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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 00:07

Le cinquième signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Matthieu » sur le manuscrit de ce document. Il est très probable qu’il s’agisse de Claude Marin Mathieu. Si plusieurs Mathieu sont connus à la même époque dans la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur (Nicolas, Jean Claude, Nicolas Hubert, Claude Hubert), Claude Marin Mathieu qui, lui, réside à La Varenne est le seul à jouer un rôle politique dans cette période.

Claude Marin Mathieu, fils de Claude et Marie Anne Besnard, épouse Marie Marguerite Joret en 1771 à la paroisse Saint-Hilaire de La Varenne. Ils auront au moins deux enfants. Il est laboureur.

Il figure peut-être dans les municipalités élue en 1790 et 1791 à La Varenne (dont les listes ne sont pas connues). Claude Marin Mathieu est ensuite notable dans la municipalité unifiée de Saint-Maur élue en décembre 1791 après la fin de la sécession de La Varenne.

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 00:05

Le quatrième signataire du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur en avril 1789 est mentionné en tant que « Bouillon » sur le manuscrit de ce document. Jacques Maurice Bouillon est sans aucun doute celui-ci.

Né à Sézanne (Marne), dans la paroisse Saint-Denis le 22 septembre 1750. Il est le fils de François Bouillon, maître cordonnier, et de son épouse, Jeanne Margueritte Voisambert. En 1877, il épouse Françoise Gogot, née également à Sézanne-en-Brie, dans la paroisse Saint-Nicolas de Saint-Maur. Bouillon semble lié au Prince de Condé, propriétaire d’un château à Saint-Maur, puisque c’est le receveur du prince, Claude Melecot, qui figure parmi ses témoins.

Il exerce pendant la période révolutionnaire la profession d’aubergiste à La Varenne.

Comme Jean Jacques Géant est élu le 30 janvier 1790 conseiller municipal de Saint-Maur, bien qu’il défende l’option de l’autonomie de la commune de La Varenne. En effet, l’assemblée des électeurs avait décidé l’union des deux paroisses (Saint-Maur et La Varenne) en une seule commune. En juillet, Géant et Bouillon pétitionnent avec le maire de Saint-Maur, Richard, pour que le chef-lieu de canton soit situé dans cette commune et non à Charenton.

Il figure sans doute dans la municipalité séparée de La Varenne élue le 14 novembre 1790. Un an plus tard, le 3 novembre 1791, il succède Géant en tant que maire de La Varenne. La municipalité est pauvre, et ne dispose pas d’endroit où se réunir. Selon Émile Galtier (Histoire des paroisses de Saint-Maur-des-Fossés, E. Champion, 1923) le procès-verbal de l’élection dut être rédigé «sur les fonts de ladite paroisse ni banc d'œuvre, ni autre emplacement plus commode ».

Mais son mandat sera court ; le deuxième et dernier maire de la commune verra son mandat se terminer à peine un mois plus tard car, 5 décembre 1791, le Directoire du département de Paris « Arrête que la commune de La Varenne-Saint-Hilaire restera définitivement réunie avec celle de Saint-Maur ».

Jacques Maurice Bouillon devient officier municipal dans la municipalité réunifiée. Il fait fonction d'officier d'état civil. Cependant, le registre d’état-civil séparé de La Varenne ne contient que l'acte de décès du curé Jean-Baptiste Duval, mort le quatre novembre 1793, signé par Bouillon, en tant que « officier public membre du conseil général de la commune de Saint-Maur. »

Bien qu’il réside toujours à Saint-Maur avec son épouse, dont il aura au moins six enfants (trois sont morts en bas âge), Bouillon décède dans sa ville natale, Sézanne, le 25 brumaire an XII (17/11/1803). Il est alors âgé de 53 ans.

Signature de Jacques Maurice Bouillon

Bouillon.png

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 00:02

Le troisième signataire du cahier de doléances de La Varenne-Saint-Maur en 1789 est nommé « Géant » sur le manuscrit de ce document. Il s’agit certainement de Jean-Jacques Géant, qui jouera un rôle actif dans la vie politique du village pendant la Révolution.

Jean-Jacques Géant naît vers 1741 dans un lieu inconnu. Il est mentionné dans les registres paroissiaux de La Varenne (paroisse Saint-Hilaire) à partir de 1762 et jusqu’en novembre 1793.

Géant, qui est laboureur, loue avant la Révolution une ferme et des terres à La Varenne pour 700 livres de rentes annuelles au duc de Bourbon.

Une grande partie de la population se prononce en faveur d’une union des deux paroisses de Saint-Maur et La Varenne, décidée au cours d’une assemblée tenue le 30 janvier 1790, où Géant est élu conseiller municipal de Saint-Maur. En juillet, Géant et Bouillon pétitionnent avec le maire de Saint-Maur, Richard, pour que le chef-lieu de canton soit situé dans cette commune et non à Charenton. Mais, malgré la fusion, Géant défend l’indépendance du territoire de La Varenne, arguant de sa taille malgré sa faible population. Selon Henry Pouvereau (Autour d'un Clocher, Le Vieux Saint-Maur, 1963) « l'argument suivant avait porté: L'autonomie est justifiée par la superficie du territoire de La Varenne, 2824 arpents, alors que Saint-Maur compte seulement 39 arpents, La Varenne ‘paraissait un limaçon portant sa coquille sur le dos’ ». Géant est élu maire de La Varenne le 14 novembre 1790, devenant le premier édile de la nouvelle commune à nouveau séparée de Saint-Maur. Il est remplacé dans cette fonction le 3 novembre 1791 par Jacques-Maurice Bouillon ; Géant devient procureur de la commune.

Le 5 décembre 1791, le Directoire du département de Paris  « Arrête que la commune de La Varenne-Saint-Hilaire restera définitivement réunie avec celle de Saint-Maur ». Géant ne figure pas dans la nouvelle municipalité réunifiée.

Deux ans plus tard, Jean Jacques Géant est le témoin du décès du dernier curé de Saint-Hilaire, le P. Jean Baptiste Duval, 60 ans, qui marque la fin de la paroisse et de l’existence autonome de La Varenne sur le plan spirituel. Géant, toujours présenté comme laboureur, a alors 52 ans.

Sa date de décès n’est pas connue.

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 00:09

Le second signataire du cahier de doléances de La Varenne-Saint-Maur en 1789 est nommé « Buchot » sur le manuscrit de ce document. Plusieurs Buchot sont identifiés dans la presqu'île.

Pierre Nicolas Buchot, né en 1748, épouse Marie Louise Adélaïde Paquet en 1770 et a avec elle 5 enfants à Saint-Maur jusqu’en 1782, dernière mention de sa famille sur les registres paroissiaux. Il est peu probable qu’il soit le signataire du cahier.

Son fils Pierre (1770-1840), capitaine de dragons, décoré de la Légion d’honneur, ne semble pas avoir résidé à Saint-Maur après son adolescence ; son âge en avril 1789 (18 ans) rend de toute manière improbable qu’il ait pu signer le cahier de doléances.

Le plus vraisemblable est que le signataire soit Jean Buchot (ou Beuchot), frère de Pierre Nicolas. Il est sans doute le fils de Jean Buchot et Marie Louise, née Mouillon. Il naît vers 1740 et épouse Marie Anne Talon avec laquelle il aura dix enfants entre 1767 et 1785, dont huit sont encore vivants à la Révolution.

En 1772, Jean Buchot, qui est présenté comme journalier, est témoin lors d’un procès intenté par les passeurs officiels du port de Créteil, Louis et Jean Richard, contre un marchand de fer et de charbon du même hameau, Desjardin, qui fait traverser la Marne à un quidam et aurait injurié la femme Richard. Il se peut donc qu’il réside dans ce hameau, même si on n’en trouve pas mention dans les registres paroissiaux.

En 1789, au moment de la rédaction du cahier de doléances, il a 49 ans.

Jean Buchot, pas plus qu’aucun autre membre de sa famille, ne joue de rôle dans les municipalités constituées à partir de 1790. Il meurt le 9 pluviôse an VII (29/01/1799) à Saint-Maur-des-Fossés (la commune étant unifie depuis 1791).

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 01:05
Anaïs Marcelli, Musée poétique
Anaïs Marcelli, Musée poétique

Si Proust l’avait connue, il se serait sans doute inspiré de son personnage. Il y a en effet dans la vie d’Anaïs Pilté beaucoup des éléments qui en auraient fait un modèle de Mme Verdurin. Mais elle est morte à l’âge où Marcel se promenait encore dans les jardins de Combray.

Née à Paris en 1809 sous le nom d’Anne Laure Joséphine Hurel, elle épouse en 1836 Pierre Perrière-Pilté, qui a l’intuition d’investir dans le gaz, première énergie utilisée pour l’éclairage en ville au 19e siècle. Directeur de la Compagnie pour l'éclairage de Paris par le gaz, il couvre la capitale de becs-de-gaz, quand elle commence à s’illuminer. Il acquiert ainsi une fortune, considérable, qu’il entame à peine en investissant dans une salle de spectacle, le théâtre du Vaudeville.

Celle qui se fait désormais appeler Anaïs, a le goût des arts. Après avoir donné naissance à cinq enfants, elle perd son mari en 1853, quand l’aîné n’a que 17 ans. Elle hérite des parts de sociales dont disposait l’ancien industriel dans les sociétés gazières, et décide de vivre de leurs rentes sans interférer dans la gestion des entreprises.

Son grand-œuvre va être l’ouverture d’un salon, dans les deux hôtels particuliers rue Madame (jusqu’en 1867) puis au 57, rue de Babylone à Paris. Ce dernier immeuble est, actuellement, l’un des principaux sièges du conseil régional d’Île-de-France.

La presse de l’époque fait échos aux fêtes fastueuses. En 1867, pour le dernier bal costumé dans son hôtel de la rue Madame, elle se présente en costume d'Amphitrite, saupoudré de superbes diamants. En 1869, dans le nouvel hôtel de la rue de Babylone, le rédacteur du Figaro s’étonne : « tout est éclairé au gaz, même sa chambre à coucher ». Par contre, le même publiciste s’inquiète des vasques en marbre blanc destinées à recevoir des jets d'eau lancés par des lions placés en haut de miroirs : « Pourvu que ces jets soient sérieux. Je ne les admets que difficilement ». La maîtresse de maison est déguisée en Catherine de Médicis, (velours tulle et satin noir à crevés). On dîne fort bien, la haute-société est là et on joue une pièce de théâtre. Mais, déplore le journaliste, « on a chanté aussi. Hélas ! »

Anaïs est devenue comtesse Pilté, depuis que, cette même année 1869, le pape Pie IX a octroyé un titre de noblesse pontificale à sa famille.

À côté des grandes réceptions, il y avait aussi les petits jours de l'hôtel Pilté. Ils avaient lieu le lundi et offraient l’intérêt d'y rencontrer « un certain nombre de gens très occupés à faire leur chemin dans le monde » selon le chroniqueur des salons parisiens, James de Chambrier.

Son hôtel particulier comprend une salle de spectacle, où se produisent les premiers chanteurs de l'Opéra et les pensionnaires de la Comédie-Française.

Elle y fait jouer des pièces de répertoire, mais surtout ses propres œuvres, qu’elle signe d’un pseudonyme, Anaïs Marcelli. Il s’agit de poésie, de théâtre, et principalement de pièces lyriques, opérettes et opéras-comiques.

Ses travaux personnels étant « particulièrement goûtés » par ses visiteurs, la comtesse les fait représenter sur de grandes scènes. Son opéra-comique en un acte, Le Sorcier est à l’affiche Théâtre du Châtelet en juin 1866, puis, deux ans plus tard au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Un autre opéra-comique, Jaloux de soi, est créé au théâtre parisien de l’Athénée en juin 1873. Une comédie, Le Talon d'Achille, est programmée au Théâtre-Ventadour, toujours à Paris, en mai 1875.

Les œuvres artistiques ne convainquent pas les spécialistes. Pour le critique musical Arthur Pougin, les œuvres d’Anaïs Perrière-Pilté « n'obtinrent qu'un succès absolument négatif » en dehors de son salon. Selon le biographe des musiciens du siècle, « les applaudissements complaisants qui accueillaient, dans l’intimité, ces productions vraiment enfantines, ne se retrouvaient plus devant le vrai public, qui, ayant payé sa place au théâtre, manifestait de tout autres exigences. »

Auteur d’une notice pourtant élogieuse à l’égard de la comtesse, un chroniqueur du Gaulois, Montjoyeux, met en doute son rôle de compositeur : « On ne jouait guère que des choses signées d'elle, ce qui ne voulait pas toujours dire, prétendaient à tort de méchantes langues, composées par elle. A défaut de l'amour-propre d'auteur, qu'elle n'avait souvent que de seconde main, affirmait-on, elle avait du moins celui de signataire. Ce flanc de gloriole prêtait trop à l'exploitation pour qu'on n'essayât point d'en abuser. Si bien que, même à Iui supposer du talent, elle en a noyé l'originalité dans un océan de productions confuses, sans cachet propre et sans unité. A vouloir l'obliger, de prétendus amis l'ont desservie. »

Riche et prodigue, la comtesse Pilté était également réputée généreuse. Elle patronnait les jeunes élèves du Conservatoire. Pour Montjoyeux, « elle avait la charité des nobles choses. Il fallait à ses générosités le cadre un peu haut des misères romanesques. Le terre-à-terre allait mal à son aumône. Pour valoir son secours, l'infortune devait surtout n'être pas vulgaire. L'éclat du malheur était sûr de provoquer l'éclat de sa bonté. »

Pendant le siège de Paris par l’armée allemande, en 1870, son hôtel particulier est transformé en centre de soins. Son fils cadet, Alphonse Pilté (1838-1891), sert comme brigadier à cheval dans une unité de volontaires, l’escadron Franchetti ; maître de forges, il sera, au début de la Troisième République, conseiller municipal de Joinville-le-Pont.

Anaïs, comtesse Pilté meurt dans son hôtel parisien le 24 décembre 1878. Elle était âgée de 69 ans.

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 00:03

Le premier signataire du cahier de doléances de La Varenne-Saint-Maur en 1789 est nommé « Desaint » sur le manuscrit de ce document. Il s’agit, sans aucun doute, de Jean Charles Dessaint. En 1785, il est blanchisseur au port de Créteil.

Le hameau du port de Créteil, dépendant administrativement de La Varenne, comptait environ 80 habitants, dont plusieurs blanchisseurs, des marchands et au moins un passeur assurant la traversée de la Marne. Il dépendait autrefois de la paroisse Saint-Hilaire de La Varenne, mais avait été rattaché à celle de Saint-Nicolas de Saint-Maur, probablement en 1693 ; ses habitants (dont Dessaint) figurent donc dans les registres de cette dernière paroisse.

Dessaint est l’époux de Marie Judith Bégat avec laquelle il a au moins un enfant (qui ne vit que trois semaines) en août 1785. Plusieurs personnes nommées Bégat vivent au port de Créteil.

Jean Charles Dessaint ne joue pas de rôle dans les municipalités constituées à partir de 1790. Il n’y a pas de trace de sa présence à Saint-Maur ultérieurement à 1789 dans les registres.

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 00:04

Nous connaissons, avec des variations orthographiques minimes, le nom des sept signataires du cahier de doléances de La Varenne-Saint-Maur (voir articles précédents).

Ce sont, dans l’ordre du manuscrit Desaint [ou Dessaint], Buchot, Géant, Bouillon, Mathieu [ou Matthieu], Claudin et Riquety.

Pour quatre d’entre eux, l’identification est certaine : il s’agit de Jean Charles Dessaint, Jean-Jacques Géant, Jacques Maurice Bouillon et Claude Martin Claudin. Le deuxième signataire est probablement Jean Buchot et le cinquième très probablement Claude Marin Mathieu.

En ce qui concerne le septième, Riquety, il n’y a aucune certitude. Émile Galtier (Le Vieux Saint-Maur, n° 3, 1925), estime qu’il s’agit d’André, Boniface, Louis Riqueti, vicomte de Mirabeau (dit Mirabeau-Tonneau) ; cependant, aucun lien entre ce député de tendance royaliste et les paroisses concernées ne peut être établi. Il pourrait s’agir d’Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791) qui a séjourné à Polangis (dépendant de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur) entre le 21 et le 28 février 1789 (Mémoires biographiques, littéraires et politiques de Mirabeau, A. Auffray, 1834-1835). Mais il n’était pas présent à la date de la réunion. Il s’agirait alors d’une attribution de complaisance, pour renforcer la portée du texte.Enfin, il est imaginable qu’il s’agisse d’un autre nom, mal recopié, par exemple celui de Louis-Philippe-Gabriel Riguet, laboureur, qui sera procureur de la commune de Saint-Maur-des-Fossés en 1791.

 

Nous examinerons dans de prochains articles qui étaient ces sept signataires.

 


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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 00:04

Le texte que nous avons publié mentionne que les « habitants de la paroisse de Varenne-Saint-Maur-les-Fossés, tous assemblés le 14 avril 1789 ». Cette affirmation pose plusieurs questions.

Tout d’abord, de quelle paroisse s’agit-il ? Le texte parle de « la paroisse de Varenne-Saint-Maur-les-Fossés (…) qui est située dans une espèce d’île ». On sait que, sur le plan spirituel, il y avait deux paroisses : Saint-Maur, avec l’église Saint-Nicolas et La Varenne avec l’église Saint-Hilaire. Sur le plan physique, on compte quatre agglomérations : le bourg de Saint-Maur, Pont de Saint-Maur, Port de Créteil et La Varenne, plus quelques fermes isolées : Champignol, Schaken, Polangis…

Le rattachement du village du Port de Créteil, qui compterait quelques dizaines d’habitants, pose problème. Il dépend administrativement de La Varenne, cependant ses habitants sont baptisés, mariés et inhumés par le curé de Saint-Maur qui les porte sur son registre. Le rapprochement spirituel avec Saint-Maur pourrait avoir eu lieu dès 1693.

Sur le plan fiscal, on compte trois paroisses relevant de la subdélégation de Choisy-le-Roi : La Branche du Pont de Saint-Maur [future Joinville-le-Pont], La Varenne Saint-Maur, Saint-Maur (Auger, Traité sur les tailles et les tribunaux, Barrois, Paris, 1788). Sur le plan administratif enfin, la création des municipalités, arrondissements et départements en 1787 dénombre également les trois mêmes paroisses dans le département de Corbeil (Mavidal et Laurent, Archives parlementaires de 1787 à 1860, Tome 4, P. Dupont, Paris, 1879).

Trois communes sont constituées en 1790, sur la base des trois paroisses administratives, mais la municipalité de Saint-Maur contestera la formation de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur en commune séparée. Le 5 décembre 1791, les deux municipalités de La Varenne et Saint-Maur fusionnent définitivement, tandis que La Branche reste indépendante.

La population totale est estimée à moins de 1 200 personnes, dont environ 560 pour Saint-Maur, 410 pour La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur, 80 pour La Varenne et un peu moins pour Port de Créteil. Le nombre d’hommes adultes doit être proche de 380.

Nous examinerons dans de prochains articles qui sont les signataires de ce cahier de doléances. Ils sont sept (Desaint, Buchot, Géant, Bouillon, Mathieu, Claudin, Riquety). Un réside au Port de Créteil, Desaint et un second probablement également, Buchot ; trois autres vivent à La Varenne Géant, Mathieu, Claudin. Bouillon est aubergiste dans le même village, même s’il est possible qu’il réside au bourg de Saint-Maur. Enfin, le septième, Riquety, n’est pas forcément résident dans la presqu’île.

Le lieu de la réunion n’est pas mentionné. Il est vraisemblable, au vu d’évènements comparables dans d’autres lieux, qu’il s’agit d’un bâtiment religieux, en l’absence de maison commune ou d’autres monuments, la date ne permettant pas de penser à une réunion en plein air. La logique plaide en faveur de l’église Saint-Hilaire de La Varenne.

Au vu du texte lui-même, nous supposerons que les rédacteurs sont les six premiers signataires, qui représentent les intérêts des résidents des bourgs de Port de Créteil et de La Varenne. La participation de représentants du bourg de Saint-Maur et de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur paraît peu probable.

La profession de six signataires est connue : deux laboureurs, un berger, un blanchisseur, un journalier et un aubergiste. Le texte du cahier mentionne sept fois les cultivateurs. Aucune autre profession n’est citée, si ce n’est pour dire que « la paroisse de Varenne-Saint-Maur est sans aucun corps de métier, ni artisans ». Au contraire, le bourg de Saint-Maur comporte un château et plusieurs maisons bourgeoises. La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur est un village dans lequel on compte plusieurs corps de métiers artisanaux et une activité commerciale forte autour du bois.

Nous estimons donc que, par la main des signataires, ce sont les agriculteurs des villages de La Varenne et du Port de Créteil qui ont pris la part majeure (si ce n’est unique) à la rédaction de ce cahier.  

Varenne-carte.png

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 00:10

Nous publions ici le texte du cahier de doléances de La Varenne Saint Maur d’après la première publication imprimée, réalisée par J. Mavidal et É. Laurent en 1860 dans le tome 5 des Archives parlementaires de 1787 à 1860, revue à partir du manuscrit conservé aux Archives nationales.

« Des doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse de Varenne-Saint-Maur-les-Fossés, tous assemblés le 14 avril 1789, pour répondre aux ordres et volonté de Sa Majesté et lui mettre sous les yeux la vérité la plus étendue de cette malheureuse paroisse qui est située dans une espèce d’île.

« Art. 1er. La rivière de Marne la cernant dans tout son pourtour, elle devient malheureusement très-sujette aux inondations occasionnées par ses débordements, et qui déracinent tous les grains en partie ensemencées à l’entour de son voisinage, et transportent de la vase et du sable par places de deux pieds de hauteur, ce qui rend le sol encore plus mauvais et désagréable pour le cultivateur.

« Art. 2. Si les habitants de cette même paroisse ont le bonheur que cette rivière ne déborde pas, ils sont en crainte des années qui se suivent de sécheresse, dont l'exemple leur est arrivé depuis bien des années, de manière que le cultivateur est les trois quarts du temps en danger, ainsi que les particuliers, de perdre une grande partie de leur récolte, qui ne suffit quelquefois pas pour lui remplir ses frais d'exploitation.

« Art. 3. Cette paroisse est composée d'un sable pour son terrain très-ingrat, qui pourrait devenir plus avantageux si Sa Majesté, qui ne cherche qu'à faire le bien de ses sujets, donnait des ordres pour y faire construire un pavé qui ne coûterait pas cher, et qui faciliterait tous les habitants pour le transport des entrais dont ce terrain a grand besoin, ce qui ferait le bien général, attendu qu'il produirait ce qu'il ne produit pas; ce qui éviterait la disette dans de certaines années, et rendrait celle paroisse plus commerçante ; ce qu'il leur est impossible de faire, vu que la charge d'un cheval sur le pavé, fait celle de trois chevaux dans les mêmes sables.

« Art. 4. Il faut mettre sous les yeux de Sa Majesté la chose la plus importante, qui est le dégât du gibier dans notre plaine qui se trouve ravagée tant par le lapin que lièvre et perdrix ; et après avoir perdu son bien, l'on n'a pas le droit de se plaindre. Le prince juste et bienfaisant est dépersuadé par les gens qui l'environnent, et le malheureux cultivateur ainsi que le particulier ne peuvent pas approcher de ce bon prince qui sûrement ne leur refuserait pas la justice qu'ils réclameraient auprès de lui. L’inspecteur des chasses rit au nez du malheureux plaignant, qui préfère perdre son bien plutôt que de se mettre en justice avec un prince dont il est sûr de succomber. Le défaut de fortune le met hors d'état de suivre. Il perd son bien et passe pour un homme qui réclame ce qui ne lui appartient pas. L'on ne craint pas d'avancer cette vérité à Sa Majesté, qu'il soit rendu la justice au dernier de ses sujets, comme il la rendrait aux Messieurs gentilshommes de sa cour. Ils font plus ; ils mettent ces plaines aussi garnies de gibier comme, pourrait l'être la basse-cour d'un fort cultivateur, el pour truire en partie ce même gibier et remplir leurs amusements, ils ne cherchent pas le temps les grains soient finis d'être coupés et rentrés; ils traversent à travers les grains ou javelles qui ne sont pas encore levés, eux, tout leur monde ainsi que les chevaux qui les accompagnent à cette même chasse. Il serait à propos que Sa Majesté permit il tout cultivateur et particulier de truire tout le gibier qui se trouverait sur son terrain de telle manière qu'il lui plairait, ou que Sa Majesté rendit un édit : que les princes et seigneurs particuliers à qui appartiendrait le droit de chasser, soient condamnés, sur le rapport de deux experts pour toute décision, ce qui éviterait tous frais, et le cultivateur ensemencerait sans craindre la perte occasionnée par le gibier. Et Sa Majesté mettrait les malheureux cultivateurs et habitants il l'abri de toute tracasserie de la part de leur seigneur, qui se trouverait forcé de se renfermer dans l'édit et volonté de Sa Majesté.

« Art. 5. La paroisse de Varenne-Saint-Maur est sans aucun corps de métier, ni artisans. Il faut que les habitants aillent chercher le secours dans les paroisses voisines, et ils ne peuvent le faire sans frais, puisqu'ils sont forcés de passer la rivière.

« Sa Majesté, bonne et juste pour son peuple, voudra bien avoir égard pour les impôts de cette paroisse qui se trouve, comme il est dit ci-devant, très-endommagée. Et ces malheureux habitants déclarent à Sa Majesté la plus sincère vérité, attendu la sagesse d'un aussi bon monarque et aussi bon Roi digne de toute l’affection de son peuple.

« Signé Desaint, Buchot, Géant, Bouillon, Mathieu, Claudin, Riquety »

 

Cahier-doleances-imprime.png

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 00:09

Les « habitants de la paroisse de Varenne-Saint-Maur-les-Fossés » ont rédigé en prévision des états généraux un cahier de doléances, qui est daté du 14 avril 1789. À noter qu’il existait à cette date deux paroisses sur ce territoire, celle de Saint-Hilaire (La Varenne) et Saint-Nicolas (Saint-Maur) ; en outre, plusieurs textes fiscaux et administratifs mentionnent une troisième paroisse, celle de La Branche-du-Pont-de-Saint-Maur (future Joinville-le-Pont), qui cependant ne dispose ni d’une église, ni d’un desservant (voir notamment Auger, Traité sur les tailles et les tribunaux, Barrois, Paris, 1788). Les signataires, comme nous l’examinerons dans un article ultérieur, proviennent des deux premières paroisses ; le dernier d’entre eux peut être relié avec la troisième.  

L’exemplaire original du cahier de doléances de La Varenne Saint-Maur est manuscrit. Il est déposé aux Archives nationales. Une photocopie de ce document est déposée aux Archives municipales de Saint-Maur-des-Fossés.

La première publication du texte semble avoir été par J. Mavidal et É. Laurent en 1860 dans le tome 5 des Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; ils citent comme source « un manuscrit des Archives de l'Empire », qui est certainement celui des actuelles Archives nationales.

Deux autres publications intégrales sont disponibles. D’abord celle d’Émile Galtier dans son Histoire de Saint-Maur-des-Fossés (1913). Ensuite celle d’Annie Noly dans sa thèse Saint-Maur-des-Fossés sous la Révolution (1971, dactylographiée, conservée aux Archives de Saint-Maur).

Hormis quelques détails orthographiques ou de ponctuation, l’original et les trois publications ne présentent aucune variante significative. L’original ne comporte pas de défaut ni de difficultés de lecture. 

Le livre de Mavidal et Laurent ainsi que celui Galtier sont disponibles en consultation sur le site internet de la bibliothèque nationale de France, Gallica.

Nous commençons avec cet article une série où nous publierons le cahier de doléances puis les commentaires sur ce texte. Ensuite nous examinerons quels en sont les signataires et nous essaierons de rédiger un portrait de chacun d’eux.

Cahier-doleances.png

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