Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 00:11

Lucie naît le 18 octobre 1898 à Arras. Elle est la fille d’Henriette Le Dieu, originaire de milieux militaires et royalistes, et d’un journaliste catholique, Arthur Martin, qui dirigeait un quotidien républicain de droite, Le Courrier du Pas-de-Calais. Élevée avec deux grands frères, issus d’un précédent mariage du père, elle accueillera sa cadette, Marietta, en 1902.

Son père meurt quand elle n’a que 9 ans, en janvier 1907, d’une crise d’apoplexie à son bureau. Sa mère doit alors assurer la vie de la famille ; elle vend la maison familiale, prend un appartement et devient professeur de piano à l’institution Jeanne d’Arc, toujours à Arras. Les frères font alors leurs études à Lille ; Henri, l’aîné, médecin, meurt en 1913 ; Albert, le cadet, juriste, décède des suites d’une maladie contractée à la guerre.

Le premier conflit mondial en 1914 aura des conséquences directes sur la vie familiale. Lucie doit fuir avec sa mère ; elles s’installent à Paris où Lucie devient élève du lycée Molière (16e arrondissement) tandis que sa mère gère la maison d’éducation pour jeunes filles du même établissement. Marietta et sa grand-mère, Isabelle Le Dieu, embarquent pour l’Angleterre.

Lucie et sa sœur ont bénéficié de bourses d’études d’une fondation américaine, liée à l’université de Harvard. Après guerre, elle travaille à Genève, à la nouvelle Société des Nations. Elle épouse en 1921 Adam Rosé (1895-1951), économiste polonais et s’installe en Pologne avec lui.

Leur premier enfant, Stephen (dit Nino), naît en 1922. Il sera souvent malade, et Lucie fait appel à sa sœur, Marietta, pour l’aider à le soigner. Sa fille, Marie-France (1924-2007), dite Manette, deviendra ensuite, sous le nom de Marie-France Skuncke interprète notamment pour les américains au procès de Nuremberg en 1946, avant de travailler à Paris pour l’Unesco. Elle fut une des première à enseigner l’interprétation simultanée, et fut fondatrice et secrétaire générale de l’Association internationale des interprètes de conférence.

Spécialistes des questions agraires, qu’il enseigne dans les universités de Varsovie et de Lviv, Adam Rosé est appelé au ministère de l'économie en 1931 pour préparer des mesures anti-crise pour pallier à l'effondrement des marchés mondiaux. Il quitte ses fonctions en octobre 1935, suite à des désaccords avec le ministre de l'agriculture Juliusz Poniatowski. Mais, en août 1936, on fait de nouveau appel à lui et il est nommé vice-ministre de l'industrie et du commerce.

La défaite face à l’Allemagne provoque le départ vers la France. En 1940, après avoir coopéré à l'évacuation de l'armée polonaise, il devient consul à Toulouse du gouvernement polonais en exil. Secrétaire de la Croix-Rouge polonaise en France, il contribue à l’accueil des réfugiés. Mais, recherché par la Gestapo, il se réfugie à Genève (Suisse).

Après la guerre, Adam Rosé devient conseiller de Ludwik Grosfeld, ministre du commerce et représente la Pologne dans des commissions de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) qui vient d’être créée. Cependant, en désaccord avec le régime communiste qui s’installe, il émigre à nouveau et rejoint sa famille à Paris en 1949.

Lucie quant à elle s’efforçait, aux côtés de sa mère, de retrouver la trace de sa sœur, Marietta, poète et héroïne de la résistance. Arrêtée en février 1942 alors qu’elle n’avait publié qu’une partie de son œuvre, elle est jugée par un tribunal allemand et condamnée à mort. Elle décède d’épuisement dans une prison de Francfort-sur-le-Main le 11 novembre 1944.

L’édition des livres de Marietta Martin constituera une activité importante. Lucie participe à la publication de Adieu temps (1947), des Lettres de Leysin (1948) ainsi d’un Choix de textes (1961).  

Elle est également l’auteur d’une Vie de Marietta Martin, parue en 1955.

Dans ses souvenirs, sa mère évoque Lucie, bébé bruyant puis enfant modèle, citant notamment des passages du journal qu’elle écrivait pendant la première guerre mondiale. Lucie quant à elle parle de sa sœur comme d’un « autre moi », « cousue à son âme. »

À lire :

·         Henriette Martin-Le Dieu : Marietta Martin, morte au champ d’honneur, A. Taffin-Lefort, Paris-Lille, 1945.

·         Lucie Adam-Rosé : La vie de Marietta Martin, La Colombe, Paris, 1955.

Lucie et son chien, photo M. Zuccato.

Martin-Lucie.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Polmorésie, blog d’histoire
  • Polmorésie, blog d’histoire
  • : Histoire politique, locale, du mouvement ouvrier, de la résistance, de l’économie sociale et des initiatives pour l’emploi.
  • Contact

Recherche

Liens