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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 01:12
Berthold Deimling, pacifiste ou criminel de guerre ?

Dirigeant des troupes coloniales allemandes dans le Sud-ouest africain (actuelle Namibie), né en 1853 à Karlsruhe, Berthold Deimling se voit gratifier d’un titre de noblesse en 1907 et sera désormais désigné comme Berthold von Deimling. Il est nommé lieutenant général en 1910 et, à partir d’avril 1913, il commande le 15e corps d’armée allemand, basé à Strasbourg, en Alsace occupée.

Deimling est un des acteurs de l'Incident de Saverne. Fin 1913, un sous-lieutenant stationné à Saverne tient des propos humiliants à l'égard de la population alsacienne. Malgré les protestations populaires, l'armée refuse de sanctionner l’officier et réagit par des arrestations arbitraires, ce qui provoque un débat au Reichstag sur les structures militaristes de la société allemande. Le gouverneur militaire est accusé par l’opposition centriste et sociale-démocrate d’avoir couvert les actes illégaux et de contribuer à une immunité de fait des militaires.

En août 1914, Berthold von Deimling est nommé chef de la 7e armée allemande et l’un des officiers les plus en vue de l’armée impériale selon l’expression de Kurt Hochstuhl, historien allemand : « Sa carrière est marquée par des exploits individuels qui font la joie du Kaiser. Ce sabreur sans scrupules bénéficie ainsi de protections au plus haut niveau » (1).

À son poste, Deimling dirige les troupes qui occupent les territoires français des Vosges en août 1914, et est mêlé aux exactions contre les civils qui se produisent dans plusieurs localités.

Après-guerre, Deimling est inscrit sur la « Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne », au titre des « personnes accusées par la France d'avoir commis des actes contraires aux lois et coutumes de la guerre ». Les 890 personnes sur figurant sur ce document sont dénoncées par sept États : l’Empire britannique, la France, la Belgique, l’Italie, la Pologne, la Roumanie, et l’État Serbe-Croate-Slovène.

La France accuse Deimling à deux titres : « pillages systématiques, incendies, assassinats en masse, violation de la Convention de Genève » et « ordre général de ne pas faire de prisonniers et d'incendier les villes et villages ». Il lui est reproché d’être directement responsable de la mort de quatre civils entre le 24 et le 28 août 1914. Les deux premiers furent tués à Raon-l’Étape (Vosges) : M. Richard, vieillard de 70 ans et M. Huchs, douanier retraité. Les deux autres morts sont ceux d'Allarmont (Vosges) : le maire, M. Charles Lecuve et le curé, M. Mathieu (2).

L’Allemagne ne livrera pas aux puissances alliées les personnes réclamées. En vertu d’une loi allemande du 18 décembre 1919, elle donne au tribunal de Leipzig une compétence exceptionnelle pour juger les nationaux allemands accusés de crimes de guerre. De mai à juillet 1921, seize poursuites furent lancées devant ce tribunal avec comme résultat une moitié d’acquittements et le reste de condamnations légères (3). Deimling ne figure pas parmi les personnes jugées.

Après la Première Guerre mondiale, Deimling rejoint le camp des pacifistes et est un des responsables de la Société allemande de la Paix (Deutsche Friedensgesellschaft). Il publie un ouvrage pacifiste à Berlin en 1930 : Aus der alten in die neue Zeit, Lebenserinnerung.

Deimling meurt en février 1944 à Baden-Baden. Il était âgé de 90 ans.

  • Nous publierons dans un prochain article le texte des accusations formulées par la France contre Deimling.

(1) Kurt Hochstuhl Berthold von Deimling – ein Freund des Elsass? in Revue d’Alsace, n° 139, 2013 p. 181-204.

(2) Liste des personnes désignées par les Puissances alliées pour être livrées par l'Allemagne en exécution des articles 228 à 230 du traité de Versailles et du protocole du 28 juin 1919, Impr. nationale - 193 pages, 1920

(3) Pierre Truche, Juger les crimes contre l'humanité, ENS Editions, 2009.

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