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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 00:01

Eugène Louis Napoléon Cabis naît le 22 janvier 1849 à Sundhoffen (Haut-Rhin). Il est le fils de Marie Lochmann et de Francois Antoine Cabis. Militaire de carrière, ce dernier est chevalier de la Légion d’honneur et chevalier de l'ordre de Léopold de Belgique.

En avril 1868, Eugène Cabis s’engage également dans la gendarmerie et est affecté à Paris. Après la défaite française de 1871 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, Cabis opte en mai 1872 pour conserver la nationalité française.

Il épouse en juin 1873 à Paris (9e arr.) Estelle Félicie Duditlieu, femme de chambre, fille de parents débitants de tabac des Deux-Sèvres. En janvier 1878, il est nommé brigadier à pied dans la 13e brigade de Paris. Il est muté en juin 1881 à Nanterre (Seine, act. Hauts-de-Seine) puis promu maréchal des logis en mars 1882 et transféré à Joinville-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne). Il y vit avec son père, qui y meurt en février 1885. La brigade de gendarmerie est alors située au 62 de la rue de Paris.

Eugène Cabis en 1886

En septembre 1886, est l’acteur principal d’un fait divers qui va avoir un retentissement considérable dans l’opinion publique française, suscitant plus d’un millier d’articles selon es relevés des sites d’archives en ligne (Rétronews et Gallica) ; des titres étranger suivent également l’affaire, comme le Taranaki Herald (Nouvelle-Zélande), le South Wales Echo (Pays de Galles), le Nieuwe Amersfoortsche Courant (Pays-Bas) ou le Times (Angleterre).

Le dimanche 5 septembre 1886, un employé des chemins de fer, Antoine Dufeutrelle, résidant à Charenton-le-Pont (Seine, act. Val-de-Marne)  va se promener à Joinville en compagnie de son amoureuse, Hélène Castel. Ils dînent ensemble, dans un restaurant des bords de Marne (l’établissement Hardy) puis se dirigent vers la gare, au travers du bois Bénard, partie du Bois de Vincennes qui sépare la rivière de la station de chemin de fer, qu’ils traversent dans la nuit vers dix heures du soir.

Selon ses déclarations, Cabis s’était rendu dans le bois pour satisfaire un besoin naturel pressant, dû, d’après lui, à sa consommation de melon. Quand les amoureux s’approchent, sans l’avoir vu, Cabis se redresse d’un coup. Se pensant en présence d'un malfaiteur, Dufeutrelle lui porta un coup de canne. En riposte, Cabis l’abattit à bout portant d’une balle de revolver entre les deux yeux. Des promeneurs, accourus au bruit du coup de feu, arrêtent le meurtrier et le remettent à un gendarme, collègue de Cabis, appelé par la jeune fille qui accompagnait Dufeutrelle. Il est conduit par lui au poste de police.

L’affaire prend un tour politique, entre des défenseurs inconditionnels de l’armée et, notamment dans les mouvements socialistes-révolutionnaires, des personnes reprochant l’impunité des agents des forces de l’ordre quand ils commettent des crimes ou délits.

L’instruction, rapide, ne permet guère d’éclaircir les faits. Plusieurs militaires témoignent en faveur de Cabis sur son comportement antérieur, tandis que les témoins en faveur de la moralité de Dufeutrelle sont pour la plupart écartés par le président du conseil de guerre, devant lequel comparaît Cabis du fait de son statut militaire. Lors des deux jours d’audience, les 13 et 14 octobre 1886, Cabis s’efforce de traiter de délinquants les personnes citées qui parlent en mal de son comportement avant le meurtre ; les déclarations des concierges, qui estiment que Dufeutrelle leur parlait mal, sont mises en avant pour mettre en doute sa moralité.

Le verdict conclut, par quatre jurés contre trois, à l’acquittement de Cabis de l’accusation de meurtre. Le père de Dufeutrelle envisage d’engager une action civile contre Cabis, mais il en est dissuadé, ce dernier étant présenté comme insolvable.

Le conseil de guerre

Malgré son acquittement, Cabis fut mis en demeure de choisir entre partir avec son grade en Nouvelle-Calédonie ou à La Réunion; rester dans l'armée en France, mais comme simple soldat, ou prendre une retraite proportionnelle au temps qu’il avait déjà effectué (18 ans de services, dont plus de trois ans de campagnes, ce qui lui permettait de faire valoir une ancienneté de 22 ans). Il choisit cette dernière option et mis en retraite en octobre 1886. Il devint concierge-gardien d’un hôtel de Dieppe (Seine-Inférieure, act. Seine-Maritime).

En août 1901, au décès de son épouse, il demeure à Augerville-la-Rivière (Loiret). En 1906, Eugène Cabis est recensé à La Queue-les-Yvelines (Seine-et-Oise, act. Yvelines) avec Catherine Walter, qui est présentée comme son épouse ; ils résident rue de Pombelles. Il est alors âgé de 57 ans et n’a pas de profession déclarée. Sa date de décès n’est pas connue.

Le fils issu de son premier mariage, Ernest Alfred Cabis (1874-1946), licencié en droit, est officier dans la garde républicaine puis la gendarmerie. Il est chef d'escadron de plusieurs légions. Il est décoré de la Légion d’honneur en tant que chevalier en décembre 1916 puis officier en juillet 1935. Il est alors devenu juge de paix à La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe). Eugène Cabis avait également eu une fille, morte six mois suivant sa naissance.

Après les évènements de 1886, le Bois-Bénard a été désigné dans l’usage commun comme le Bois-Cabis. Cet espace boisé a ensuite disparu, étant urbanisé avec notamment la création des rues de la Paix et Aristide-Briand.

L’ancien Bois-Cabis à Joinville-le-Pont

 

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