté de fioritures qui peuvent être prises pour une lettre, et notamment un Y.

On peut donc supposer qu’il existait un manuscrit initial du cahier de doléances, non conservé, signé par chacun des rédacteurs, et recopié ensuite par une personne qui, ne connaissant pas leurs noms, a cru lire « Riquety ». C’est ce document qui figure aux Archives nationales.

Riguet-an-II.png

Riguet-an-XI.png

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 00:00

Le septième et dernier signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Riquety » sur le manuscrit de ce document. C’est le seul dont l’identification pose un véritable problème.

L’attribution traditionnelle, derrière l’historien Émile Galtier (Le Vieux Saint-Maur, n° 3, 1925), est qu’il s’agirait d’André, Boniface, Louis Riqueti, vicomte de Mirabeau (dit Mirabeau-Tonneau, 1754-1792). Les mentions d’un rôle du député royaliste antirévolutionnaire dans la formation en 1790 de la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (future Joinville-le-Pont en 1831) sont anciennes, puisqu’on en trouve la trace dès le milieu du XIXe siècle (Joanne, Les environs de Paris, 1856 ou Parizot et Boileau, Guide du Bois de Vincennes, 1860). Ils empruntent certainement une telle affirmation à une source plus ancienne, bien que non connue.

Cependant, aucune trace de la présence du vicomte de Mirabeau à Saint-Maur, à Pont de Saint-Maur, à La Varenne ou dans l’un des écarts de la presqu’île ne peut être trouvée dans des documents d’époque ou des archives biographiques. Au contraire, la chronologie rend difficile la présence du député de la noblesse limousine à Saint-Maur. Et son positionnement à l’extrême-droite de l’Assemblée nationale rend problématique qu’il ait pu apporter un soutien à des villageois dans une querelle administrative.

Georges Bousquié (Le vicomte de Mirabeau in Le Vieux Saint-Maur, 1950) estime que, « s'il a jamais habité Polangis, il n'a dû le faire que bien peu de temps, ou bien par pur artifice on a fait entrer Polangis dans sa légende. »

Il nous semble donc que son rôle dans l’indépendance de la commune de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur doive être écarté. Il n’y a aucune raison de croire qu’il ait pu contribuer à la rédaction du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur, rédigé, on l’a vu, essentiellement par des agriculteurs de ladite paroisse. Par ailleurs, son positionnement politique fait qu’il est fort peu probable qu’on ait voulu se revendiquer de lui pour co-signer un texte éloigné des idées qu’il défend et mettant en cause, même sur des sujets secondaires, la noblesse qu’il représente.

La deuxième possibilité serait qu’il s’agisse de son frère, Honoré-Gabriel Riqueti comte de Mirabeau (1749-1791). Il est certain qu’il a séjourné à Polangis, dans une ferme isolée sur l’autre rive de la Marne, rattaché au village du Pont-de-Saint-Maur, entre le 21 et le 28 février 1789 (Mémoires biographiques, littéraires et politiques de Mirabeau, A. Auffray, 1834-1835). Mais à cette date il quitte l’Île-de-France pour la Provence, et il n’existe aucune preuve de son éventuel retour dans les environs. Ni le style littéraire, ni les préoccupations du cahier de doléances ne semble correspondre à ceux de Mirabeau.

Cependant, le passage de Mirabeau, même bref, a marqué les esprits du fait de la personnalité et du rôle politique majeur que joue le président de l’Assemblée nationale. S’il a résidé à Polangis pour des raisons privées, il est envisageable qu’il ait eu un contact avec certains habitants. Après sa mort, l’abbé Bauche organise dans la chapelle Saint-Léonard, de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, un service solennel à sa mémoire (Naudet, L'histoire de Fontenay-sous-Bois, 1980).

La participation de Mirabeau à la rédaction du texte du cahier de doléances n’est pas vraisemblable. Son lien avec La Varenne n’est pas établi. Cependant, des contacts entre les agriculteurs de la presqu’île et les résidents de Pont-de-Saint-Maur ont pu encourager les rédacteurs à souhaiter ajouter à leurs noms celui d’un homme politique prestigieux, qui renforce ainsi le poids de leurs revendications.

Il est en fait probable que le nom de Riqueti réfère à un autre personnage : Louis-Philippe-Gabriel Riguet. Nous examinerons sa situation dans prochain article.

Mirabeau (Honoré-Gabriel)

Mirabeau gravée par Hopwood d´après Raffet. 1847

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 00:08

Le sixième signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Claudin » sur le manuscrit de ce document. Il est certain qu’il s’agit de Claude Martin Claudin.

Fils d’un berger lorrain, né vers 1743, Claude Martin Claudin sera lui-même berger. Il épouse Jeanne Broisseau en octobre 1766 et aura au moins un enfant. Son épouse meurt en mars 1768 et il se remarie avec Magdeleine Simonot, avec laquelle il a au moins cinq enfants, dont Philippe François Honoré Claudin, en novembre 1775 ; ce dernier est d’abord berger, puis soldat dans l’armée napoléonienne. Philippe François est décoré de la Légion d’honneur en 1813, puis admis à la retraite en novembre 1815 après avoir produit un certificat médical attestant qu’il est « totalement usé par les fatigues de la guerre, ce qui le rend impropre au service » ; il meurt en 1823.

Bien que les listes de membres de des instances municipales de La Varenne ne soient pas connues, il est probable que Claude Martin Claudin fait partie des municipalités élues en 1790 et 1791. On le retrouve membre, en tant que notable, du conseil unifié mis en place en décembre 1791 après la fusion définitive de La Varenne et de Saint-Maur.

Le 4 novembre 1793, Claude Martin Claudin, est témoin du décès du curé de La Varenne Saint-Hilaire, Jean Baptiste Duval, 60 ans. La disparition du prêtre marque la fin spirituelle de la paroisse, deux ans après sa suppression politique.

La date du décès de Claude Martin Claudin n’est pas connue.

 

Claudin.png

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 01:15
Deimling accusé des crimes de Raon-l’Étape et d'Allarmont (Vosges)

Berthold Deimling, général allemand (1853-1944) fait partie des 334 personnes accusées par la France d'avoir commis des actes contraires aux lois et coutumes de la guerre à livrer par l'Allemagne en exécution des articles 228 à 230 du traité de Versailles et du protocole du 28 juin 1919. Il lui est reproché des « violations des lois et coutumes de la guerre sur les territoires qui furent occupés par l'armée allemande. »

Son nom figure dans deux paragraphes de la « Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne » publiée en 1920.

Nous reproduisons ci-dessous le texte de sa mise en cause, qui figure aux pages 55 et 56 de ce texte (1) :

[44] M Deimling (von) Général commandant le XVe corps allemand. Nature de l’infraction : Crimes de Raon-l’Étape et d'Allarmont (Vosges) : pillages systématiques, incendies, assassinats en masse, violation de la Convention de Genève.

24 à 28 août 1914 (Raon-l'Étape [Vosges]).

«Le village de Raon-l’Étape fut pillé systématiquement par les Allemands, qui se faisaient aider dans le choix des objets à emporter par des femmes allemandes qu'ils avaient fait, venir. Les maisons, une fois pillées, étaient livrées à l'incendie.»

«M. Richard, vieillard de 70 ans, qui regardait par la fenêtre, et M. Huchs, douanier retraité, étaient tués à coups de fusil; de nombreuses mères de famille devaient subir les derniers outrages, même de la part d'officiers. »

«Les Allemands avaient installé une mitrailleuse qui tirait sur les Français dans l'hôpital, sur lequel flottait le drapeau de la Croix-Rouge. Comme les sœurs de l'hôpital indignées leur faisaient remarquer qu'ils n'avaient pas le droit de s'abriter ainsi sous la Croix de Genève, ils répondaient cyniquement : «qu'ils agissaient justement ainsi pour empêcher les Français de tirer sur eux. »

«A Allarmont, des soldats allemands avaient saisi au saut du lit le maire, M. Charles Lescuve (2) et le curé, M. Mathieu, qu'ils conduisirent devant le Général Deimling. «Que faut-il faire d'eux?» demandèrent- ils. Le Général eut un geste évasif. Que lui importait! Et il détourna la tête. On emmena les deux prisonniers dans un champ. «Je vous offre 100,000 marks, proposa M. Lescuve, pour savoir quelles raisons vous avez de nous fusiller.»

«On ne daigna pas lui répondre. On les poussa tous les deux contre un mur et on les assassina...»

[44] Le même. Ordre général de ne pas faire de prisonniers et d'incendier les villes et villages.

  • Voir aussi : Berthold Deimling, pacifiste ou criminel de guerre ?

(1) Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne en exécution des articles 228 à 230 du traité de Versailles et du protocole du 28 juin 1919, Impr. nationale - 193 pages, 1920

(2) Il s’agit de Charles Lecuve.

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 01:12
Berthold Deimling, pacifiste ou criminel de guerre ?

Dirigeant des troupes coloniales allemandes dans le Sud-ouest africain (actuelle Namibie), né en 1853 à Karlsruhe, Berthold Deimling se voit gratifier d’un titre de noblesse en 1907 et sera désormais désigné comme Berthold von Deimling. Il est nommé lieutenant général en 1910 et, à partir d’avril 1913, il commande le 15e corps d’armée allemand, basé à Strasbourg, en Alsace occupée.

Deimling est un des acteurs de l'Incident de Saverne. Fin 1913, un sous-lieutenant stationné à Saverne tient des propos humiliants à l'égard de la population alsacienne. Malgré les protestations populaires, l'armée refuse de sanctionner l’officier et réagit par des arrestations arbitraires, ce qui provoque un débat au Reichstag sur les structures militaristes de la société allemande. Le gouverneur militaire est accusé par l’opposition centriste et sociale-démocrate d’avoir couvert les actes illégaux et de contribuer à une immunité de fait des militaires.

En août 1914, Berthold von Deimling est nommé chef de la 7e armée allemande et l’un des officiers les plus en vue de l’armée impériale selon l’expression de Kurt Hochstuhl, historien allemand : « Sa carrière est marquée par des exploits individuels qui font la joie du Kaiser. Ce sabreur sans scrupules bénéficie ainsi de protections au plus haut niveau » (1).

À son poste, Deimling dirige les troupes qui occupent les territoires français des Vosges en août 1914, et est mêlé aux exactions contre les civils qui se produisent dans plusieurs localités.

Après-guerre, Deimling est inscrit sur la « Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne », au titre des « personnes accusées par la France d'avoir commis des actes contraires aux lois et coutumes de la guerre ». Les 890 personnes sur figurant sur ce document sont dénoncées par sept États : l’Empire britannique, la France, la Belgique, l’Italie, la Pologne, la Roumanie, et l’État Serbe-Croate-Slovène.

La France accuse Deimling à deux titres : « pillages systématiques, incendies, assassinats en masse, violation de la Convention de Genève » et « ordre général de ne pas faire de prisonniers et d'incendier les villes et villages ». Il lui est reproché d’être directement responsable de la mort de quatre civils entre le 24 et le 28 août 1914. Les deux premiers furent tués à Raon-l’Étape (Vosges) : M. Richard, vieillard de 70 ans et M. Huchs, douanier retraité. Les deux autres morts sont ceux d'Allarmont (Vosges) : le maire, M. Charles Lecuve et le curé, M. Mathieu (2).

L’Allemagne ne livrera pas aux puissances alliées les personnes réclamées. En vertu d’une loi allemande du 18 décembre 1919, elle donne au tribunal de Leipzig une compétence exceptionnelle pour juger les nationaux allemands accusés de crimes de guerre. De mai à juillet 1921, seize poursuites furent lancées devant ce tribunal avec comme résultat une moitié d’acquittements et le reste de condamnations légères (3). Deimling ne figure pas parmi les personnes jugées.

Après la Première Guerre mondiale, Deimling rejoint le camp des pacifistes et est un des responsables de la Société allemande de la Paix (Deutsche Friedensgesellschaft). Il publie un ouvrage pacifiste à Berlin en 1930 : Aus der alten in die neue Zeit, Lebenserinnerung.

Deimling meurt en février 1944 à Baden-Baden. Il était âgé de 90 ans.

  • Nous publierons dans un prochain article le texte des accusations formulées par la France contre Deimling.

(1) Kurt Hochstuhl Berthold von Deimling – ein Freund des Elsass? in Revue d’Alsace, n° 139, 2013 p. 181-204.

(2) Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne en exécution des articles 228 à 230 du traité de Versailles et du protocole du 28 juin 1919, Impr. nationale - 193 pages, 1920

(3) Pierre Truche, Juger les crimes contre l'humanité, ENS Editions, 2009.

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 00:07

Le cinquième signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Matthieu » sur le manuscrit de ce document. Il est très probable qu’il s’agisse de Claude Marin Mathieu. Si plusieurs Mathieu sont connus à la même époque dans la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur (Nicolas, Jean Claude, Nicolas Hubert, Claude Hubert), Claude Marin Mathieu qui, lui, réside à La Varenne est le seul à jouer un rôle politique dans cette période.

Claude Marin Mathieu, fils de Claude et Marie Anne Besnard, épouse Marie Marguerite Joret en 1771 à la paroisse Saint-Hilaire de La Varenne. Ils auront au moins deux enfants. Il est laboureur.

Il figure peut-être dans les municipalités élue en 1790 et 1791 à La Varenne (dont les listes ne sont pas connues). Claude Marin Mathieu est ensuite notable dans la municipalité unifiée de Saint-Maur élue en décembre 1791 après la fin de la sécession de La Varenne.

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 00:05

Le quatrième signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Bouillon » sur le manuscrit de ce document. Jacques Maurice Bouillon est sans aucun doute celui-ci.

Né à Sézanne (Marne), dans la paroisse Saint-Denis le 22 septembre 1750. Il est le fils de François Bouillon, maître cordonnier, et de son épouse, Jeanne Margueritte Voisambert. En 1877, il épouse Françoise Gogot, née également à Sézanne-en-Brie, dans la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur. Bouillon semble lié au Prince de Condé, propriétaire d’un château à Saint-Maur, puisque c’est le receveur du prince, Claude Melecot, qui figure parmi ses témoins.

Il exerce pendant la période révolutionnaire la profession d’aubergiste à La Varenne.

Comme Jean Jacques Géant est élu le 30 janvier 1790 conseiller municipal de Saint-Maur, bien qu’il défende l’option de l’autonomie de la commune de La Varenne. En effet, l’assemblée des électeurs avait décidé l’union des deux paroisses (Saint-Maur et La Varenne) en une seule commune. En juillet, Géant et Bouillon pétitionnent avec le maire de Saint-Maur, Richard, pour que le chef-lieu de canton soit situé dans cette commune et non à Charenton.

Il figure sans doute dans la municipalité séparée de La Varenne élue le 14 novembre 1790. Un an plus tard, le 3 novembre 1791, il succède Géant en tant que maire de La Varenne. La municipalité est pauvre, et ne dispose pas d’endroit où se réunir. Selon Émile Galtier (Histoire des paroisses de Saint-Maur-des-Fossés, E. Champion, 1923) le procès-verbal de l’élection dut être rédigé «sur les fonts de ladite paroisse ni banc d'œuvre, ni autre emplacement plus commode ».

Mais son mandat sera court ; le deuxième et dernier maire de la commune verra son mandat se terminer à peine un mois plus tard car, 5 décembre 1791, le Directoire du département de Paris « Arrête que la commune de La Varenne-Saint-Hilaire restera définitivement réunie avec celle de Saint-Maur ».

Jacques Maurice Bouillon devient officier municipal dans la municipalité réunifiée. Il fait fonction d'officier d'état civil. Cependant, le registre d’état-civil séparé de La Varenne ne contient que l'acte de décès du curé Jean-Baptiste Duval, mort le quatre novembre 1793, signé par Bouillon, en tant que « officier public membre du conseil général de la commune de Saint-Maur. »

Bien qu’il réside toujours à Saint-Maur avec son épouse, dont il aura au moins six enfants (trois sont morts en bas âge), Bouillon décède dans sa ville natale, Sézanne, le 25 brumaire an XII (17/11/1803). Il est alors âgé de 53 ans.

Signature de Jacques Maurice Bouillon

Bouillon.png

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 00:02

Le troisième signataire du cahier de doléances de La Varenne-Saint-Maur en 1789 est nommé « Géant » sur le manuscrit de ce document. Il s’agit certainement de Jean-Jacques Géant, qui jouera un rôle actif dans la vie politique du village pendant la Révolution.

Jean-Jacques Géant naît vers 1741 dans un lieu inconnu. Il est mentionné dans les registres paroissiaux de La Varenne (paroisse Saint-Hilaire) à partir de 1762 et jusqu’en novembre 1793.

Géant, qui est laboureur, loue avant la Révolution une ferme et des terres à La Varenne pour 700 livres de rentes annuelles au duc de Bourbon.

Une grande partie de la population se prononce en faveur d’une union des deux paroisses de Saint-Maur et La Varenne, décidée au cours d’une assemblée tenue le 30 janvier 1790, où Géant est élu conseiller municipal de Saint-Maur. En juillet, Géant et Bouillon pétitionnent avec le maire de Saint-Maur, Richard, pour que le chef-lieu de canton soit situé dans cette commune et non à Charenton. Mais, malgré la fusion, Géant défend l’indépendance du territoire de La Varenne, arguant de sa taille malgré sa faible population. Selon Henry Pouvereau (Autour d'un Clocher, Le Vieux Saint-Maur, 1963) « l'argument suivant avait porté: L'autonomie est justifiée par la superficie du territoire de La Varenne, 2824 arpents, alors que Saint-Maur compte seulement 39 arpents, La Varenne ‘paraissait un limaçon portant sa coquille sur le dos’ ». Géant est élu maire de La Varenne le 14 novembre 1790, devenant le premier édile de la nouvelle commune à nouveau séparée de Saint-Maur. Il est remplacé dans cette fonction le 3 novembre 1791 par Jacques-Maurice Bouillon ; Géant devient procureur de la commune.

Le 5 décembre 1791, le Directoire du département de Paris  « Arrête que la commune de La Varenne-Saint-Hilaire restera définitivement réunie avec celle de Saint-Maur ». Géant ne figure pas dans la nouvelle municipalité réunifiée.

Deux ans plus tard, Jean Jacques Géant est le témoin du décès du dernier curé de Saint-Hilaire, le P. Jean Baptiste Duval, 60 ans, qui marque la fin de la paroisse et de l’existence autonome de La Varenne sur le plan spirituel. Géant, toujours présenté comme laboureur, a alors 52 ans.

Sa date de décès n’est pas connue.

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 00:09

Le second signataire du cahier de doléances de La Varenne-Saint-Maur en 1789 est nommé « Buchot » sur le manuscrit de ce document. Plusieurs Buchot sont identifiés dans la presqu'île.

Pierre Nicolas Buchot, né en 1748, épouse Marie Louise Adélaïde Paquet en 1770 et a avec elle 5 enfants à Saint-Maur jusqu’en 1782, dernière mention de sa famille sur les registres paroissiaux. Il est peu probable qu’il soit le signataire du cahier.

Son fils Pierre (1770-1840), capitaine de dragons, décoré de la Légion d’honneur, ne semble pas avoir résidé à Saint-Maur après son adolescence ; son âge en avril 1789 (18 ans) rend de toute manière improbable qu’il ait pu signer le cahier de doléances.

Le plus vraisemblable est que le signataire soit Jean Buchot (ou Beuchot), frère de Pierre Nicolas. Il est sans doute le fils de Jean Buchot et Marie Louise, née Mouillon. Il naît vers 1740 et épouse Marie Anne Talon avec laquelle il aura dix enfants entre 1767 et 1785, dont huit sont encore vivants à la Révolution.

En 1772, Jean Buchot, qui est présenté comme journalier, est témoin lors d’un procès intenté par les passeurs officiels du port de Créteil, Louis et Jean Richard, contre un marchand de fer et de charbon du même hameau, Desjardin, qui fait traverser la Marne à un quidam et aurait injurié la femme Richard. Il se peut donc qu’il réside dans ce hameau, même si on n’en trouve pas mention dans les registres paroissiaux.

En 1789, au moment de la rédaction du cahier de doléances, il a 49 ans.

Jean Buchot, pas plus qu’aucun autre membre de sa famille, ne joue de rôle dans les municipalités constituées à partir de 1790. Il meurt le 9 pluviôse an VII (29/01/1799) à Saint-Maur-des-Fossés (la commune étant unifie depuis 1791).

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 01:05
Anaïs Marcelli, Musée poétique
Anaïs Marcelli, Musée poétique

Si Proust l’avait connue, il se serait sans doute inspiré de son personnage. Il y a en effet dans la vie d’Anaïs Pilté beaucoup des éléments qui en auraient fait un modèle de Mme Verdurin. Mais elle est morte à l’âge où Marcel se promenait encore dans les jardins de Combray.

Née à Paris en 1809 sous le nom d’Anne Laure Joséphine Hurel, elle épouse en 1836 Pierre Perrière-Pilté, qui a l’intuition d’investir dans le gaz, première énergie utilisée pour l’éclairage en ville au 19e siècle. Directeur de la Compagnie pour l'éclairage de Paris par le gaz, il couvre la capitale de becs-de-gaz, quand elle commence à s’illuminer. Il acquiert ainsi une fortune, considérable, qu’il entame à peine en investissant dans une salle de spectacle, le théâtre du Vaudeville.

Celle qui se fait désormais appeler Anaïs, a le goût des arts. Après avoir donné naissance à cinq enfants, elle perd son mari en 1853, quand l’aîné n’a que 17 ans. Elle hérite des parts de sociales dont disposait l’ancien industriel dans les sociétés gazières, et décide de vivre de leurs rentes sans interférer dans la gestion des entreprises.

Son grand-œuvre va être l’ouverture d’un salon, dans les deux hôtels particuliers rue Madame (jusqu’en 1867) puis au 57, rue de Babylone à Paris. Ce dernier immeuble est, actuellement, l’un des principaux sièges du conseil régional d’Île-de-France.

La presse de l’époque fait échos aux fêtes fastueuses. En 1867, pour le dernier bal costumé dans son hôtel de la rue Madame, elle se présente en costume d'Amphitrite, saupoudré de superbes diamants. En 1869, dans le nouvel hôtel de la rue de Babylone, le rédacteur du Figaro s’étonne : « tout est éclairé au gaz, même sa chambre à coucher ». Par contre, le même publiciste s’inquiète des vasques en marbre blanc destinées à recevoir des jets d'eau lancés par des lions placés en haut de miroirs : « Pourvu que ces jets soient sérieux. Je ne les admets que difficilement ». La maîtresse de maison est déguisée en Catherine de Médicis, (velours tulle et satin noir à crevés). On dîne fort bien, la haute-société est là et on joue une pièce de théâtre. Mais, déplore le journaliste, « on a chanté aussi. Hélas ! »

Anaïs est devenue comtesse Pilté, depuis que, cette même année 1869, le pape Pie IX a octroyé un titre de noblesse pontificale à sa famille.

À côté des grandes réceptions, il y avait aussi les petits jours de l'hôtel Pilté. Ils avaient lieu le lundi et offraient l’intérêt d'y rencontrer « un certain nombre de gens très occupés à faire leur chemin dans le monde » selon le chroniqueur des salons parisiens, James de Chambrier.

Son hôtel particulier comprend une salle de spectacle, où se produisent les premiers chanteurs de l'Opéra et les pensionnaires de la Comédie-Française.

Elle y fait jouer des pièces de répertoire, mais surtout ses propres œuvres, qu’elle signe d’un pseudonyme, Anaïs Marcelli. Il s’agit de poésie, de théâtre, et principalement de pièces lyriques, opérettes et opéras-comiques.

Ses travaux personnels étant « particulièrement goûtés » par ses visiteurs, la comtesse les fait représenter sur de grandes scènes. Son opéra-comique en un acte, Le Sorcier est à l’affiche Théâtre du Châtelet en juin 1866, puis, deux ans plus tard au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Un autre opéra-comique, Jaloux de soi, est créé au théâtre parisien de l’Athénée en juin 1873. Une comédie, Le Talon d'Achille, est programmée au Théâtre-Ventadour, toujours à Paris, en mai 1875.

Les œuvres artistiques ne convainquent pas les spécialistes. Pour le critique musical Arthur Pougin, les œuvres d’Anaïs Perrière-Pilté « n'obtinrent qu'un succès absolument négatif » en dehors de son salon. Selon le biographe des musiciens du siècle, « les applaudissements complaisants qui accueillaient, dans l’intimité, ces productions vraiment enfantines, ne se retrouvaient plus devant le vrai public, qui, ayant payé sa place au théâtre, manifestait de tout autres exigences. »

Auteur d’une notice pourtant élogieuse à l’égard de la comtesse, un chroniqueur du Gaulois, Montjoyeux, met en doute son rôle de compositeur : « On ne jouait guère que des choses signées d'elle, ce qui ne voulait pas toujours dire, prétendaient à tort de méchantes langues, composées par elle. A défaut de l'amour-propre d'auteur, qu'elle n'avait souvent que de seconde main, affirmait-on, elle avait du moins celui de signataire. Ce flanc de gloriole prêtait trop à l'exploitation pour qu'on n'essayât point d'en abuser. Si bien que, même à Iui supposer du talent, elle en a noyé l'originalité dans un océan de productions confuses, sans cachet propre et sans unité. A vouloir l'obliger, de prétendus amis l'ont desservie. »

Riche et prodigue, la comtesse Pilté était également réputée généreuse. Elle patronnait les jeunes élèves du Conservatoire. Pour Montjoyeux, « elle avait la charité des nobles choses. Il fallait à ses générosités le cadre un peu haut des misères romanesques. Le terre-à-terre allait mal à son aumône. Pour valoir son secours, l'infortune devait surtout n'être pas vulgaire. L'éclat du malheur était sûr de provoquer l'éclat de sa bonté. »

Pendant le siège de Paris par l’armée allemande, en 1870, son hôtel particulier est transformé en centre de soins. Son fils cadet, Alphonse Pilté (1838-1891), sert comme brigadier à cheval dans une unité de volontaires, l’escadron Franchetti ; maître de forges, il sera, au début de la Troisième République, conseiller municipal de Joinville-le-Pont.

Anaïs, comtesse Pilté meurt dans son hôtel parisien le 24 décembre 1878. Elle était âgée de 69 ans.

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