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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 00:02

Marie-France Skuncke est née en 1924 à Varsovie (Pologne). Elle est la fille de l’économiste et ministre polonais Adam Rosé et de Lucie, née Martin.

Diplômée en mars 1944 de l’école d’interprètes de Genève, où sa famille était réfugiée, elle travaille auprès de l'armée française d'occupation à Berlin puis est engagée par les autorités américaines en janvier 1946 en prévision du procès de Nuremberg où seront jugés les grands chefs nazis.

Malgré la tension liée aux enjeux du tribunal, et bien qu’il y avait un roulement incessant de partants et d’arrivants dans les équipes, l’esprit de camaraderie était en général excellent parmi les traducteurs recrutés. Marie-France témoigne que le soir « on s’est beaucoup amusé ». Les interprètes étaient logés soit à l’hôtel, soit dans des villas réquisitionnées. Leur rémunération dépendait de leur rattachement : ceux qui avaient la chance de dépendre des Américains et d’être payés en dollars s’en sortaient très bien (c’était le cas de Marie-France), ceux relevant d’autres gouvernements ou forces armées nettement moins.

Le procès sera une grande première, avec la véritable apparition de la traduction simultanée, à peu près inconnue jusqu’ici ; des équipes de traducteurs en cabine sont organisées pour la première fois. Marie-France Rosé comprend l’importance de cette technique pour l’avenir. Elle plaide pour qu’une formation spécialisée se mette en place et contribue à construire une pédagogie.

Ayant épousé l’économiste suédois Sven Skuncke, Marie-France travaille notamment pour l’Unesco à Paris. Elle participe à la création de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) en 1953. Elle meurt en octobre 2007.

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Une cabine d’interprète au procès de Nuremberg

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 00:01

En 1894, la Compagnie française du Bi-Métal connaît un fort développement. Son procédé de fabrication de fils de cuivre et d’acier, sur des brevets d’Édouard Martin, est médaillé d’argent à l’exposition internationale de Lyon. L’usine de Joinville-le-Pont (Val de Marne) tourne bien.

L’usine est vaste (elle occupe 8 000 m²) ; à l’entrée on trouve à gauche, les bâtiments de la direction ; à droite la loge du concierge ; l'usine est en face précédée d'une grande cour.

Une machine à vapeur d'environ deux cents chevaux est reliée à deux générateurs composés chacun d’une chaudière à vapeur enfermée dans un fourneau en maçonnerie placé sur le sol. Les chaudières, contrôlées par l’administration, fonctionnent correctement depuis quatre ans.

Le vendredi 8 février 1895 est un jour normal. À midi, les ouvriers quittent l’usine pour aller déjeuner ; à une heure moins dix, le chauffeur, M. Madinot, donne le premier coup de sifflet pour les avertir du prochain redémarrage de l’activité. Il vérifie que la pression des machines est bonne, puis s’assoit près de la machine.

Une explosion formidable se produit à ce moment : la chaudière de droite passe devant lui comme une flèche, traverse l'usine et la cour pour aller tomber sur la loge du concierge, qu’elle démolit entièrement. Le haut de la machine s’arrache, et est projetée sur le bâtiment de la direction.

Il y aura quatre morts : le concierge Charles Muck est tué sur le coup tandis sa femme, Marie, ne survit que peu de temps après avoir mis au monde, avant terme, un enfant mort-né. Le comptable, M. Mourgues, meurt le lendemain. Un charretier, M. Goézou, décède des suites de ses blessures.

Parmi les blessés figurent Jeanne, trois ans, fille des concierges, grièvement atteinte, M. Heurtel, le directeur, M. Pinaud, employé aux écritures et trois autres personnes. Par contre, le chauffeur Madinot, qui a assisté de très près à la catastrophe, n'a pas eu une contusion ni une brûlure.

Les ouvriers de l'usine, qui arrivaient au moment de l’explosion, s'empressèrent de porter secours aux blessés. Ils se retrouvent au chômage, l’usine cessant de fonctionner.

La catastrophe provoque un grand mouvement de solidarité. La municipalité lance une souscription, qui recueille 19 000 francs (environ 64 500 €), dont 5 000 viennent de la société et 1 500 du cardinal Richard, archevêque de Paris. L’essentiel est versé aux enfants et familles des victimes, une partie servant à aider les blessés et les ouvriers au chômage.

Les obsèques ont lieu le 15 février 1895, drainant une foule considérable. Elles sont présidées par Eugène Voisin, maire de Joinville-le-Pont. Des élèves de l'école militaire de gymnastique et d'escrime (l’ancêtre du Bataillon de Joinville et de l’INSEP) forment la garde d'honneur. La mairie et l’église sont drapées de noir. Toutes les associations locales sont rassemblées.

Ø      À lire la presse quotidienne qui rend compte abondamment de la catastrophe, et notamment : La Croix, 12 février 1895, La Presse, 15 février, Le Petit Parisien, 20 novembre.

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 00:08

Adam Karol Rose, connu en France sous le nom d’Adam Rosé, naît le 10 août 1895 à Nałęczów dans la Voïvodie de Lublin. Il fait des études d’économie à Poznań et d’agriculture à Berlin.

En 1910, il devient membre d’une société secrète d’étudiants créée par l’écrivain Thomas Zan. Il participe en février 1919 à l'insurrection de Wielkopolska pour le rattachement de la région de Poznań à la Pologne. Il est mobilisé lors de la guerre soviéto-polonaise de 1920.

Adam Rosé épouse en 1921 Lucie Martin (née en 1898), qui travaille alors à la Société des Nations à Genève (Suisse). Elle est la fille du journaliste français Arthur Martin et d’Henriette Martin-Le Dieu. Ils auront deux enfants, dont Marie-France Skuncke (1924-2007), interprète au procès des dignitaires nazis de Nuremberg (1946). La sœur de Lucie, qui séjourne souvent chez eux en Pologne, est la poète et martyr de la résistance, Marietta Martin (1902-1944), dont Lucie écrira la biographie.

Adam Rosé commence à travailler comme assistant à la faculté d’agronomie de l’Université de Varsovie puis collabore au Bureau International du travail et à la Société des Nations. Il soutient son doctorat en 1922. En 1929, il est professeur à l'Université nationale polytechnique de Lwów (alors en Pologne, aujourd’hui Lviv en Ukraine) puis il enseigne en 1930 la politique agraire à l’Université de Varsovie.

En 1931, il est directeur au ministère de l'économie et s’efforce de préparer des mesures anti-crise pour pallier à l'effondrement des marchés mondiaux. Il quitte ses fonctions en octobre 1935, suite à des désaccords avec le ministre de l'agriculture Juliusz Poniatowski.

En août 1936, il est nommé vice-ministre de l'industrie et du commerce auprès de Józef Beck Joseph Beck. Il plaide pour une industrialisation accélérée du pays, en créant notamment une métallurgie. Il défend les aspirations coloniales du gouvernement polonais, afin de permettre l'émigration d’une partie des Juifs dans des terres à acquérir outre-mer. Un projet est monté, après des échanges avec le ministre français des colonies, Marius Moutet en 1937, pour installer une partie de la communauté juive polonaise à Madagascar.

Juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Adam Rosé participe aux négociations pour le développement de la coopération économique entre la Pologne et la France.

Après la défaite contre l’Allemagne, il organise l'évacuation de l'armée et devient en 1940 consul à Toulouse du Gouvernement polonais en exil gouvernement polonais en exil. Il est secrétaire de la Croix-Rouge polonaise en France, contribuant à l’accueil des réfugiés. Recherché par la Gestapo, il s’installe à Genève (Suisse). Il y rédige plusieurs ouvrages, dont une encyclopédie en trois volumes "La Pologne 1919-1939" (Neuchâtel, 1946).

Après la guerre, il devient conseiller de Ludwik Grosfeld, ministre du commerce, et représente la Pologne dans des commissions de la toute nouvelle Organisation des Nations-Unies (ONU). Mais, en désaccord avec le régime communiste, il émigre à nouveau en 1949 et s’installe à Paris. Malgré des difficultés financières et une santé qui se détériore, il donne des conférences et publie des articles sur la nécessité de l'intégration économique de l'Europe. Il est membre associé de l’Académie française des sciences morales et politiques.

Adam Rosé meurt le 9 novembre 1951 à Paris.

·         Voir aussi : La couture à l’âme de Lucie Rosé

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Adam Rosé

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 00:07

Les articles qui inaugurent cette série ont paru, en 2011, dans le blog Joinville-le-Pont au jour le jour. Ils ont cependant été remaniés pour être plus en phase avec la vocation historique de cette publication. Ils permettent d’illustrer la vie d’une usine métallurgique dans le contexte d’une banlieue populaire : les ingénieurs et leurs soucis, la dangerosité des machines, la grève et le syndicalisme révolutionnaire, la guerre et la bourse…

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Usines cinématographiques, traitement des eaux, métallurgie, verre, lunetterie… La commune de Joinville-le-Pont (Val de Marne) a un passé significatif en matière industrielle, même s’il n’en reste plus aujourd’hui grand-chose sur le plan économique.

Une de ces entreprises a pour nom Bi-Métal. L’ingénieur Edouard Martin, d’origine lyonnaise s’attaque à un problème né avec le développement du télégraphe (à partir de 1851) puis, un quart de siècle plus tard, le début du téléphone (1879) : le poids des lignes électriques portant ces communications.

Deux métaux étaient jusqu’ici utilisés : le fer était très résistant, mais il fallait des fils de gros diamètres, donc très lourds, car il a une faible ductilité. Le cuivre était un excellent conducteur, mais il avait une faible résistance à la traction ; il fallait donc grossir le fil, ce qui entraînait une dépense considérable.

La Société Martin, Ducamp et Cie exploitait les fonderies et tréfileries de Joinville-le-Pont, situées quai des Usines (l’actuel quai Pierre Mendès-France, aux limites de Saint Maurice et Maisons-Alfort. Edouard Martin, qui dirigeait l’entreprise, a conçu un fil bimétallique mêlant cuivre et acier. L’expérience montra l’efficacité de ce mélange, un peu moins conducteur que le cuivre seul, mais plus résistant que l’acier.

Selon les calculs fait, non seulement le nouveau fil était moins lourd et plus efficace, mais il était bien moins cher, car il utilisait bien moins de matière première : un kilomètre de fil de cuivre pesait 43,7 kilos et coûtait 91,75 francs, tandis que la même longueur de fil bimétallique ne faisait que 25,35 kilos pour un prix de 48,15 francs (*).

Le début de la production industrielle se fit en 1891. L'administration française des postes et télégraphes, qui avait testé le procédé pendant deux ans, fut un important client. Dès le départ l’usine de Joinville exporta ses produits : Suède, Espagne, Angleterre, Grèce, Suisse, Italie, Hollande et même Mexique équipent ainsi leurs réseaux nationaux.

En 1892, Édouard Martin et André Ducamp cèdent leurs brevets à une nouvelle société, la Compagnie française du Bi-Métal, qui exploitera l’usine de Joinville et un établissement à Alfortville puis s’implantera à l’étranger, notamment en Belgique.

(*) La Science française, n° 79, 1er septembre 1892

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 00:05

Henriette Le Dieu est la fille d’un capitaine des zouaves pontificaux. Son père, Henry Le Dieu, naît en Écosse, où sa famille avait émigré pendant la Révolution française. Il défend lui aussi des opinions royalistes légitimistes, se mettant au service du comte de Chambord, Henri, prétendant au trône et petit-fils de Charles X. Il combat pour défendre les États pontificaux contre les partisans de l’unité italienne. Battu par les piémontais à Castelfidardo (1860), il participe à la bataille de Mentana (1867) qui voit les Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi échouer dans leur tentative pour libérer Rome et en faire la capitale de l’Italie en cours d’unification. Sa mère, d’origine germano-italienne, Isabelle Kormann, aura sept enfants ; elle vivra avec elle pendant et après la première guerre mondiale.

Henriette épouse à Arras, en janvier 1898, un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un journal républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Arthur, né en 1855, était veuf, et Henriette poursuit avec lui l’éducation de leurs deux enfants, Henri et Albert. Elle lui donne deux filles, Lucie (1898) et Marietta (1902), avant qu’il ne meure d’apoplexie en 1907.

La vie de la jeune veuve va prendre un tour complètement différent du cadre bourgeois dans lequel elle s’était coulée. Elle liquide très vite la grande demeure familiale, prend un appartement et travaille comme professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc de la préfecture du Pas-de-Calais.

La guerre en 1914 va à nouveau bouleverser la famille ; Henri, le fils aîné d’Arthur, médecin, est mort en 1913 ; le cadet, Albert, juriste, décède des suites d’une maladie contractée pendant le conflit. Les quatre femmes sont forcées de fuir, la grand-mère Isabelle rejoint un couvent anglais à Bloxwich en compagnie de Marietta ; Henriette s’installe à Paris avec Lucie où elle devient responsable de la maison d’éducation pour jeunes filles du lycée Molière, dans le quartier de Passy (16e arrondissement).

Lucie va, après avoir travaillé à la Société des Nations à Genève, s’installer en Pologne avec son époux, Adam Rosé, économiste et futur ministre.

Marietta, de retour d’Angleterre, va s’installer dans la maison aménagée au sein du parc du lycée, et aura, pendant toute son existence, une relation extraordinaire avec sa mère. Intellectuelle brillante, polyglotte, Marietta est de santé fragile ; elle passera trois ans en sanatorium. Dès le début de la seconde guerre mondiale, elle s’engage dans la résistance et en meurt.

La vie d’Henriette est marquée par l’activité multiforme de sa fille cadette. Elle l’aide à mettre en forme ses ouvrages, négocie avec les éditeurs. Elle répond à ses courriers quotidiens pendant ses nombreux voyages à l’étranger, en particulier pendant son séjour de trois ans en sanatorium en Suisse. Elle assure également les ressources de la famille, par son travail au lycée et par les investissements immobiliers qu’elle s’efforce de faire dans un quartier en voie d’urbanisation.

L’arrestation de sa fille dans sa propre maison, par les forces allemandes, le 8 février 1942, va marquer une nouvelle étape tragique dans son existence. Henriette multipliera les démarches pour tenter de soulager sa fille, souffrante, pour essayer – sans guère de succès – de correspondre avec elle puis, après sa disparition, pour entretenir son souvenir et diffuser son œuvre.

Marietta Martin s’est engagée avec le réseau de résistance Hector, lié au mouvement Combat. Elle était une des animatrices du journal clandestin La France continue, un organe d’inspiration chrétienne et d’orientation gaulliste, lancé par le diplomate Paul Petit auquel elle s’associe dans l’action. La chambre de Marietta est devenue la salle de rédaction de ce journal, un des premiers vrais organes de presse clandestin. C’est sa mère qui cache les exemplaires du dernier numéro paru, au moment de son arrestation, avant de les détruire.

Après guerre, Henriette Martin Le Dieu publiera des souvenirs sur Marietta. Dans Ici Paris, l’hebdomadaire qui a pris la suite de La France continue avant de devenir peu après un magazine people, elle donne en juillet 1945 des articles alors qu’elle n’a pas reçu de nouvelles du sort de la résistante. Fin 1945, informée de sa mort tragique après sa condamnation par un tribunal allemand, elle publie un livre, Marietta Martin, morte au champ d’honneur.

La mère cherchera, en vain, à retrouver les écrits de Marietta pendant sa captivité ou ceux qui ont été saisis dans sa chambre. Elle parviendra cependant à faire publier certains ouvrages de sa fille, écrits avant le conflit, Adieu temps (1947) et les Lettres de Leysin (1948).

Sa fille aînée, Lucie Adam-Rosé, évoque la vie de sa mère dans la biographie qu’elle publie en 1955, La vie de Marietta Martin.

Le poète Fernand Gregh évoquait Marietta comme « un ange qui aurait pris une plume de ses ailes » pour écrire.

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Henriette avec Marietta et Lucie (à droite), photo M. Zuccato.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 00:07

Selon Natasha Tinsley, professeur à l’université de Montréal, Ida Faubert avait une « grâce aduste », c’est-à-dire brûlée par le soleil.

Fille unique du président haïtien Lysius Salomon, Ida Faubert est née à Port-au-Prince (Haïti) le 14 février 1882. Elle passe sa petite enfance dans le palais présidentiel. Mais en 1888 sa famille s'exile en France, où la jeune fille fera ses études. Après un premier mariage, qui donne naissance à une fille, Jacqueline, décédée très jeune, Ida revient à Port-au-Prince en 1903 pour épouser André Faubert et a un fils, Raoul, né en 1906.

Ida Salomon Faubert est une grande dame de la haute société de Port-au-Prince. Elle fait partie de la première génération de poétesses haïtiennes. Ses premiers poèmes paraissent en 1912 dans la revue Haïti littéraire et scientifique. Cependant, malgré des succès sociaux et littéraires, Ida Faubert a du mal à s'adapter à l'esprit conservateur de l'élite haïtienne dont elle critique l'étroitesse des idées.

Je t’ouvrirai mon cœur que le soleil inonde,

            Tu connaîtras mon âme et ses désirs ardents,

            Et tu ne sauras rien de la vie et du monde 

            Sinon que je  t’adore et que c’est le printemps ! 

(Douceur, Cœur des îles)  

À la recherche d'une liberté personnelle qu'on qualifie de féministe, Ida Faubert s'établit à Paris en 1914. Elle divorce et s'installe dans un appartement rue Blomet. Le Bal Nègre met le quartier dans les rythmes antillais tous les samedis. On y trouve les ateliers d’artistes surréalistes comme André Desnos ou Juan Miró. Les littérateurs haïtiens à Paris lui font des visites tels Léon Laleau ou Jean Price-Mars, mais aussi des Français comme Jean Richepin, Jean Vignaud, ou Anna de Noailles.

Outre ses recueils de poèmes, Ida Faubert publie en 1959 des récits, Sous le soleil caraïbe. Elle meurt en 1969 à Joinville-le-Pont, où elle vivait et est enterrée.

Bibliographie :

  • 1939 : Cœur des Îles, éditions René Debresse, Paris ;
  • 1959 : Sous le soleil caraïbe, O.L.B, Paris ;
  • 2007 : Anthologie secrète : poèmes et récits, Mémoire d'encrier, Montréal.

Un site Internet, présenté par son petit-fils, Jean Faubert, présente ses livres et sa généalogie.

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 21:54

Arthur Martin naît le 16 juin 1855 à Bar-sur-Aube (Aube).

Il travaille comme publiciste (on dirait aujourd’hui journaliste) à partir de 1879 pendant neuf ans à La Vraie France, publication royaliste, légitimiste et catholique de Lille (Nord). Il collabore ensuite pendant dix-neuf ans au Courrier du Pas-de-Calais, un quotidien catholique édité à Arras. Il en est rédacteur en chef à partir de 1888.

Arthur Martin défend des positions conservatrices, favorables à l’ordre et opposées à la jeune troisième République. Comme une bonne partie de la droite d’alors, ses écrits sont parfois à connotation antisémite. Ainsi, après les affrontements meurtriers du 1er mai 1891 à Fourmies (Nord), il condamne « l'esprit épais et férocement égoïste de la bourgeoisie républicaine » et excuse l'armée, accusée d’être responsable de la fusillade. Il met en cause, en des termes très proches de ceux de l’écrivain d’extrême-droite Édouard Drumont, des fonctionnaires : « Il y a, dans le drame sanglant de Fourmies, un acteur qu’il est nécessaire de mettre en pleine lumière : c’est le sous-préfet d’Avesnes, un sieur Isaac, un juif pur-sang. Un peu plus haut dans la hiérarchie administrative, nous trouvons un autre sémite, ou du moins semi-sémite, M. Vel-Durand, préfet du Nord ». Il est cependant non clérical.

Arthur Martin aura quatre enfants. D’un premier mariage, Henri, médecin, meurt en 1913. Albert, juriste, décède des suites d’une maladie contractée pendant la Première Guerre mondiale. Il épouse en secondes noces Henriette Le Dieu à Arras en 1898. Professeur de piano, elle élèvera leurs deux filles après sa disparition en travaillant au pensionnat Jeanne d’Arc d’Arras puis, à partir de la guerre et de l’évacuation des civils de la ville d’Arras, au lycée Molière à Paris. Lucie (née en 1898) travaille à la Société des Nations à Genève (Suisse). Elle épouse en 1921 Adam Rosé (1895-1951), diplomate puis ministre en Pologne. Marietta (1902-1944), écrivain, est active dans la Résistance intérieure française, notamment en contribuant au journal La France continue.

Henriette Martin-Le Dieu et Lucie Adam-Rosé publieront toutes deux des biographies de Marietta Martin dans lesquelles elles évoquent la vie d’Arthur Martin.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 00:11

Lucie naît le 18 octobre 1898 à Arras. Elle est la fille d’Henriette Le Dieu, originaire de milieux militaires et royalistes, et d’un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un quotidien républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Élevée avec deux grands frères, issus d’un précédent mariage du père, elle accueillera sa cadette, Marietta, en 1902.

Son père meurt quand elle n’a que 9 ans, en janvier 1907, d’une crise d’apoplexie à son bureau. Sa mère doit alors assurer la vie de la famille ; elle vend la maison familiale, prend un appartement et devient professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc, toujours à Arras. Les frères font alors leurs études à Lille ; Henri, l’aîné, médecin, meurt en 1913 ; Albert, le cadet, juriste, décède des suites d’une maladie contractée à la guerre.

Le premier conflit mondial en 1914 aura des conséquences directes sur la vie familiale. Lucie doit fuir avec sa mère ; elles s’installent à Paris où Lucie devient élève du lycée Molière (16e arrondissement) tandis que sa mère gère la maison d’éducation pour jeunes filles du même établissement. Marietta et sa grand-mère, Isabelle Le Dieu, embarquent pour l’Angleterre.

Lucie et sa sœur ont bénéficié de bourses d’études d’une fondation américaine, liée à l’université de Harvard. Après guerre, elle travaille à Genève, à la nouvelle Société des Nations. Elle épouse en 1921 Adam Rosé (1895-1951), économiste polonais et s’installe en Pologne avec lui.

Leur premier enfant, Stephen (dit Nino), naît en 1922. Il sera souvent malade, et Lucie fait appel à sa sœur, Marietta, pour l’aider à le soigner. Sa fille, Marie-France (1924-2007), dite Manette, deviendra ensuite, sous le nom de Marie-France Skuncke interprète notamment pour les américains au procès de Nuremberg en 1946, avant de travailler à Paris pour l’Unesco. Elle fut une des première à enseigner l’interprétation simultanée, et fut fondatrice et secrétaire générale de l’Association internationale des interprètes de conférence.

Spécialistes des questions agraires, qu’il enseigne dans les universités de Varsovie et de Lviv, Adam Rosé est appelé au ministère de l'économie en 1931 pour préparer des mesures anti-crise pour pallier à l'effondrement des marchés mondiaux. Il quitte ses fonctions en octobre 1935, suite à des désaccords avec le ministre de l'agriculture Juliusz Poniatowski. Mais, en août 1936, on fait de nouveau appel à lui et il est nommé vice-ministre de l'industrie et du commerce.

La défaite face à l’Allemagne provoque le départ vers la France. En 1940, après avoir coopéré à l'évacuation de l'armée polonaise, il devient consul à Toulouse du gouvernement polonais en exil. Secrétaire de la Croix-Rouge polonaise en France, il contribue à l’accueil des réfugiés. Mais, recherché par la Gestapo, il se réfugie à Genève (Suisse).

Après la guerre, Adam Rosé devient conseiller de Ludwik Grosfeld, ministre du commerce et représente la Pologne dans des commissions de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) qui vient d’être créée. Cependant, en désaccord avec le régime communiste qui s’installe, il émigre à nouveau et rejoint sa famille à Paris en 1949.

Lucie quant à elle s’efforçait, aux côtés de sa mère, de retrouver la trace de sa sœur, Marietta, poète et héroïne de la résistance. Arrêtée en février 1942 alors qu’elle n’avait publié qu’une partie de son œuvre, elle est jugée par un tribunal allemand et condamnée à mort. Elle décède d’épuisement dans une prison de Francfort-sur-le-Main le 11 novembre 1944.

L’édition des livres de Marietta Martin constituera une activité importante. Lucie participe à la publication de Adieu temps (1947), des Lettres de Leysin (1948) ainsi d’un Choix de textes (1961).  

Elle est également l’auteur d’une Vie de Marietta Martin, parue en 1955.

Dans ses souvenirs, sa mère évoque Lucie, bébé bruyant puis enfant modèle, citant notamment des passages du journal qu’elle écrivait pendant la première guerre mondiale. Lucie quant à elle parle de sa sœur comme d’un « autre moi », « cousue à son âme. »

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Lucie et son chien, photo M. Zuccato.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 00:08

Pour la première partie de cette note sur Marietta Martin, voir « Le soleil brille à Leysin »

L’expérience mystique de la poète Marietta Martin est marquée par une prescience de la mort et de l’engagement patriotique. Dans un cahier de 1936, elle écrit : « Nuit ! Nuit ! Non, pour toi, Nuit, il faut partir. Le soldat sait qu’il part demain. Il sait où il part ; il sait qu’il veut partir pour le lieu dont il ne sait pas le nom. Les convois de troupes vers le lieu de l’action montent en ligne pour une destination inconnue. Il n’en sait qu’une et il l’aime, il l’aime tellement, enfin ! »

Marietta Martin entre peu après le début de la guerre dans le Réseau Hector, un important groupe de combat et de renseignement de la zone nord de la France, animé par le colonel Alfred Heurteaux, officier du 2ème Bureau de l'Armée d'armistice.

Elle participe, à la demande du diplomate Paul Petit, au réseau « La France Continue », mouvement de résistance créé notamment par Henri de Montfort, journaliste et secrétaire de l’Institut de France, et Annie de Montfort. Cette dernière fut étudiante aux Langues orientales avec Marietta. On comptait également parmi les collaborateurs l’historien Émile Coornaert, Suzanne Feingold ainsi que le professeur du lycée Buffon Raymond Burgard. La chambre de Marietta, rue de l'Assomption à Paris (18e), devient la salle de rédaction du journal publié par le réseau.

La France Continue, un des premiers véritables journaux clandestins, connaîtra 12 numéros entre 1941 et 1942. Marietta Martin écrit pour le journal et assure, à bicyclette, la diffusion de numéros dans Paris. Elle en expédie également plusieurs milliers d’exemplaires par la poste.

A la suite d'une dénonciation, une perquisition a lieu dans sa chambre au cours de la nuit du 7 au 8 février 1942. Un ouvrage est saisi, intitulé « Avec Charles de Gaulle de Gaulle, avec l’Angleterre ». Il s’agirait selon le jugement rendu en 1943 d’un « écrit politique assez long, rédigé par elle et plusieurs fois remanié » ; il aurait été « mis en lieu sûr » par les autorités allemandes et n’a pas été retrouvé depuis.

Marietta Martin est inculpée de « rédaction et diffusion de publications clandestines » et accusée d'être une militante du mouvement Libération nationale. Incarcérée à la prison de la Santé, elle est déportée le 16 mars 1942 en Allemagne dans huit établissements pénitentiaires successifs. Elle est condamnée à mort le 16 octobre 1943 par le « tribunal populaire » (Volksgerichtshof) de Sarrebruck pour « complicité avec l'ennemi » en même temps que Paul Petit et Raymond Burgard.

Emprisonnée en attente de son exécution à la prison de Cologne elle est soignée par Gilberte Bonneau du Martray, dans la cellule voisine de celles d’Elizabeth Dussauze, Jane Sivadon, Hélène Vautrin et Odile Kienlen. Elle est transférée suite aux bombardements, sur une civière en raison de sa faiblesse, à Francfort-sur-le-Main. Elle y décède le 11 novembre 1944. En 1949, son corps est rapatrié à Paris. Elle est inhumée avec les honneurs militaires au cimetière de Clichy-sous-Bois, car elle a été nommée, à titre posthume, sous-lieutenant, au titre des Forces françaises combattantes.

Marietta a été décorée de la Légion d'honneur et de la Croix de guerre avec palmes. Elle a fait l’objet d’une citation à l'ordre du corps d'armée. La poète fait partie des 157 écrivains morts pour la France dont le nom figure au Panthéon de Paris. Une plaque est déposée sur son ancien domicile rue de l'Assomption à Paris (16e) et une rue du même arrondissement porte le nom de « Marietta Martin ».

Une école est baptisée de son nom dans sa ville d’origine, Arras et une plaque a été déposée sur sa maison natale.

Une allée de la Forêt des écrivains combattants a été baptisée en 1961 du nom de Marietta Martin dans la forêt des écrivains combattants au sein du massif montagneux du Caroux-Espinouse, situé sur le territoire des communes de Combes (Hérault).

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Marietta Martin dans sa chambre de la rue de l'Assomption (Paris, 16e) avant-guerre

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:03

Marietta Martin, née le 4 octobre 1902 à Arras (Pas-de-Calais), est la fille d’Arthur Martin, rédacteur en chef du quotidien d’Arras, le Courrier du Pas-de-Calais, et d’Henriette Martin-Le Dieu. Orpheline de père à l'âge de quatre ans, Marietta vit avec sa mère, professeur de piano à Arras et sa sœur, Lucie. Lors de l'offensive allemande dans le nord de la France en août 1914, sa mère et sa sœur se réfugient à Paris et s'installent dans le 16ème arrondissement, où Marietta les rejoindra après un séjour en Angleterre.

Elle fait ses études secondaires au Lycée Molière, où travaille sa mère, s'inscrit comme étudiante à la Faculté de médecine puis change de voie et prépare une licence de lettres et un doctorat. Elle parle couramment l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien, le polonais et le danois. Musicienne, elle joue du piano et du violon. Marietta voyage dans une bonne partie de l’Europe, malgré une santé très délicate, et fait notamment de longs séjours en Pologne, où vivent sa sœur et son beau-frère, Adam Rosé, diplomate et ministre. Ses voyages lui inspirent la rédaction d’un essai sur Marie-Thérèse Rodet Geoffrin, visiteuse française du roi de Pologne Stanislas Auguste à Varsovie en 1766.

En 1925, elle présente sa thèse de doctorat en littérature comparée sur la vie et l'œuvre d'un médecin allemand qui a eu Stendhal pour patient, le docteur Koreff, qu’elle qualifie d’aventurier intellectuel. Elle poursuit ses travaux par un mémoire sur le Saint-Simonisme qui fait l’objet de deux articles dans le Journal des débats en 1926.

Malade des poumons, Marietta Martin passe plusieurs années en Suisse, dans un sanatorium de Leysin (canton de Vaud) entre 1927 et 1931. Elle y écrit de nombreuses lettres, parfois poignantes, mais toujours gaies et optimistes. Dans un de ces courriers, elle résume sa pensée : « S’il faut lancer un message par le monde, il ne peut pas partir porteur de douleur pour augmenter cette douleur, il serait un faux message. Si c’est un message pour la terre, ce doit être un message de corps et d’esprit ; vivre comme il faut, selon toutes les règles, l’enseignement définitif est : soyez joyeux. Il ne faut pas rester dans le bizarre chemin qui y conduit. »

Elle publie en 1933 son premier ouvrage littéraire, Histoires du paradis. Comme l’ensemble de son œuvre, elle relève d’un style mystique. Marquée par sa culture chrétienne et son affirmation de l’amour comme sens de la mort, elle assure écrire du point de vue de Dieu. Elle écrit « J'ai du respect pour le Dieu qu'ils cachent en eux » et se décrit « J'ai tellement de soleil dans mon cœur que tout ce que je regarde en est illuminé. »

Bien que n’ayant pas d’engagement politique connu, elle accepte de travailler en 1936 pour rédiger les documents de propagande de la campagne électorale de Maurice Tailliandier (1873-1951), député sortant de la 2ème circonscription du Pas-de-Calais (Arras), membre du groupe Républicain et social (droite modérée). Il sera battu par un partisan du Front populaire

En 1938, Marietta Martin rédige en un recueil des poèmes qu’elle signe du pseudonyme de François Captif. Le livre, intitulé, Adieu temps, paraîtra en 1947. En 1939, elle rassemble la plupart de son œuvre, sauf les écrits universitaires, sous le titre d’Enfance délivrée.

(à suivre : Marietta Martin : « Nuit, il faut partir »)

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Marietta Martin

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